Souffrance des enfants : harcèlement scolaire

Bonjour, je ne souhaite pas vous faire peur avec ce sujet bien différent de nos occupations artistiques habituelles. Mais nous sommes presque toutes des mères, des grands-mères peut-être, ou même des enseignantes et de toute façon, humainement, viscéralement, nous sommes attachées au bien-être des enfants. Découvrir qu’un enfant est harcelé est une souffrance terrible qu’on veut arrêter. Cependant, en voulant bien faire, on peut empirer les choses. Comment aider le jeune à s’en sortir ?

La réponse semble toute trouvée : s’en prendre, nous adulte, au harceleur, le punir de manière proportionnée. Solution de bon sens, qui pourtant ne règle rien et aggrave souvent les choses.

Comment peut-on désamorcer les harcèlements, avant que l’enfant désespéré ne s’en prenne aux autres ou à lui-même ? Les adultes doivent discerner la gravité, puis agir… mais pas comme on le pense.

J’ai découvert la méthode de Philippe Aïm par hasard, lors d’une émission TV. Son discours m’a convaincue qu’au moins 90% des adultes, spontanément, feraient exactement ce qu’il ne faut pas faire tout en croyant aider. L’idée majeure est de désamorcer l’emprise du harceleur avec les bons mots ! Son livre explique avec clarté les jeux de rôle qu’il propose aux enfants pour qu’ils sachent EUX-MÊMES répliquer au provocateur, les réponses magiques, les règles d’or, les 10 commandements pour être heureux à l’école avec les autres, l’option hypnose…

Malgré le sérieux du sujet, ce livre se lit facilement, l’auteur sait alléger l’atmosphère, cite des spécialistes, des philosophes, mais aussi des poètes, des chanteurs, des films culte ! J’aime son humour et, surtout, sa méthode donne de l’espoir. Elle fonctionne.

Le meilleur moyen de se défendre
est de ne pas imiter l’offenseur.

Marc Aurèle

J’ai la grande chance de ne pas être concernée, mes enfants sont adultes et n’ont pas encore d’enfants. Mais la méthode développée par ce docteur peut sauver des situations, pour ne pas dire des vies. C’est pourquoi je me permets aujourd’hui d’aborder ce sujet : si dans votre entourage, vous décelez un problème de harcèlement, je vous conseille de tout cœur la lecture de ce livre. Je me mêle sans doute de ce qui ne me regarde pas, mais si je peux aider indirectement ne serait-ce qu’un seul enfant, cet article aura eu un intérêt.

Sticks and stones can break my bones,
But words will never break me.
Des bâtons et des pierres pourraient briser mes os,
Mais les mots ne me blesseront jamais.

Comptine connue de tous les enfants américains, expliquée dans le livre.

La France est quasiment épargnée par les tueries de masse en milieu scolaire, pourvu que ça dure ; sans doute n’est-il pas aussi facile qu’aux USA de se procurer des armes à feu. Mais les 3/4 de ces massacres sont perpétrés par des jeunes affaiblis par des harcèlements.

J’aime aussi le livre très pédagogique de Jacquie Gering sur le quilting avec le double entraînement (voir l’article Marche ! ). Mais surtout, en rapport avec le sujet du jour, j’admire son quilt qui l’a rendue si célèbre :

Bang you’re dead (Pan t’es mort), 2013, Jacquie Gering.

Ce quilt choque, il est fait pour cela. Le mari de la quilteuse travaillant dans l’éducation publique, était confronté quotidiennement aux chiffres de violences concernant les jeunes. Ce quilt est destiné à susciter la conversation sur le thème des armes, des troubles mentaux, de la violence. Jacquie aurait aimé qu’enfin son gouvernement cesse de s’appuyer sur le droit du cow-boy à détenir une arme… Cela ne mettrait pas fin à la violence, mais diminuerait déjà le nombre de tués et ferait prendre conscience à certains que la violence n’est pas une solution.

L’histoire nous montre que la violence résout rarement les problèmes, elle crée en revanche d’insondables souffrances. On voit aussi que même lorsqu’elle paraît sage et logique pour mettre fin à des conflits, on ne peut jamais savoir si au lieu d’éteindre un feu, on n’est pas en train d’allumer un brasier.
Dalaï-Lama

Je crois aussi que l’apaisement dans un domaine peut, tel un jeu de dominos ou le célèbre battement d’ailes d’un papillon, avoir dans la société des conséquences positives inattendues par ailleurs.

Bonne journée quand même les amies !
Katell

Imagine que ça ira mieux demain…

Parce que la moindre occasion de sourire est à prendre, parce que l’espérance de sortir de la morosité doit rester en nous malgré tout, ce matin je rends hommage à trois chansons populaires !

Ca ira mieux demain, si ça te semble loin,
pourquoi ne pas prendre un bon jour d’avance !

Sur les 600 vœux de Rieko Koga à Figeac, une célèbre citation de John Lennon : Quand j’avais 5 ans, ma mère me disait toujours que le bonheur était la clé de la vie. A l’école, quand on m’a demandé d’écrire ce que je voulais être plus tard, j’ai répondu « heureux ». Ils m’ont dit que je n’avais pas compris la question, je leur ai répondu qu’ils n’avaient pas compris la vie.

