Inspiration – Création

Nous savons toutes que le patchwork est une activité extrêmement ancienne. Sans développer sur les peaux de bêtes assemblées durant la préhistoire, je ne peux résister à l’envie de vous montrer de troublantes momies de chats, celles-ci sont visibles au British Museum de Londres (à gauche) et au Louvre (à droite) :

Tressage de bandelettes de lin dont le motif nous rappelle quelque chose…

Restons donc modestes ! Si les historiennes datent le bloc du « Log Cabin » de la fin du XIXe siècle, c’est bien l’apparition de ce nom associé à ce modèle, et non son invention. Dans le cas de ces momies, le travail s’apparente plutôt à du meshwork ou tissage de bandes de tissus (au lieu de coutures).

Au tout début des années 2000, j’ai eu l’idée un jour (ou plutôt une nuit) de couper et coudre à la chaine des bandes de 4 cm, de toutes couleurs et tous styles, et de les agencer autour d’un gros carré central rouge fleuri ton sur ton de 12 cm, à la manière d’un bloc de log cabin, et de terminer ce carré par une bordure de 8 cm même tissu rouge . Multicolore à dominante chaude, ce premier grand log cabin avait le chatoiement des tapis d’Orient, j’étais très fière de mon invention ! Je l’ai montré, expliqué maintes fois autour de moi comment s’organiser, comment limiter la courbure que le carré a tendance à prendre, j’en ai fait 3 autres… Et entretemps ont fleuri dans plusieurs magazines des quilts très similaires ! J’étais plutôt fière d’avoir eu la même idée que des stylistes éditées… Et puis un jour, Quiltmania présente… une antiquité du XIXe siècle au modèle identique ! Quand je crois inventer une petite astuce ou un modèle, je me souviens toujours de l’histoire du grand log cabin. Combien de blocs ont-ils été inventés, oubliés, réinventés ?… On sait que souvent, petites et grandes découvertes ou inventions fleurissent en même temps dans le monde, d’où quelques querelles de paternité autour de brevets… Sans compter les cas d’espionnage ou de triche, ces coïncidences sont troublantes, et même étudiées en psychiatrie sous le terme de syncronicité !

A gauche, la magnifique antiquité de 1880 dans un hors-série Quiltmania. A droite, pour couvrir un fauteuil fatigué, mon 3e « grand log cabin », cousu avec des bandes plus larges (6 cm coupées) et une gamme restreinte de couleurs. Il fut fait à toute vitesse, quelques jours avant le déménagement de ma fille ; c’est celui que j’aime le moins, pas assez scrappy, bandes pas assez fines…. Le n° 1 est chez mon autre fille, le n° 2 (à dominante turquoise-marine-jaune) est chez mes parents en Bretagne. Le n° 4 ?  En couleurs plus claires, en attente de quilting…

La géométrie des blocs traditionnels n’empêche pas du tout l’expression de nos sentiments. Un des 2 premiers blocs que je fais connaître aux débutantes est, avec la feuille d’érable, la baratte. Au début je ne le trouvais pas forcément beau mais pratique d’un point de vue pédagogique, puis j’ai admiré au fil du temps le potentiel d’un bloc si simple. Si vous voulez être touchée par un quilt de barattes, allez rendre visite chez Marie Claude dans sa Chambre des Couleurs, elle y a exprimé toute sa colère en cousant le top, puis, le temps ayant passé, l’a quilté avec plus de douceur, tout en subtilité :

Vous pouvez voir ici l’histoire de ce quilt ainsi que beaucoup d’autres photos. Preuve, s’il fallait encore le démontrer, que l’on peut toujours faire des créations avec du traditionnel !

Amusez-vous donc, osez changer les modèles, les harmonies, écoutez votre coeur ! La satisfaction est immense.

Embruns et Petits Points

Dans une île de la côte atlantique vit une jolie dame blonde… Mamifleur ! On ne peut rêver de plus doux surnom ! Ses ouvrages pleins de raffinement, toujours réalisés à la main, enchantent chaque visiteuse de son blog. A chaque présentation d’un nouvel ouvrage, je me disais : il faut que tu t’y mettes, c’est trop mignon ! mais jusqu’à présent, je n’en ai fait qu’un seul… à la machine, celles qui me connaissent n’en sont pas surprises.

