Le costume de Miss Lumbee

Les Pine cone quilts se sont invités dans ma vie en 2014. J’avais une grande amie américaine, j’en ai gagné une seconde ! LeeAnn, mon amie du Nord-Ouest des États-Unis, avait reçu un mail d’une certaine Betty, à la suite de son quilt en Pine Cones terminé en septembre 2014 et montré sur son blog Nifty Quilts. LeeAnn a bien compris qu’il s’agissait d’informations historiques intéressantes, mais avec son travail à plein temps, elle n’avait pas le temps de les publier elle-même. A tout hasard, elle m’a transféré les informations… et voilà comment je suis entrée en contact avec celle qui est devenue mon autre grande amie américaine, Betty, en novembre 2014.

Lire la suite de « Le costume de Miss Lumbee »

A mon seul désir…

Tapisseries médiévales

La plupart des tapisseries qui réchauffaient les murs de châteaux montraient des scènes de guerre, de chasse, ou des thèmes religieux (un jour peut-être, une érudite me proposera-t-elle un article sur la prodigieuse Tapisserie de l’Apocalypse d’Angers ? Avis aux amatrices !).

S’il est une tapisserie médiévale extraordinairement poétique, c’est bien celle qui, généralement, se trouve au Musée de Cluny à Paris, en six panneaux :

Voici la plus énigmatique des six tapisseries de la série appelée La Dame à la Licorne, A mon seul désir (écrit en haut de la tente bleue). Sur chacune d’elles, une Dame et sa suivante sont entourées d’un bestiaire, d’un herbier, de blasons héraldiques, de scènes détaillés par les spécialistes, pour découvrir le sens profond de chaque tenture…

S’il est à présent convenu, depuis les années 1920, que les cinq sens sont illustrés sur cinq tentures, qu’en est-il de la sixième ? L’intuition, le fameux sixième sens féminin ? D’après l’esprit médiéval, les œuvres poétiques de l’époque et l’écriture sur la tente, A mon seul désir, ce sixième sens serait celui de l’esprit, ou bien du cœur et du désir féminin…. Les troubadours venus d’Occitanie, par leurs chants et poésies, avaient fait connaître l’Amour Chevaleresque et inventé l’Amour Courtois, fait de tendresse et de passion ; grâce à eux les relations entre hommes et femmes se teintaient d’élégance et de sentiments… Au Moyen-Âge, dans ce rang social élevé, on se nourrissait le cœur et l’esprit de musiques, de poésies, et pas seulement de religion ou de récits épiques !

Les Arts aident à mieux vivre…

Deux ménestrels – Codex des Cantiques de Sainte Marie © Getty / Anonyme – vers 1280 _ Heritage Image

La Dame à la Licorne et les Six Sens, cette série de tapisseries flamandes terminées en 1500, fait partie de notre plus beau patrimoine. La finesse des détails, le raffinement des compositions en font une œuvre remarquée au XIXe siècle par George Sand, qui signala un ensemble de huit tapisseries à son éphémère amant Prosper Mérimée. Lui aussi écrit qu’il y en avait d’autres, mais qu’elles furent découpées pour en faire des tapis et des couvertures de charrettes… Dans ce cas, avec 8 tapisseries ou même plus, l’interprétation des 6 sens ne tiendrait plus… Mais sans doute, ils comptèrent d’autres tapisseries qui n’étaient pas de cette série. Toujours est-il que Mérimée fit classer six tapisseries au titre des Monuments Historiques en 1841-42. Ce n’est qu’un épisode de la vie très mouvementée de cet ensemble de tapisseries, bien des livres racontent leur épopée historique. Mais mon livre préféré reste celui de Tracy Chevalier, qui nous plonge dans l’histoire romancée, mais très documentée, de leur création.

Troisième roman de Tracy Chevalier paru en 2005, après La Vierge en Bleu (1997 – 2006 pour la traduction française), qui se passe partiellement à Toulouse, puis la fabuleuse Jeune Fille à la Perle (1999)…

J’ai visité deux fois le Musée de Cluny à Paris (5e), pour m’imprégner de la Dame à la Licorne en six tapisseries, parfaitement restaurées. Je suis aussi allée tout au nord-ouest de Manhattan pour voir leurs cousines, les sept tapisseries de La Chasse à la Licorne. Elles m’inspirent, elles me parlent.

C’est la dernière des sept tapisseries de La Chasse à la Licorne, la plus simple et la plus belle, aux Mille-Fleurs splendides. La reine Anne de Bretagne, reine de France, la commanda, quelques années avant que la Dame à la Licorne ne voie le jour. Si la licorne est ici le thème principal (sa chasse, sa capture), elle ne sera qu’accompagnatrice de La Dame, moins de dix ans plus tard.

Les tapisseries Mille-fleurs étaient à la mode à la fin du Moyen-Âge, avec leurs ornements issus de la nature, le plus souvent des fleurs qui ne sont pas plantées dans le sol de manière réaliste, mais plutôt juxtaposées, souvent avec des animaux, dans un but esthétique. Il n’y en a pas mille, mais leur foisonnement donne cette impression ! Des botanistes ont su faire la liste précise de plusieurs plantes et fleurs représentées sur les tapisseries les plus connues, tellement leurs dessins sont précis (une bonne quarantaine reconnues sur La Dame à la Licorne).

