De l’art en blue jean

Certaines n’hésitent pas à couper les vieux pantalons en blue jean… L’art du recyclage m’a toujours plu ! 

jean de nîmes

C’était aujourd’hui une joyeuse rencontre des Abeilles chez Chantal et Christine nous a apporté ce panneau en toile denim (originairement de Nîmes), un sampler de neuf carrés faits de bouts de jeans de la famille !

jeandenîmes2

Vu de plus près, on voit successivement un bloc en log cabin, un bloc de coutures de pantalon cousus en diagonale, un carré de bandes tricotées (avec de très grosses aiguilles !!), puis un jeu de plissage, une poche de jean Levis (étiquette rouge) suggérée en passepoil, puis un bloc patché-crazy, et en dernière ligne du meshwork (tissage), puis des smocks et enfin un autre tissage avec des nœuds… Jeux de couleurs indigo, jeux de textures, jeux de volumes, bravo Christine ! Tu es source inépuisable d’inspiration 🙂

Et je ne peux m’empêcher de vous montrer ses baskets complètement customisées :

green customized

Idée d’après la talentueuse brodeuse japonaise Kasuko Aoki.

basket verte

Christine a donc les pieds au vert…

potager lasagnes

Ensuite, la main verte : nous avons admiré le potager-lasagnes de Chantal… Ne riez pas, c’est une technique géniale ! Malgré le temps pourri, ce lopin de terre lui a fourni des dizaines de plants de tomates, potirons et autres merveilles… Plus de renseignements sur cette technique verte ici ! Encore l’art du recyclage…

-=-=-=-

Nouvelle tendance : les quilts en sourdine

Ah que c’est vivifiant parfois de transgresser des lois !
Rassurez-vous, je ne vous entraînerai pas bien loin, juste au cœur de votre réserve de tissus…

Moi la première, au premier cours de patchwork je demande aux débutantes d’apporter un tissu clair, un moyen et un foncé. Elles sont souvent étonnées que je ne leur dise pas plutôt « un rouge, un bleu ou un vert »… La valeur des tissus, c’est-à-dire la quantité de lumière par rapport au tissu voisin, est une notion qu’il faut connaître dès le début. Certaines personnes le sentent immédiatement, d’autres ont besoin de l’apprivoiser plus lentement. Un de mes tout premiers articles, au ton très professoral, traitait de l’intensité et de la valeur des couleurs… Je sortais de plusieurs années d’enseignement du patchwork, cela se devine 😉 et je n’imaginais pas alors que ce blog aurait une longue vie 🙂

Quand on a « une certaine » quantité de tissus pour le patchwork, la tentation est grande de les utiliser, encore et toujours, pour tous les quilts qu’on fait, en respectant les clairs, les moyens, les foncés, d’où des répétitions d’associations. La conséquence est qu’on vous dit que vous avez « un style » mais parfois une petite remarque l’air de rien peut bouleverser cette vision. Brigitte m’a confié sa déception un jour quand son mari lui dit en substance : « Tes quilts sont beaux et bien faits, mais tu fais toujours les mêmes »… La faute aux tissus ! Qu’ils soient coupés en carrés, en hexagones ou en triangles, ils donnent, cousus ensemble, globalement le même effet… Il est temps alors de redistribuer un peu les cartes !

Dans le monde des arts créatifs comme dans la mode vestimentaire, on connaît ce phénomène d’envie de changement ! On nous suggère alors de nouvelles gammes et certaines tendances vous tentent, d’autres vous déplaisent…  Il est certain que les modes créées sont faites pour flatter notre envie de nouveauté tout en faisant fonctionner l’économie. Il n’y a rien de choquant, c’est la base du commerce… mais on a la liberté de succomber ou de résister !

La nouvelle tendance des quilts en sourdine (low-volume quilts) est un peu différente car elle vient des quilteuses-recycleuses. On peut utiliser, dans ces quilts en valeurs claires, des tas de tissus sortis des armoires ou des greniers : chemises et linge ne sont-ils pas le plus souvent clairs ?…

IMG_5208topfiberliscious

Ce top de Fiberliscious est fait notamment de simples draps parmi d’autres tissus recyclés. Il a été créé par tâtonnements, le résultat me plaît beaucoup !

Alors bien sûr, les stylistes réactifs proposent des nouvelles gammes de tissus clairs et en particulier des imprimés d’écriture, très tentants !

coussin tissu journal

Coussin en tissu imprimé… en français, c’est très chic ainsi !

