Depuis quelques mois, de nombreuses quilteuses américaines s’affolent autour d’un modèle dela Reine du Scrap Bonnie Hunter, qui date pourtant de 2005 déjà. Il s’agit de « Scrappy* Trips around the World » qui moi aussi m’enthousiasme ! Ses explications sont lumineuses avec ses multiples photos. Si vous souhaitez vous lancer en centimètres, les bandes à découper sont de 6,5 cm x 40 cm (39 + 1 cm d’ajustement). Surtout ne négligez pas le sens de repassage des bandes, c’est LE truc qui vous permettra de réussir un superbe quilt !
Tandis que les « petits voyages », faits de 4 blocs, rivalisent de beauté, certaines quilteuses préfèrent disposer ces blocs de manière différente, soit très traditionnelle, soit plus personnelle. LeeAnn, de Nifty Quilts, en a récemment terminé un, disposé « à l’ancienne », c’est-à-dire avec un centre unique :
C’est cette option que j’avais aussi préférée pour le quiltfait pour la colocataire de ma fille :
J’ai bien aimé faire un grand centre très coloré pour finir avec des bleus en bordure.
Ensuite, LeeAnn de Nifty Quilts a succombé au plaisir d’en faire un aux multiples centres, tout en rouge :
J’adore ce quilt tout rouge de LeeAnn !
Moi aussi j’ai préparé des carrés pour faire ce modèle mais je me perdais dans les infinies possibilités que vous pouvez voir ici. Tout a été rangé dans un carton jusqu’à ce que, récemment, l’envie me prit de ressortir ces carrés aux couleurs de brique et de pastel… toujours en préparation, mais je n’ai jamais été aussi proche de la fin 🙂
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*Scrappy se réfère dans le monde du patchwork au principe d’utiliser un maximum de tissus, le plus souvent des restes d’autres quilts ou de la récupération. Pourtant dans l’anglais courant, il peut se traduire par « décousu », « brouillon », « incomplet »… D’un mot péjoratif les quilteuses en font fait une notion enthousiasmante !
Si vous avez apprécié l’article précédent et souhaitez en savoir plus sur l’or bleu de Toulouse, n’hésitez pas à vous offrir ce livre très instructif, entièrement en bilingue (français-anglais).
Le livre est très complet et les illustrations de qualité, tant pour les documents historiques que les photos récentes. On y évoque notamment le dur labeur des paysans et des teinturiers, l’âpreté du négoce européen, les caractéristiques botaniques de l’isatis… Passionnant !
Avec un brin de nostalgie, je me suis promenée hier en Pays de Cocagne, dans ce Tarn où vécurent naguère mes grands-parents. Sur la route entre Lavaur et Toulouse, on a traversé Verfeil (en Haute-Garonne), au cœur du pays de Cocagne : savez-vous que les Petites Filles Modèles Camille et Madeleine y vécurent « pour de vrai » ? Elles étaient les petites-filles de Sofia Fiodorovna Rostoptchina, mariée au Comte Eugène de Ségur, plus connue sous le nom de Comtesse de Ségur…
C’est bien ici que vint à la Comtesse l’inspiration de plusieurs de ses histoires, si désuètes qu’elles n’intéressent plus du tout les nouvelles générations. C’est pourtant une mine d’informations sur la vie au milieu du XIXe siècle, car la romancière s’appliquait cet adage : « N’écris que ce que tu as vu »… Ainsi les châtiments corporels sont ceux qu’elle subit malheureusement lors de son enfance… et les bêtises de Sophie (dans « Les malheurs de Sophie ») sont celles qu’elle fit elle-même !
Louis Hachette créa la célébrissime Bibliothèque Rose en 1855 pour publier les premières histoires dont Eugène de Ségur lui fit l’éloge, avec le succès qu’on sait!
La Comtesse de Ségur (1799-1874)
Sur ce blog « Mes Yeux« [attention, ce lien semble maintenant corrompu/ 1er août 2014] est développé l’histoire de la Comtesse et ses petites-filles, avec de nombreuses photos.
Vous pouvez maintenant lire le résumé de leurs tristes vies ici :
Dans les livres de leur grand-mère la comtesse de Ségur, Camille et Madeleine sont deux petites filles modèles, curieuses et bien élevées, bienveillantes avec les pauvres et leur cousine de malheur, Sophie. La comtesse qui écrit de gracieux petits contes imagés et moralisateurs, voit son audience augmenter lorsqu’elle est éditée, à partir de l’âge de 57 ans, par Louis Hachette.
