Nids d’Abeilles

Nous attendons maintenant que notre ruche se peuple naturellement, sinon ma fille se procurera un essaim…

ruche dans prairie

La Petite Ruche dans la Prairie…

Les savants ont longtemps cherché pourquoi la Nature faisait que les abeilles et leurs cousines construisaient des structures hexagonales. Eh bien c’est parce que c’est la meilleure forme régulière qui donne la plus grande surface disponible pour le plus petit périmètre (et donc économie de matière utilisée) :

exemple_pavage (2)

Nous n’entrerons pas dans la construction du volume des nids de cire, si parfaits que les larves peuvent se tenir chaud mutuellement… Cette structure en nid d’abeilles a été copiée par l’industrie, notamment aéronautique, pour réaliser des pièces les plus légères et solides possible.
En restant sur l’idée du pavage régulier idéal, on ne peut s’empêcher de penser aux milliers de « Jardins de Grand-Mère » piécés depuis des centaines d’années, en Europe d’abord puis en Amérique du Nord.

hexa jannière

Ce livre de Janine Jannière retrace une superbe exposition que l’auteur avait créée en Normandie après avoir découvert une garniture de lit en hexagones dans le sud de la France. Historienne, l’auteure nous fait partager son enquête pour découvrir les tissus utilisés -dont de superbes toiles de Jouy. Plus largement, on voit des photos d’ouvrages de nombreux pays témoignant du succès de l’hexagone. En fin de livre, on a de magnifiques quilts contemporains exploitant eux aussi cette forme.

Les hexagones ont, pour les quilteuses, les qualités suivantes : leur esthétique bien sûr, mais aussi l’économie de la longueur de couture par rapport à la surface de la pièce de tissu et, important dans le cas précis de l’assemblage à l’anglaise, les angles larges à 120° qui facilitent « l’emballage » des gabarits !

honeycomb quilt Elizabeth van Horne Clarkson

Quilt d’Elizabeth van Horne Clarkson, NYC, vers 1830, assemblé « à l’anglaise », probablement réalisé pour le mariage de son fils Thomas. C’est le plus ancien quilt en hexagones des musées américains.

J’aime beaucoup les hexagones préparés individuellement (pliages d’origine japonaise je crois) brodés en ce moment par plusieurs Françaises. Il me semble que les premiers étaient chez Gipsy :

bee gipsyquilt

 Extraordinaire diversité de broderies !

Les beequilts essaiment et je viens de découvrir les hexas  aux femmes fascinantes de Nadine Levé :

nadine levé

Ces visages me rappellent les Belles du début du XXe siècle, immortalisées dans des tableaux de Klimt

Voyez aussi ici !

-=-=-=-

C’est l’occasion de vous montrer quelques découvertes « quiltesques » en rapport avec les abeilles :

HONEY HOME

Quilt multi-primé de Hope Johnson, Honey I’m home, terminé en 2009. Cette idée couvait depuis une vingtaine d’années chez cette quilteuse. Chaque abeille est reproduite selon ses caractéristiques  (les abeilles ouvrières, les faux-bourdons et la reine) et leur taille est proportionnelle.

HEXA BEES

Abeille ouvrière appliquée au point de feston aux  ailes en organza

J-2-F-quilt hope johnson

Autre quilt de la même artiste, avec les alvéoles remplies successivement de miel, d’oeufs, de larves à divers stades, et les abeilles avec la Reine au centre.

blue hexa bee

Impossible de trouver l’auteur de ce quilt, photo trouvée sur Google… Encore une danse des Abeilles merveilleusement interprétée !

-=-=-=-

Les anneaux de mariage de Cécile

muguet

Le muguet, symbole du 1er mai et de la chance… mais pas pour le mariage ?…

Une vieille croyance affirme qu’il ne faut pas se marier en mai, mois de Marie… Ne soyons pas superstitieux, cela porte malheur ! Mariage religieux ou laïque, les alliances, anneaux échangés qu’on portera à l’annulaire (gauche ou droit selon les pays), sont le symbole de la situation maritale ; comme tout signe important, il se retrouve naturellement en patchwork ! Même si ce modèle « explose » dans les années 1930, il existait déjà dans des formes très similaires au XIXe siècle. Si son succès arrive en temps troublés de récession, c’est sans doute parce qu’on peut utiliser les moindres chutes tout en ayant une structure fortement décorative.

patriotic wedding ring

Quilt américain, probablement des années 1930. Notez les centres « patriotiques » qui rappellent de toute évidence le drapeau  étasunien. Quilt en possession de Tim Latimer.  

-=-

Cécile Denis est une des fidèles lectrices de la Ruche des Quilteuses et elle vient de terminer un quilt en « doubles anneaux de mariage ». Voici sa présentation :

J’ai appris le patch il y a 10 ans, en septembre 2003. C’était dans un club sur la base aérienne de Luxeuil les Bains. Je fais aussi de la broderie et du boutis mais…….je suis tombée dans la marmite remplie de tissus et depuis, je patche pour mon plus grand plaisir ! 
Au gré des mutations, j’ai pu garder quelques contacts avec des amies et grâce à Internet, au téléphone, et parfois « des journées parisiennes » nous arrivons à partager des projets en commun…un Dear Jane en cours et aussi, le célèbre Farmer’s wife sampler…en cours lui-aussi !

cécile anneaux
Ce patch, je l’ai commencé il y a un an et demi (entrecoupé de période de repos, et d’autres projets). Il est entièrement piécé et quilté à la main. Il mesure 1,35m sur 1,35m. Le quilting à lui seul m’a pris trois mois (mais je suis une vraie tortue pour ça, je le reconnais !).

cécile dét
J’ai voulu des couleurs douces et chaudes qui me correspondent et tout simplement, le scrap permet aussi d’écluser des bouts de tissus que l’on ne pourrait pas utiliser pour faire de gros blocs ! Nous fêterons nos 20 ans de mariage en juin cette année, alors les anneaux de mariage s’imposaient.