Et pourquoi la licorne ? On en voit partout en ce moment, en plastique et en paillettes… Cet animal mythique est mis à toutes les sauces ! A l’origine, c’était une création païenne, il semble qu’elle symbolisait la captation de l’énergie cosmique (ou est-ce une interprétation new age ?). A ce sujet, ne manquez pas Tout ce qui est sur Terre doit périr, livre de Michel Bussi !

Une histoire mêlant avec bonheur aventures, mystère des origines des mythes et religions…

Au Moyen-Âge, du temps de ces tapisseries, la licorne avait déjà été christianisée pour être acceptée ; quant à la Chasse à la Licorne, elle est bien teintée de conquête de la virginité d’une Belle par un Chevalier !

Mille-Fleurs au MEETT

Comme bien d’autres quilteuses, mes amies et moi avions participé avec enthousiasme à la robe de mariée participative, à l’initiative de Joëlle Vétillard, avec des semis de Mille-Fleurs, ce style artistique tellement en vogue en ces temps médiévaux…

Nous avons été très nombreuses à y participer, quelle fierté ! (photo R. Levaché). Cette extraordinaire robe de mariée a de nouveau été admirée à Lacaze en juin dernier.

Nous avions tant aimé cette expérience que, peu de temps après, nous entreprîmes de faire à notre tour des semis de fleurs, sur fond vert cette fois. La première photo est dans BeeBook, page 147. Puis ça a traîné, tergiversé, jusqu’au jour où Kristine a lu que La Dame à la Licorne allait… nous rendre visite. Oui, à Toulouse !! Le déménagement de cet ensemble de tapisseries est rarissime, mais ce n’est pas la première fois que La Dame vient chez nous : elle y trouva refuge lors de la Première Guerre Mondiale, à l’abri des bombardements, au couvent des Jacobins…

Du 30 octobre 2021 au 16 janvier 2022, au Musée des Abattoirs de Toulouse, nous aurons le grand privilège de pouvoir admirer ces six tapisseries, le temps que le Musée de Cluny se refasse une beauté.

Alors nous nous sommes mobilisées, toutes les dix, pour terminer ces 5 panneaux textiles en Mille-Fleurs cet été, afin de marquer cet événement qui fait honneur à notre ville :

Pure Nature
L’Embellie
L’Or des Prés
Passion Pavot
L’Heure Bleue

Passion Pavot et L’Heure Bleue, détail

Nous avons constaté que changer l’ordre des tapisseries ne donnaient pas du tout le même effet, nous avons donc choisi cette progression du plus clair et doux au plus intense. Qu’avons-nous voulu exprimer ? Nous ne le savons pas nous-mêmes vraiment. Avec certitude, notre amour des fleurs et de la nature, ainsi que notre amitié : ensemble nous sommes plus fortes et créatives ! Mais cette lumière qui vient du ciel, cette évolution à partir des fleurs blanches, symboles de l’innocence, vers les teintes plus denses, rouge profond et bleu-violet, ne sont-elles pas une représentation de la Vie ? Nos deux premiers panneaux terminés étaient les rouge et bleu, la maturité, la sagesse… N’est-ce pas la période que nous vivons toutes dix ?

Cultivez votre amour de la nature,
car c’est la seule façon de mieux comprendre l’art.
Vincent Van Gogh

Merci à Nathalie Marques, co-fondatrice des Salons Tendances créatives, co-gérante avec son amie Isabelle Dnistzenski, d’avoir accepté d’exposer en exclusivité cette tenture en cinq tableaux, bien modeste en regard des tapisseries médiévales mais faite avec le cœur, ce précieux sixième sens, pour célébrer cet événement.

Vous pouvez voir nos Mille-Fleurs 2021 dès aujourd’hui au Salon des Tendances Créatives de Toulouse, c’était l’ouvrage-mystère annoncé qui vous incitera, j’espère, à aller voir le chef-d’œuvre de l’an 1500 au Musée des Abattoirs ! Nous avons mélangé de nombreuses techniques, travaillé main et machine, appliqué, brodé, improvisé, et nous sommes ravies du résultat 😊.

Cinq mètres de fleurs ! La hauteur est de 144 cm. En les voyant accrochés ainsi, nous aurions dû les faire plus longs 🤣

Il y a des fleurs partout
pour qui veut bien les voir.
Henri Matisse

Pure Nature et l’Embellie, détail

J’espère vous rencontrer un de ces quatre jours au Salon, je serai bien sûr accompagnée de mes fidèles amies qui ont autant que moi participé à cette œuvre collective !

Katell et ses amies Abeilles Andrée, Évelyne, Brigitte, Kristine, Maïté, Vive, Danielle, Éliane et Chantal

Ô Toulouse !
Toulouse a donc l’immense privilège d’accueillir les six tapisseries de La Dame à la Licorne du 30 octobre 2021 au 16 janvier 2022 au Musée des Abattoirs. Pour apprécier ces chefs-d’œuvre mille fois mieux qu’en photos, une visite s’impose !