Cette pochette est partie en Normandie chez ma soeur. Avant de la lui offrir, je l’ai utilisée quelques jours. C’est un fourre-tout formidable ! Tiens, je vais la proposer en ouvrage de rentrée aux Abeilles, cela me motivera pour m’en faire une ces prochains jours ! Allez voir chez Mamifleur comment la réaliser ici et là.

Attention, je vous aurai prévenues, le blog de Mamifleur va vous donner des idées pour de longs mois !

De tout coeur je vous souhaite une belle visite…

La naissance de ton petit-fils semble t’avoir beaucoup accaparée ces derniers temps, mais égoïstement j’espère que tu vas encore nous montrer bientôt tes nouveaux… ou anciens ouvrages, Mamifleur, et nous faire encore rêver !

Blog de Mamifleur : Embruns et Petits Points http://mamifleur.canalblog.com/

Héritage « à la Française »

Il y a peu de temps encore, les tissus étaient trop rares pour qu’on imagine les gaspiller. On connait assez la mythique histoire des pionniers américains cousant à partir de leurs vêtements des quilts que nous admirons tant… On sait aussi que la tradition venait de pays européens et que le concept du « bloc » s’est réellement développé au XIXe siècle en Amérique du Nord.

En France cependant, la tradition était beaucoup plus d’utiliser une grande pièce de tissu partiellement abîmée (comme un drap de lin) pour tailler dedans un patron plus petit (comme une chemise), puis un jour celui-ci usé servira de torchon, qui servira ensuite de charpie… On pratiquait aussi essentiellement l’art du racommodage. Il suffit de voir le nombre de mots plus ou moins équivalents dans notre belle langue : raccommodage, rafistolage, rapiéçage, ravaudage, reprisage, rapetassage avec les verbes qui vont avec ! Nous ne les utilisons presque plus : qui donc raccommode encore les chaussettes avec (ou sans !) un oeuf à repriser ? Il y avait le reprisage avec un fil, de préférence à plusieurs brins non torsadés, avec lequel on reproduisait la chaine et la trame du tissu troué. Le rapiéçage était un appliqué, un morceau cachant le trou ou renforçant une partie usée. Allez voir le cahier de couture d’Anne-Marie, vous aurez de beaux exemples ! Et même, on peut en faire de petites oeuvres artistiques comme  ici.

Reprise traditionnelle sur un linge de maison français, photo venant du blog de Kaari Meng qui fait connaître les traditions françaises aux Etats-Unis en écumant nos brocantes et vide-greniers ! Elle est notamment la créatrice des très beaux tissus FRENCH GENERAL de MODA

Pour la décoration, le raffinement, le superflu, les Françaises brodaient  au point de croix ou au point de tige principalement des motifs plus ou moins sophistiqués, en plus du nécessaire « chiffrage », apposition des initiales familiales pour reconnaître le linge confié aux lavandières. Les broderies étaient le plus souvent en rouge, parfois gaies et polychromes, ou bien subtiles blanc sur blanc avec fils tirés, monogrammes, etc. Il existe en France une si grande tradition de tissages, teintures, impressions, broderies, dentelles…

Nous avons aussi notre mot pour le quilting qui est le matelassage, utilisé de façons variées dans diverses régions pour faire des édredons, des piqués de coton… Mais de patchwork nous n’en trouvons quasiment pas de trace*, nous n’avons même pas un mot français complètement satisfaisant pour en parler, sinon « piéçage », ou « assemblage ». De nombreuses traditions régionales dans le domaine du tissu sont redécouvertes et mises en valeur de nos jours : je me réjouis de trouver dans le dernier numéro du magazine de l’association France-Patchwork des articles tant sur les tissus kelsch d’Alsace que les Rouenneries de Normandie. Mais toujours pas de traditon de patchwork en France ? Mais si, et la plus enthousiasmante ! Les Centu Pezzi (100 pièces) de Corse correspondent à la compulsion de vouloir utiliser le moindre tissu, la moindre petite pièce qu’il ferait mal au coeur de jeter ! Vous en avez justement un exemple dans cette même revue, ainsi que dans le blog d’Anne-Marie qui vit en Corse, avec des explications qui vous donneront envie de sauter sur votre boite de chutes de tissus ! Dans le même blog, vous avez quelques photos de quilts anciens corses. Il est certain que la plupart des quilts furent utilisés jusqu’au bout, usés jusqu’à la trame puis jetés. Les objets utilitaires de ce genre sont moins sauvegardés que des tapisseries des Gobelins…

Centu Pezzi dans la tradition corse, créé par Anne-Marie. Je vous laisse découvrir le secret du dos dans son blog !

