Des miettes partout !

Les bouts de tissus, plus on les utilise… plus on fait des miettes ! 


J’adore faire des scrap quilts (quilts utilisant beaucoup de restes de tissus, pas très assortis au départ mais au résultat très riche), pourtant j’avoue qu’un quilt de miettes -crumb quilt- me fait largement sortir de ma « zone de confort » : j’ai beau admirer les résultats chez les autres quilteuses, en particulier toute la mouvance des quilts libérés*, j’ai du mal à ne pas m’inquiéter de la concordance des coutures, des angles mordus et autres petites particularités qui sont, en patchwork classique, des défauts ! Je me soigne donc et je m’amuse avec mes miettes, grâce à l’appel lancé par Jo sur son blog.


J’ai été tentée de suivre la palette « qui marche à tous les coups » avec une dominante bleu-blanc-rouge, car j’ai des tonnes de petits bouts en attente. Je préfère finalement m’inspirer de l’actualité familiale qui me fait lever chaque nuit en quête de nouvelles sur internet : ma seconde fille voyage actuellement en Amazonie et réussit à nous envoyer des photos merveilleuses de la Forêt d’Emeraude. Sans imaginer concurrencer la Nature, je m’en inspire pour quelques blocs comme ici :

                                           

Je me sens tout d’un coup bien présomptueuse ! La liane inspiratrice est si magnifique…

Donc ce quilt sera, dans ma tête, inspiré des couleurs de l’Amazonie, ses fleurs, ses arbres, les papillons et perroquets, les pirogues multicolores sur l’Amazone, les maisons colorées des petites villes bordant le fleuve : dominantes vertes, bleues, terre, d’où émergent soudain des couleurs éclatantes… Je ne délaisse pas pour autant le fil conducteur : des blocs un peu fous, tordus et ne respectant plus les règles élémentaires  du patchwork traditionnel. J’y inclus mes premiers essais de blocs de miettes, cousus naguère d’après les explications de Bonnie.

Je m’amuse, et cela se voit, non ?

Hier Jo a lancé la première étape avec des blocs aux vols d’oie… bien sûr tout biscornus, coupés et cousus sans souci d’exactitude. Ses tissus sont du pur recyclage de chemises et autres vêtements à rayures et à carreaux, avec un tissu rouge unissant le tout. Moi, je reste dans mon ambiance amazonienne et les tissus restant d’anciens ouvrages :

Ici les vols d’oie de Jo… et ci-dessous les miens. Si vous commencez vous aussi des blocs de miettes, ne vous inquiétez pas si vous trouvez un bloc pas très beau tout seul, il sera entouré des autres et se mettront mutuellement en valeur ! C’est du moins ce que je me souhaite 😉

C’est donc mon aventure du moment, bien plus modeste que celle de ma fille, mais je lui laisse volontiers la place auprès des tarentules, anacondas et boas qu’elle côtoie !

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*Liberated Quiltmaking, ou faire du patchwork de façon libre, processus de patchwork que je résume ainsi : soyez innovante et faites-vous plaisir ! Gwen Marston a popularisé ce patchwork spontané.

Trappliqué, art textile

En préparant l’article sur Pénélope et son traboutis, je suis tombée sur une artiste pratiquant le « trappliqué », contraction de trapunto et appliqué. Je pensais que le travail serait similaire à celui de notre Pénélope, copié ou fruit du hasard ; que nenni ! Il s’agit là d’une technique baptisée ainsi par Nina Paley, dont les pièces appliquées sont auparavant quiltées à la machine puis appliquées au point bourdon machine. Rien de commun donc avec le travail si fin et minutieux de Pénélope, entièrement réalisé à la main. Je me souviens que, dans les années 70-80, j’ai fait plusieurs fois fait du « trappliqué » sans le savoir –et je n’étais bien sûr pas la seule — en suivant simplement des explications de modèles dans les 100 Idées* !

La pièce à appliquer est molletonnée et quiltée avant d’être cousue sur le fond à l’aide d’un point de bourdon. Ouvrage effectué entièrement à la machine.

