Les Fleurs Rouges inspirent…

L’article précédent a éveillé des souvenirs ! Tant de Françaises ont rêvé devant les appliqués si délicats d’Annick Huet, vus dans ses livres, dans des magazines ou mieux, « en vrai » !…
En 2005, à la suite d’un stage avec Annick Huet, Hélène Vispé (du club Calicot Patch dans le sud de la Haute-Garonne) conduisit ses amies à faire un extraordinaire quilt de tombola :

tombola 2005 Hélène

Ce quilt fut gagné par une dame pour qui ce Langage des Fleurs a adouci des moments très difficiles. 

La photo ne rend pas justice à l’appliqué si finement réalisé par l’équipe. Hélène a détourné l’écueil du quilting en diagonale si long et fastidieux en utilisant un piqué de coton. Bluffant !

-=-=-=-

Des appliqués divers mais toujours si beaux !

J’aime le rendu des appliqués traditionnels à la manière d’Annick Huet, cette Française qui a fait tant de quilts  aux accents de planche botanique à la Redouté (« Le Peintre des Fleurs », 1759-1840) ou de Baltimore (style de quilt américain aux blocs appliqués complexes).

atelier annick

Ses livres sont connus et suscitent toujours de l’admiration, en voici quelques uns :

Livres Annick Huet

Les explications très détaillées permettent d’apprendre seule l’appliqué traditionnel et d’essayer d’approcher la finesse d’exécution d’Annick. Quant aux superbes quilts bicolores, ils sont eux aussi cousus… à la main ! De très jolis modèles de quilting sont également disponibles dans ce livre.

Après quelques années difficiles en quête d’une meilleure santé, Annick reprend avec enthousiasme ses cours et stages. Elle édite régulièrement des pochettes avec les patrons de modèles raffinés, voici celui du mois :

au fil des mois 018 copie

Planche en vente sur son nouveau site.

Dans notre Ruche, plusieurs Abeilles se distinguent particulièrement en appliqué, vous en voyez des exemples au fil des articles… et en février ou mars Madeleine partagera avec vous le quilt de style Baltimore revisité qui la tient en haleine depuis bientôt deux ans !

-=-

Aimer la tradition ne nous empêche pas de vouloir parfois aller plus vite ; nous avons pour la plupart des machines à coudre si performantes qu’on a envie de les utiliser ! Ainsi nous nous sommes intéressées à l’appliqué machine à la manière de Kim Schaefer. Sa particularité ?  Rien de bien nouveau dans sa méthode d’appliqué machine, elle fait un point bourdon (zigzag serré) tout autour pour maintenir les pièces. Mais comme son style est résolument country, elle adopte systématiquement un fil beige, ce qui est une idée toute simple mais si bonne ! Regardez plutôt ce petit quilt fait par Martine pour cette période de l’Avent :

Poinsettia Martine

Poinsettia de Martine posé en bord de table lors d’une exposition éphémère. Les mini-sapins ont été expliqués dans l’article précédent.

Ce livre de Kim Schaefer « A Quilted Cosy Christmas » comporte de très jolis modèles piécés avec des appliqués bordés d’un beige doré très chaleureux. Ici Martine a préféré un beige plus froid en raison du lin en tissu de fond. Bien vu !

Livre K. Schaefer

-=-

J’ai appris à améliorer mon appliqué grâce aux conseils avisés d’Annick Huet dans son livre « Fleurs rouges en appliqué »; je reste très décontractée dans cet art, mais puisque c’est la saison,voici mon petit appliqué de Noël, fait il y a quelques années en m’inspirant de dessins de Jacqueline Morel, autre grande dame de l’appliqué français :

Hiver - Katell

-=-=-=-

Jolis Sapins de Noël (2)

Dans un passé presque lointain, Florence a appris les bases du patchwork avec moi. Elle était du genre à faire d’un petit sampler de débutante un immense dessus de lit ! Son enthousiasme n’a jamais faibli, elle anime à présent un groupe de quilteuses et fait des ouvrages impressionnants.
Lors d’une récente Journée de l’Amitié France-Patchwork Haute-Garonne, il y avait, parmi toutes les merveilles apportées par les unes et les autres, ces adorables miniatures :

sapins florence B

Sur un Poinsettia de Martine que je vous montrerai mieux une prochaine fois, ces petits sapins faits par Florence ont attiré l’attention ! Les bords coupés à cru rendent le molleton visible sur la tranche qui donne une délicate impression de neige au bout des branches, c’est ravissant !

