Rencontres en Corrèze

Martine m’a invitée à partager une journée avec des quilteuses de son entourage ; ce fut l’occasion de visiter une toute petite partie de la Corrèze que je connais bien trop peu.

En rencontrant plusieurs personnes du village de Martine, j’ai eu la douce impression de vivre dans la seconde partie d’un roman lu l’année dernière.

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S’offrir de nouveaux horizons

Des petites villes bien de chez nous ont parfois une renommée inattendue ailleurs. Entre Agen et Montauban, tout près de Moissac et Castelsarrasin, le village de Saint-Nicolas-de-la-Grave se remarque d’abord par son lieu stratégique, à la confluence du Tarn et de la Garonne. C’est un endroit préservé, refuge pour les oiseaux.

La réserve ornithologique est à peine à portée d’objectif, d’après le photographe Claudio Boaretto. Les oiseaux semblent donc bien tranquilles !
Je suis passée en voiture sur ce pont qui a la particularité d’enjamber à la fois la Garonne et le canal d’entre-deux-mers. Il a été rénové depuis, mais pas élargi ! On serre les fesses si, d’aventure, on croise un autre véhicule… mais ça passe ! Son histoire prouve l’impétuosité des flots garonnais : deux ans après son inauguration, en 1852, le pont s’écroule. En 1858, son tablier chute lors d’une crue mémorable. Depuis, ses fondations ont été renforcées avec des moyens plus modernes, les suspensions adaptées et il fait l’objet d’entretiens réguliers.

Le village nous enchante par le caractère de ses beaux bâtiments de brique ou de fer (la halle centrale), une qualité de vie préservée, une ambiance chaleureuse :

Mais celui qui fait sa renommée aux États-Unis, c’est Antoine Laumet, né ici en 1658. Il est bien plus connu sous le nom qu’il s’est attribué, le Sieur de Lamothe-Cadillac. Je vous avais raconté son incroyable histoire en été 2020 et vendredi dernier, j’ai eu le grand privilège de me faire ouvrir la porte de sa maison natale. Entièrement rénovée grâce à des volontés locales et la municipalité de Detroit reconnaissante, elle est devenue le Musée Cadillac, en l’honneur de ce Gascon qui s’est créé une vie à son image, hors du commun !

Danielle, passionnée d’art et de culture – et de patchwork! – a été ma guide attentionnée, elle m’a fait vivre la vie tumultueuse de ce téméraire Gascon. J’ai beaucoup appris, appréciant la qualité de la mise en contexte de l’histoire, hors des légendes… Cette vie est suffisamment extraordinaire pour ne pas avoir besoin d’en rajouter ! On peut visiter en se contentant de lire les panneaux, mais écouter un(e) bon(ne) guide est irremplaçable.

Buste créé par Délie Duparc

Cet homme, excessif en tout, a illustré sa Gascogne natale par son intrépidité, sa ténacité, sa passion de l’aventure, son intelligence des plus déliées et son remarquable sens des affaires.
René Toujas
 Le Destin extraordinaire du Gascon Lamothe-Cadillac de Saint-Nicolas-de-la-Grave fondateur de Detroit, Ateliers du Moustier, Montauban, 1974

Une peintre locale, Patricia Blanchet, a réalisé l’été dernier une splendide fresque murale dans l’entrée ; elle représente le fortin créé par Lamothe-Cadillac, entouré de cette nature idéalisée qui ressemble au paradis, avec des bosquets d’aspens, mes arbres américains préférés, des oiseaux, ainsi que des personnages qui discutent en toute quiétude et courtoisie… Trois murs qui nous immergent dans la fin du XVIIe siècle dans la région des Grands Lacs ! Et savez-vous que les Français s’entendaient très bien avec la population autochtone américaine, bien mieux que les Anglais ?…

Pour tout renseignement complémentaire, vous pouvez vous référer à cet article de Tourisme-Occitanie, vous avez un numéro de téléphone pour organiser votre visite.

Lamothe-Cadillac s’est offert une vie à son image, voguant vers des horizons inconnus. Il est même devenu mondialement connu, indirectement, grâce aux voitures qui portent le nom de Cadillac en son honneur. Moins connue, la chanson d’Etienne Roda-Gil écrite pour Johnny, rend hommage au Sieur de Cadillac !!

En patchwork, nous pouvons aussi élargir nos horizons. Le club de patchwork de St-Nicolas est très réputé depuis des décennies pour la qualité de leurs quilts faits à la main. J’ai cependant été sollicitée par Isabelle pour montrer quelques techniques permettant de s’amuser à modifier ses habitudes. On ne jette pas tout par la fenêtre, mais on prend quelques idées pour moderniser ses ouvrages, changer de style, se faire plaisir sans la crainte du cutter ou de la machine à coudre. Cap sur l’improvisation, sur l’acceptation de l’imperfection, la réjouissance des effets inattendus au lieu de la réplique exacte ! En une journée, les idées ont fusé, avec des périodes d’incertitude puis la joie de la réussite… Bravo à chacune d’entre vous d’avoir osé dépasser votre zone de confort avec le sourire et beaucoup de rires, et merci infiniment pour votre accueil si chaleureux !

Vous pourrez compter sur moi pour annoncer votre prochaine exposition en 2023 et surtout, je viendrai l’admirer avec mes amies Abeilles, avec grand plaisir !

La créativité autorise chacun à commettre des erreurs.
L’art c’est de savoir lesquelles garder.

Scott Adams (dessinateur de BD)

Bon dimanche à tous, et offrez-vous peut-être de nouveaux horizons !
Katell

Lever de Soleil sur Quatre Accords/1

Morning Sunrise a ensoleillé l’atelier de nombreuses quilteuses en automne dernier ! Merci encore à Alice de Blossom Quilt & Craft et à la créatrice Alex Bordallo. Si j’ai terminé très rapidement la version Bébé pour une naissance fin octobre, le grand prend plus de temps à être quilté. Je voulais conserver l’esprit mexicain suggéré par ces couleurs qui claquent avec l’évocation de Cozumel, aujourd’hui île touristique, qui fut le premier mouillage en terre mexicaine des Espagnols. Tout ceci m’a menée bien plus loin que je ne l’imaginais au départ…

Quilter à la main, c’est méditer.

J’ai entamé le quilting de Morning Sunrise en décembre. C’est à chaque fois une question que je me pose : quilting main ou machine ? A la machine, on est dans l’action et l’énergie. A la main, on peut être dans la rêverie…

A la main signifie pour moi presque toujours maintenant au coton perlé, avec une aiguille à coudre longue, robuste et au chas qui peut recevoir le coton perlé n° 8. Dans les assortiments « sharp » ou « milliners » ou « mode » de chez Bohin, je trouve mon bonheur. Le quilting au coton perlé m’avait beaucoup plu pour le baby quilt, j’ai réitéré pour le quilt plus grand.

J’ai beaucoup apprécié le quilter en doodle, les idées venant progressivement.
Lever de Soleil brodé en Afghanistan (carré Guldusi) et top d’inspiration mexicaine… Les arts textiles nous font voyager !
Quilter à la main avec du fil à quilter et une aiguille « between », ou bien avec du coton perlé 8 et une aiguille Mode, cela fait beaucoup de différences… Les motifs, les gestes, le temps passé, le rendu, tout change. A chacun son choix ! Ici le dos de Cozumel, quilting au coton perlé en cours.

De fil en aiguille, au cours de mon quilting en doodle (improvisé au fur et à mesure, à partir du centre), l’évidence du chiffre 4 s’imposait, avec la forme carrée récurrente dans la structure de ce quilt. Depuis toute petite, je suis un peu obsédée par les chiffres qui me racontent beaucoup d’histoires ! 4, c’est un système en soi, ce sont 4 murs pour une maison, ce sont les 4 pieds d’une chaise ou d’une table, 4 pattes, 4 saisons, les 4 Éléments (Feu, Air, Eau, Terre). 4, c’est aussi le chiffre qui porte malheur en Chine, en raison de sa prononciation proche du mot « mort », mais 4 est le chiffre sacré chez les Amérindiens, et ça m’inspira quelques recherches, des lectures et comme une évidence… l’idée d’y broder les Quatre Accords Toltèques. Ce sera le thème du second volet de cet article… un peu plus tard, quand j’aurai entièrement terminé le quilting !! En attendant, faisons un bond dans l’Histoire…

Commençons par l’arrivée de Christophe Colomb sur une île qu’il croit être indienne (d’Inde) :

Image pour enfants : Christophe Colomb est accueilli chaleureusement le 12 octobre 1492 sur une île des Caraïbes, par le peuple des Taïnos. On les décrivait volontiers comme des « bons sauvages » n’ayant qu’à gagner avec la civilisation européenne.

Le choc des civilisations vers 1500 entre les « Indiens » (que Colomb a toujours cru avoir rencontrés) et les Espagnols est immense. La cruauté des Espagnols qui voulaient anéantir l’idolâtrie et profiter des richesses est accablante. Avec les Taïnos, on a enrichi notre vocabulaire : ananas, caïman, canoë, caraïbe, goyave, hamac, iguane, ouragan, papaye, patate, pirogue, tabac, savane, cacique, yucca, et même cannibale… sont autant de mots d’origine taïno (source Wikipédia).

