La semaine dernière, en mettant la dernière main sur la conférence que je donnerai au CEP (Carrefour Européen du Patchwork) dans quelques jours, je me disais qu’il y avait un quilt qui méritait un peu plus que les 10 secondes que je lui consacrerai… Alors voici son histoire !
Le sujet de ma conférence est :
Les quilts afro-américains : inspiration contemporaine
Vendredi 18 septembre 2026 à 11 h 45, en français, durée 1 heure
Théâtre rue Osmond, Sainte-Marie-aux-Mines
Entrée 6 €, réservation conseillée
« De nombreuses quilteuses contemporaines ont trouvé dans les quilts afro-américains une source d’expressivité et de liberté qui faisait parfois défaut dans la pratique plus traditionnelle du patchwork. Coupes libres, contrastes de couleurs audacieux, blocs volontairement déformés, réemploi et récupération de tissus : autant de choix esthétiques qui ouvrent un champ créatif plus spontané et personnel. Cette influence a également nourri l’émergence de quilts revendicatifs et engagés, devenus de véritables supports d’expression artistique et politique. »
Parmi les nombreux quilts afro-américains que je vous présenterai, « Queen Bess » mérite que je m’y attarde aujourd’hui. Il a été créé par Casandra L. Allen, quilteuse et prof de patchwork – une collègue ! Elle a, comme bien des quilteuses afro-américaines, cherché ses racines africaines au travers du patchwork, même si elle est foncièrement Américaine, avec son passé d’héritière de la lourde histoire de l’esclavagisme. J’admire la formidable résilience de ces femmes qui endurent à la fois le racisme envers les Noirs et la ségrégation envers les femmes.
Casandra vit dans le Tennessee. Elle a été pendant 42 ans infirmière, et elle soigne à présent les âmes, active dans son église « New Life Christian Fellowship », où elle accompagne notamment les futures mamans et leur offre un BBquilt à la naissance ! Elle est également Grief Coach, accompagnatrice lors de deuils ou de grands chagrins de la vie.





Sur Facebook, on voit ses nombreux panneaux célébrant la Femme Africaine, ou Américaine comme elle, avec Tina Turner (1er tableau). Mais le quilt qui motive mon article est celui-ci :

Mais qui est Queen Bess ?
En lisant le descriptif du quilt, je me suis souvenue de cette femme extraordinaire, Bessie Coleman. Comme la plupart des Afro-Américains, elle est issue d’une famille naguère esclave dans le Vieux Sud. Et comme la plupart des Afro-Américains (75 %), elle est métissée. Ses ancêtres sont d’origine africaine, mais aussi cherokee.
À partir de ses 8 ans, en 1900, elle aida sa mère cuisinière dans une famille de Blancs, elle faisait aussi bien souvent la baby-sitter pour ses petites sœurs, et manquait bien souvent l’école. En ce temps-là, tous les enfants se réunissait l’été pour participer à la récolte du coton : les écoles pour Noirs étaient fermées, tant que le coton n’était pas engrangé.

Ambitieuse, intelligente, Bessie se voyait bien faire des études supérieures, mais à chaque essai, l’argent lui manquait cruellement. Elle cumula les petits boulots (blanchisseuse, manucure…) pour gagner de quoi sortir de la misère.
La Grande Guerre arrive, plusieurs de ses frères sont mobilisés pour l’Europe. Les nouvelles dans les journaux racontent les exploits des aviateurs français et américains, notamment le premier aviateur noir, Eugene Bullard.

Je veux voler moi aussi ! C’est devenu une obsession, Bessie travaille d’arrache-pied pour gagner le plus d’argent possible, pour se payer des cours d’aviation. Hélas, aucune école ne veut d’elle : c’est une femme, et elle est noire – et un peu Indienne de surcroît… Mais elle est tenace et va demander conseil au Directeur du plus grand quotidien dirigé par un Noir, le Chicago Defender. Le conseil de Robert Abbott (1870−1940) : va tenter ta chance en France, là-bas tu ne seras pas discriminée parce que tu es une femme, ni parce que tu es noire. Pour pouvoir postuler, il faut écrire et parler français, un détail pour Bessie ! Elle est prise à la célèbre École d’aviation des frères Caudron dans la baie de la Somme, sponsorisée par un banquier et le Directeur du quotidien de Chicago, Robert Abott.
Elle arrive en France le 20 novembre 1920 et obtient sa licence internationale de vol en juin 1921, première femme pilote noire américaine – et amérindienne.
Elle rentre en Amérique en septembre 1921 et Abott la qualifie de Queen Bess, La Reine Elizabeth, dans son journal.
Elle voudrait monter une école d’aviation « pour tous », mais cela lui est refusé. Pour gagner de l’argent, elle se mit à la seule chose qu’on l’autorisait à faire dans son propre pays, des spectacles aériens très dangereux, voire quasi-suicidaires. Mais quelle adrénaline !! Au cours de ses tournées, elle arriva un jour au Texas, un des Etats où règne la ségrégation raciale (Lois de Jim Crow, de 1877 à 1964) et refusa de voler tant qu’on empêchait les Noirs et les Indiens d’entrer au spectacle. Elle gagna !
Elle retourna en Europe pour acquérir plus de technique. Elle est devenue un AS de la voltige !
Sa vie fut brillante mais si courte. Un premier gros accident mit son corps en miettes en 1922, elle fut déclarée guérie en 1925 et reprit les vols audacieux. En avril 1926, elle était passagère dans un avion piloté par son mécanicien. Défaillance technique, tous deux périrent. Elle avait 34 ans.

Bessie ouvrit la voie pour d’autres femmes, par exemple Joséphine Baker qui alla également faire carrière en France et qui, quand elle revenait dans son pays, se voyait refuser des chambres d’hôtel, dans les années 1950, en raison de sa couleur de peau… Elle, héroïne de la Seconde Guerre Mondiale ! Elle réussit à faire entrer un public non ségrégué à Las Vegas, après avoir menacé de ne pas se produire. Autre femme qui bénéficia de l’épopée de Bessie : Amelia Earhart eut le droit d’apprendre à voler aux Etats-Unis, mais elle avait un handicap de moins, elle était blanche… Elle sera la première femme à traverser l’Océan Atlantique en solitaire en 1932 (Lindbergh le fit en 1927).
Je me suis notamment appuyée sur cet article pour vous raconter la vie de Bessie Coleman. Elle n’est pas oubliée aux USA, des écoles existent sous le nom de Bessie Coleman, elle a une poupée Barbie à son effigie dans la série des Femmes Inspirantes, et une rue l’honore dans le 20e arrondissement de Paris depuis 2015.


Revenons au quilt de Casandra Allen, qui célèbre le jour où Bessie obtint sa licence de Pilote en 1921. Si vous avez la chance d’aller à Houston du 12 au 15 novembre 2026, vous pourrez admirer ce quilt et tout plein d’autres quilts afro-américains, honorant les quilteuses afro-américaines pour les 250 ans des États-Unis !


N’oublions jamais Queen Bess !
Et merci à Casandra Allen pour cette mise en lumière d’une héroïne.
Katell
Jeunes quilteurs, à vous de jouer ! Venez à VOTRE rendez-vous, le MEETUP qui aura lieu :
samedi 19 septembre à 14 h à Lièpvre
Rendez-vous à la Salle des Expositions
Je publie les derniers détails sur cette manifestation (remise des Prix, atelier, goûter)
dès demain matin.
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