J’ai évidemment demandé à Florence si elle pouvait fournir pour la Ruche des explications pour faire ces jolies décorations ; les voici, amusez-vous !

-=-

A l’approche de Noël, voici des petits sapins faciles et amusants à faire pour décorer par exemple la table du réveillon. J’ai trouvé ce modèle dans un ancien Magic Patch ( le n° 77 de décembre 2008 ’’la magie des fêtes ‘’). A l’origine c’étaient des petits sapins pour faire des ronds de serviettes, j’ai préféré les faire pour une déco de Noël indépendante.

Donc pour confectionner 4 sapins, il faut 8 rectangles de 16 x 22 cm et 4 rectangles de molleton de 16 x 22 cm. En fait on peut utiliser des chutes de tissus de Noël et des restes de molleton, on peut même couper les dessous des ‘’branches’’ dans un tissu uni. Ces sapins sont très beaux aussi avec un mélange de tissus de Noël différents pour chaque sapin. Un essai avec du molleton extra fin n’était pas concluant, préférez du molleton un peu épais (ou superposez les couches!).
Préparez des ‘’sandwiches’’ avec un tissu de Noël pour le dessus, le molleton au milieu et un autre tissu de Noël ou un tissu uni pour le dessous , maintenir ces ‘’sandwiches ‘’ avec des épingles ou un peu de colle repositionnable, je préfère les épingles car la colle encrasse un peu les aiguilles.

Pour faire un sapin, dessinez sur un sandwich 9 cercles de : 6 cm, 5,5 cm, 5 cm, 4,5 cm, 4 cm, 3,5 cm, 3 cm, 2,5 cm et 2 cm en les séparant d’au moins 0,5 cm.
Au fil doré ou de la couleur que vous préférez , à la machine à coudre effectuez un point de bourdon (point de zigzag serré et assez étroit) à l’intérieur de chaque cercle tracé en formant des zigzags pour symboliser les branches de sapins. Ce n’est pas grave si les zigzags ne sont pas réguliers.
Découpez ensuite les 9 pièces au bord du point de bourdon en faisant attention à ne pas couper les fils de broderie. 
Superposer ces 9 pièces de la plus grande à la plus petite et passer un fil de bas en haut en insérant entre chaque pièce une perle de rocaille : celle-ci donnera un peu de hauteur au sapin. Mettez ensuite une perle ou une étoile en haut du sapin pour décorer puis retraversez le sapin de haut en bas en repassant si vous le pouvez dans les perles. Pour finir, faites un nœud solide avec les 2 brins de fil du début et de la fin.
J’espère que vous vous amuserez bien en faisant ces petits sapins.
Bonnes fêtes de fin d’année !

Florence

P1010928

-=-

Vous pouvez trouver ici les explications d’un autre Joli Sapin de Noël !

Le joli chemin de l’Avent tout blanc

L’hiver dernier, les amies de Calicot Patch* ont repéré un modèle du magazine japonais bien connu Tsuchin. Ce n’est pas la première fois qu’elles y dénichent de superbes idées ! Personnellement, j’hésite toujours entre la revue Tsuchin ou Quilt Japan qui, chacune, offre tous les deux mois des ouvrages vraiment originaux.

