Betty a acquis, vous l’avez lu, un quilt issu de la Grande Dépression, fait de restes d’autres quilts. Aujourd’hui, c’est un quilt qui a eu beaucoup de chance que je vous montre, Betty me l’a signalé et rêverait de l’acquérir !
Il a passé les décennies sans broncher, protégé chez une famille d’antiquaires conscients de sa valeur ! Rendez-vous compte, ce quilt a presque 100 ans, fait pendant les années folles, juste avant la Grande Dépression. Il est remarquable par sa fraîcheur, mais aussi par sa composition : il est fait à l’envers, c’est à dire commencé par les bordures et continué jusqu’au centre.
L’immense variété de tissus le rend encore plus précieux. Le centre est un autre sujet d’émerveillement, oh une rose !
Vous pouvez aussi y voir un nénuphar, une pivoine… En tout cas c’est superbe !On voit bien ici les changements de direction, décidément ce quilt est unique !
La Mère Migrante est LE visage de la Grande Dépression, photo mythique de Dorothea Lange prise en 1936 :
Femme longtemps anonyme dont on ne connaissait que l’âge -32 ans seulement- et qu’on supposait fermière blanche chassée de ses terres devenues incultes en raison de la crise et du dust bowl, sur la route avec ses enfants mourant de faim… Un symbole poignant.
Dans les grandes plaines, là où naguère des herbes aux puissantes racines fixaient le sol, les nouveaux Américains labourèrent des milliers d’hectares… Un mauvais alignement des étoiles et voilà la bonne terre soumise à des sécheresses, des vents… La bonne terre s’envole en énormes nuages, le dust bowl, qui tue et met sur la route des milliers de familles qui n’ont plus rien… en pleine récession économique.Cette peinture de Rebecca Barker (Quiltscapes) rappelle que les Grandes Plaines étaient naturellement plantées d’herbes que broutaient les bisons… Sur ce territoire poussaient quelque 3 000 espèces de plantes qui étaient le garde-manger et le réservoir médicinal des Indiens.
On a longtemps parlé de la puissance de la photo de Migrant Mother, le regard courageux malgré le poids de la misère. Effectivement, en plein dans la période décrite dans Les Raisins de la Colère de Steinbeck, cette femme souffrait comme des millions de personnes de pauvreté mais elle n’était pas celle qu’on croyait… Des suppositions erronées font de ce portrait un malentendu que la protagoniste Florence Owens racontera bien plus tard. Pour des détails, voir par exemple cet article en français.
En 1979, Florence Owens entourée de ses filles qu’on voit sur la photo mythique. Elle aura en tout 10 enfants.
Dans tous les Etats-Unis, les 10 ans de Grande Dépression sont restés dans les mémoires comme une vilaine cicatrice mais aussi, rétrospectivement, comme la preuve du pouvoir de résilience et de rebond des Américains. Florence Owens en est malgré tout un bon exemple, avec ses sept enfants à 32 ans, déjà veuve, remariée, soucieuse de l’avenir de ses enfants et surtout de leur présent, c’était une femme courageuse.
Pour survivre on s’inquiète toujours de la nourriture, mais dormir au chaud est une autre nécessité de la vie. Que vous inspire ce quilt ?
Un quilt unique et bizarre…
On n’en connaît pas l’origine mais, avec toutes les précautions d’usage, on peut essayer d’en deviner une bonne partie. Mon amie Betty, devenue collectionneuse de quilts anciens utilisant la technique de la pomme de pin, l’a acheté à une spécialiste chevronnée du Nouveau-Mexique qui en fit une appréciation et estimation.
Il est certain que ce quilt est du Vieux-Sud américain, d’origine afro-américaine. On peut voir qu’il est fait de morceaux très différents : des portions en pine-cone : trois longues bandes verticales ininterrompues et plusieurs plus petits morceaux constituant une quatrième bande. Parfois en lignes droites, parfois en courbes, les carrés pliés n’ont pas la même taille. En encadrement sur trois côtés, de larges pièces de tissus ainsi que des string blocks (blocs faits de bandes de tissus cousus) agrandissent ce quilt un peu bancal (12 cm d’écart entre les côtés). Ce qui est en pine-cone n’a pas de molleton, juste un tissu de fond, alors que l’encadrement est molletonné. Le quilt est matelassé de manière lâche, à grands points.
A gauche on voit la partie en bandes, un des blocs les plus populaires de la Grande Dépression : couture rapide, utilisation de toutes les chutes. Les trois bandes de pine-cone ont une certaine unité, car ils étaient faits des tissus recyclés disponibles venant de vêtements et linge de maison : on y voit de la diversité mais des dominantes fortes de ce qu’on avait sous la main dans chaque foyer.Cette partie avec beaucoup de rouges est très jolie !