La mère de John Lennon a su semer la graine de l’originalité en son fils qui, dans ses chansons, nous a transmis à son tour des messages essentiels comme :

Imagine tous les gens vivant leur vie en paix !

Ici le texte de la chanson Imagine avec sa traduction en français.

Ici je reprends le petit article publié le 8 janvier 2014 : 

Imagine

… all the people, living life in peace…

john_lennon_art… que tu habites une de ces maisons, avec tes meilleures copines quilteuses comme voisines…1513277_616122155108030_2125133399_n

(nouveau tableau de Valériane Leblond)

… les discussions sur l’air du temps ou sur le dernier quilt en cours…

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… une petite communauté vivant en paix !

Imagine in NYC

… and the world will live as one !

On finit par une chanson que j’adore fredonner : don’t worry, be happy, ne t’en fais pas, sois heureux ! Chanson a capella (sans autre instrument de musique que la voix humaine…).

Enjoy !

 

 

Voilà, des rayons de Ruche et de Soleil pour la journée !
Katell

 

Le respect envers les autres

Depuis le drame de la mort de George Floyd le 25 mai dernier, on remet en question, un peu partout dans le monde, la vision de l’Autre. Amour ou haine, paix ou violence, tout et son contraire ont été exprimés. Alors que certains veulent combler les inégalités, d’autres creusent les fossés. S’ensuivent maintes confusions, maintes décisions dont certaines ont le don de m’exaspérer. Le respect ne passe pas par des barrières supplémentaires…

Le dessin animé des Simpson aura désormais des acteurs non-blancs pour doubler les Noirs, les Jaunes, les Rouges. Devront-ils forcer l’accent qu’on attend d’eux ? N’est-ce pas encore plus discriminant de les cantonner à ces personnages ?

 

La décision de L’Oréal de bannir les mots blanc, blanchissant, éclaircissant ou clair pour combattre le racisme est ahurissante. Dans leurs publicités, cela fait belle lurette que tous les tons de peau sont célébrés en montrant depuis longtemps des femmes de toutes origines, toujours belles dans leur diversité, pour valoriser leurs palettes de produits convenant à toutes les peaux du monde.

Même si je n’achète plus rien de L’Oréal parce que c’est chimique, je trouvais que les Français se débrouillaient bien dans ce domaine. Le bannissement de ces mots sur la blancheur est simplement ridicule ! Heureusement qu’ils ne vendent pas de dentifrice 🙃 Franchement, est-ce judicieux de bannir ces mots pour combattre le racisme ?

Hier, j’ai lu la décision d’une quilteuse canadienne d’enlever 2 de ses modèles vendus sur internet en PDF parce qu’ils sont d’inspiration vaguement amérindienne et qu’ils contiennent dans leur titre le mot Aztec. Les Aztèques régnaient en Amérique centrale (du côté du Mexique) et les Espagnols les ont combattu ; la culture mexicaine est un étroit mélange aztèque et espagnol. Étant de peau blanche, cette quilteuse ne se sent plus le droit d’utiliser cette esthétique qui n’est pas de sa culture. Il est vrai que, vivant en Europe, nous ne subissons pas les mêmes pressions culturelles, mais c’est tout de même ahurissant ! N’avons-nous plus le droit de nous inspirer de l’Autre ? Dois-je être Japonaise pour utiliser des tissus d’inspiration nippone, être Africaine pour avoir le droit de coudre avec des Wax, être Coréenne pour faire du Pojagi (une bise à Maryse Allard !) ? Nous ne pillons pas les autres cultures, au contraire, nous les apprécions et tentons de les honorer. Je continuerai donc de faire des quilts d’inspiration amérindienne quand cela me chante.

 

Il y a plusieurs centaines d’années, l’Europe s’inspirait déjà d’autres civilisations, comme, pour rester dans notre domaine des tissus, l’impression. Si les Indiens (d’Inde) n’avaient pas montré l’exemple, aurions-nous les fameux tissus provençaux qui s’en sont inspirés ?

Tissus provençaux de la marque Souleiado.

A ce propos, n’oublions pas, cet été, de donner un coup de pouce à Neelam, ainsi qu’à tous les magasins que nous aimons, ils ont besoin de nous pour survivre.

Neelam se fournit notamment chez des artisans du Gujarat (Inde) qui impriment leurs tissus au tampon, avec des teintures artisanales, à l’ancienne. C’est un commerce respectueux des artisans et une fabrication sans chimie. Vous y trouverez aussi de très belles broderies éco-responsables elles aussi, et beaucoup de fournitures de loisirs créatifs. Leur site pour acheter par correspondance est ici. N’hésitez pas à les contacter pour une visite ou un achat à distance.

Conservons donc le bon sens que nous avons encore en Europe, les échanges commerciaux et culturels entre peuples existent depuis des siècles ! De gros changements pour une économie plus saine sont absolument nécessaires, mais gardons-nous des décisions démagogiques ridicules… 

Si je ne pouvais plus m’inspirer des artisanats du monde, mon blog n’existerait plus et nous ne ferions même plus du patchwork !

