Des mots doux, des mots fous…

…des mots sur nos quilts !

Au dos des quilts, on peut généralement lire quelques renseignements sur l’ouvrage : le titre, l’année de création, le nom de la quilteuse et parfois plus, souvent écrits au feutre indélébile ou, mieux, brodés. Les plus belles que je connaisse sont celles de France Aubert et de Maïté, abeille de mon groupe : toutes deux brodent avec soin et composent toujours sur l’étiquette un gracieux rappel du thème du quilt.

Sur le devant des quilts, ce sont en général des lettres appliquées qu’on trouve, le plus souvent sur des Folk Country Quilts on peut lire des mots d’actualité saisonnière (Halloween, Christmas, Spring…), des mots d’espoir, d’idéal ou de souhaits (hope, love, peace, best wishes…), ou autres petites locutions évocatrices de confort et de joie (Home sweet Home…). Les Anglophones sont très fans de ces petites locutions, inscrites un peu partout dans les maisons « cosy ». Nous, Francophones, avons également un trésor de maximes et d’expressions mais elles sont, malheureusement de nos jours, considérées comme ringardes !

Et puis, dans l’excitation de la découverte du patchwork libéré avec Gwen Marston en l’an 2000, Tonya Ricucci inventa l’alphabet libéré. Imaginez des mots piécés (et non appliqués), dansant au beau milieu du quilt, ou en ribambelle sur la bordure… Si vous voulez en voir quelques uns, c’est ici : Word Play Quilts.

J’avais une petite idée, en voyant les photos, du principe de la technique, mais j’ai tout de même acheté LE livre de référence :

C’est une jubilation d’imaginer, sur mon futur Crumb Quilt, une bordure évoquant le thème que j’ai choisi !… Mais au-delà de la technique –fort simple– du piéçage des lettres, j’apprécie beaucoup la page d’introduction écrite par Gwen Marston. Ce sera l’occasion de vous parler un peu plus du mouvement du Liberated Quiltmaking… dans quelques jours !

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Autre alphabet piécé disponible sur le livre « Motifs de Patchwork », de Yoko Saito, édition Quiltmania (2006) : le look des lettres est assez similaire mais pas la technique. Dans ce livre-ci, les blocs sont dessinés précisément, alors que Tonya Ricucci donne un processus, une méthode, pas un modèle.

150 ans après

La patine du temps fait qu’on n’a pas autant le coeur serré en commémorant les 150 ans du début de la Guerre de Sécession, appelée Civil War par les Américains, que le 11 septembre si proche. Ce fut pourtant une tragédie, avec  628 000  tués pour une population de 35 millions. Deux mondes, le Nord et le Sud, défendaient chacun leur mode de vie et leur vision du monde ; pour une information complémentaire, vous pouvez lire ce dossier ou approfondir avec, par exemple, le livre d’André Kaspi « Les Américains, naissance et essor des Etats-Unis ».

Le XIXe siècle américain est dans nos mémoires un monde extrêmement dynamique où tous les immigrés ont leur chance, avec la colonisation progressive des terres vers l’Ouest jusqu’à l’océan pacifique. On oublie trop souvent le partage nord/sud : ce nord connu, peuplé, à l’industrialisation galopante, contre le sud rural et surtout esclavagiste jusqu’à la fin de la guerre civile. A noter qu’un roman écrit par une femme, Harriet Beecher-Stowe, La Case de l’Oncle Tom, fut le déclencheur majeur de la lutte contre l’esclavage.

Toute cette année, des centaines de quilteuses suivent les événements de cette guerre grâce au blog de Barbara Brackman Civil War Quilts. Chaque semaine est proposé un bloc, que deux Abeilles de notre Ruche continuent de faire. Voici l’avancement de Martine qui, férue d’informatique, nous le montre en simulation ici :

Vous pouvez également visiter sa galerie de blocs.

Bien sûr, Martine et Karine seront heureuses de vous présenter leur bébé-top en janvier, avant la longue période de matelassage !