Le dos est constitué principalement de feed sacks, ces sacs ayant contenu des denrées alimentaires. Des coutures d’assemblage ont lâché.
Cette partie du dos montre un sac de sel utilisé comme doublure.Ce sac contenait du sucre de canne. Quelques taches sont visibles sur le dos.Couture entre deux bandes de pine coneDos du quilt
Comment rester indifférent devant un tel quilt ? Certes, il ne gagnera aucun concours d’élégance. Mais son examen suggère fortement qu’il est fait de restes d’autres quilts, peut-être de pine cone quilts trop tachés ou usagés pour les garder tels quels, faits des années plus tôt par la mère ou la grand-mère de la quilteuse… Les parties en pine-cone ne sont pas molletonnées, simplement parce qu’elles sont déjà très chaudes, avec les multi-couches de tissus qui emprisonnent l’air ! Ce quilt est pour moi une poignante évocation du courage des femmes de l’époque qui savaient à quel point il fallait se battre pour survivre.
Enrichie par mes lectures et les témoignages de Betty, je ne peux m’empêcher d’imaginer une mère de nombreux enfants devant, en pleine Grande Dépression, fournir le plus vite possible des couvertures pour sa famille avant l’hiver…
Bien sûr je peux me tromper, comme la photographe, mais ce quilt semble me parler…
Comme beaucoup d’entre vous je suis très sensible à la connaissance de l’histoire du patchwork. Les bons livres sont indispensables, mais avoir accès à l’armoire d’une quilteuse est un enseignement sans pareil ! Je ne peux mieux commencer l’année : vous montrer une partie de la production d’une Américaine du XXe siècle, une parmi tant d’autres, qui fit des quilts toute sa vie. Cette personne n’est pas n’importe qui, c’est la grand-mère de Jeanne Hewell-Chambers du Projet 70273.
En recevant un mail de Jeanne le mois dernier, je me suis rendu compte une fois de plus que les quilts font partie de la vie et de l’histoire de presque chaque famille américaine. Sa grand-mère a d’abord fait des quilts pour chez elle, pour assurer à sa famille d’être bien au chaud, puis la vie avançant, les enfants quittant le foyer, elle en fit pour les offrir. Ainsi chacun de ses 5 enfants reçut deux quilts et les 14 petits-enfants, dont Jeanne, en eurent un. Pour réunir ces trésors familiaux, Jeanne invita un jour sa famille avec la demande expresse d’apporter son ou ses quilts faits par Grand-Mère Ballard. Elle s’est rendu compte qu’à part elle — et des passants qui jetaient un coup d’œil en passant, attirés par la beauté des quilts — personne de sa famille n’en mesure la richesse…
« Here are photos of some of the quilts made by my maternal Grandmother Ballard. None of her 5 children or 14 grandchildren are the least bit interested in her quilts . . . except for me! She made each child 2 quilts and each grandchild 1 quilt. She embroidered our names in a corner of the quilt (I’ve included a photo of mine). I held a family reunion in my backyard one year, specifically to get these photos, and only when they were held up and people looked at them from across the yard did many of them say aloud, « She really was an artist, wasn’t she? » (I suppose that is a good reason to build a design wall, right?!) With big love to you always – Your forever friend, Jeanne »
Jeanne m’a donc adressé ces quelques photos, pensant à juste titre que les lecteurs de la Ruche y trouveraient de l’intérêt. C’est un témoignage qu’on ne peut avoir en France, car ce n’est pas notre tradition séculaire !
Celui destiné à Jeanne, comme tous les autres, a le nom de la destinataire brodé dessus. Oui, on voit qu’un quilt peut être fait de velours ou autres tissus de recyclage !
Cette diversité de styles, cette liberté de choix des tissus me rappellent les racines des quilts populaires : avec ce qu’on a sous la main, faire des beaux quilts pour avoir chaud ! Ce qu’on catégorise maintenant (scrap-quilt, quilt improvisé, quilt traditionnel, quilt moderne…), ce qu’on nomme maintenant (les noms de chaque bloc, de chaque technique) n’avait pas lieu alors et je reste sûre que, parmi les 22 millions* de quilters actifs actuels (hommes et femmes) des USA, beaucoup continuent de suivre juste leur envie au gré de leur inspiration.
*Edit : estimation de 2003, malheureusement les chiffres ont baissé depuis.