Nées en 1848 et 1849 entre Rome (Camille) et Toulouse (Madeleine), les deux fillettes de Malaret, du nom de leur père Paul, diplomate en disgrâce qui se replie sur les vieilles terres de sa famille, connaissent une enfance heureuse, parfois éloignée de leurs parents.
On les voit d’abord au château du village d’Ayguevives, en Haute-Garonne (aujourd’hui la mairie) puis près du chantier de construction du château de leur père… Il ne sera jamais terminé et servira de grange jusqu’à la fin du XXe siècle. Mais l’argent n’est pas un sujet de conversation et les petites en sont tenues à l’écart.
«Camille est ma préférée, c’était la plus jolie, la plus pétillante aussi, mais elle n’a pas eu la vie facile !», affirme Marie-Chantal Guilmin qui prépare une biographie de l’aînée des filles modèles… «Elle avait été séduite par un bon à rien, Léon Ladureau de Belot, qui une fois marié, la battait et la trompait».
Le couple a un fils et vit à Paris, mais souffrant de phtisie, Camille redescend à Verfeil où elle meurt à l’âge de 35 ans. Son fils Paul, lui aussi malade, ne lui survivra que quatre ans. Camille, à qui était dédié «François le bossu» de la comtesse de Ségur, apparaît aussi sous les traits de Natacha du «Général Dourakine», de Mina, de «La fortune de Gaspard» et de Geneviève d’ «Après la pluie le beau temps».
Quant à Madeleine, elle resta auprès de ses parents et s’occupa également de sa grand-mère : après la vente de son château en Normandie, la vieille femme de lettres passa un hiver, malade et désargentée, chez les Malaret.
Madeleine ne se maria jamais et mourut dans un couvent de Toulouse en 1930, Petite Vieille Modèle âgée de 80 ans.
Je suis allée voir l’enclos séparé du cimetière de l’église Saint-Sernin-des-Rais, sur une colline à 2 km du bourg de Verfeil. Quatre tombes sont le souvenir des personnes connues au-delà de leur région, grâce au succès littéraire de la Comtesse de Ségur :
Aujourd’hui je lance un clin d’œil à Toulouse ma ville natale (oui, je suis mi-bretonne, mi-cathare ;-)), à la couleur de brique rose et à sa fortune faite grâce au Pastel, alias Isatis tinctoria…
Toulouse, ô Toulouse… Au bord de la Garonne
C’est une ville construite avec la terre argileuse de la région, ce qui donne ces briques rosées si belles. La terre d’ici continue d’être cuite, notamment à 5 km de chez moi, en briques traditionnelles. On les appelle ici « briques foraines », cuites au four, en opposition avec les briques de terre crue. Son complément naturel est, pour les toits, la tuile « canal », composée de la même matière première. Ces couleurs naturelles donnent à ma ville une nuance rose le matin, rouge sous le soleil de midi et pourpre aux derniers feux du soir… Quelle harmonie !
Les nombreux hôtels particuliers qui contribuent à la beauté de la ville sont redevables des fortunes amassées grâce au pastel, plante tinctoriale qui pousse si bien dans la région voisine du Lauragais, dans le triangle d’or formé par Toulouse à l’ouest, Albi au nord et Carcassonne au sud. La plante pousse facilement partout ou presque, mais c’est ici que les conditions (climatiques, géologiques) sont réunies pour obtenir le plus beau bleu !
Cette teinture est utilisée depuis des temps immémoriaux. Savez-vous que des Ecossais (le peuple Picte, qui a vraiment existé), du temps du Roi Arthur et de Merlin l’Enchanteur, se badigeonnaient de teinture de guède (autre nom de l’isatis) pour devenir bleus et effrayer leurs ennemis anglais… qui en avaient une peur bleue ? Cette teinture servait aussi à teindre la barbe blanchissante de certains hommes en Europe, d’où sans doute l’origine de Barbe Bleue, celui qui fait si peur…
Du Capitole aux maisons modestes, des hôtels particuliers aux maisons de banlieue, le bleu pastel s’impose de plus en plus en compagnie de la brique.
Le déclin de la fortune de la région toulousaine vint avec l’importation d’Asie de tissus teints à l’indigo à partir du milieu du XVIe siècle, plante qui contient une plus grande concentration du fameux pigment « indigotine ». Mais depuis la fin du XXe siècle, avec la mondialisation, on s’attache de nouveau aux particularités régionales. Tout comme la violette (fleur emblématique de Toulouse), le bleu pastel revient en force ! Aux pigments naturels ou en peinture industrielle, le bleuest maintenant la couleur majoritairement utilisée pour les boiseries et les ferronneries des immeubles en briques dans tout Toulouse. C’est si beau ainsi !
