Une couleur démodée
Entre le rubis et l’indigo, le pourpre (plus près du rouge) et le violet (plus près du bleu) sont des couleurs devenues rares. Si vous souhaitez vous habiller en violet, bonne chance ! Il vous faudra écumer de très nombreux magasins pour trouver quelque chose…
Le mauve, couleur éclaircie du violet, est encore plus délaissé. Il est loin le temps où cette couleur, nommée d’après la mauve, fleur des champs, faisait fureur ! C’est une avancée en chimie qui rendit cette teinte si populaire dans les années 1860. Comme souvent, les découvertes se font par hasard… Un jeune chimiste anglais de 18 ans faisant des recherches sur la quinine à synthétiser pour soigner la malaria, garda les résidus d’une expérience et remarqua sa couleur particulière… La mauvéine, tirée de l’aniline, était née, bouleversant les codes de la mode de ce milieu du XIXe siècle car on put enfin teindre les tissus en masse avec un résultat fiable, durable, constant. Cette couleur, tant appréciée par la Reine Victoria en Angleterre, devint LA couleur à la mode, avant que d’autres ne fussent également synthétisées.
L’histoire de ce chimiste quasi-oublié est racontée dans ce roman historique Mauve – Comment un homme inventa une couleur qui changea le monde, de Simon Garfield. A ma connaissance, pas de traduction en français de ce livre qui trace les débuts de la chimie au service des couleurs et notamment la naissance des grands groupes comme BASF, Hoechst ou Bayer.
Une amie quilteuse de Floride
Si vous êtes fidèle à la Ruche depuis au moins un an, vous ne pouvez avoir oublié Betty Smith de Floride*, qui entretient la mémoire d’une sacrée petite bonne femme qu’elle rencontra il y a une dizaine d’années, pour ne plus la quitter jusqu’à sa fin. Rappelez-vous Miss Sue, sa vie intrépide de femme du Vieux Sud, qui rappelle la Couleur Pourpre (livre d’Alice Walker, film de Spielberg) ou les Beignets de Tomates Vertes (livre de Fanny Flagg, film de Jon Avnet) avec ces formidables femmes du Vieux Sud, blanches ou noires, au caractère bien trempé, forgé par une vie souvent bien dure…
Betty Smith, retraitée de l’Education, Proviseur de lycée en fin de carrière, occupe maintenant ses journées en recherchant des œuvres d’art, en tenant un magasin d’antiquités… et en quiltant.

Nous l’avions laissée l’année dernière*, ayant tout juste fini un incroyable quilt dans tous les tons de verts. Ce quilt n’en est pas un à strictement parler puisqu’il n’y a pas de quilting, mais c’est fait de bouts de tissus cousus pour en faire une couverture, alors nous pouvons lui accorder ce nom par extension !
La technique est quasi tombée dans l’oubli, utilisée par une poignée de quilteuses. C’est un ouvrage de récupération extraordinaire !
Symbolisme du violet


Cette année, Betty a fait un autre quilt avec la même technique de petits carrés pliés en triangles puis cousus sur une toile de fond pour un nouveau Pine Cone Quilt, son quatrième. Hommage suprême, elle l’a fait en couleurs pourpre-violet… en mon honneur ! Vous ne pouvez pas imaginer le plaisir que cela m’a fait… Pourpre pour l’évocation du beau film de Spielberg qu’elle a comme moi tant aimé… Mais bien plus encore, car Betty est une femme remplie de spiritualité et embrasse les plus belles compréhensions de notre monde. Ainsi, pour son nouveau quilt elle a choisi cette couleur pour moi, pour les caractéristiques du 7e Chakra et les ondes bénéfiques de l’améthyste : intuition, imagination et créativité… Quelle coïncidence que mon mari m’offre une bague aux améthystes en juillet dernier, au moment-même où Betty commençait ce quilt… Au risque de vous amuser, j’affirme ressentir des effets positifs de cette pierre et pour couronner le tout, Betty ignorait que la violette est un des plus beaux symboles de ma ville natale, Toulouse ! C’est avec obstination qu’Hélène Vié poursuit la mise en valeur de notre petite fleur, malgré tant de difficultés.

Une réalisation si rapide !

Des heures et des heures de travail plus tard :






Je suis heureuse et honorée d’avoir pu inspirer un quilt si magnifique ! Thank you Betty from the bottom of my heart.
Puis le 13 novembre est arrivé.

Betty m’a adressé un émouvant mail de soutien. Elle aurait voulu me téléphoner pour exprimer son horreur et son soutien à nous, quilteuses de l’autre côté de l’Océan… Quelle gentillesse… Il fallait qu’elle exprime son souhait pour la paix dans le monde et a donc créé, près de sa porte d’entrée de magasin, un autel. Il réunit des forces de paix venant de Chine, d’Afrique et de Haïti, avec des bougies de prières, de belles plantes et une décoration symbolique. J’en ai été extrêmement touchée, mais je ne pouvais alors communiquer sur le blog à ce sujet, ayant moi-même tellement envie d’occulter cette terrible période.


L’histoire ne s’arrête pas là car j’ai reçu par la Poste le fameux livre de Betty racontant toute l’histoire de Miss Sue. Le style est enlevé, les très nombreuses photos si touchantes… Grâce à Betty et quelques personnes éclairées comme Roderick Kirakofe, je comprends mieux l’ampleur des quilts utilitaires et l’état d’esprit des quilteuses qui les firent. Les quilteuses de Gee’s Bend en font partie mais ne sont pas les seules, loin de là ! Le livre de Betty, malgré l’importance de ce témoignage, n’a pas trouvé d’éditeur, elle en a fait malgré tout quelques exemplaires et je suis extrêmement touchée de faire partie des heureuses destinataires… Que de bonheurs grâce à notre passion commune !
Vivons passionnément !
C’est avec cette couleur et la magie de l’amitié que se conclut le dernier post de l’année 2015. Que le passage vers 2016 vous soit heureux et rendez-vous pour une nouvelle année créative !
*Articles précédents sur Betty Smith et Miss Sue :
https://quilteuseforever.wordpress.com/2014/12/10/
https://quilteuseforever.wordpress.com/2014/12/16/
https://quilteuseforever.wordpress.com/2014/12/18/
https://quilteuseforever.wordpress.com/2014/12/20/
https://quilteuseforever.wordpress.com/2015/09/26/




