Text Fabric (Red Pepper Quilts)

Ce doit être amusant d’utiliser cette gamme ! (photo : RedPepperQuilts)

Le petit groupe des « quilteuses en sourdine » de la région toulousaine a créé son premier top, uniquement avec des restes de tissus pré-sélectionnés pour leur clarté :

en sourdine

Malgré le parti pris des couleurs très claires des blocs, il y a ici beaucoup de couleurs et ces tissus déjà utilisés dans d’autres quilts ont un air inédit, ainsi assemblés  !… Nouvelle tendance avec de l’ancien…
Les bandes bleues sont en chambray (tissu de chemise) et l’accent foncé est donné par un drap uni bleu marine  façonné en étoiles folles (aux pointes irrégulières). Il manque une bordure, le quilting… Nous vous le montrerons fini dans ce blog, mais ce travail en commun sera également exposé au printemps prochain à Balma (31). Nous vous en dirons bientôt plus !

-=-=-=-

Anaïs de A à Z

A peine un sampler fini, Maïté s’est attelée à un abécédaire pour Anaïs, sa petite-fille née le 2 avril dernier.
De A à Z, les lettres ont été brodées en s’inspirant de celles d’un livre de Yoko Saito édité par Quiltmania (traduit par Marie-Claude Tsuruya et son époux) :

120 Modèles de Broderie par Yoko Saito

Mais les illustrations sont  presque toutes le fruit du coup de crayon de notre dessinatrice-brodeuse-quilteuse :

Pour avoir de belles couleurs sur la photo, nous sommes sorties de la Ruche… Quand il sera quilté, je vous en montrerai tous les détails,  ils valent le coup d’oeil ! En cliquant sur la photo, vous aurez déjà un bel aperçu.

Maïté a déjà fait de nombreux quilts destinés aux enfants de sa famille, nous avons eu la chance de les voir presque tous réunis à Fayssac en avril dernier.

une-poule-sur-un-mur

« Une Poule sur un Mur… »

Même les quilts qui restent chez elle, ainsi que l’ambiance de sa maison,  ont un goût d’enfance, de gaieté simple et raffinée. Son mari lui a dit un jour : « J’ai parfois l’impression d’habiter dans une maison de poupées ! »…

lu4

Dans la cuisine de Maïté, de bien jolies choses ornent les étagères. Il y a tant à y admirer !

ourson maïté

Adorable ourson chez Maïté… Toujours un pied dans l’enfance, Maïté se régale d’accueillir ses petits-enfants avec chaleur et confort, et leur prépare des journées enchanteresses de jeux, de bricolage et de découvertes…

Bon sang ne saurait mentir, Claire Gaudriot, l’une des illustratrices françaises à succès pour enfants n’est autre que sa nièce ! Les mamans de petites filles connaissent la série des Hortense petite fée (Hachette Jeunesse) :

Claire Gaudriot61cOU0UyW1L._SX385_gaudriotgaudriot

Dommage, mes filles sont trop grandes !

-=-=-=-

L’Invitation au Voyage

Maurice Ravel, basque par sa mère, est né à Ciboure, petite ville portuaire qui partage la baie avec St-Jean-de-Luz. C’est l’enfant du pays, même s’il passa toute sa jeunesse à Paris. Ses musiques m’enchantent et ce que j’aime particulièrement de lui, c’est son éclectisme, sa soif de sons d’ailleurs pour mieux les intégrer à sa culture française. 

ravel

Ce portrait de Ravel évoque les multiples influences de ses musiques

Lors d’une immense tournée en 1928 aux Etats-Unis et au Canada, il fit cette déclaration : « Vous, les Américains, prenez le jazz trop à la légère. Vous semblez y voir une musique de peu de valeur, vulgaire, éphémère. Alors qu’à mes yeux, c’est lui qui donnera naissance à la musique nationale des États-Unis. »

Bien vu ! Il avait notamment sympathisé avec George Gerswhin dont les sonorités de sa Rhapsody in Blue l’enthousiasma, alors que les critiques pleuvaient encore sur cette « musique de nègres ».