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Articles précédents sur le Civil War Quilt : Patchwork et Histoire, histoire de patchwork et aussi The Civil War Quilt, ou la naissance d’un projet commun

Les lisières, inspiration sans frontière

Si vous avez la fibre de la récup’, vous gardez sans doute tous les petits morceaux de tissus restant après la découpe, peut-être classés par couleur, style, taille… Non, je n’ai pas de système infaillible à vous proposer… Mais gardez-vous les bords des tissus, ces lisières doublement tissées et donc plus épaisses, dont un côté est imprimé avec les références et le nuancier ? Combien de fois ai-je dit : « La lisière, on la jette, on ne peut vraiment rien en faire »… Mea culpa, je ne connaissais pas encore Karen Griska ! Cette dame a popularisé l’utilisation des lisières en tant que tissus à part entière, à la manière des String Quilts (quilts de bandes). Quand son livre est paru en 2008, l’idée me semblait farfelue et la couverture ne m’inspirait pas trop mais je l’ai quand même commandé « pour savoir », car je suis une insatiable curieuse dans le domaine du patchwork. Attention, dépêchez-vous de l’acheter si ce livre vous intéresse, il est bientôt épuisé !

On ne peut certainement pas dire qu’elle est la première à utiliser les lisières (voir l’article précédent !) mais c’est elle qui a donné l’impulsion décisive dans le monde entier pour faire éclore des centaines d’ouvrages à base de lisières. Mon préféré du livre est celui-ci :

Et voici quelques autres idées, toutes (je crois*) prises à partir du blog enthousiasmant de Karen Griska cliquez pour mieux les voir :

N’est-ce pas incroyablement artistique ?

Nadia Stumpf est une de celles à avoir fait un des plus beaux panneaux en lisières que je connaisse. Admirez les dégradés, la disposition, la retenue dans les tons choisis… Une vraie recherche personnelle. Je ne la connais que par son blog « Patchworkrama » et les modèles qu’elle crée, mais il est évident qu’elle est le top du top des profs de patchwork en France !

Quant à moi, bien plus modestement, j’ai demandé aux Abeilles de ne plus jeter les lisières -un bon début- et « un jour » nous ferons quelque chose avec ! J’en ai maintenant un carton plein, il faudrait vraiment qu’on s’y mette cette année…

Est-ce compliqué de travailler avec ces lisières ? A vrai dire, on peut dire que c’est plus facile qu’avec du tissu coupé, car vous avez un bord fini qui, jamais, ne s’effilochera. Le principe préconisé dans le livre est d’avoir un tissu de base en coton de la taille de la pièce et de coudre dessus, lisière après lisière, afin de couvrir complètement cette base. Variantes : on peut utiliser du non-tissé, du papier (à retirer ensuite) ou… rien du tout, avec juste une règle ou un gabarit pour contrôler la taille de la pièce. L’avantage de la lisière est qu’on n’a pas besoin de la mettre endroit contre endroit pour la coudre, il suffit de la coudre directement en place. La couture sera visible et participera à l’aspect singulier d’un quilt en lisières.

Exemple d’assemblage vite fait : à gauche, trois lisières assemblées à l’aide de deux coutures (fil blanc sur le bord de la lisière) ; à droite, lisières assemblées vues de dos, vous pouvez voir le fil de la cannette en rouge. Selon le modèle, on voudra laisser apparaître plus ou moins de tissu imprimé, il n’y a pas de règle stricte !

Il faut savoir que ce quilt sera plutôt lourd, prenez-le en compte quand vous choisirez votre modèle. En ce qui concerne le quilting, il dépendra comme d’habitude du modèle. En général, je vois plutôt des quiltings à la machine, regardez comme cela peut être joli :

Certaines cependant réussissent à quilter à la main  :

Ce que vous pouvez retenir, c’est que presque n’importe quel bloc peut être transformé par des lisières ! Pour finir de vous convaincre, voici mon unique petit ouvrage en lisières, une trousse de forme basique qui m’est fort utile et me rappelle quotidiennement que c’était très drôle de choisir et coudre ces petites bandes !

