Quilter pour sa cause

Les artistes expriment leur vision du Monde, leurs convictions, leurs obsessions. Les quilteuses contemporaines savent utiliser le tissu pour faire connaître ce qui leur importe. Gina Adams est l’une d’elles. C’est Betty qui m’a donné l’information sur ce bouquet de quilts hors du commun exposés en ce moment dans le New Hampshire.

Exposition exclusive de Gina Adams à Dartmouth College à Hanover, New Hampshire, tout l’été.

Hopkins Center for the Arts at Dartmouth 
Hopkins Center for the Arts
4 East Wheelock Street
 

Dartmouth College 
Hanover, NH 03755

Ses quilts ont une forme inédite : du texte appliqué sur des quilts anciens, souvent abîmés par l’outrage des ans.

Mais les textes ne sont pas choisis au hasard, ce sont les nombreux traités signés entre les hommes blancs et les tribus natives, c’est-à-dire en langage courant les Indiens.

Ces textes sont parfois très antérieurs aux quilts, les premiers traités étant du 17e siècle, promettant aux Indiens de l’argent et du pouvoir contre les terres, mais la plupart ont l’âge des quilts, datant du 19e siècle. Appliquer ces textes qui engageaient les autorités coloniales puis gouvernementales des Etats-Unis sur des objets de confort que sont les quilts amplifie le sentiment de malaise sur ces promesses non tenues, d’autant plus qu’un véritable génocide suivra.

Gina Adams est descendante Native Americaine et Européenne (elle descendrait du 2e Président des Etats-Unis, John Adams), d’où probablement son engagement particulier pour rappeler cette part honteuse de l’Histoire des Etats-Unis.

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Gina Adams

 

Les photos sont de la page Facebook de Gina Adams. Vous pouvez voir d’autres photos de ses quilts par ici.

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Bien souvent les textes étaient rédigés de manière obscure, à dessein… C’est pourquoi parfois les textes ne sont pas bien lisibles sur les quilts…

Peut-être les verrons-nous un jour en France ?

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L’époustouflante Christiane Billard

Je ne vous raconterai pas tout ce que nous avons découvert en deux journées charentaises, d’autres ont pris bien plus de photos que moi et vous feront vivre ces temps forts comme si vous y étiez ! Sachez seulement que c’était la grande réunion nationale de l’association France Patchwork : vendredi dernier pour l’Assemblée Générale annuelle à Brouage, puis samedi à Royan pour la Journée Nationale de l’Amitié. Grâce à l’équipe de bénévoles menée par Aline Joulin, nous avons été reçues comme des princesses !

brouage17Ce département de Charente Maritime est le centre névralgique des Quilts de Légende et Brouage est leur écrin. Je conçois cette manifestation comme l’hommage respectueux des quilteuses d’aujourd’hui aux quilteuses d’antan, avec la reproduction fidèle d’ouvrages anciens qui ont pu parvenir jusqu’à nous. Dominique Husson en est l’incarnation, créatrice et organisatrice de cette exposition de très haute qualité qui porte haut et fort les talents de nos patientes adhérentes.

Il est une figure discrète qui garantit le respect du choix judicieux des œuvres, une caution historique habituellement dans l’ombre, je veux parler de Christiane Billard. Cette ancienne élève et grande amie de Sophie Campbell s’est inlassablement instruite sur le monde des quilts et leur contexte. Même si elle est spécialisée dans les quilts du passé, les déchiffrant avec passion, je sais qu’elle garde un œil sur les meilleurs quilts d’aujourd’hui et reste attentive aux évolutions marquantes, c’est un signe d’ouverture d’esprit qui me touche !

Nous avons eu le bonheur de suivre, samedi matin, une conférence de deux heures sur l’histoire raisonnée des quilts anciens, projetant pour chaque période un contexte historique, économique, social ou politique. Christiane Billard a passé de très nombreux messages, articulant les diverses tendances et innovations, expliquant ces changements, balayant quelques certitudes erronées… Avec brio, précision et une pointe d’humour, Christiane nous a fait partager deux siècles de créations avec un bonheur inouï. 

Son intervention a été unanimement célébrée, longuement applaudie et remerciée par une belle standing ovation !

Vous qui avez apprécié cette magistrale présentation, vous avez un moyen très simple de vous replonger dans de multiples épisodes de cette conférence et obtenir bien plus de précisions : prenez votre pile de magazines Les Nouvelles – Patchwork & Création Textile et lisez, relisez ses articles dans la rubrique Traditionnel ! Je suis sûre que, maintenant que vous connaissez Christiane, vous apprécierez encore plus ses articles, tous faits bénévolement depuis de longues années pour nous, les adhérents de France Patchwork.

Pour vous qui avez manqué ce grand moment, je ne peux que vous donner le même conseil : lisez attentivement les articles de Christiane ! Ah, quel dommage si vous n’êtes pas abonnée… Vous pouvez y remédier en adhérant à France Patchwork, code 1 (Pourquoi adhérer ?Bulletin d’adhésion).