rhapsody in blue

Si son imaginaire musical majeur vient d’Espagne (le Boléro, qui envoûte ou énerve, reste la musique française la plus jouée au monde), ses œuvres sont profondément originales et éclectiques, inspirées successivement des folklores de la Russie, la Grèce, les sonorités orientales ou tziganes…

boléro béjart

Célèbre ballet de Béjart sur le Boléro de Ravel

« L’art, sans doute, a d’autres effets, mais l’artiste, à mon gré, ne doit avoir d’autre préoccupation que la perfection technique. L’important est de s’en approcher toujours davantage. » Ravel… C’était un travailleur lucide, exigeant envers lui-même et les autres, qui déclara :  « Oui, mon génie, c’est vrai, j’en ai. Mais qu’est-ce que c’est ? Eh bien, si tout le monde savait travailler comme je sais travailler, tout le monde ferait des œuvres aussi géniales que les miennes. ». A méditer quand on croit qu’on peut faire des œuvres vite faites-mal faites, sous le couvert de modernité !

Ravel aimait lire Beaudelaire : « Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté. » (l’Invitation au Voyage)

-=-

labeque ravel

Je ne peux éviter ici d’évoquer deux sœurs pianistes nées tout à côté, à Bayonne, qui interprètent dans le monde entier des œuvres aussi diverses que celles de Ravel, Gerschwin, Mozart ou le répertoire baroque, mais aussi le rock expérimental avec grâce et un talent fou… qu’elles reconnaissent couplé à un travail acharné. Les ayant rencontrées à 19 ans, âge où nos goûts se forment pour la vie, je collectionne leurs enregistrements et leur voue une admiration sans faille. Elles se font malheureusement très rares en France…

©KLM recordings

Travailleuses, éclectiques, talentueuses… et si belles ! (©KLM recordings)

-=-

Le hasard faisant bien les choses, Marie-Claude Tsuruya cohabita avec Maurice Ravel pendant Quilt en Sud. C’est en effet dans l’auditorium Maurice Ravel que le Japon s’installa à Saint-Jean-de-Luz avec une sélection de quilts de la Chambre des Couleurs.

chambre des couleurs

Parions que Ravel aurait adoré cette cohabitation : l’excellence du travail, l’alliance de deux cultures, sont des caractéristiques ravelliennes  tout comme celles de cette quilteuse ! Marie-Claude Tsuruya n’a pas de télévision mais coud et quilte toujours au son de la musique. Quelques articles de son blog sont consacrés à cette autre passion.

quilt en sud 028 quilt en sud 036

Plusieurs kimonos précieux, en soie ou en « chirimen » (tissu légèrement ondulé, une sorte de crêpe agréable à porter et facile à entretenir) agrémentaient cette exposition. Les kimonos japonais sont coupés et cousus d’une manière immuable (sujet d’un prochain article dans le blog de Marie-Claude sans doute !), il en résulte un vêtement très long qui sera ajusté à la taille de la personne grâce à la ceinture (obi). Marie-Claude avait apporté son obi de mariage mais dès le premier jour, elle l’a enlevé de l’exposition en raison de trop nombreuses petites mains qui ne pouvaient s’empêcher de le toucher !

quilt en sud 034

Détail d’un quilt de mini-blocs en T, initiale de leur nom de famille. Chaque T est cousu à la main avec un tissu japonais récent ou ancien, sur un fond d’indigos. Finalement, cela donne plutôt une jolie collection de mini-kimonos !

Tsuruya

Enfilade de quilts tous plus beaux les uns que les autres ! De près, ils sont parfaits, de loin on découvre une autre dimension avec des jeux de lumière insoupçonnés… C’est pourquoi j’appelle Marie-Claude Tsuruya la créatrice de lumière.

quilt en sud 043

Les quilts exposés ont tous un lien avec le Japon. L’époux de Marie-Claude étant japonais, elle hérite des tissus de sa belle-famille, surtout ceux dont personne ne veut plus ! De chaque voyage elle rapporte des kilos de textiles qu’elle achète aussi pour compléter sa collection. Le quilt ci-dessus,  en cotons bicolores marine/blanc, étaient destinés aux yukata, kimonos d’été aux imprimés plutôt masculins  (à l’origine, ces kimonos étaient pour la sortie du bain).

quilt en sud 029

Quilts récents de Marie-Claude. Son goût pour les tissus recyclés, ayant la trace du passé, se confirme dans ces ouvrages. On y retrouve des tissus d’épaisseurs différentes que beaucoup de quilteuses hésiteraient à unir, mais finalement coton, lin, chanvre ou ramie cohabitent avec bonheur !