Merci de rester fidèle à la Ruche des Quilteuses, avec toute mon amitié,
Katell

Vers un monde différent

Quand nous sortirons du confinement, comment va-t-on se congratuler, se dire bonjour ? Nous devrons sans doute faire une croix sur les accolades à l’américaine, les embrassades et serrages de mains à la française ou les frottements de nez esquimau (on vérifie ainsi que l’autre va bien et n’a pas le nez gelé)… Nous devrons  continuer de garder nos distances, avec ou sans masque !

La question est sérieuse…
Elle va modifier nos habitudes quotidiennes.

On pourra toujours lever la main de loin, disant Ugh! comme les Indiens d’Amérique ! Ils ont une sagesse ancestrale qu’on a perdue.

Nous autres, premiers hommes d’Amérique, vivons dans un monde de symboles et d’images où le spirituel et l’ordinaire des jours ne font qu’un, c’est ce qui nous donne la sagesse et l’équilibre.
Sagesse Sioux

Mais du côté d’autres Indiens 😉 on peut aussi trouver un autre geste, une nouvelle attitude pleine d’allure. 

Se dire bonjour face à face et à distance en joignant les mains et en souriant, c’est un partage différent du toucher des mains ou de la bise, et ce geste remplit de joie. Sans y mettre une quelconque religiosité – nous n’aspirons pas forcément à devenir bouddhistes ! – c’est un bref moment de gratitude sincère envers l’autre. Même si ce geste s’appelle Namasté, il est inutile de le prononcer, un simple bonjour chez nous conviendrait parfaitement.

Quant aux personnes qu’on salue sans vouloir communiquer autant de connivence, une courbette à la japonaise deviendra peut-être la norme ! C’est une forme de respect, mais parfois aussi de soumission… ou d’hypocrisie sociale aussi, elle existera sans doute toujours !

Je divaguais sur le monde d’après quand j’ai préparé mon carré Ensemble malgré tout violet du challenge FP. Même si je ne suis pas très affûtée question chakras, je sais que le violet est le symbole de la lucidité et de l’action réfléchie, elle calme le trop-plein d’émotions en rassurant. Elle symbolise l’esprit plutôt que la matière, l’être plutôt que l’avoir, une couleur qui garde une empreinte mystérieuse. Comment le dire en un mot court ?

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Mystic, en anglais, me convient bien, même si c’est différent. Cela me relie à Betty, qui m’a offert un merveilleux quilt violet et m’en a dédié un autre, toujours violet. Elle m’a expliqué longuement la raison de son choix de couleur… Ma bague préférée est d’ailleurs une améthyste. Et puis, c’est la seconde couleur de ma ville natale, Toulouse la Rose, avec sa fleur la violette (ex-æquo avec le bleu pastel) ! Avec l’âge, mes deux couleurs préférées deviennent le violet et le turquoise, qui sont des bleus mélangés, l’un, avec du rouge, l’autre avec une touche de jaune… 

Il est certain, nous vivons un moment-charnière. Certains chercheront à récupérer la vie d’avant, rassurante, d’autres veulent tout changer pour parvenir à un monde rêvé.

L’avenir n’est pas écrit. Vous savez peut-être que les chinois écrivent le mot CRISE ainsi (idéogramme ci-contre). La première partie de l’idéogramme désigne le temps du danger, la seconde, le temps de l’opportunité. Vivre une crise, c’est voir et évaluer le danger, sans doute accepter le changement qui est dans la nature de la vie, puis saisir l’occasion pour évoluer positivement.

 La folie c’est de croire qu’en faisant toujours la même chose on puisse arriver à un résultat différent.
Albert Einstein

Dans mon charm quilt, je voulais y ajouter cette notion de danger/opportunité, alors qu’à cela ne tienne, j’ai brodé l’idéogramme chinois et l’ai entouré d’imprimés gris très graphiques : de petites étoiles, une grille ouvragée de style baroque, des quadrillés-grillages, un mur, des troncs d’arbre…

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Tout est possible pour notre avenir, faisons en sorte que le meilleur en sortira… Ce sera un chemin rempli de ronces et d’orties, mais ces plantes ne sont-elles pas des trésors en herboristerie ?…

C’est décidé, mon charm quilt fera 16 blocs ! J’attends les deux dernières couleurs avec impatience… Rose et orange, j’aimerais bien…

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Les jours se suivent, très semblables, une monotonie s’installe…
Savoir jouer avec sa créativité est un trésor, utilisons ce don !

Katell

L’arc-en-ciel 2020

BeeBook : toujours en vente sur les Salons au stand France Patchwork, au cours des stages et JA où je suis présente et sur le site France Patchwork, par correspondance.

Comme tous les ans, le changement d’année se fait avec les rétrospectives et des actualités globalement moroses. Tout va-t-il si mal ? Vaste question… que nous ne traiterons pas ici. Mais le ressenti désespéré de tant personnes, à travers leurs manifestations bruyantes ou leur burn-out silencieux ou encore l’inquiétante progression des dépressions, est tangible et dévastateur.