Et aujourd’hui, qu’en est-il ?

Hormis l’art textile pour lequel je suis incompétente mais où je crois que les Françaises sont brillantes, le patchwork français est très tributaire des livres, des tissus, des modèles venant majoritairement des Etats-Unis, mais aussi beaucoup du Japon et, dans une moindre mesure, des Pays-Bas ou de Grande-Bretagne. Cependant beaucoup de femmes s’amusent chez elles à faire des ouvrages « scrappy » très individuels, hors mode, peu exposés, car c’est une envie de recyclage compulsif que je ne dois pas être la seule à « subir »… De même, une de mes élèves veut absolument recycler les dizaines de blue jeans qu’elle a gardés, un jour elle se lancera dans un magnifique patchwork avec toutes ces nuances de bleus délavés ! On peut voir aussi de beaux exemples très personnels de Jacqueline Fischer dans son livre « Jeux d’étoffes, impressions expressions » ; j’adore celui qui s’appelle « Miettes », récup’ extrême !

La personne qui incarne le plus pour moi l’art du patchwork à la française est Jacqueline  Morel. Elle fait revivre d’anciens tissus d’origine majoritairement française (des écossais, vichy, lin…), ce qui confère à ses quilts une impression de confort, d’être « chez soi ». Allez voir sa galerie, vous allez comprendre ce que je veux dire ! Si des modèles vous sont familiers, c’est parce qu’elle a longtemps fait notre bonheur en collaborant avec Marie-Claire Idées. Cerise sur le gâteau, son livre :

Livre de Jacqueline Morel, édité par Quiltmania, sur un top inspiré d’un de ses quilts.

 Jacqueline Morel présente, avec beaucoup de compétence et de gentillesse, notre activité dans ce reportage de TF1. Même si elle fait plus d’appliqué que la plupart d’entre nous, je trouve qu’elle nous représente drôlement bien !

Bien sûr, j’aurai l’occasion de vous reparler d’elle car une de mes Abeilles, Maïté, a souvent repris des modèles de Jacqueline Morel, mais sait aussi dessiner « à la manière de ». Bientôt elle vous présentera une de ses créations.

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* Des quilts anciens, notamment en hexagones, furent trouvés en France. A mon avis cela ne démontre pas une tradition établie et reconnue dans ce pays mais plutôt l’expression de personnes ayant bénéficié de la circulation des personnes et des idées, je pense notamment à l’influence des Anglaises. Les plus beaux patchworks français anciens se trouvent sans doute dans le livre  Mosaïques d’étoffes, édité par Quiltmania. On y retrouve d’ailleurs l’habileté des Françaises à si bien broder !

Bretagne authentique – Concours 2011 de Fouesnant

Evidemment, je regrette maintenant de ne pas avoir photographié tous les ouvrages de ce concours organisé pour cette exposition de Fouesnant, l’ensemble était si représentatif de la région ! J’ai beaucoup apprécié, admiré… mais finalement pris trop peu de photos.

Il y avait un grand nombre de panneaux et samplers figuratifs, bien sûr le sujet s’y prêtait si bien :

Moi qui ne suis pas autant attirée par l’art textile que par  le patchwork classique, je dois dire que le tableau « Belon n°5 » de Christine Mahé m’a beaucoup plu : des coquilles d’huîtres (pile et face) figurent dans le tableau sur fond de lin et de batik, avec quelques détails d’appliqué celtique et de trapunto fort réussis. Richesse des gris nacrés de Bretagne… Au centre, le panneau est de Patricia Dupire (« La Bretagne que j’aime »). Je suis désolée de ne pas avoir retenu le nom des quilteuses précédentes, leurs ouvrages sont tous très jolis.

Autre utilisatrice du lin, tissu traditionnel de Bretagne, Ghislaine Monthuley, qui l’a hardiment marié à des bleus hongrois : j’adore ce mélange ! On y trouve de drôles d’hermines, symbole breton, en alternance avec les initiales brodées de la Bretagne (ou bien de Bleu ?) et de la Hongrie. J’ai bien cherché, il n’y avait pas de Z pour faire le sigle local bien connu BZH ! Oeuvre pleine de personnalité et de fantaisie en tout cas.

