L’avenir du patchwork en France

Je vous l’accorde, c’est un titre un peu pompeux. Mais mon article sur la succession de Pour l’Amour du Fil a suscité des remarques inquiètes de votre part, en particulier sur Facebook et en messages privés. Si naguère, les salons de loisirs créatifs étaient principalement axés sur le patchwork et auparavant sur le point de croix, l’offre se diversifie parce que les demandes se sont élargies et modernisées (tricot-crochet-tissage-broderie-couture-dentelle), d’où l’inquiétude de la part de nombreuses quilteuses.

C’est une inquiétude justifiée pour plusieurs raisons, nous regrettons la clôture des éditions Quiltmania qui nous manquent, nous constatons que la plupart des magasins de patchwork, avec les tissus qu’on aime, les conseils, parfois les ateliers, ferment les uns après les autres en France. C’est que les difficultés économiques se cumulent : matières premières plus onéreuses, taxes plus fortes (nos tissus de patchwork sont pour la plupart issus de sociétés américaines), pouvoir d’achat diminué, nombre de quilteuses en baisse, etc. D’autres plus informés que moi pourraient dresser un tableau plus rigoureux, et chiffré.

Ce que je sais malgré tout, c’est que de nombreuses jeunes femmes ont la passion des tissus. Elles font souvent des choses différentes, certes, avec un agenda bien différent. La couture sous toutes ses formes les enthousiasme, la création, la recherche de la pièce unique ou aussi le suivi de modèles, pour des pochettes ou des vêtements, prennent beaucoup de place. Il y a plusieurs catégories de jeunes quilteuses, mais pas les mêmes que nous. Souvenez-vous des clivages entre celles qui font du patchwork à la main et celles à la machine, celles qui font de l’appliqué traditionnel et celles qui utilisent de la colle ou du thermocollant, celles qui utilisent des unis pour autre chose que des Amish… Que de guéguerres d’arrière-garde qui nous font sourire maintenant ! Heureusement, presque plus personne ne regarde avec dédain un quilt (j’en rencontre encore, mais je préfère en sourire) parce qu’il est assemblé à la machine à coudre. Ce n’est (presque) plus un sujet : chacune fait ce qu’elle préfère. D’ailleurs, les collectionneurs de quilts du XIXe siècle confirment que certains sont faits à la machine (dès que les machines Singer ont envahi les foyers américains !).

Que voit-on chez les nouvelles générations de quilteuses ?

On voit des quilts visuellement simples, les nouveaux classiques, faits avec les techniques utilisées depuis une trentaine d’années, y compris la couture sur papier. Elles aiment en général les tissus unis et des imprimés vifs, les fonds blancs, l’essence-même des quilts modernes dès le début de notre siècle. On voit apparaître de nouveaux lieux de stages qui plaisent aux jeunes, comme l’Atelier Malesherbes dans le 9e arrondissement de Paris, fondé par Florentine, qui fait du patchwork tradi-moderne avec sa petite touche, mais offre surtout la possibilité de faire des stages pour toutes sortes de techniques avec les meilleurs spécialistes. Un article lui est consacré dans le numéro 166 des Nouvelles de France Patchwork (splendide couverture moderne de ce numéro également !).

“ J’ai voulu créer ce lieu où les passionnés comme moi puissent se retrouver et partager leurs hobbies. C’est un lieu d’où, j’espère, partiront les idées les plus ambitieuses, que ce soit coudre un plaid quilté de 8 mètres ou lancer un livre de patron de vêtements pour chiens. L’Atelier Malesherbes, c’est un espace pour moi, mais surtout pour vous !”

– Florentine, Fondatrice d’Atelier Malesherbes

On voit aussi le renouveau du recyclage des divers tissus de la maison, y compris des vêtements. Ces jeunes femmes – il y a encore très peu d’hommes – n’ont pas les mêmes chutes que nous, leurs couleurs de prédilection sont riches et denses, leurs mélanges joyeux.

Une jeune quilteuse parmi d’autres m’enchante : Arielle. Allez voir son compte Instagram Zolary Quilts, vous serez séduites ! Elle est très active, suit les « quilt along », participe aux concours… Une vraie addict au patch, comme nous !