De 2019 pourtant, je garderai personnellement un heureux événement, la sortie de mon livre BeeBook (Éditions France Patchwork) qui a séduit des centaines de personnes et m’a rapprochée de vous, lectrices et lecteurs. On me demande parfois d’expliquer le titre, c’est le Livre des Abeilles, mais en français cela ressemblait trop à un traité d’apiculture ! Simplement, en relation directe avec le titre de ce blog qui a bientôt 8 ans, j’ai filé la métaphore avec les quilteuses travailleuses, à la patience qu’on nous attribue avec respect, mais aussi avec la communauté de celles et ceux qui partagent la même passion dans un monde de culture, de technique, de matières nobles et de couleurs.

La couleur est une notion qui ne cesse de me fasciner : indissociable de la lumière, énergie et longueur d’onde, perception du cerveau via l’œil, sensation, matière première des teinturiers et des artistes, symboles liés à nos cultures… Chacun dans son domaine définit cette notion impalpable et pourtant omniprésente.

C’est ainsi que le monde économique s’intéresse à la couleur de l’année choisie par Pantone, cette année le Classic Blue, alors que le monde des arts textiles y ajoute la couleur Kona Cotton (gamme de tissus unis de Robert Kaufmann) qui a élu pour cette année :

Enchanted, un vert que j’appellerais volontiers vert émeraude, une des mille et une nuances de l’Irlande, appelée L’Île Émeraude. C’est d’ailleurs en Irlande que j’ai vu le plus grand nombre d’arc-en-ciels en quelques heures, un festival irréel un jour de balade dans le Ring of Kerry !

© JanStria/Shutterstock

L’arc-en-ciel est le symbole d’une transition optimiste, de la pluie vers le soleil, l’enchantement du ciel sur terre. En Irlande, la légende dit qu’au pied de chaque arc-en-ciel, par définition inatteignable, le Leprechaun -sorte de lutin- y cache son chaudron d’or, symbole de richesse mais aussi de chance et de bonheur. Mais si on réfléchit un peu, le lieu même où l’on se trouve n’est-il pas un jour ou l’autre la base d’un arc-en-ciel vu par d’autres ? A chacun d’y trouver, ici et maintenant, sa richesse…

Et si 2020 pouvait devenir l’arcenciel du 21e siècle,
transition optimiste ?

De manière détournée, c’est ce que vont provoquer dans leur domaine des quilteuses francophones – et un quilteur – avec un mouvement fait de joie et de couleurs ! Avec beaucoup de légèreté et d’inconscience, j’ai lancé le mois dernier un groupe FB pour créer une dynamique française autour du concept américain des Temperature quilts. La vague d’engouement m’a totalement surprise et absolument enthousiasmée ! Ne le dites pas à ma famille, deux cadeaux de Noël sont restés en plan tellement j’ai passé du temps avec mes amis du groupe Quilt Météo 2020… Non, je ne regrette rien, bien au contraire ! L’ambiance du groupe Facebook était survoltée en approchant du 31 décembre, avec une profusion de maquettes, de modèles, de créations griffonnées sur un papier ou élaborées sur ordinateur… A présent, ce sont les petits blocs représentant la journée d’hier, Journée Une, qui fleurissent… Une joie inattendue qu’on accueille les bras ouverts dans nos vies ! Vous pouvez encore rejoindre ce groupe où nous avons des échanges chaleureux, respectueux et souvent très amusants !

Groupe Facebook Quilt météo 2020 ,  Instagram @quiltmeteo2020 et articles Ruche des Quilteuses

Si seulement 2020 pouvait devenir l’arcenciel du 21e siècle,
transition positive !!

Conversation du moment : l’année 2020 est-elle le début de la nouvelle décennie ? Comment l’année zéro peut-elle être la première année de quelque chose ? Si  le 1er janvier, Journée Une, est sans conteste le premier jour de l’année et qu’une ère commence par l’An 1 et non l’An 0, je préfère pourtant dire, comme la majorité, que 2020 est le début d’une nouvelle décennie (et non 2021), tout comme un bébé existe déjà lorsqu’il n’a pas encore un an…

Une décennie qui va bousculer nos habitudes de vie, c’est certain… mais les arts textiles, patchwork, appliqué, broderie, tissage,tricot, crochet (…) nous aideront à réfléchir, méditer, nous exprimer… et nous sentir bien.
C’est tout ce que je vous souhaite !

C’est devenu une tradition, Kristine me prépare chaque année le visuel en utilisant chaque fois une nouvelle technique. 2020 mercis et 20/20 pour ta réussite Kristine !

Les ors bleus

Début août, autre journée dans le Tarn, avec la visite très émouvante de l’ancienne propriété de mes grands-parents accrochée à une colline, à deux pas du château de Magrin (musée du pastel). Nous avons disserté sur les vieux souvenirs et l’histoire de cette belle maison, où le grenier était naguère probablement un séchoir de feuilles de pastel… Eh oui, le pays de Cocagne est aussi une histoire familiale ! Mille mercis, Florence, pour votre chaleureux accueil.