quilt en sud 045

Je me souviens que, tandis que je donnais un stage sur le « nine-patch évanoui », une variante amusante de coupe rapide avec cutter et règle, Marie-Claude confectionnait ce même bloc de manière patiente, artisanale, choisissant avec précaution les morceaux pas trop usés de ses tissus anciens du nord du Japon, étoffes d’un peuple fier et travailleur. C’est ainsi un bel hommage qu’elle rend aux personnes qui filèrent, teignirent, tissèrent artisanalement ces textiles. Quand on voit ce quilt, on comprend d’autant plus ses réticences sur le phénomène Boro, ou la mise sur le marché  de guenilles, parfois même artificiellement vieillies, qui se vendent à des prix exorbitants… Tandis que les visiteurs  occidentaux s’extasient, les Japonais se sentent parfois humiliés…

quilt en sud 035

Encore cette association dont je ne me lasse pas, les indigos et les imprimés joyeusement colorés ! 

quilt en sud 033

Beauté d’un sobre Log Cabin. Contrairement aux tissus de patchwork, les bleus teints à l’indigo ne s’affadiront pas en quelques années !

quilt en sud 040

Finissons ce petit tour par ce magnifique quilt qui vous dit sans doute quelque chose… Il est inspiré d’un top en soie et satin fait par Ella Holcombe (1872-1957), qui fut offert au Musée Shelbourne en 1990 et immédiatement admiré et recopié ! On ne sait pas quand la quilteuse cousit ce top, mais le modèle du bloc existe depuis la fin du XIXe siècle. Dominique Husson le reproduisit en coton avec infiniment de subtilité (voir article précédent). Si vous aussi vous souhaitez vous lancer dans cet extraordinaire quilt, cherchez le Quiltmania n° 21, Renée Ferré l’a présenté en fiche « pas à pas ». Celui de Marie-Claude a la particularité d’être en soies de kimonos, ce qui lui donne une présence lumineuse et chaque bande est quiltée en son milieu… Association encore de l’occident et de l’extrême-orient, ce quilt est baptisé « Temari », du nom des balles japonaises de décoration qu’on sort pour certaines fêtes. Plus de renseignements sur ce quilt dans le blog  ici.

Guettez les prochains articles de Marie-Claude ! Elle nous donnera ses impressions de son voyage plein sud… Je sais qu’elle a adoré rencontrer ses lectrices et revoir les personnes rencontrées en avril 2012 à Pibrac lors de la Journée de l’Amitié… Des liens d’amitié qui se tissent au fil du temps !

-=-

De Quilt en Sud, je ne vous en montrerai pas plus ; d’autres artistes, avec qui je n’ai pas pu m’entretenir, présentaient eux aussi des merveilles ! Vous pouvez aller voir ces blogs et sites pour d’autres points de vue :

– le reportage-photos d’Edith Bouilly sur le blog News FP
– les reportages de Marie-Christine sur le blog Carrément Crazy, très intéressants avec de belles photos
– les photos (articles en cours) sur le blog de France-Patchwork Tarn
– le blog de l’artiste Françoise Christien
– l’art textile léger et pétillant des Espagnoles Desedamas
– l’univers d‘Hubert Valéri, si raffiné, dont je vous montre ici la couverture du livre qui paraîtra en octobre prochain :

livre boutis

Livre préparé avec Maryse Allard

… et il y en avait tant d’autres ! Merci à tous ces artistes de nous avoir enchantés !

-=-=-=-

Quilts de Légende, Plein Sud

Dominique Husson, instigatrice inspirée des expositions à Brouage, était présente à Quilt en Sud pour accueillir les visiteurs de l’exposition des Quilts de Légende. Ces œuvres commencent leur carrière internationale à Brouage puis voguent au gré des expositions de prestige, certains même jusqu’à « la Mecque du patchwork », Houston au Texas ! L’association France-Patchwork est heureuse de mettre en valeur ces quilts traditionnels qui sont pour la plupart des reproductions d’antiquités européennes ou américaines.

quilt en sud 076 quilt en sud 077

C’est pour moi un plaisir renouvelé d’admirer ces quilts, pour d’autres c’était une belle découverte. Ces superbes ouvrages sont magnifiés par l’éclat des tissus récemment teints, la perfection de réalisation de nos meilleures quilteuses traditionnelles françaises, le plaisir esthétique intemporel des motifs géométriques symétriques… Ils nous font faire un troublant voyage dans le passé… Les visiteurs restent ébahis devant tant de minutie et de beauté.

