Le vieillissement des quilts

Ici en France, il est rare de découvrir des quilts anciens, même si l’assemblage de pièces de tissus fut une nécessité naturelle, comme dans toute société frugale et économe. Je suis sûre que beaucoup de très belles couvertures furent faites en France aussi, mais on ne les a jamais mises en valeur, sauf exception. Et puis le temps faisant son oeuvre, elles disparaissent incognito… On peut d’ailleurs dire qu’en France, on faisait souvent du patchwork non matelassé… et des édredons, couvertures, plaids noués, matelassés, cordés, « boutissés »… et pas « patchworkés ».

Celles qui commencèrent à quilter dans les années 70-80 ou 90 voient déjà les effets du temps sur leurs ouvrages : couleurs affadies par les lavages et/ou la lumière à cause de la mauvaise tenue des teintures, quelques coutures qui ont craqué à cause de la marge de couture si étroite de 5 mm préconisée dans les années 80 quand on a commencé à coudre en cm… Je parle en connaissance de cause ! On s’en désole, mais cela donne le prétexte d’en coudre d’autres 😉

Comment prendre soin de ses quilts ?    

Mon premier conseil serait… de les laver le moins possible, et quand on les lave, choisir un produit doux. Si je peux vous donner un truc, c’est d’utiliser  une cuillerée à soupe de savon noir liquide à la place d’une lessive (mais si vous préférez, du produit spécial lainage, c’est bien aussi) et comme assouplissant, du vinaigre blanc est suffisant.

Si vous avez une machine-sécheuse de linge (appareil fréquent aux Etats-Unis), le programme 1/4h à air froid est parfait pour bien dépoussiérer un quilt. Sinon, emmaillotez un petit embout de votre aspirateur d’un tissu fin (mouchoir en tissu ou autre) pour aspirer profondément les saletés. C’est une précaution utile quand le quilt est mis sur le lit d’une chambre d’amis par exemple. Les quilts sont bien sur un lit, mais c’est mieux de les secouer régulièrement !

Rangés, il faut absolument les mettre hors de portée des rongeurs, mais aussi des insectes avec des sachets de lavande. Ce qui attire particulièrement les mites, c’est souvent : les restes d’amidon, les molletons de laine, de soie… Patchwork de coton avec molleton synthétique sont moins attaqués. Il faudrait les déplier régulièrement et les replier d’une autre façon pour ne pas créer de plis définitifs. Et pour les protéger de la poussière et de la lumière, l’idéal est que chaque quilt ait son sac en forme de taie d’oreiller… Mais une armoire pleine de beaux quilts pliés bien visibles, c’est si beau…
Bon, il est évident que je vais effrayer les citadines avec mes rongeurs, mais à la campagne c’est un risque réel !

La grande période des vide-greniers et brocantes commence. On n’y trouve pas, comme aux Etats-Unis, pléthore de tops ou quilts anciens ; cela viendra bien un jour, rien que mes UFO (= quilts non finis) pourraient déjà remplir un stand !
Je reste toujours très émue devant d’anciens quilts qui ont visiblement été utilisés par plusieurs générations… Alors quel plaisir de rencontrer une restauratrice de quilts américains tout près de chez moi ! Many Puech a des amies américaines qui connaissent ses passions et son talent, elles lui réservent leurs trouvailles. A charge de Many de donner une nouvelle vie à ces trésors ! Les tops sont évidemment des aubaines : non terminés, ils ne sont pas élimés par l’usage et les lavages ; parfois pourtant il faut changer des tissus grignotés ou brûlés par la teinture, le soleil, ou de qualité médiocre. Mais quel plaisir de voir ces tissus anciens ! Elle achète ou se voit offrir des scrap-quilts le plus souvent, lesquels sont des leçons d’harmonie spontanée : des juxtapositions de certains tissus qu’on éviterait donnent justement du charme à ces ouvrages.

En voici un très bel exemple :

Many a reçu ce top endommagé, quelques tissus ont été remplacés, elle l’a minutieusement quilté et a utilisé un beau tissu rouge pour la bordure. C’est une belle rénovation, respectueuse de l’ouvrage.

En revanche, ce quilt restera en l’état :

Celui-ci restera tel quel, chaque tissu étant trop usé pour pouvoir le sauver. Il tombe littéralement « en lambeaux ».

C’est le tissu marron qui a le plus souffert, nous supposons que la teinture était plus agressive… Mais c’est la bordure qui a le plus souffert.

Donc rappelez-vous : c’est la bordure qui sera la partie la plus soumise au stress de l’usure, soignez-la avec un tissu de bonne qualité et un quilting assez dense ! Je ferai un autre jour un point sur la bordure de finition, si souvent usée en premier.