Anne-Marie Boidot a déjà reçu le prix de la ville de Fouesnant pour son tableau appliqué :

A-t-elle eu aussi celui du public ? Possible, tellement ce panneau est attractif avec les batiks évoquant si bien la mer et ses reflets changeants (le long des golfes clairs…).

J’ai eu un coup de coeur pour l’appliqué de Miet Hostein-Vanderweerd, sans doute un peu parce qu’une heure plus tôt j’avais photographié une épave si semblable… Bel hasard !

J’avais déjà admiré plusieurs de ces quilts, édités sur des magazines ou des blogs (d’où parfois une impression de déjà vu) d’autres ont été faits spécialement en vue de ce concours. Personnellement, je n’aime pas beaucoup le principe du concours en matière artistique, mais en revanche cela m’intéresse toujours de voir comment on peut interpréter le même thème. Je crois que ce sont pour toutes des créations, elles y ont mis tout leur coeur, fait des efforts d’interprétation et d’imagination. Pour moi donc, toutes les participantes sont gagnantes – sans vouloir paraphraser l’Ecole des Fans – mais je sais que sans concours il y aurait eu moins d’oeuvres présentées, c’est ainsi… Je n’ai donc pas les résultats du Prix du Public décerné en fin d’exposition, de toute façon  je préfère dire : Bravo à toutes !

Pour le bouquet final, je laisse s’exprimer ma maman (qui ne fait pas de patchwork, elle en a déjà plein la maison avec moi ! ) :

Kenavo ma Bretagne !

Marie Baraër, quilteuse infatigable de Fouesnant

Parmi toutes ces dames quilteuses inspirées de la Cornouaille, l’une d’entre elles se détache par sa production incroyable, la beauté de ses quilts classiques et la gaieté, les perspectives de ses « modernes » : c’est Marie Baraër, de Fouesnant. Cette gentille dame modeste et souriante commença le patchwork en 1992 et ne cesse depuis de coudre et piquer… Elle a plusieurs fois  contribué au succès des expositions de Brouage avec ses appliqués de style Baltimore, ses bicolores rouge et blanc, son magnifique « Route du Rhum » en hommage à cette course de voiliers mythique à laquelle participe régulièrement Philippe Poupon, enfant du pays…

Voyez-vous ici  le petit rond  déplacé ? Au départ, un coup de cutter malencontreux, au résultat le « défaut » nécessaire dans une oeuvre par ailleurs si parfaite…

« Cap Ouest », quilt bicolore dans la tradition américaine, avec sa touche de « celtitude » au point de Palestrina et des paniers fleuris venant d’un quilt japonais, cela vous donne une petite idée des capacités de Marie Baraër ! Ce quilt était exposé à Brouage en 2007.

« Lucie, Fleur du Désert », m’a étonnée par ses attaches si futées : des carrés pliés en deux qu’elle avait découpés en surnombre : récup’ imaginative !… Et puis à droite, « Pompei » et son intrigante perspective.

Enfin, un autre quilt « à en perdre la boule » :

A droite un détail du centre de la boule, tissus Kaffe Fasett et quilting minutieux.

J’ai eu un coup de coeur pour Marie Baraër qui ressemble tant à ma tante Marie-Anne que j’aimais tant, de même que la dame cornouaillaise faisant la publicité de « Tipiak, Pirates! » est le portrait de ma grand-mère. Valeureuses Bretonnes !

 Dans le prochain article, je vous montrerai quelques-uns des quilts venus de tous horizons, présentés à Fouesnant toujours, pour le concours « Bretagne authentique ».

Quilteuses de Cornouaille – Fouesnant 1ère partie

Pourquoi ne pas cumuler les plaisirs ? J’ai pu caler mes vacances chez mes parents en fonction de l’exposition de patchwork de Fouesnant annoncée par France-Patchwork*. Vous le savez bien, les passionnées sont toutes comme ça, mine de rien leurs déplacements sont conditionnés par la présence d’un magasin de tissus ou d’un salon, d’une expo… Donc à l’ouverture du premier jour, j’étais à Fouesnant, dans ce si joli coin de la Cornouaille bretonne, en compagnie de mon Chéri**, toujours d’accord pour m’accompagner aux expos !

