Ce qui se trame

Audrey Demarre a publié une « anthologie curieuse » de la broderie, un tour du monde de la broderie créative. À l’occasion d’une exposition prestigieuse à Paris nommée Ce qui se trame, Audrey vous donne rendez-vous pour une séance de dédicaces du très beau livre qu’elle vient de publier. C’est une femme que j’ai eu l’immense plaisir de rencontrer à Amélie-les-Bains-Palalda en octobre dernier, elle m’a fait forte impression 💖. Je suis heureuse de vous la présenter, le temps est à (se) faire plaisir avec de beaux livres.

Ce qui se trame aussi, vous le savez désormais, c’est l’exposition d’Isaure, quilteuse trentenaire, qui vous régalera prochainement d’une exposition inédite…

Audrey Demarre (® Alix Marnat pour Diptyque)

Avec ses fils, Audrey Demarre s’exprime, souvent sur des textiles anciens qui ont vécu. Elle raconte des histoires. Et comme nous dans le monde du patchwork, elle aime mettre en avant les femmes qui partagent ses passions. C’est ainsi qu’elle a créé cette anthologie :

Broderies, Anthologie curieuse, Audrey Demarre, Éditions La Martinière

C’est un très beau livre, regroupant une bonne quarantaine de brodeuses qui, comme elle, racontent des histoires. Chacune a son univers, et Audrey les a judicieusement regroupées en chapitres : Conter – Apprivoiser – Piquer – Écrire – S’engager – Cultiver – Remémorer – Incarner – Miniaturiser… Quel programme !

Chaque artiste est présentée par plusieurs photos de ses œuvres ; on admire, on adore, on s’interroge, on peut même détester, mais les univers sont mis en perspective par des textes à chaque fois remarquables. D’ailleurs, la préface est écrite par Carole Martinez.

Maman n’a jamais su écrire qu’à l’aiguille.
Chaque ouvrage de sa main portait un mot d’amour inscrit
dans l’épaisseur du tissu.
Carole Martinez, Le Cœur Cousu, 2007

C’est un livre d’art, pas de modèles de broderie ou de points expliqués !

Audrey Demarre fera une séance de dédicaces au cours d’une exposition qu’il me plairait tant de voir :

L’exposition « Ce qui se trame, histoires tissées entre l’Inde et la France » se déroule du 4 décembre 2025 au 4 janvier 2026 à la Galerie des Gobelins (Paris 13e),
 célébrant les échanges artistiques entre l’Inde et la France à travers le textile.

Le programme de cet événement est riche de multiples rencontres et conférences, consultez son programme si vous avez la chance d’être dans la capitale ! Le rendez-vous avec Audrey Demarre est samedi 6 décembre de 16h30 à 18h.

Neelam est notre lien entre la France et l’Inde !

Des rivages indiens au Royaume de France, les Indiennes

Savez-vous comment fut fondée la ville de Lorient ? Cela commence en 1666, alors que La Compagnie Française des Indes Orientales, tout juste créée par Colbert en 1664, s’installe sur les terres cédées par Louis XIV à l’embouchure du Scorff et du Blavet. Il leur fallait une infrastructure propice à la création d’un port et ce petit coin de Bretagne convenait parfaitement. Les gens disaient « je travaille pour la compagnie d’Orient », « je travaille à l’Oriental », le premier navire sorti du chantier naval en 1671 s’appelait Soleil d’Orient... Le tout mis bout à bout, la bourgade qui se développait autour des chantiers s’est vite appelée L’ORIENT, puis LORIENT. Le commerce maritime international était la raison d’être de la Compagnie.

Une exposition exceptionnelle a eu lieu à Port-Louis (Lorient) en 2009, sur les liens tissés entre l’Inde et le Royaume de France

J’ai visité la fabuleuse exposition Féerie Indienne, des rivages de l’Inde au Royaume de France, on y voyait nombre de toiles anciennes venant de comptoirs de la côte indienne principalement : ces entrepôts se trouvaient au Gujarat, au Coromandel (Pondichéry), au Bengale… Toute une organisation déployée pour faire concurrence aux Hollandais et aux Anglais, et acheminer en Europe de nombreux produits de luxe, parmi lesquels les Indiennes : ce sont des tissus en coton, imprimés à la planche, tout comme les tissus que l’on peut acheter chez Neelam de nos jours. La préparation des tissus et des pigments est longue et minutieuse, c’est le fruit de 2000 ans d’histoire indienne.

Les Indiennes ont inspiré les tissus français comme la toile de Jouy, les Provençaux, les tissus d’Alsace, les Rouenneries, etc. De même dans les autres pays européens !