Pure Nature, L’Embellie et L’Or des Prés, détail

J’emballe !…

J’emballe sec…

Oh qu’ils nous faisaient rire, Daumier et Bedos, en 1973 ! Vous ne connaissez pas ? Voici le sketch, où le dragueur, un vrai mufle, croit « emballer » la jeune femme…

D’autres emballent aussi, en plein centre de Paris. Une œuvre d’art dont on parle beaucoup, en bien et moins bien. Cela reste un évènement.

Workers install a shimmering wrapper to envelop Paris landmark, the Arc de Triomphe, in a posthumous installation by artist Christo on the Champs Elysee avenue, in Paris, France, September 12, 2021. REUTERS/Christian Hartmann

Et moi ? J’emballe aussi ce matin ! J’emballe en remuant les étoffes, pliant, dépliant et repliant pour éviter tout mauvais pli, enlevant quelques fils et poils dévoilant que certaines habitent chez leur chat 😺. Quelle joie de manipuler ces quilts et de très bientôt les accrocher, pour qu’ils soient admirés par le public du Carrefour Européen du Patchwork… Vous l’avez deviné, le grand départ vers l’Alsace est imminent !

Sur la table, devant « Au Pays de Sujata », quilt présenté dans BeeBook, vous voyez un véritable trésor qui sera divulgué dès jeudi 16 à Rombach-le-Franc… Deux grands sacs et un « boudin » pour les quilts qui ne peuvent se plier trouveront place sur la banquette arrière de la voiture de Kristine.

Pour tout vous dire, j’ai 21 quilts, Léna apportera les 4 de Paris et région parisienne, les derniers seront apportés par les exposantes qui seront sur place. L’organisation mise en place fonctionne parfaitement jusqu’à présent, continuons ! Merci infiniment aux quilteuses et au quilteur qui permettent cette exposition de prestige… et merci à l’équipe du Carrefour Européen du Patchwork de nous faire confiance !

Beaucoup de quilteuses du Collectif se déplacent, les jours qui viennent seront émotionnellement intenses ! Il me tarde… En attendant, bonne route et à très vite !
Katell

Voyages textiles avec les Jeux Olympiques

J’admire les athlètes qui trouvent la motivation pour aller plus vite, plus loin, d’autant plus que je n’ai jamais senti en moi cet esprit de compétition qui pousse à l’exploit sportif. Je n’ai pas la fibre marathonienne de mon mari, ni celle du triathlon d’une de mes filles… Cependant, j’ai suivi les actualités JO 2020, qui changeaient des aventures de Pass & Delta 🙄. J’en ai retenu quelques pépites hors performances sportives, pour notre plaisir.

Haïti à l’honneur

Celle qui alluma la Flamme olympique, la championne de tennis Naomi Osaka, n’est pas que Japonaise. Son père est Haïtien et s’appelle Leonard François ; sa mère, Tamiki Osaka, est Japonaise. L’amour a vaincu les montagnes de la tradition nipponne mais la pression sociale a poussé le couple mixte à quitter le Japon pour aller vivre aux États-Unis alors que Naomi n’avait que avait 3 ans. Garder le patronyme de la mère n’avait pas suffi pour s’intégrer au Pays du Soleil Levant.

Naomi Osaka en 2020, avec sa coupe de l’US Open, vêtue et coiffée en hommage à ses racines haïtiennes.

Naomi est aussi une héroïne dans le pays de son père, son nouveau projet est d’y créer une Académie de tennis. Souhaitons-lui bonne chance !

🎾

Ce petit pays s’est distingué aussi par ses costumes lors de la cérémonie d’inauguration des JO. Déjà, c’était le cas en 2016 :

Aux Jeux de Rio, les sportifs haïtiens portaient déjà des costumes signés Maëlle David, inspirés des costumes traditionnels haïtiens.

En Haïti, le tissu traditionnel n’est autre que le chambray. C’est un tissu en fibres végétales, de lin, puis de coton, d’aspect bleu ciel, avec un fil de chaîne indigo et un fil de trame blanc. A l’instar du tissu de jean (de Gênes) ou denim (de Nimes), on doit le chambray à la ville de… Cambray, où on ne fait pas que des bêtises ! Dans les caraïbes francophones, le mot est déformé en karabela. Les photos suivantes sont de rares témoignages de vêtements des années 1940-60 (Tumblr ARTDREAM)

C’est devenu le tissu typique pour les costumes folkloriques d’Haïti, tout comme le madras dans d’autres îles. Ce tissu est également exploité par des stylistes comme des talents locaux :

Beauté haïtienne, à la robe embellie de croquets.

Maëlle Figaro David a récidivé pour Tokyo 2021, avec des costumes bleu chambray pour les hommes et de splendides robes rappelant celles des temps anciens, quand les servantes récupéraient toutes les chutes des maisons où elles travaillaient : l’esprit du patchwork à l’état pur !

Chaque robe est bien évidemment unique !

L’admiration du monde entier pour ces costumes a mis du baume au cœur du peuple haïtien, dont le président vient de se faire assassiner, une épreuve de plus.

 Nous sommes tellement tristes ces derniers temps.
J’ai joué avec les couleurs pour envoyer un message d’amour et d’espoir.
Maëlle Figaro David

Maëlle Figaro David

La délégation mexicaine

Les athlètes mexicains ont été acclamés pour leur élégance, leurs tailleurs marine hyper sobres au tissu infroissable et anti-transpirant étant illuminés de broderies traditionnelles, celles que Frida Kahlo affectionnait tant. Chaque broderie a été faite à la main par des artisanes de la région d’Oaxaca.