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*Je collecte depuis des années dans mon ordi des photos de quilts en lisières, la majorité des photos proviennent du blog de Karen Griska (à qui j’ai écrit pour signaler mon « pillage » bienveillant). Surtout n’hésitez pas à vous manifester si vous reconnaissez ici une de vos oeuvres. Le copyright est une affaire délicate quand on fait un blog à vocation informative et pédagogique comme celui-ci. A chaque fois j’en informe les intéressées… que je peux contacter, mais je sais que je risque de faire des impairs du point de vue de certaines quilteuses, je m’en excuse par avance.

D’autre part,  enrichissez cet article en signalant vos propres ouvrages en lisières ! La rubrique des commentaires est faite pour cela.

Merci de prendre le temps de me lire,

Katell, quilteuse forever

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Références :

Nadia Stumpf : http://patchworkrama.canalblog.com : son blog
http://patchworkrama2.canalblog.com : sa vitrine (vente de modèles, dates de stages)

Karen Griska : http://selvageblog.blogspot.com/ : son blog

A découvrir également l’initiative formidable de Karen, un musée et une galerie de quilts : nous pouvons toutes y participer ! http://onlinequiltmuseum.com/

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Inspiration – Création

Nous savons toutes que le patchwork est une activité extrêmement ancienne. Sans développer sur les peaux de bêtes assemblées durant la préhistoire, je ne peux résister à l’envie de vous montrer de troublantes momies de chats, celles-ci sont visibles au British Museum de Londres (à gauche) et au Louvre (à droite) :

Tressage de bandelettes de lin dont le motif nous rappelle quelque chose…

Restons donc modestes ! Si les historiennes datent le bloc du « Log Cabin » de la fin du XIXe siècle, c’est bien l’apparition de ce nom associé à ce modèle, et non son invention. Dans le cas de ces momies, le travail s’apparente plutôt à du meshwork ou tissage de bandes de tissus (au lieu de coutures).

Au tout début des années 2000, j’ai eu l’idée un jour (ou plutôt une nuit) de couper et coudre à la chaine des bandes de 4 cm, de toutes couleurs et tous styles, et de les agencer autour d’un gros carré central rouge fleuri ton sur ton de 12 cm, à la manière d’un bloc de log cabin, et de terminer ce carré par une bordure de 8 cm même tissu rouge . Multicolore à dominante chaude, ce premier grand log cabin avait le chatoiement des tapis d’Orient, j’étais très fière de mon invention ! Je l’ai montré, expliqué maintes fois autour de moi comment s’organiser, comment limiter la courbure que le carré a tendance à prendre, j’en ai fait 3 autres… Et entretemps ont fleuri dans plusieurs magazines des quilts très similaires ! J’étais plutôt fière d’avoir eu la même idée que des stylistes éditées… Et puis un jour, Quiltmania présente… une antiquité du XIXe siècle au modèle identique ! Quand je crois inventer une petite astuce ou un modèle, je me souviens toujours de l’histoire du grand log cabin. Combien de blocs ont-ils été inventés, oubliés, réinventés ?… On sait que souvent, petites et grandes découvertes ou inventions fleurissent en même temps dans le monde, d’où quelques querelles de paternité autour de brevets… Sans compter les cas d’espionnage ou de triche, ces coïncidences sont troublantes, et même étudiées en psychiatrie sous le terme de syncronicité !

