En savoir plus sur les quilteuses de Gee’s Bend

Gee’s Bend est un hameau en Alabama, une terre encerclée par un méandre de l’Alabama River.

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En France, Gee’s Bend ne nous dit pas grand chose, mais c’est pour les quilteuses américaines le symbole de la découverte d’une autre manière d’aborder le patchwork, un pas décisif vers la liberté de faire ce qu’on ressent et non ce qu’on doit faire ! C’est la découverte des quilts de Gee’s Bend qui a donné l’impulsion de l’improvisation, chère à beaucoup d’artistes contemporaines. On peut dire que les quilts improvisés sont du jazz en tissus !

Ce territoire fut la propriété de la famille Gee au début du XIXe siècle, qui s’y installa et fonda une plantation de coton avec des esclaves. A la fin de la guerre de Sécession, les esclaves étaient libres, mais où auraient-ils eu envie d’aller ? La plupart restèrent comme métayers sur place. Ils vivaient en quasi-autarcie, parlaient un dialecte fait de mots africains et anglais et étaient profondément chrétiens, mais avec aussi beaucoup de réminiscences des croyances de leur continent d’origine. Ils restaient tellement isolés dans leur boucle de rivière que les autres Noirs les appelaient les Africains !

L’histoire de la plantation fit que les descendants d’esclaves purent devenir des locataires « pour rien » au tournant du XXe siècle, le nouveau propriétaire étant absent. Mais même isolés, ils subirent de plein fouet les effets de la grande dépression des années 1930. Beaucoup moururent de faim. La Croix Rouge découvrit leur village et les sauva. Roosevelt força le propriétaire absent à s’occuper des gens vivant sur sa terre. Avec l’aide de lois pour le fermage, des familles purent acheter la terre dont leurs ancêtres étaient esclaves. Le cauchemar est devenu un rêve !

Martin Luther King leur rendit visite au cours de sa campagne pour le respect des droits civiques, après les marches de Selma à Montgomery en 1965. Lui et Reverend Walters engagèrent les femmes à faire un « Freedom Quilting Bee » comme ailleurs en Alabama : au lieu de ne faire que des quilts pour tenir leur famille au chaud, elle pouvaient aussi faire des quilts pour les vendre, afin de gagner en autonomie. Bloomingdale, le grand magasin, acheta leurs quilts, ce commerce fonctionna un temps puis s’étiola. Cette histoire des années 60 est racontée dans ce livre :

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On reparla des quilts de Gee’s Bend dans les années 1990-2000 car un collectionneur (William Arnett) vit des photos de leurs quilts et fut frappé par leurs similitudes avec des œuvres de peintres reconnus du XXe siècle, comme Matisse ou Klee. Il se rendit à Gee’s Bend, acheta des centaines de quilts et monta des expositions. Ces quilts sont bien éloignés de l’orthodoxie américano-européenne et il s’ensuivit une série de discussions académiques et de controverses sur le concept de l’art en regard de l’artisanat de l’Alabama… ainsi que l’opportunisme du collectionneur.

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Timbres postaux édités en 2006 avec des quilts de Gee’s Bend en illustration.

Et pourtant, ces quilts secouèrent bien le monde des quilteuses et de la création artistique, c’est un peu partout l’éblouissement devant cet art spontané d’une miraculeuse beauté (Michael Kimmerman, The New-York Times) !

Comment sont ces quilts ? Ils sont… différents ! Bien sûr on reconnaît des blocs connus comme le log cabin, des étoiles, des triangles… Les tissus utilisés sont ceux de notre monde de consommation : blue jeans, tee-shirts, textiles synthétiques… Ce qui frappe, c’est leur audace dans la composition, signe de leur liberté. Les quilteuses apprennent avec leur famille, sans aucune contrainte ni influence qui pourrait normaliser leur création. Une quilteuse de Gee’s Bend à qui ont demande mais pourquoi as-tu fait comme ça ? répondra invariablement I did it my way, je l’ai fait à ma façon, à ma manière..Mais il faut savoir qu’elles ne sont pas les seules à quilter ainsi. Même si ce village est, par son isolement, un concentré de quilts improvisés sans règles, c’est une caractéristique générale des quilts utilitaires, en particulier dans les Etats les plus pauvres (ceux du sud-est des Etats-Unis). Nous pouvons penser à la chère Miss Sue, amie de Betty Smith, qui faisait elle aussi tant de quilts utilitaires…

Voici quelques quilts beaux, modernes et presque sages :

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Minder Coleman (née en 1956)
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Louisiana Bendolf (née en 1960)
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Annie Bendolf (1900-1981)
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Magdalene Wilson (1898-2001)
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Sally Bennett Jones (née en 1966)
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MertlenePerkins (1917 – 2015)

Vous trouverez encore des dizaines d’inspirations et de petits chefs d’oeuvre, avec la biographie des quilteuses, sur ce site : Souls Grown Deep. Ce qui me réjouit, c’est de voir que ces quilteuses vivent très âgées, malgré la traversée de tant d’épreuves au cours du XXe siècle. Je confirme:  quilter, ça conserve, je le vois autour de moi aussi !

Des livres, tous édités dans la décennie 2000-2010, sont maintenant parfois à des prix prohibitifs, d’autres restent raisonnables. Il faut aussi surveiller les offres de livres d’occasion ou se les offrir en numérique. j’ai trouvé ces références sur amazon.com, certains le sont aussi sur amazon.fr.