Joséphine Baker a été récemment sous les feux de l’actualité, avec son entrée au Panthéon. On parle d’elle comme une femme noire, alors qu’elle est métisse. Ses deux parents étaient américains : son père blanc d’origine espagnole, sa mère métisse (noire, mais avec du sang des autochtones des îles caraïbéennes, peut-être taïno…)

Comment furent considérés ces étranges étrangers, très poilus, venus de la mer et juchés sur de non moins étranges animaux à 4 pattes ? Ils furent bien accueillis ! Les Taïnos, réputés pacifiques, furent de bons hôtes. Mais malheureusement pour eux, ils ne surent combler l’avidité d’or des Espagnols. Le bilan n’est pas reluisant pour les Européens. il y eut de très nombreux viols et donc métissages, dès les premières années. Les populations autochtones ont quasiment disparu : les microbes et virus apportés d’Europe sont responsables d’environ 90% des morts prématurées. 10% le sont par les massacres.

Les Espagnols découvrirent de nombreuses îles caraïbéennes, peuplées de tribus taïnos et autres, avant le Mexique, peuplé d’Aztèques. Le Mexique ne sera abordé que 26 ans après 1492, à Cozumel d’abord, puis le continent. Là, de grandes surprises attendaient les Espagnols. Les peuples sont nombreux, nous allons rester avec les Toltèques et les Aztèques.

Les Toltèques, mot signifiant les Maîtres bâtisseurs ou les Artistes, ont régné relativement peu de temps (entre 900 et 1200). Ici à Tula, leur capitale, située au nord de l’actuelle capitale Mexico, ces monstres de basalte de plus de 4,5 m, les Atlantes, sont au nombre de 4 bien sûr. Ils gardent une grande partie de leur mystère, tant pour leur représentation que leur fabrication.

On connaît assez peu les Toltèques. Leur civilisation avait déjà disparu depuis plusieurs siècles, remplacée par les Aztèques. Sur cette terre mexicaine pendant des millénaires, les peuples anciens se sont rencontrés, se sont combattus, se sont imités, se sont assimilés… On sait que les Aztèques ne tarissaient pas d’éloges sur leurs ancêtres Toltèques :

Les Toltèques étaient sages. Leurs œuvres étaient toutes bonnes, toutes parfaites, toutes admirables, toutes merveilleuses … Ils ont inventé l’art de la médecine … Et ces Toltèques étaient très sages, car c’étaient des penseurs, car ils ont inventé le décompte des années … Ces Toltèques étaient justes. Ils n’étaient pas trompeurs. Leurs mots [étaient] des mots clairs… Ils étaient grands, ils étaient plus importants [que les gens aujourd’hui] … Ils étaient très pieux … Ils étaient riches.
Bernadino de Sahagún, Codex de Florence*

*Le Codex de Florence, écrit par un Franciscain qui avait appris la langue aztèque, a été miraculeusement sauvé et comporte 12 livres, publiés au complet pour la première fois en… 1979.

On sait donc que la civilisation toltèque fut brillante, liée aux arts et à la médecine chamanique, à l’astronomie et l’architecture, à l’agriculture irriguée et à leurs divinités, surtout avec le culte du Serpent à Plumes ou Quetzalcoatl, présent aussi chez d’autres peuples d’Amérique centrale.

Le serpent à plumes, importante divinité des peuples anciens d’Amérique centrale, représente notamment l’alliance de la terre (serpent) et du ciel (les plumes d’oiseau).

Les Espagnols ont débarqué sur leurs terres en 1519 avec Hernán Cortés. La plupart des écrits des Aztèques eux-mêmes (oui, ils écrivaient) et sur les Aztèques au moment du choc de la rencontre des peuples autochtone et espagnol ont été détruits (à part le Codex de Florence et quelques autres), car les Espagnols voulaient cacher que les civilisations locales des terres mexicaines étaient bien plus avancées que ce qu’ils décrivaient officiellement (quelques tribus de sauvages à « sauver » en les évangélisant).

Les quelque 25 millions d’Aztèques en 1519 n’ont curieusement pas opposé une résistance farouche à l’arrivée des premiers Espagnols. A vrai dire, le souverain aztèque a d’abord cru que le chef espagnol Hernán Cortés était la personnification du dieu Quetzalcóatl – le fameux serpent à plumes… Plus surprenant est le bilan comparatif que le petit peuple pouvait faire entre les deux civilisations : la société aztèque était très rigoureusement organisée et divisée et les petites gens préférèrent s’associer aux Espagnols contre le Pouvoir central aztèque ! La vie aztèque exigeait des sacrifices humains, jusqu’à 200 000 par an… Des esclaves, des prisonniers, des handicapés, mais aussi des enfants arrachés de leur famille…

La Pierre du Soleil est d’une grande beauté. Créée par des Aztèques et visible dans un musée de Mexico, elle représente l’ensemble des mythes de la religion du peuple, y compris leur calendrier. Ce monolithe était un autel de sacrifice…

Les hauts dirigeants aztèques croyaient-ils vraiment que les sacrifices humains étaient nécessaires pour que le Soleil se lève tous les jours ? Et le cannibalisme qui s’ensuivait nécessaire pour maintenir leurs forces ?… Car en effet, le sang humain devait couler quotidiennement du haut des pierres ou des pyramides pour que le Soleil puisse se lever, pour que les astres puissent poursuivre leur route et la glorieuse civilisation aztèque perdurer… Les hommes se sentaient responsables de la machine cosmique et le sang humain était le carburant des dieux. Cette responsabilité que les hommes s’attribuaient envers les dieux est unique dans l’humanité.

On apprend dans nos livres d’Histoire que Jeanne d’Arc a entendu des voix, lui disant d’aller bouter les Anglais hors de France. Au Mexique, un autre phénomène a appuyé l’acceptation de la religion catholique : l’apparition de Notre-Dame de Guadalupe le 12 décembre 1531.

La Vierge de Guadalupe, avec son rayonnement de Soleil Levant (Morning Sunrise !!), est l’icône des Mexicains. On peut toujours la voir à Mexico et 20 millions de pèlerins s’y pressent tous les ans. Elle est tellement plus douce que les idoles aztèques…

La tentation est forte de penser que la série de miracles autour de cette Vierge a été orchestrée pour vaincre les dernières réticences des Indiens. Alors de nombreux sceptiques ont étudié la relique – un tissu de fibres d’agave mystérieusement imprimé de la vision de Juan Diego, l’Aztèque qui a vu la Vierge. La durée de vie de la fibre d’agave est 20 ans, nous en sommes à plus de 490 ans et le tissu reste comme neuf ou presque. Si vous souhaitez connaître toute son histoire en vous divertissant, je vous conseille le roman de Didier Van Cauwelaert L’Apparition.

Le talent de Van Cauwelaert fait de ce roman une histoire sautillante, mais on y apprend tout du mythe fondateur du Mexique catholique, l’apparition de la Vierge à Juan Diego, avec plusieurs miracles à la clé. Si vous souhaitez des renseignements sans roman, lisez Wikipedia !

Tout comme les peuples anciens s’interpollinisaient, le peuple mexicain contemporain bénéficie d’un syncrétisme culturel, un intime mélange de survivances précolombiennes et des acquis européens, avec un zeste d’africanité. Ce n’est qu’à l’aube du XXe siècle qu’historiens et archéologues étudièrent sérieusement les civilisations précolombiennes disparues (au lieu de piller les découvertes), et les Mexicains métissés (de sang et/ou de culture) de se réapproprier fièrement leurs racines aztèques, mayas, toltèques, olmèques, mixtèques, zapotèques… Cette « mexicanité enrichie » explose notamment sur les œuvres murales de l’immense peintre Diego Rivera (l’époux de Frida Kahlo), mais aussi bien sûr avec Frida elle-même, adepte de vêtements des femmes zapotèques et de bijoux précolombiens…

On aperçoit derrière le couple une partie de la riche collection d’art précolombien de Diego Rivera. ©Getty Images. A l’instar de Picasso qui s’inspira de l’art nègre (comme on disait alors) avec des masques africains dans Les Demoiselles d’Avignon (Avinyó étant une rue du quartier chaud de Barcelone), Rivera fit revivre l’esthétique pré-américaine sur ses fresques murales.
Les vêtements, les bijoux de Frida rappellent ses origines indiennes par sa mère et la fierté de sa « mexicanité ». ©Getty Images

Et l’île de Cozumel ? Son nom veut dire Terre des Hirondelles, elle était l’endroit où les femmes Mayas se rendaient en pèlerinage au Temple de La Lune pour avoir des enfants… Las ! Hernan Cortés fit démolir les temples et la population, de 40 000 avant l’arrivée des Espagnols, se résuma à 30 personnes en 1570 après une épidémie de variole (virus venant d’Espagne). Ce n’est qu’un exemple représentatif du choc des civilisations.

