Depuis quelques mois, de nombreuses quilteuses américaines s’affolent autour d’un modèle dela Reine du Scrap Bonnie Hunter, qui date pourtant de 2005 déjà. Il s’agit de « Scrappy* Trips around the World » qui moi aussi m’enthousiasme ! Ses explications sont lumineuses avec ses multiples photos. Si vous souhaitez vous lancer en centimètres, les bandes à découper sont de 6,5 cm x 40 cm (39 + 1 cm d’ajustement). Surtout ne négligez pas le sens de repassage des bandes, c’est LE truc qui vous permettra de réussir un superbe quilt !
Tandis que les « petits voyages », faits de 4 blocs, rivalisent de beauté, certaines quilteuses préfèrent disposer ces blocs de manière différente, soit très traditionnelle, soit plus personnelle. LeeAnn, de Nifty Quilts, en a récemment terminé un, disposé « à l’ancienne », c’est-à-dire avec un centre unique :
C’est cette option que j’avais aussi préférée pour le quiltfait pour la colocataire de ma fille :
J’ai bien aimé faire un grand centre très coloré pour finir avec des bleus en bordure.
Ensuite, LeeAnn de Nifty Quilts a succombé au plaisir d’en faire un aux multiples centres, tout en rouge :
J’adore ce quilt tout rouge de LeeAnn !
Moi aussi j’ai préparé des carrés pour faire ce modèle mais je me perdais dans les infinies possibilités que vous pouvez voir ici. Tout a été rangé dans un carton jusqu’à ce que, récemment, l’envie me prit de ressortir ces carrés aux couleurs de brique et de pastel… toujours en préparation, mais je n’ai jamais été aussi proche de la fin 🙂
-=-
*Scrappy se réfère dans le monde du patchwork au principe d’utiliser un maximum de tissus, le plus souvent des restes d’autres quilts ou de la récupération. Pourtant dans l’anglais courant, il peut se traduire par « décousu », « brouillon », « incomplet »… D’un mot péjoratif les quilteuses en font fait une notion enthousiasmante !
Si vous avez apprécié l’article précédent et souhaitez en savoir plus sur l’or bleu de Toulouse, n’hésitez pas à vous offrir ce livre très instructif, entièrement en bilingue (français-anglais).
Le livre est très complet et les illustrations de qualité, tant pour les documents historiques que les photos récentes. On y évoque notamment le dur labeur des paysans et des teinturiers, l’âpreté du négoce européen, les caractéristiques botaniques de l’isatis… Passionnant !
Avec un brin de nostalgie, je me suis promenée hier en Pays de Cocagne, dans ce Tarn où vécurent naguère mes grands-parents. Sur la route entre Lavaur et Toulouse, on a traversé Verfeil (en Haute-Garonne), au cœur du pays de Cocagne : savez-vous que les Petites Filles Modèles Camille et Madeleine y vécurent « pour de vrai » ? Elles étaient les petites-filles de Sofia Fiodorovna Rostoptchina, mariée au Comte Eugène de Ségur, plus connue sous le nom de Comtesse de Ségur…
C’est bien ici que vint à la Comtesse l’inspiration de plusieurs de ses histoires, si désuètes qu’elles n’intéressent plus du tout les nouvelles générations. C’est pourtant une mine d’informations sur la vie au milieu du XIXe siècle, car la romancière s’appliquait cet adage : « N’écris que ce que tu as vu »… Ainsi les châtiments corporels sont ceux qu’elle subit malheureusement lors de son enfance… et les bêtises de Sophie (dans « Les malheurs de Sophie ») sont celles qu’elle fit elle-même !
Louis Hachette créa la célébrissime Bibliothèque Rose en 1855 pour publier les premières histoires dont Eugène de Ségur lui fit l’éloge, avec le succès qu’on sait!
La Comtesse de Ségur (1799-1874)
Sur ce blog « Mes Yeux« [attention, ce lien semble maintenant corrompu/ 1er août 2014] est développé l’histoire de la Comtesse et ses petites-filles, avec de nombreuses photos.