De William Arnett :518qir-m7zl-_sx434_bo1204203200_

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De Mary Lee Bendolf :

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De Elyzabeth Wilder :

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Il y a aussi de très nombreux livres d’enfants, parmi lesquels celui-ci qui raconte une histoire vraie :

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Mais très bonne nouvelle, ce livre sortira le 13 juin prochain :

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Voilà Ella, j’espère avoir répondu à ta question 🙂

Le mot patchwork en France

Parlons vocabulaire aujourd’hui.1463668020

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Costume de petassou contemporain pour un carnaval occitan.

En Occitanie comme ailleurs, les vernissages sont l’occasion de réunir Élus, professionnels, amis et artistes autour d’œuvres exposées temporairement. Au cours des discours ou des discussions nous faisons le point sur l’évolution de l’art concerné. Je me souviendrai toujours d’un Élu qui, lors de son discours sur une exposition de patchwork, nous sortit tout-de-go : J’aime tout dans votre art, tout sauf… son nom imprononçable ! Et de nous sortir des équivalents occitans : petas, petassou, petaçon, ce petit morceau de tissu qui sert à rapiécer, ravauder, rapetasser… En français comme en occitan, nous avons du vocabulaire, alors pourquoi ce mot barbare ?

Patchwork… le grand fautif ! C’est maintenant un mot connu en français, mais chez les non-initiés, il fait penser inévitablement à une couverture rapiécée sans grande valeur, faite par une grand-mère d’un temps révolu. C’est tout de même bien loin de nos beaux ouvrages, classiques ou modernes !

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Une très simple couverture en patchwork tient au chaud ce petit garçon malade. Illustration dans le conte Michka (écrit par Marie Colmont, Album du Père Castor). Moi j’aime ces quilts tout simples…

Paradoxalement, c’est nous les Françaises qui l’utilisons le plus, ce mot incriminé ! Le patchwork n’est que l’assemblage de pièces de tissus et nous l’utilisons souvent abusivement pour désigner l’ouvrage fini.

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Insolite, à l’Ecole d’Art de Blois : un mur est couvert de mots ! Ce sont des plaques émaillées de l’artiste Ben (Ben Vautier), patchwork inattendu de petites phrases simples sur l’art, la vie, l’ego… 300 raisons de réfléchir ou de sourire !

Le succès de ce mot tient peut-être dans l’importance de Sophie Campbell en France. C’est elle qui a fait connaître ici, plus tôt que dans d’autres pays européens, l’Art du patchwork ainsi dénommé. Ce mot claquant a été le sésame pour cette activité  qui se transforme si vite en passion !

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Le titre de ce livre est clair : il traite de l’appliqué et non du patchwork !

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Les titres des premières « bibles » des Françaises quilteuses sont sans doute l’explication du succès du mot patchwork. Ils expliquent comment faire des blocs en patchwork, alors on disait fièrement qu’on faisait du patchwork, puis qu’on avait terminé son patchwork, désignant l’ouvrage matelassé et terminé. Nous aurions dû parler de quilt, ou un autre mot local pour désigner l’ouvrage fini. Depuis, au petit bonheur la chance nous utilisons souvent un mot pour un autre, nous les prononçons comme on peut, mais finalement ce n’est pas bien grave !

ecussons_drapeau_quebec1Sophie Campbell aurait été québécoise, gageons que nous aurions toutes fait des courtepointes en France… Le vocabulaire est fait par l’Histoire !

qm117A lire par exemple, un article dans le nouveau Quiltmania (117) qui insiste surtout sur le fait qu’il ne faut pas appeler quilt un ouvrage fait de 2 épaisseurs seulement (les coverlets par exemple, les dessus-de-lit sans molleton) ni ceux qui sont noués (car non quiltés au point avant). C’est la différence entre matelassage et quilting : le mot français inclut l’assemblage avec les nouettes qui s’apparente au capitonnage et aussi le boutis !

Mais que dire à la place ? Autant chercher des mots français… Quand je me présente à une personne inconnue à qui je parle de ma passion, j’évoque l’art textile tout d’abord, terme générique des ouvrages de tissu, de fil et d’aiguille puis j’affine, si l’interlocuteur est intéressé, en parlant de quilts, de patchwork, de plaids et de tableaux muraux, de couleurs et de géométrie, d’histoire sociale des femmes et d’émigration, de rencontres et d’amitié… Tout ce qui fait que notre activité est bien plus que de l’assemblage de tissus ! Et pourtant je ne fais presque jamais du mix-media… qui s’approprie trop souvent le mot art textile en France !

motsQuels sont vos ressentis, entre mots français et anglais ?… Aimeriez-vous un effort national pour mettre de l’ordre dans notre vocabulaire, ou bien est-ce un sujet qui vous indiffère ?…

Un quilt pour Michelle Obama

Vous n’avez certainement pas oublié Miss Sue, cette femme qui jusqu’à son décès à 98 ans quiltait des quilts traditionnels au fin fond de la Géorgie puis de la Floride, et qui enseigna cette ancienne technique à Betty Smith, spécialiste des arts afro-américains. Si vous lisez ce blog depuis peu, ou si vous avez envie de vous remémorer ces longs moments passés avec ces deux femmes extraordinaires, voici par ordre chronologique les articles qui leur ont été consacrés :

Depuis ces articles, Betty garde en elle l’impérieuse nécessité de faire connaître aux jeunes générations la fabrication de tels quilts, les Pine Cone quilts (ou Pine Burr quilts, ou encore Cuckleburr quilts). Un autre jour, je vous raconterai en détails son actualité, mais sachez qu’elle expose et donne des cours. Aujourd’hui, je vous raconte l’idée qui a cheminé dans son esprit cet automne.