A Cozumel, il reste quelques ruines des temples Mayas, ici San Gervasio.

Comme je vous l’ai annoncé plus haut, j’ai voulu inscrire, dans mon quilt Morning Sunrise version Cozumel, une touche mexicaine supplémentaire avec les sagesses toltèques enseignées par Don Miguel Ruiz. Nous (re)découvrirons ensemble ces Accords Toltèques, ainsi que mon quilt terminé, dans quelques jours ! Mais comme vous le savez, une Étoile Solitaire pleine de losanges est venue s’incruster dans mes prévisions…

J’espère que cette page d’histoire a retenu votre attention, je crains un peu m’être lâchée sur un sujet qui n’intéresse que moi 🙃 mais aujourd’hui, je voulais me faire plaisir.
A très bientôt !
Katell

Morning Sunrise, le top n’est pas la fin…

Quelle joie de voir des photos de ce modèle sur divers réseaux sociaux ! Merci Agnès Bolzer (le 2e en cours !), @catimini6, @grande_Ourse_quilt… Le modèle d’Alexandra Bordallo vous inspire, et vous êtes nombreuses à avoir commandé des tissus chez Alice !

Les finitions

La semaine dernière, vous étiez conviées à assembler vos pièces de tissus et vos blocs. Si vous l’avez terminé, vous avez le top, prêt à être quilté. Pour cela, l’étape mal-aimée de la plupart des quilteuses, c’est la mise en sandwich. Mal-aimée, car cela ne se fait pas sur le pouce, mais souvent à quatre-pattes, si l’ouvrage est grand… On parle de sandwich parce qu’on va solidariser le top (dessus) au dos, avec le molleton entre les deux. Alice en parle dans son livre page 49, et moi dans mon livre page 140.

Pour apprendre des techniques fiables, rien ne vaut d’avoir quelques Bibles sous la main… En voici deux, pas du tout au hasard, éditées en 2019 🧵🌞 BeeBook est épuisé mais se trouve chez la plupart des quilteuses francophones modernes, et Patchwork Moderne d’Alice Kreyder est toujours en vente.

Faire le sandwich se fait traditionnellement en faufilant à la main (voir les multiples vidéos ou articles sur internet), ou en utilisant de petites épingles à nourrice, ou encore des agrafes (Microstich). A vrai dire, j’alterne…

Vient le moment du quilting, du matelassage. Traditionnellement, il se fait à la main, au fil à quilter en coton (mon favori, marque YLI, lire ici). J’ai pris des cours avec une ambassadrice de la regrettée Esther Miller, Patricia Valentini, qui avait eu la gentillesse d’écrire de nombreux détails de cette précieuse connaissance dans deux articles pour ce blog, ce sont des conseils intemporels. Articles de Patricia Valentini :

https://quilteuseforever.com/2012/01/03/quilting-selon-la-technique-amish-premiere-partie/ puis https://quilteuseforever.com/2012/01/26/quilting-selon-la-technique-amish-seconde-partie/ .

Plus tard a été écrit par Florence, après un stage similaire avec Alexia Rosfelder chez David : https://quilteuseforever.com/2016/11/10/un-stage-de-reve/ Bonnes lectures !

On peut vouloir quilter à la main, sans y passer un temps infini. Mon alternative est le quilting au coton perlé (BeeBook page 142), c’est ce que j’ai fait pour le Baby quilt avec les carrés de 15 cm (je n’ai pas encore le prénom à broder, la naissance est pour ces jours-ci et ce quilt partira alors dans le Var). Cela prend quelques heures bien sûr, mais le résultat est visiblement artisanal, coloré, j’aime autant le processus que le résultat. J’invente les motifs au fur et à mesure !

Pour le quilting improvisé, j’utilise bien souvent mon hera marker pour marquer des lignes qui ne suivent pas les coutures. J’ai plusieurs coloris assortis, toujours du coton perlé n°8. Le quilting, sans cadre, me permet de faire de longs points, avec une aiguille Sharp de Bohin.

Pour ce Baby quilt, j’ai quilté au point avant long, au coton perlé, et j’ai ajouté quelques points de nœud pour la texture.

Puis il y a le quilting machine. Honni par bien des quilteuses il y a 20 ans, il a pris une place justifiée dans notre monde du patchwork. Tout d’abord, c’est joli si c’est bien fait, c’est rapide si c’est maîtrisé. Mais que personne ne me dise que c’est un quilting bien plus facile qu’à la main, un sous-quilt où on aurait succombé à la facilité !! Je n’ai jamais raté un matelassage à la main, à la machine, si. C’est bien plus technique, surtout si on le fait sur nos machines domestiques… mais c’est un apprentissage, comme le reste, et c’est très gratifiant de réussir à quilter en quelques heures ce qui nous aurait pris, à la main, des semaines… Rappel : sur votre machine, vous pouvez choisir de quilter avec des droites ou courbes souples en modifiant la pression du fait de l’épaisseur (ajoutez le double entraînement si votre machine le permet), ou bien au piqué libre (BeeBook page 141, Patchwork Moderne d’Alice pages 50-51). Et bien sûr, vous pouvez faire appel à une quilteuse professionnelle. Mieux vaut un quilt terminé qu’un top en déshérence !

Une fois le quilting terminé, on ferme tout avec une bordure. Là encore, plusieurs possibilités… Ici, j’ai fini le mien avec la bordure la plus connue, dont les Américaines nous attribuent l’origine (French fold binding!).

Dans la rougeur automnale des amélanchiers du Canada, Morning Sunrise flamboie…

J’ai donc terminé le baby quilt aux blocs de 15 cm, le grand sera quilté également au coton perlé, prochainement !

Tourisme en Occitanie

Samedi, nous avons fait un tour dans le Lauragais, là où poussait naguère l’Isatis tinctoria, la fameuse plante qui donnait ce si beau bleu européen qui fit la fortune de Toulouse, Albi, Carcassonne. Une halte dans un des beaux villages du coin : Saint-Félix-du-Lauragais (31), m’a permis de faire quelques photos du quilt Morning Sunrise version baby et replonger dans l’histoire de ce pays vallonné où j’ai des attaches familiales.

J’y ai aimé la maison natale de Déodat de Séverac (1872-1921), chantre de la musique régionale, dont le nom est connu de tous les Toulousains, par le lycée Déodat-de-Séverac, ou le boulevard du même nom…

Né à Saint-Félix (31) et mort à Céret (66), photographié ici vers 1910, D. de Séverac a toujours préféré notre région à Paris !

La maison natale de Déodat de Séverac en 2009. Il y vécu une bonne partie de sa vie et ses descendants y vivent toujours. Elle est à présent restaurée et plus belle que jamais, gardant un beau vert émeraude pour les volets.
J’ai trouvé un écrin à Morning Sunrise sur la partie gauche de la maison récemment rénovée !

J’y ai bien moins aimé l’évocation de Guillaume de Nogaret (1260-1313), né bien plus tôt dans ce même village… Juriste et Catholique fanatique, il ne fit que du mal dans sa vie, au nom de son ambition, de la religion et du Roi Philippe le Bel… Comment un petit-fils de Cathares a-t-il pu aussi mal tourner ? Si vous connaissez Les Rois Maudits, vous vous souvenez de cet homme retors qui mit fin aux Templiers, en torturant les malheureux… et ce ne fut pas son seul méfait. Moi qui sors du dernier livre de Bernard Werber, La Prophétie des Abeilles, cela a ravivé mon antipathie envers cet homme maléfique, pourtant né dans un lieu magnifique. Quel bel endroit, quelle vue sur les collines avoisinantes et la chaîne des Pyrénées, si imposante et majestueuse… Mais chuuut, c’est un secret ! Il ne faut pas trop de monde par ici…

De l’autre côté de la grande place (Place Guillaume de Nogaret…), j’ai été attirée par cette maison pleine de fantaisie… Et encore, le petit quilt y a trouvé une place.
Entre ombre & lumière, la maison d’à côté a elle aussi un seuil accueillant !
Saint-Félix, au cœur du Pays de Cocagne, vaut bien un détour… (photo AM Stock Nature)

Voulez-vous gagner un livre d’Alice ?

Pour finir en beauté ces semaines de QAL Morning Sunrise, nous avons décidé de vous offrir un beau cadeau : un exemplaire du livre d’Alice, extrêmement bien fait, qui aidera toutes les quilteuses à s’habituer au patchwork avec machine à coudre et cutter, avec de précieux conseils techniques et d’organisation… Nos livres sont parfaitement complémentaires, nous ne faisons pas du tout double emploi.

Riche sommaire ! Patchwork moderne, initiation et projets, Alice Kreyder chez éditions Eyrolles

Pour gagner le livre 🎁, c’est facile : vous laissez un commentaire à cet article et un numéro, correspondant à l’ordre du commentaire, sera tiré au sort jeudi matin. Vous pouvez donc laisser un commentaire (un seul par personne !) pour participer, jusqu’à mercredi 27 octobre minuit. La gagnante ne le regrettera pas, je vous l’assure 🌞 !