Autre quilteuse que j’aime tout autant : Elsa Boissier, toujours prête elle aussi à participer aux projets, même un peu fous, aux concours… Elle se cache sur Instagram sous le nom de Didi et Tom Création.

Tout ce qui est japonais ou coréen a beaucoup de succès. C’est l’occasion de travailler à la main, sans faire comme sa grand-mère ! J’aime aussi beaucoup le mouvement très libre et créatif du style bohème chic : les tissus ethniques y ont pleinement leur place. Et ces quilts en patchwork sont souvent accompagnés de broderies, pas de facture classique, mais celles qui expriment leurs convictions, leurs états d’âme, ou leurs grigris. Tout ceci est plein d’avenir ! On a de moins en moins d’occasions de parler de patchwork pur et simple, car c’est bien souvent un joyeux mélange d’assemblage de tissus en effet, mais aussi d’appliqués, de broderies et de toutes sortes de textiles mis ensemble, pour une expression unique et singulière. Et dans notre monde normé, informatisé, ces formes d’arts textiles ont, à mon avis, de l’avenir.

Pour que ces activités soient favorisées, il faudra encore et toujours des tissus – en ressourceries, c’est le réflexe de beaucoup de jeunes – mais aussi des offres de tissus nouveaux de stylistes auxquels on ne peut pas résister, donc dans l’air du temps ! Il faudra encore plus d’ateliers d’apprentissage : le succès ne se dément pas et remplace pour elles les rendez-vous hebdomadaires d’un club. Les jeunes actives avec enfants s’organisent pour des rendez-vous exceptionnels et festifs : les salons, les stages, les retraites…

Il faut encore et toujours des associations comme France Patchwork qui sait évoluer au fil du temps, ou de petites structures éphémères, événementielles créées sur un blog, sur Facebook ou Instagram, pour faire ensemble un thème, qui pourra à la fin être exposé en Salon. C’est ce que j’organise depuis plusieurs années, d’autres aussi, et je crois que nos activités artistiques avec des tissus ont encore de beaux jours devant elles.

Aux États-Unis, un thème se développe à la vitesse grand V : l’activisme, en broderie comme en patchwork. Accompagner une conviction politique, un combat sociétal ou humanitaire, ce sont encore de bonnes raisons de prendre ses tissus et ses fils. En broderie, c’est déjà le cas en France (quelle vitalité !), en patchwork c’est encore timide, mais nul doute que cela suivra. Mais il ne faudra jamais oublier la dimension artistique, s’indigner ne suffit pas, il faut le faire avec style.

Ci-dessous, vous avez quelques exemples de quilts « activistes » parmi les dizaines exposés la semaine dernière au QuiltCon 26 à Raleigh : un manifeste contre l’ensemble de l’année 2025, avec Trump clairement visé (Audrey Esarey), un tableau où l’Amérique pleure (Maritza Soto), un manifeste contre les horribles violences récentes dans le Minnesota (Judy Coates Perez) et un appel à l’action pour maîtriser le changement climatique au Canada (Kristen Andrews).

Il est normal de craindre que ce qu’on aime disparaisse. Espérons tout de même un avenir radieux pour toutes les amoureuses, tous les amoureux des fils et des tissus ! La machine à coudre a toujours sa place, mais les petits ouvrages à la main ont aussi leur succès. Tout est ouvert ! Les nouvelles générations sont pleines de talents, et comme nous l’avons fait, elles font leur chemin dans le monde des arts textiles.

Et vous, quel est votre sentiment sur l’avenir de notre passion ?

Nos arts textiles évoluent mais ne s’étiolent pas 🌞,
continuons de les faire vivre !
Katell

Je vous rappelle que l’exposition d’Isaure,
avec du patchwork, de l’appliqué, de la broderie
sera exposée
à Fils Croisés de Pontivy les 12-15 mars
puis à Pour l’Amour du Fil à Nantes les 15-18 avril…
Préparez votre séjour !

Kan ha Diskan (Chant et contre-chant), un quilt avec appliqués et broderies de la collection d’Isaure.

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