Jeanne m’a confié que l’année 2018 la verrait faire des quilts elle-même… et pas que des croix rouges pour le Projet 70273. Elle a besoin à juste titre de varier les plaisirs et les liens qu’elle a créés avec tant de quilteuses du monde entier lui donnent des fourmis dans les doigts 🙂
Souvenir de l’exposition de Lacaze le 25 juin 2017 qui s’est faite grâce à de nombreuses volontés, en particulier Cécile Milhau et ses amies tarnaises.Nuage de mots pour nous souvenir des quilteuses ayant le plus contribué à cette journée extraordinaire ! Nous n’oublions pas la Mairie de Lacaze qui nous a si bien accueillis 🙂Sur un Middling de Viviane Paupert de Narbonne qui commémore 331 victimes, ce dé que m’a offert Jeanne est un précieux souvenir de l’exposition 2017 à Houston. Parmi les quilts exposés, plusieurs viennent d’Occitanie 🙂 et étaient exposés auparavant à Lacaze (81).
Souhaitons donc à Jeanne un grand avancement du Projet 70273 tout au long de l’année mais aussi beaucoup de plaisir dans la création de ses nouveaux quilts !
Participation d’une Ecole britannique au Projet 70273. Les uniformes font un beau contraste avec les quilts ! Bravo Lucy Iles Horner pour ton infatigable engagement ! En fin de mois de janvier, je parlerai de l’avancement du Projet avec une grande exposition en Angleterre, à Rochester. Mon amie Annie (Des Tulipes et des Coeurs) fait le déplacement et sera notre ambassadrice française !
Merci infiniment pour ta confiance Jeanne, c’est tellement gentil de partager ton album familial avec nous ! Tu as entièrement raison de chérir les quilts de ta grand-mère : elle était une excellente quilteuse, nous en avons la preuve !
Les Charm Quilts étaient en vogue déjà il y a plus d’un siècle et périodiquement ce petit jeu reprend quelque part dans le monde. En France, Smaranda Bourgery et ses amies avaient suscité la création de dizaines, voire de centaines de quilts dans les années 1990 ; j’ai plusieurs fois parlé de ce joli défi autour de moi et Florence l’a relevé (Les Nouvelles n° 130 page 16). L’occasion était belle pour relancer ce thème au niveau départemental, puis Marie-Christine en a fait un événement national via internet.
Au Salon de Toulouse, nous avons exposé 6 Charm quilts faits récemment en Haute-Garonne (de Marion, Gisèle, Danielle, Simone, Evelyne et Kristine). Chacun est unique et le jeu des échanges a bien intéressé le grand public ! Une expo plus élargie sera réservée aux adhérents FP le 17 novembre lors d’un Quilt Day à Balma et il est envisagé une exposition nationale publique fin juin à Lacaze (Tarn).
Quilt de MarionQuilt de Danielle… Désolée, l’éclairage est trop fort !Quilt de GisèleQuilt de Kristine
Evelyne et Simone, veuillez accepter mes excuses, mes photos ne rendent pas justice à votre quilt, je les montrerai une autre fois…
Edit 9h30 : Kristine vient de m’adresser une photo pour combler le manque :
Le Cop de Danielle, le Quilt moderne à l’homme seul d’Evelyne (il faut voir les détails du quilting…) et l’Etoile à sept branches de Simone.
Voici donc la fiche explicative qui explique rapidement ce qu’est un Charm Quilt. Vous pouvez trouver plus de détails dans Les Nouvelles n° 131.
France Patchwork Les Charm Quilts …
Il était un jeu chez les jeunes filles de l’époque victorienne : collectionner des boutons offerts par des amies, les enfiler sur un fil jusqu’à en avoir 999, tous différents… c’était alors la promesse de rencontrer son Prince Charmant ! Cette charmante tradition renaît de nos jours avec les breloques de bracelet nommées charms. Les jeunes filles firent ensuite de même avec des bouts de tissus, plus faciles à trouver que des boutons… et elles en firent des Charm quilts, pleins de souvenirs des tissus patiemment collectés auprès de leur entourage.
Au sein de France Patchwork, nous avons relancé cette ancienne tradition en organisant des échanges de carrés de tissus de 5 cm. On a ainsi favorisé la joie du don et du partage, créé des liens d’amitié…
Le but parfait est de réaliser un quilt fait de pièces de tissus de forme identique, tissus échangés ou offerts, aucun tissu ne se répétant. L’idéal est de réussir à faire un quilt de 999 pièces, comme les jeunes filles d’antan !
Les pièces peuvent être disposées en « watercolor », c’est-à-dire en dégradés, mais ce n’est pas une obligation.
Nous préparons l’exposition de l’ensemble des Charm Quilts France Patchwork pour l’année prochaine, voici en primeur les premiers quilts terminés.