(photos Facebook et Instagram High Life)

Voici une scène de rue dans cette région mexicaine :

Voyez aussi ce joli reportage d’une femme vêtue d’un costume tehuantepec de la région d’Oaxaca :

https://imagesfrommyworld.com/en/2017/01/30/typical-costume-from-tehuantepec-oaxaca-mexico/

Bien d’autres pays montraient des costumes vibrants de couleurs, riches de leurs traditions textiles… Malheureusement, notre délégation ressemblait plus à une manifestation de blouses blanches… Sans doute le contexte et les masques qui dévoient mon impression. Ou pas.

Le champion tricoteur

Comme souvent, il faut aller en Grande-Bretagne pour vivre pleinement l’excentricité !

Déjà star chez lui, le plongeur Tom Daley est devenu inoubliable en tricotant en pleine épreuve sportive, attendant son tour dans la tribune… Comme lui, nous savons bien qu’occuper ses mains ainsi diminue le stress ! Il a même confectionné une pochette pour protéger sa médaille d’or :

Tom inonde son compte Instagram de ses créations, certaines délibérément décalées, nous rappelant les années 100 Idées :

Mais d’autres créations sont à mes yeux particulièrement réussies :

Ce gilet est fait de deux hexagones, avec des manches ajoutées.
Même modèle pour son fiston Robbie.

Et que dire de son slip de bain en crochet ? Par le biais de l’originalité dans la bonne humeur et les performances sportives, Tom fait peu à peu accepter, dans le monde sportif si dur, le droit d’être gay.

Tout comme nous faisons des quilts-souvenirs, Tom a tricoté un cardigan à Tokyo, en souvenir de cet évènement :

OR🥇OR

Des kimonos pour les J.O.

Pendant quatre ans, des dizaines d’artisans ont conçu les motifs, tissé et taillé de 213 kimonos célébrant la diversité du monde. Capture d’écran YouTube / compte Imagine One World KIMONO PROJECT

Malheureusement occultés pendant les cérémonies, 213 kimonos ont été créés aux couleurs de chaque pays participant ! Sous l’égide du designer Yoshimasa Takakura le collectif Imagine One World Organization a travaillé pendant 4 ans pour véhiculer un message de paix et d’unité mondiale par un des emblèmes du Japon, le kimono et sa ceinture large nommée obi. 213 kimonos pour 206 nations, car, par exemple, la France est représentée par deux kimonos :

L’Hexagone est sobrement figuré par des brassées de fleurs de lys, symbole de la royauté, dans des bouquets d’inspiration impressionniste. Capture d’écran YouTube / compte Imagine One World KIMONO PROJECT
La Polynésie française a droit à son propre kimono avec ceinture aux motifs mélanésien. Capture d’écran YouTube / compte Imagine One World KIMONO PROJECT

Les photos et informations de ci-dessus sont de cette page du Figaro.

L‘ONG à l’initiative de ce superbe projet s’inspire au quotidien de Imagine :

‘You may say I’m a dreamer
But I’m not the only one
I hope someday you’ll join us
And the world will be as one’
JOHN LENNON

Les kimonos gracieusement portés (photo de la page Facebook de Imagine One World)

Y aura-t-il une initiative à la hauteur dans le monde textile pour les J.O. de Paris 2024 ?
Seriez-vous partantes pour vous mobiliser ?
Auriez-vous des idées ?…
Puisque notre pays a une forme hexagonale, l’hexagone pourrait être une base de réflexion pour célébrer une mosaïque mondiale unie par l’art et le sport ?
Mais nous sommes si riches culturellement que d’autres idées peuvent émerger…
Avoir des projets, ça entretient le moral !

Décidément, les Jeux Olympiques m’inspirent bien plus que je n’aurais pensé !
Déjà pour Sotchi...

.
A très bientôt, toujours dans notre monde de couleurs, de création et de joie, malgré tout !
Katell

Vous avez peut-être lu cet article samedi dernier : j’avais fait une fausse manip’ alors que je programmais cet article et je l’ai publié par erreur ! Toutes mes excuses. Cette fois-ci, il ne disparaîtra plus !

The Green Lady of Brooklyn

Etre original, être soi-même…

La Dame Verte de Brooklyn… Elle nous rappelle, comme Oscar Wilde :

Soyez vous-même, les autres sont déjà pris.
Oscar Wilde

Loin des Dames Blanches dans les histoires de fantômes qui font bien peur la nuit (ou pas !), il est une Dame Verte qui poursuit joyeusement sa petite obsession : rien n’est plus beau que le VERT, proclame-t-elle !

Elizabeth Sweetheart (son vrai nom est Elizabeth Eaton Rosenthal) s’habille depuis bien 30 ans en couleur citron vert/Granny Smith, elle voit ainsi la vie en rose (j’en rajoute un peu trop, non ?).

Hiroko Masuike/The New York Times

Son univers vert s’est fait peu à peu, comme une collection qui s’agrandit sans bruit, envahissant peu à peu toute sa vie, jusqu’à la racine des cheveux. Elizabeth, 80 ans, est artiste, elle peint des aquarelles en mini format, elle a beaucoup travaillé aussi avec des designers de mode, peignant les tissus à la main.