Vous pouvez maintenant lire le résumé de leurs tristes vies ici :
Dans les livres de leur grand-mère la comtesse de Ségur, Camille et Madeleine sont deux petites filles modèles, curieuses et bien élevées, bienveillantes avec les pauvres et leur cousine de malheur, Sophie. La comtesse qui écrit de gracieux petits contes imagés et moralisateurs, voit son audience augmenter lorsqu’elle est éditée, à partir de l’âge de 57 ans, par Louis Hachette.
Nées en 1848 et 1849 entre Rome (Camille) et Toulouse (Madeleine), les deux fillettes de Malaret, du nom de leur père Paul, diplomate en disgrâce qui se replie sur les vieilles terres de sa famille, connaissent une enfance heureuse, parfois éloignée de leurs parents.
On les voit d’abord au château du village d’Ayguevives, en Haute-Garonne (aujourd’hui la mairie) puis près du chantier de construction du château de leur père… Il ne sera jamais terminé et servira de grange jusqu’à la fin du XXe siècle. Mais l’argent n’est pas un sujet de conversation et les petites en sont tenues à l’écart.
«Camille est ma préférée, c’était la plus jolie, la plus pétillante aussi, mais elle n’a pas eu la vie facile !», affirme Marie-Chantal Guilmin qui prépare une biographie de l’aînée des filles modèles… «Elle avait été séduite par un bon à rien, Léon Ladureau de Belot, qui une fois marié, la battait et la trompait».
Le couple a un fils et vit à Paris, mais souffrant de phtisie, Camille redescend à Verfeil où elle meurt à l’âge de 35 ans. Son fils Paul, lui aussi malade, ne lui survivra que quatre ans. Camille, à qui était dédié «François le bossu» de la comtesse de Ségur, apparaît aussi sous les traits de Natacha du «Général Dourakine», de Mina, de «La fortune de Gaspard» et de Geneviève d’ «Après la pluie le beau temps».
Quant à Madeleine, elle resta auprès de ses parents et s’occupa également de sa grand-mère : après la vente de son château en Normandie, la vieille femme de lettres passa un hiver, malade et désargentée, chez les Malaret.
Madeleine ne se maria jamais et mourut dans un couvent de Toulouse en 1930, Petite Vieille Modèle âgée de 80 ans.
Je suis allée voir l’enclos séparé du cimetière de l’église Saint-Sernin-des-Rais, sur une colline à 2 km du bourg de Verfeil. Quatre tombes sont le souvenir des personnes connues au-delà de leur région, grâce au succès littéraire de la Comtesse de Ségur :
Aujourd’hui je lance un clin d’œil à Toulouse ma ville natale (oui, je suis mi-bretonne, mi-cathare ;-)), à la couleur de brique rose et à sa fortune faite grâce au Pastel, alias Isatis tinctoria…
Toulouse, ô Toulouse… Au bord de la Garonne
C’est une ville construite avec la terre argileuse de la région, ce qui donne ces briques rosées si belles. La terre d’ici continue d’être cuite, notamment à 5 km de chez moi, en briques traditionnelles. On les appelle ici « briques foraines », cuites au four, en opposition avec les briques de terre crue. Son complément naturel est, pour les toits, la tuile « canal », composée de la même matière première. Ces couleurs naturelles donnent à ma ville une nuance rose le matin, rouge sous le soleil de midi et pourpre aux derniers feux du soir… Quelle harmonie !
Les nombreux hôtels particuliers qui contribuent à la beauté de la ville sont redevables des fortunes amassées grâce au pastel, plante tinctoriale qui pousse si bien dans la région voisine du Lauragais, dans le triangle d’or formé par Toulouse à l’ouest, Albi au nord et Carcassonne au sud. La plante pousse facilement partout ou presque, mais c’est ici que les conditions (climatiques, géologiques) sont réunies pour obtenir le plus beau bleu !
