Brique et Pastel

Aujourd’hui je lance un clin d’œil à Toulouse ma ville natale (oui, je suis mi-bretonne, mi-cathare ;-)), à la couleur de brique rose et à sa fortune faite grâce au Pastel, alias Isatis tinctoria…

ville rose

Toulouse, ô Toulouse… Au bord de la Garonne

C’est une ville construite avec la terre argileuse de la région, ce qui donne ces briques rosées si belles. La terre d’ici continue d’être cuite, notamment à 5 km de chez moi, en briques traditionnelles. On les appelle ici « briques foraines », cuites au four, en opposition avec les briques de terre crue. Son complément naturel est, pour les toits, la tuile « canal », composée de la même matière première. Ces couleurs naturelles donnent à ma ville une nuance rose le matin, rouge sous le soleil de midi et pourpre aux derniers feux du soir… Quelle harmonie !

toulouse-quai-de-tounis

Les nombreux hôtels particuliers qui contribuent à la beauté de la ville sont redevables des fortunes amassées grâce au pastel, plante tinctoriale qui pousse si bien dans la région voisine du Lauragais, dans le triangle d’or formé par Toulouse à l’ouest, Albi au nord et Carcassonne au sud. La plante pousse facilement partout ou presque, mais c’est ici que les conditions (climatiques, géologiques) sont réunies pour obtenir le plus beau bleu !

Cette teinture est utilisée depuis des temps immémoriaux. Savez-vous que des Ecossais (le peuple Picte, qui a vraiment existé), du temps du Roi Arthur et de Merlin l’Enchanteur, se badigeonnaient de teinture de guède (autre nom de l’isatis) pour devenir bleus et effrayer leurs ennemis anglais… qui en avaient une peur bleue ?  Cette teinture servait aussi à teindre la barbe blanchissante de certains hommes en Europe, d’où sans doute l’origine de Barbe Bleue, celui qui fait si peur…

 

Toulouse_rose et bleue

Du Capitole aux maisons modestes, des hôtels particuliers aux maisons de banlieue, le bleu pastel s’impose de plus en plus en compagnie de la brique.

Le déclin de la fortune de la région toulousaine vint avec l’importation d’Asie de tissus teints à l’indigo à partir du milieu du  XVIe siècle, plante qui contient une plus grande concentration du fameux pigment « indigotine ». Mais depuis la fin du XXe siècle, avec la mondialisation, on s’attache de nouveau aux particularités régionales. Tout comme la violette (fleur emblématique de Toulouse), le bleu pastel revient en force  ! Aux pigments naturels ou en peinture industrielle, le bleu est maintenant la couleur majoritairement utilisée pour les boiseries et les ferronneries des immeubles en briques dans tout Toulouse. C’est si beau ainsi !

 

isatis-1

Dans le fameux jardin de Monet à Giverny (aux portes de la Normandie), on apprécie ce nuage de fleurs jaune d’or, les isatis, qu’on appelle aussi guède ou pastel des teinturiers. On nomme cette plante ainsi car, à la suite d’un savant processus, on peut extraire des feuilles le pigment de l’indigotine, seule source de teinture bleue en occident pendant des siècles. Selon la concentration, le bleu sera pastel, ou bien plus dense.

lauragais-pastel

Champ de pastel dans le bas Lauragais (on dirait du colza, c’est de la même famille), avec vue sur les Pyrénées ! (photo d’ici). Savez-vous que c’est ici le  fameux Pays de Cocagne ? Cette expression provient des boules de feuilles broyées, appelées coques, qu’on moulait à la main pour stocker cette matière en vue de la teinture en bleu, la fortune de la région… l’Or du Pastel !

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Paule de Viguier, née en 1518 à Toulouse, est une figure emblématique de l’imaginaire toulousain. Cette dame de la famille Lancefoc, pastelliers fortunés, fut louée pour sa beauté par François 1er en visite à Toulouse et devint une icône de la ville. Alors que des troubles secouaient le peuple toulousain, les Capitouls (magistrats de la ville) demandèrent à la Belle Paule de se montrer régulièrement à la foule du haut d’un balcon… et ainsi l’apaiser momentanément ! Une vraie star !… Paule profita de sa fortune et de sa réputation pour mettre en valeur les artistes dans cette époque encore très frustre et contribua ainsi à l’éveil de la culture dans la ville. Contrairement à Clémence Isaure, l’autre égérie de Toulouse, la Belle Paule a bel et bien existé.