A gauche, la magnifique antiquité de 1880 dans un hors-série Quiltmania. A droite, pour couvrir un fauteuil fatigué, mon 3e « grand log cabin », cousu avec des bandes plus larges (6 cm coupées) et une gamme restreinte de couleurs. Il fut fait à toute vitesse, quelques jours avant le déménagement de ma fille ; c’est celui que j’aime le moins, pas assez scrappy, bandes pas assez fines…. Le n° 1 est chez mon autre fille, le n° 2 (à dominante turquoise-marine-jaune) est chez mes parents en Bretagne. Le n° 4 ?  En couleurs plus claires, en attente de quilting…

La géométrie des blocs traditionnels n’empêche pas du tout l’expression de nos sentiments. Un des 2 premiers blocs que je fais connaître aux débutantes est, avec la feuille d’érable, la baratte. Au début je ne le trouvais pas forcément beau mais pratique d’un point de vue pédagogique, puis j’ai admiré au fil du temps le potentiel d’un bloc si simple. Si vous voulez être touchée par un quilt de barattes, allez rendre visite chez Marie Claude dans sa Chambre des Couleurs, elle y a exprimé toute sa colère en cousant le top, puis, le temps ayant passé, l’a quilté avec plus de douceur, tout en subtilité :

Vous pouvez voir ici l’histoire de ce quilt ainsi que beaucoup d’autres photos. Preuve, s’il fallait encore le démontrer, que l’on peut toujours faire des créations avec du traditionnel !

Amusez-vous donc, osez changer les modèles, les harmonies, écoutez votre coeur ! La satisfaction est immense.

Héritage « à la Française »

Il y a peu de temps encore, les tissus étaient trop rares pour qu’on imagine les gaspiller. On connait assez la mythique histoire des pionniers américains cousant à partir de leurs vêtements des quilts que nous admirons tant… On sait aussi que la tradition venait de pays européens et que le concept du « bloc » s’est réellement développé au XIXe siècle en Amérique du Nord.

En France cependant, la tradition était beaucoup plus d’utiliser une grande pièce de tissu partiellement abîmée (comme un drap de lin) pour tailler dedans un patron plus petit (comme une chemise), puis un jour celui-ci usé servira de torchon, qui servira ensuite de charpie… On pratiquait aussi essentiellement l’art du racommodage. Il suffit de voir le nombre de mots plus ou moins équivalents dans notre belle langue : raccommodage, rafistolage, rapiéçage, ravaudage, reprisage, rapetassage avec les verbes qui vont avec ! Nous ne les utilisons presque plus : qui donc raccommode encore les chaussettes avec (ou sans !) un oeuf à repriser ? Il y avait le reprisage avec un fil, de préférence à plusieurs brins non torsadés, avec lequel on reproduisait la chaine et la trame du tissu troué. Le rapiéçage était un appliqué, un morceau cachant le trou ou renforçant une partie usée. Allez voir le cahier de couture d’Anne-Marie, vous aurez de beaux exemples ! Et même, on peut en faire de petites oeuvres artistiques comme  ici.

Reprise traditionnelle sur un linge de maison français, photo venant du blog de Kaari Meng qui fait connaître les traditions françaises aux Etats-Unis en écumant nos brocantes et vide-greniers ! Elle est notamment la créatrice des très beaux tissus FRENCH GENERAL de MODA

Pour la décoration, le raffinement, le superflu, les Françaises brodaient  au point de croix ou au point de tige principalement des motifs plus ou moins sophistiqués, en plus du nécessaire « chiffrage », apposition des initiales familiales pour reconnaître le linge confié aux lavandières. Les broderies étaient le plus souvent en rouge, parfois gaies et polychromes, ou bien subtiles blanc sur blanc avec fils tirés, monogrammes, etc. Il existe en France une si grande tradition de tissages, teintures, impressions, broderies, dentelles…