Elle s’étonne toujours quand les gens lui disent : oh le vert est aussi ma couleur préférée… mais ils s’habillent en noir ! Où est la logique ? Pourquoi ne pas se faire plaisir avec sa couleur préférée ?

Le vert autour d’elle entretient son sourire chaleureux, sa vision optimiste de la vie… Nous la lui souhaitons encore très longue et… toujours verte !

Hello Green Lady, wishing you the best !

Sources :

https://www.facebook.com/humansofnewyork
(partagé par Frédérique Proust, merci pour cette découverte !)

https://www.nytimes.com/2015/12/06/nyregion/the-green-queen-of-brooklyn.html

Je suis aussi dans ma période verte depuis quelques années, mais j’y ajoute souvent une ou deux autres compagnes, du turquoise, de l’orange :

Demain, je vous présenterai encore un quilt avec du vert, couleur de l’espoir dit-on !

Comme Elizabeth Sweetheart, en vert et contre tout, gardons l’esprit libre et joyeux !
Katell

Recyclage, une idée croustillante

Betty sait toujours me dénicher des sujets étonnants, alors je me permets de partager cette info insolite que j’ai bien aimée !

Vous savez sans doute que les Américains sont de très gros mangeurs de chips. C’est d’ailleurs un chef cuisinier mi-noir mi-indien qui les inventa dans son restaurant de Saratoga Springs en 1853 : il servit des lamelles de pommes de terre frites et outrageusement salées à un client qui trouvait ses frites classiques trop grosses… La satisfaction inattendue du gourmet exigeant rendit cette garniture célèbre dans la région ! Ce n’est qu’au siècle suivant qu’Herman Lay créa la fabrication industrielle de chips (marque Lay’s), les de-Lay-cious grignotages… Des histoires de réussites à l’américaine.

Chip, cela signifie copeau, fine lamelle. George Crum (1824-1914)  fut le premier à en servir en restaurant !

Évidemment, on ne peut croire que personne n’ait fait de fines lamelles de pommes de terre frites et salées auparavant, mais ce sont celles de George Crum qui sont passées à la postérité !

Chez nous, les rayons de chips ont aussi un succès grandissant et ces spécialités s’étalent au fil des ans, promettant du croquant, du croustillant, du salé, du piquant, plaisirs gustatifs hautement addictifs…

On ouvre le paquet, on picore, et hop le paquet vide part à la poubelle (dans le meilleur des cas). Aucun recyclage prévu pour cette matière très légère et imperméable. Les premiers paquets de chips à emporter étaient en papier ciré. A présent, c’est cette matière très fine et légère, brillante et bruyante, bien caractéristique, qui conserve les chips.

Eradajere Oleita (photo Facebook)

Eradajere Oleita, une Nigériane de 25 ans vivant à Detroit – ville dont je vous ai déjà parlé par ici – a fait parler d’elle voilà 3 jours : CNN a fait un reportage sur son utilisation des paquets de chips vides ! Cette matière prête à jeter ressemble à celle des couvertures de survie, ces feuilles fines dorées/argentées inventées par la NASA, puis utilisées couramment pour prévenir l’hypothermie. Elles ne coûtent pas grand chose mais peuvent sauver des vies.

La face argentée à l’intérieur protège des déperditions thermiques, comme ici, la face dorée à l’intérieur prévient l’hyperthermie. Histoire et utilisation de la couverture de survie par ici.

Alors, que fait Erada avec des paquets de chips récupérés ? Elle les ouvre, les assemble par soudage, les double, pour en faire des sacs de couchage pour les SDF de sa ville. Le froid est intense ces jours-ci à Detroit et la matière de l’emballage agit contre la déperdition thermique : elle ne crée pas de chaleur, mais conserve celle du corps et l’isole de l’humidité. C’est sa contribution pour donner un peu de chaleur solidaire.

Il lui faut environ 4 heures et 150 paquets de chips pour faire un sac de couchage. Son but est d’en faire 60 en un mois (soit 9 000 sacs de chips utilisés au lieu d’être jetés) avec l’aide de volontaires. Elle vient de créer un blog à cet effet.

Dans l’interview par CNN, Eradajere Oleita insiste sur la démarche de recyclage tout autant que l’aide aux plus démunis. Cette action, qu’on peut croire dérisoire, met le doigt sur le gaspillage intense des matières premières. Un sac ne coûte sans doute presque rien à produire, ce n’est pas une raison pour le jeter à perte. 

Jamais je n’aurais cru vous présenter un jour un patchwork fait en emballages de chips !! En revanche, j’avais aidé une étudiante aux Beaux-Arts à coudre un quilt brillant or et argent en utilisant une couverture de survie… C’était il y a bien longtemps, avant de commencer ce blog, et j’en ai perdu les photos… Dommage !

Je vous souhaite une belle semaine, avec ou sans chips au menu !
Katell

 

Connaissez-vous les rouleaux d’exercice ?

Aucun rapport avec un exercice de fitness, sinon celui des doigts et des méninges ! Bee Maïté nous raconte la belle histoire de la sauvegarde d’un pan de notre patrimoine.