Le modèle de ce patch est issu d’un Burda Patchwork n°30 (été 2011). Je l’ai un peu modifié car celui présenté est rectangulaire.

On voit la précision du travail de Cécile, bravo ! Toutes celles qui ont déjà entrepris ce bloc savent qu’il requiert beaucoup d’attention et de patience.  Alors de tout cœur ma chère Cécile, je te souhaite de belles noces de porcelaine… en juin !

-=-=-=-

La poire galloise

poire-conference

J’aime les poires. Je n’aimerais cependant pas être prise pour une poire, alors que dans ma famille je suis déjà la reine des tartes (salées, sucrées, au choix !).

Eight_varieties_of_pears

Avez-vous remarqué que les poires ont tendance à pencher la tête d’un côté ? Ce détail explique la poire galloise, vous allez vite comprendre !

Loin de chez nous, en Asie, un motif décoratif, le boteh, évoque selon les pays un bouquet de fleurs, un cyprès ou une larme de Bouddha, mais l’origine est vraisemblablement une interprétation du symbole chinois du yin et du yang. Pour beaucoup, ce motif symbolise l’amour.

Boteh_tissu

Le Boteh se retrouve de façon récurrente dans les tapis persans aussi bien que sur toutes sortes de tissus, tissés comme ici à droite ou imprimés, traditionnellement à l’aide d’un tampon de bois :

Printed_Tissue_Stamp_

Avec l’arrivée des tissus de la Compagnie des Indes en Europe, ce motif devint très populaire en Occident, copié dans les motifs des nouvelles cotonnades provençales tout d’abord, pour répondre à l’immense demande européenne. Puis on découvrit les châles appelés en France des « Cachemires », du nom d’une région aux confins de l’Inde, du Pakistan et de la Chine. Le Cachemire signifie en français à la fois la matière issue du poil d’une variété de chèvre et les motifs traditionnels de ces châles, des botehs principalement.paisley

En Angleterre, l’imprimé « cachemire » est appelé… Paisley*, du nom d’une ville écossaise où étaient tissés de superbes châles à la manière indienne ! Ils copièrent d’abord les carrés en provenance de l’Inde, puis la modernisation des métiers à tisser au XIXe siècle leur permit de tisser des châles jusqu’à 15 couleurs, enfin  les Ecossais proposèrent des carrés imprimés, toujours avec une prédominance de botehs… Vous avez à droite la photo d’un couple gallois au XIXe siècle, la femme arbore un châle aux dessins de cachemire.

L’autre centre européen d’impression de tissus « cachemire » est l’Alsace. Sur le sujet du cachemire, je vous recommande de consulter cet article de blog, très complet !

Bandana

La version frustre de ces carrés imprimés de botehs sera le bandana, carré de coton initialement utilisé par les cow-boys pour se protéger de la poussière… ou n’est-ce qu’une légende ? Il paraît qu’il existe tout un langage codé sur le port des bandanas codifiant des appartenances à des groupes plus ou moins secrets…

Revenons donc à nos poires. Vous avez évidemment compris la similitude de forme entre ce fruit et le boteh, c’est sans doute ce qui a frappé les quilteuses galloises pragmatiques ! Ce motif imprimé en Ecosse fut intégré dans le répertoire classique des motifs de quilting gallois sous le nom de « welsh pear »… Il faut dire que ces poires galloises vont si bien avec les volutes celtiques…

011

Inspiration !

-=-=-=-

*En cette période d’attente du printemps et d’espoir de beau temps, notre amie Mrs. Bobbins commence à semer… Maintenant que vous connaissez la signification du mot Paisley (si proche du Parsley, le persil !!) vous apprécierez d’autant plus :

quilteusejardinière

Mais avant l’arrivée officielle du printemps, je serai très heureuse de vous présenter des Bouquets d’Hiver époustouflants…

A bientôt !

J’aime tant les quilts gallois !

Irrésistiblement, je suis attirée par les quilts gallois. Il y a une dizaine d’années (déjà !), le magazine Quiltmania nous faisaitquilts gallois -welsh découvrir Jen Jones avec son musée et centre culturel consacré aux trésors patchés et quiltés du Pays de Galles. Ce livre, fruit de leur collaboration, est toujours disponible sur le site Quiltmania.

Admirable travail de mise en valeur de ces quilts du quotidien qui nous restituent cet art populaire! Ces quilts furent sauvés de l’usure totale, de la poubelle, des greniers, des granges, des fauteuils de tracteurs ou des pattes des chiens dans la campagne galloise. Ils étaient réalisés avec les moyens du bord, c’est-à-dire tous les bouts de tissus disponibles, avec comme rembourrage les restes des tontes des moutons.

Ces quilts font partie du patrimoine gallois ; on y peut distinguer plusieurs styles. Les plus prisés étaient ceux des familles assez aisées au tissu d’un seul tenant, ou cousus de longues bandes, en satin de coton acheté à cet effet. Ils sont également plus récents et donc mieux connus. Pour les plus modestes, on partait la plupart du temps des restes de tissus de laine  et on cousait un centre décoratif , puis on ajoutait des pavés de tissus formant des bandes tout autour de manière non calculée, avec parfois des triangles qui ajoutaient un peu de fantaisie. Les angles étaient néanmoins souvent bien marqués d’une couleur contrastée. Cette forme de patchwork s’appelle un médaillon, il peut être rustique ou très sophistiqué et reste très prisé de nos jours ! Le quilt de Martine, Cannelle, en est un bel exemple.