Quand vos ouvrages seront quiltés (début décembre ??), nous pourrons faire ici une galerie de photos de vos ouvrages… En attendant, bonne chance 🍀 et à jeudi pour dévoiler le nom du gagnant !

Katell

Trois petites filles montrent le chemin

… L’avenir de l’homme est la femme
Elle est la couleur de son âme…
Louis Aragon, 1963
Zadjal (poésie arabo-andalouse) édité dans Le Fou d’Elsa

Au moment où les États-Unis connaissent de forts soubresauts, je souhaite aller sur le chemin de l’espoir. Les problèmes de discriminations sont différents d’un pays à l’autre, fonction de leurs passés. Pour moi l’arme universelle est l’éducation pour un accès indiscriminé au travail, à la dignité sociale et à la culture. Illustration avec trois petites filles noires ou métisses de 6 ans, sur le chemin de l’école.

Betty Ford-Smith

Vous connaissez les quilts de Betty, qui vit actuellement en Floride, venue nous rendre visite en juin 2018. Elle est donc devenue célèbre en Occitanie, poursuit son chemin couronné de lauriers aux USA et nous continuons d’avoir de très affectueuses conversations par mail.

Betty a grandi dans l’État de New-York. On n’a pas idée en France des ségrégations de la vie quotidienne dans les USA, pays qui se proclame de la liberté – et qui l’est, mais pas encore pour tout le monde, loin de là. Dans cette partie des USA, dans le Nord-Est progressiste, la ségrégation strictement officielle n’existait plus dans la fin des années 1950 et voici une adorable photo de mon amie, 6 ans en 1957, avec son petit frère, sur le chemin de son école, acceptant les enfants de toutes couleurs de peau :

Betty porte à la main un cahier et un crayon. J’adore le nœud blanc sur sa tête aux cheveux tressés à l’arrière, les socquettes blanches, le petit costume vichy et les mêmes chaussures à boucles que moi quelques années après ! 
 

Grâce à ses capacités intellectuelles et l’appui de sa famille, Betty fut une des toutes premières jeunes filles noires à avoir suivi les cours dans l’université très select du Bennett Junior College de Millbrook. Je vous encourage à lire cet article très touchant, avec une vidéo bruissant de fantômes dansant sur la voix de Madonna…

Styliste de mode, c’était le rêve de Betty, mais impossible de percer à l’époque quand on a la peau noire. Ségrégation quand même… Alors Betty s’est forgé une carrière d’éducatrice d’enfants handicapés, pour finir proviseur de lycée. Puis l’amitié et l’amour du textile l’ont propulsée dans le monde du patchwork…

Betty a appris l’art du pine cone quilt avec Miss Sue, déjà très âgée. Cette amitié a sans aucun doute éclairé la fin de vie de cette petite dame à la vie tumultueuse, tout en donnant un tournant à la vie de Betty.

Ruby Bridges

Dans le Sud des USA, la ségrégation était encore virulente dans l’après-seconde guerre mondiale et des personnes de caractère ont fait évoluer la situation. On peut évoquer Rosa Parks en 1955 qui refusa de laisser sa place à un passager blanc dans un bus ou Martin Luther King, toujours pacifiste, qui fit des Marches, des discours qui restent dans nos mémoires (I have a dream), dont c’est l’anniversaire de naissance le 15 janvier (et jour férié chaque 3e lundi du mois de janvier, cette année c’est aujourd’hui-même).

Ruby Bridges était une petite fille de 6 ans en 1960. Comme des millions d’enfants, elle s’est rendue dans son école à pied, le 14 novembre. Mais elle fut escortée de 4 policiers chargés de sa protection (puis tous les jours de cette année scolaire). Pourquoi ? C’était simplement la première élève noire à rejoindre une école de Blancs en Louisiane.

Cette petite fille toute mignonne sur le chemin de l’école a été immortalisée par le grand peintre réaliste Norman Rockwell. On aperçoit les gardes adjoints du Marshal, des graffitis honteux sur le mur, une tomate écrasée qui vient de manquer la petite cible.

The Problem we all live with, Notre problème à tous, tableau à l’huile de Norman Rockwell, 1964.

Au moment où Norman Rockwell peignait ce célèbre tableau, mon amie Betty alors petite fille vivait tout près de chez ce grand peintre, dans le comté de Westchester (New Rochelle, État de New-York). Elle aurait pu servir de modèle au peintre !

Photo officielle de La Maison Blanche par Pete Souza

Le tableau de Norman Rockwell se trouve dans la Maison Blanche, tout près du Bureau Ovale – du moins du temps d’Obama qui accueillit, le 15 juillet 2011, la petite Ruby devenue grande. Le Président lui a déclaré que sans elle, il ne serait pas devenu Président. Ruby Bridges a œuvré toute sa vie pour promouvoir les valeurs de la tolérance, du respect et de l’appréciation des différences.

La rentrée du premier enfant noir dans une école blanche en Louisiane reste un fait marquant de l’histoire américaine.

Cette intégration ne se fit pas sans heurt, des parents blancs sortirent leurs enfants de cette école ; tous les enseignants, sauf une, refusèrent de l’avoir en classe et la petite Ruby resta isolée sans amis pendant longtemps… Son père, pourtant héros de la guerre de Corée, perdit son travail, sa mère Lucille n’était pas servie dans certains magasins… Ruby est devenue agent de voyage et a toujours œuvré pacifiquement pour les droits civiques pour tous.

 

Après une vie consacrée aux droits civiques, Ruby Bridges vient d’écrire ce livre, This is your time (C’est à votre tour) pour motiver la jeune génération à rester vigilante et à poursuivre pacifiquement le combat. Elle eut la douleur de perdre son fils aîné dans la violence ordinaire américaine. Elle recommande courageusement de ne pas être comme eux, comme les trumpistes et autres violents… Kindness is an act of protest, dit-elle, la gentillesse est un acte de protestation.

Kamala Harris

Kamala, sa petite sœur Maya et sa maman Shyamala Gopalan Harris (aujourd’hui décédée). Les petites filles ont une allure typique de l’époque, avec toujours les jolies petites chaussures à boucle ! Berkeley, 1970 (photo Instagram du compte de Kamala Harris, qui y partage ses souvenirs)

Kamala Harris va prendre ses fonctions de Vice-Présidente des États-Unis  le 20 janvier. Ses parents sont deux intellectuels de haut niveau, tous deux nés dans des ex-colonies britanniques, l’Inde et la Jamaïque, et ils se sont rencontrés dans le campus universitaire d’Oakland, en Californie, bruissant d’idées progressistes. Le couple n’a pas longtemps tenu, c’est la mère qui a principalement élevé ses filles, poursuivant parallèlement une brillante carrière de chercheuse sur la cancer du sein au Canada. Kamala est le symbole d’un melting-pot qui peut prendre mille visages. Elle est née le 20 octobre 1964, l’année où Norman Rockwell peignait The Problem we all live with, le fameux tableau avec Ruby. 

Au moment de la victoire de Joe Biden à la Présidence des États-Unis pour les 4 prochaines années, une photo est devenue virale aux États-Unis, moins chez nous car nous n’avons pas le contexte culturel permettant de l’apprécier pleinement :

Kamala Harris en Power Woman (Femme de Pouvoir) qu’elle est, talons aiguille, costume sombre et brushing parfait, et son ombre, la petite Ruby : du chemin vers l’école au chemin vers la Présidence, un grand pas pour ces femmes ! Photo-montage @briagoeller et @goodtrubble.

Ma mère me disait :
Kamala, tu seras peut-être la première à faire beaucoup de choses,
 fais en sorte de ne pas être la dernière.

Nous avons tellement plus de choses en commun que ce qui nous sépare.

Rêvez avec ambition, dirigez avec conviction.

Notre unité est notre force et notre diversité est notre pouvoir.
Kamala Harris

Grâce à Betty, j’ai compris le sens de cette photo qui fait le parallèle entre la petite Ruby vers l’école et la grande Kamala vers la Maison Blanche, une marche confiante et décidée vers une société plus juste. L’éducation est pour tous, y compris les femmes et les non-Blancs ! J’ose espérer que c’est évident en France en 2021, mais tant de gens ont dû se battre pour cela auparavant, et ce n’est pas encore gagné partout…

C’est ainsi qu’avec l’aide éclairée de Betty, j’ai pu vous expliquer le contexte d’une double page de l’art contemporain qui marque la société américaine, avec un tableau de 1964 et une photographie de 2020.

Jusqu’où peut nous mener une bonne éducation ? Jusqu’à nos rêves…

Kamala Harris, le 12 août 2020 (Photo Olivier DOULIERY / AFP)

Kamala Harris est une potentielle héroïne de ces prochaines années, souhaitons-lui bonne chance !