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Betty a appris que la First Lady, Michelle Obama, admirait grandement Alma Thomas (1891-1978), une femme peintre originaire, comme Miss Sue, de Georgie. Née en 1891, cette artiste n’eut de succès qu’à partir de ses 80 ans ! Elle a fait d’abord carrière comme professeur d’art en université, mais ce n’est qu’à la retraite qu’elle s’est mise à être exposée et reconnue. Son style est l’expressionnisme abstrait, issu en quelque sorte du pointillisme de Seurat ou Signac. Ce fut la première artiste noire à avoir une exposition en solo au Musée Whitney de New-York en 1971, précisément au même endroit et la même année que la grande expo de quilts qui a relancé la fierté américaine pour leur patrimoine textile !

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Autumn Leaves fluttering in the Breeze
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Starry Night with Astronaut
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Grassy melodic Chant
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Moving Heaven & Earth
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Dancing with Spring Flowers

Dans une des salles à manger de la Maison Blanche est accroché un de ses tableaux, choisi par Michelle O. elle-même. Betty en a été émue, elle qui admire aussi cette artiste. De plus, vous voyez le Dancing with Spring Flowers, ne trouvez-vous pas une ressemblance avec un Pine Cone quilt ?

Betty a donc décidé de témoigner son admiration à la fois à l’artiste et à Michelle Obama, cousant point par point en pensant à ces deux femmes…

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Quilt dans l’esprit d’une peinture pointilliste d’Alma Thomas, fait par Betty Smith.
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Le dos montre les points d’ancrage des triangles, dans la pure tradition afro-américaine.
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Betty chez elle, montant le sampler créé pour Michelle Obama (novembre 2016)

Et le quilt fut expédié à la Maison Blanche pour Thanksgiving.

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Une très belle lettre accompagne ce sampler de quilt traditionnel géorgien. Betty m’en a envoyé une copie, elle raconte avec talent les liens entre Miss Sue et elle, et la connexion avec les peintures d’Alma Thomas.
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Betty a agi, n’écoutant que son cœur, ressentant beaucoup d’émotions en pensant à la fin de la présidence Obama. Il y a deux jours, un courrier a agi comme un immense rayon de soleil dans sa vie : la réponse des Obama ! C’est bien sûr une réponse standard, mais signée du couple présidentiel :

Quoi de mieux que de vivre ses rêves ? Betty continue de vouloir faire connaître et reconnaître ces quilts. Par la magie d’internet, cette forme de patchwork émerge chez certaines artistes modernes… Bien sûr je prépare un article à ce sujet !

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Michelle Obama fait ce vendredi 6 janvier un discours remarqué, mettant en valeur le personnel qui s’occupe de la jeunesse. C’est son credo : l’éducation des jeunes pour un monde meilleur. Cela tombe bien : Betty y a consacré sa vie professionnelle étant d’abord professeur d’art, puis spécialiste en éducation pour enfant en besoins spéciaux et finissant sa carrière comme Principale de lycée et administratrice de district. Encore un point commun entre ces femmes remarquables !

Le quilt de la reine Lili’uokalani

Ma chère amie Maïté m’a envoyé des photos au cœur de l’été au sujet d’une histoire insolite, méconnue (du moins en France), triste et touchante. On se croirait dans un roman exotique, mais  Lili’uokalani a bien existé et voici un pan de sa vie.

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Lili’uokalani, ici en 1891, eut un destin unique.

Hawaï, Hawaii ou Hawai’i, au choix, est un archipel de 137 îles nommé d’après l’île principale, perle américaine du Pacifique, paradis de vacances au son du ukulélé, réserve de merveilles de la nature, spot de surf, lieu de naissance de Barack Obama en 1961… et je n’en savais pas grand chose d’autre.

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Je ne m’étais jamais demandé comment cette île avait bien pu rejoindre le géant étasunien.

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Paysages paradidiaques…

Pour faire court, ces îles polynésiennes furent découvertes par l’Occident par le grand explorateur James Cook en 1778. Il les baptisa les Îles Sandwich : il aurait aussi pu les nommer Îles Ananas, tant qu’à faire !

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L’ananas, soleil d’or de Hawaii!

cookJames Cook mourut à Hawaii un an après, battu à mort par les natifs (on dit qu’il fut ensuite mangé… mais rien n’est sûr). Cela ne lui a pas porté chance de baptiser ces îles en hommage à John Montagu, comte de Sandwich (Angleterre), diplomate et amiral, mais aussi joueur invétéré corrompu ! La légende veut que ce comte ne voulait pas perdre de temps à se mettre à table pour manger, d’où la préparation avec une tranche de bœuf au milieu de deux tranches de pain Sandwichnommée ensuite sandwich…

Les îles s’unifièrent en royaume en 1810, dynastie qui perdurera jusqu’en 1893 pour laisser place à une République éphémère et troublée, puis elles devinrent territoire américain jusqu’à devenir en 1959 un Etat des Etats-Unis à part entière, le 50e. C’est le destin du dernier monarque qui nous intéresse aujourd’hui, une femme nommée Lili’uokalani.

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Lili’uokalani régna de 1891 à 1893. Tableau de William Cogswell.