Avec l’apparition du coton américain importé en Angleterre pour être tissé et imprimé, sont cousus également au Pays de Galles nombre de médaillons en chintz, en tissus écossais et rayés, en imprimé cachemire, etc.


degas22

Les marchands de coton à la Nouvelle-Orléans – 1873

the-cotton-exchange-new-orleans-1873.jpg!Blog

Un bureau de coton à la Nouvelle-Orléans, – 1873

Deux tableaux d’Edgar Degas témoignent du commerce du coton de la Nouvelle-Orléans, avant d’être expédié en Angleterre principalement pour filage et impression. Puis le nord des Etats-Unis se chargera de plus en plus de cette industrie.

lake district, gardens and quilts and EB 047

Quilt récent de style gallois, avec de superbes tissus majoritairement rouges, de Mary Jenkins. Il reprend le style de médaillon au patchwork simple et au quilting raffiné. Explications de ce quilt dans l’e-book de l’auteur (voir sur son blog ou sur Amazon)

Si certaines personnes, comme l’héroïne de The Last Runaway, traversaient l’océan Atlantique une fois pour toutes, d’autres firent au XIXe siècle de nombreux aller et retour majoritairement pour des raisons commerciales, mais les idées circulaient ainsi également ! Dans le domaine du patchwork, le style gallois a très certainement inspiré les Amish du continent américain, mais réciproquement des blocs américains se trouvent dans les quilts du Pays de Galles du début du XXe siècle. En voici un bel exemple :

livre making w quilts

Bloc de l’ananas cousu en lainages, quilt gallois de 1905, collection de Jen Jones. Photo du livre « Making Welsh Quilts », de Mary Jenkins et Clare Claridge. Excellent livre ! Ce bloc ne fait évidemment pas partie du patrimoine gallois…

Vous connaissez mon affection pour les tableaux de Valériane Leblond, sur lesquels elle peint des quilts toujours existants, soit dans sa propre famille, soit visible au Musée de Jen Jones. Voici sa mise en scène du quilt ci-dessus :

Gwyddau

Déjà montré dans ce blog, mais je ne m’en lasse pas ! 

victorianvic val

Ici, un quilt victorien en médaillon de la collection de Jen Jones a inspiré cette scène délicate à Valériane. Regardez les pavés irréguliers de tissus en bordure sur le quilt original, ils ne nuisent aucunement à la beauté du centre.

Une immense différence avec les Américaines est que, dans la campagne galloise, il était rare que chaque femme du foyer fasse ses quilts, et encore plus qu’elle se réunisse avec les voisines en quilting bee. Non, au Pays de Galles, il existait des quilteuses professionnelles qui travaillaient parfois chez elles ou bien allaient de famille en famille, le temps de coudre un quilt. Cette vie itinérante est similaire à celle des brodeurs bretons du XIXe siècle !

Ce dont je ne vous ai pas encore parlé mais qui est si important, c’est la qualité du quilting gallois. Il est dense, très dense même, jamais plus d’un inch carré (2,5 cm2) laissé sans matelassage pour contenir les matières calorifères en place… qui n’ont rien à voir avec nos molletons ! Plumes, foin ou anciennes couvertures, mais surtout les restes de tonte des moutons… on prenait ce qu’on trouvait et les quilts sont parfois extrêmement lourds. Malgré tout, le quilting est souvent très raffiné, varié, figuratif… beaucoup de similitude avec les quilts amish, une fois de plus.

Cassiana

Quilt américain contemporain d’inspiration galloise/amish, créé par Cassiana en 2002

Dans le Pays de Galles on n’y trouve pas les célèbres « feathers », les guirlandes américaines qui proviennent d’une autre région de l’Angleterre (Durham). La tradition celtique prime avec toutes sortes de feuilles, de coeurs, de volutes et de bordures à la différence esthétique facile à repérer !

quilting welsh

Exemple de quilting gallois sur du satin de coton. Pour de nombreux beaux exemples, allez voir ces blogs : Welsh Quilts, et aussi Little welsh quilts and other traditions, ce sont des passionnées !

quiltingstripquilt

Quilt de bandes piécées, au matelassage typiquement gallois (du blog Welsh Quilts)

September welsh quilts 007

Ici une superbe exposition de petits quilts de Mary Jenkins, dans la pure tradition galloise. On voit notamment que les bords ne sont pas finis par une bande de finition comme nous avons l’habitude de le faire ; les tissus de devant et de dos sont rentrés vers le centre. Certaines quilteuses françaises appellent cette finition « toi et moi ».

Dans un article précédent, je vous parlais de mon envie de faire un quilt d’inspiration galloise. L’harmonie des couleurs me parlait tant ! Puis je me suis rendu compte que j’avais dans un carton des blocs en attente, justement dans cette harmonie de couleurs. Alors le quilt gallois attendra, mon club de patchwork de Colomiers expose dans un mois, je vais mettre les bouchées doubles pour le terminer !! Vous le verrez, bien sûr, sur ce blog… Vite, je vais me replonger dans ces couleurs de brique et de pastel ! 