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Aucun portrait réel de la Belle Paule n’existe, mais elle a inspiré notamment Henri Rachou (1855-1944)

Cette belle Dame est toujours représentée habillée en bleu pastel, conformément à l’origine de sa fortune. Aujourd’hui, son nom est attaché à l’hôpital de la Mère et de l’Enfant, au sein du CHU de Purpan.

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Largement planté depuis le XIIe Siècle dans le Lauragais, le désamour du pastel à partir du XVIe Siècle plongea la région dans un certain marasme. Du côté de Lavaur dans le Tarn se trouve le Musée du Pastel au Château Magrin qui évoque grandeur et décadence de l’Or Bleu. Coïncidence, mes parents se marièrent à cet endroit !

Le pastel, woad pour les anglophones, connaît depuis une quinzaine d’années un renouveau fracassant grâce tout d’abord à un couple belge installé à Lectoure dans le Gers. Parallèlement, d’autres jeunes sociétés ont vu le jour pour tirer profit des immenses qualités cosmétiques de la graine de cette plante, comme par exemple Graine de Pastel dont j’adore les produits bleus !

Lectoure

Ambiance « Bleu de Lectoure », vues du site de l’ancienne tannerie transformée par la famille Lambert en magasin et atelier. Même leur vieille Jaguar est peinte en bleu !

graine de pastel

Nouvelle cosmétique élaborée avec un engagement écologique et éthique forts.

journée de teinture

Si vous souhaitez plonger dans une journée de teinture au pastel, vous pouvez contacter Annette Hardoin !

Il n’est pas étonnant que ce bleu divin inspire les artistes de la région… Cécile Milhau, artiste peintre-quilteuse-brodeuse(…) habitant dans le Tarn, dans le fameux triangle historique du pastel, initia en 2002 un travail collectif avec ses amies quilteuses : sur ce grand panneau textile se trouvent différents symboles des pasteliers, on devine des bâtisses, des horizons, des paysages, la plante aux fleurs d’or… Cerise sur le gâteau, des tissus sont teints artisanalement au pastel !

Le_Pastel Cécile Milhau

« Le Pastel », quilt créé par Cécile Milhau, réalisation collective, 220 cm x 220 cm, 2002

De surcroît, on a des chances d’entendre encore plus parler de l’isatis tinctoria dans les prochaines années car le principe anti-cancéreux du broccoli est dans cette plante en concentration vingt fois supérieure ! Elle fait partie de la famille des brassicacées, comme les choux… Bientôt la soupe au pastel des teinturiers ???

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Bien plus modestement que Cécile Milhau mais néanmoins inspirée par mon environnement de brique et de pastel, le nom de mon ouvrage en cours s’est imposé à moi… J’y travaille et je vous le présenterai bientôt !

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En France, le froid arrive…

… et j’ai trouvé sur Facebook un quilt qui illustre l’hiver à merveille :

felisa quilt : Minka in Invierno

« Minka Houses in Winter » : Felisa Nakawasa a dessiné ce modèle réalisé par Shisuyo Tuchihashi. Felisa fait régulièrement éditer ses modèles dans les magazines de patchwork japonais les plus réputés et a reçu maintes récompenses.

Les « Minka » sont au Japon des maisons traditionnelles, généralement les habitations modestes des paysans, pêcheurs, artisans et marchands. Leur style varie grandement selon la région mais les plus connues sont au centre du Japon où quelques villages, inscrits par l’UNESCO au patrimoine de l’humanité, sont préservés :

Village historique au centre du Japon

(photo du site de l’UNESCO)

Les toits de ces Minka sont extrêmement pentus car l’hiver, la neige tombe fortement dans cette région. Certains descendent presque jusqu’au sol et cette architecture est appelée « gassho-sukuri », c’est-à-dire en forme de mains jointes. Les toits pentus sont à la fois utiles à l’extérieur (intempéries) et à l’intérieur (fonction de cheminée !). Je vous recommande la lecture du blog de Jacques Perrin à ce sujet.

gassho_zukuri

Maison Minka… ou le charme de la couleur taupe

Cette représentation de la Maison est, pour le peuple japonais, une image traditionnelle ancrée dans les esprits. On peut rapprocher cette image culturelle à celle de la « petite école rouge » aux Etats-Unis. Il faut peut-être trouver ici l’inspiration des tissus japonais taupe pour le patchwork, car c’est bien dans cette gamme de couleurs qu’apparaissent ces maisons en bois au toit de chaume !…

houses yoko saito

Ce livre, au succès fou amplement justifié (traduit du japonais par Osamu & Marie-Claude Tsuruya) comporte de nombreuses maisons de style « Minka », ces maisons habitées par les « gens du peuple » ruraux ou citadins.