quilt en sud Légende

Ce log cabin est montré à plat, on le devine sur la première photo. Les bandes ne font que 5 mm, toutes cousues à la main par Louise Marie Stipon (225 x 225 cm). Un vrai phénomène !

quilt en sud Légende

Dominique Husson a été assaillie de demandes de ce modèle ! Il est paru dans les Nouvelles du Patchwork n° 82 de septembre 2004 et fut réalisé par la regrettée Josiane Bréhin. Quilt virtuose qu’une quilteuse amie, Yolande, a su réinterpréter (voir ici)

quilt en sud 073

Détail de la Nuit Etoilée de Ghislaine Lucas

quilt en sud 071

Autre photo de détail  : un quilt de Maryvonne Marmion « Les étoiles de Mme Harris ». Moi qui suis depuis toujours fan de scrap-quilts, j’adore ce principe ! Si je le copiais, il serait en fond bleu indigo avec toutes sortes d’imprimés… Le ferai-je un jour  ?…

quilt en sud mf grégoire

Celui-ci en particulier a suscité l’admiration de mon mari, et beaucoup d’hommes le photographiaient… Admiration amplement justifiée, avec ces mini-hexagones (estimation : environ 17 000…) parfaitement ajustés… Bravo à Marie-Françoise Grégoire !

Et puis il y avait des quilts de Dominique Husson qui ont contribué à établir la réputation des quilts de légende :

Husson_04

Husson_07

Husson_15

Quelle beauté, quel éclat ! Je dois vous avouer qu’il y avait tant de monde autour de ces quilts que je n’ai pu bien les photographier… Merci, Dominique, de m’avoir envoyé des photos bien plus belles !

-=-

J’apprécie beaucoup l’éclectisme de Quilt en Sud qui nous permet tout autant de découvrir des artistes textiles modernes qui nous titillent, nous amusent, nous épatent ou nous dérangent, que d’admirer des œuvres dites traditionnelles qui furent le terreau de la modernité actuelle. Et puis, quelle que soit la météo (bien sûr, on préfère le soleil…), le Pays Basque est si beau !

Pour une petite visite de chez vous, je vous conseille d’aller faire une balade grâce au Carnet de Voyage aquarellé de Caroline Gay…

chez les Basques Caroline Gay

Aquarelle de Caroline Gay

-=-=-=-

 

Elaine Quehl dans la Maison de l’Infante

Précédemment, vous avez vu quelques photos du centre piéton de St-Jean-de-Luz avec son unité architecturale, les crépis blancs et les volets rouge-brun (le fameux rouge basque), vert foncé ou, plus rarement, bleu-gris sombre. Quelques maisons s’en affranchissent comme la Maison de Louis XIV dans laquelle séjourna le futur Roi-Soleil en 1660, le temps de rencontrer sa future épouse et de signer un traité de paix. Monsieur Adam régala déjà la mère et l’épouse du roi avec ses macarons inégalables et depuis lors, la Maison Adam est le lieu favori de tous les fins becs sucrés !

maison_louis_XVI

Maison de type Louis XIII appelée Maison Louis XIV depuis que le Roi y eut séjourné un mois, jusqu’à son mariage avec l’Infante Marie-Thérèse d’Espagne le 9 juin 1660. En rez-de-chaussée, dans un des restaurants, nous avons assisté à la victoire de Castres en finale française de rugby : ambiance assurée !

maison adam

Ce dimanche, la célèbre Maison Adam était ornée, comme de nombreuses autres maisons, de draps anciens et de fleurs, avec un autel sur la gauche.

fêtedieu

De l’herbe coupée, ainsi qu’un long tissu blanc aux rayures bleues, marquait le chemin de la procession partant de l’Eglise où se maria Louis XIV. Ce dimanche, c’était la Fête-Dieu, 60 jours après Pâques… avec un temps de Toussaint !

plaque rueLes plaques de la ville sont superbes… et bilingues !