-=-

vie paisible

Vie paisible dans la campagne galloise, peinture sur bois de Valériane Leblond, mai 2011

-=-=-=-

Quilts gallois

Il est possible que les quilts gallois soient la base de l’inspiration Amish au moment où ces femmes ont décidé de faire des quilts, les ressemblances sont en tout cas parfois probantes et plusieurs livres répertorient les ressemblances :

am we welsh amish

Certains quilts ont un air de famille vraiment troublant ! La grande expo annuelle de l’année dernière au Centre Gallois du Quilt était sur cette connection et avait pour beau titre  » A Quilted Bridge » (un pont quilté). Regardez par exemple celui qui a été peint par ma jeune copine peintre, galloise d’adoption, Valériane Leblond :

valeriane leblond campagne galloise

On pourrait le croire Amish ! Ces quilts leur sont souvent antérieurs ; de là à penser que les femmes galloises émigrées en Pennsylvanie ont montré la voie aux Amish, il n’y a qu’un tout petit pas !

Dans ses peintures en cours qui seront en vente parallèlement à la grande expo de Kaffe Fassett à Lampeter, il y a un quilt qui me fait particulièrement de l’oeil :

quilt gallois

Valériane m’a dit que c’était la copie d’un « vrai ancien », de la collection de Jen Jones… J’ai une vraie envie de m’en inspirer, sa simplicité, et surtout sa palette de couleurs, me font si envie ! J’ai même retrouvé une photo de l’original :

WELSH

C’est bien lui !…

-=-

Gwyddau

Pour le plaisir, voici un autre tableau de Valériane !

-=-=-=-

La Couturière de Mrs. Lincoln

Le 30 janvier, c’est-à-dire mercredi prochain, sortira en France un film de Steven Spielberg sur les derniers mois du président des Etats-Unis Abraham Lincoln, assassiné après la Guerre de Sécession. Ce film ne cesse de recevoir de multiples récompenses, à nous bientôt de nous en faire une opinion ! 

Lincoln Movie

Parallèlement, un livre vient de sortir le 15 janvier aux USA sur la complicité qui liait la Première Dame Mary Todd Lincoln et Elizabeth “Lizzie” Keckley, ex-esclave d’abord choisie pour son remarquable talent de modiste et couturière, laquelle deviendra l’amie et confidente de l’épouse du Président. Jennifer Chiaverini a écrit cette biographie romancée, traçant le portrait de ces deux femmes au passé si différent, réunies pendant les quatre années troublées de la Guerre Civile*. Quelle belle tentation de lecture encore !

Mrs__Lincolns_Dressmaker-250x379

Ce livre aura peut-être enfin la chance d’être publié en français !?… 

Ici l’article précédent vous présentant Jennifer Chiaverini, cette grande romancière historienne, liant la grande Histoire à la vie des femmes… souvent quilteuses !

-=-=-=-

Pour l’histoire exhaustive d’Elizabeth Keckley,  on peut lire son autobiographie Behind the Scenes, thirty years a slave and four years in the White House, traduit en espagnol mais jamais en français… Désolée !

L’Assiette de Dresde – Constructions et perspectives

Les premières Assiettes de Dresde qui ont attiré mon regard sont celles-ci,  avec des bords en coquilles :

Dresde Boisseau

Photo tirée du livre « Patchwork et Boutis » de Nicole Boisseau :

Nicole Boisseau

Cette collection de livres  écrits par Nicole Boisseau montre la richesse du patchwork traditionnel américain, le dernier volume y ajoutant la tradition provençale du boutis et du trapunto. Ces trois livres ont été la base d’apprentissage pour nombre d’entre nous, avec leurs explications en français ! Les Assiettes de Dresde piécées en Liberty ont été maintes fois copiées avec bonheur, mais la plupart du temps sans le boutis qui l’orne merveilleusement. Il est presque inutile de préciser que ce travail est exclusivement cousu à la main.

Depuis quelques années, on constate un regain d’intérêt pour les Assiettes, parfois classiquement réinterprétées en tissus taupe pour un nouveau look, plus souvent « réaménagées » et cousues à la machine. Il existe un livre de référence sur ce bloc modernisé de maintes façons :

Anelie Belden

Je vais reprendre ici différents paramètres sur lesquels vous pouvez jouer afin de personnaliser votre maquette : le nombre de tranches et comment dessiner le gabarit, le centre, les bouts de tranches, le piéçage des tranches… et enfin une petite galerie de quilts récents. Tout ceci vous semblera peut-être fastidieux, mais j’essaie de répondre au mieux à vos interrogations !

-=-

 1 – Combien de tranches dans une Assiette de Dresde ?

Selon le modèle, le nombre de tranches varie, les assiettes les plus vues ont 6, 8, 10, 12,16 ou 20 tranches. C’est votre première décision ! Actuellement, le nombre préféré est 20 alors que les antiquités sont plutôt de 16 tranches. Moins de tranches? On privilégie un style plus simple, parfois naïf, associé par exemple dans un sampler avec des Sunbonnet.

Dresden by Deborah

Le côté naïf des Assiettes à 8 tranches est ici largement contredit par l’extraordinaire quilting à la machine de Deborah Poole de Shelley, Idaho !

2 – Comment dessiner soi-même un gabarit pour faire une Assiette de Dresde ?

Comment faire pour préparer son gabarit sans acheter de nouvelles règles ? Pour le dessiner, il suffit d’avoir un rapporteur pour marquer précisément un angle. Je m’explique : un cercle fait 360°. Il faut le partager en parts égales. Si vous voulez le partager en 4, cela fait 4 angles à 90°. Partagez en 8, les tranches feront 45°, et ainsi de suite. La multiplication doit toujours faire 360 ! 