Dans le fameux jardin de Monet à Giverny (aux portes de la Normandie), on apprécie ce nuage de fleurs jaune d’or, les isatis, qu’on appelle aussi guède ou pastel des teinturiers. On nomme cette plante ainsi car, à la suite d’un savant processus, on peut extraire des feuilles le pigment de l’indigotine, seule source de teinture bleue en occident pendant des siècles. Selon la concentration, le bleu sera pastel, ou bien plus dense.
Champ de pastel dans le bas Lauragais (on dirait du colza, c’est de la même famille), avec vue sur les Pyrénées ! (photo d’ici). Savez-vous que c’est ici le fameux Pays de Cocagne ? Cette expression provient des boules de feuilles broyées, appelées coques, qu’on moulait à la main pour stocker cette matière en vue de la teinture en bleu, la fortune de la région… l’Or du Pastel !
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Paule de Viguier, née en 1518 à Toulouse, est une figure emblématique de l’imaginaire toulousain. Cette dame de la famille Lancefoc, pastelliers fortunés, fut louée pour sa beauté par François 1er en visite à Toulouse et devint une icône de la ville. Alors que des troubles secouaient le peuple toulousain, les Capitouls (magistrats de la ville) demandèrent à la Belle Paule de se montrer régulièrement à la foule du haut d’un balcon… et ainsi l’apaiser momentanément ! Une vraie star !… Paule profita de sa fortune et de sa réputation pour mettre en valeur les artistes dans cette époque encore très frustre et contribua ainsi à l’éveil de la culture dans la ville. Contrairement à Clémence Isaure, l’autre égérie de Toulouse, la Belle Paule a bel et bien existé.
Aucun portrait réel de la Belle Paule n’existe, mais elle a inspiré notamment Henri Rachou (1855-1944)
Cette belle Dame est toujours représentée habillée en bleu pastel, conformément à l’origine de sa fortune. Aujourd’hui, son nom est attaché à l’hôpital de la Mère et de l’Enfant, au sein du CHU de Purpan.
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Largement planté depuis le XIIe Siècle dans le Lauragais, le désamour du pastel à partir du XVIe Siècle plongea la région dans un certain marasme. Du côté de Lavaur dans le Tarn se trouve le Musée du Pastel au Château Magrin qui évoque grandeur et décadence de l’Or Bleu. Coïncidence, mes parents se marièrent à cet endroit !
Le pastel, woad pour les anglophones, connaît depuis une quinzaine d’années un renouveau fracassant grâce tout d’abord à un couple belge installé à Lectoure dans le Gers. Parallèlement, d’autres jeunes sociétés ont vu le jour pour tirer profit des immenses qualités cosmétiques de la graine de cette plante, comme par exemple Graine de Pasteldont j’adore les produits bleus !
Ambiance « Bleu de Lectoure », vues du site de l’ancienne tannerie transformée par la famille Lambert en magasin et atelier. Même leur vieille Jaguar est peinte en bleu !
Si vous souhaitez plonger dans une journée de teinture au pastel, vous pouvez contacter Annette Hardoin !
Il n’est pas étonnant que ce bleu divin inspire les artistes de la région… Cécile Milhau, artiste peintre-quilteuse-brodeuse(…) habitant dans le Tarn, dans le fameux triangle historique du pastel, initia en 2002 un travail collectif avec ses amies quilteuses : sur ce grand panneau textile se trouvent différents symboles des pasteliers, on devine des bâtisses, des horizons, des paysages, la plante aux fleurs d’or… Cerise sur le gâteau, des tissus sont teints artisanalement au pastel !
« Le Pastel », quilt créé par Cécile Milhau, réalisation collective, 220 cm x 220 cm, 2002
De surcroît, on a des chances d’entendre encore plus parler de l’isatis tinctoria dans les prochaines années car le principe anti-cancéreux du broccoli est dans cette plante en concentration vingt fois supérieure ! Elle fait partie de la famille des brassicacées, comme les choux… Bientôt la soupe au pastel des teinturiers ???
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Bien plus modestement que Cécile Milhau mais néanmoins inspirée par mon environnement de brique et de pastel, le nom de mon ouvrage en cours s’est imposé à moi… J’y travaille et je vous le présenterai bientôt !