Cette teinture est utilisée depuis des temps immémoriaux. Savez-vous que des Ecossais (le peuple Picte, qui a vraiment existé), du temps du Roi Arthur et de Merlin l’Enchanteur, se badigeonnaient de teinture de guède (autre nom de l’isatis) pour devenir bleus et effrayer leurs ennemis anglais… qui en avaient une peur bleue ? Cette teinture servait aussi à teindre la barbe blanchissante de certains hommes en Europe, d’où sans doute l’origine de Barbe Bleue, celui qui fait si peur…
Du Capitole aux maisons modestes, des hôtels particuliers aux maisons de banlieue, le bleu pastel s’impose de plus en plus en compagnie de la brique.
Le déclin de la fortune de la région toulousaine vint avec l’importation d’Asie de tissus teints à l’indigo à partir du milieu du XVIe siècle, plante qui contient une plus grande concentration du fameux pigment « indigotine ». Mais depuis la fin du XXe siècle, avec la mondialisation, on s’attache de nouveau aux particularités régionales. Tout comme la violette (fleur emblématique de Toulouse), le bleu pastel revient en force ! Aux pigments naturels ou en peinture industrielle, le bleuest maintenant la couleur majoritairement utilisée pour les boiseries et les ferronneries des immeubles en briques dans tout Toulouse. C’est si beau ainsi !
Dans le fameux jardin de Monet à Giverny (aux portes de la Normandie), on apprécie ce nuage de fleurs jaune d’or, les isatis, qu’on appelle aussi guède ou pastel des teinturiers. On nomme cette plante ainsi car, à la suite d’un savant processus, on peut extraire des feuilles le pigment de l’indigotine, seule source de teinture bleue en occident pendant des siècles. Selon la concentration, le bleu sera pastel, ou bien plus dense.
Champ de pastel dans le bas Lauragais (on dirait du colza, c’est de la même famille), avec vue sur les Pyrénées ! (photo d’ici). Savez-vous que c’est ici le fameux Pays de Cocagne ? Cette expression provient des boules de feuilles broyées, appelées coques, qu’on moulait à la main pour stocker cette matière en vue de la teinture en bleu, la fortune de la région… l’Or du Pastel !
-=-
Paule de Viguier, née en 1518 à Toulouse, est une figure emblématique de l’imaginaire toulousain. Cette dame de la famille Lancefoc, pastelliers fortunés, fut louée pour sa beauté par François 1er en visite à Toulouse et devint une icône de la ville. Alors que des troubles secouaient le peuple toulousain, les Capitouls (magistrats de la ville) demandèrent à la Belle Paule de se montrer régulièrement à la foule du haut d’un balcon… et ainsi l’apaiser momentanément ! Une vraie star !… Paule profita de sa fortune et de sa réputation pour mettre en valeur les artistes dans cette époque encore très frustre et contribua ainsi à l’éveil de la culture dans la ville. Contrairement à Clémence Isaure, l’autre égérie de Toulouse, la Belle Paule a bel et bien existé.
Aucun portrait réel de la Belle Paule n’existe, mais elle a inspiré notamment Henri Rachou (1855-1944)
Cette belle Dame est toujours représentée habillée en bleu pastel, conformément à l’origine de sa fortune. Aujourd’hui, son nom est attaché à l’hôpital de la Mère et de l’Enfant, au sein du CHU de Purpan.
-=-
Largement planté depuis le XIIe Siècle dans le Lauragais, le désamour du pastel à partir du XVIe Siècle plongea la région dans un certain marasme. Du côté de Lavaur dans le Tarn se trouve le Musée du Pastel au Château Magrin qui évoque grandeur et décadence de l’Or Bleu. Coïncidence, mes parents se marièrent à cet endroit !
Le pastel, woad pour les anglophones, connaît depuis une quinzaine d’années un renouveau fracassant grâce tout d’abord à un couple belge installé à Lectoure dans le Gers. Parallèlement, d’autres jeunes sociétés ont vu le jour pour tirer profit des immenses qualités cosmétiques de la graine de cette plante, comme par exemple Graine de Pasteldont j’adore les produits bleus !
Ambiance « Bleu de Lectoure », vues du site de l’ancienne tannerie transformée par la famille Lambert en magasin et atelier. Même leur vieille Jaguar est peinte en bleu !
Si vous souhaitez plonger dans une journée de teinture au pastel, vous pouvez contacter Annette Hardoin !