Assiette à 6 tranches => angle à 60° (6 x 60 = 360)Assiette à 12 tranches
8 tranches => 45° (8 x 45 = 360)
10 tranches => 36° (10 x 36 = 360)
12 tranches => 30° (12 x 30 = 360)
16 tranches => 22,5° ( 16 x 22,5 = 360)
20 tranches => 18° (20 x 18 = 360)

 

Exemple pour dessiner un gabarit de tranche d’assiette de Dresde de 12 parts : 360° divisé par 12 donne 30, nous allons donc construire un triangle de 30°. Le schéma de droite est pour vous indiquer ce qu’on veut avoir, mais inutile de dessiner la roue entière.

A partir d’une droite et d’un point-cible marqué vers la droite de votre feuille, on positionne la cible du rapporteur sur ce point. Marquer l’angle choisi (ici 30°) et tirer une droite qui passe par le « point-cible » et « le point 30° ». Vous avez presque votre tranche !

Ensuite, vous pouvez les faire de la longueur que vous voulez tout en gardant le même angle : plus vous allongez ces deux traits, plus votre assiette sera grande. Veillez à avoir la même longueur des deux côtés et tracez une droite pour fermer ce triangle.

point-ciblemarquage 30°traçage 2e droitetraçage triangle

Vous avez ainsi le gabarit pour une assiette de Dresde à pointes (un tuto parmi d’autres ici). Cela remplace cette règle du commerce (celle-ci est pour 20 tranches et donc à 18°, c’est le nombre le mieux adapté aux pointes) :

Easy Dresden

On coupe la tranche, on plie l’extrémité large en deux endroit contre endroit, on coud, on coupe le petit triangle afin de mieux retourner… Une pointe est prête (un tuto ici) ! A faire à la chaîne, cela va si vite ainsi !

Remarquez qu’on peut enlever la partie la plus proche du point-cible car ce sera recouvert par le centre appliqué (voir plus bas).
Si vous voulez un gabarit traditionnel avec les extrémités arrondies, prenez un compas et dessinez un arc de cercle plus ou moins écrasé, selon que vous mettrez la pointe sèche plus ou moins à l’intérieur du triangle (mais toujours sur la ligne médiane tracée).

arrondi "bombé"arrondi "aplati"

La pointe du compas est toujours sur la ligne médiane pour dessiner un arc de cercle.

Cela remplace cette règle du commerce :

règle dresden plate

Règle pour faire des Assiettes à 10, 12 ou 20 tranches. Gabarits avec et sans marges de couture, tranches de diverses longueurs.

Attention, la précision est la clé de votre réussite. Un demi-degré de décalage (répété de 6 à 20 fois !) et votre assiette ne sera pas plate. C’est pourquoi les règles du commerce ont leurs avantages : en plus de leur transparence et leur épaisseur, elles sont fabriquées avec grande précision.

 

3 – Les extrémités des tranches

Dans les années 80-90, je ne connaissais que la finition arrondie des Assiettes (voir première photo). Nous avons vu comment faire le gabarit. En tissu, ces arrondis se préparent à la main, en bâtissant un petit ourlet avant d’appliquer sur le fond, toujours à la main. Ce modèle faisait fureur aux Etats-Unis dans les années 1920-30, avec les nouveaux tissus pastel et/ou avec les sacs de tissus imprimés (feed sacks) :

dresden feed sack

Il y a aussi les bouts de tranches en pointes, nouvellement en vogue car elles se font facilement à la machine, je vous recommande ici un excellent tuto pour faire des tranches en pointes. Rappelez-vous que vous pouvez remplacer la règle par votre propre gabarit (voir ci-dessus).

On peut aussi préparer des fleurs :

dresden minisfleur de dresde

Photos de Nana Company : adorables petits dessous de tasses faits par une talentueuse jeune styliste. A droite, l’arrondi a été préparé sur trois tranches pour faire une fleur.

Enfin, on peut « lisser » l’ensemble, le bloc s’appelle alors « wagon wheel » ou roue de chariot. C’est ce bloc qui est le plus utilisé pour les quilts modernes (voir ci-dessous).

4 – Le centre

C’est un cercle appliqué qui se met à la fin. Il est là pour cacher le départ des tranches ; on peut l’imaginer aussi en forme de fleur, de coeur… Son diamètre peut être minime, sa couleur discrète, ou bien jouer un plus grand rôle comme dans les exemples ci-dessous :

lion

Voici un joli petit lion fait par Lizzie.

Sunflower babyDans le même esprit, Sunflower Baby by Darcy Ashton

yankee quilter

Un coussin classique pour Noël fait par Yankee Quilter , avec une grande broderie centrale

dresden sun

Fun in the Sun de Carla, Lollyquiltz : l’imprimé central est mis en valeur.

Tout en conservant l’angle déterminé en fonction du nombre de tranches, vous utilisez uniquement la partie la plus large de la tranche (= la plus éloignée du point-cible) pour avoir un grand cercle central.

5 – Piéçage des tranches

Et ce n’est pas fini ! Ces fameuses tranches d’assiette, on peut aussi les modifier, les partager dans le sens de la longueur par exemple :

dresden halloween fig tree

Quilt pour Halloween de Fresh Figs. On peut utiliser un gabarit pour chaque pièce ou bien tailler dans deux bandes de tissus pré-assemblées, au choix.

Ou bien les couper dans le sens de la largeur ; c’est ce que j’ai fait, ainsi que Christine (voir article précédent).