Avant-hier je vous montrais une photo de Queenie Udell remportant un franc succès avec sa démonstration de yoyos en 1978. Précisément 39 ans après, exactement au même endroit (le Florida Folk Festival existe depuis 65 ans), Betty Smith a tenu un grand stand de démonstration d’une autre tradition populaire textile, les Pine Cone quilts. Il y faisait une chaleur accablante (36°) mais l’ambiance n’a pas faibli durant 3 jours avec des danses, des musiques, des artistes de toutes disciplines…
Le panneau rappelle l’héritage de cette technique de femme à femme, de Miss Sue à Betty Smith.
Betty s’est sentie un peu la Queenie (la reine) avec toutes les femmes autour d’elle, curieuses d’apprendre son savoir-faire !
Le quilt violet qu’elle m’a dédié attirait beaucoup le regard, alors que beaucoup d’autres étaient au moins aussi attractifs. Aux plus intéressées, Betty sortait un exemplaire du magazine Les Nouvelles(France Patchwork n° 132) pour montrer l’article qui lui était consacré. Elle ne le laissait pas traîner sur la table, de crainte qu’il ne disparaisse !
Les Nouvelles, le magazine France Patchwork, a consacré deux pages d’interview de Betty dans son n° 132. On y trouve aussi les explications pour faire des Pine Cone quilts avec un mini-quilt baptisé… Betty ! J’ai eu un immense plaisir à écrire ces quelques pages.
Transmission du savoir dans la bonne humeur :
Fierté d’avoir appris une nouvelle technique :
Le bonheur de partager de bons moments ensemble :
Le plaisir de goûter une spécialité locale, des cœurs de palmier cuits :
Le nouveau quilt en cours de Betty a bien avancé pendant ces trois jours :
Et voilà, inlassablement Betty continue de faire connaître son art appris par son ancienne voisine, Miss Sue, dont j’ai longuement raconté la vie précédemment.
Sa dernière idée lui est venue comme une illumination (vous savez, la petite ampoule qui s’allume dans une bulle de BD) : utiliser des petits carrés de cette technique pour orner son t-shirt, histoire de revendiquer son savoir-faire et d’égayer sa tenue :
Une de ses élèves du Folk Festival lui a apporté son carré fini quelques jours plus tard, l’idée a plu à Merri McKenzie et voilà la mode est lancée !
Queenie Udell a vécu en Floride, encore une de ces femmes fortes qu’on trouve dans le Vieux Sud. Elle naquit en 1919 et eut une vie de labeur, de création d’innombrables quilts, la plupart des string quilts, les plus faciles à faire à partir de petits bouts de tissus de récupération.
Elle apprit de sa mère et sa grand-mère à faire des yoyos dans les années 40. Dès lors, elle avait sa récréation, ses temps libres étaient occupés à faire des yoyos, de minuscules ronds froncés de la taille d’un dime, moins de 2 cm… Et elle en faisait par dizaines, par centaines, par milliers, les fermant avec du fil de broderie, les assemblant bien serrés pour que le quilt soit beau… Faits de petits restes de vêtements ou de feed sacks -sacs de tissu contenant des denrées alimentaires- ses quilts suscitent l’admiration, en particulier en raison de leur taille minuscule !
Il y a environ 4 000 yoyos dans ce quilt. Queenie est à gauche sur cette photo de 1977.Autre photo de 1977.
Dans les années 70, ses quilts font parler ! Elle fut alors invitée au Florida Folk Festival où sa technique impressionna les passants.
Elle continua de faire des quilts de yoyos, aux pièces toujours aussi minuscules :
Un de ses quilts est précieusement conservé par un Musée (Florida Memory), il est montré ici à un petit groupe de quilteuses, parmi lesquelles Betty Smith, LA spécialiste des Pine Cone Quilts, autre technique ancienne populaire. Thank you Betty for this discovery and your photos!
Et ses ouvrages de yoyos sont si représentatifs des quilts populaires de la région que des grangesde Floride montrent des yoyos à la manière de Queenie !
La peinture sur le côté du magasin Adams County à White Springs (Floride) fut peint par l’artiste Janet Moses qui a su très bien rendre le volume des tissus. L’ouvrage original est de Nancy Morgan, qui voulait ainsi honorer a mémoire de Queenie Udell, la Reine des yoyos. -Photo: Bill KilbornAutre grange, autre dessin !