Betty & Katell

Le bonheur, c’est quand vos actes
sont en accord avec vos paroles.
Gandhi

Y Cwilt

Certains livres pour enfants ont un charme qui vit longtemps en nous, comme une mélodie souvent fredonnée. C’est ce qui m’arrive avec ce livre :

Je regrette de ne pas pouvoir le lire en gallois, la version originale… J’ai bien sûr choisi la version anglaise :

C’est Valériane Leblond qui raconte l’histoire d’une petite Galloise au tournant du XXe siècle. La vie est simple et rude, mais la famille y vit depuis toujours, en symbiose avec la nature.

C’est l’automne en Pays de Galles, c’est ici que commence l’histoire de la fillette. (photo facebook Valériane Leblond)

L’hiver au coin du feu, le père sculpte des objets dans du vieux bois, la mère taille des bouts de flanelle de laine noire et rouge pour en faire un cwilt. Mais un hiver plus difficile rend la faim tenace et les parents décident de quitter leur pays, un seul ballot en main : le quilt rouge et noir… La petite fille découvre une ville, un port, un bateau, un long voyage en mer. Dans la chaleur du quilt, elle trouve la consolation du déchirement de l’émigration. 

Dans ce nouveau pays jamais cité, dans une nature différente mais généreuse, avec le travail acharné des parents, la famille crée son nouveau foyer, sa nouvelle vie, son nouveau chez-eux, avec le fameux quilt rouge et noir qui rappelle la vie d’avant…

Faire de ses rêves une réalité plus douce, c’est la réussite de cette famille.

La fillette observe et comprend à sa manière les changements dans leur vie, se rassure en voyant les hirondelles du printemps, symbole de la résilience. La finesse des dessins souligne la justesse de l’histoire, vécue par des millions de migrants quittant l’Europe pour une vie meilleure aux États-Unis.

La grande ville d’où part le bateau se reconnaît à sa skyline (sa ligne d’horizon), c’est Liverpool (photo Facebook Valériane Leblond).

Dans ce livre, au Pays de Galles comme en Amérique, le ciel et la mer ne sont jamais bleus, mais des mille nuances glaz qui sont comme la vie, changeantes.

Le quilt, fait de la flanelle noire des costumes du père, de la flanelle rouge des robes de la mère, est assemblé point par point avec amour, la mère décorant avec fantaisie au fil rouge la rigueur du patchwork. Cela rappelle l’intuition de plusieurs historiennes, pensant que les femmes Amish, à la fin du 19e siècle, se sont inspirées des quilts gallois lorsqu’elles ont décidé de remplacer leurs couettes par des quilts (lire aussi : De la couette au quilt et les autres articles sur les Amish).

Vous l’avez donc deviné, ce tout petit livre est un coup de cœur ! J’imagine que toute quilteuse américaine au sang gallois offrira ce livre à ses enfants ou petits-enfants pour Noël. 

Il est en vente pour environ 7 € en anglais ou en gallois. Il reste à savoir si, un jour, il sera publié en français… 

Pour passer l’année prochaine avec la poésie de Valériane, le calendrier 2021 est disponible dans sa boutique ETSY. Attention, il est en gallois !

L’auteure nous offre sa belle histoire, et elle a fait son chemin, sans y réfléchir une suite a pris forme en moi, tout en jouant avec mes tissus. Cette fillette galloise, je lui ai donné un prénom, Gwen, que porte mon aînée en second prénom et qui rappelle aux quilteuses la reine des quilts libérés, Gwen Marston. C’est en pensant à cette petite Gwen que j’ai fait, ces derniers jours, un top que je vous présenterai prochainement. Je vous raconterai comment, même en suivant un modèle, j’ai rêvé à la petite Gwen…

Pour garder le moral, jouons avec nos tissus, rêvons… et aimons la vie simple, riche des beautés de la nature,
Katell

Lumière d’automne (par une belle journée comme aujourd’hui) Valériane Leblond

 

 

 

VOTE quilts

Aux États-Unis, c’est une vieille habitude de s’exprimer sur des quilts. Les orientations politiques en quilts devinrent populaires après la parution des modèles faits en carrés et demi-carrés dans le magazine Kansas City Star en 1931 : l’éléphant Ararat pour les Republicans, l’âne Giddap pour les Democrats.

Top des années 1930, Laura Fischer quilts
Au Gilbert Museum Quilt show en 2012.

Voici les modèles originaux :

D’où viennent les symboles d’âne pour le parti démocrate et d’éléphant pour le parti républicain ?

J’aime beaucoup Political Circus de Misty Cole, fait en 2016. Voir son histoire par ici.

Petite histoire des deux partis politiques aux USA

Le Parti Démocrate est le plus ancien. Il fut créé en 1828, juste avant l’élection d’Andrew Jackson, premier Président d’origine modeste. Il a été notamment élu sur son programme de « débarrasser l’Ouest des USA de tous les Amérindiens », pour faire de la place aux Blancs. Il est responsable de plusieurs génocides de tribus indiennes. Eh oui, c’est l’Histoire… Il s’appelait Jackson, ses détracteurs l’appelaient jackass, le bourricot, et plutôt que de combattre cette image, il en fit une fierté.

Jackson attisait la défiance du pouvoir central et favorisait les autonomies locales. Plus tard, le Parti Démocrate se déchirera entre modérés et esclavagistes. Il sera le Parti défendant l’esclavage lors de la guerre de Sécession (1861-1865). Le Vieux Sud devint ensuite une région ultra-ségrégationniste et anti-fédéraliste ; le Ku Klux Klan était en quelque sorte, à l’origine, le bras armé des Démocrates du Sud. Au début du XXe siècle dans le Nord, les Démocrates se tournent vers un progressisme universitaire, soutiennent les migrants (comme les Irlandais catholiques), les minorités (les Juifs), font voter des lois protégeant les petits propriétaires ruraux, le droit de vote pour les femmes de l’ensemble des USA en 1920.

Le parti démocrate moderne confirmera son esprit d’opposant au pouvoir central fédéral, aux puissants capitalistes, mais restera longtemps indifférent à la ségrégation sudiste. Roosevelt et son New Deal font du parti démocrate une force moderne, progressiste. Le parti démocrate fut dépoussiéré de son encombrante histoire raciste par le charisme de Présidents issus de minorités avec John Kennedy (catholique) qui soutient le révérend Martin Luther King, puis Barack Obama (métis)… La majorité des Afro-américains votent pour ce Parti à présent, comme la plupart des minorités, car il déclare vouloir assurer une protection pour les moins puissants.

Le Parti Républicain est l’autre force en présence dans la politique américaine, héritière de la pensée du libéralisme classique de John Locke et de Montesquieu. Il fut créé en 1854 pour développer une société progressiste, une société industrielle et éduquée fondée sur la liberté individuelle, la promotion sociale par l’effort et le mérite, excluant toute forme d’asservissement économique (esclavage). C’est dès l’origine un parti rassemblant les Puritains (les Protestants les plus stricts), comme les Quakers qui aidèrent les fugitifs noirs.

Son premier Président est Abraham Lincoln, qui mena la lutte contre l’esclavage des États du Sud et gagna la Guerre Civile. Ensuite, les Républicains se font les défenseurs de l’industrialisation, du développement des transports (chemin de fer, routes), le Parti du business et des Puritains créationnistes, et en même temps une représentation de la Great America. Quand arrive la Grande Dépression en 1929, les Républicains non-interventionnistes sont incapables de gérer la crise. Ils ne s’en remettront qu’après la Seconde Guerre mondiale, avec Eisenhower qui modernise le pays, lui donne un souffle de grand optimisme, conforte la certitude des Américains d’être un peuple moderne, et que dans ce pays, tout est possible. Cette période s’accompagne cependant du Maccarthysme, la chasse aux communistes (jusqu’en 1954) et la Guerre Froide.

Ronald Reagan fit dans les années 1980 une révolution conservatrice et les partisans du parti républicain sont devenus majoritairement blancs, banlieusards ou ruraux, évangéliques, très patriotes et, par la suite, généralement climato-sceptiques. Ils regrettent la dominance affaiblie de leur pays et des WASP (les Blancs Protestants d’origine anglo-saxonne). Au fil du temps, ce parti est donc devenu conservateur, profitant du désenchantement des Blancs des classes ouvrières qui ne se retrouvent plus dans l’élite intellectuelle démocrate. Il reste favorable à la responsabilité individuelle et au moindre engagement de l’Union (pas de sécurité sociale), à la liberté du port d’armes et reste très attaché aux valeurs religieuses protestantes, tout en étant toujours globalement proche des milieux d’affaires traditionnels. Ce Parti était beaucoup plus uni que le Parti Démocrate, toujours riche en dissensions, mais Donald Trump le divise profondément.

Et l’éléphant républicain ? C’est un illustrateur, Thomas Nast (1840-1902), ami de Mark Twain, qui reprit l’âne (Jackass) dans ses caricatures et utilisa le premier l’éléphant pour le Parti Républicain. Ces dessins de presse sont devenus des symboles reconnus qui perdurent. Nast créa aussi le dessin de l’Oncle Sam, celui du Père Noël à barbe (qui devint rouge avec Coca-Cola)…

Merry Old Santa Claus, par Thomas Nast. Gravure sur bois publiée le 1er janvier 1881 par le Harper’s Weekly.