Nous avons aussi notre mot pour le quilting qui est le matelassage, utilisé de façons variées dans diverses régions pour faire des édredons, des piqués de coton… Mais de patchwork nous n’en trouvons quasiment pas de trace*, nous n’avons même pas un mot français complètement satisfaisant pour en parler, sinon « piéçage », ou « assemblage ». De nombreuses traditions régionales dans le domaine du tissu sont redécouvertes et mises en valeur de nos jours : je me réjouis de trouver dans le dernier numéro du magazine de l’association France-Patchwork des articles tant sur les tissus kelsch d’Alsace que les Rouenneries de Normandie. Mais toujours pas de traditon de patchwork en France ? Mais si, et la plus enthousiasmante ! Les Centu Pezzi (100 pièces) de Corse correspondent à la compulsion de vouloir utiliser le moindre tissu, la moindre petite pièce qu’il ferait mal au coeur de jeter ! Vous en avez justement un exemple dans cette même revue, ainsi que dans le blog d’Anne-Marie qui vit en Corse, avec des explications qui vous donneront envie de sauter sur votre boite de chutes de tissus ! Dans le même blog, vous avez quelques photos de quilts anciens corses. Il est certain que la plupart des quilts furent utilisés jusqu’au bout, usés jusqu’à la trame puis jetés. Les objets utilitaires de ce genre sont moins sauvegardés que des tapisseries des Gobelins…

Centu Pezzi dans la tradition corse, créé par Anne-Marie. Je vous laisse découvrir le secret du dos dans son blog !

Et aujourd’hui, qu’en est-il ?

Hormis l’art textile pour lequel je suis incompétente mais où je crois que les Françaises sont brillantes, le patchwork français est très tributaire des livres, des tissus, des modèles venant majoritairement des Etats-Unis, mais aussi beaucoup du Japon et, dans une moindre mesure, des Pays-Bas ou de Grande-Bretagne. Cependant beaucoup de femmes s’amusent chez elles à faire des ouvrages « scrappy » très individuels, hors mode, peu exposés, car c’est une envie de recyclage compulsif que je ne dois pas être la seule à « subir »… De même, une de mes élèves veut absolument recycler les dizaines de blue jeans qu’elle a gardés, un jour elle se lancera dans un magnifique patchwork avec toutes ces nuances de bleus délavés ! On peut voir aussi de beaux exemples très personnels de Jacqueline Fischer dans son livre « Jeux d’étoffes, impressions expressions » ; j’adore celui qui s’appelle « Miettes », récup’ extrême !

La personne qui incarne le plus pour moi l’art du patchwork à la française est Jacqueline  Morel. Elle fait revivre d’anciens tissus d’origine majoritairement française (des écossais, vichy, lin…), ce qui confère à ses quilts une impression de confort, d’être « chez soi ». Allez voir sa galerie, vous allez comprendre ce que je veux dire ! Si des modèles vous sont familiers, c’est parce qu’elle a longtemps fait notre bonheur en collaborant avec Marie-Claire Idées. Cerise sur le gâteau, son livre :

Livre de Jacqueline Morel, édité par Quiltmania, sur un top inspiré d’un de ses quilts.

 Jacqueline Morel présente, avec beaucoup de compétence et de gentillesse, notre activité dans ce reportage de TF1. Même si elle fait plus d’appliqué que la plupart d’entre nous, je trouve qu’elle nous représente drôlement bien !

Bien sûr, j’aurai l’occasion de vous reparler d’elle car une de mes Abeilles, Maïté, a souvent repris des modèles de Jacqueline Morel, mais sait aussi dessiner « à la manière de ». Bientôt elle vous présentera une de ses créations.

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* Des quilts anciens, notamment en hexagones, furent trouvés en France. A mon avis cela ne démontre pas une tradition établie et reconnue dans ce pays mais plutôt l’expression de personnes ayant bénéficié de la circulation des personnes et des idées, je pense notamment à l’influence des Anglaises. Les plus beaux patchworks français anciens se trouvent sans doute dans le livre  Mosaïques d’étoffes, édité par Quiltmania. On y retrouve d’ailleurs l’habileté des Françaises à si bien broder !

The Quilters’ Beehive

Depuis plusieurs jours, je tentais en vain d’ajouter un système de traduction automatique au blog, afin que mes amies non-francophones puissent avoir une idée de ce qui se trame par ici.