Les quilts en yoyos sont délicieusement désuets, en voici un petit florilège issu de Pinterest :
Mais la modernité frappe à la porte avec Rachael Daisy, en Australie :
Fair and Square ( 2016) Best in Show – 2016 Australian Modern Quilt Show First place in Modern Traditional category – 2016 Australian Modern Quilt ShowYoyos à la Mode, détail.YoYos a la Mode (2014) 2nd place in Modern Traditional Category – 2015 Modern Quilt Show Australia
Et voilà comment le traditionnel inspire les artistes d’aujourd’hui une fois de plus !
Edit : je n’ai pas évoqué dans cet article que les yoyos étaient populaires aussi en France, heureusement les commentaires le rappellent ! Voici en exemple un gilet chiné par la sœur d’Hélène Vispé :
Vous aussi avez sans doute vu des ouvrages de yoyos !
Je ne vous raconterai pas tout ce que nous avons découvert en deux journées charentaises, d’autres ont pris bien plus de photos que moi et vous feront vivre ces temps forts comme si vous y étiez ! Sachez seulement que c’était la grande réunion nationale de l’association France Patchwork : vendredi dernier pour l’Assemblée Générale annuelle à Brouage, puis samedi à Royan pour la Journée Nationale de l’Amitié. Grâce à l’équipe de bénévoles menée par Aline Joulin, nous avons été reçues comme des princesses !
Ce département de Charente Maritime est le centre névralgique des Quilts de Légende et Brouage est leur écrin. Je conçois cette manifestation comme l’hommage respectueux des quilteuses d’aujourd’hui aux quilteuses d’antan, avec la reproduction fidèle d’ouvrages anciens qui ont pu parvenir jusqu’à nous. Dominique Husson en est l’incarnation, créatrice et organisatrice de cette exposition de très haute qualité qui porte haut et fort les talents de nos patientes adhérentes.
Il est une figure discrète qui garantit le respect du choix judicieux des œuvres, une caution historique habituellement dans l’ombre, je veux parler de Christiane Billard. Cette ancienne élève et grande amie de Sophie Campbell s’est inlassablement instruite sur le monde des quilts et leur contexte. Même si elle est spécialisée dans les quilts du passé, les déchiffrant avec passion, je sais qu’elle garde un œil sur les meilleurs quilts d’aujourd’hui et reste attentive aux évolutions marquantes, c’est un signe d’ouverture d’esprit qui me touche !
Nous avons eu le bonheur de suivre, samedi matin, une conférence de deux heures sur l’histoire raisonnée des quilts anciens, projetant pour chaque période un contexte historique, économique, social ou politique. Christiane Billard a passé de très nombreux messages, articulant les diverses tendances et innovations, expliquant ces changements, balayant quelques certitudes erronées… Avec brio, précision et une pointe d’humour, Christiane nous a fait partager deux siècles de créations avec un bonheur inouï.
Son intervention a été unanimement célébrée, longuement applaudie et remerciée par une belle standing ovation !
Vous qui avez apprécié cette magistrale présentation, vous avez un moyen très simple de vous replonger dans de multiples épisodes de cette conférence et obtenir bien plus de précisions : prenez votre pile de magazines Les Nouvelles – Patchwork & Création Textile et lisez, relisez ses articles dans la rubrique Traditionnel ! Je suis sûre que, maintenant que vous connaissez Christiane, vous apprécierez encore plus ses articles, tous faits bénévolement depuis de longues années pour nous, les adhérents de France Patchwork.
Pour vous qui avez manqué ce grand moment, je ne peux que vous donner le même conseil : lisez attentivement les articles de Christiane ! Ah, quel dommage si vous n’êtes pas abonnée… Vous pouvez y remédier en adhérant à France Patchwork, code 1 (Pourquoi adhérer ? – Bulletin d’adhésion).
Et si vous en redemandez, voici quelques articles de la Ruche qui vous rappelleront des épisodes de la conférence :
Quilt en médaillon fait aux environs de 1870 par la couturière de l’ex-Première Dame Mrs. Lincoln ;
Je proclame que Christiane Billard se traduit Barbara Brackman en américain ! Toutes deux sont des historiennes intègres et passionnées pour lesquelles j’ai la plus grande admiration. Pour en savoir plus sur la conquête de l’Ouest et le rôle des femmes, c’est par ici.
Ce n’est qu’un tout petit aperçu des thèmes évoqués par Christiane Billard. Mille mercis à France Patchwork pour ces journées de bonheur et encore bravo Christiane !
Justement, le magazine de l’été vient de paraître : à vos lunettes (de vue ou de soleil), appréciez les photos, projetez de faire un modèle… et lisez-le !
Nantes, ville bretonne quoi qu’on en dise, est un lieu de rendez-vous très prisé avec son Salon Pour l’Amour du Fil. Une foule phénoménale s’y pressait jeudi 20 avril, nous étions des centaines -des milliers !- à nous presser dans les allées !