Ou encore utiliser le tissu de fond une fois sur deux pour transformer l’Assiette en moulin :

dresden fans

Quilt réalisé par Geta Grama de Roumanie. Elle fourmille d’idées !

6 – Utiliser des portions d’Assiette de Dresde

FANS

Très connus, les éventails sont des quarts d’assiette. Ce livre (Fans de Jean Wells, C&T, 1987) est assez kitsch (d’inspiration victorienne) mais techniquement intéressant, il montre de multiples finitions possibles pour un éventail… et donc aussi pour les assiettes de Dresde : petits arrondis, pointes au milieu, pointes asymétriques, etc. Livre posé sur un quilt d’éventails que j’ai fait pour ma fille il y a plus de 15 ans.

De ces tranches d’assiette, on peut faire aussi des papillons :

Butterfly quilt 2 - The LindseysButterfly quilt blockmanique-papillon

Butterfly Quilt

Plus sophistiquée, l’ interprétation de France Aubert (Passion Patchwork) d’un quilt de blocs-papillons des années 1920 construits également à partir de l’assiette de Dresde (cliquez pour voir ici). Elle a aussi fait une manique de ce magnifique bloc (voir aussi ici).

On peut même faire des paons ! Voyez ici la création d’Hélène Vispé, éditée dans Les Nouvelles n° 114 (magazine réservé aux adhérentes de l’association France-patchwork) :

Paons Hélène

 

-=-=-=-

GALERIE DE QUILTS INSPIRES PAR L’ASSIETTE DE DRESDE

Fin des explications techniques (ouf ! direz-vous), voici maintenant une petite galerie de quelques merveilleux quilts récents avec Assiette de Dresde ou Wagon Wheel trouvés au cours de mes recherches ; comme vous allez le voir, la tendance est vers la grande assiette complexe. Régalez-vous !

 

THE BLUE CHAIR

From The Blue Chair

lollipops fig tree

Fresh Fig Tree, Lollipops

ferris fandango larene smith

Ferris Fandango, de Larene Smith (modèle en vente aux USA)

deb geyer

Deb Geyer (sur son blog ici)

hanginglanterns,Sarah Kielke

Hanging Lanterns, de Sarah Kielke (explications dans son livre « Quiting from Little Things »)

romance -Blue Mointain Daisy

Whirlwind Romance Quilt, de Rachel Daisy

wheel quilt

Exaltant modèle de Rachel de Stitched in Color  , patron en vente ici.

Peppermint Pinwheel

Peppermint Pinwheels a fait ce quilt très graphique, ainsi que le suivant :

carnival quilt by Peppermint Pinwheels at flickr.com

Peppermint Pinwheels a fait ce quilt en soie d’après un modèle de Norah McMeeking, de Bella Bella Quilts

spring field Akiko

Spring Field by Akiko Kawata

Promise of Joy

Dans ce livre, vous trouverez de nombreux modèles aux Assiettes de Dresde revisitées. Edition Quiltmania, bilingue English-Français. Kathy Doughty est une quilteuse australienne enthousiasmante !

Vous pouvez aller voir ici la galerie de Dresden Plate tops de Linda Rotz Miller, à l’impressionnante production en vente sur son site.

Et pour finir, ce quilt, un jeunot de quatre-vingt-dix ans :

01-96 B1071 Final.indd

Ce quilt impressionne par sa modernité  (Collection Nancy Ray)

-=-=-=-

C’est à nous de faire vivre et évoluer le patchwork, son avenir n’est pas écrit !

-=-

Articles précédents écrits sur les Assiettes de Dresde  :

– L’Assiette de Dresde – Aujourd’hui
L’Assiette de Dresde – Les origines
Des Assiettes de Dresde pour Noël

Merci d’avoir lu jusqu’au bout !

Katell, Quilteuse Forever

Un clin d’oeil à la période de l’Avent :

dresden santa

« Santa All Around » by Pearl Louise Krush (from The Quilter’s Quilting for Christmas Holiday 2012 issue)

-=-=-=-=-=-=-=-=-

La Reine du Crazy Victorien – Son livre

Vous souvenez-vous de mon enthousiasme après avoir visité l’exposition de Denyse Saint-Arroman l’année dernière ? Elle sait comme nulle autre faire des Crazy Quilts au charme fou.

Je n’ai pas oublié ce plaisir et pour notre Journée de l’Amitié (France-Patchwork 31) avant Noël, je trouvais judicieux de nous plonger dans cet univers de tissus précieux et de broderies qui brillent ! Denyse était donc notre invitée vendredi dernier et elle nous a éblouies par ses quilts où chaque centimètre carré ou presque est brodé, perlé, décoré… De près, nous sommes impressionnées par la technique et la patience, de loin nous apprécions la structure du panneau et son ambiance tantôt délicieusement désuette et rococo, tantôt extrêmement moderne… même en conservant la technique pure du crazy victorien (du XIXe siècle) !

Alors merci Denyse pour cette conférence érudite et si intéressante, même pour celles qui n’ont pas d’affinités particulières avec ce style ; c’était un challenge relevé avec brio.

Je ne ferai pas ici l’historique de cette technique passionnante car Denyse Saint-Arroman l’a remarquablement fait dans son livre qui vient de sortir :

Livre de Denyse Saint-Arroman sur les Crazy Quilts, posé sur mon petit crazy fantaisie.