L’hiver dernier donc, un petit tableau suscita l’intérêt de nos quatre inséparables -Mireille, Hélène, Nelly et Yolande- qui firent chacune leur version :

Ma photo, prise lors de l’exposition*, ne rend pas justice à ces adorables petits quilts. Les quatre sont ravissants, tous ont des détails imaginés par chacune. Je peux juste isoler celui de Yolande :

Voyez-vous que les collines sont des mini-pochettes ? Le Père Noël saute chaque jour de case en case et s’approche chaque jour un peu plus près de la maison … Et le 24 décembre… il saute dans la cheminée ! N’est-ce pas adorable ?…

J’ai demandé à Hélène de me faire parvenir quelques vues de son joli calendrier et les voici, rien que pour vous :

Le Père Noël, tranquillement, parcourt le joli chemin de l’Avent. Vous pouvez cliquer sur les photos pour apprécier les détails : paillettes, perles de rocaille, croquet, broderies et superbe quilting animent le tableau !  Mais rien n’est plus difficile que de photographier du blanc, je dois dire que les originaux ont bien plus de relief et de présence…

Cet hiver, dès le début du calendrier, mes amies doivent voir aussi un paysage blanc de leur fenêtre, vu le froid qu’on a déjà à Toulouse ! Elles ont la chance d’habiter face à la majestueuse chaîne des Pyrénées…

* Calicot Patch, club de la région de Saint-Gaudens (31). Elles ont exposé le week-end dernier, vous pouvez voir ici d’autres articles s’y rapportant : ici et .

Jolis sapins de Noël (1)

Aimez-vous les décorations de Noël ? Nous, à la Ruche des Quilteuses, on les adore ! Il est déjà temps de commencer à bricoler des nouveautés pour cette période où on peut réaliser soi-même tant de jolies choses.

L’une d’entre nous a eu la chance d’aller aux Etats-Unis récemment et en a rapporté un bien joli sapin… que nous avons eu envie de reproduire, vous nous connaissez ! Il est tout simple et rapide puisque c’est un empilement de yoyos rembourrés, dont le tronc-socle est… une bobine de fil.

Voici deux exemples de sapins en yoyos, avec leur tronc en bobine de bois !

 Pour réaliser cette décoration de Noël, il vous faut :

~ 6 disques de tissu de différents verts (ou une seule couleur, voir photo), respectivement de 7 – 9 – 11 – 13 – 15 et 17 cm de diamètre.
~ 1 bâton en bois de 18 cm – diamètre 8 mm
~ 1 bobine en bois
~ 1 étoile

. Plier en 4 chaque disque pour trouver le centre, fendre en croix le centre sur 5 mm à l’aide d’une paire de ciseaux.

. Faufiler en faisant un rentré de 5 mm autour de chaque disque.

Froncer le cercle en prenant soin de le remplir de kapok, passer le bâton, serrer le fil et fermer le disque autour du bâton.

. Procéder de même pour les 5 autres disques, en plaçant le plus grand en bas et monter la pyramide jusqu’au plus petit,  coller en haut une étoile, puis introduire la base du bâton dans la bobine en bois.

Voici une vue de notre forêt de Noël pendant la Journée de l’Amitié de France-Patchwork 31, vendredi dernier. Les sapins en yoyos sont parmi les plus petits au centre. Vous pouvez voir d’autres photos de cette exposition éphémère sur Patch31.

Florence vous expliquera comment faire des mini-sapins de décoration en décembre !

-=-=-=-

 

 

Variations en Log Cabin

Il y a quelques jours Cécile, une des lectrices assidues de la Ruche, me demandait quel livre acheter de préférence en tant que « Bible » du Log Cabin, un de ses thèmes préférés.

Je pouvais lui conseiller « Log Cabin Libre » paru chez Quiltmania, c’est un livre de Shizuko Kuroha, cette Japonaise qui me fait rêver de quilts indigo depuis les années 80-90… mais je comprenais qu’elle souhaitait un livre plus structuré et complet. De plus, il est épuisé… Après quelques recherches, j’ai choisi de lui conseiller celui-ci :

Je ne le connais pas mais j’ai 4 autres livres de Judy Martin et j’étais donc sûre que ce serait un livre aux explications parfaites… à condition de comprendre l’anglais.