Tout près de cette Place Louis XIV se tient le joyau architectural du port de la ville : la Maison de l’Infante, ainsi nommée depuis que la petite Marie-Thérèse d’Espagne y séjourna en attendant le mariage qui fera d’elle la Reine de France.

maison_de_l_infante

La Maison de l’Infante fleure bon l’Italie, avec ses couleurs rosées et ses arcades vénitiennes…

C’est au 1er étage de ce bijou architectural qu’une quilteuse venue d’Ottawa (Canada), Elaine Quehl, accrocha une belle dizaine de tableaux textiles.

quilt en sud 010

Backstage (102 x 86) – Elaine est fascinée  par la beauté des plantes qu’elle photographie parfois en macro, puis s’en inspire pour faire ses quilts.

quilt en sud 012 quilt en sud 014

Branching out (52 x 71) – On voit bien les détails du tronc avec ses multiples nuances. On comprend aussi la technique de l’artiste : de l’appliqué « à cru », collé au thermocollant et animé par un quilting en piqué libre qu’elle qualifie volontiers « d’imparfait et artisanal », pour bien souligner sa démarche d’expression personnelle !

Vagabond Song51 x 61

Cela fait des années qu’Elaine est inspirée par les arbres. Ici « Vagabond Song » (51 x 61 cm)

eq

Ici on admire autant la tenture que la grande fenêtre de plein cintre qui fait face au port !

quilt en sud 158

Un détail de ses Tournesols montre encore une fois sa maîtrise du beau quilting. 

losses 114 x 114

Mon coup de cœur de son exposition, « Losses II », 114 x 114 cm. J’aime cette évocation de la chute des feuilles, si belles, et l’étude des couleurs… Elaine teint tous ses tissus elle-même avec de la teinture Procion, des poudres qui permettent d’obtenir à froid ces superbes teintes marbrées. En France, on peut s’en procurer notamment Au Fil d’Emma.

elaine quehl

Thanks Elaine for accepting an interview with me, hoping you had a good time in St-Jean-de-Luz! I was very pleased to get to know you and admire your wonderful works.

Katell, Quilteuse Forever

Quilt en Sud à St-Jean-de-Luz

 

quiltensud

A un jet de pierre de la frontière espagnole, en plein Pays Basque, St-Jean-de-Luz se met en quatre tous les deux ans pour accueillir artistes, commerçants et des milliers de visiteurs pour faire la fête autour du patchwork et autres arts textiles. Cette année, les vestes de pluie faisaient un festival de couleurs dans les rues, à défaut de légères cotonnades estivales.

jeandeluz

Au petit matin, on apprécie la quiétude des petites rues à l’architecture typique si pimpante

jeandeluz1

De belles surprises nous attendent à chaque pas !

jandeluz2 jeandeluz square

Le kiosque est décoré d’une ribambelle de blocs de patchwork… Idée à retenir !

Mes coups de cœur ne seront pas nécessairement les vôtres, je favorise ici les personnes avec qui j’ai eu des échanges amicaux et constructifs !

Tout d’abord, j’ai bien aimé la relative petitesse de l’espace exposants-vendeurs, on ne se sentait pas écrasé par une profusion de stands qui n’ont parfois aucun lien avec le patchwork. J’ai été heureuse de saluer Isabelle, Hélène, Martine… Là j’ai aussi découvert les tissus et broderies de la jeune société Neelam (saphir bleu en sanskrit, également prénom féminin) qui veut, dans une démarche similaire au commerce équitable, faire travailler des artisans aux savoir-faire ancestraux et proposer ces tissus, broderies ou autres pour les loisirs créatifs et les arts textiles en Occident. Pour le moment, ce sont des artisans indiens qui fournissent la majorité des produits.

stand Neelam tissus Neelam

Stand Neelam -Les tentures accrochées sont disponibles en kit. Ces patchworks sont magnifiques !

Avec les tissus artisanaux, on se pose inévitablement la question de la tenue des couleurs. Très honnêtement, Emilie et Damien m’ont dit que leurs tissus pouvaient dégorger car le lieu de fabrication des tissus est aride (Nord-Ouest de l’Inde) et les artisans ne peuvent faire les ultimes lavages des tissus à grande eau. Cependant, les tissus ne s’affadiront pas pour autant, seul le surplus partira ! Tous les pigments sont naturels et s’utilisent depuis des siècles.

Neelam tient son stand dans la plupart des événements autour du textile. Ils seront à Labastide-Rouairoux le 15 août, puis en septembre prochain à Sainte-Marie-aux-Mines. En attendant,vous pouvez rendre visite à leur site : Neelam.

Je leur ai acheté quelques coupons et j’hésite encore entre deux styles : du patchwork avec des triangles ou un crazy… Ce sera mon ouvrage estival que je ne manquerai pas de partager avec vous !