Nina est une artiste qui fait principalement des bandes dessinées, mais elle s’essaie avec succès aussi dans l’art textile. Si le trappliqué vous intéresse, allez sur son blog : http://blog.ninapaley.com/2011/03/02/trapplique/

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* Cent Idées, magazine mensuel français de loisirs créatifs, paru de décembre 1972  à  décembre 1989. Mythique pour beaucoup, dont moi-même qui ai « tout appris » grâce à lui ! Son successeur est Marie-Claire Idées, qui vient de fêter ses 20 ans. Cela ne me rajeunit pas !

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Pénélope Roger nous fera part de ses prochains stages et participations à expos et salons sur ce blog, il y aura sans doute quelques dates dès le mois de septembre !

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Le traboutis de Pénélope

Quelques Pénélope ont un destin hors du commun, mais nulle autre que la femme d’Ulysse ne porte une histoire qui vogue dans tant de mémoires. Tandis que son mari est parti en voyage -20 ans tout de même, les détails dans l’Illiade et l’Odyssée !- la belle Pénélope doit repousser de nombreux prétendants au trône… et dans son lit. La fidèle épouse utilise donc un stratagème pour les faire patienter : elle annonce qu’elle se décidera lorsque le tissage d’une toile (le linceul de son beau-père) sera fini. L’Histoire a retenu une tapisserie, avancée le jour et défaite la nuit afin de ne jamais la terminer.

Pénélope et les prétendants par John William Waterhouse (1912)

Heureusement, une autre Pénélope avance bien ses ouvrages et les termine ! Elle a même innové dans le domaine des ouvrages piqués, bourrés, dont les techniques se confondent pour les non-initiés : boutis, trapunto, piqué de Marseille…

La première innovation de Pénélope Roger est d’avoir osé changer de matière première pour faire un boutis : au lieu de la fine baptiste qui semble bien fragile, elle va choisir pour ses ouvrages une satinette de coton très fine et serrée pour le dessus, alors que le tissu arrière est un sergé de laine lâche, difficile à trouver de nos jours, dont les qualités sont pourtant essentielles pour réussir l’ouvrage.

Tout d’abord, Pénélope dessine ses motifs, souvent inspirés de la nature ou des objets qui l’entourent  ; une fois le tracé dessiné sur le tissu de dessus, les deux tissus bâtis ensemble (sans molleton intermédiaire, c’est un boutis !) Pénélope, inlassablement, suivra les lignes au point de piqûre, ce point arrière, lent à coudre, ayant l’aspect du point machine dessus et formant un point de tige dessous. Regardez ses ouvrages de très près, vous serez étonnées par la régularité des points, c’est d’une perfection époustouflante !… Pour plus de solidité, Pénélope a élu un fil de coton bien épais (le NV 40 de DMC). Toujours le souci d’un travail parfait qui tiendra dans le temps…Vient ensuite le fastidieux remplissage de chaque espace, en écartant minutieusement les fils du sergé de laine à l’arrière pour y glisser de la bourre ou une mèche de coton. Et là, le miracle opère et le tissu prend vie. Devant un boutis, Frédéric Mistral écrivit :

« Cet ouvrage divin qui ressemble à un pré dont le givre broda de blanc les feuilles et les pousses ».

Beauté évidente de la blancheur immaculée… Mais Pénélope aime les couleurs depuis toujours. Elle trouve les boutis bien… blancs. Son autre innovation, qui saute aux yeux et rend son oeuvre unique, est de  donner des couleurs à son ouvrage avec des appliqués très finement cousus :

Parfois plat, d’autres fois bourré, l’appliqué ne fut jamais associé au boutis de cette manière ! C’est cet ensemble de nouveautés qu’elle a protégées sous le nom de « traboutis », contraction de trapunto et boutis.

Quel relief et quelle gaieté ! Je n’ai pas encore rencontré Colette Roger (c’est son vrai nom) mais je l’imagine si gentille et gaie, forcément !… Au cours de nos échanges de mails, elle a eu la gentillesse de me transmettre les photos qui suivent, dont celle-ci de chez elle, avec l’un de ses plus grands ouvrages qui nécessitent environ 2000 heures (!!!) de travail :

Ce chef d’oeuvre -n’ayons pas peur des mots- a notamment été exposé à Brouage en 2009, puis à Sainte-Marie-aux-Mines la même année. J’étais tellement abasourdie par ce travail que j’en avais oublié d’en faire des photos !