J’ai hérité l’an dernier d’un touchant petit tas d’exercices de couture, tous de la même taille, venant du grenier d’un monsieur décédé à 101 ans, le Papa de ma plus ancienne amie.
Ces  bouts de tissu étaient appelés à être assemblés harmonieusement en une longue bande dite rouleau de travaux manuels ou bande d’écolière.

C’était le temps où le prêt-à-porter n’existait pas, où chaque jeune fille apprenait à tirer l’aiguille quelle que soit sa condition sociale et où le métier de couturière était un débouché fréquent d’émancipation de la femme. Les magasins de mercerie et de tissus abondaient dans nos villes et jusque dans le moindre village, toute une économie tenue majoritairement par les femmes (un souvenir ému pour Annick et sa maman). 

 


Ces apprentissages faisaient le tour de la plupart des techniques nécessaires pour s’occuper du linge de la maison, pour coudre des vêtements, pour embellir le nécessaire.

Si le rouleau d’exercices était populaire, on pouvait aussi coller les fiches textiles dans un cahier ou un album en les accompagnant d’un commentaire, ou encore les ranger dans une boîte.
Au XIXème siècle et une bonne partie du XXe, les jeunes filles de 11 ou 12 ans apprenaient au collège ou dans une école privée diverses techniques de couture, broderie ou tricot. Le travail était toujours remarquablement soigné.
On imagine mal aujourd’hui exiger la même chose de jeunes filles de cet âge.
L’enseignement de la couture au collège a cessé en 1965.

Les divers exercices assemblés arrivaient à constituer un rouleau pouvant atteindre 14 m de long (la longueur moyenne étant de 7 à 8 m). La bande que j’ai reconstituée fait 4,5 m de long.

 


J’ai trouvé particulièrement émouvant d’avoir entre les mains ces travaux si précieux et de les avoir sauvés d’un grenier où ils ne demandaient qu’à revivre. C’est chose faite.
J’y ai pris beaucoup de plaisir.
Mon rouleau est maintenant bien protégé dans la boîte ronde en lin que j’ai fabriquée.

Un beau souvenir des travaux manuels de nos aïeules, qui n’avaient jamais le droit de rester inactives !
Maïté

Maïté est un modèle de bonne humeur et d’humour même en temps difficiles, cette citation lui va donc bien, sur un fond de vœux brodés par Rieko Koga : 

 

 

Un peu d’Art Vaudou

Le vaudou, voilà un mot qui évoque bien vite des poupées criblées d’épingles pour jeter un sort, et pourtant… les poupées à l’effigie d’une personne, les poupées d’envoûtement, existent bien dans la sorcellerie… occidentale, depuis bien plus longtemps ! Nous avons transféré nos peurs sur les pratiques vaudou qui, effectivement, tentent parfois de jeter un sort (bon ou mauvais, par exemple attirer l’amour ou l’échec à distance, sans toutefois souhaiter la mort…) à l’aide d’un petit paquet ficelé à la morphologie d’une personne… parfois piqué d’épingles, mauvais signe pour la personne visée 🤔
Le vaudou, c’est, à Haïti principalement (mais aussi sporadiquement dans le monde entier), une assimilation de rites et croyances venant d’Afrique de l’Ouest à ce que les Blancs ont inculqué à leurs esclaves, à savoir la religion catholique. Ainsi des Esprits africains portent-ils des noms de Saints catholiques, et inversement. La pratique du vaudou fascine bien au-delà de son influence, en raison des Zombis, ou morts-vivants, qui cristallisent les fantasmes sur le thème de la résurrection… Les Chrétiens ont tout fait pour diaboliser le vaudou, l’assimiler au satanisme et la sorcellerie, car il « parlait » trop bien aux âmes africaines, empêchant la parfaite christianisation de ce peuple déplacé de force.
C’est d’abord pour des raisons esthétiques que Betty Ford-Smith s’est intéressée à des ouvrages vaudou. Je lui ai demandé de nous écrire sur le sujet, en voici la traduction.

Drapeaux de perles et sequins de Haïti, collection de Betty Ford-Smith 

J’ai commencé à collectionner les drapeaux et bouteilles vaudou à la fin des années 1970, lors d’un séjour dans les Îles Vierges, à Saint-Thomas. Jamais je n’avais vu d’objets aussi fascinants au cours de mes voyages précédents ! J’adore tout ce qui brille, les paillettes et les strass,  et c’était le summum du brillant dans le monde des arts ! Autant que je le sache, cette forme d’art est unique, à Haïti. Attention à ne pas tenter de les copier, Haïti a établi un copyright mondial sur cet art.

Des bouteilles vides transformées en œuvres d’art qui brillent !

20191108_164239[2]

Les drapeaux – appelés drapos localement – viennent directement de la religion Vaudou, où ils étaient disposés sur les murs des temples. Le Vaudou est un mélange de croyances africaines arrivées à Haïti avec les esclaves et du Catholicisme enseigné par les Missionnaires, avec l’addition discrète mais réelle de croyances du Nouveau Monde (des Amérindiens). Au fil du temps, les touristes visitant les temples ont souhaité acquérir des drapeaux. Quelques Hougans (des prêtres vaudou) acceptèrent, car le besoin d’argent pour aider la communauté était criant. Ils firent d’autres drapeaux pour leurs temples, puis directement pour le marché touristique.

