J’aime beaucoup l’Alsace et surtout les Alsaciennes avec qui je me sens si bien ! Cependant, je vais jeter un pavé dans la mare aux idées reçues, qui concerne leur territoire. Mais les quilteuses de la région ne seront pas étonnées de ce qui suit !
La semaine dernière sur le forum France Patchwork, un sujet intéressant est lancé par Véronique Badin : y a-t-il des spécificités françaises actuellement dans le patchwork ?
La conversation se dirige vite vers les origines de l’art du patchwork. A ma stupéfaction, plusieurs personnes sont persuadées que le patchwork est né à Sainte-Marie-aux-Mines (Alsace) et qu’il a été exporté en Amérique par les Amish. Il faut dire que le Carrefour Européen du Patchwork avait, à ses origines, habilement communiqué sur le berceau des Amish… et entretenu une sorte de confusion, puisque chaque année, on peut y admirer des quilts amish. Si le mouvement Amish a bien été créé à SMM et les Amish y ont bien vécu avant leur départ vers l’Amérique, ils n’avaient pas alors de quilts avec eux…
Jamais cette théorie n’a été admise ni publiée. Les Amish ont, en masse, émigré avec toutes leurs affaires, dûment répertoriées, et ils n’avaient aucun quilt, mais des sacs de plume, à la manière allemande. C’était au début du 18e siècle, puis une autre vague au moment de la Révolution Française.
Ce n’est pas avant 1870, soit plus de 150 ans après leurs premières migrations, que les Amish se sont inspirés des English, comme ils nomment les autres Américains d’origine européenne, pour assembler leurs étoffes de laines teintes et créer le style de patchwork qu’on leur connaît bien. Leur inspiration première viendrait d’ailleurs en partie de quilts d’origine galloise, vus en Pennsylvanie, d’après plusieurs recherches sérieuses.
J’aime beaucoup les quilts gallois et amish. Y a-t-il une relation entre eux ou une simple coïncidence esthétique ? Plusieurs livres ici photographiés ensemble abordent plus ou moins directement ce sujet… puis celui-ci acheté plus tard, traite principalement cette hypothèse :
La casseuse de rêves, c’est moi, mais la réalité est tout aussi belle, même si elle ôte l’illusion d’une origine française/alsacienne exclusive de notre art qui vient de la nuit des temps…
Je rappelle la citation de Barbara Brackman écrite dans BeeBook, sur les origines du patchwork américain :
Je n’ai pas résisté à l’envie de ce titre, parfois, un rien m’amuse !
J’ai longtemps considéré le crazy comme une fantaisie passagère de la fin du XIXe siècle, avec ces dames qui s’étaient éclatées dans un monde victorien rigide, allant jusqu’au bout de la récup’ de toutes sortes de tissus (dentelles, soies, velours, satins…), le recyclage de vêtements ou de mouchoirs, et bien plus encore. Elles n’hésitaient pas à broder selon leur envie du moment, se défoulant sur leurs tissus !
Lisez ici la présentation de ce livre…Attention, cela vous donnera très envie de l’acheter 😊 Sous le livre, un de mes crazys et le souvenir d’un vrai bonheur de création ! C’est, à ma connaissance, le seul livre en français entièrement consacré au crazy.
J’ai beaucoup appris sur le crazy en lisant le livre de Denyse Saint-Arroman… ainsi qu’en assistant à ses conférences, en discutant avec elle… Chaque rencontre est un immense plaisir !
En fin de semaine, les Abeilles ne manqueront pas son exposition du côté de Castelnaudary, à Avignonet-du-Lauragais (31) :
Denyse a acquis de nombreux crazy quilts anciens, quelques-uns en bon état, d’autres très dégradés. Ces derniers ont bénéficié d’une minutieuse rénovation de ses propres mains –ah l’émotion de voir une rénovation en cours !– mais elle en a fait également elle-même de superbes, parfois très proches de ses cousins victoriens, d’autres bien plus personnels et même modernes. Seront-ils aussi à l’expo ? Surprise !!
Hannah, une douce et jeune maman au visage poupon, est photographe en semaine et chasseuse de quilts le week-end, écumant les ventes dans l’ensemble du Tennessee. Et sa récolte est toujours impressionnante ! Au marché aux puces de Nashville le 1er mai, elle en a récolté plus de 100.