Dans le sud du Japon, les Minka n’ont pas les mêmes caractéristiques car elles sont adaptées au climat ; les toits sont moins pentus et elles sont souvent construites sur pilotis pour favoriser la ventilation… mais aussi, tout comme plus au nord, en raison des séismes…

architecture traditionnelle sur pilotis

Ces habitats traditionnels ont été massivement démolis au XXe siècle mais de nombreuses personnes et associations les protègent et les reconstruisent actuellement. Leur charme opère… et après tout, en plus de leur valeur historique, ce sont de parfaites maisons écologiques ! 

Pour le regard unique d’une Française quilteuse connaissant le Japon de l’intérieur, allez sur le blog de Marie-Claude Tsuruya La Chambre des Couleurs.

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EstampeHiroshige

Estampe de Hiroshige, Sur la route du Tokaïdo, Kambara
« Neige de nuit » – Des maisons Minka sous la neige. Je crois presque entendre la neige crisser sous les pas…

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Des appliqués divers mais toujours si beaux !

J’aime le rendu des appliqués traditionnels à la manière d’Annick Huet, cette Française qui a fait tant de quilts  aux accents de planche botanique à la Redouté (« Le Peintre des Fleurs », 1759-1840) ou de Baltimore (style de quilt américain aux blocs appliqués complexes).

atelier annick

Ses livres sont connus et suscitent toujours de l’admiration, en voici quelques uns :

Livres Annick Huet

Les explications très détaillées permettent d’apprendre seule l’appliqué traditionnel et d’essayer d’approcher la finesse d’exécution d’Annick. Quant aux superbes quilts bicolores, ils sont eux aussi cousus… à la main ! De très jolis modèles de quilting sont également disponibles dans ce livre.

Après quelques années difficiles en quête d’une meilleure santé, Annick reprend avec enthousiasme ses cours et stages. Elle édite régulièrement des pochettes avec les patrons de modèles raffinés, voici celui du mois :

au fil des mois 018 copie

Planche en vente sur son nouveau site.

Dans notre Ruche, plusieurs Abeilles se distinguent particulièrement en appliqué, vous en voyez des exemples au fil des articles… et en février ou mars Madeleine partagera avec vous le quilt de style Baltimore revisité qui la tient en haleine depuis bientôt deux ans !

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Aimer la tradition ne nous empêche pas de vouloir parfois aller plus vite ; nous avons pour la plupart des machines à coudre si performantes qu’on a envie de les utiliser ! Ainsi nous nous sommes intéressées à l’appliqué machine à la manière de Kim Schaefer. Sa particularité ?  Rien de bien nouveau dans sa méthode d’appliqué machine, elle fait un point bourdon (zigzag serré) tout autour pour maintenir les pièces. Mais comme son style est résolument country, elle adopte systématiquement un fil beige, ce qui est une idée toute simple mais si bonne ! Regardez plutôt ce petit quilt fait par Martine pour cette période de l’Avent :

Poinsettia Martine

Poinsettia de Martine posé en bord de table lors d’une exposition éphémère. Les mini-sapins ont été expliqués dans l’article précédent.

Ce livre de Kim Schaefer « A Quilted Cosy Christmas » comporte de très jolis modèles piécés avec des appliqués bordés d’un beige doré très chaleureux. Ici Martine a préféré un beige plus froid en raison du lin en tissu de fond. Bien vu !

Livre K. Schaefer

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J’ai appris à améliorer mon appliqué grâce aux conseils avisés d’Annick Huet dans son livre « Fleurs rouges en appliqué »; je reste très décontractée dans cet art, mais puisque c’est la saison,voici mon petit appliqué de Noël, fait il y a quelques années en m’inspirant de dessins de Jacqueline Morel, autre grande dame de l’appliqué français :

Hiver - Katell

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La Reine du Crazy Victorien – Son livre

Vous souvenez-vous de mon enthousiasme après avoir visité l’exposition de Denyse Saint-Arroman l’année dernière ? Elle sait comme nulle autre faire des Crazy Quilts au charme fou.