Il n’est pas étonnant que ce bleu divin inspire les artistes de la région… Cécile Milhau, artiste peintre-quilteuse-brodeuse(…) habitant dans le Tarn, dans le fameux triangle historique du pastel, initia en 2002 un travail collectif avec ses amies quilteuses : sur ce grand panneau textile se trouvent différents symboles des pasteliers, on devine des bâtisses, des horizons, des paysages, la plante aux fleurs d’or… Cerise sur le gâteau, des tissus sont teints artisanalement au pastel !
« Le Pastel », quilt créé par Cécile Milhau, réalisation collective, 220 cm x 220 cm, 2002
De surcroît, on a des chances d’entendre encore plus parler de l’isatis tinctoria dans les prochaines années car le principe anti-cancéreux du broccoli est dans cette plante en concentration vingt fois supérieure ! Elle fait partie de la famille des brassicacées, comme les choux… Bientôt la soupe au pastel des teinturiers ???
-=-
Bien plus modestement que Cécile Milhau mais néanmoins inspirée par mon environnement de brique et de pastel, le nom de mon ouvrage en cours s’est imposé à moi… J’y travaille et je vous le présenterai bientôt !
Comme beaucoup d’entre vous avez témoigné un réel intérêt pour les quilts gallois traditionnels, permettez-moi de vous présenter ces quelques livres :
Les voici présentés ci-dessous :
Das Quiltbuch, Michelle Walker (1986)
J’ai ce livre en allemand mais l’original est en anglais. L’auteur, quilteuse britannique, fait la part belle au renouveau de l’art du patchwork tout en montrant de belles pièces anciennes. En ce qui concerne les quilts gallois, je vous montre en particulier ceux-ci :
Ici un quilt en laine dont le centre a d’abord été fait en petits rectangles, puis la bordure est réalisée en plus gros morceaux. C’est le principe du Médaillon, si commun en Pays de Galles. Comme pour les quilts Amish*, j’y trouve un singulier sens des couleurs, un avant-goût de l’art abstrait à la Paul Klee… Le quilting, typiquement en spirales, était sans aucun doute fait point par point, en raison de l’épaisseur du quilt.
Ce quilt au tissu Cachemire (un jour je vous parlerai de « la poire galloise »… oui cela a un rapport avec le Cachemire !) est admirablement quilté ; d’ailleurs, le dos uni, où le quilting était bien visible, était souvent plus prisé que le côté en patchwork !
Et voici un singulier Médaillon, dont le centre est… une vache que la fermière est en train de traire, brodée au point de Gobelin. Autour, les pièces de lainages variés, brodés au point d’épine, rappellent les « crazy » alors à la mode en Angleterre. Le centre est rempli de différents tissus très usagés (couvertures et vêtements…), d’où le quilting très rustique également. L’ensemble témoigne de la liberté que s’octroie chaque quilteuse qui fait avec ce qu’elle a sous la main mais conserve l’envie de faire joli : regardez ce large cadre rouge !
Great quilting techniques, from Threads (1994)
Ce livre est un recueil des meilleurs articles de la revue américaine Threads. Cinq pages, écrites par Martha Waterman, traitent des dessins de quilting issus de la symbolique celtique, ainsi que des conseils pour réussir son propre dessin « à la galloise ».
The essential Quilter, Barbara Chainey (1993)
Infatigable quilteuse britannique, Barabara Chainey a écrit ce livre plein de conseils pour bien quilter à la main. On retrouve son influence anglaise dans ses nombreux exemples, avec des chapitres sur d’autres manières de quilter comme le sashiko, peu connu en occident à l’époque. Voici son blog ici : http://barbarachaineyquilts.wordpress.com/
Les Quilts, Diana Lodge (1995)
Principalement axé sur le matelassage, ce livre britannique nous enseigne l’évolution du quilting en Grande-Bretagne et en Amérique en nous présentant de nombreux quilts anciens, avec les explications pour les reproduire. Diana Lodge présente un seul quilt gallois, en satin de coton uni et au savant quilting, mais l’historique du début du livre explique un peu plus plus largement les caractéristiques des quilts de cette région. Livre édité en France par Armand Colin / DMC.