Françoise Guilloux nous reçut avec beaucoup de gentillesse. C’est elle qui organise régulièrement cette manifestation réunissant les ouvrages des 7 clubs proches de Fouesnant. Le Finistère est d’ailleurs un des départements où le patchwork s’est le plus développé, sans doute grâce aux liens très étroits des Bretonnes avec le travail du Fil : c’est le pays du lin et du chanvre, des dentelles et du crochet, des broderies et du tissage… N’écoutez pas mon mari qui dit que c’est à cause de la pluie…

Dans ce pays cornouaillais, on s’inspire volontiers des ouvrages du style japonais actuel :

Violettes Blanches de Colette Labarthe est un des très nombreux grands quilts d’inspiration « japonaise-taupe » de cette exposition

Carrés japonais de Marie Jeannes, avec un très beau quilting changeant inspiré de motifs traditionnels japonais

A gauche, Yvette Bontemps nous propose une réalisation très réussie, « J’ai cueilli ces fleurs le long du chemin » avec une alternance de broderies à la laine et au ruban de soie, inspiré d’un modèle de la Fée Pirouette, puis à droite « Migrations » de P.Salou.

Quel plaisir de voir ces quilts ! Nous admirons aussi de nombreux panneaux de taille plus modeste, toujours japonisants :

Les Cornouaillaises ont été nombreuses à reproduire un sampler édité dans un Magic Patch. J’ai beaucoup aimé l’harmonie de celui-ci : Les Dents de la Mer de  Michèle Guiquero.

Mais il n’y a pas que le Japon qui inspire nos amies !

J’ai pu admirer, encore et toujours, de magnifiques Dear Jane (très connu chez les quilteuses du monde entier, d’après un original datant de 1863). Il y en avait trois exposés et d’autres sont en cours pour une prochaine exposition…

Ci-dessous, le seul qui n’est pas « fidèle au modèle » quant au choix des tissus et couleurs :

Autre quilt classique, héritier direct du programme promouvant les artisanats aux USA  lors de la dure crise des années 1930, exposé dans un musée du Massachussetts :

 

De cette Grande Crise économique découla un engouement extraordinaire pour les scrap-quilts, par réaction et par nécessité, et il en résulta une immense créativité. Ces papillons, pourtant maintes fois interprétés, me font de l’oeil depuis des années avec leur allure Art Déco… Cette version d’Anne-Marie Boidot est très gaie ; la mienne sera soit en tissus indigo et imprimés japonais, soit en tissus repro… Une exposition réussie est celle qui vous donne des fourmis dans les doigts, ce qui fut le cas ici !

Bravo aux Cornouaillaises ! Evidemment, ma sélection est partielle et partiale, un grand merci à toutes les exposantes pour leur beau travail et le plaisir qu’elles nous ont procuré.

Le prochain article sera exclusivement consacré à Marie Baraër de Fouesnant, cette dame discrète qui préparait de tout petits carrés rouges et blancs en méthode anglaise pour un prochain quilt bicolore… Elle l’aura fini dans 4 ans m’a-t-elle dit !

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*Exposition du 6 au 15 août 2011 à Fouesnant (Finistère)

**Toujours patient ! A propos, si vous voyez sur des blogs les mystérieuses lettres DH, cela signifie simplement Dear Husband, Cher Mari. Je n’ai pas encore vu CM dans les blogs français… De même, DS pour cher fils (Dear Son), DD pour chère fille (Dear Daughter), etc. Bon à savoir !…

The Quilters’ Beehive

Depuis plusieurs jours, je tentais en vain d’ajouter un système de traduction automatique au blog, afin que mes amies non-francophones puissent avoir une idée de ce qui se trame par ici.

Enfin, une barre Google Translate veut bien s’installer, mais parfois le texte traduit est à pleurer… Pour me faire pardonner de ne pas faire l’effort de traduire moi-même, voici un petit ouvrage que j’ai adoré broder, symbolisant un peu notre communauté de quilteuses sans frontières puisque les textes sont en anglais, mais le modèle est allemand :

D’amusants petits blocs (cliquez sur la photo si vous souhaitez mieux les voir) montés en chaine irlandaise simple.