De très nombreux blogs ont montré de si belles photos que je ne vais pas recommencer. Je vais juste évoquer ce qui a été pour moi inoubliable, unforgettable…
Unforgettable, la bien nommée, est une exposition de quilts anciens du Pays de Galles. Je regrettais tant de n’avoir pu aller à Lampeter voir cette expo : cette expo est venue à nous, quel plaisir !
On soupçonne très fortement que les femmes Amish se sont inspirées des Galloises pour établir leurs codes de fabrication de leurs quilts, impression renforcée en déambulant dans cette superbe exposition !
Je ne sais pas faire une belle photo avec les projecteurs dans les yeux ! Mais on voit bien quand même la beauté du quilting… Ce quilt est un coup de foudre qui dure !
Et ce quilt que j’aime tant depuis que je l’ai vu sur un tableau de Valériane Leblond, il ne m’a pas déçue : oh que j’aime son quilting et ses couleurs brique & pastel qui m’inspirent toujours !
Dès le premier regard, j’ai aimé ce quilt peint par Valériane Leblond dont les couleurs tranchent avec les plus classiques rouge & brun.
De l’inoubliable exposition indienne, je retiens un ouvrage qui n’a pas été primé, les autres ayant été déjà mis en lumière.
Participation de Fabienne à ce concours : on y retrouve ses ovales bien reconnaissables, son expertise de brodeuse, sa sensibilité féminine… L’Invitation au Voyage, thème du concours, est allée avec elle jusqu’en Amérique centrale avec trois Vierges de Guadalupe. Alors malgré un Arbre de Vie d’origine indienne interprété librement, cet ouvrage n’a sans doute pas été jugé assez « indien » pour le Jury. Il faut dire que la compétition était rude ! Mais ce qui vaut toutes les médailles, c’est qu’Amy Butler l’a distingué sur Facebook parmi ses préférés ! (les couleurs ne sont pas du tout bien rendues… pardon Fabienne).
Style boho-chic d’Amy Butler
La rencontre d’Amy & David Butler est inoubliable, unforgettable également ! Quelles personnes empathiques, intéressantes et douées ! Ce couple représente le meilleur de l’Amérique avec leur état d’esprit moderne, inventif et positif, ayant une vision du monde pour l’avenir mêlant goût de la réussite et pensée positive, art et spiritualité, pragmatisme et humanisme.
Brigitte Heitland a expliqué en détail sa méthode de travail autour de l’accord des couleurs et des formes.
Ma chère Brigitte Heitland, avec qui j’ai échangé tant de mails ces derniers mois, est bien la formidable personne que j’imaginais. Ses quilts sont de futurs grands classiques, ils marquent d’ores et déjà le monde du patchwork. Elle était l’unique exposante de quilts modernes. Espérons que, les prochaines années, ce Salon leur fera une place plus grande. Inoubliable, Brigitte Heitland !
Tout près du stand de Brigitte, il y avait l’exposition d’une Japonaise. Un coup à l’estomac ! Quelle perfection ! En écrivant cela, je me doute que beaucoup vont objecter que les appliqués étaient mal faits : tissus mis à cru, fixés avec des points visibles, coups de ciseaux irréguliers… La perfection était dans cette imperfection affichée, la simplicité des tableaux mais surtout dans le sens aigu des couleurs… Juste ce qu’il faut là où il faut !
C’est donc sans hésitation que j’ai choisi le livre Poésie Cousue, quand Sarah de Quiltmania m’a appris que j’avais gagné un livre à choisir grâce à un jeu sur Facebook ! Merci, je suis ravie de l’avoir !
Fleurs, légumes, animaux, la Nature dans toute sa simple évidence est croquée par Misao Wada, mais aussi des souvenirs d’enfance ou de voyages. Le coup de baguette magique qui fait de ses appliqués des œuvres d’art est l’utilisation de tissus anciens, usés, décolorés, des tissus à trame lâche qui laissent passer le jour, et curieusement des fils contrastés et des points bien visibles qui, loin de nuire, donnent un halo de lumière et complètent l’aspect rustique déjà évoqué par les tissus. Je regrette de ne pas l’avoir abordée, une soudaine timidité m’a fait tourner en rond autour d’elle sans ouvrir la bouche !
Que dire des amies, toujours plus nombreuses, de France Patchwork et/ou de ce blog, rencontrées dans les stands et les allées ? Des rencontres inoubliables elles aussi, des confidences, des rires de bon matin (merci encore Chantal pour ton hospitalité !)… Je serais bien restée plus longtemps, mais un avion n’attend pas…
Stand France Patchwork, toujours un lieu convivial où l’on échange des dernières nouvelles !