Les quilts gallois/Welsh Quilts, Jen Jones (2005)
Editée en version bilingue par Quiltmania en 2005, Jen Jones présente ici sa collection de quilts. Le texte est passionnant, les photos très belles… Depuis, son trésor s’est encore étoffé et vous pouvez admirer sur son site le Centre créé en plein Pays de Galles. Cette année, de mars à novembre, une grande exposition Kaffe Fassett s’y tiendra… avec aussi des tableaux de Valériane Leblond en vente 🙂
Un livre aux photos superbes et au texte fort intéressant !
Making Welsh Quilts, Mary Jenkins et Clare Claridge (2005)
C’est un livre thématique formidable. On a ici les différentes tendances des quilts gallois, traitées par deux artistes aux goûts différents. L’une préfère le style qui s’approche des quilts amish* avec l’utilisation de lainages, l’autre préfère utiliser les imprimés anglais (Laura Ashley, Liberty of London…).
Ce livre donne les explications d’une dizaine de quilts créés par les auteures à la manière des quilts traditionnels. Vous trouverez ici une mine de dessins de quilting dans la pure tradition celtique !
Little Welsh Quilts made the traditional way, Mary Jenkins (2011)
Attention, c’est un e-book !!! Donc on le lit sur un ordi… qui possède un lecteur de CD. Je n’aime pas trop ceci car je passe suffisamment de temps devant l’écran 😉 mais l’avantage est qu’on peut visionner des vidéos explicatives, les photos sont en haute définition qu’on peut imprimer… ainsi que les gabarits, c’est vraiment le point fort de ce support ! Les quilts à faire sont petits et ravissants.
Si vous préférez lire en français, offrez-vous sans hésiter le livre de Jen Jones. Sinon, c’est le livre de Mary Jenkins et de Clare Claridge qui aura peut-être votre préférence !
Photo extraite du livre « Making Welsh Quilts »
-=-=-=-
* Cécile Denis, je réponds ici à une de tes judicieuses remarques : oui, certains quilts amish ressemblent incroyablement aux quilts gallois et il est probable que les femmes galloises émigrant en Pennsylvanie ont largement influencé les Amish… J’ai tous les livres ci-dessus où on suggère parfois cette parenté, mais il existe un livre que je n’ai pas acheté qui semble développer cette idée, le voici ci-contre !
Irrésistiblement, je suis attirée par les quilts gallois. Il y a une dizaine d’années (déjà !), le magazine Quiltmania nous faisait découvrir Jen Jones avec son musée et centre culturel consacré aux trésors patchés et quiltés du Pays de Galles. Ce livre, fruit de leur collaboration, est toujours disponible sur le site Quiltmania.
Admirable travail de mise en valeur de ces quilts du quotidien qui nous restituent cet art populaire! Ces quilts furent sauvés de l’usure totale, de la poubelle, des greniers, des granges, des fauteuils de tracteurs ou des pattes des chiens dans la campagne galloise. Ils étaient réalisés avec les moyens du bord, c’est-à-dire tous les bouts de tissus disponibles, avec comme rembourrage les restes des tontes des moutons.
Ces quilts font partie du patrimoine gallois ; on y peut distinguer plusieurs styles. Les plus prisés étaient ceux des familles assez aisées au tissu d’un seul tenant, ou cousus de longues bandes, en satin de coton acheté à cet effet. Ils sont également plus récents et donc mieux connus. Pour les plus modestes, on partait la plupart du temps des restes de tissus de laine et on cousait un centre décoratif , puis on ajoutait des pavés de tissus formant des bandes tout autour de manière non calculée, avec parfois des triangles qui ajoutaient un peu de fantaisie. Les angles étaient néanmoins souvent bien marqués d’une couleur contrastée. Cette forme de patchwork s’appelle un médaillon, il peut être rustique ou très sophistiqué et reste très prisé de nos jours ! Le quilt de Martine, Cannelle, en est un bel exemple.