Lili’uokalani (1838-1917) succéda légitimement à son frère au trône d’Hawaii en 1891. Elle avait à cœur de restaurer les prérogatives de son peuple vis-à-vis des Américains et des Européens de plus en plus « envahissants » ; le port de Pearl Harbor est idéalement situé comme base économique du Pacifique pour les USA… Hélas, les haoles (les riches blancs) contestèrent donc rudement l’autorité de Lili’uokalani et ne la laissèrent pas longtemps en place : la Reine fut destituée deux ans après. Les troubles durèrent jusqu’en 1895, date à laquelle elle fut arrêtée, soupçonnée de rébellion, et gardée de force dans une chambre de son ancien palais royal à Honolulu. Enfermée une année, cette femme très pacifique (chrétienne mais aussi proche des bouddhistes et shintoïstes d’Hawaii) avait une âme d’artiste qui l’aida à passer le temps : elle écrivit des poèmes, ses mémoires, composa des chants devenus célèbres… et fit un quilt à sa manière !  Elle sera réhabilitée et dédiera sa fortune dans son testament pour sa Fondation pour les enfants orphelins et déshérités d’Hawaii.

Voici le quilt fait par la Reine durant sa captivité, quilt qui n’a rien de commun avec les habituels quilts hawaïens actuels mais tout à voir avec son époque :

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Quilt crazy victorien de Lili’uokalani, fait en 1895. De fait,  dépêchée par son frère, Liliuokalani avait mené la délégation royale  hawaïenne vers Londres pour le Jubilée d’Or de la Reine Victoria en 1887. Les toilettes colorées des Hawaiennes y firent sensation et c’est peut-être là qu’elle vit et aima ce genre de quilts à la mode !

Par amitié, la dame de compagnie de la reine resta tout le long de l’assignation à résidence avec elle. La fidèle servante ne partait que le dimanche pour rendre visite à sa famille. Le quilt fut probablement fait par les deux femmes ensemble. Vu dans son ensemble, ce n’est pas le crazy le plus esthétique du monde, mais il témoigne de tant de choses et de près, il est somptueux. Il est immense (presque 2,50 m de côté), fait de chutes de vêtements féminins d’alors, principalement de soie, velours, rubans, lin… Il est extrêmement fragile et est à présent exposé sous verre dans sa chambre de détention. La différence esthétique entre les blocs provient du fait que l’ex-reine assembla des parties faites au fur et à mesure, sans savoir quand son incarcération finirait. L’avait-elle commencé avant son arrestation ? L’a-t-elle assemblé après sa libération ? Je l’ignore. En tout cas, Lili’uokalani ne remonta jamais sur le trône et vécut jusqu’en 1917.

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Bill Clinton, 1993

Bill Clinton, au nom des USA, présentera tardivement un texte d’excuses (Apology Resolution) au peuple hawaiien en 1993. Le revenu médian des ménages est nettement au-dessus de la moyenne dans cet Etat, la population est très diversifiée et il fait bon y vivre ! Pourtant l’indépendance d’Hawaii est un sujet épineux pour une partie de la population et des revendications d’indépendance restent d’actualité. 

Voici des photos de détail, les premières proviennent de Mary Agnes Howard, l’amie de Maïté qui a visité le palais d’Honolulu cet été. On a donc quelques reflets inévitables, mais le quilt est bien visible. Merci à toutes deux !

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La bordure noire encadre bien les carrés de styles variés et donnent une unité, ce qui n’empêche pas mille et une fantaisies !

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Faune et flore de l’archipel sont bien présents, très joliment brodés.

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Le quilt de style victorien est extrêmement bien brodé et recèle de nombreuses allusions au peuple hawaiien, mais aussi tout ce que l’on trouve habituellement dans un ouvrage de ce genre (livre).

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(livre)

La reine déchue mit dans son quilt tout son amour pour Hawaii, pour sa famille… Un livre montre de nombreuses photos détaillées du quilt avec son histoire et certaines photos ci-dessus proviennent de cette source :

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Livre de 28 pages toujours disponible aux USA.

Et voilà comment, une fois de plus, la grande histoire s’apprend grâce aux quilts !

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 EDIT à 10 h : je viens d’apprendre que le Président Obama vient de quadrupler, à l’ouest de l’archipel d’Hawaï, une zone protégée de la planète qui devient ainsi la plus grande du monde, à lire ici en français. La pêche commerciale, l’utilisation des fonds sous-marins sont désormais interdites, mais la pêche traditionnelle hawaïenne reste autorisée. Protection de la Nature : Yes we can!

QAL à la manière de Gwennie : le quatrième thème est dévoilé !

In extremis dimanche dernier (dernier jour de juillet !) j’ai partagé ma bordure ayant trait à l’enfance, à la manière de Gwenny, sur le blog de Cynthia qui avait choisi ce thème. Mais je n’avais pas fini mes étagères et piles de livres… Ouf, ça y est ! En voici quelques détails.

J’ai profité de cette bordure pour y glisser quelques lisières :

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French General : j’ai inclus beaucoup de tissus de cette gamme dans ce top, ainsi que des tissus Neelam (tissus indiens imprimés artisanalement à la main). Ils se marient très bien ensemble ! Mais mon panier de scraps est rempli de chutes de tissus de beaucoup d’autres provenances…

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Bonnie Blues vient aussi d’une lisière, ainsi que les petits picots du livre en bas.

Le tissu blanc est de la styliste Brigitte Heitland (ZEN CHIC) :

 La Ruche des Quilteuses

Cette écriture très discrète, en allemand, me rappelle mes années hambourgeoises. J’étais adulte, mais mes filles sont nées là-bas et leur petite enfance fut bercée par autant d’histoires françaises que germaniques, leur école maternelle était un Kindergarten et tous leurs amis ne parlaient qu’allemand ! Ce tissu a donc toute sa place ici.