Je n’ai pas oublié ce plaisir et pour notre Journée de l’Amitié (France-Patchwork 31) avant Noël, je trouvais judicieux de nous plonger dans cet univers de tissus précieux et de broderies qui brillent ! Denyse était donc notre invitée vendredi dernier et elle nous a éblouies par ses quilts où chaque centimètre carré ou presque est brodé, perlé, décoré… De près, nous sommes impressionnées par la technique et la patience, de loin nous apprécions la structure du panneau et son ambiance tantôt délicieusement désuette et rococo, tantôt extrêmement moderne… même en conservant la technique pure du crazy victorien (du XIXe siècle) !

Alors merci Denyse pour cette conférence érudite et si intéressante, même pour celles qui n’ont pas d’affinités particulières avec ce style ; c’était un challenge relevé avec brio.

Je ne ferai pas ici l’historique de cette technique passionnante car Denyse Saint-Arroman l’a remarquablement fait dans son livre qui vient de sortir :

Livre de Denyse Saint-Arroman sur les Crazy Quilts, posé sur mon petit crazy fantaisie.

Sachez seulement que, tout comme pour l’Assiette de Dresde, les origines de l’engouement du Crazy ont un lien direct avec la découverte de l’esthétique asiatique (chinoise et japonaise) en seconde moitié du XIXe siècle…

N’hésitez pas à vous offrir (bientôt Noël !!) ce livre très complet où vous trouverez tous les conseils nécessaires à la réussite de votre crazy quilt avec de nombreuses broderies expliquées pour orner votre ouvrage, ainsi que mille et une astuces…

Vente du livre sur son site : http://patchwork-perles-broderies.com/bibliographie.html

Croire au Père Noël… et autres histoires

C’est l’histoire du dernier Magic Patch, le n° 101.

Je savais que Pascale, alias Jubama, nous préparait encore un de ses jolis modèles. « Chut ! », nous dit-elle quand, en plein mois de juillet, elle planchait sur l’ambiance feutrée et cosy de Noël.
Son univers, avec sa maison remplie de petits-enfants, ses poules au poulailler de luxe près du potager, l’ont bien inspirée cet été !

Poulailler chez Jubama, photo de son blog. Inspiré des granges américaines !

Croire au Père Noël, tel est le thème choisi.  On y trouve notamment un quilt de style country comme j’aime, aux couleurs douces et pimpantes, des dessins mignons comme tout, un inévitable mouton avec le Père Noël… Mais oui, les moutons sont une des marottes de notre créatrice ! La gamme de tissus choisis est parfaitement adaptée et de petites broderies donnent une touche de raffinement supplémentaire.

Je dois dire que j’ai une petite réserve : la photo principale de présentation… Au lieu de bien nous montrer le quilt, on a un grand ours que je ne trouve pas du meilleur goût. Il faut aller dans les pages d’explications pour apprécier l’ensemble de l’ouvrage… Et pour le voir sur une belle photo, je vous conseille de vous adresser directement à Jubama ici  ! Bon, c’est juste une petite remarque de présentation à l’intention du magazine, j’aime voir les quilts en entier !!

Et Pascale nous propose aussi un sac à cadeaux, j’en retiens l’idée… Moi aussi je finirai bien par être une mamie !… Et j’aime beaucoup le manteau de cheminée, il faut d’ailleurs que j’en fasse un, pourquoi pas un comme celui-ci ? En m’y prenant maintenant, il sera fini pour les fêtes… Ah Pascale la tentatrice !!

Un Père Noël avec un joli mouton, détail du quilt « Croire au Père Noël » de Pascale Piète.

Beaucoup d’autres jolis modèles dans ce Magic Patch, à vous de découvrir ce que les créatrices nous ont réservé ! 