Inciter à voter dans un pays qui vote peu traditionnellement, c’est ce que font parfois les quilteuses.

Quilt de Irene Williams, quilteuse de Gee’s Bend, Alabama, en 1975. Il est fait avec des tissus imprimés VOTE. Le bloc est le célèbre Housetop – nom que préfèrent les Noires Américaines à Log Cabin ou Courthouse Steps.

Il faut dire que l’organisation des votes n’est pas simple aux USA.

Les quilts VOTE pour cette élection

On sait déjà que, avant de connaître le gagnant des élections qui se font en ce moment aux USA, les Américains ont beaucoup plus voté que d’habitude. Et les quilteuses ont été prolixes à ce sujet ! C’est un véritable phénomène : des centaines de quilts ont déferlé sur Instagram avec quatre lettres : V O T E. Certaines quilteuses prennent parti en présentant leur quilt, d’autres restent neutres. La plupart des quilts sont avec les 3 couleurs du drapeau. On peut en déchiffrer certains car le rouge est la couleur des Républicains, le Bleu celle des Démocrates. Je n’ai pas vu d’âne ou d’éléphant cette fois-ci, mais des quilts d’inspiration très moderne. En voici quelques-uns, pour le plaisir !

@kristinshields
@aquilterstable
@weirdbirds
@kagcreates
@tjquilt36
@jennifersampou (en 2016)
@tinytomatoesdesign
@sherrilynnwood
@subsistenceslicker
@elizabethkray
@teresacoates
@sewwhatquilts
@surori_textiles

… et bien d’autres, à voir sur Instagram #votequilt. De belles inspirations…

Nous n’avons pas le gouvernement par la majorité.
Nous avons le gouvernement par la majorité qui participe.
Thomas Jefferson

Avec le vote indirect et les Grands Électeurs, ce n’est pas toujours le cas aux États-Unis. Espérons malgré tout que les résultats ne mettront pas le feu aux poudres.

Bonne journée, à bientôt, Katell

Octobre Noir

L’année 2020 est pourrie, on l’a bien compris. Et pourtant, en septembre, qui aurait parié sur un Octobre aussi Noir ?

Je m’excuse auprès de toutes les autres années
que je disais pourries,
je n’avais pas encore vécu 2020.

Le mois noir commença avec la tempête Alex : deux belles vallées des Alpes-Maritimes ravagées, faisant de nombreuses victimes, certaines ont perdu la vie, d’autres ont perdu tout le reste. C’est pour ces personnes en détresse que nous pourrons offrir un quilt. Ce n’est pas essentiel, mais c’est un petit cadeau de solidarité qui réchauffera les cœurs et les corps au moment de la distribution, en 2021 sans doute. Je relaierai l’adresse d’envoi postal dès que je la connaîtrai. 

@solidarite06 est une association caritative sise à Nice, qui travaille avec le Secours Populaire pour faire cheminer les dons pour les sinistrés. C’est peut-être par eux que se fera l’offre des quilts. Attendons cependant les recommandations de France Patchwork pour une action coordonnée.

Solidarité des quilteuses du monde : les incendies gigantesques en Australie qui nous émurent en janvier 2020, ont engendré 15 000 blocs d’arbres, soit 750 quilts à faire. L’Australie ne passe pas à côté du Coronavirus et malgré tout, leurs quilteuses vivent une année unique, entre excitation et lassitude, esprit de solidarité et découragement, tant le travail est immense. Mais elles avancent avec détermination… Voici un tout petit florilège des quilts terminés :

Les actions solidaires des Quilteuses sont autant de sourires, à condition que l’organisation soit solide. Les quilteuses australiennes font face à ce gigantesque travail de choix des blocs à mettre 20 par 20, d’assemblage, mise en sandwich, quilting, bande de finition… Nous savons ce que cela représente… à faire 750 fois !! Alors encore un immense bravo aux Australiennes !

Octobre Noir… Que dire de la décapitation d’un prof ? Pour des dessins ?? Ce vendredi 16 octobre, jour des vacances, aurait dû être un jour joyeux. Un ami de ma fille, prof dans ce collège, avait partagé avec son copain et collègue Samuel son dernier déjeuner, ils avaient fait une partie de ping-pong ensemble avant 14h. Quel traumatisme pour tous les proches, tous les profs, toute la population.

Et comme si cela ne suffisait pas, les contagions du coronavirus se multiplient et nous voici de nouveau confinés ce soir-même. 

On peut se croire en enfer, mais la commune Les Rousses dans le Jura, se demande si on n’est pas déjà au Paradis. Cette photo date de mars 2020 et continue de faire le tour des réseaux sociaux

Ce mois d’octobre déjà bien noir se termine avec le début d’un nouveau confinement. Un choc, une chape de tristesse, même si on nous y préparait depuis 2 jours.

Beaucoup de personnes, pour diverses raisons, éprouvent de grandes difficultés directement à cause de la pandémie – santé défaillante, séparation, manque de revenus, perte d’emploi… De la tristesse, de la révolte qui couve… Quand on voit les tensions dans certains pays récemment reconfinés, on sait que tout peut arriver. Certains se révoltent néanmoins avec humour : un père de famille de Newport (Pays de Galles) s’est présenté en supermarché en caleçon et masque, car lors de ce confinement, les magasins n’ont plus le droit de vendre ce qui est non essentiel, comme les vêtements…

Les vêtements sont devenus non-essentiels, d’après le gouvernement du Pays de Galles. Alors… Photo Wales News Service

Nous allons donc entrer en résistance. Observer le confinement puisque c’est la solution pour contrer le virus galopant, mais nous allons aussi nous distraire et nous motiver mutuellement. Pour ma part, avec la Ruche des Quilteuses, je continuerai de mêler arts textiles et lectures, pour une évasion immobile, avec un ou deux articles par semaine.

Ne broyons pas du noir quand nous avons tant d’autres couleurs !

Ensemble malgré tout, c’était l’élan créatif impulsé par France Patchwork au début du premier confinement. 

Samedi : Halloween, Samain et Pleine Lune

Commençons par une bonne nouvelle : après-demain, samedi, il fera beau temps et, la nuit venue, nous pourrons admirer la Pleine Lune, un spectacle qui me ravit toujours. On a encore le droit de regarder le ciel et rêver.

Samedi, ce sera le dernier jour d’un mois noir et le dernier jour de l’année dans le calendrier celtique. On connaît cette journée sous les couleurs d’Halloween en orange & noir, une formidable inspiration pour les quilteuses :

Halloween miniquilt, Pinkadot Quilts
Squelette en lisières, Riel Nason
Les citrouilles de Bonnie Hunter, modèle dans son livre String Frenzy.
Etoile à 5 branches de Victoria Findlay Wolfe, aux couleurs de Halloween, même si ce n’est pas le sujet du quilt !

Halloween (contraction de mots anglais) est une fête grand public, devenue très commerciale. Nous n’en avons que l’écume, les bonbons et les décorations. Et pourtant, cette célébration vient d’Europe, on la dit millénaire et on l’appelle aussi Samain (mot gaélique/celtique) : elle n’est pas une création américaine, ce sont les Irlandais qui ont émigré avec leurs traditions ancestrales et, dans leur nouveau pays, les croyances et habitudes se sont modifiées. C’est un peu la même histoire que les quilts qui ont traversé l’Océan avec les migrants : la plupart des blocs de patchwork ont été créés dans le Nouveau Monde, mais le patchwork, l’appliqué et le quilting existaient déjà.

Samaïn est une fête de fermeture de l’année écoulée, et d’ouverture de l’année à venir, c’est une charnière en dehors du temps. Comme toutes les sociétés archaïques, la société celtique était une structure très organisée où chacun connaissait sa place. Mais les Celtes savaient que seule une rupture abolissant ordre et structure et permettant au chaos de régner pouvait rendre cet ordre psychologiquement confortable. C’était le rôle de Samaïn. Les trois jours de ce festival échappaient au temps et chacun y faisait ce qui lui plaisait : les hommes s’habillaient en femme et vice versa, les barrières des fermiers étaient démontées et jetées dans les fossés, les chevaux changés de prés, et les enfants visitaient les voisins en exigeant des cadeaux et des gâteries, une tradition qui survit de façon atténuée dans la fête de Halloween (contraction de « All hallows eve » : la veille de la Toussaint, le 31/10).
Les Celtes comptaient le temps en partant de la nuit et en allant vers le jour, exprimant ainsi leur espoir dans l’évolution d’une conscience endormie vers une conscience éveillée. C’est pourquoi l’année celte commence avec une fête au cœur de l’obscurité : c’est la fête de Samaïn, dont le nom signifie littéralement « la chute du soleil ».
Samaïn ouvre donc le premier quartier, avec une fête qui dure trois jours : les 31 octobre, 1er et 2 novembre.
Samaïn est le Nouvel An celte.
Isabelle Padovani – Facebook
Il est bien difficile de rétablir ce qui se passait naguère en pays celtes, par manque d’écrits ou de traces archéologiques évidentes. Qui est sûr de l’interprétation des menhirs de Carnac ou de Stonehenge ? Ce que nous pouvons en lire est fondé sur des suppositions, des déductions, des convictions, plus que sur des certitudes.
 