Sachez seulement que, tout comme pour l’Assiette de Dresde, les origines de l’engouement du Crazy ont un lien direct avec la découverte de l’esthétique asiatique (chinoise et japonaise) en seconde moitié du XIXe siècle…

N’hésitez pas à vous offrir (bientôt Noël !!) ce livre très complet où vous trouverez tous les conseils nécessaires à la réussite de votre crazy quilt avec de nombreuses broderies expliquées pour orner votre ouvrage, ainsi que mille et une astuces…

Vente du livre sur son site : http://patchwork-perles-broderies.com/bibliographie.html

Récup’ sur un air de Jazz

Les blue jeans sont un des vêtements les plus emblématiques du XXe siècle… et cela ne semble pas changer au cours du XXIe. On en porte maintenant dans le monde entier et il y a beaucoup à raconter, de la création de la toile de Nîmes (denim) à l’emblématique Levi’s 501, du froc de travail aux podiums de haute-couture féminine…
La semaine dernière, j’ai beaucoup aimé l’article de Barbara Brackman sur les premières tentatives féminines pour porter le pantalon, bien plus commode. Cela donnait lieu a ce genre de réactions, si étroites d’esprit :

On n’a aucune envie de connaître l’homme qui fit ce dessin…
Illustration du blog « Grandmother’s Choice » de Barbara Brackman

Le bloc que j’ai fait la semaine dernière à ce sujet ne restera pas dans les annales, mais j’y ai mis mon « dress code » personnel : dans la vie quotidienne, je porte généralement un blue jean… avec n’importe quoi. J’aime bien le contraste du bleu indigo sobre avec un imprimé féminin, le nec plus ultra étant un chemisier en Liberty of London of course !

Du bleu indigo avec « n’importe quoi »,  cela fait des décennies que je m’habille ainsi !

-=-

Hier, quand le soleil était déjà bien bas, je suis allée avec mon mari voir l’exposition du club Calicot Patch de Villeneuve-de-Rivière, tout au sud de la Haute-Garonne, près de Saint-Gaudens. Juste avant  d’arriver à La Serre-de-Villeneuve, nous étions déjà enchantés de notre petit périple : le panorama est époustouflant de beauté ! Le village est sur la petite crête qui longe la chaîne abrupte des Pyrénées, le dernier bourrelet avant les cimes ; Les Romains y avaient construit une voie et une bastide, n’en déplaise à Obélix ils n’étaient pas si fous que cela… J’ai pu passer tranquillement une bonne heure à admirer les quilts pendant que mon mari contemplait l’extraordinaire coucher de soleil, avec les Pyrénées en contre-jour et le ciel mauve-indigo-pourpre-rouge-orange-rose…

Dans la salle des Fêtes de La Serre, le club Calicot Patch expose jusqu’à ce soir leurs ouvrages de l’année. Des challenges bien choisis entretiennent la créativité, bravo à toutes ! Je voudrais surtout partager avec vous un ouvrage fait par Hélène Vispé, celle que tout le monde a envie d’avoir comme amie… A toutes celles qui se demandent que faire avec tous les blue jeans usagés, voici une réponse très artistique :

Recyclage de blue jeans et d’étiquettes tissées issues de vêtements pour répondre à un challenge de « Récup’ Art » sur le thème du Jazz. Création d’Hélène Vispé.

Si vous aussi l’art de la récup vous démange, lancez-vous, cela apporte tant de satisfaction !

L’Assiette de Dresde – Les origines

C’est au tournant du XXe siècle que semble apparaître ce motif de bloc de patchwork, d’abord appelé de nombreuses manières avant que ne se généralise vers les années 30 l’appellation Assiette de Dresde. Vous pouvez en suivre l’évolution dans la Bible des blocs,  The Encyclopedia of Pieced Quilt Patterns de Barbara Brackman.

Alors, pourquoi donc ce bloc est-il nommé d’après une ville allemande ?…

Ayant vécu en Allemagne, je savais que Dresde -ou plutôt Meissen, à 20 km- était un centre historique de la porcelaine. Cela me semblait donc plutôt normal qu’un bloc de patchwork s’appelle « Assiette de Dresde » en hommage à ce haut lieu de la porcelaine baroque. Il ne faut pas oublier que les immigrantes d’origine allemande étaient fort nombreuses aux Etats-Unis !

Voici quelques pièces de porcelaine de Dresden/Meissen du XIXe siècle, dont quelques unes rappellent effectivement notre Assiette de Dresde. Les deux dernières sont le fameux motif de l' »oignon bleu »,  Zwiebelmuster en allemand, qui est, depuis sa création en 1730, le motif bleu-blanc qui a le plus de succès en Europe. A l’origine, ce n’étaient pas des oignons qui étaient dessinés sur la bordure mais des grenades ! Les motifs stylisés provenant d’Asie furent mal interprétés…

Fortuitement j’ai appris beaucoup au sujet de la porcelaine : en 2006, j’ai acheté un livre… un peu à cause de son titre, « Bleu de Sèvres » car dès qu’il s’agit de BLEU, j’ai tendance à acheter !! Dans ce roman fort bien documenté, nous apprenons toute l’histoire de la porcelaine, depuis cette connaissance millénaire chinoise,  les échanges culturels et commerciaux avec les voisins coréens et japonais, puis l’engouement européen des « chinoiseries et japonaiseries »… Les Cours Royales veulent absolument posséder ces divines porcelaines ! Lisez ce livre si vous aimez l’Histoire, vous apprendrez comment Limoges est devenu la première ville de la porcelaine française pour concurrencer la suprémacie européenne… de Dresde !

Pour mieux comprendre l’enjeu, il faut savoir que l’art de la poterie, c’est-à-dire le travail de terres argileuses, est extrêmement ancien dans le monde entier, argile cuite (=céramique)  décorée ou pas… Elle est solide, imperméable, mais reste d’aspect rustique.