J’ai profité d’une tranche de livre pour signer :

 La Ruche des Quilteuses
Étiquette tissée sur commande, commandée sur internet.

Puisqu’on en est aux détails et confidences, voici un petit bout fleuri venu de Seattle mis dans la bordure précédente !

 La Ruche des Quilteuses
LeeAnn, do you remember this fabric? It was in the bundle you offered to me! You are always on my mind!

Un mot important… LIRE ! La Ruche des Quilteuses

Avec mes remerciements à Tonya Ricucci qui a apporté au monde du patchwork la liberté d’écrire des mots en piécé, qu’on ose ajouter même si c’est de guingois comme ici! tonya ricucciBéatrice a déjà écrit ainsi dans son top moderne, à voir ici.

Gwen Marston écrivit, dans la préface du livre de Tonya, que l’idée du piéçage de lettres ne l’avait jamais effleurée et que cette démarche l’enthousiasmait ! Résultat, Gwenny a utilisé cette méthode pour signer ce très fameux médaillon de style Folk Art :

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Liberated Medallion Quilts, Gwen Marston, pages 64-65.

J’ai appris hier soir sur la page FB de Tonya que le stage de Gwen Marston, programmé en septembre dans le Tennessee, est annulé en raison d’une opération… Souhaitons à Gwen toute la santé pour bien récupérer… Ce stage faisait partie des tout derniers programmés avant sa retraite prévue fin 2016.

Et maintenant, voici le dernier top de Tonya Ricucci, fidèle à sa technique et son univers, plein de noms de personnes qu’elle aime, de mots doux et de bandes irrégulières, un top dense, travaillé et pourtant si joyeusement libéré :

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Is is so inspiring and well-balanced, Tonya!

Voici donc où j’en suis de mon médaillon à la manière de Gwennie, à la fois traditionnel et libéré :

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Prochain encadrement à faire ce mois-ci avec du log cabin, puis des étoiles !

Depuis le 1er août, nous pouvons admirer la créativité des participantes qui montrent chez Lori leur bordure en log cabin (thème choisi par  Cathy de Big Lake). Un bon moment de partage d’une quarantaine de quilteuses passionnées…

Pour le 1er septembre, le thème est : les étoiles. Libérées, bien sûr ! Merci à Katy Quilts pour cette bonne idée !

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Ce projet continue de me plaire, je me sens si bien dans ce joyeux groupe qui rend hommage à Gwen Marston !

Unforgettable

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Unforgettable, inoubliable, c’est le nom donné à l’exposition cuvée 2016 de quilts historiques au Welsh Quilt Center (le Centre des Quilts Gallois) créé et toujours dirigé par Jen Jones. Cette exposition est à voir à Lampeter du 5 mars au 5 novembre, du mardi au samedi (11 h – 16 h 30 sauf jours fériés).

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Pour mémoire : le Pays de Galles (Wales) est une partie du Royaume-Uni, ici avec un dessin de dame au chapeau haut. Ce territoire conserve beaucoup de particularités celtiques, comme sa langue gaélique encore vivace de nos jours. Lampeter est du côté du S de Wales !

D’inoubliables quilts anciens gallois, souvent récupérés au fin fond des granges et des étables, sont exposés et montrent des couvertures finement matelassées.

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Le quilting très complexe, fort décoratif qui ne suit pas les dessins faits par le patchwork sont typiques de cette terre celtique. (photo)

Je ne peux m’empêcher de me rappeler que plusieurs spécialistes, parmi lesquels Jen Jones, soupçonnent que ce sont ces quilts gallois qui inspirèrent le style Amish… J’avais déjà évoqué ces fortes présomptions ici et mon amour des quilts gallois par là.

Parfois parfaitement piécés, souvent de guingois comme tant de quilts anciens, ils sont tous quiltés étroitement pour contenir le remplissage fait de chutes de laine : nous sommes dans un pays riche en moutons et on utilise ce qu’on a sous la main !

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Peinture de Valériane Leblond qui évoque la proximité des moutons et des quilts au Pays de Galles. Comme à l’accoutumée, Valériane a peint un quilt de la collection de Jen Jones ! Valériane fut la première artiste à exposer temporairement cette année, d’autres se succèdent tout au long de l’été.

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Paysage automnal aux moutons, Valériane Leblond

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L’heure de la tonte, Valériane Leblond.

Les tableaux disponibles de Valériane Leblond se trouvent dans sa galerie.

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Richesse des scrap-quilts… Il arrive que ces quilts soient assemblés à la machine à coudre, mais ils sont toujours quiltés à la main (photo)

Cette exposition inoubliable fait le lien du savoir-faire gallois en matière textile, montrant également une collection de costumes anciens, souvent faits des mêmes tissus que les quilts, ainsi que des chapeaux, marque distinctive de la femme galloise du XIXe siècle.

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Documents montrant des femmes du Pays de Galles avec leur chapeau si caractéristique.

_41786128_welshhat3.203Pourquoi ces chapeaux ? Le spécialiste Michael Freeman convient que son origine reste quelque peu mystérieuse. Ce chapeau de feutre faisait partie des vêtements de sortie ou du dimanche et sa forme était peut-être copiée des chapeaux hauts portés par les cavalières fortunées, mais pourquoi ?… Il n’en reste pas moins que le chapeau gallois féminin reste très populaire dans les mémoires, symbole de fierté et d’appartenance au pays. Sa production est limitée dans le temps, apparemment des années 1830 aux années 1880. Ensuite, le port du chapeau s’est limité à des manifestations exceptionnelles et ils étaient donc précieusement conservés.