La Wicca, ou l’éloge du paganisme et des sorcières
Ce qui est évident, c’est que nous avons raboté la plupart des rites anciens et que l’appel pour plus de sens dans nos vies, plus de merveilleux, titille beaucoup d’Occidentaux en quête de racines, d’authenticité… et de rêves.
Ainsi est née la Wicca, une nouvelle croyance occidentale.
Qu’est-ce que la Wicca ? C’est une croyance basée sur des racines païennes, qui tourne autour de la célébration des cycles naturels et des saisons.
Encore peu connue en France sous ce terme, la Wicca (qui vient de Witch Craft, l’Art de la Magie) rassemble à présent plusieurs millions d’adeptes dans le monde. Elle fut créée par un Britannique dans les années 1950. Pour ses détracteurs, la Wicca est un joyeux fatras de fadaises, anciennes superstitions et ramassis de bêtises ésotériques. 
Ce dessin celtique est le symbole de la série télévisée américaine Charmed, dans la droite lignée de la Wicca.
Et pour ses adeptes ?
On appelle aussi la wicca : le néo-paganisme moderne.
C’est la confluence de multiples pratiques pour célébrer la Force de Vie, c’est un chemin vers le savoir, la sagesse, l’acceptation des forces qui ne se voient pas. Les Wiccans – les adeptes de la Wicca – réapprennent les savoirs oubliés des ancêtres et découvrent un art de vivre lié aux énergies de la Terre et du Ciel. A leur guise, les Wiccans utilisent divers rituels et peuvent s’appuyer sur la cartomancie, l’astrologie, les cycles lunaires, les cristaux… pour capter et interpréter les énergies, pour mieux vivre et pourquoi pas, pour guérir. L’apprentissage et la pratique sont « à la carte », en solo ou en groupe.
L’étoile à 5 branches (ou pentacle) est devenu un signe wiccan
Samain et Pleine Lune, 13 Pleines Lunes dans l’année…
 
La nuit du 31/10/2020 sera chargée pour les Wiccans et les Sorcières avec une double actualité : la célébration de Samain tombe cette année à la Pleine Lune, phénomène rare puisque cette correspondance Samain/Pleine Lune n’était pas arrivée depuis 1944.
 
Une année comme 2020 avec 13 Pleines Lunes (ce qui arrive tous les 2 ou 3 ans), c’est un signe d’année troublée selon les anciens. Pour 2020, on peut aisément faire la liste des malheurs du monde et confirmer cette assertion. Les années à 12 pleines Lunes sont-elles pour autant calmes ?… C’est là qu’on se rend compte que les croyances peuvent nous convaincre de tout, notre souvenir peut associer aux années de 13 Pleines Lunes les drames de l’année… mais les autres années n’en sont pas exemptes.
C’est la responsabilité de chacun de vivre sa vie et croire en pleine conscience, avec discernement. 
 
Même en période noire, il y a la lumière quelque part… Orange & noir…
Naguère, les feux de joie ponctuaient toutes les fêtes. Photo Toa Heftiba
Feu de camp, quilt de Bernadette Mayr.

Si vous avez oublié l’actualité pendant 5 minutes, c’est déjà ça 😁
 
A bientôt pour vous montrer encore plein de belles choses et partager de bons moments ensemble,
Katell

La Route 66, la nostalgie joyeuse – Le départ, Chicago, Illinois

Bonjour, quel plaisir de revenir sur mon blog pour vous y retrouver !

Depuis 9 ans ½, j’aime vous présenter ici les arts textiles aussi bien par le petit bout de la lorgnette qu’avec des perspectives culturelles et historiques. En cette rentrée, laissez-moi vous raconter les premiers tours de roue d’un périple qui ira jusqu’en juin 2021.

Nous voilà parties, une soixantaine de girls en voyage sur la Route 66 ! Nous traverserons 8 des 50 États des USA. Je précise que c’est un voyage virtuel, le groupe est sur Facebook, je crois qu’on peut encore s’inscrire cette semaine, ensuite ce sera privé. https://www.facebook.com/groups/2960575844038884

On the Route 66, je suis la participante n° 40 !


Pendant une partie des vacances, je me suis demandé quel serait mon projet personnel… J’ai sérieusement envisagé une création sur toute la musique que j’aime qui vient de là qui vient du blues… Le titre aurait été Rock n’ Blues, mais voilà, je peinais à trouver un projet qui collait à l’idée, à tenir sur 8 mois. Finalement, je vais faire une carte des États-Unis en scraps (petits bouts de tissus bons à jeter… normalement) et j’ai donc repris le joli jeu de mots lu quelque part : ce sera la carte United Scraps of America !

Je vais docilement suivre le modèle de carte offert par ici et construire mon top, état par état, tel un puzzle. La seule chose que je sais, c’est que je broderai dessus le trait figurant la Route 66, le reste est encore flou…

Je ne sais même combien mesure ce quilt fini mais j’ai préparé les photocopies, c’est grand, c’est certain !


Patou Pat, notre meneuse de revue, nous a demandé de commencer par l’étiquette, c’étaient les devoirs de vacances pour ancrer chacune dans le projet. Voici la mienne :

Skyline de Chicago se reflétant dans le Lac Michigan

 

Notre ville de départ est Chicago, dans l’Illinois, une très belle ville moderne dont on parle relativement peu en France, depuis que Al Capone est tombé 🙂. Né à New-York et mort à Miami, Al Capone marqua surtout l’histoire de Chicago devenue sans foi ni loi dans les années 1920-30, la Cosa Nostra ayant mainmise sur la Police, la Justice et la Politique… 

Dans ma famille quand j’étais adolescente, j’entendais souvent parler de Chicago, siège social de la société où mon père a travaillé pendant presque 20 ans. La marque est connue, elle se résume à 2 lettres : IH (International Harvester), mais la société garde la sympathie du monde rural avec le nom de ses tracteurs et de son fondateur : McCormick.

Cyrus Hall McCormick est un inventeur du 19e siècle, concevant d’abord des faucheuses tractées par un cheval, puis des moissonneuses innovantes qui se vendent très bien grâce à des pratiques commerciales nouvelles (le début du marketing).

Le succès de la marque devient mondial après l’Exposition Universelle de Londres au Crystal Palace en 1851. Hélas, son fils était moins avisé, bien plus brutal et antipathique… Je vous la fais courte, mais le 1er mai 1886 eut lieu une grande grève à Chicago qui commença dans l’usine McCormick, pour réclamer la division de la journée en tranches de 8 heures :

A l’époque, les ouvriers travaillaient 10 heures 6 jours par semaine.

Si le mouvement commença chez McCormick, couvant déjà depuis des mois, il s’étendit en grève générale du 1er au 4 mai 1886 pour se terminer dans un bain de sang  le soir du 4, sur la place Haymarket de Chicago.

Tract pour le rassemblement à Haymarket, en anglais et allemand, en raison de l’origine des travailleurs. Ce sont des anarchistes pacifistes qui mènent le mouvement, certains deviendront les martyrs de cette soirée où règnera la plus grosse confusion. Les policiers ont ordre de « tirer pour tuer » (phrase reprise récemment par D. Trump) et un inconnu tira une bombe, tuant un policier. L’émeute qui s’ensuit fait d’autres victimes et Chicago devient l’emblème des luttes sociales.

Le résultat de ce chaos est que le 1er mai 1886 fut le premier des 1er mai, Jour du Travail jusqu’à aujourd’hui ! La journée des huit heures fut votée deux ans après.

Revenons à notre périple, prochaines étapes Springfield, St Louis… avec peut-être d’autres histoires à vous raconter !

Let the road trip begin !

 

route_66_2
Symbole de l’essor de la voiture particulière, des grands espaces, des vacances et de la liberté, la Route 66 est dans mes rêves pour ce voyage immobile !

Le prochain article vous montrera mon top Météo : qu’on a eu chaud encore cet été, pfff… J’espérais ne pas utiliser ma couleur dédiée aux 40 à 42°, mais si… La sécheresse sévit encore ici, dans la région toulousaine. Avec ce projet Météo, nous garderons d’autant plus en mémoire cette année 2020, si particulière… En attendant, portez-vous bien, suivez votre route et à bientôt !

Katell

 

Cadillac à Detroit, Buick à Williams

C’est la Fête Nationale des États-Unis, bonne fête à tous mes amis américains !

Quilt patriotique de Judy Martin

Magnifique, encore en l’état de top, fait par Isa la Quilteuse.

Les Patriotic quilts conviennent bien au style quilts Country, voici un très joli de Cheri Payne.

Ravissante mise en scène d’un mini-quilt patriotique fait par Muriel Gendreau, qui écrit l’élégant blog Verveine & Lin. Ce quilt est inspiré d’un modèle de la même Cheri Payne. Modèle gratuit ici.

