Confins 2020

2020 oblige, nous sommes devenues des Abeilles Masquées, mais la créativité ne tarit pas ! Après Maïté, c’est Evelyne qui nous montre un de ses ouvrages faits récemment.

Je suis abonnée à Télérama et dans l’hebdomadaire du 21 mars 2020, à la rubrique Arts, l’illustration du texte sur Otto FREUNDLICH, un tableau de 1938, m’a troublée, attirée, les couleurs, les formes géométriques, un univers lumineux et un obscur – une sensation étrange.

Composition, Otto Freundlich, 1938

J’ai aussitôt décidé d’avoir pour moi, un patchwork inspiré de l’œuvre de ce peintre, moi qui ne sais ni dessiner, ni peindre !!

L’exposition parisienne au Musée Montmartre-Jardins Renoir venait d’être suspendue par le Covid 19.

J’ai d’abord beaucoup appris sur la vie tragique du peintre (1878-1943) déporté et mort au camp de concentration de Lublin-Majdanek ou de Sobibor (il reste un doute) en Pologne, assassiné en tant que juif allemand, militant antifasciste, après avoir été stigmatisé en 1937 comme producteur d’« art dégénéré » par le régime nazi.

L’Art dégénéré – die entartete Kunst, était l’expression officielle des nazis pour l’art moderne abstrait. Cela commença par une exposition organisée par les nazis à Munich en 1937. Ils firent se côtoyer 730 œuvres d’une centaine de peintres, parmi lesquels Otto Freundlich, Picasso, Kandinsky, Kokoshka, Chagall, Nolde, Kirchner, etc. avec des tableaux de malades mentaux, pour jeter l’opprobre sur les artistes modernes. Le franc succès des peintres provoqua l’ire des organisateurs… Le terme d’art dégénéré est ensuite étendu à certains styles de musique, de littérature, de cinéma. Une des conséquences fut la destruction de nombre de tableaux, le pillage des collections privées et publiques, et tant de morts… 

Sur le sujet, un grand film :


Otto Freundlich était un grand artiste peintre, sculpteur, pionnier de l’abstraction, engagé dans les arts, la politique, la philosophie, c’était un humaniste et pacifiste, avec une vie riche et constructive partagée avec d’autres grands artistes. Son nom Freundlich, qui signifie Amical, lui allait bien. Dès 1909, il vécut à plusieurs reprises la vie de bohème à Paris, ses amis étaient Picasso, Apollinaire, Braque… Avant l’été 1914, il passa 5 mois à rénover la cathédrale de Chartres, mais à la déclaration de la guerre, il dut évidemment rentrer en Allemagne. Les vitraux marquèrent son art, on le devine dans la Composition de 1938 qui me fascine.

Européen pacifiste, il déploya ses multiples talents pendant l’Entre-deux-guerres en France et en Allemagne, malgré la diabolique propagande nazie.

J’ai choisi des tissus dans ma réserve – confinement oblige ! – et ai monté l’arc central lumineux, coloré, puis un univers bleu où mon regard s’échappe et un espace sombre, inquiétant… Peut-être un écho des inquiétudes de l’Entre-deux-guerres avec les soucis sanitaires que nous vivons.

J’ai quilté à la machine en suivant la courbe de l’arc , puis disposé des lignes droites de part et d’autre.



Je l’ai nommé Confins 2020, l’ai accroché et le regarde chaque jour avec la même émotion qu’en découvrant l’artiste pour la 1ère fois dans l’article du magazine.



 L’exposition a lieu à Paris jusqu’au 31 janvier 2021. J’en rêve ! Aurai-je la possibilité d’y aller ?

Évelyne

Au Musée de Montmartre-Jardins de Renoir, un charmant lieu au 12, rue Cortot (18e)