Autre style, ce bouquet de fleurs dont chaque pétale est rembourré individuellement, admirez les détails !

Voici le tout dernier, « Méli-Mélo », exposé ce printemps à Brouage, éblouissant ! Le travail central est impressionnant et l’effet de matelassage avec des boutons comme un canapé Chesterfield est une trouvaille. Il ne s’agit pas de boutons mais bien de ronds appliqués et bourrés. La jolie bordure ajoute de la couleur et de la gaieté à l’ensemble.

Pénélope Roger est très heureuse de transmettre son savoir en se déplaçant de club en club, car jusqu’à présent aucun livre n’existe pour expliquer cette technique ; celle-ci est abordée dans plusieurs articles des Nouvelles de France-Patchwork* mais pour un travail aussi perfectionniste, rien ne vaut la démonstration de visu et la transmission des « petits trucs »… Toutes les heureuses quilteuses ayant appris avec elle sont ravies de sa gentillesse, sa patience… et encore plus respectueuses de son travail !

J’espère bien pouvoir faire venir un jour Pénélope dans le club que je vais rejoindre à la rentrée… Si vous aussi souhaitez la faire venir chez vous, n’hésitez pas, écrivez-lui ici : coletteroger@wanadoo.fr . Elle sera heureuse de vous apprendre tout sur le traboutis…

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*France-Patchwork, association loi 1901, www.francepatchwork.com

Scrap quilts : ya d’ la joie dans la récup !

A chacune sa façon d’aborder le patchwork. Certaines sont heureuses de suivre un modèle à la lettre,  tout leur art étant de reproduire à l’identique, avec constance et précision, ce qui leur a plu. Pourquoi pas ? La seule limite étant de trouver exactement les mêmes tissus… Vous n’imaginez pas les difficultés des vendeuses-conseilllères, dans un magasin de tissus de patchwork, pour trouver tout un ensemble de tissus collant parfaitement avec un quilt photographié dans un magazine ! D’où finalement le succès des kits proposés par certaines stylistes, avec explications et tissus dans une pochette, ce qui correspond à une demande. Sans oublier celles qui n’ont pas de magasin près de chez elles ni accès à Internet… Mais oui, beaucoup de personnes sont encore concernées.

Si on accepte de lâcher la main, affirmer la personnalisation d’un modèle, c’est déjà un pas de fait. Beaucoup de quilteuses réussissent à interpréter un modèle en utilisant au moins une partie de leur Trésor,  je veux dire leur réserve de tissus accumulés au fil des années… Et quand l’utilisation des restes de toutes sortes devient une jubilation, une fièvre de l’inattendu, le trésor devient le creuset de la création. C’est si drôle de mélanger tous ses souvenirs d’étoffes !

Comme je reste très classique dans mon expression, je me cantonne aux formes traditionnelles du patchwork, il y a déjà tant à faire ! Une fois la géométrie choisie -ici le modèle des dés- je m’amuse ! J’aime beaucoup la simplicité des scrap-quilts avec un seul gabarit. Pour celui-ci, j’ai respecté en général la règle du clair et du foncé en alternance, mais parfois j’ai volontairement cassé l’harmonie. Je ne dirai pas comme d’anciennes quilteuses construisant un bloc avec une erreur appelé « bloc d’humilité », que c’est « parce que seul Dieu est parfait », chez moi c’est juste parce que cela me plaît !

Dans cette partie du quilt, les contrastes sont parfois moins marqués, les répétitions n’ont pas été évitées… Ces imperfections donnent pour moi de l’intérêt à l’ensemble, l’oeil s’attardant sur toutes les particularités.

Me lancer dans un scrap quilt est pour moi une vraie fête, mais attention, il ne faut pas vous risquer alors dans mon atelier, sous peine d’apoplexie. Les tissus sont éparpillés partout, j’ai besoin de tout voir, tout toucher, tout mélanger pour décider ce que je veux faire. Je me plonge sans complexe dans les mélanges improbables mais finalement très sages : n’ai-je pas déjà un jour choisi, élu parmi d’autres, chacun de ces morceaux ?