Bingo ! Cécile vient de recevoir le livre, elle en est enchantée, je lui fais entièrement confiance et je partage donc ici cette recommandation. On y trouve comment construire des log cabin avec des mouvements circulaires, comment insérer des petits carrés, des triangles, des étoiles ou même des maisons pour animer le modèle basique et aussi probablement les méthodes les plus rationnelles pour couper et coudre les nombreuses bandes ! Il manquait vraiment à ma bibliothèque, je viens donc de me l’offrir !…

Cécile, bon log cabin alors, on attend les photos de ton prochain Log Cabin Quilt 🙂

Précisément samedi dernier, à l’exposition du Club Calicot Patch dont je vous ai déjà parlé ici, il y avait un extraordinaire quilt en Log Cabin*. Ce modèle était paru en couverture du magazine de France-Patchwork (Les Nouvelles du Patchwork  n° 82, septembre 2004) . J’avais été conquise au premier coup d’oeil, me réjouissais déjà à l’idée de choisir tant et tant de tissus… avant de déchanter devant la complexité du piéçage du bloc à coudre obligatoirement à la main !!! Trop long pour moi… J’ai donc très vite abandonné ce projet.

Heureusement, Yolande n’a pas fait comme moi ! Voici 72 blocs de log cabin aux feuilles piécées imbriquées dans les bandes, avec un choix parfait, très lumineux, de couleurs d’automne. Yolande, je ne t’ai sans doute pas assez dit combien j’ai admiré ton oeuvre, voilà qui est fait, bravo !

* Quilt original de la regrettée Josiane Brehin, « Les feuilles mortes se ramassent à la pelle »

-=-=-=-

La Reine du Crazy Victorien – Son livre

Vous souvenez-vous de mon enthousiasme après avoir visité l’exposition de Denyse Saint-Arroman l’année dernière ? Elle sait comme nulle autre faire des Crazy Quilts au charme fou.

Je n’ai pas oublié ce plaisir et pour notre Journée de l’Amitié (France-Patchwork 31) avant Noël, je trouvais judicieux de nous plonger dans cet univers de tissus précieux et de broderies qui brillent ! Denyse était donc notre invitée vendredi dernier et elle nous a éblouies par ses quilts où chaque centimètre carré ou presque est brodé, perlé, décoré… De près, nous sommes impressionnées par la technique et la patience, de loin nous apprécions la structure du panneau et son ambiance tantôt délicieusement désuette et rococo, tantôt extrêmement moderne… même en conservant la technique pure du crazy victorien (du XIXe siècle) !

Alors merci Denyse pour cette conférence érudite et si intéressante, même pour celles qui n’ont pas d’affinités particulières avec ce style ; c’était un challenge relevé avec brio.

Je ne ferai pas ici l’historique de cette technique passionnante car Denyse Saint-Arroman l’a remarquablement fait dans son livre qui vient de sortir :

Livre de Denyse Saint-Arroman sur les Crazy Quilts, posé sur mon petit crazy fantaisie.

Sachez seulement que, tout comme pour l’Assiette de Dresde, les origines de l’engouement du Crazy ont un lien direct avec la découverte de l’esthétique asiatique (chinoise et japonaise) en seconde moitié du XIXe siècle…

N’hésitez pas à vous offrir (bientôt Noël !!) ce livre très complet où vous trouverez tous les conseils nécessaires à la réussite de votre crazy quilt avec de nombreuses broderies expliquées pour orner votre ouvrage, ainsi que mille et une astuces…

Vente du livre sur son site : http://patchwork-perles-broderies.com/bibliographie.html

Récup’ sur un air de Jazz

Les blue jeans sont un des vêtements les plus emblématiques du XXe siècle… et cela ne semble pas changer au cours du XXIe. On en porte maintenant dans le monde entier et il y a beaucoup à raconter, de la création de la toile de Nîmes (denim) à l’emblématique Levi’s 501, du froc de travail aux podiums de haute-couture féminine…
La semaine dernière, j’ai beaucoup aimé l’article de Barbara Brackman sur les premières tentatives féminines pour porter le pantalon, bien plus commode. Cela donnait lieu a ce genre de réactions, si étroites d’esprit :

