Patchwork, Pavages et Tessellations

Tout comme Willyne Hammerstein qui a dédié la Passacaglia au mathématicien Roger Penrose, vous êtes peut-être fascinée par les formes géométriques qui s’épousent, s’emboîtent et se complètent. C’est d’ailleurs la base même du patchwork !
A la suite de l’article précédent, Pascale Genevée a très opportunément cité en commentaire le Néerlandais Maurits Escher, connu pour tant de dessins extraordinaires, des visions impossibles de maisons aux escaliers dans tous les sens, des imbrications de formes, et tout particulièrement d’animaux, qu’on appelle tessellations… De très nombreuses quilteuses s’en sont inspirées, en voici un très bel exemple :

Sky and Water II - Artist: M.C. Escher Completion Date: 1938 Style: Op Art Genre: tessellation
Sky and Water II – Dessin d’Escher, 1938
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Escher quilt, 1997, par Ineke Poort (compatriote d’Escher !). Voyez-vous les oiseaux et les poissons qui s’imbriquent ? C’est fascinant !

D’après la conception de son ami Roger Penrose, Escher a dessiné le triangle de Penrose, figure « impossible », repris avec brio notamment ici en tissus :

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Triangle de Penrose (dans le lien, erreur d’attribution, ce n’est pas le triangle de Möbius)
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Trina de Karen Combs, 2000.

La même Karen Combs a fait un livre sur les illusions d’optique que j’aime beaucoup :

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Edité en 1997, il est encore disponible d’occasion à un prix raisonnable sur Amazon.fr.

Si ce thème vous intéresse, France Patchwork publie sur plusieurs numéros un passionnant dossier sur les pavages de toutes sortes, écrit de manière très pédagogique. Tout d’abord, on regarde d’un autre œil des blocs très traditionnels qui s’imbriquent, se répondent et forment des figures géométriques secondaires : de petits efforts pour de grands effets ! Puis, peu à peu, s’appuyant sur des mathématiciens comme Penrose, Nicole Dewitz et Monique Lopez-Velasco donnent des idées plus singulières, des dessins avec lesquels on peut jouer à l’infini… C’est la rencontre du travail traditionnel* et le plaisir de la nouveauté. Et par la magie des couleurs et des valeurs, dans ces puzzles apparaissent un cerf-volant,  un masque africain, des parterres de fleurs, le cosmos plein d’étoiles… Comme dans les taches de Rorschach, on y voit ce qu’on veut ! Ne manquez pas les superbes créations de Michelle Braun expliquées dans chacun de ces numéros, qui illustrent parfaitement le dossier. Ils vous donnent le goût de cette aventure dans la géométrie des pavages, avec de nombreuses possibilités de déclinaisons. Le dossier sur les pavages a commencé dans le n° 125 (été 2015), se poursuit dans le n° 126… Que nous réserve le prochain numéro ? Sans doute encore d’autres belles surprises !

Si vous n’êtes pas abonné(e), les revues sont disponibles uniquement lors de Salons, au stand France Patchwork. Il n’est jamais trop tard pour adhérer ! Sur le site France Patchwork, cliquez sur l’onglet « L’adhésion » pour tout renseignement. Ne vous trompez pas, prenez bien l’adhésion code 1 incluant l’abonnement, sinon vous manqueriez les magazines Les Nouvelles… Ce serait trop dommage !

Titanic Pamela QUilts
Memories of the Titanic (Pamela Quilts, 2000), allie deux motifs traditionnels qui forment des dessins secondaires : Storm at Sea et Snail Trail.

*Rappelons ici les deux grandes catégories de l’art du patchwork traditionnel :

Le patchwork à l’anglaise, avec autant de gabarits de papier que de pièces. Les tissus sont « emballés » autour du papier et maintenus par un faufil ; les pièces sont ensuite assemblées par point de surjet. Cette technique de patchwork a été créée pour utiliser la moindre chute des précieux tissus (des soies en général) qui faisaient les beaux vêtements des nobles et bourgeois. C’était un loisir de femme de la haute société. 

 

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C’est le plus ancien patchwork daté d’Angleterre, fait de soies assemblées à l’anglaise (1718). Voir aussi ici et dans Les Nouvelles n° 126.

Le patchwork à l’américaine : un seul gabarit par forme. Avec lui, on trace sur l’envers du tissu les lignes de couture et on assemble au point avant ou arrière. Il s’est développé aux Etats-Unis, avec la création de milliers de blocs !

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Un magnifique ouvrage réalisé « à l’ancienne », faisant partie des Quilts de Légende cuvée 2013 : 1865 Passion Sampler, de France Aubert.

Il a toujours existé cependant le patchwork utilitaire, sans doute dans le monde entier, assemblage des pièces de tissus moins usagées pour la réutilisation, pièces coupées et assemblées sans gabarit ni règle. Les mesures étaient -et sont toujours parfois- à l’œil ou avec le pouce, le doigt, la main, la coudée… N’oublions pas l’appliqué (ou rapiéçage), ajout d’une pièce sur un endroit troué, loin du raffinement qu’on connaît aujourd’hui. Mais le goût du beau menait bien souvent les femmes à faire de leur mieux, créant ainsi sûrement mille et un ouvrages magnifiques tombés depuis en miettes…