Avec son mari, elle traque les quilts vintage, la plupart datant de l’entre-deux-guerres, beaucoup sur fond blanc avec de ravissants imprimés, mais on a aussi des fonds vifs ou pastel, illuminant tous ces blocs que nous connaissons bien… Quelle diversité ! Chacun est unique. Certains sont devenus fades, d’autres puent le renfermé, il y a parfois des taches ou des accrocs, mais aussi ils peuvent être en parfait état ! Quand on la voit dévaliser les stands, elle entend dire inévitablement : eh bien vous n’aurez pas froid l’hiver prochain !
Hannah aimerait bien les garder TOUS.
Bien sûr, c’est impossible. C’est en revanche son petit boulot de les acheter, les laver souvent, les mettre sur son site et les revendre à des prix très raisonnables – ils s’étalent aujourd’hui sur son site de 15 à 145 $. Attention, celui que vous repérez va sans doute partir dans les minutes qui viennent ! C’est le jeu, à peine mis sur le site, ils sont convoités. Le premier qui paie aura le quilt, la règle est simple et juste.
Voici quelques exemples de quilts trouvé le 1er mai :
Si vous souhaitez en acheter, le coût du transport hors USA doublera sans doute le prix, mais cela reste raisonnable pour ces trésors du passé…
Selon le style ou l’état, un quilt peut être un « cutter quilt », un quilt très usagé, à être recoupé pour récupérer ce qui peut l’être, un « tacked quilt », un faux quilt car il est maintenu par des nouettes par exemple… Hannah en fait une description qui vous aidera à choisir.
Hannah prend parfois le temps de profiter de quelques quilts chez elle, avant de les mettre en ligne.Hannah poste extrêmement rapidement les quilts vendus, gage de la satisfaction du client. Ici le chargement pour aller à la Poste !Fin février, elle alla visiter le QuiltCon, l’exposition annuelle des quilts modernes organisé par la Modern Quilt Guild. Cette année, c’était chez elle à Nashville ! Elle se rendit compte à quel point les quilts sont précieux, ceux du passé comme ceux du présent, tous ont été faits avec amour…
C’est à travers de telles petites histoires qu’on se rend compte à quel point les quilts font partie du quotidien et de la culture de nos amis nord-américains !
Son site : Stitched and Found avec de superbes photos ! Hannah est aussi très active sur Instagram, c’est là que Kristine a trouvé cette belle histoire vraie pour la Ruche…
Rappel : plus que 11 jours pour (vous) offrir BeeBook au tarif préférentiel, un livre aux quilts actuels, de futurs quilts classiques ! Tout n’est qu’une question de perspective…
Que faire au 19e siècle aux Etats-Unis quand on a un esprit curieux et scientifique ? Pour un homme, la question ne se pose pas dans ces termes. Pour une femme, il faut que ce soit acceptable, convenable.
Pour une femme vivant dans l’Iowa rural, une des occupations scientifiques convenables était l’astronomie, sans doute parce que c’était propre et lointain… Sarah Ellen Harding Baker (1847-1886) réussit à mener sa vie familiale avec 7 enfants nés (5 survivant aux difficultés de la petite enfance) et ses recherches sur le système solaire. Elle n’eut pas le temps de poursuivre longuement sa carrière, la tuberculose l’emporta à 38 ans.
Pour transmettre son savoir acquis par de multiples lectures pointues, elle faisait des conférences… mais elle n’avait pas de Power point… Elle fit donc un quilt immense, bien visible en conférence : 225 x 269 cm !
Le top est fait sur une étoffe de laine noire, doublé d’un tissu laine et coton, brodé et appliqué de laine et de soie. Il fut terminé au bout de 7 ans. Il est dans l’esprit des gravures scientifiques d’alors et son système solaire est exact. Elle passa de longues heures au télescope de Chicago pour bien capter les lunes de Jupiter, les anneaux de Saturne… Bien sûr Pluton n’y est pas, planète découverte en 1930.
Ce quilt est conservé au National Museum of American History, à Washington D.C.