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Les jupes, les tabliers, les châles à carreaux ou à rayures, couronnés du fameux chapeau, constituent le costume traditionnel du XIXe siècle du Pays de Galles. (photo)

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Femmes filant la laine et prenant le thé

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Les sœurs Modryb en 1872 (Martha, Nelly et Gwenno). Nous notons la présence d’un bonnet blanc sous le chapeau.

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Nous voyons bien ici l’association des rayures, des carreaux, des imprimés fleuris… base de quilts à venir !

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Photo du site Welsh Quilt Center

Des stages, ainsi que des œuvres d’artistes contemporains complètent cette exposition inoubliable :

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Bedtime Blues, détail, Wendy Greene, une exposante parmi beaucoup d’autres !

Le Challenge Jen Jones 2016 : faire un quilt inspiré d’un de ceux de la collection de Jen Jones… C’est faire un peu comme Valériane Leblond, prolonger la beauté des quilts créés naguère en leur donnant une autre vie ! Tout renseignement complémentaire par ici . Vous serez peut-être tenté(e), à votre tour, de faire un quilt inoubliable…

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NB : Susan Briscoe a récemment visité cette exposition, voyez son beau reportage par ici !

Echos du passé : la baratte à beurre

J’aime regarder les photos anciennes qui sont autant de témoignages directs de la vie d’antan. En ce qui concerne les clichés d’Amérique du Nord montrant les conditions de vie des pionniers, je traque toujours ce qui a inspiré les femmes dans leur création de blocs de patchwork… On ne se refait pas !

L’économie domestique, tout comme en Europe, était basée sur le troc avec les voisins ou les colporteurs. Tant de choses se faisaient à la maison et on échangeait ce qu’on savait faire, avec les matières premières disponibles.

Churning & Daydreaming
Le beurre se préparait à la maison quand on avait du lait à la ferme. 

En voyant cette baratte (pour faire du beurre), je ne vois pas le rapport avec le fameux bloc « Churn Dash » alias palette de baratte à beurre, le plus souvent traduite simplement par baratte. C’est que je n’ai pas vu ce qui agite la crème fraîche à l’intérieur ! Parmi les très nombreuses palettes ingénieuses qui toutes permettent d’agiter la crème, de l’oxygéner et ainsi de précipiter d’un côté les matières grasses, de l’autre côté de petit-lait (ou babeurre), j’ai trouvé la photo de celle-ci :

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On comprend ici comment un jour, une femme a eu l’idée d’appeler son bloc du nom de cet objet ! Photo de ce blog.

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Cette baratte en grès et bois est du XVIIIe siècle.

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Le beurre se fait un peu partout ! Ici, au Tibet.

Ces barattes sont les plus rudimentaires et réclament beaucoup d’énergie et de patience ! Les femmes chantaient souvent des chansons consacrées au barattage, pour les aider à tenir le rythme. barattenormandexPlus sophistiquée, la baratte normande est plus rapide pour séparer le beurre du petit-lait, nous en avions un bel exemplaire dans la salle d’exposition de Fibre Occitane à Roques-sur-Garonne.

Le bloc Churn Dash est un des plus simples, mais pas le moins beau, il permet tant de variations de couleurs et valeurs ! Il faisait partie des tout premiers blocs appris par les petites filles. Si populaire, il est appelé de toutes sortes de façons : baratte à beurre, mais aussi trou dans la porte de la grange, assiette cassée, tête de dragon, poules et poussins, marteau de Lincoln, nœud d’amour et tant d’autres… N’est-ce pas poétique tout ça ?

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Un quilt antique de 1890 environ, trouvé dans le comté de Lancaster. Son lumineux fond « cheddar » était très à la mode.

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Quatre variations classiques vues ici.

Intemporel en rouge et blanc :

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La beauté des quilts traditionnels est infinie.
Plus modernes et toujours attractifs :

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Très beau quilt de Marianne Fons (vu ici)

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Impressionnante perspective de ce quilt fait par Patricia Nordmark : Shoo, fly!

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De Joëlle Vétillard, 30 ans, 30 blocs, en hommage à France Patchwork en 2014.

Brigitte Didier
Toujours pour les 30 ans de France Patchwork, l’interprétation de Brigitte Didier.

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Un bloc unique est très beau aussi ! 

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Un rayon de lumière sur des blocs ! Lisa Ellis Quilts

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Mise en abîme du bloc par Quilt Jane, Australie.

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Barn Dance, Denise Russart

Les barattes libérées et distordues de Fresh Lemon Quilts
Les barattes libérées et distordues de Fresh Lemon Quilts

Et le beurre dans tout ça ? Il est possible de le faire à la maison (voir ici ou ici) : drôle à faire, un peu magique pour les gens du XXIe siècle, à essayer avec des enfants !… Mais je préfère faire du patchwork.

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Dans le beau livre d’images Quiltscape II de Rebecca Barker, une illustration du quilt « Hole in the Barn Door » devant une scène de ferme, avec un trou dans la porte de la grange (traduction littérale du nom du bloc).

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Pour finir, un très joli bloc de Lori Holt du blog Bee in my Bonnet !

