Les livres de patchwork qui m’intéressent deviennent rares. Non pas que je sois blasée ! Mais éditer un livre devient si aventureux, dans notre monde où tout semble gratuit, à portée de quelques clics, qu’ils deviennent rares. Donc, en pleine canicule, dès réception de ce livre prometteur, je me suis allongée sous « mon » magnolia, un de mes quilts préférés sur l’herbe, et j’ai lu ce bouquin avec enthousiasme :

Je connais cette quilteuse sur Instagram depuis bien 5 ans, attirée par ses quilts de bandes étroites irrégulières, alors très à la mode : je me souviens bien du quilt offert par Sujata Shah pour BeeBook en 2019 ! La grande différence avec les autres, c’est que cette quilteuse n’habitait pas aux USA mais en Angleterre. Et elle a un nom prédestiné : Jessie Cutts (to cut signifie couper… des tissus bien sûr).

Ce livre trace le chemin créatif de Jessie. Artiste dans l’âme, elle ne s’est mise au patchwork que lorsqu’elle a découvert sur internet des styles autres que la perfection du patchwork traditionnel : les Amish et leur liberté souvent méconnue, les quilts indiens (d’Inde), les boros japonais, les quilteuses afro-américaines et celles qui ont intégré ces tendances dès les années 1990 – certaines même plus tôt – en « inventant » le patchwork créatif, plus exactement en le popularisant. On l’appelle aussi souvent, moi la première, le patchwork improvisé, alors qu’il ne l’est pas tant que cela, tellement il se construit auparavant dans notre tête ! En lisant Jessie, j’ai eu plusieurs fois l’impression que ses phrases étaient les miennes, tellement nous avons interprété avec enthousiasme les mêmes inspirations, elle les découvrant sur internet en peu de temps, moi dans les livres et magazines sur des dizaines d’années. La disponibilité immédiate et gratuite des contenus internet nous donne des ailes, tout en changeant profondément nos habitudes.

Son inspiration amish me semble évidente, dans le sens où Jessie utilise presque toujours des tissus unis (seuls ses dos sont parfois en tissus imprimés, probablement des draps de récupération). Aux quilts amish sont attachées quelques idées fausses, comme le fait qu’ils seraient toujours cousus à la main, mais aussi qu’il faudrait un bloc humble pour éviter un quilt parfait (vous pouvez lire cet article que j’avais écrit en 2014). L’acceptation de l’imparfait sans aucune culpabilité, et même plutôt de la jubilation, est bien sûr dans l’esprit de Jessie Cutts ! Ces quilts plairont sûrement à mon amie Violaine Barret, qui s’approprie aussi l’esprit Amish avec tant de talent.

Une particularité des quilts de Jessie Cutts : son usage du cutter rotatif est très limité, elle préfère les ciseaux. Cela va avec ses marges de couture que j’estime très larges (souvent 1 cm), parce qu’elles sont très irrégulières. Mais après tout, pourquoi pas ?


Jessie coupe avec des ciseaux, coud à la machine et quilte à la main : c’est le processus qu’elle préfère (photos IG Cuttsandsons).
Autre particularité notable : Jessie aime désormais quilter avec un coton épais blanc ou écru, de préférence avec du coton dédié au sashiko. Moi, je préfère encore adapter les couleurs de mon quilting au top, c’est pour cela que j’ai tant de différents cotons perlés ! Cela montre à quel point nous avons, à chaque étape, le choix de l’outil, du matériau, du style : vive la diversité !

À part quelques différences techniques, nous parlons la même langue du patchwork créatif et vous aimerez sûrement lire ce livre, si l’anglais vous est familier !
Pour savoir si le livre a des chances de vous plaire, allez sur son compte Instagram, tous les quilts du livre s’y trouvent au fil des ans. C’est ma seule réticence, moi qui ai farouchement gardé secrets les quilts à paraître dans mes livres, là je n’ai pas eu de surprise sur les quilts, cela m’a un peu déçue sur ce point. Mais c’est juste moi !
À bientôt,
Katell