L’Allemande Caroline Herschel (1750-1848… vécut 97 ans et 10 mois !) fut la première femme astronome professionnelle au monde, suivie par Maria Mitchell (1818-1889) aux USA. Toutes deux furent de brillantes astronomes. Dans la galaxie des scientifiques de l’espace, elles y laissèrent leur nom (chacune a un cratère de la Lune à son nom, ainsi que des comètes). L’Américaine, en bonne Quaker, ne s’habillait jamais en coton, pour ne pas soutenir l’économie du coton américain lié à l’esclavage…
Je prends ici le temps de vous présenter une oeuvre de Judy Chicago, artiste contemporaine, qui dans les années 1970 créa une table triangulaire de 39 places, chacune étant dédiée à une femme remarquable. Pour chacune, une place avec des symboles, un chemin de table brodé par l’artiste. Certaines évocations très explicites sur l’anatomie féminine ont fait couler beaucoup d’encre !
The Dinner Party, exposé à présent au Musée de Brooklyn
Parmi ces femmes, l’Allemande Caroline Herschel est présentée ainsi :
Broderie à la main par Judy Chicago. C’est superbe, sans scandale, sans critique !
« Miss Cecilia H. Payne – Harvard Obs. Astron. »
Au XXe siècle, la chercheuse brillantissime Cecilia Payne, née en Angleterre en 1900, fit scandale quand elle décida de garder son poste alors qu’elle venait de se marier. Pire, elle osa faire une conférence enceinte de 5 mois. Chocking n’est-ce pas ? Je ne saurai pas entrer dans les détails, mais elle fut la première à découvrir, à 24 ans, que les étoiles sont primairement faites d’hydrogène, elle fit de brillantes recherches sur les étoiles variables, les supernovas… et elle broda, au crépuscule de la vie, une image pixelisée des vestiges de la supernova Cassiopée :
Représentation de ce qui se passa il y a des centaines d’années, à des milliers d’années-lumière de chez nous, avec un art traditionnel féminin. Quelle poésie ! Cette broderie est conservée dans les archives de Harvard. 1975
Au 21e siècle, des femmes sont astronautes… et néanmoins quilteuses, du moins Karen Nyberg ! Pendant les 5 mois de travail intensif dans la station spatiale en 2013, elle trouva le temps de coudre le premier bloc fait dans l’espace ! Elle raconte qu’elle a eu du mal à couper et coudre en apesanteur et estime que ce n’est pas un chef d’oeuvre… mais quel exploit, indéniablement ! Dans cette video elle partage avec nous ses difficultés avec humour et lance un challenge.
Les tissus ne se laissent pas couper facilement en apesanteur.
Une étoile libérée à la manière de Gwen Marston…
C’était en 2013. Elle propose en fin de vidéo que des quilteuses cousent d’autres blocs d’étoiles pour en faire un quilt à exposer à Houston en 2014. Ce qui fut fait, et au-delà !
Une star, Karen Nyberg, autour d’autres stars… 2 200 blocs d’étoiles sont arrivés à la suite de sa proposition et 28 quilts ont été faits ! A Houston en 2014, voici Karen avec le quilt comportant son étoile faite dans l’espace…
Une blogueuse, Katie, a photographié les 28 quilts que vous pouvez voir ici. L’exposition itinérante continue son chemin, elle était à Winedale (TX) en février dernier. La collection de quilts a été offerte au Briscoe Center for American History à Austin (Texas).
Parmi la myriade d’étoiles, un bloc fit sensation :
« Portrait de l’astronaute quand elle était jeune fille ». Il se trouve dans le même quilt que l’étoile de Karen.
A la dernière Journée de l’Amitié France Patchwork de notre département, Liane m’a montré un top trouvé dans une maison de famille. Elle voulait en savoir un peu plus sur ce bel ouvrage. C’est un top fait de blocs avec des appliqués variés et une mignonne bordure de triangle que nous appelons point de prairie. Du beau travail, même si son état le rend délicat à manipuler. Les couleurs restent vives et très contrastées. On voit bien que ce sont des teintures naturelles, faites à partir de végétaux ou autres matières naturelles. Le coton est légèrement irrégulier, certainement pas traité industriellement. Le fil utilisé pour l’appliqué est tout blanc, comme souvent pour les quilts anciens de toutes origines.
Je le soupçonnais venir du nord-ouest d’Inde mais sans certitude. De petites recherches sur internet confirment mon intuition, ce top fait partie des Ralli quilts faits par les peuples du nord-ouest de l’Inde et du sud du Pakistan, à l’est du fleuve Indus. Curieuse, je me suis acheté LE livre des Ralli quilts et je suis heureuse d’en connaître un peu plus à présent !