Aérer les quilts au printemps

51OYibmU-fL._SX305_BO1,204,203,200_Dans le livre de Tracy Chevalier à paraître le 11 mai, on fait allusion au grand nettoyage de printemps, dont une des tâches était d’aérer les quilts.  Après un hiver entier de superposition des couvertures pour se protéger du froid, les quilts devaient être débarrassés de la poussière intérieure (le sol était, au XIXe siècle, souvent de terre battue), de la suie de cheminée, de bestioles (eh oui), des odeurs corporelles… C’était à cette période le lavage ou au moins le battage, puis la mise sur fil pour un grand bol d’air et de soleil purificateurs !

Seattle Cabin Quilt Airing
http://piecingthepastquilts.blogspot.fr/2016/01/sunday-pics_17.html

Cette photo nous dit beaucoup de cette famille : autant de quilts pour une maisonnée donne une indication sur le froid qui peut régner l’hiver… et aussi la patience de la femme ! Les édredons/oreillers/matelas devant, sans doute remplis de plumes et autres matières calorifiques, renforcent cette impression. Nous sommes près de Green Lake, un magnifique lac de la ville de Seattle, devant une maison construite en 1869. La photo, elle, est prise vers 1900.

“Typical farmhouse, spring housecleaning, homemade quilts and bedding in sun. Coffee County, Alabama.” Photos taken April 1939 by Marion Post Wolcott.
En Alabama, avril 1939

Pour commémorer cette habitude que tout Américain garde dans un coin de sa mémoire, une journée festive des quilts est parfois organisée par des clubs, des magasins ou des communes. Ici par exemple à Franklin en Caroline du Nord, cet événement a lieu le jour de la Fête des Mères (soit le deuxième dimanche de mai dans beaucoup de pays… sauf principalement la France, Monaco et des pays d’Afrique francophone).

Prenez le temps de la balade de 3 mn pour admirer ces quilts qui prennent l’air !

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C’est le printemps aussi chez Valériane Leblond (au Pays de Galles), on aère les quilts et on plante dans le potager !

 

 

Comment est le nouveau roman de Tracy Chevalier ?

montesquieuMontesquieu a écrit : « Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dispersé ». Dans le même ordre d’idées, il a écrit également : « Aimer lire, c’est faire un échange des heures d’ennui contre des heures délicieuses ». à vos livres – ou à vos tissus 😉 – pour échapper momentanément à la tristesse du monde…
At the Edge oh the Orchard, Tracy Chevalier, 2016.

Couverture américaine du dernier livre de Tracy Chavalier
Couverture américaine du dernier livre de Tracy Chavalier

Si vous cherchez une lecture enchanteresse sur l’épopée de la vie des pionniers, passez votre chemin. Dans son nouveau roman, Tracy Chevalier nous plonge avec rudesse -et beaucoup de recherches historiques- dans la vie quotidienne d’une famille installée au nord de l’Ohio, dans un marécage où sévit une boue noire collante ainsi que des moustiques, rendant la vie quotidienne extrêmement pénible … Malgré tout le chef de famille réussit à faire survivre sa famille en plantant des pommiers. Son amour des arbres, sa compréhension intime des rythmes de la nature sont palpables.
Mais quelle famille ! Le couple se dispute pour quelle variété de pommes favoriser – des pommes à croquer ou des pommes à cidre ?
Ah, le goût de la pomme reinette !!! Oh, le calva-maison qui permet d’oublier momentanément ses soucis…
Vous apprendrez des détails de la vie dans une Log Cabin, les affres de la solitude d’une famille sans lien social, esseulée les longs mois d’hiver… Des dix enfants nés, cinq succomberont au paludisme. Père et mère se battent, et battent leurs enfants ; on ne sait s’il y eut un jour de l’amour entre eux. Tantôt l’un ou l’autre trouve quand même un peu grâce à nos yeux, mais non, nous ne les aimons pas. La tension monte, le drame couve. Au fil du roman, nous saurons ce que deviennent les survivants avec leurs lourds secrets.

Puis, sans connaître le drame, nous suivrons les traces du plus jeune, Robert, parti sur les routes. Je vous laisse découvrir la suite…

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Antique 9-patch quilt du début du 20e siècle, quilt utilitaire. En vente chez Laura Fisher.

Parle-t-on de quilts ? Oui, bien sûr ! Le couple installé en Ohio utilise quotidiennement un nine-patch fait avant leur départ du Connecticut, réunissant des morceaux de vêtements de la famille qu’ils ne reverront jamais plus ; le mari, à un moment, plongera dans ses souvenirs en le regardant. C’est un quilt multi-usages, qu’on rapetasse autant de fois que possible. Le quilt sert pour dormir au chaud l’hiver, il sert aussi quand on grelotte en plein été à cause du paludisme… Au fil du roman on constatera sa présence en voyage, pour les naissances comme pour les morts… Un vrai quilt de famille, un quilt de vie.
La femme aère les quilts quand le temps le permet, mais leur fabrication fait simplement partie des corvées ménagères… Quand je vous disais qu’elle n’était pas sympa !!

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Couverture de l’édition britannique.

Le fil conducteur du livre est l’amour des arbres. Des pommiers aux séquoias, de la graine au fruit, de la plantation à l’abattage, j’ai senti la sève de la nature nourrir la vie de ces personnages. Certains ont d’ailleurs réellement existé (un point commun avec le roman d’Elizabeth Gilbert, l’Empreinte de Toute Chose) et une carte des USA des années 1850 nous permet de suivre géographiquement les protagonistes : on voyage aussi dans cet immense pays en construction, dans les déserts comme dans les villes, avec Robert on devient de grands nomades visitant l’immensité et la variété de ce territoire. C’est aussi  un hommage aux Américains anonymes qui ont tant souffert pour édifier leur patrie. Venus d’Europe, leur vécu les a profondément changés et ces différences perdurent jusqu’à nos jours.