Avec l’apparition du coton américain importé en Angleterre pour être tissé et imprimé, sont cousus également au Pays de Galles nombre de médaillons en chintz, en tissus écossais et rayés, en imprimé cachemire, etc.
Les marchands de coton à la Nouvelle-Orléans – 1873
Un bureau de coton à la Nouvelle-Orléans, – 1873
Deux tableaux d’Edgar Degas témoignent du commerce du coton de la Nouvelle-Orléans, avant d’être expédié en Angleterre principalement pour filage et impression. Puis le nord des Etats-Unis se chargera de plus en plus de cette industrie.
Quilt récent de style gallois, avec de superbes tissus majoritairement rouges, de Mary Jenkins. Il reprend le style de médaillon au patchwork simple et au quilting raffiné. Explications de ce quilt dans l’e-book de l’auteur (voir sur son blog ou sur Amazon)
Si certaines personnes, comme l’héroïne de The Last Runaway, traversaient l’océan Atlantique une fois pour toutes, d’autres firent au XIXe siècle de nombreux aller et retour majoritairement pour des raisons commerciales, mais les idées circulaient ainsi également ! Dans le domaine du patchwork, le style gallois a très certainement inspiré les Amish du continent américain, mais réciproquement des blocs américains se trouvent dans les quilts du Pays de Galles du début du XXe siècle. En voici un bel exemple :
Bloc de l’ananas cousu en lainages, quilt gallois de 1905, collection de Jen Jones. Photo du livre « Making Welsh Quilts », de Mary Jenkins et Clare Claridge. Excellent livre ! Ce bloc ne fait évidemment pas partie du patrimoine gallois…
Vous connaissez mon affection pour les tableaux de Valériane Leblond, sur lesquels elle peint des quilts toujours existants, soit dans sa propre famille, soit visible au Musée de Jen Jones. Voici sa mise en scène du quilt ci-dessus :
Déjà montré dans ce blog, mais je ne m’en lasse pas !
Ici, un quilt victorien en médaillon de la collection de Jen Jones a inspiré cette scène délicate à Valériane. Regardez les pavés irréguliers de tissus en bordure sur le quilt original, ils ne nuisent aucunement à la beauté du centre.
Une immense différence avec les Américaines est que, dans la campagne galloise, il était rare que chaque femme du foyer fasse ses quilts, et encore plus qu’elle se réunisse avec les voisines en quilting bee. Non, au Pays de Galles, il existait des quilteuses professionnelles qui travaillaient parfois chez elles ou bien allaient de famille en famille, le temps de coudre un quilt. Cette vie itinérante est similaire à celle des brodeurs bretons du XIXe siècle !
Ce dont je ne vous ai pas encore parlé mais qui est si important, c’est la qualité du quilting gallois. Il est dense, très dense même, jamais plus d’un inch carré (2,5 cm2) laissé sans matelassage pour contenir les matières calorifères en place… qui n’ont rien à voir avec nos molletons ! Plumes, foin ou anciennes couvertures, mais surtout les restes de tonte des moutons… on prenait ce qu’on trouvait et les quilts sont parfois extrêmement lourds. Malgré tout, le quilting est souvent très raffiné, varié, figuratif… beaucoup de similitude avec les quilts amish, une fois de plus.
Quilt américain contemporain d’inspiration galloise/amish, créé par Cassiana en 2002
Dans le Pays de Galles on n’y trouve pas les célèbres « feathers », les guirlandes américaines qui proviennent d’une autre région de l’Angleterre (Durham). La tradition celtique prime avec toutes sortes de feuilles, de coeurs, de volutes et de bordures à la différence esthétique facile à repérer !
Quilt de bandes piécées, au matelassage typiquement gallois (du blog Welsh Quilts)
Ici une superbe exposition de petits quilts de Mary Jenkins, dans la pure tradition galloise. On voit notamment que les bords ne sont pas finis par une bande de finition comme nous avons l’habitude de le faire ; les tissus de devant et de dos sont rentrés vers le centre. Certaines quilteuses françaises appellent cette finition « toi et moi ».