Dans cet immense territoire, on fait des quilts depuis la nuit des temps. Ils servent de couverture de lit, de tapis de sol, d’emballage et de protection d’objets, de coussin, de selle de cheval ou de chameau… Les tissus n’ont pas une longue durée de vie, mais on en trouve la trace sur diverses gravures. Les mêmes motifs se retrouvent sur d’antiques poteries et autres objets, et même sur des tombes.
Naguère les quilts n’étaient faits que pour la famille et constituaient une bonne part de la dot. A présent il existe des marchés et coopératives pour que les femmes puissent les vendre. Les convictions religieuses différentes, hindoues et musulmanes, ne semblent pas apporter de différences aux quilts.
Par la vente de leurs quilts, les femmes se prennent en main et des aides comme l’alphabétisation sont organisées.
On distingue trois familles de quilts mais souvent on trouve l’association des différentes techniques. La plupart sont de tissus unis, ce qui les rend à nos yeux très modernes !
Ceux en patchwork, faits de recyclage de tissus, ont des motifs géométriques qu’on retrouve identiques en Amérique. On peut les nommer Vol d’oie, Étoile de l’Ohio ou Sablier, mais nul doute qu’ils portent d’autres noms au Pakistan 🙂
Ceux en broderie sont souvent sur fond noir, ils sont faits par le peuple nomade du nord de cette région. Ils comportent souvent des miroirs appelés shishas, donnant un éclat incomparable.
Ceux en appliqué ont souvent des formes de flocons de neige dans un carré et les bordures sont parfois en appliqué inversé, produisant les mêmes dessins que des gravures sur bois de la région.
Cette belle photo de femme vient du site Ralli Quilts, tenu par l’auteure du livre éponyme.
La vallée de l’Indus abritait une ancienne civilisation brillante avant JC qui garde encore beaucoup de ses mystères… Comment lire leur écriture ? Pas de pierre de Rosette pour aider cette fois-ci.
A l’Âge de bronze, ils construisirent de grandes villes au meilleur système de drainage, de distribution et de conservation d’eau de l’époque. C’étaient de grands commerçants et constructeurs, plutôt pacifiques. Un déclin en 1700 avant JC est évident sans qu’on en trouve la cause jusqu’à présent. C’est peut-être une guerre, mais plus probablement un changement climatique, avec des crues dévastatrices, des famines ou épidémies qui précipitèrent la chute de cette civilisation qui fut redécouverte seulement au XIXe siècle.
Voici des détails du beau top de Liane :
Cela me donne une furieuse envie de refaire de l’appliqué !
Détail de la bordure :
Très intéressant : on voit le changement de couleurs des triangles au gré de l’envie… et une marque presque effacée sur l’écru : …RATION et dessous : …ACHI. Opération Karachi ??? Seul un spécialiste pourrait donner la réponse !Voici l’envers du décor : les triangles « point de prairie » sont fixés par une piqûre à la machine à coudre, tout comme l’assemblage des bandes, alors que l’appliqué est à la main. Les teintures ne tiennent pas, en particulier le turquoise.
Ma chère Liane, merci pour ta confiance, j’ai bien aimé partir à la recherche de l’origine de ce beau top ! A toi maintenant de chercher dans ta famille qui est allé dans cette région… ou bien est-ce simplement un coup de cœur chez un antiquaire ? Le mystère ne se lèvera pas nécessairement et cet ouvrage restera alors source de rêverie…
Dans les blogs de quilteuses américaines se trouvent d’innombrables photos de cette dame à l’élégance naturelle et un humour vif qu’on devine dans cette mosaïque de photos :
C’était en 2016, sa dernière année professionnelle, à Sisters en Oregon. Gwen donne de sa personne pour expliquer une technique ! Photo de ce blog.
Gwen eut des milliers de stagiaires, et heureusement pour les autres, écrivit une trentaine de livres. Ses premiers sont très proches de l’art amish, avec des gabarits en carton. Puis dans les années 1990, elle voulut trouver l’essence des blocs, les simplifier, utiliser le cutter rotatif, puis libérer les quilteuses des « il faut » et « il ne faut pas »…
Gwen utilisait surtout les unis et quiltait de préférence à la main, un lien maintenu avec la tradition amish qu’elle admirait. Photo de Kristin Shields
En septembre dernier, LeeAnnm’a longuement parlé de la santé de Gwen qui faiblissait. Nous espérions pourtant qu’elle puisse profiter encore quelques années de sa retraite prise à… 80 ans.