Enfin, une barre Google Translate veut bien s’installer, mais parfois le texte traduit est à pleurer… Pour me faire pardonner de ne pas faire l’effort de traduire moi-même, voici un petit ouvrage que j’ai adoré broder, symbolisant un peu notre communauté de quilteuses sans frontières puisque les textes sont en anglais, mais le modèle est allemand :

D’amusants petits blocs (cliquez sur la photo si vous souhaitez mieux les voir) montés en chaine irlandaise simple.

C’est BEA  de Capricorn Quilts qui proposait en 2008, mois après mois, ces petits blocs amusants sur la vie quotidienne d’une quilteuse et ses petits bonheurs. Bientôt d’autres versions de ce BOM (Block of the Month) quilt, car plusieurs Abeilles travaillent dessus ou l’ont déjà fini comme Martine.

Difficile de choisir entre les blocs, mais celui-ci est peut-être mon préféré… et n’est pas étranger au nom de ce blog ! Il rappelle les réunions dans les villages et hameaux aux Etats-Unis, surtout en fin du XIXe siècle, où les femmes se réunissaient pour quilter ensemble sur un même ouvrage. Cela fait bien sûr référence au travail collectif d’une ruche.

Illustration de Rebecca Barker, voir un article lui étant consacré ici.

Encore un grand merci à Laurence qui m’a gentiment transmis les modèles du BOM !

Tracy Chevalier…

La connaissez-vous ? C’est ma romancière préférée, j’ose le dire, même si je n’adore pas tous ses livres, même si elle n’aura jamais le prix Nobel (quoique ? Moi je voterais pour elle!). Mais dans d’autres arts également, ce ne sont pas les plus « parfaits » qui me touchent forcément le plus. Tracy prépare ses romans de la manière la plus sérieuse possible, ce que j’apprécie. Ses romans historiques se passent souvent dans le monde des artistes et/ou artisans, et j’ai l’impression qu’elle réussit particulièrement bien à capter la vision du monde des personnages selon leur éducation, leur condition sociale, leur passion… Il en résulte  par exemple un merveilleux petit roman sur « La Jeune Fille à la Perle » de Vermeer, le best-seller qui l’a rendue célèbre, un autre sur la série de tapisseries « La Dame à la Licorne » (visibles au Musée de Cluny à Paris)…

Je ne résiste pas au plaisir de vous montrer cette copie de la « Jeune Fille à la Perle » peinte par ma fille l’année de son bac ; pour l’option « arts plastiques », elle l’avait décliné en peinture à l’huile (ici), graffiti, sérigraphie façon Andy Wharhol, photo d’une copine… A l’origine de tout cela, le livre de Tracy Chevalier, ainsi que le film avec Colin Firth et Scarlett Johansson, sorti à cette époque.

Quel rapport avec le patchwork ? Eh bien, Tracy apprend « tout sur le patchwork » en ce moment… pour les besoins de son prochain livre ! Elle veut pouvoir décrire les bonheurs et les misères de la quilteuse, les enchantements et les découragements… Parallèlement, elle se renseigne auprès des historiennes du patchwork afin de nous concocter un roman qui saura, je n’en doute pas, nous passionner ! Il s’agira d’une femme Quaker anglaise émigrant dans les années 1840 vers l’Ohio et qui participera à « l’Underground Railroad », la mythique histoire d’une organisation secrète, avec des routes jalonnées de maisons amies, pour que les esclaves fugitifs puissent joindre le Canada et la liberté. Pour ne pas attirer l’attention, les instructions auraient été données dans les quilts laissés dehors « à prendre l’air » dont les blocs auraient des significations cachées. Superbe histoire, enseignée comme telle dans les collèges américains, mais Barbara Brackman (historienne des quilts) cherche toujours activement la première preuve dans les quilts de l’époque… d’où mes nombreux conditionnels !

