Vendredi dernier dans notre Ruche, chacune est restée sur sa position au sujet de la pertinence du prix Nobel de la littérature à Bob Dylan.

Mes amies profs de français, en particulier, trouvaient qu’il y avait bien des écrivains à récompenser avant ce troubadour. Je comprends leur point de vue, surtout en regard de leur formation. Et quand de surcroît j’ai comparé Bob Dylan à Rimbaud, j’ai vu une lueur d’incompréhension.
Et pourtant…
J’ai appris l’anglais avec le peu de matériel audio dont je disposais. Souvenez-vous, vous qui avez plus de 40 ans, le seul anglais dont nous disposions était l’anglais chanté : pas de cassettes video ou de DVD multi-langues, même pas de films en VO à la télévision, pas d’internet évidemment… Alors, avec ma volonté d’apprendre plus l’anglais que ce qu’on m’enseignait au collège, j’ai acheté des disques (33T.) avec les paroles écrites à l’intérieur. J’ai beaucoup appris avec les Beatles ! Leurs chansons populaires (ce n’est pas péjoratif : c’est de la pop music) sont devenues des classiques.

Mais j’ai senti intimement la force des textes de Bob Dylan, son engagement pour des personnes injustement condamnées (vous ferai-je sursauter si j’évoque une filiation avec J’accuse de Zola ?), ses prises de position contre le racisme, mais aussi la poésie de ses phrases, ses trouvailles souvent intraduisibles car tout est dans la mélodie des mots magnifiée par celle des notes de musique.

C’est toute une époque de la Protest Song, la chanson qui fait réfléchir alors que l’Amérique était en prospérité éblouissante, pleine d’optimisme, malgré de lourds fardeaux comme la désastreuse guerre du Vietnam. C’était bien plus que le poil à gratter de la société, c’était un courant pour faire avancer la démocratie et soutenir les défavorisés : une jeunesse qui avait de grands objectifs !

Sa culture est immense, tant de notre poésie (il a revendiqué son inspiration venant de Rimbaud, Verlaine et Apollinaire) que celle des plus grands Américains comme Walt Whitman que j’aime tant. Des poèmes-fleuves de 10 pages deviennent des chansons épiques comme Like a Rolling Stone ; n’est-ce pas son Bateau Ivre à lui ?
Le fait que cette poésie soit mise en musique n’appauvrit pas le texte, il la sublime ! Ses musiques font la synthèse des différents grands courants musicaux : ballades celtiques (qui ont donné la country music), le blues des Noirs, le rock : un pur produit de la mixité américaine, des folk songs (chansons du peuple) dans toute leur diversité et leur richesse.

Mais pourquoi lui et pas un autre ?
Bien sûr, l’homme Zimmerman n’est pas parfait, ses écrits sont inégaux aussi. Malgré son talent fou, sa vie n’est pas exemplaire, ce n’est pas non plus ce qu’on demande à un artiste. Mais je soutiens entièrement ce choix car il est sous-entendu par l’académie Nobel, dans mon esprit, que les USA sont grands par leur histoire, leurs protestations tout autant, et non pas par un repli sur soi ou l’élection éventuelle d’un président ignare pour cette fonction, rétrograde et peu respectueux des femmes. Pour autant je compatis avec ceux qui mettent leurs espoirs dans Donald Trump, ce sont majoritairement des délaissés de la société actuelle et leur situation est bien difficile.

Ce prix Nobel est pour moi comme une piqûre de rappel et une mise en garde : rappelez-vous la grandeur des Etats-Unis qui peut passer par la contestation, mais aussi par sa liberté d’expression et la richesse de sa diversité. Cela ne passe pas par un repli sur soi ni un rejet de l’autre.


























