Je l’avais invitée chez moi pour un stage informel en France en 2018, mais sa santé ne le permettait plus. Un exemplaire de BeeBook lui était réservé, elle m’a un jour appelée sa représentante officielle en France… J’essaierai toujours d’en rester digne.
Gwen Marston a montré la voie d’un patchwork contemporain, très joyeux, qui chante à mes yeux. Comme toutes les Gwennie Girls, j’ai perdu mon mentor et je pleure.
Caroline, une fidèle amie de Bee Kristine, aime chiner. Toutes deux ont une connaissance encyclopédique des tissus et des fils, des ouvrages anciens, des broderies et des dentelles… Même si Caroline ne fait pas de patchwork elle-même, elle a sa maison remplie de quilts, cadeaux de Kristine ou achats comme celui qu’elle s’est offert à l’AEF au stand de Cosabeth Parriaud :
Fané mais si beau, ce quilt est originaire du Québec. Acheté d’abord par la célèbreCatherine Legrand(j’adore ses livres !), il passe dans la collection de Caroline, pour sa maison familiale.
Dimanche dernier, Caro était à la Foire des Antiquaires de Chatou (78). Elle y fit quantité de belles découvertes, mais elle est tombée en arrêt devant un tableau textile qui lui rappelle furieusement lesPine cone quilts :
On peut le constater, il est ancien, certains tissus sont abîmés, mais qu’il est beau ! Les carrés pliés en 3 font des triangles plus pointus que la technique de Betty. Cela rappelle les tapis des Russes qui font souvent des rosaces extraordinaires avec cette technique. Est-il de France ? C’est vraisemblable, les tissus semblent très français et on voit, dans la collection de Michel Perrier (ses Mosaïques d’Étoffes seront exposées à Brouage du 22 au 28 avril 2019), nombre d’ouvrages faits de languettes, de carrés pliés, faits dans nos campagnes…
Spectaculaire !
Il était en vente à 1 100 euros. A-t-il déjà fait le bonheur d’un collectionneur dimanche dernier ?…
Si cela vous intéresse, vous avez le contact.
Nous dédions cet article à Betty
qui fait revivre la tradition presque oubliée
des Pine cone quilts
et qui compte tant pour nous :
Happy Birthday dear Betty !
Les Abeilles font un vrai petit village de maisons à offrir aux quilteuses de Paradise, nous nous donnons encore une semaine avant d’expédier le tout à Cécile (Patchwork Inspirations). Kristine, Maïté, Evelyne, Christophe, Eliane, Andrée, Simone et moi avons déjà fait des blocs, d’autres arriveront vendredi prochain ! Toutes sont à 27 cm, c’est l’équerrage des photos qui fait paraître les deux dernières plus grandes 🙂
Autre idée du paradis, Caohagan, une petite île des Philippines où la vente de quilts joue pour un tiers dans l’économie locale. C’est une histoire racontée sur ce blog il y a plusieurs mois, que j’ai eu envie de raconter de nouveau à l’auditoire attentif des Bouches-du-Rhône la semaine dernière,vous pouvez la retrouver ici.
En relisant l’article, je me suis aperçue que je n’avais jamais publié les quilts promis !
Alors voici ces Arbres de vie que j’ai choisis parmi des dizaines de quilts aux thèmes variés, parce que le symbole me plaît tout simplement. Je ne m’en lasse pas, ils sont intemporels comme les Arts Premiers, gais comme des quilts modernes d’aujourd’hui, spontanés comme des quilts afro-américains… Bref je les aime, les beaux cadeaux de mon mari❤️!
Sous le doux soleil hivernal les couleurs font bien plus pâles qu’en réalité.
Comme tous les autres quilts, tout est cousu main hormis le biais rouge qui ferme le sandwich. Des broderies au coton perlé enrichissent le dessin, les tissus sont choisis avec beaucoup de liberté. Tous ne me semblent pas être 100% coton, mais l’ensemble est extrêmement harmonieux et très bien fait.
Le second a été créé par AKANG, un des hommes quilteurs de l’île.