On n’a aucune envie de connaître l’homme qui fit ce dessin…
Illustration du blog « Grandmother’s Choice » de Barbara Brackman

Le bloc que j’ai fait la semaine dernière à ce sujet ne restera pas dans les annales, mais j’y ai mis mon « dress code » personnel : dans la vie quotidienne, je porte généralement un blue jean… avec n’importe quoi. J’aime bien le contraste du bleu indigo sobre avec un imprimé féminin, le nec plus ultra étant un chemisier en Liberty of London of course !

Du bleu indigo avec « n’importe quoi »,  cela fait des décennies que je m’habille ainsi !

-=-

Hier, quand le soleil était déjà bien bas, je suis allée avec mon mari voir l’exposition du club Calicot Patch de Villeneuve-de-Rivière, tout au sud de la Haute-Garonne, près de Saint-Gaudens. Juste avant  d’arriver à La Serre-de-Villeneuve, nous étions déjà enchantés de notre petit périple : le panorama est époustouflant de beauté ! Le village est sur la petite crête qui longe la chaîne abrupte des Pyrénées, le dernier bourrelet avant les cimes ; Les Romains y avaient construit une voie et une bastide, n’en déplaise à Obélix ils n’étaient pas si fous que cela… J’ai pu passer tranquillement une bonne heure à admirer les quilts pendant que mon mari contemplait l’extraordinaire coucher de soleil, avec les Pyrénées en contre-jour et le ciel mauve-indigo-pourpre-rouge-orange-rose…

Dans la salle des Fêtes de La Serre, le club Calicot Patch expose jusqu’à ce soir leurs ouvrages de l’année. Des challenges bien choisis entretiennent la créativité, bravo à toutes ! Je voudrais surtout partager avec vous un ouvrage fait par Hélène Vispé, celle que tout le monde a envie d’avoir comme amie… A toutes celles qui se demandent que faire avec tous les blue jeans usagés, voici une réponse très artistique :

Recyclage de blue jeans et d’étiquettes tissées issues de vêtements pour répondre à un challenge de « Récup’ Art » sur le thème du Jazz. Création d’Hélène Vispé.

Si vous aussi l’art de la récup vous démange, lancez-vous, cela apporte tant de satisfaction !

L’Assiette de Dresde – Les origines

C’est au tournant du XXe siècle que semble apparaître ce motif de bloc de patchwork, d’abord appelé de nombreuses manières avant que ne se généralise vers les années 30 l’appellation Assiette de Dresde. Vous pouvez en suivre l’évolution dans la Bible des blocs,  The Encyclopedia of Pieced Quilt Patterns de Barbara Brackman.

Alors, pourquoi donc ce bloc est-il nommé d’après une ville allemande ?…

Ayant vécu en Allemagne, je savais que Dresde -ou plutôt Meissen, à 20 km- était un centre historique de la porcelaine. Cela me semblait donc plutôt normal qu’un bloc de patchwork s’appelle « Assiette de Dresde » en hommage à ce haut lieu de la porcelaine baroque. Il ne faut pas oublier que les immigrantes d’origine allemande étaient fort nombreuses aux Etats-Unis !

Voici quelques pièces de porcelaine de Dresden/Meissen du XIXe siècle, dont quelques unes rappellent effectivement notre Assiette de Dresde. Les deux dernières sont le fameux motif de l' »oignon bleu »,  Zwiebelmuster en allemand, qui est, depuis sa création en 1730, le motif bleu-blanc qui a le plus de succès en Europe. A l’origine, ce n’étaient pas des oignons qui étaient dessinés sur la bordure mais des grenades ! Les motifs stylisés provenant d’Asie furent mal interprétés…