Dans un article précédent, je vous parlais de mon envie de faire un quilt d’inspiration galloise. L’harmonie des couleurs me parlait tant ! Puis je me suis rendu compte que j’avais dans un carton des blocs en attente, justement dans cette harmonie de couleurs. Alors le quilt gallois attendra, mon club de patchwork de Colomiers expose dans un mois, je vais mettre les bouchées doubles pour le terminer !! Vous le verrez, bien sûr, sur ce blog… Vite, je vais me replonger dans ces couleurs de brique et de pastel !
-=-
Vie paisible dans la campagne galloise, peinture sur bois de Valériane Leblond, mai 2011
J’ai enfin pu me procurer le dernier Quilt Country, très tardivement distribué en librairie par rapport aux abonnées… De quoi me faire piaffer d’impatience ! J’avais déjà eu l’eau à la bouche en lisant l’article d’Un Atelier à la Montagne, toujours agréablement écrit par Sylvie. L’orientation de ce magazine me plaît car, depuis le début, tout en nous faisant mieux connaître des artistes de tous pays, il fait la part belle aux stylistes françaises, ancrées dans une tradition française que nous envient les quilteuses d’ailleurs. Cela fait plaisir de voir des « copines de blog » comme Jubama (alias Pascale Piète) ou Barbara Gendre y signer des créations, bravo à elles !
Si vous voulez un avant-goût du printemps, jetez-vous sur Quilt Country n°30 !
Le bonus qui m’a fait tant plaisir est la page consacrée à une lectrice en fin de magazine. Oui, c’est Martine de la Ruche des Quilteuses qui est à l’honneur avec Cannelle, le quilt décrit ici en janvier dernier ! Dans l’article, vous apprendrez un peu à mieux connaître mon amie…
Tandis que le dernier roman de Jennifer Chiaverini fait découvrir au grand public l’amitié qui liait Mrs. Lincoln à sa couturière, les articles sur les blogs fleurissent outre-atlantique sur ces deux dames. J’ai donc découvert ce quilt :
Quilt en forme de médaillon sur le thème de la Liberté (aigle du panneau central et mot Liberty en fils métalliques), ce qui est particulièrement adéquat pour une ex-esclave ! Quilt rarement exposé en raison de sa fragilité.
Il est quasiment établi que ce quilt fut réalisé à partir des restes de tissus des robes de la Première Dame ! Il mêle comme souvent au XIXe siècle la présentation en forme de Médaillon, des assemblages à l’anglaise (les hexagones), des appliqués vraisemblablement découpés dans des chintz : un cadre de goût pour une liberté de construction de la quilteuse qui, toujours à l’époque, créait ses ouvrages.
Comme toujours, bien avant cet engouement, l’historienne Barbara Brackman signalait déjà ce quilt, voir ici.
« Une boîte de fils assortis ! Merci Chéri ! » La Saint-Valentin d’une quilteuse.
-=-
J’aime l’humour bon enfant de la dessinatrice Julia Icenogle, créatrice de Mrs. Bobbins… Vous pouvez lire les aventures de cette petite bonne femme quilteuse sur Pickledish. La dessinatrice n’étant pas quilteuse elle-même, elle tire son inspiration de sa tante !
Si vous souhaitez admirer un quilt de coeurs, mon préféré reste celui de mon amie Maïté l’Abeille :
Il est possible que les quilts gallois soient la base de l’inspiration Amish au moment où ces femmes ont décidé de faire des quilts, les ressemblances sont en tout cas parfois probantes et plusieurs livres répertorient les ressemblances :
Certains quilts ont un air de famille vraiment troublant ! La grande expo annuelle de l’année dernière au Centre Gallois du Quilt était sur cette connection et avait pour beau titre » A Quilted Bridge » (un pont quilté). Regardez par exemple celui qui a été peint par ma jeune copine peintre, galloise d’adoption, Valériane Leblond :
On pourrait le croire Amish ! Ces quilts leur sont souvent antérieurs ; de là à penser que les femmes galloises émigrées en Pennsylvanie ont montré la voie aux Amish, il n’y a qu’un tout petit pas !