En attendant la parution de ce livre et sa traduction, vous pouvez lire les précédents ; tous les livres de Tracy Chevalier sont disponibles avec une magnifique couverture bleue en édition Quai Voltaire, ou aussi chez Folio. Une mention spéciale pour le dernier, « Prodigieuses Créatures », que j’étais si triste de finir… Certaines femmes sont si extraordinaires !

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Son site : www.tchevalier.com

Voici une video où elle se renseigne sur les quilts du musée V&A de Londres : http://www.vam.ac.uk/channel/people/personalities/tracy_chevalier_quilts/ , interview en anglais. Dommage car Tracy Chevalier parle couramment français !

Patchwork et Histoire, histoire de patchwork

Aujourd’hui, je suis très heureuse de laisser Martine s’exprimer ! C’est une de ces Abeilles qui veut toujours apprendre, comprendre, partager… Qui croirait, en voyant tous ses ouvrages et ses connaissances, qu’elle n’a commencé le patchwork qu’en janvier 2009 ?…

Connaissez-vous Barbara Brackman ? Elle n’est pas vraiment connue pour ses quilts, mais elle en parle de façon magnifique et ce qu’elle nous en dit donne finalement du sens à nos travaux d’aiguille ! Cette Américaine est historienne du patchwork aux Etats-Unis. D’origine très ancienne, le patchwork  n’est pas né aux Etats-Unis mais s’y est énormément développé d’une manière originale et connaît encore aujourd’hui un engouement important, on peut même parler d’un nouvel intérêt considérable !

Barbara Brackman a publié de nombreux ouvrages, dont le fameux « Encyclopedia of Pieced Quilt Patterns », une bible en quelque sorte où sont répertoriés plus de 4000 blocs classés selon leur schéma, avec la date de première parution, les divers noms attribués…  Un autre de ses nombreux livres, le seul traduit en français, raconte l’évolution des tissus sur le marché américain, leur disponibilité, les progrès techniques, la mode : passionnant ! Elle est également styliste-créatrice de tissus de reproductions, chercheuse, visiteuse infatigable de musées et d’expositions… Pour suivre ses recherches et ses découvertes, allez visiter son blog généraliste.

Quilts traditionnels et tissus anciens : 1770-1890

Cette année, Barbara Brackman s’intéresse plus particulièrement aux quilts du 19ème siècle associés à la guerre civile américaine (1861-1865)  qui fut un tournant majeur dans l’économie et la philosophie des Etats-Unis, puisqu’elle aboutira à l’abolition de l’esclavage.  Sa démarche originale, ouverte et pédagogue, est de nous proposer sur un autre blog, « Civil War Quilts », l’histoire de cette guerre via les femmes et leurs ouvrages en patchwork.  Nous pouvons chaque semaine, pendant toute cette année de commémoration, confectionner un bloc dont le nom évoque un épisode de cette époque. Nous apprenons ainsi l’Histoire qui se rattache à des blocs que nous connaissons « techniquement » puisque nous apprenons aussi à les faire. Il n’est d’ailleurs pas rare que ces blocs, dits traditionnels, ornent nos premiers samplers.

Mais le plus intéressant sans doute c’est qu’en nous parlant de ces blocs et des évènements auxquels ils sont associés, Barbara Brackman nous parle des femmes qui les ont conçus ou qui y sont liées. Ainsi derrière des modèles techniques apparaît une aventure humaine et féminine très riche. Chaque quilteuse connaît la charge symbolique et historique du fameux « Dear Jane » mais Barbara va plus loin en nous parlant de ces nombreuses femmes souvent anonymes, elle resitue ainsi leur  rôle et leur donne une légitimité historique.

L’accès à cette connaissance historique nous permet de comprendre, sans doute, l’engouement du patchwork aux Etats Unis dont les racines se confondent avec l’histoire de la société américaine et son évolution.

Nous reparlerons du Civil War Quilt qui passionne plusieurs Abeilles !

A bientôt,

Martine