Green quilt II and Haitian Flags Exhibit 008[2]

Au-delà des couleurs et de la signification religieuse derrière les images, ce sont les bordures décoratives qui attirèrent mon regard parce qu’ils me rappelaient les quilts des USA. Les perles et sequins sont cousus sur du coton ou de la récupération de sacs texturés en plastique ayant contenu du riz ou des haricots, puis doublés de beau satin, encadrant le tableau d’un surplus de brillance. Chaque scène est faite de perles et sequins fixés à la main avec du fil et une aiguille, l’un après l’autre ; de une à quatre personnes peuvent y travailler en même temps.

Ces drapeaux sont d’incroyables œuvres d’art, scintillantes et hypnotiques. On trouve tout un monde de symbolismes, aussi bien les symboles des cartes à jouer (Cœur, Carreau Trèfle et Pique) que ceux des Francs-Maçons, librement utilisés, mais aussi des bougies, des têtes de mort, des visages de Saints, etc. dans le design de ces tableaux uniques.

74620894_2824344230922709_6488090099710951424_n[1] (1)

Les Haïtiens échangent avec les Esprits – ou Loas, du mot français Loi – dans un système de croyances et rituels fortement codifiés, ce qu’ils savent décoder dans les représentations des drapos. La plupart des collectionneurs sont comme hypnotisés par les couleurs, la brillance et la qualité de l’artisanat de chaque ouvrage. Parfois, le nom de l’Esprit invoqué est marqué dessus, sur d’autres il y a un indice appelé vévé, un symbole graphique :

De plus en plus, les noms sont écrits pour faciliter la compréhension et l’identification de l’Esprit du drapo.

Les drapeaux étaient traditionnellement cousus par les hommes, mais à présent quelques femmes ont rejoint les rangs des experts. J’ai lu quelque part que les sequins et perles furent découverts dans les manufactures de confection tenues par des Français installés à Haïti. A la fin de la journée, tout ce qui était tombé par terre était balayé… Au lieu de les jeter, les Haïtiens ont inventé comment les utiliser d’une autre manière. Ils avaient reçu l’enseignement très pointu de couturières et tailleurs français, leur imagination, leur foi ont fait le reste : les drapos vaudou étaient nés…

De nos jours, certains touristes sont devenus amis avec des fabricants de drapeaux : ils leur envoient des perles du monde entier, pour aider ce peuple si pauvre à continuer d’exercer leur art.

Betty Ford-Smith

 

Betty est donc à la tête d’une grande collection d’art vaudou, de drapeaux qui forment une exposition itinérante en Floride, où vivent de nombreux Haïtiens. Mais l’intérêt est général, sa dernière expo a remporté un franc succès ! Soixante-quatre drapos de sa collection furent exposés dans le Highland Museum of the Arts de Sebring (Floride) en fin d’année dernière :

Highlands Art League Museum of the Arts 018[2].jpgGreen quilt II and Haitian Flags Exhibit 037[2].jpg

Highlands Art League Museum of the Arts 032[2]

Je vous en avais déjà parlé par ici en 2014, mais je voulais compléter ce sujet que Betty m’a fait découvrir et qu’elle continue de faire connaître au grand public, tout comme les Pine cone quilts !

Take care, dear Betty💜

Requiem pour une charentaise

Vous avez apprécié les articles de Catherine K. parus d’abord dans le bulletin France Patchwork 67 ; en voici un inédit à quatre mains, où il est question de nos pieds !

C’est fini. Le couperet d’une faillite est tombé le 15 novembre dernier et enterre sans ménagement la Manufacture Charentaise, dernière fabrique du département, après des siècles de tradition… Est-ce à dire que la Paix régnera en maître sur la planète, puisque sa fabrication fut d’abord réalisée à partir des chutes des costumes de la Marine Royale installée à Rochefort ? Ce serait trop beau si cette ruine reposait sur les gravats d’un ultime conflit armé… Hélas…

Pour relayer la cité de Brouage qui s’ensablait inexorablement, Colbert créa en 1666 à Rochefort une ville nouvelle, y érigeant un arsenal et un nouveau port. Quel essor pour le pays charentais !

Ce tableau de Vernet est un précieux témoignage de l’arsenal de Rochefort en 1763, au moment de la construction de l’Hermione, 100 ans après la construction de ce port..

De grandes quantités de drap de laine arrivaient pour faire les costumes militaires mais aussi les cabans des marins. 

Le drap est un tissu de laine retravaillé. Une opération effectuée après tissage, le foulage, qui consomme beaucoup de main d’œuvre, resserre les fibres, les tasse, et leur donne un bel aspect velouté, une surface unie et l’imperméabilise.
Pauline BORD, Rochefort en histoire

Les grandes manufactures de drap de laine étaient un peu partout en France -notamment du côté de la Montagne Noire vers Carcassonne, Mazamet, la vallée de Labastide-Rouairoux…- et les tailleurs d’uniformes charentais ont cherché à valoriser les chutes de drap de laine. C’est vers Angoulême que des savetiers s’installent pour faire les premières pantoufles, auprès des moulins à eau des papeteries qui avaient à la fois d’autres rebuts de feutre et l’eau nécessaire au foulage de la laine.