Le Pojagi (prononcez-le pojagui), souvent écrit Bojagi en anglais et 보자기 en coréen, est l’art du patchwork en Corée. Notre spécialiste nationale est Maryse Allard. Depuis plus de 10 ans, elle y trouve inspiration et sérénité.
Maryse Allard, entourée de quelques-unes de ses œuvres, le 5 mai dernier à Pibrac.
Nous l’avons sollicitée pour animer une Journée de l’Amitié France Patchwork en Haute-Garonne ; le 5 mai dernier nous avons pu apprendre le contexte historique bien particulier de cet art coréen du quotidien et de l’exception. Il a un riche passé et rejoint le souci du beau, de l’utile, de la protection que je connais un peu dans la société nippone par l’utilisation des Furoshiki ou des Tenugui.
Ce pojagi rappelle le bloc des Marches du Palais. Nous avons pu voir (ou justement ne pas voir !) la finesse des points : ici Maryse a utilisé une autre technique que celle qu’elle enseigne en stage-découverte.
A présent, la renaissance du Pojagi se fait essentiellement dans le domaine de la décoration, faisant de subtils jeux de transparence grâce aux tissus choisis (organdi, ramie, soie etc.) et les techniques de couture employées. Un Pojagi peut se faire de diverses manières, à la main ou à la machine. Celle enseignée par Maryse fait l’unanimité : beauté du résultat, facilité de la technique, que demander de plus ?…
Voici le travail d’apprentissage pour s’approprier la technique avant de se lancer dans une création.
Si à votre tour vous souhaitez enrer dans le monde du Pojagi, n’hésitez pas à contacter Maryse Allard pour connaître les dates et lieux de ses prochains stages – ou la faire venir pour votre propre groupe. Pour ce faire, allez sur son blog, onglet Contact ou sur Facebook, laissez-lui un message. Sa patience, sa pédagogie vous accompagneront tout au long de votre apprentissage.
Deux Pojagi particuliers de Maryse Allard avec à gauche l’utilisation de soies et à droite la complexité des lignes courbes, la subtilité des appliqués… Du grand art !
Depuis plusieurs mois, je collecte des photos de pojagi tous azimuts, vous pouvez les consulter sur ce tableau Pinterest avec des exemples du monde entier. A vos tissus et vos aiguilles pour entrer dans ce monde merveilleux ! Si vous ne pouvez pas prendre de cours avec Maryse, je ne peux que vous conseiller de vous procurer son superbe livre : Le Pojagi, art du patchwork coréen, édition Carpentier, ou aussi Boutis de France, La tradition revisitée, édition LTA, écrit en collaboration avec Hubert Valeri (alliance du boutis et du pojagi, de la transparence et de l’opacité, des traditions française et coréenne… Que d’inspirations !)
Cerise sur le gâteau de certains pojagi : ce tout petit noeud fait avec un carré de tissu de 2 cm ! C’est bien sûr très minutieux et les Coréennes se régalent de ce signe porte-bonheur. Bien sûr, Maïté et Kristine, les doigts d’or de la délégation, l’ont appris pour en mettre dans leurs futurs Pojagi !Séance-photos pour les stars du jour, les pojagi de Maryse Allard.
Il y a quelques mois sur Facebook, j’ai eu un coup de cœur pour un quilt représentant le visage d’une femme énigmatique et troublante, un portrait fait avec la désormais célèbre méthode des pixels où, carré par carré, nuance par nuance, le dessin apparaît (j’en avais vu un, fabuleux, en Irlande en 2012, voir aussi Deborah Hyde ici). Renseignements pris, c’est Andi Herman qui l’avait fait avec une technique élaborée il y a quelques années par son mari et elle-même.
Chacun ou presque sait chercher comment faire pour pixeliser sa photo, mais que faire après ? Eh bien leur société YouPatch vous aide : pour un prix très raisonnable ils préparent un PDF personnalisé avec la grille de tissus unis à choisir dans la gamme Kona Cotton (la plus étendue). On peut leur confier une photo, ils nous la rendent en schéma exploitable très clair (les schémas parlent, on comprend même si on ne maîtrise pas l’anglais !) avec quelques raffinements possibles comme la mise en morceaux plus grands que le pixel de base là où la couleur est unie et des mini-pixels dans les endroits les plus denses. Ensuite, à vous de jouer !