C’est BEA  de Capricorn Quilts qui proposait en 2008, mois après mois, ces petits blocs amusants sur la vie quotidienne d’une quilteuse et ses petits bonheurs. Bientôt d’autres versions de ce BOM (Block of the Month) quilt, car plusieurs Abeilles travaillent dessus ou l’ont déjà fini comme Martine.

Difficile de choisir entre les blocs, mais celui-ci est peut-être mon préféré… et n’est pas étranger au nom de ce blog ! Il rappelle les réunions dans les villages et hameaux aux Etats-Unis, surtout en fin du XIXe siècle, où les femmes se réunissaient pour quilter ensemble sur un même ouvrage. Cela fait bien sûr référence au travail collectif d’une ruche.

Illustration de Rebecca Barker, voir un article lui étant consacré ici.

Encore un grand merci à Laurence qui m’a gentiment transmis les modèles du BOM !

Trappliqué, art textile

En préparant l’article sur Pénélope et son traboutis, je suis tombée sur une artiste pratiquant le « trappliqué », contraction de trapunto et appliqué. Je pensais que le travail serait similaire à celui de notre Pénélope, copié ou fruit du hasard ; que nenni ! Il s’agit là d’une technique baptisée ainsi par Nina Paley, dont les pièces appliquées sont auparavant quiltées à la machine puis appliquées au point bourdon machine. Rien de commun donc avec le travail si fin et minutieux de Pénélope, entièrement réalisé à la main. Je me souviens que, dans les années 70-80, j’ai fait plusieurs fois fait du « trappliqué » sans le savoir –et je n’étais bien sûr pas la seule — en suivant simplement des explications de modèles dans les 100 Idées* !

La pièce à appliquer est molletonnée et quiltée avant d’être cousue sur le fond à l’aide d’un point de bourdon. Ouvrage effectué entièrement à la machine.

Nina est une artiste qui fait principalement des bandes dessinées, mais elle s’essaie avec succès aussi dans l’art textile. Si le trappliqué vous intéresse, allez sur son blog : http://blog.ninapaley.com/2011/03/02/trapplique/

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* Cent Idées, magazine mensuel français de loisirs créatifs, paru de décembre 1972  à  décembre 1989. Mythique pour beaucoup, dont moi-même qui ai « tout appris » grâce à lui ! Son successeur est Marie-Claire Idées, qui vient de fêter ses 20 ans. Cela ne me rajeunit pas !

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Pénélope Roger nous fera part de ses prochains stages et participations à expos et salons sur ce blog, il y aura sans doute quelques dates dès le mois de septembre !

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Le traboutis de Pénélope

Quelques Pénélope ont un destin hors du commun, mais nulle autre que la femme d’Ulysse ne porte une histoire qui vogue dans tant de mémoires. Tandis que son mari est parti en voyage -20 ans tout de même, les détails dans l’Illiade et l’Odyssée !- la belle Pénélope doit repousser de nombreux prétendants au trône… et dans son lit. La fidèle épouse utilise donc un stratagème pour les faire patienter : elle annonce qu’elle se décidera lorsque le tissage d’une toile (le linceul de son beau-père) sera fini. L’Histoire a retenu une tapisserie, avancée le jour et défaite la nuit afin de ne jamais la terminer.

Pénélope et les prétendants par John William Waterhouse (1912)

Heureusement, une autre Pénélope avance bien ses ouvrages et les termine ! Elle a même innové dans le domaine des ouvrages piqués, bourrés, dont les techniques se confondent pour les non-initiés : boutis, trapunto, piqué de Marseille…

La première innovation de Pénélope Roger est d’avoir osé changer de matière première pour faire un boutis : au lieu de la fine baptiste qui semble bien fragile, elle va choisir pour ses ouvrages une satinette de coton très fine et serrée pour le dessus, alors que le tissu arrière est un sergé de laine lâche, difficile à trouver de nos jours, dont les qualités sont pourtant essentielles pour réussir l’ouvrage.