Le 14 juin dernier, Flag Day (Jour du Drapeau), Marie-Claude Picon a publié plusieurs photos de ses quilts patriotiques sur FB : tous splendides !

Mon seul quilt patriotique ! Il est petit, il mesure environ 50 cm de côté.

Son étiquette au dos me rappelle que je l’ai fait lors des précédentes élections présidentielles américaines…

Pour ce 4 juillet, célébré comme toujours dans tout le pays en rouge-blanc-bleu (et avec un masque SVP), faisons un tour en voiture. Mais prenons le chemin de l’Histoire, pas à pas…

L’Amérique a été conquise par des aventuriers, et si le temps est à la remise en cause des héros et des décisions du passé, il n’en reste pas moins qu’on peut admirer l’épopée de beaucoup de ceux qui ont fait l’Histoire.

Imaginez un jeune homme, né en 1658 en terre gasconne, comme les Mousquetaires et notre nouveau Premier Ministre (mais la comparaison s’arrête là), plus précisément à Saint-Nicolas-de-la-Grave au nord de Toulouse et à l’ouest de Montauban. Il est né dans une famille bourgeoise, son père étant avocat au Parlement de Toulouse et sa mère de famille commerçante aisée. On ne sait trop ce qu’il a fait ou subi, mais Antoine Laumet sent qu’il doit se faire oublier et prend le large à 25 ans. Le large, le grand large ! Il arriva d’abord à Port-Royal en Acadie, terre alors française (Canada), explora les terres de la côte Est et de l’Acadie française en se familiarisant avec les autochtones, leurs langues et coutumes. Comme nombre de Français, il fit le commerce de fourrures en échange d’alcools, achetant aux Indiens et vendant aux Anglais (et inversement). Le Gascon s’est inventé une nouvelle identité en s’anoblissant au passage et devient Antoine de Lamothe, Sieur de Cadillac. Simplement parce ça sonnait bien comme ça… et avec les réminiscences du nom d’un ami de son père du Parlement de Toulouse !

Timbre de la Poste américaine, édité en 1951, célébrant les 250 ans de l’établissement de Lamothe-Cadillac à Detroit en 1701.

Je vous la ferai courte, sa vie est riche en expériences et en esprit d’entreprise, mais aussi en (més)aventures. Le Sieur avait fort mauvais caractère et aussi l’envie de s’enrichir, mais pas toujours de manière légale ! L’Histoire retient surtout de lui que, visionnaire, il fonda, en un lieu stratégique, une colonie française sur un détroit (en réalité, une rivière, entre les lacs Huron et Érié) : Fort Pontchartrain du Détroit, en 1701. L’appellation s’allégera du nom du Ministre de la Marine de Louis XIV, Pontchartrin, et de son accent français sur le e pour devenir simplement Detroit. Cette rivière est actuellement sur la frontière entre le Canada et les USA.

Statue de Cadillac à Detroit ; subit-elle en ce moment l’outrage du déboulonnage ou du peinturlurage ?

Héros sublime pour certains, fieffé coquin pour d’autres, Cadillac mena une vie constamment agitée et aventureuse, militaire, corsaire, colonisateur avec des honneurs, des titres, des fortunes, il devint même Gouverneur de Louisiane (qui s’étendait alors des Grands Lacs au Golfe du Mexique !), mais aussi des poursuites et même un emprisonnement à la Bastille… Cadillac décida de finir Gouverneur de Castelsarrasin, près de sa ville natale, et y mourut à l’âge de 72 ans. Un sacré personnage à la vie bien remplie !

L’histoire ne s’arrête pas là. Detroit était effectivement un point stratégique, la ville française se développa puis fut cédée aux Etats-Unis en 1783, à cette nouvelle nation indépendante depuis le 4 juillet 1776. Detroit continua son développement au 19e siècle en fabriquant les carrioles pour se déplacer en ville et à la campagne mais aussi les chariots en bois destinés à rouler vers le Far West, les voies navigables favorisant le transport lacustre du bois.

 

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Transport en traîneau dans Detroit, les hivers y sont rigoureux ! Années 1900 – Archives de Detroit News

Au tournant du 20e siècle,
la richesse de Detroit en fit « le Paris du Midwest »,
avec de somptueux immeubles Beaux-Arts et baroques,
de larges avenues et espaces verts publics.

Vers 1910, voitures à chevaux et voitures à moteur se partagent le travail de déplacement des personnes, ainsi que le tramway mû à l’électicité.

Detroit, Woodward Avenue, avant 1920

La ville de Detroit célébra en grande pompe les deux cents ans de sa création en 1901. Au même moment, au même endroit, Leland, Murphy et Bowen, constructeurs de « chariots à moteur », des automobiles, baptisèrent leur premier joyau en hommage au fondateur dont le nom était sur toutes les lèvres : en 1902, la mythique Cadillac est née ! Dès lors, les progrès et inventions se succèdent chez les multiples constructeurs d’automobiles américains, concentrés à Detroit.

La première Cadillac n’était pas une voiture de luxe, mais un prototype avec beaucoup d’innovations techniques. Photo de 1903 – Smithsonian Institution.

Le 1er logo des voitures Cadillac, c’est simplement le blason du Sieur de Cadillac.

Detroit continuera, au long du 20e siècle, d’être la Motor town, LA ville des constructions automobiles. Les chevaux de chair et de sang sont remplacés par ceux sous le capot.

Voiture de luxe extravagante des années 1950-60, la Cadillac Eldorado. Après avoir maîtrisé la crise des années 1930, Cadillac se positionne à la tête des voitures de prestige pendant plusieurs décennies.

Son logo a souvent changé, à présent il est stylisé à la Mondrian mais garde le souvenir du Frenchy !

Les grandes voitures américaines ont le chic pour avoir des noms qui parlent, j’avais déjà évoqué les Ford Mustang par ici.

Et la Pontiac, autre gamme de voitures très chic ? Elle honore Obwandiyag (prononciation : bwon-diac, d’où Pontiac), un grand chef Amérindien du 18e siècle de cette région de Detroit qui, comme bien souvent, s’entendait très bien avec les Français mais pas du tout avec les Anglais !

Pontiac, 1720-1769, homme politique, chef de guerre

Une Pontiac. Le logo représente une flèche stylisée, en l’honneur du chef indien.

Toutes les voitures mythiques américaines qui peuplent notre imaginaire, les Cadillac, les Pontiac, les Buick, les Chevrolet, les Mustang, les Chrysler furent construites à Detroit. Éternel rival de Ford, General Motors fut fondé par un certain Durant, d’ascendance française lui aussi. Il lança même la marque Frigidaire en 1918 pour des compresseurs pour la climatisation de voitures… puis on sait ce que cela devint !

Detroit connut un essor fantastique, la construction automobile faisant appel à une nombreuse main d’oeuvre, la population consommant et boostant l’économie ! Elle fut la 4e ville américaine avec près de 2 millions d’habitants (1955-60). Mais les automobiles américaines perdirent leur monopole pour diverses raisons et peu à peu, avec la gestion exécrable de la ville et la catastrophe des subprimes, celle-ci a sombré, jusqu’à sa mise en faillite en 2013. Ses habitants, plus que 700 000, vivent majoritairement dans une grande pauvreté (les revenus les plus bas par habitant des USA, alors qu’en 1960 Detroit détenait la 1ère place) et l’insécurité. Detroit renaîtra-t-elle de ses cendres ?

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C’est l’usine de carrosserie historique de General Motors, laissée à l’abandon comme des milliers de bâtiments et maisons à Detroit.

Detroit n’est pas sur la Route 66, mais je souhaitais faire un clin d’œil à ce Sieur de Cadillac pour qu’on se souvienne que les pionniers ont beaucoup travaillé et innové, ils ont été imparfaits sans doute, mais aussi vaillants et novateurs ; les massacres ou mauvaises orientations sont bien souvent dus aux ordres et décisions des gouvernements européens puis des USA…

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Pour finir, je vous dévoile ma voiture
pour mon grand voyage de septembre 2020 :

Cette Buick vintage brille de mille feux, elle est pour moi !

Pour ce road trip avec mes copines du groupe Facebook Route 66,
j’ai hérité du numéro 40 :

J’ai photographié cette merveille tout juste rénovée à Williams, petite ville d’Arizona traversée par la Route 66 (nous y sommes, sur le trottoir !). En 2018, nous avions suivi la Route 66 sur plusieurs centaines de km, j’y reviendrai !

Buick choisie pour sa couleur turquoise,
et aussi pour son chauffeur,
l’Unique, the King :

 Elvis en personne !

Je ne sais pas vous, mais moi je suis fin prête pour l’aventure sur la Route 66 !

Surtout, ne me réveillez pas encore…
Katell

Pendant ma pause estivale, je risque fort de rêver encore à la Route 66… Je vous retrouverai sur le blog dans quelques semaines. En attendant, je resterai active sur Facebook, en particulier sur le groupe Quilt Météo 2020 !