Ce goût pour la liberté d’association des tissus m’a été insufflée par un formidable livre de Roberta Horton*. J’avais déjà la fascination des associations vues dans des quilts anciens, ainsi que ceux de Will Vidinic dont je conservais toutes les photos publiées dans divers magazines. Ils me parlaient tellement plus que les ouvrages bien sagement symétriques ! Ce livre culte m’ouvrit une autoroute vers le Scrap Quilt et, plus tard, me donna les clés pour mieux conseiller mes élèves dans les choix des tissus.

Au XXIe siècle, nous avons celle que les quilteuses américaines appellent « La Diva du Scrap quilt », Bonnie Hunter. Nous sommes des milliers à lire son blog, suivre ses quilts-mystère, copier ses idées… qu’elle partage si généreusement. Plus que de longs discours, si vous ne la connaissez pas encore, allez visiter :

– son blog, http://quiltville.blogspot.com/, vous suivez en continu ses déplacements, son enthousiasme, ses conférences, ses lectures… Foisonnement d’activités non-stop !

– son site http://quiltville.com/ : ici, c’est la caverne d’Ali-Baba ! vous avez un nombre impressionnant de modèles de scrap-quilts innovants, de multiples trucs et astuces de stockage, de coupe, de montage… J’ai aussi beaucoup appris d’elle, cela m’a souvent aidé à améliorer les stages que j’ai pu proposer.

– ses livres : Adventures with Leaders & Enders, des astuces très futées de prédécoupe des tissus, ou aussi comment coudre 2 tops à la fois… Epoustoufflant ! Et aussi : Scraps & Shirttails, re-use, re-purpose, recycle, the art of quilting green, puis le tome 2 Scraps & Shirttails 2, continuing the art of quilting green, avec des quilts utilisant toutes sortes de restes de tissus, des techniques d’assemblage si futées que vous faites des quilts (presque) en un clin d’oeil.

Si vous n’avez encore jamais tenté de vous lancer dans un scrap-quilt, vous ne connaissez pas encore toutes les joies du patchwork, essayez, vous serez sans doute conquise ! C’est aussi la satisfaction de faire diminuer son stock de tissus parfois envahissant…

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* Scrap Quilts, the Art of Making Do (1998), également en français Scrap Quilts, l’art d’utiliser les chutes de tissus (2000). Ce livre se fait rare sur le marché… Rançon du succès !

Maïté dans le Club de Mrs. Bobbins

Une quilteuse débutante m’a demandé comment étaient quiltés les ouvrages de Maïté, car hormis les bordures on ne voit rien, comme pour les coeurs dans son atelier, alors qu’ils sont pourtant densément et méticuleusement quiltés ! Ce n’est pas seulement dû à la qualité moyenne de mon appareil photo, c’est un parti pris de matelasser (=quilter) sans interférer avec le piéçage (mot français imparfait pour patchwork). Maïté est une grande adepte du matelassage à la main le long des coutures car cela donne un gonflant incomparable aux motifs des blocs tout en maintenant parfaitement les trois épaisseurs du quilt.

En cliquant sur l’image pour agrandir, vous pouvez voir deux styles de quilting : à gauche, la ligne de points suit de près les triangles bleus, au centre vous avez un motif de quilting décoratif.

Dans notre activité, patchwork, appliqué, quilting, etc., nous naviguons sans cesse entre les mots français et anglais, c’est pourquoi j’essaie ici de donner les équivalents. En anglais, pour le matelassage le long de la couture, c’est-à-dire juste là où s’est créé un petit creux dû au repassage des marges de couture d’un seul côté, on utilise ce terme : « stitch in the ditch », littéralement « couture dans le fossé ».

Mrs. Bobbins est connue dans le monde du patch américain, c’est l’archétype de la quilteuse américaine, avec ses déboires et ses marottes. La voici ci-dessus avec ses copines illustrant cette expression « stitch in the ditch ». Vous n’oublierez plus ce que cela signifie…