Tout d’abord, Pénélope dessine ses motifs, souvent inspirés de la nature ou des objets qui l’entourent  ; une fois le tracé dessiné sur le tissu de dessus, les deux tissus bâtis ensemble (sans molleton intermédiaire, c’est un boutis !) Pénélope, inlassablement, suivra les lignes au point de piqûre, ce point arrière, lent à coudre, ayant l’aspect du point machine dessus et formant un point de tige dessous. Regardez ses ouvrages de très près, vous serez étonnées par la régularité des points, c’est d’une perfection époustouflante !… Pour plus de solidité, Pénélope a élu un fil de coton bien épais (le NV 40 de DMC). Toujours le souci d’un travail parfait qui tiendra dans le temps…Vient ensuite le fastidieux remplissage de chaque espace, en écartant minutieusement les fils du sergé de laine à l’arrière pour y glisser de la bourre ou une mèche de coton. Et là, le miracle opère et le tissu prend vie. Devant un boutis, Frédéric Mistral écrivit :

« Cet ouvrage divin qui ressemble à un pré dont le givre broda de blanc les feuilles et les pousses ».

Beauté évidente de la blancheur immaculée… Mais Pénélope aime les couleurs depuis toujours. Elle trouve les boutis bien… blancs. Son autre innovation, qui saute aux yeux et rend son oeuvre unique, est de  donner des couleurs à son ouvrage avec des appliqués très finement cousus :

Parfois plat, d’autres fois bourré, l’appliqué ne fut jamais associé au boutis de cette manière ! C’est cet ensemble de nouveautés qu’elle a protégées sous le nom de « traboutis », contraction de trapunto et boutis.

Quel relief et quelle gaieté ! Je n’ai pas encore rencontré Colette Roger (c’est son vrai nom) mais je l’imagine si gentille et gaie, forcément !… Au cours de nos échanges de mails, elle a eu la gentillesse de me transmettre les photos qui suivent, dont celle-ci de chez elle, avec l’un de ses plus grands ouvrages qui nécessitent environ 2000 heures (!!!) de travail :

Ce chef d’oeuvre -n’ayons pas peur des mots- a notamment été exposé à Brouage en 2009, puis à Sainte-Marie-aux-Mines la même année. J’étais tellement abasourdie par ce travail que j’en avais oublié d’en faire des photos !

Autre style, ce bouquet de fleurs dont chaque pétale est rembourré individuellement, admirez les détails !

Voici le tout dernier, « Méli-Mélo », exposé ce printemps à Brouage, éblouissant ! Le travail central est impressionnant et l’effet de matelassage avec des boutons comme un canapé Chesterfield est une trouvaille. Il ne s’agit pas de boutons mais bien de ronds appliqués et bourrés. La jolie bordure ajoute de la couleur et de la gaieté à l’ensemble.

Pénélope Roger est très heureuse de transmettre son savoir en se déplaçant de club en club, car jusqu’à présent aucun livre n’existe pour expliquer cette technique ; celle-ci est abordée dans plusieurs articles des Nouvelles de France-Patchwork* mais pour un travail aussi perfectionniste, rien ne vaut la démonstration de visu et la transmission des « petits trucs »… Toutes les heureuses quilteuses ayant appris avec elle sont ravies de sa gentillesse, sa patience… et encore plus respectueuses de son travail !

J’espère bien pouvoir faire venir un jour Pénélope dans le club que je vais rejoindre à la rentrée… Si vous aussi souhaitez la faire venir chez vous, n’hésitez pas, écrivez-lui ici : coletteroger@wanadoo.fr . Elle sera heureuse de vous apprendre tout sur le traboutis…

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*France-Patchwork, association loi 1901, www.francepatchwork.com

Encore une petite sieste ?

L’été s’étire encore, il ne fut finalement ni chaud ni sec, nous allons bientôt plonger dans les activités de la Rentrée… Pour commencer en douceur, prolongeons jusqu’au bout des moments de quiétude :

Chez Maïté par une si belle journée, qui ne rêve pas de faire une pause sur ce banc ? Ce quilt s’inspire d’un modèle de Jacqueline Morel paru dans Marie-Claire Idées. Tissus de récupération, bordure en lin ficelle, broderie rouge que vous aurez du mal à trouver dans les encyclopédies car il est le fruit du hasard : après un point de quilting avant qui ne se voyait pas assez, Maïté a eu l’idée de passer un fil rouge sous chaque point. Il en résulte une impression de point de tige bombé du plus bel effet. J’adore quand on sort des sentiers battus !

Commençons cette rentrée avec panache. Bientôt, je vous ferai découvrir le Traboutis de Pénélope, puis viendra la visite d’une bien belle expo en Bretagne !