Ici le fond principal est jaune pâle. Même si le patchwork est de guingois, élément décoratif sympathique, le quilt est parfaitement équerré et les manchons sont cousus. On a affaire à des connaisseurs !
A l’évidence le quilteur a l’œil artistique, l’harmonie des bandes d’encadrement l’atteste et les appliqués sont vraiment réussis.
Vous le remarquez, tous les quiltings sont faits de la même façon, des lignes parallèles de 1 cm d’écart. C’est justement le nouveau quilting à la mode chez les artistes américaines mais… à la machine à coudre !
Ma chère amie Sujata Shah vit à présent en Californie, non loin de San Diego, elle a fort heureusement été épargnée par les incendies de l’automne dernier. Elle vient de terminer un quilt que j’adore, inspiré directement d’un ouvrage du XXe siècle venant d’Alabama, du hameau de Gee’s Bend (voir la petite histoire ici). Quand on tombe amoureuse d’un quilt, on a tellement envie de se l’approprier, mais c’est dur de trouver la bonne idée ! Sujata a utilisé une gamme de couleurs différente et a choisi de faire son quilt aux coutures régulières mais cela reste un véritable hommage à la quilteuse Magdalene Wilson, qui vécut 103 ans !
Le nouveau quilt de Sujata ShahLe quilt de Magdalene Wilson qui l’a inspirée.
Sujata préfère l’original, mais le sien a beaucoup de peps également !
Dans cet esprit, si vous êtes intéressée par un Quilt Along très souple, juste motivé par l’envie de suivre un exemple de quilteuses de Gee’s Bend ou des anonymes qui quiltèrent les quilts de la collection de Roderick Kiracofe, cela a commencé hier sur le blog de Sujata par ici ! La couverture du livre montrant la collection de Roderick est ci-contre.
Le Quilt Along s’appelle U and U, Unconventional and Unexpected (non conventionnel et inattendu). En toute confidence, j’en ai commencé un l’année dernière, belle coïncidence, le top est fait et je vous le montrerai bientôt… Ce sera un U and U très typique que je pourrai vous montrer plus tard.
Parfois les liens de l’inspiration sont bien plus mystérieux et improbables. Ainsi deux quilts se répondent au-delà des années et des océans. Voyez plutôt, le thème est le meilleur ami de la femme d’après Marylin Monroe (video ici).
Depuis que j’ai vu le film Blood Diamond j’en suis moins sûre…
Dans ce magazine sorti des oubliettes il y a quelques jours se trouve un diamant…
Voici le Diamant de Nadine Rogeret paru en 1985 :
Et, surprise l’année dernière, quand j’ai vu un des quilts vedettes du QuiltCon 2018, une merveille tout en économie de couleurs et pourtant si lumineux, cousu sur papier :
Bling de Katherine Jones, de Tasmanie (Australie)
Chaque oeuvre a sa propre brillance et le quilt australien est à couper le souffle, mais je dois dire que j’ai un faible pour celui de la Française, avec ses touches de bleu-glacier et de jaune… Son livre, Ma vie en patchwork, édité en 1991, fut un grand succès, puis elle a disparu du devant de la scène. Aux dernières nouvelles, Nadine vit à présent dans le Sud-Est et se consacre au boutis. Mais peut-être en savez-vous un peu plus ?
Katsuhiko Sakiyama, ancien directeur japonais d’une maison d’édition de livres de voyage, trouva son paradis un jour de 1986, lors de vacances aux Philippines consacrées à la plongée sous-marine. Une île aux 2 km de plages, vierge de toute pollution, était en vente. Désireux de conserver ce bijou, il l’acheta.
L’interminable plage de sable blanc permet de longues baignades. C’est l’île de Caohagan (ou Khao Hagan), dans un archipel corallien des Philippines.
Cette île était habitée, 330 personnes y vivaient en quasi-autarcie, presque sans monnaie. Les premiers contacts entre les habitants et M. Sakiyama se firent dans la simplicité et un immense respect commun pour la vie telle qu’elle est organisée dans cette petite île, complètement en symbiose avec la nature. Lui-même évoque la puissance de Kami dans ce lieu privilégié. Kami, c’est l’esprit divin, les forces de la Nature dans la religion shintoïste, base de la mythologie japonaise. Si, d’après les statistiques, les gens de cette île sont parmi les plus pauvres de la planète, ils ne sont certainement pas les plus malheureux. Il y règne une idée simple, vivre heureux en étant une part de la Nature, tout simplement.