800px-Giant_sequoia_exhibitionismL’évocation des séquoias est passionnante. C’est en 1852-53 que commence l’exploitation sans retenue de ces arbres-mammouths, les plus volumineux pins du monde. En général, les arbres n’étaient considérés que comme matière première, abattus pour la construction de tout bâtiment et de tout meuble, de routes (voir plus bas), du chemin de fer, pour le chauffage et la cuisine, etc. On les considérait uniquement à la disposition des hommes. Scientifiques et exploitants forestiers ont des vues divergentes et ces arbres extraordinaires ne seront protégés qu’un siècle plus tard. Dans ce livre on côtoie quelques amoureux des arbres, chacun à sa manière. Et à présent, même si on connaît leur rôle de « poumon de notre Terre », même si leurs défenseurs se battent, des forêts continuent d’être massacrées sans discernement. Les antagonismes durent donc depuis des siècles mais bientôt, il sera trop tard…

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Une association que je soutiens, Sauvons la forêt. Et pour compléter, vous pouvez voir ici 16 photos d’arbres spectaculaires.

Ce livre est riche mais rude, les gens comme la nature ne sont pas toujours aimables ! Je suis ravie d’avoir lu des livres de jardinage en anglais, sinon j’aurais été perdue par le vocabulaire spécifique du début ! Et je me demande bien comment seront traduits le récit de la femme puis les lettres de Robert, écrits par l’auteur dans un anglais bien écorché ! Je suis sûre que le traducteur ou la traductrice s’en sortira avec talent. CorduroyroadJ’ai quand même découvert les corduroy roads, « les routes de velours côtelé »… qui sont des routes faites de rondins comme ci-contre !

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Et voici l’édition en français qui sortira le 11 mai (cadeau pour la fête des mères ? Moi je l’offrirai à la mienne en tout cas !)

Il y a bien de ténues ressemblances avec le livre L’Empreinte de toute Chose, particulièrement cet amour des plantes et l’évocation des nombreux échanges botaniques entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni, mais l’histoire, le milieu et l’ambiance sont fort différents, vous pourrez lire l’un et l’autre sans vous lasser !

Ce nouveau roman fait à la fois penser à La Dernière Fugitive et aux Prodigieuses Créatures du même auteur. J’adorais aussi ses premiers romans, déjà empreints de reconstitutions historiques, mais plus dédiés au monde de l’art. Le point commun de chacun est la passion d’une vie, toujours… Dès le premier livre et sans doute pour toujours, quel que soit le thème qu’elle aborde, tous les livres de Tracy Chevalier me captivent !

Katell, quilteuse forever

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Westering Women

L’Histoire a longtemps été écrite pour et par les hommes, heureusement que cela change depuis plusieurs décennies ! Souvent les historiennes appréhendent l’histoire autrement, plus attachées au partage de la vie quotidienne familiale, ou la vie de la Cour, mais racontées par des femmes, sous une forme romanesque. Comme vous peut-être je suis une lectrice passant d’une époque à l’autre, glanant dans la littérature – et aussi le cinéma – une vision différente de ce qu’on lisait dans nos manuels d’histoire !

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Aujourd’hui sort au cinéma Jane got a Gun, avec Natalie Portman… Les femmes aussi sont capables de bravoure mais aussi de violence…

Barbara Brackman contribue grandement aux Etats-Unis à établir la vérité sur le rôle des femmes du XIXe et du début du XXe siècle aux Etats-Unis. Sans les femmes, les hommes auraient-ils conquis l’Ouest ? Les westerns des années 50 montrent les femmes, gentilles beautés ou femmes de saloon. Oui, parfois on loue aussi leur courage, n’exagérons pas. Mais sans la logistique qu’elles assuraient, sans leur pugnacité, sans leur présence discrète mais indispensable, les hommes n’auraient peut-être pas prospéré, n’auraient pu s’établir dans le Wild, Wild West… Cette migration massive vers l’Ouest, souvent familiale, pleine de bravoure, d’héroïsme (mais aussi d’ombres) fait partie de la mythologie fondatrice des Etats-Unis dont on ne peut comprendre l’état d’esprit si on ne tient pas compte de son passé.

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Mêlant habilement ses connaissances de patchwork et des documents (beaucoup de lettres écrites par des femmes), Barbara Brackman nous propose cette année de découvrir la vie des courageuses personnes partant vers l’Ouest inconnu américain, toute leur vie matérielle dans un chariot et le courage accroché fort en eux. Ainsi, elle cassera certains mythes (la femme cousant des quilts dans le chariot : non, elle en avait déjà avec elle et recommencera à quilter seulement une fois installée !) et s’appliquera à nous donner une vision plus correcte de cette épopée.

Chaque dernier mercredi du mois, un bloc traditionnel vous est proposé toute l’année 2016, ainsi qu’un pan de l’Histoire, conté avec la rigueur et l’humour de Barbara que j’adore !

Dès aujourd’hui donc, guettez son blog Civil War Quilts !

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Scène idyllique composée à Tokyo en janvier 2015 sur le thème de La Petite Maison dans la Prairie, avec un chariot couvert de blocs « New-York Beauty » , oeuvre faite de blocs venus de tout le Japon (photo PSR Quilts – Facebook)