Fortuitement j’ai appris beaucoup au sujet de la porcelaine : en 2006, j’ai acheté un livre… un peu à cause de son titre, « Bleu de Sèvres » car dès qu’il s’agit de BLEU, j’ai tendance à acheter !! Dans ce roman fort bien documenté, nous apprenons toute l’histoire de la porcelaine, depuis cette connaissance millénaire chinoise,  les échanges culturels et commerciaux avec les voisins coréens et japonais, puis l’engouement européen des « chinoiseries et japonaiseries »… Les Cours Royales veulent absolument posséder ces divines porcelaines ! Lisez ce livre si vous aimez l’Histoire, vous apprendrez comment Limoges est devenu la première ville de la porcelaine française pour concurrencer la suprémacie européenne… de Dresde !

Pour mieux comprendre l’enjeu, il faut savoir que l’art de la poterie, c’est-à-dire le travail de terres argileuses, est extrêmement ancien dans le monde entier, argile cuite (=céramique)  décorée ou pas… Elle est solide, imperméable, mais reste d’aspect rustique.

La porcelaine, elle, est admirée d’emblée pour sa blancheur, sa finesse, sa transparence… Les premières pièces furent apportées en Europe par Marco Polo au Moyen-Age ; elle fut baptisée ainsi par le Vénitien qui la croyait au début fabriquée à partir de poudre d’un coquillage (la porcelaine, porcellana). Mais pour l’étymologie du mot lui-même, ce n’est pas très romantique, je vous laisse donc chercher  dans un dictionnaire

Voici la très belle collection de porcelaines de mon mari, passion depuis son adolescence !

Toutes les porcelaines ont une brillance naturelle superbe (ici, une Cypraea Mappa)

Ce sont donc les Chinois qui ont inventé la porcelaine à partir d’une roche argileuse blanche fine et très friable, le kaolin (mot d’origine chinoise), qui se vitrifie et devient translucide au-delà de 1200°C. On y ajoute du feldspath et du quartz pour le liant et la solidité. Il leur fallut plusieurs siècles pour arriver, au XIIe siècle, à obtenir la perfection. A noter que les Anglais nommèrent la porcelaine simplement china en raison de sa provenance… Ce qui était naguère  possible ne le serait plus maintenant, avec tout ce qui  est made in China !…

Porcelaine chinoise Ming du 17e siècle, voyez-vous ces décorations bleues ?… les Européens aiment tellement qu’ils s’en inspireront largement !

Bien longtemps après la découverte de la porcelaine par Marco Polo en Chine, cette vaisselle précieuse enchantera les riches tables européennes après l’ouverture des grandes Routes maritimes  et donc commerciales  entre l’Europe et l’Asie tracées par Vasco de Gama en 1498. Période d’ébullition avec la découverte récente de l’Amérique,  période d’intense évolution intellectuelle et artistique, bref c’est la Renaissance !

A savoir que le premier collectionneur historique de porcelaines asiatiques fut le Cardinal de Richelieu, qui possédait près de 400 pièces au XVIIe siècle. Ces grandes collections européennes étaient faites par des hommes, mais c’est   la passion de la Marquise de Pompadour pour la porcelaine qui fut à l’origine de la fabrication à Limoges des porcelaines françaises… Voir le livre ci-dessus !

Entre temps je me suis rendu compte que tous ces styles « européens » blanc et bleu que j’aimais, des services anciens Villeroy & Boch aux carreaux de Delft, de la fine porcelaine danoise Royal Copenhagen (ci-contre, aux accents lointains de blocs d’Assiette de Dresde) au motif typiquement allemand du Zwiebel de Meissen, tout, absolument tout était inspiré par… les Chinois et les Japonais…

Dès lors j’ai eu un doute raisonnable sur l’origine de ce qu’on appelle le bloc de l’assiette de Dresde.