La charentaise se fabriquait alors sans considération politique, ni de droite ni de gauche, simplement ambidextre pour la faire durer. Elle chaussait le paysan pour donner du confort au sabot de bois et conserver la chaleur du dedans en dehors. Déjà la languette, qui protège le coup de pied de la morsure du sabot de bois, donne à la charentaise son identité. Elle habillait aussi bien le pied des domestiques de châteaux pour patiner les parquets et assurer le service silencieux d’un maître chaussé du modèle luxe pour son moelleux. La silencieuse – c’était son surnom – était également portée par les bijoutiers qui, après usage, les incinéraient pour récupérer les métaux précieux tombés en poudre dans leur atelier. En un mot : la charentaise était la reine de la récup’ !

J’ai porté ces charentaises douces et chaudes qui ramassaient la poussière… Elles sont devenues trop ordinaires et ont fini par disparaître de nos rayons de chaussures, étant devenues synonymes de ringardise, de manque de style : on brûle ce qu’on a adoré…

Le confort oui, mais le laisser-aller, jamais.
Jean Rochefort

Ce grand acteur, au style inimitable, avait un patronyme en faveur des charentaises, mais décidément il ne cessait de nous surprendre :

J’aime l’habit confortable, mais j’ai la trouille de la charentaise.
Jean Rochefort

Jean-Rochefort-la-retraite-a-sa-guise.jpg

De plus en plus décalé, de plus en plus original, de plus en plus drôle, ce prodigieux acteur a manié le chic comme personne ! On lui pardonnera sa crainte de la charentaise 😉 Crédit photo Virginie Clavière

Elle n’était sans doute pas assez élégante, en tout cas d’après les critères des magazines de mode, surtout après quelques jours de port où elle se déformait pour mieux épouser le pied, se convulsait avec générosité pour soulager toutes ces douleurs infligées par ces escarpins de luxe qui galbent la jambe et torturent la jolie plante qui s’affiche en public.150-9a067-9a067 Finie la douce caresse du feutre chaud qui glisse sur la peau après s’être extirpée du godillot en cuir raide trempé de glace et durci à la graisse, pour être raccord avec le gros pull irlandais, le pantalon de flanelle et la couverture au coin du feu.

img_id_35148.jpg
La charentaise écossaise qu’on connaît apparaît en 1907, utilisant la technique du « cousu-retourné ». Elle bénéficie d’une Indication Géographique Protégée (Charente & Dordogne).

Terminées ces batailles joyeuses avec Médor qui vous narguait, la savate dans la gueule, pour récupérer le pied gauche, à cloche-pied sur le droit, parce que se balader sur les planchers cirés, juste en chaussettes, c’était le risque de l’écharde. éduquer son chien.jpgToutou se rabat sur ces machins en corde tressée, qu’on trouve tout prêts et à prix d’or dans toute bonne animalerie moderne et qui ne présentent plus aucun intérêt pour le jeu.

Envolés ces souvenirs de séances d’encaustique qui lustrent les parquets bien mieux que ces patins sur lesquels on devait surfer maladroitement comme des trappeurs canadiens sur des raquettes à neige. La charentaise avait l’avantage de la camisole, savait dorloter le pied sans que le patin lui échappe, avait cette vertu de faire rutiler les parquets sans le prix de l’effort.

charentaise

Bien sûr, elle arborait souvent des couleurs d’un autre temps, d’abord en feutre noir, puis en écossais, pour évoquer peut-être le confort à l’anglaise et masquer les tâches éventuelles.

Manufacture-Degorce_modèles-Neo-e1518440399752.jpg
Charentaises de la manufacture Degorce, modèle récent.

24_thiviers_entreprise_fargeot_charentaises-00_00_03_23-4162692.jpg
Manufacture Charentaise, modèles récents

Ces dernières années pourtant, elle avait osé la modernité à sa manière, c’est-à-dire avec ses gros sabots, avec des couleurs choc et des semelles plastifiées qui renient leur religion feutrée. Encore une page qui se tourne et abandonne dans ses grimoires l’image d’Épinal de la grand-mère confiture, charentaises fatiguées, chignon serré et grand tablier à carreau, tenant d’une main la cuillère de bois trempée de sauce et se tournant vers vous, sourire tendre et regard ridé : « tu veux goûter ? »… Non, trop tard, grand-mère ! Adieu grand-père qui traînait sa carcasse voûtée à pas glissés sur ses chaussons à bords écrasés sous le talon pour rejoindre un Voltaire au velours élimé. Vive la jeunesse éternelle à grands coups d’harpagophytum et d’Arko gélules qui font oublier les tourments de l’âge et la rondeur des sentiments. Et vive le chausson synthétique imposé par la grande distribution, tout droit sorti des mains laborieuses de l’empire du milieu et crevé en trois semaines… comme notre cœur, à l’unisson de celui de cette centaine d’ouvriers du feutre laissés sur le carreau, bien plus rude, celui-là, que celui des charentaises.

les-charentaises-vendues-a-rivieres-font-le-bonheur-de_483987_536x358p.jpg
Vente à l’usine Rondinaud, photo Phil Messelet

rondinaud1.jpg

Charentaises Rondinaud.

Il reste tout de même un atelier en Dordogne qui fabrique encore de vraies charentaises ; d’autres usines françaises font des chaussons qui leur ressemblent fort… pour combien de temps ?

Catherine Kalmar et Katell