¡Viva la Vida!
Connaissez-vous Frida Kahlo ? Sans doute savez-vous qu’elle fut une peintre mexicaine à l’oeuvre marquée par ses autoportraits. Cet exercice, se peindre, existe depuis la Renaissance (avec la disponibilité de miroirs). L’artiste est-il désespérément amoureux de son reflet, comme Narcisse ? C’est bien plus souvent un exercice d’introspection. Voici donc une évocation de Frida Kahlo (1907-1954) avec quelques peintures, mais aussi des photos et des extraits de son journal intime ou sa correspondance.

Je me peins moi-même parce que je suis la personne que je connais le mieux.
Je suis ma propre muse. Je suis la personne que je veux améliorer.
Frida
Frida peignit 55 autoportraits sur 143 tableaux, exprimant la quête de soi, sa lutte contre la souffrance et, bien présente, son identité mexicaine (vêtement, faune, flore, couleurs).

Je peins des fleurs afin qu’elles ne meurent pas.
Frida
En Europe, hormis les admiratrices inconditionnelles, toujours plus nombreuses, on connaît mal Frida Kahlo, sauf si on a vu le film de sa vie, inoubliable, interprété et produit par Salma Hayek…

Admiratrice de Frida et amoureuse du Mexique, mon amie Suzy Bignau m’a prêté le DVD il y a quelque temps déjà, j’ai alors compris pourquoi on pouvait tant s’intéresser à Frida Kahlo. A mon tour, je me suis mise à l’aimer, cette femme belle, intelligente, passionnée.

Expression de ses souffrances
Dans le film, il est clairement montré que son art l’aidait à supporter ses souffrances. Elle peignait pour exprimer la violence de ses émotions, ses sensations, d’où de trop nombreux tableaux difficiles à supporter… Pauvre Frida, au corps martyrisé. Elle eut une vie de douleurs, à la suite d’une poliomyélite à l’âge de 6 ans, puis d’un accident de bus à 18 ans, dont elle gardera les graves séquelles à vie.
Je ne peins jamais mes rêves ou mes cauchemars. Je peins ma propre réalité.
Frida

Je ne suis pas malade. Je suis brisée.
Mais je me sens heureuse de continuer à vivre,
tant qu’il me sera possible de peindre.
Frida

Je ne saurais dire si mes tableaux sont surréalistes ou pas, mais je sais qu’ils sont la plus franche expression de moi-même, sans jamais tenir compte des jugements et des préjugés de quiconque.
Frida

J’ai essayé de noyer mes peines, mais elles ont appris à nager les bougres.
Frida
Son histoire est résumée sur ce blog par exemple, mais je vous encourage à voir le film Frida, tourné dans sa maison, la Casa Azul, devenue musée.


Une icône de la mode
Frida ne s’habillait que très rarement à l’occidentale.





A la fois pour rendre hommage à la culture mexicaine et pour masquer par de l’ampleur, des plis, des couleurs, son corps martyrisé, Frida a développé une garde-robe unique.

Les tenues traditionnelles Tehuana lui permettaient d’affirmer son héritage. La région de Tehuantepec a, en outre, la particularité d’être matriarcale, les femmes y sont à la fois féminines et puissantes. En s’habillant de leur manière, Frida fait avec son corps, exprime sa différence et rend hommage à la mexicanité, son identité culturelle. Et partout en Amérique centrale, on porte encore des huilpils, ces hauts à forme très simple, auxquels elle donne des lettres de noblesse. Les broderies, les couleurs, les dessins, concentrés sur la partie supérieure, invitent les personnes à ne pas regarder le bas de son corps déformé.



On la voit presque toujours avec des ongles manucurés, des bijoux volumineux ethniques, et souvent, comme ci-dessus, un élégant châle savamment noué : encore un héritage mexicain, le fameux rebozo. Elle continue d’inspirer les femmes, ainsi que les couturiers comme Jean-Paul Gaultier (ses corsets…).



Engagement politique et liberté assumée
Généreux et utopistes, Frida et son mari Diego Rivera voulaient changer le monde ! A l’époque, le marxisme semblait être la solution contre le monde belliqueux en place qui broyait les pauvres. Pour Frida, c’était avant tout pour faire avancer la condition des femmes dans un monde machiste. Épisode rocambolesque, le couple abrita Léon Trotski et sa femme, chassés de l’URSS par Staline, pendant deux ans dans la Casa Azul, de 1937 à 1939. Léon Trotski sera assassiné l’année suivante, dans le même quartier où il continuait d’habiter après avoir été viré par Diego.



Amour de la vie :
Frida s’entourait de plantes et d’animaux,
Frida aimait la vie, même si elle lui en faisait baver…
Il y en a qui naissent avec une étoile qui brille haut et d’autres comme des étoiles tombées par terre, écrasées, pleines de coups, et même si vous ne le croyez pas, je fais partie de celles qui sont bien tombées par terre.
Frida




Bien trop souvent allongée sur un lit de douleurs, elle s’imagine oiseau, une image qui vient de loin (à son mariage, sa mère dit c’est le mariage d’une colombe et d’un éléphant) et proclame son amour de la vie, malgré tout, après l’amputation de sa jambe droite :
Des pieds, pourquoi en voudrais-je, si j’ai des ailes pour voler ?
Frida
Et :
Est-ce que les verbes peuvent s’inventer?
Je veux t’en dire un : je te ciel, et ainsi mes ailes s’étirent, énormes, pour t’aimer sans limites.
Frida
N’est-ce pas follement fort et touchant ?

Héritage
Frida est partout en Amérique centrale, c’est une héroïne, une inspiratrice. Les excès mercantiles font même parfois mal au cœur… Mais bien plus noblement, elle continue d’inspirer les femmes d’aujourd’hui.
Une artiste textile française, Anne Gailhbaud alias ArtisAnne, lui a rendu maintes fois hommage, ressentant intimement dans ses fibres la sensibilité de Frida. Anne a lu TOUT au sujet de Frida et j’apprécie l’influence de sa muse mexicaine.

Mon prochain article sera consacré à un quilt sur Frida… pas de moi ! Vous aurez la surprise…

Nos cœurs battent en souvenir de Frida.

Elle avait la rage de vivre.
Les nuages ne durent qu’un moment et le soleil toute la vie.
Frida
Son dernier tableau, en 1954, n’est pas un autoportrait, mais une ode aux couleurs et aux choses simples de la vie :