J’ai aussi croisé Patricia avec grand plaisir au centre de démonstration : avec sa patience et sa gentillesse habituelles, elle a montré aux visiteurs comment elle quilte avec ses deux dés. Elle nous avait fait de passionnants articles ici et Elle n’a pas pu rester tout le week-end, d’autres obligations l’attendaient en Ariège ce dimanche…

Bientôt, la suite de mes rencontres à Quilt en Sud.

Katell, Quilteuse Forever

Quiltez-vous parfois à l’aiguille double ?

Vous avez peut-être déjà vu des matelassages doubles où, non contente de faire un quadrillage, la quilteuse a doublé ses lignes pour un rendu superbe :

tulipd 005

Quilt est richement matelassé (Tulpenquilt de Lucy, paru dans Quiltmania n° 76 en version française).

Vu de près, c’est encore plus beau :

tulipd 010

Détail du Tulpenquilt, à voir aussi sur le blog Quilting with the Past

J’aimais tellement cet effet que, au moment de décider d’un quilting prestigieux avec Madeleine pour les Bouquets d’Hiver, j’ai repensé alors à ce quilt aux tulipes inspiré d’un modèle vieux d’un siècle…

bloc1

Voici un des neuf blocs du quilt de Madeleine. Ici, pour cet ouvrage dépassant les 2,20 m de côté, l’écartement des lignes est de 0,5 cm et le quadrillage est de 5 cm.

Aucune formule magique pour ce travail intensif à la main où la régularité est primordiale. Madeleine traçait ses lignes au marquoir Hera de Clover, un des instruments utiles que je recommande toujours ! On est sûr que les marques du traçage partiront…

Et à la machine ?

Une vidéo postée récemment sur You Tube par Felisa Nakasawa* (souvenez-vous de ses maisons Minka) m’incite à vous parler des aiguilles doubles conçues pour nos machines à coudre. Elles sont paradoxalement peu connues.

*Vous pouvez visionner cette vidéo de Felisa Nakasawa : Twin Needles

Twin Needlesneedle1

Ce sont des aiguilles jumelles, avec un seul talon qu’on dispose comme une aiguille simple dans sa machine. Elles ont un écartement variable qu’on choisit à l’achat (on ne bricole pas l’écartement !). Les plus courantes sont celles à 2 mm et 4 mm d’écart. A noter qu’il existe aussi des aiguilles triples, mais il se pose alors le problème du placement de la 3e bobine sur une machine « normale ».

Deux aiguilles signifient une deuxième bobine à installer, deux fils à passer dans le circuit de tension : il faut impérativement vous référer à votre mode d’emploi, chaque machine ayant son système, mais ce n’est pas difficile.

Emplois multiples en couture : cela fait de beaux ourlets, en particulier sur les tissus jersey, on peut renforcer les coutures et les rendre décoratives (pantalons en jean), faire des nervures en glissant un cordonnet sous le tissu…

Mais que peut faire une quilteuse avec cette double aiguille ? 

Kyoko, Katell 2003

Ce petit tableau a été quilté avec une aiguille double (machine Pfaff avec double entrainement)

quilting-mc3a9daillon

Plus grand, ce quilt est également partiellement quilté avec une aiguille double (les motifs sont en piqué libre).

Quel est le résultat ? Sur le devant, on a deux lignes piquées absolument parallèles qu’on peut facilement diriger pour les rendre sinueuses. Sur le dos, on a un zigzag. Si vous n’avez pas une machine électronique qui règle automatiquement la fonction « double aiguille », vous pouvez avoir ici des petits réglages de tension de canette à faire.

Quelles sont les précautions à prendre par rapport à une aiguille simple ? Très logiquement, on doit faire attention de ne pas tordre les aiguilles quand on veut tourner, on ne peut pas les planter et faire une rotation… A part cela, l’utilisation est étonnamment facile.

 

Ensuite, après un peu de pratique, on peut essayer le quadruple quilting !

quadruple quilting

 Pour obtenir ce résultat, on peut essayer de bien repérer, avec le pied de biche ou la barre-repère, où faire le 2e passage de double aiguille pour avoir cet écartement parfait (photo Felisa Nakazawa Quilts) – Indéniablement, le quadruple piquage a de l’allure… mais je n’ai pas essayé ! 

-=-=-=-

Quand l’usuel devient extraordinaire…

Ann Carrington est une artiste britannique qui utilise des objets usuels pour en faire des œuvres d’art, notamment  des boutons et des blue jeans.