Et effectivement, ces assiettes aux dessins découpés en tranches sont des motifs typiquement asiatiques (voir l’assiette chinoise ci-dessus). Avec plusieurs couleurs, elles sont directement de style japonais, dit Imari, connu en Europe d’abord grâce à l’extravagante collection réunie… à Dresde par Auguste de Saxe au XVIIIe siècle. Collectionneur acharné, il se disait atteint de la Maladie de la Porcelaine ! Il fit même construire « Le Palais Japonais » de Dresde pour y abriter son extraordinaire collection. Miraculeusement préservée des bombardements lors de la seconde guerre mondiale, cette collection compte environ 20 000 pièces, asiatiques et européennes. De là à assimiler les motifs de la porcelaine Imari avec la ville de Dresde, il n’y a donc qu’un tout petit pas… Collection à admirer dans le palais de Zwinger à Dresde, le Palais Japonais abritant à présent le Musée ethnologique.

 Cette assiette semble européenne par sa forme, alors qu’elle vient d’Imari/Arita. Ces porcelaines japonaises étaient à l’origine destinées aux Seigneurs de Nagasaki et Saga (sud du Japon).

La porcelaine traditionnelle Imari était principalement colorée en bleu (grâce à l’oxyde de cobalt), comme les porcelaines chinoises, mais aussi en rouge (oxyde de fer) et or. On y trouvait les mêmes dessins que sur les soies et autres objets nippons, des dessins géométriques mais surtout des fleurs. Certains dessins nous sont très familiers, regardez :

Antiquités du XIXe Siècle  – Porcelaines Imari du Japon

C’est donc pour la ville de Dresde une gloire probablement un peu usurpée, on devrait plutôt appeler le bloc de patchwork que nous connaissons « Assiette d’Imari » ou « Assiette d’Arita »! Imari est le port d’où partaient les porcelaines faites à Arita… Ces Japonais purent fournir aux Hollandais les porcelaines si prisées alors que la Chine, en proie à la guerre civile qui mit fin à l’ère Ming, était en rupture de stock. Avant que l’Europe ne réussisse à percer les secrets de la fabrication de la porcelaine, toute cette fine vaisselle traversait une grande partie du Monde avant d’atterrir sur les plus belles tables européennes ; après l’influence chinoise, la porcelaine Imari formata ainsi largement l’esthétique de la porcelaine en Europe. Puis on retrouva de manière un peu mystérieuse ces motifs utilisés en blocs de patchwork en Amérique !

Pour finir, j’ai envie de partager avec vous un très beau quilt fort justement appelé Imari  découvert lors de mes recherches sur internet :

Imari de Eileen Uchima – Une merveille ! Il mérite de l’attention, une foule de détails sont à découvrir…

-=-

L’Assiette de Dresde – Aujourd’hui

J’ai eu envie aujourd’hui de faire une Assiette de Dresde ;  j’en ai déjà fait quelques unes dont celle-ci pour le Sampler de Sylvia :

Elle est petite puisqu’elle entre dans un carré de 16 cm.
Les 20 tranches sont arrondies au bout, c’est un bloc de patchwork très classique.

Comme souvent, c’est un bloc aux multiples noms et variantes. Il peut y avoir de 8 à 20 tranches autour du centre. Si vous n’en avez qu’un quart, cela donne un motif d’éventail ! 

C’est le modèle à pointes qui me tente pour une décoration de Noël depuis que j’ai vu, chez Moda Bakeshop, ceci :

Ravissant, n’est-ce pas ?…

Toutes les explications de ce modèle ici . Vous avez aussi ici un excellent tutorial pour une variante très scrappy. Je m’y suis mise ce matin, voici le résultat de ma très scrappy Assiette de Dresde pour les fêtes de fin d’année, quand la maison sera toute rouge et verte :

Je dois encore l’appliquer sur ce fond et faire la bordure, je vous montrerai  cette Assiette de Dresde finie  très bientôt (j’espère…). J’en suis à l’appliqué du cercle central, d’où l’épingle encore au centre.
Ainsi interprétée, on s’éloigne beaucoup du bloc traditionnel, mais c’est un des avantages du monde du patchwork, il est toujours en mouvement !

Mais pourquoi ce bloc a-t-il le nom d’une ville allemande ?… Vous le saurez dans le prochain article !

-=-=-=-