Pour le marché occidental, les Indiens créaient aussi des palempores, des pièces de tissu de coton de grande taille, avec un dessin central, souvent un arbre de vie mais aussi divers animaux, d’une grande finesse. Ils étaient destinés à devenir couvre-lit ou tenture murale. Voici une des nombreuses richesses du musée de la Compagnie des Indes Orientales de Lorient :

Ce palempore aux paons est en coton teint, peint par mordançage et réserve (210 x 250 cm). Tertre en écailles avec arbre de vie fleuri habité de perroquets et mangoustes, deux paons affrontés à sa base, bordure Louis XVI à guirlandes de fleurs en festons, noués de rubans. Inde, Côte de Coromandel. Seconde moitié du 18e siècle. Musée de la Compagnie des Indes à Lorient (source Wikipedia, photos Ji-Elle).

Isaure et l’héritage indien

Isaure est une quilteuse qui a, en dix ans, exploré maintes techniques, et a développé un sens artistique affirmé. Isaure sort de l’esprit fertile de la romancière Joëlle Loeuille, vous pourrez lire ses nouvelles aventures dès le mois de mars prochain ! Vous avez ici la présentation du roman et de l’exposition.

C’est en pensant à cette exposition « Féerie Indienne » de 2009 que j’ai abordé l’idée de Joëlle, qui souhaitait mêler dans un quilt savoir-faire indien et breton. Car les Européens n’ont eu de cesse de chercher à imiter les étoffes indiennes… et pourquoi pas, maintenant, les broderies ? J’ai acheté 4 broderies venant du Gujarat (via Neelam bien sûr) et Joëlle, experte en broderie glazig (broderie du Sud-Finistère), les a interprétés. Nous voulions faire une ronde avec ces 8 broderies qui se répondaient, et mettre au centre un symbole pour réunir des femmes de ces deux origines. Joëlle imaginait deux mains, moi je m’en sentais incapable. L’affiche « Ce qui se trame », l’exposition parisienne, avec les mains qui semblent effectuer une chorégraphie, me rappellent l’idée de Joëlle. On a finalement opté pour deux bobines, c’était plus dans mes cordes 😊. C’est ainsi que, de proche en proche, est né Kan ha Diskan (Chant et contre-chant) que je vous montre aujourd’hui, mais vous ne comprendrez l’attachement d’Isaure à la ville de Lorient qu’en lisant le roman !

Kan ha Diskan (Chant et contre-chant) un quilt d’Isaure.

Même si j’ai conçu ce quilt à partir des idées de Joëlle, nous avons été 4 à y participer (5 avec la brodeuse du Gujarat), c’est ça l’esprit des Petites Mains d’Isaure et de la Ruche des Quilteuses !

L’exposition complète d’Isaure sera exposée
à Fils Croisés de Pontivy les 12-15 mars
puis à Pour l’Amour du Fil à Nantes les 15-18 avril…
Préparez votre séjour !
Katell

14 commentaires sur « Ce qui se trame »

  1. Encore une page magnifique, je regrette bien d’être trop loin pour admirer les expos proposées. Les 2 livres me tentent beaucoup.
    J’aime ce dernier patch rempli de ciel bleu, où ces broderies flottent en compagnie de milliers de petites étoiles !

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    1. Heureuse que ce quilt te plaise ! Nous mettons les bouchées doubles pour tout terminer en janvier. Un sacré challenge de travailler pour une quilteuse fictive, c’est bien amusant 🌟

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  2. Hâte de le voir en vrai. Dans les broderies de tous les pays, on retrouve des points communs, des ressemblances. J’ai un magnifique livre qui le montre bien: La Broderie, splendeurs, mystères et rituels d’un art universel de Claude Fauque.

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  3. Merci pour la présentation de ce livre « Anthologie de la broderie ».

    Le quilt d’Isaure présenté est superbe !

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  4. Un livre qui ouvre beaucoup de perspectives ! Je connais deux artistes seulement du livre (Rieko Koga et Sandrine Torredemer) et j’ai bien des découvertes à faire en matière de broderie expressive contemporaine !

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  5. je ne cesse d’admirer ton dynamisme (du fond de ma léthargie ) et ton esprit de partage et ton dévouement à la bonne cause. Merci Katell, tu nous fais du bien. Si on avait l’American Hall of Fame, tu y entrerais tout de suite selon moi. 😘

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    1. Oh Renée, si tu me voyais comme je suis émue…
      Je suis vraiment heureuse d’exposer cette exposition collective à Pour l’Amour du Fil. Nous allons bientôt présenter toutes les Petites Mains. Je ne suis jamais seule !

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  6. j’ai toujours hâte de lire vos nouveaux articles, ils sont tellement riches en informations et on apprend tous les jours à tout âge. Merci pour votre partage.

    je ne sais pas si vous connaissez le MISE (musée de l’impression sur étoffes ) de Mulhouse dans le Haut-Rhin . il possède une collection d’indiennes impressionnantes.

    je voulais juste ajouter ma goutte d’eau , comme le colibri, à toutes vos nouvelles .

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    1. Merci beaucoup ! Je savais que ce musée existait mais je n’avais pas cherché son nom… Nous avons des merveilles sur tout notre territoire !
      Et merci beaucoup pour les compliments, chère Odile !

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