-=-

Boutons

En Angleterre on peut admirer, dans les fêtes caritatives londoniennes, des personnes aux costumes incroyablement ornés de boutons :

London Pearlies

L’origine vient de l’idée de Henry Croft, pauvre jeune homme londonien, qui profita de l’échouage d’un bateau dans la Tamise pour récupérer une caisse entière de boutons de nacre en provenance d’Asie.

henry-croft-2Henry-croft pearly suit

1ères photos connues de Henry Croft dans son habit de nacre

Suivant à l’extrême l’exemple des marchands des quatre saisons (pittoresques vendeurs à la criée) qui cousaient  les boutons trouvés en décoration sur les coutures de leurs costumes élimés, Henry cousit des milliers de boutons sur ses pauvres vêtements.

Mary-Poppins-Pearlies-web

Dans le dessin animé Mary Poppins de Walt Disney (1964), on aperçoit ces Londoniens aux boutons de nacre.

Henry Croft se montra la première fois ainsi vêtu à une fête pour récolter de l’argent pour l’hôpital local. Son costume tout brillant fit sensation et permit de réunir de fortes sommes. Sa popularité grandit vite dans le monde populaire des Cockneys et bien au-delà. Il devint un personnage de la capitale et fut même présenté au Roi Edward VII en 1907. Il mourut pauvre en 1930, ainsi qu’il a toujours vécu, mais il a permis de récolter une vraie fortune pour les œuvres charitables !

proud-to-be-a-cockney-620x412

« Fier d’être né Cockney », cockney désignant les personnes de l’est de Londres, ainsi que leur situation sociale et leur langage. 

Depuis, la tradition perdure dans les quartiers londoniens, toujours étroitement liée avec des manifestations caritatives et le souvenir vivace de la générosité populaire.

pearly-queens-pie-and-mash-01

La relève est assurée !

Ann Carrington interprète cette tradition en cousant des milliers de boutons :

pearly-queen-of-lavender-hill

Reproduction d’un timbre poste britannique par Ann Carrington (140 x 170 cm).

pearly queen trfalgar

Ici avec des boutons de diverses couleurs. Vous pouvez en voir d’autres versions ici. Les vues de près sont impressionnantes  !

-=-

Blue Jeans

Traversons l’Atlantique avec Ann Carrington. Ici, au pays du blue jeans, le drapeau est interprété par tous, mais toujours avec respect. Voici une des versions de notre artiste :

ann carrington stars n stripes

Immense cadre pour un hommage au blue jean américain ! 172 x 262 cm

Blue-Jeans-USA_728

Même présentation pour la carte des USA  (218 x 218 cm)

inspir cuba

Inspiration Cuba !

Voici l’artiste en plein travail :

ann au travail

Allez sur son siteVous verrez qu’elle joue avec tout autant de talent avec des épingles à nourrice, des pneus ou des fourchettes…

-=-=-=-

Le Top-Sampler de Martine

Les Abeilles de cette ruche se mettent volontiers en couple pour se motiver et s’entraider dans l’avancée d’un quilt. Maïté et Martine avaient,  depuis des années, envie de reproduire les minutieux blocs du livre de Yoko Saito édité chez Quiltmania :

156 blocs

Maïté, tout comme Martine, ont pioché dans ce livre pour choisir leurs blocs piécés.

Le couple a très bien fonctionné, elles se sont partagé des tissus, encouragé mutuellement, mais chacune a gardé une idée d’interprétation différente.
Maïté, qui a aussi le don de dessinatrice, a agrémenté son sampler de nombreux blocs appliqués de sa composition et a réussi à le terminer pour notre exposition à Colomiers en mars dernier et celle de Fayssac juste après :

sampler maïté

De Fil en Aiguille, Maïté Findeling, 2013

Martine, elle, devait d’abord finir son Civil War Sampler avec le quilting en éventail… Mission accomplie !

cwq-dc3a9tail

Détail du Civil War Sampler de Martine

Mais voilà que vendredi dernier, nous avons pu admirer son top inspiré de Yoko Saito : quelle classe, avec la sobriété des tissus, la perfection des blocs, l’originalité du montage et de la bordure…

top Martine

Et dans la galerie Flickr de Martine, vous pouvez voir les détails de chaque bloc. Enjoy !
Reste le matelassage… Bon courage Martine !…

-=-