Les maisons sont faites avec les matériaux qu’on a sous la main… comme naguère chez nous.
Il ne fallait surtout pas casser cette symbiose, mais il fallait tout de même apporter des possibilités de soins, d’éducation pour la population. De même tout a été fait pour protéger les récifs coralliens, la pérennité de la pêche locale qui nourrit les habitants. Le couple Sakiyama y a fait un remarquable travail de conservation de la nature avec des ONG, en concertation avec la population naturellement.
Le tourisme raisonné est une des ressources de l’île, mais aussi, pour le tiers, la vente de… quilts ! C’est bien sûr la raison de ma présentation de cette île…
A Caohagan, la population est montée à environ 600 personnes parmi lesquelles 120 quiltent
M. Sakiyama est marié à une styliste et quilteuse, Junko Yoshikowa. J’ai eu le grand honneur de discuter avec eux à Sitges, où étaient exposés de nombreux quilts venus de l’île de Caohagan.
Photo prise par LeeAnndans d’autres circonstances, car j’ai rencontré ces deux charmantes personnes, Junko Yoshikowa-Sakiyama et Katsuhiko Sakiyama séparément… A chacun son tour de permanence à Sitges !
Au début dans les années 1990, Junko montra à quelques femmes le travail de patchwork avec des gabarits. Peine perdue, cela n’intéressa pas grand monde. Mais elle avait laissé les tissus et lors d’une autre visite, elle se rendit compte que certaines avaient commencé à couper des formes spontanées issues des modèles qu’elles avaient autour d’elles : les arbres, les fleurs, les poissons, les maisons, les chats, les chiens… Junko les encouragea à poursuivre, les aida techniquement… et les quilts de Caohagan sont nés !
Chacun de ces quilts est unique au monde, il est fait sans plan ni gabarit et toujours à la main. Seul le biais de finition est cousu à la machine, puis fermé comme nous à la main. La plupart des tissus proviennent de Cebu, la 2e plus grande ville des Philippines (après Manille), lieu d’arrimage de Magellan en 1521.
Ces quilts sont créés artistiquement, avec audace, dans un esprit de représentation de leur environnement, avec un sens naturel d’association des couleurs, tel qu’on l’apprend en observant la nature. Les quilts ne sont pas droits ? Et alors ? La nature est-elle faite de lignes droites ?
Les quilts de l’île Caohagan présentés à Sitgescette année m’ont enthousiasmée. Je n’avais pas eu la chance de voir l’exposition de Nantes en 2012, c’était donc une découverte.
A Caohagan, des hommes quiltent également.A peine finis, les quilts sont lavés dans l’eau de mer : le sel fixe les couleurs. C’est un geste important, une sorte de baptême du quilt fini. Ensuite ils sont rincés à l’eau claire. On peut laver les quilts de Caohagan à la machine à laver.
Ils m’ont rappelé les quilts afro-américains, si libres, mais aussi les quilts européens et américains du passé, ceux dont parle avec talent Christiane Billard dans Les Nouvelles n°136, celui qui vient de sortir.
Quilt anglais du 19e siècle : la quilteuse (inconnue) y a appliqué tout ce que son imagination lui dictait, avec les tissus qu’elle avait. Musée V&A, Londres.Ce quilt d’Harriet Power est un important témoignage de la culture afro-américaine. Il a été acheté par le Museum of Fine Arts de Boston. En voici une description détaillée.
Junko et son mari sont devenus les ardents représentants des artistes de cette île, en exposant et vendant les quilts dans le monde entier. A l’exposition de Sitges, j’y ai trouvé mon bonheur, mon mari et moi avons acquis deux quilts présentant chacun un Arbre de Vie, un de mes thèmes préférés. Je serai ravie de les montrer à notre Journée de l’Amitié départementale la semaine prochaine (le 29 mars à Balma, organisé par la délégation France Patchwork 31 et le club de patchwork de Balma). L’un est fait par Narda, l’autre par Akang. Sans les connaître, j’ai tellement envie de les remercier ! Admirer leurs quilts est un pur bonheur. Je réserve la primeur à mes amis de Haute-Garonne, mais promis je les montrerai ensuite sur ce blog !