Valériane m’a dit que c’était la copie d’un « vrai ancien », de la collection de Jen Jones… J’ai une vraie envie de m’en inspirer, sa simplicité, et surtout sa palette de couleurs, me font si envie ! J’ai même retrouvé une photo de l’original :
C’est bien lui !…
-=-
Pour le plaisir, voici un autre tableau de Valériane !
En plein vote pour une nouvelle législation dans notre pays, la question du mariage pour tous a suscité maints débats. J’étais en plein décalage, plongée dans la lecture du dernier livre de Tracy Chevalier, c’est la conception quaker du mariage qui a piqué ma curiosité…
Du mariage arrangé au mariage par amour, la littérature et le cinéma nous font vivre et revivre toutes les variantes possible de ces unions. Nous voyageons dans le temps et dans l’espace grâce à ces arts…
En ce qui concerne mariage et religion dans notre Europe, on peut aborder le sujet avec Henry VIII qui, pour des histoires de coeur (pour rester polie ;-)) fonda une nouvelle religion : le Pape n’était pas démissionnaire, le roi d’Angleterre l’a donc démissionné ! J’ai lu plusieurs romans historiques sur cette incroyable période mais, vive le cinéma, on peut vivre cette histoire avec ce film :
Période-clé de l’histoire de l’Angleterre : une envie de mariage bouleverse le statut d’une royauté et mène à la création d’une nouvelle religion…
En France, le clergé catholique a géré tout l’état civil jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Après un premier pas de Louis XVI en 1787 vers la reconnaissance du droit à l’état civil pour les non-catholiques et le droit au mariage pour tous (ce qui veut dire alors : aussi pour les Protestants et les Juifs), c’est à la suite de la Révolution Française qu’a changé radicalement la conception sur le mariage (séparation entre contrat et sacrement), avec la signature à la Mairie ainsi que la création du droit au divorce… tout contrat pouvant être rompu ! Cela donne la trame de ce film aux péripéties amusantes, mais avec un solide fond historique :
Une excellente comédie à voir ou revoir !
-=-
Mais quelles étaient les règles du mariage quaker du temps de l’héroïne de Tracy Chevalier ? Autour de cet évènement, une scène choc est incomprise par de nombreux lecteurs américains (critiques sur le site Amazon.com), alors que je crois qu’elle est dans le droit fil de la religion quaker : il n’y a aucun intermédiaire entre Dieu et chaque Quaker qui agit avec simplicité et intégrité…
Ce thème du mariage est troublant dans le livre The Last Runaway, si différent de ce à quoi on s’attend… Un mariage dans un roman suscite forcément quelques pages de rires, de pleurs, de recueillement, de félicitations, de ripailles, de cadeaux, de disputes, de musique… Un tourbillon autour des mariés !
Là, le silence de la protagoniste nous instruit de manière singulière comment est considéré le mariage chez les Quakers de cette époque. Ce n’est pas un sacrement religieux ; c’est une décision des premiers intéressés, scellé par les familles par un accord oral. Les promis déclarent leur union simplement lors de leur réunion religieuse, annoncée sans tambour ni trompette. De même, si un désaccord insurmontable survient, la séparation est déclarée sans autre forme de procès.
Autres temps, autres moeurs… Nous sommes si loin de la simplicité de fonctionnement de cette religion hyper-sobre… Mes recherches sur les Quakers me rappellent ma fascination du « Less is More » également prôné par Dominique Loreau dans ses livres : L’Art de la simplicité, l’Art de l’essentiel, l’Art de la frugalité et de la volupté… Les très gros tirages de ces livres prouvent que je ne suis pas la seule à trouver un attrait et du bon sens à tous ces conseils… même si je n’arrive pas à les mettre en pratique !
Vous serez sans doute amusées par la nature de la dot demandée lors d’un mariage quaker… à découvrir dans le livre The Last Runaway ! En attendant, voici un ravissant exemple de quilt de mariage (bloc des anneaux de mariage), fait par Kumiko Minami.
Vous trouverez aussi de très nombreuses déclinaisons de ce bloc des anneaux de mariage sur le blog Quilt Inspiration, à partir du 28/01/2013. Quelle infinie variété !