Les cocagnes sont des feuilles séchées, agglomérées en boules, pour qu’elles puissent voyager dans toute l’Europe. Il faudra ensuite sur place un processus de fermentation pour obtenir la fameuse teinture…

Le pastel est un des noms donnés à l’Isatis Tinctoria, la seule plante européenne qui permet de teindre les tissus en bleu pur et divin… La culture de cette plante dans le Lauragais (le triangle d’or Toulouse-Albi-Carcassonne) fit la fortune des commerçants toulousains, puis déclina dès la fin du XVIe siècle jusqu’à disparaître au cours du XIXe siècle : processus trop long, trop aléatoire, trop gourmand en temps et main d’oeuvre, nauséabond aussi… L’utilisation de l’indigo, plante importée d’Asie, était plus simple ! Il nous reste de ces temps de richesse cette expression, le Pays de Cocagne, d’après le nom des boules de feuilles de pastel séchées. Une longue et riche histoire ici très raccourcie, mais qui n’est pas finie : le savoir-faire tinctorial a été modernisé, l’huile de pastel est reconnue précieuse en soins dermatologiques et l’Or Bleu renaît en Occitanie !

La Petite Maison du Pastel, sur la place centrale du village de Lautrec (non loin de Castres) : charmante boutique d’un village très accueillant et vivant… Un bonheur !

Cette journée était décidément sous le signe du bleu. A la Petite Maison du Pastel à Lautrec (un des nombreux villages accueillants du Tarn), j’ai craqué pour deux beaux livres, Indigo de Catherine Clément et Le Pastel de Chantal Armagnac. De quoi affiner mes connaissances sur le bleu dans le monde !

ICI je fais un très amical coucou à Marie-Christine Chasseraud qui visita Lautrec et sa région il y a quelques semaines. Cette quilteuse émérite, si amicale, est connue par les blogs qu’elle tient (Carrément Crazy, Au fil de Garonne pour la délégation France Patchwork 33-47, elle fait des interventions toujours positives sur Facebook, participe à beaucoup de défis de patch et appliqué… Pas de chance, hier Marie-Christine, son mari et un membre de leur famille se trouvaient dans le bateau de croisière sur la Garonne qui a heurté un pilier de pont… Marie-Christine, touchée à une vertèbre, fait partie des blessés les plus graves et doit porter un corset 6 semaines. Retrouvez-là sur Facebook où elle continue de communiquer !

De tout cœur, bon courage Marie Christine, nous pensons à toi et t’adressons plein d’ondes positives 🌞

De retour du Tarn : trois livres dans ma besace ! Pour le moment, j’ai feuilleté les livres sur l’indigo et le pastel sans les lire, mais je me suis précipitée sur le roman…

Enfin dans une jolie librairie de Lavaur, je me suis laissée tenter par un roman intitulé… Bleue (écrit par la Norvégienne Maja Lunde).  C’est un roman très sombre, qui décrit la situation désespérante et désespérée de réfugiés climatiques… nous en l’occurrence, des gens du sud-ouest de la France, chassés de nos maisons par les incendies et la disparition de l’eau potable. Cette partie du livre a lieu en 2041… c’est bientôt. Bleue, histoire axée sur l’eau, raconte également la vie d’une femme, bien seule dans son combat pour le respect de la nature, en 2017. Entre les deux, on ne peut qu’imaginer…

Nous sommes constitués à 65 % d’eau, elle est vitale. Et quel bonheur de plonger dans la piscine comme Tom at the Roosevelt de Ian Berry ! Tableau entièrement fait en denim, voir un détail de ce tableau ici.

Ce livre fait écho aux alertes répétées que nous entendons et subissons actuellement avec les canicules, les sécheresses et les éléments qui se déchaînent. Pour ne pas mourir par manque d’eau, cet or bleu primordial, il faut réfléchir vite et agir bien, changer d’axe dans la plupart des activités humaines, concevoir une nouvelle vie cohérente et respectueuse de la nature, sans pour autant revenir à l’âge de pierre ! Après des millénaires de quête de l’eau, nous avons chez nous le luxe incroyable d’avoir de l’eau potable au robinet à volonté (… et même pour les WC, incroyable gâchis quand on y réfléchit 2 secondes) et son accessibilité nous a fait oublier son importance cruciale. L’aurons-nous encore dans quelques décennies ? La marge entre le succès et l’échec est fine, on ne peut se contenter de demi-mesures et aucun pays ne peut résoudre le problème seul, nous sommes sur la même petite planète. Nous avons des sommets internationaux… qui se soldent invariablement par des échecs : soit un manque de consensus, soit, c’est presque pire, des signatures et des promesses non tenues (COP 21).

Grâce à leur intelligence et leur imagination, les hommes ont su inventer des civilisations et mille choses dans un but d’évolution, de confort et de profits, mais ils n’ont pas toujours, loin de là, pris en compte les conséquences sur la nature. Il y eut par le passé bien d’autres changements climatiques, mais celui-ci est le premier qui n’est pas naturel, les activités humaines récentes en sont la cause. Il faut maintenant utiliser notre intelligence et notre imagination, avec courage et conviction, pour préserver l’eau potable et tout ce qui rend la vie des hommes possible.

Art quilt de Inga Gorsvans-Buell, Form and Flow (détail)

Retrouver le bon sens

Nous sommes 19 ans après l’An 2000, cette date qui me semblait tellement magique quand j’étais jeune ! Le temps passe et le présent que nous vivons n’est aucunement le futur que nous rêvions ou craignions, il est différent, à la fois pire et bien meilleur.