Très à la mode cette année, l’ananas ! On en voit dans les magasins de décoration, sur des tee-shirts… Ils symbolisent la convivialité, un signe qui dit Bienvenue ! J’en avais déjà parlé ici.Frida Kahlo, en mini-pixelsL’éternelle jolie frimousse d’Audrey Hepburn, et Andi à droite.Voici un exemple de ce que vous aurez d’Andi, avec en plus les légendes de couleurs, les dimensions des pièces et même un plan de coupe de vos tissus par couleur, afin de réussir un patchwork unique à partir de votre photo. Ici, le sourire d’Audrey décrypté…Ella Bubbles Quilt, Andi Herman. Ici on a des lignes plus souples : les carrés bicolores sont maintenant introduits dans certains modèles.
Mais qui était la femme du premier portrait ? J’ai demandé à Andi, la belle mystérieuse s’appelait Clara Bow. J’aimais tellement l’atmosphère que ce quilt dégageait que je lui ai demandé l’autorisation d’utiliser sa photo dans un de mes articles pour France Patchwork (Les Nouvelles n° 132 page 42). Thanks again Andi!
J’aime la poésie de ce portrait, avec sa gamme de couleurs restreinte, ses fleurettes romantiques et féminines et cet air mystérieux… C’est un petit portrait, les pixels sont minuscules…
Clara Bow. Une illustre inconnue. Inconnue ? Allons donc !! C’était une des plus grandes stars du cinéma muet américain, la muse de Scott Fitzgerald (qui écrivit entre autres Gatsby le Magnifique) qui prendra cette femme comme modèle pour ses romans et épousa Zelda, « une autre » Clara…
Clara en 1921 (tout juste 16 ans), l’air sérieux, sans doute le fruit d’une jeunesse sordide, mais déjà magnétique. Elle se présenta à ses premières audiences à cet âge et son aura la mènera vite à Hollywood, la Mecque naissante de l’industrie cinématographique aux abords de Los Angeles.La Garçonne !Devenue rousse flamboyante (avant Rita Hayworth), Clara devient l’égérie sexy des années folles.
On ne sourit pas beaucoup sur les photos à cette époque. Pourtant Clara était une pétillante jeune femme, sa joie de vivre crevait l’écran. Elle fut l’un des modèles pour Betty Boop, la pin-up de bandes dessinées.
Provocante, en avance sur son temps, elle était mondialement connue et ses frasques passionnaient le public. Elle collectionna les amants, parmi lesquels le tout jeune Gary Cooper… Clarita & Garyito formaient un couple de stars qui faisait rêver ! C’était la première It Girl, celle qu’on suit et qu’on adule…
Clara en 1927Ce film, sorti en 1927, fur le premier à recevoir l’Oscar du meilleur film !
Libre, très libre, Clara croquait la vie à pleins dents. C’est grâce à ces pionnières de la vie que peu à peu, dans notre culture, la femme a gagné la place de personne à part entière, avec plus de libertés et de responsabilités aussi. Mais Clara en paya le prix, on en profita pour lui faire subir toutes les avanies possibles. De faux scandales montés par une jalouse et la presse à scandale ruinèrent sa carrière, tout autant que la venue du cinéma parlant et de nouvelles stars du grand écran. Atteinte de bégaiement et l’accent populaire accroché depuis l’enfance, elle ne passa pas la rampe du cinéma parlant. Elle fut contrainte de mettre fin à sa carrière à 28 ans et devint une tranquille mère de famille, parfois fortement dépressive, dans le désert du Nevada, elle la gamine de Brooklyn. Elle y vécut dans la discrétion jusqu’à sa mort, en 1965.
Clara en 1932, à la fin de sa courte mais brillante carrière.
Si vous souhaitez vous plonger dans l’ambiance des années folles au son du jazz et des extravagances de Hollywood d’entre-deux-guerres, entrer dans les débuts de l’industrie cinématographique, côtoyer de futures stars et surtout apprendre à mieux connaître la vie de la pétillante et extravagante Clara, j’ai un livre pour vous qui vient de sortir : Le Sourire de Gary Cooper, de Sophie Pujas, Gallimard, collection L’Arpenteur, 112 pages.
La prose poétique de Sophie Pujas redonne vie à Clara Bow, la star oubliée des années folles. Tout ce que je sais d’elle vient de ce livre qui se lit d’une traite.
Andi Herman, comme Sophie Pujas, ont rendu hommage à cette étoile, chacune avec le meilleur de leur art. Et en un sens, les étoiles s’étaient alignées en ce début d’année pour que je remarque le portrait de Clara, puis découvre ce livre qui vient de sortir (parution le 16 mars dernier), afin que naisse en moi beaucoup de tendresse pour l’étoile oubliée du cinéma muet.