Et si vous en redemandez, voici quelques articles de la Ruche qui vous rappelleront des épisodes de la conférence :

Ce n’est qu’un tout petit aperçu des thèmes évoqués par Christiane Billard. Mille mercis à France Patchwork pour ces journées de bonheur et encore bravo Christiane !

Justement, le magazine de l’été vient de paraître : à vos lunettes (de vue ou de soleil), appréciez les photos, projetez de faire un modèle… et lisez-le !

 

 

Linda McIntire Koenig

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Hommage à Linda Koenig par sa maison d’édition Quiltmania ici.

Dimanche soir, en rentrant de vacances, j’ai appris sur le site Quiltmania que Linda Koenig nous avait quittés. Je la savais malade depuis plusieurs mois. Pourtant elle restait pimpante et souriante en avril dernier, au Salon Pour l’Amour du Fil, pour le lancement de son livre Ratsburg Road Quilts. Peut-être restait-elle assise un peu plus longtemps, mais son sourire radieux ne laissait pas imaginer une quelconque souffrance ni inquiétude.

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Ses deux livres, édités par Quiltmania, sont pleins de son histoire, d’anecdotes personnelles et bien sûr de quilts magnifiques, souvent photographiés chez elle.

Elle avait le chic pour vous parler avec une attention soutenue, comme si votre rencontre était pour elle la chose la plus importante de la journée.

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Sa préférence allait pour les quilts anciens, et tout particulièrement les scrap quilts, ceux faits de mille et un petits restes de tissus de récupération.

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Dans sa maison d’exposition en avril dernier (Pour l’Amour du Fil), on pouvait admirer la plupart des quilts de son dernier livre.

En 1985 elle était devenue propriétaire de Quilt Plus, magasin dédié au patchwork au cœur d’Indianapolis, puis elle a vécu une belle vie de quilteuse avec son chemin personnel et de nombreux échanges de blocs avec ses amies. Elle a tant aimé conseiller, enseigner toute une génération de quilteuses de l’Etat d’Indiana et bien au-delà, puisqu’en avril dernier elle animait encore des stages ; mon bon copain et voisin David avait grandement apprécié les moments passés avec elle, et encore appris des petits trucs… Elle était marrante, avec sa façon de casser certains principes et de dédramatiser la police du patchwork en répétant souvent : amusez-vous ! 

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J’adore ce simple motif du railroad (chemin de fer). Ici le noir représente sa chatte noire qui virevoltait un peu partout, jusqu’à ce quelle ne se fasse croquer par un raton laveur de passage…

Ses quilts semblaient anciens, comme de belles antiquités. Traditionnels donc, oui mais je dirais aussi intemporels, avec toute la liberté que s’accordaient aussi les quilteuses du XIXe siècle. C’est son œil qui guidait son choix des couleurs (ah l’œil malicieux qui émergeait au-dessus de ses lunettes !), c’est son goût qui l’incitait à choisir des tissus simples rayés ou à carreaux associés à des repros dans un même ouvrage, c’est son plaisir qui la menait à quilter énormément à la main… Cependant, plusieurs de ses récents ouvrages l’étaient à la machine, car elle savait intimement qu’elle n’aurait pas eu le temps de tout finir.

Son style classique était simplissime. Pas de bloc de bravoure aux pointes acérées, pas d’appliqué compliqué, mais une technique simple et éprouvée, des astuces malignes  et surtout sa bonne humeur rendaient ses stages incomparables.

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Un de mes préférés est peut-être le plus simple : Baby Blue Shoo Fly. Des tons en sourdine, des blocs gris et bleus se succèdent, jamais tout-à-fait les mêmes…
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Quoi de plus simple aussi qu’un mur de briques en tissus repros ? En même temps, quoi de plus beau ?…  Cependant, un quilt simple ne veut pas forcément dire un quilt rapide !
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La coquetterie qu’aimait montrer Linda : une brique brodée à son nom… les points sont absolument minuscules !
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Linda, et moi aussi, a longtemps crié sur tous les toits quelle n’aimait pas le jaune dans les quilts. Et puis deci-delà elle en a utilisé, d’abord parcimonieusement puis de plus en plus franchement dans tous les tons, surtout le jaune chrome et le fameux cheddar, puis du beurre au caramel… On n’est jamais loin de la cuisine ! Curieusement, je viens de recevoir une commande comprenant pas moins de 2 mètres de cette couleur, pour un quilt que j’ai en tête. Alors ne disons pas Fontaine, jamais je ne boirai de ton eau…
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Couleurs beurre et caramel…

Dans son dernier livre, Linda évoque avec beaucoup de tendresse son groupe de quilteuses, sa Ruche des Quilteuses en quelque sorte, une douzaine de membres qui partagent plaisirs et peines, recettes de quilt et de cuisine, comme nous à Colomiers. Les Etoiles du Nord, comme elles s’appellent, ont perdu ce 13 octobre une grande amie.

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Un quilt fait d’échanges de blocs avec des amies…