La porcelaine, elle, est admirée d’emblée pour sa blancheur, sa finesse, sa transparence… Les premières pièces furent apportées en Europe par Marco Polo au Moyen-Age ; elle fut baptisée ainsi par le Vénitien qui la croyait au début fabriquée à partir de poudre d’un coquillage (la porcelaine, porcellana). Mais pour l’étymologie du mot lui-même, ce n’est pas très romantique, je vous laisse donc chercher  dans un dictionnaire

Voici la très belle collection de porcelaines de mon mari, passion depuis son adolescence !

Toutes les porcelaines ont une brillance naturelle superbe (ici, une Cypraea Mappa)

Ce sont donc les Chinois qui ont inventé la porcelaine à partir d’une roche argileuse blanche fine et très friable, le kaolin (mot d’origine chinoise), qui se vitrifie et devient translucide au-delà de 1200°C. On y ajoute du feldspath et du quartz pour le liant et la solidité. Il leur fallut plusieurs siècles pour arriver, au XIIe siècle, à obtenir la perfection. A noter que les Anglais nommèrent la porcelaine simplement china en raison de sa provenance… Ce qui était naguère  possible ne le serait plus maintenant, avec tout ce qui  est made in China !…

Porcelaine chinoise Ming du 17e siècle, voyez-vous ces décorations bleues ?… les Européens aiment tellement qu’ils s’en inspireront largement !

Bien longtemps après la découverte de la porcelaine par Marco Polo en Chine, cette vaisselle précieuse enchantera les riches tables européennes après l’ouverture des grandes Routes maritimes  et donc commerciales  entre l’Europe et l’Asie tracées par Vasco de Gama en 1498. Période d’ébullition avec la découverte récente de l’Amérique,  période d’intense évolution intellectuelle et artistique, bref c’est la Renaissance !

A savoir que le premier collectionneur historique de porcelaines asiatiques fut le Cardinal de Richelieu, qui possédait près de 400 pièces au XVIIe siècle. Ces grandes collections européennes étaient faites par des hommes, mais c’est   la passion de la Marquise de Pompadour pour la porcelaine qui fut à l’origine de la fabrication à Limoges des porcelaines françaises… Voir le livre ci-dessus !

Entre temps je me suis rendu compte que tous ces styles « européens » blanc et bleu que j’aimais, des services anciens Villeroy & Boch aux carreaux de Delft, de la fine porcelaine danoise Royal Copenhagen (ci-contre, aux accents lointains de blocs d’Assiette de Dresde) au motif typiquement allemand du Zwiebel de Meissen, tout, absolument tout était inspiré par… les Chinois et les Japonais…

Dès lors j’ai eu un doute raisonnable sur l’origine de ce qu’on appelle le bloc de l’assiette de Dresde.

Et effectivement, ces assiettes aux dessins découpés en tranches sont des motifs typiquement asiatiques (voir l’assiette chinoise ci-dessus). Avec plusieurs couleurs, elles sont directement de style japonais, dit Imari, connu en Europe d’abord grâce à l’extravagante collection réunie… à Dresde par Auguste de Saxe au XVIIIe siècle. Collectionneur acharné, il se disait atteint de la Maladie de la Porcelaine ! Il fit même construire « Le Palais Japonais » de Dresde pour y abriter son extraordinaire collection. Miraculeusement préservée des bombardements lors de la seconde guerre mondiale, cette collection compte environ 20 000 pièces, asiatiques et européennes. De là à assimiler les motifs de la porcelaine Imari avec la ville de Dresde, il n’y a donc qu’un tout petit pas… Collection à admirer dans le palais de Zwinger à Dresde, le Palais Japonais abritant à présent le Musée ethnologique.

 Cette assiette semble européenne par sa forme, alors qu’elle vient d’Imari/Arita. Ces porcelaines japonaises étaient à l’origine destinées aux Seigneurs de Nagasaki et Saga (sud du Japon).

La porcelaine traditionnelle Imari était principalement colorée en bleu (grâce à l’oxyde de cobalt), comme les porcelaines chinoises, mais aussi en rouge (oxyde de fer) et or. On y trouvait les mêmes dessins que sur les soies et autres objets nippons, des dessins géométriques mais surtout des fleurs. Certains dessins nous sont très familiers, regardez :

Antiquités du XIXe Siècle  – Porcelaines Imari du Japon

C’est donc pour la ville de Dresde une gloire probablement un peu usurpée, on devrait plutôt appeler le bloc de patchwork que nous connaissons « Assiette d’Imari » ou « Assiette d’Arita »! Imari est le port d’où partaient les porcelaines faites à Arita… Ces Japonais purent fournir aux Hollandais les porcelaines si prisées alors que la Chine, en proie à la guerre civile qui mit fin à l’ère Ming, était en rupture de stock. Avant que l’Europe ne réussisse à percer les secrets de la fabrication de la porcelaine, toute cette fine vaisselle traversait une grande partie du Monde avant d’atterrir sur les plus belles tables européennes ; après l’influence chinoise, la porcelaine Imari formata ainsi largement l’esthétique de la porcelaine en Europe. Puis on retrouva de manière un peu mystérieuse ces motifs utilisés en blocs de patchwork en Amérique !

Pour finir, j’ai envie de partager avec vous un très beau quilt fort justement appelé Imari  découvert lors de mes recherches sur internet :

Imari de Eileen Uchima – Une merveille ! Il mérite de l’attention, une foule de détails sont à découvrir…

-=-