J’aime la prise de conscience de nombre d’entre nous voulant reprendre sa vie en main, résistant à ce qu’on veut nous faire penser et consommer. C’est pour cela que le premier livre de Dominique Loreau, l’Art de la Simplicité, a eu tant de succès il y a 14 ans, avec cette idée : simplifier sa vie, c’est l’enrichir. Etre plus, Avoir moins mais mieux.

Celles qui ont été confrontées à un déménagement ou le vidage de la maison de leurs parents savent de quoi je parle : que de choses nous accumulons, que de questions et de soucis finalement avec ces milliers d’objets devenus inutiles, encombrants, dérangeants… Moi la première, j’ai une âme de collectionneuse, mais je me soigne !

Pour entretenir notre intérieur, nous sommes nombreuses à avoir (re)découvert qu’on peut faire le ménage avec du savon noir, du vinaigre blanc et du bicarbonate de soude, évitant ainsi des eczémas ou des problèmes respiratoires pour petits et grands.

Pour notre santé, je suis convaincue que moins on utilise de chimie, plus elle sera efficace le moment où on en aura vraiment besoin. Les petits maux hivernaux se soignent chez moi à l’homéopathie, aux huiles essentielles ou au simple jus de citron allongé d’eau chaude, une cuillerée de miel et une pincée de cannelle. Toujours pour notre santé, manger sain est évident, n’est-ce pas ? Là aussi, le bon sens nous recommande de consommer bio. En fait, on devrait dire manger normalement, en toute rigueur ce sont les produits non bio qui sortent de la norme, pas l’inverse. Tout était naturellement bio il y a 60 ans et ce, depuis la nuit des temps. Réussir à nourrir plus de monde tout en évitant les produits nocifs et les modifications OGM est un objectif ambitieux mais certainement réalisable, en prenant les vraies bonnes décisions.

Pour nos soins cosmétiques, je préconise encore la logique millénaire : n’utilise sur ta peau que ce que tu peux manger… ou presque. On mange tellement n’importe quoi parfois que ce n’est même plus un critère !! Mais c’est dans cette mouvance que ma sœur a créé une petite boutique de produits utilisant les bienfaits de la nature, Passionaturel. Si je n’étais pas ravie de ses choix, je n’en parlerais pas ! Concrètement je prends soin de moi avec de l’huile (oui, cela pourrait même être l’huile d’olive et de sésame de la cuisine, mais je garde un minimum de glamour avec les huiles proposées par le site !), un savon basique naturel (de Marseille, d’Alep, ayurvédique...), de l’eau de rose, de l’aloe vera (hydratant puis, quand il sèche, tenseur pour une peau lisse toute la journée) et mon indispensable dentifrice ayurdédique gourmand. De nombreux autres soins vous sont proposés, vous pouvez contacter Véro pour des conseils personnalisés.

Je me permets cette mise en lumière de ce site car je connais ma sœur, vous pouvez commander en toute sécurité !

Pour vous inciter à découvrir la slow cosmétique, Véro vous offre une promotion rien que pour vous, belle surprise à la suite de mon article d’hier :

15% sur tout le site avec le code promo QUILTEUSE, valable jusqu’au 31 janvier !

Parapluie

Ces jours-ci, le parapluie est de rigueur un peu partout en France. Ne vous en plaignez pas trop, la Nature a besoin d’eau ! Je ne me lasse pas de la gaieté de Gene Kelly dans Singing in the Rain : 4 mn 35 de plaisir vintage !

Ce film est sorti en 1952.

Autres parapluies, ceux de Cherbourg évidemment, une des comédies musicales françaises délicieusement désuètes :

Enfin une comédie musicale française!, s’est-on dit à la sortie du film en 1964. Ce film gagna la Palme d’Or de Cannes cette année-là.

La première référence écrite à un parapluie date du 1er siècle, en Chine. Chez nous, c’est au 15e siècle que cette protection contre les intempéries commence à être utilisée.

Elégance à la française dans les rues de Paris, peint par Gustave Caillebotte en 1877. Ce tableau est à Chicago.

Les Anglais (experts en matière de pluie) les ont même utilisés comme outil de guerre ! Non pas en tant qu’armes, mais en protection de la poudre qui resta sèche lors de la bataille de Toulouse le 10 avril 1814 (les Anglais contre l’armée napoléonienne en déroute, après l’effroyable guerre d’Espagne). Les Anglais avaient réquisitionné les grands parapluies des bergers des Pyrénées !

Mais ce qui nous intéresse le plus, ce sont les parapluies vus dans les quilts, n’est-ce pas ? Alors en voici quelques-uns :

Dans les années 1930, le bloc de l’Umbrella (=parapluie) était très populaire ! Celui-ci est de la collection de Stella Rubin.

Dancing Umbrella Quilt d’Edyta Sitar est plus récent mais dans le même esprit.

Ce charmant panneau vient du Quiltmania n° 28 et cette photo de ce blog. Il y en a d’innombrables versions, signe du succès !

Terry Aske fit une série de mini-quilts sur le thème du parapluie, en voici deux.

Terry Aske

Shasha Shaikh est une artiste d’origine indienne qui vit à Paris. Elle fait elle-même ses batiks au procion. Ce beau tableau mesure 49 x 53 cm.

Impressionnant travail textile de Danny Amazonas, que j’avais évoqué par ici à la suite de l’article d’Emma qui me l’avait fait découvrir ! Détail du quilt ci-dessous.

Rain II, Danny Amazonas

Ce magnifique bloc n’est qu’une toute petite partie d’un sampler d’esprit japonais fait par Julie, Australie.

Nous pourrions continuer ainsi longtemps, tant le sujet est riche dans le monde entier ! Cependant, Hawthorne Threads a appelé sa nouvelle gamme de tissus Parapluie (en français, s’il vous plaît !) pour évoquer notre belle capitale, au son de l’accordéon, des macarons à faire saliver les moins gourmandes et un air du temps qu’on peut encore savourer parfois…

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En suivant ce lien, vous verrez en 1mn30 de bien jolis tissus et une mise en scène toute charmante ! 

Alors, malgré la pluie, belle journée à vous !

La Porte du Ciel

Ces dernières semaines, le ciel était colère, nous lançant des trombes d’eau, nous soufflant des vents violents… Fin février, les vents ont endommagé ma ligne téléphonique au niveau du dernier poteau du chemin. Le temps de constater que Free ne pouvait rien faire, qu’Orange ferait mieux, et qu’Orange a effectivement pu intervenir -tout en nous prévenant que notre coin de campagne en cours d’urbanisation contient bien trop de dérivations… Bref j’ai survécu à presque quatre semaines sans internet, allant jusqu’au bout de mon forfait 4G de smartphone. 

Ce ciel en colère a brutalement interrompu le flot d’articles sur la Ruche : cela vous a fait des vacances !

La Ruche des Quilteuses, Cécile Milhau, détail

Et un grand merci aux personnes qui se sont inquiétées… J’ai pu les rassurer, il n’y avait que des problèmes matériels !

Froufrou, le 17 janvier dernier, laissait un commentaire après l’article Une étiquette pour chaque quilt, signalant un roman parlant de quilts de Gee’s Bend : La Porte du Ciel de Dominique Fortier, édition Les Escales. Nous en avions parlé à la Ruche le vendredi suivant, personne ne le connaissait. Je sais que Pascale Genevée l’a commandé, attirée naturellement par le sujet. Et puis Kristine l’a lu et m’a confirmé que c’était un livre très documenté qui ne pourrait que me plaire.

Je confirme ! Bizarrement, la construction du roman rappelle un scrap quilt, sautant d’une histoire à l’autre, privilégiant les considérations de fond et les grands thèmes plutôt que la petite histoire. Si vous le lisez, vous serez peut-être déstabilisée par ce roman à la construction qui ressemble à ça :

ou ça :

ou encore ça :

Vous l’avez compris, ce n’est pas une histoire linéaire et traditionnelle, même si l’écriture est très soignée et parfois joliment poétique.

Les quilts ci-dessus sont tous faits à Gee’s Bend, dont j’ai raconté l’histoire dans cet article. Mais dans le livre, nous avons les pensées de ces quilteuses, un peu différentes de l’histoire officielle, et c’est fort intéressant !

On ne devine pas l’origine québécoise de la romancière, l’écriture étant académique… sauf lorsqu’elle utilise le mot courtepointe !

Elle nous fait d’abord vivre il y a 150 ans dans une propriété de Louisiane, quand les esprits s’échauffent et que le Sud veut conserver sa manière de vivre, avec maîtres et esclaves… La guerre civile couve puis éclate, et au travers de l’amitié entre deux filles du même âge que tout pourtant oppose (l’une blanche, l’autre mulâtre), chacune se rend compte du carcan qu’impose la société, à l’une comme à l’autre. Et on découvre par ailleurs des femmes cousant inlassablement des quilts improbables, dans un coin isolé de l’Alabama… Avec elles on suit les chemins de traverse vers l’émancipation, la liberté, le libre-arbitre, et toutes les résistances des uns et des autres.

Il est question de quilts, de cinq en particulier, photos que l’éditeur a bien voulu envoyer à Kristine (elles étaient en janvier sur le site de l’éditeur, il faut maintenant les demander). Alors rien que pour vous, les voici, afin de mieux profiter du roman ! Cliquez ici : Courtepointes de la Porte du Ciel. Les descriptions de ces quilteuses créant leur quilt, récupérant chaque bout de tissu pour leur donner une autre vie, y mettant toute leur histoire et leur âme, sont des pages que je n’oublierai pas de sitôt.

Attention, ce n’est pas un roman classique, l’auteure ne faisant pas grand chose pour qu’on s’attache aux protagonistes -en particulier aux deux filles dont l’amitié aurait pu faire une sacrée histoire- ni un roman historique, mais plutôt un patchwork de scènes piochées dans 150 ans de remous. On redécouvre de nombreux aspects de cette culture du Vieux Sud, avec son héritage compliqué, sa sociologie particulière… Mais quel plaisir de lire un livre dans lequel des quilteuses sont évoquées !

La Ruche des Quilteuses de Cécile Milhau a gagné le 2e prix ex-aequo du challenge des Abeilles proposé par France Patchwork l’année dernière. Elle m’a offert ce petit bijou vendredi dernier !

 

Le Nobel de la Littérature pour Bob Dylan

Vendredi dernier dans notre Ruche, chacune est restée sur sa position au sujet de la pertinence du prix Nobel de la littérature à Bob Dylan.

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Mes amies profs de français, en particulier, trouvaient qu’il y avait bien des écrivains à récompenser avant ce troubadour. Je comprends leur point de vue, surtout en regard de leur formation. Et quand de surcroît j’ai comparé Bob Dylan à Rimbaud, j’ai vu une lueur d’incompréhension.

Et pourtant…

J’ai appris l’anglais avec le peu de matériel audio dont je disposais. Souvenez-vous, vous qui avez plus de 40 ans, le seul anglais dont nous disposions était l’anglais chanté : pas de cassettes video ou de DVD multi-langues, même pas de films en VO à la télévision, pas d’internet évidemment… Alors, avec ma volonté d’apprendre plus l’anglais que ce qu’on m’enseignait au collège, j’ai acheté des disques (33T.) avec les paroles écrites à l’intérieur. J’ai beaucoup appris avec les Beatles ! Leurs chansons populaires (ce n’est pas péjoratif : c’est de la pop music) sont devenues des classiques.

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Bob Dylan et Hugues Auffray en 1964 à Paris. Ces deux-là se rencontrèrent pour la 1ère fois à New-York en 1961. Hugues Auffray y a trouvé son mentor, son inspiration. De même Francis Cabrel revendique pleinement l’influence de Dylan sur son oeuvre.

Mais j’ai senti intimement la force des textes de Bob Dylan, son engagement pour des personnes injustement condamnées (vous ferai-je sursauter si j’évoque une filiation avec J’accuse de Zola ?), ses prises de position contre le racisme, mais aussi la poésie de ses phrases, ses trouvailles souvent intraduisibles car tout est dans la mélodie des mots magnifiée par celle des notes de musique.

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28 août 1963 : Marche pour l’Emploi et la Liberté à Washington, au cours de laquelle Martin Luther King fera son fameux discours I Have a Dream. Bob Dylan y chantera plusieurs chansons, accompagné par Joan Baez.

C’est toute une époque de la Protest Song, la chanson qui fait réfléchir alors que l’Amérique était en prospérité éblouissante, pleine d’optimisme, malgré de lourds fardeaux comme la désastreuse guerre du Vietnam. C’était bien plus que le poil à gratter de la société, c’était un courant pour faire avancer la démocratie et soutenir les défavorisés : une jeunesse qui avait de grands objectifs !

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Joan Baez et Bob Dylan : ils s’aimèrent, ils s’influencèrent mutuellement, ils se séparèrent…

Sa culture est immense, tant de notre poésie (il a revendiqué son inspiration venant de Rimbaud, Verlaine et Apollinaire) que celle des plus grands Américains comme Walt Whitman que j’aime tant. Des poèmes-fleuves de 10 pages deviennent des chansons épiques comme Like a Rolling Stone ;  n’est-ce pas son Bateau Ivre à lui ?

Le fait que cette poésie soit mise en musique n’appauvrit pas le texte, il la sublime ! Ses musiques font la synthèse des différents grands courants musicaux : ballades celtiques (qui ont donné la country music), le blues des Noirs, le rock : un pur produit de la mixité américaine, des folk songs (chansons du peuple) dans toute leur diversité et leur richesse.

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AAP PHOTO/CHARLES DHARAPAK. Le 29 mai 2012, Bob Dylan reçoit de Barack Obama la Médaille de la Liberté.

Mais pourquoi lui et pas un autre ?
Bien sûr, l’homme Zimmerman n’est pas parfait, ses écrits sont inégaux aussi. Malgré son talent fou, sa vie n’est pas exemplaire, ce n’est pas non plus ce qu’on demande à un artiste. Mais je soutiens entièrement ce choix car il est sous-entendu par l’académie Nobel, dans mon esprit, que les USA sont grands par leur histoire, leurs protestations tout autant, et non pas par un repli sur soi ou l’élection éventuelle d’un président ignare pour cette fonction, rétrograde et peu respectueux des femmes. Pour autant je compatis avec ceux qui mettent leurs espoirs dans Donald Trump, ce sont  majoritairement des délaissés de la société actuelle et leur situation est bien difficile.  

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Dylan et Françoise Hardy, dans les coulisses de l’Olympia, en 1966 © PHOTO PHOTO© BARRY FEINSTEIN . Bob était tombé raide dingue de la belle Françoise, mais elle l’a éconduit ! Depuis, ils ne se sont jamais revus.

Ce prix Nobel est pour moi comme une piqûre de rappel et une mise en garde : rappelez-vous la grandeur des Etats-Unis qui peut passer par la contestation, mais aussi par sa liberté d’expression et la richesse de sa diversité. Cela ne passe pas par un repli sur soi ni un rejet de l’autre.

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