Je voudrais aussi attirer votre attention sur l’histoire de l’Hermione (pages 42-43). C’est le bateau qui mena le marquis de La Fayette — personnage presque oublié en France mais fort célébré aux USA– vers cette colonie britannique qui souhaitait ardemment son indépendance… Un club de patchwork de Poitiers a fait un quilt collectif de toute beauté à la gloire de la Fayette et de l’Hermione. Histoire à lire ! Je vous engage aussi à aller sur leur blog Quilt pictave. Vous y verrez notamment des photos de la visite d’un chantier naval : des passionnées ont entrepris la reconstruction à l’identique de cette frégate (en vrai !)… Un chantier que vous pouvez retrouver ici : http://www.hermione.com/

Quilt sur le thème de l’Hermione, superbe frégate qui mena le Marquis de La Fayette en Amérique en 1780.

Pour finir avec ce numéro décidément éclectique, ce que j’apprécie grandement, lisez le portrait d’Inge Hueber, la quilteuse qui met tout à l’envers… Je m’explique : fascinée par les couleurs, Inge teint tous ses tissus elle-même, ce qui lui permet d’obtenir de fabuleux dégradés. Ses recherches l’ont conduite à coudre des quilts de bandes aux coutures visibles, elle obtient ainsi un volume et un velouté incroyables. Son site : http://www.ingehueber.de/.

Détail de Sunset/Broadstairs, voir le quilt dans son ensemble ci-dessous. De loin, on ne voit pas les coutures et les couleurs se fondent l’une dans l’autre…

Impressionnant, non ?…

Vive le patchwork dans toute sa diversité !

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Easy Street

Route facile ? Je ne sais trop comment traduire cette locution, mais je sais qu’elle va fleurir dans de nombreux blogs de patchwork les prochaines semaines ! Au vu du contexte, on peut le traduire librement par notre expression « On va se la couler douce » ou « Trop facile ! », puisque Bonnie Hunter de Quiltville nous promet un quilt mystère qui réclamera bien moins de travail que les précédents… Ce sera pourtant encore un gros bébé, puisque sans bordure ce quilt carré fera 84 inch de côté sans bordures optionnelles (96 inch avec !!).


Bonnie Hunter va donner les premières instructions le 23 novembre sur son blog Quiltville. Vous avez tout juste le temps de rechercher les tissus ! Cinq groupes de couleurs sont requis :

– des verts acides
– des turquoises
– des violets
– des gris
– des imprimés blancs/noirs style shirtings, ces tissus de chemises à petits motifs.

C’est sa gamme, mais chacune peut s’aventurer vers d’autres harmonies ! Pour plus de renseignements, voyez son article ici, vous y trouverez tous les détails pour vous tenter furieusement !

Chez Nadia, des pièces multicolores…

… de toutes provenances s’approchent, s’assemblent, se choquent et s’accordent finalement dans des tableaux si esthétiques :

Sea, sand, and sky, avec un fond blanc éclatant et brillant grâce au mélange des matières textiles

Fan de log cabin, de bandes, de récup’, ce grand panneau ne peut que me plaire !
Cette artiste américaine vivant en Tunisie possède le précieux don de savoir exprimer et transmettre ses sensations ; ainsi, je ressens bien ici à la fois la chaleur parfois caniculaire du sable et de la terre, la fraicheur de l’eau, la légèreté de l’air et peut-être aussi une évocation de bateaux à voile… Un avant-goût des mois estivaux ! 

Proche d’un duo turquoise-orange, on a ici une impression hédoniste avec les bleus et corail sur fond blanc, alors que le tableau dont je vous avais parlé ici était beaucoup plus sombre et violent, avec le noir si dense. De beaux exemples de la maîtrise de l’expression chez Nadia.

Ces pièces multicolores, ainsi que les mosaïques qu’elle réalise, lui ont soufflé le titre de son beau blog :

Multicolored Pieces

La Chaussée des Géants

C’est une des merveilles naturelles de notre Terre, sur la côte septentrionale de l’Irlande. Quand on découvre ce lieu pour la première fois, c’est un vrai choc ! Imaginez des rochers noirs sculptés comme des tomettes  de terre cuite hexagonales, mais de toutes hauteurs… C’est du magma refroidi voilà 60 millions d’années qui a donné ce basalte en colonnes hexagonales atteignant parfois 12 mètres ; cette formation géologique existe ailleurs dans le monde, mais c’est ici que les formes sont les plus régulières et nombreuses. L’érosion de la mer a peu à peu gradué la hauteur de ces colonnes, ce qui forme un paysage absolument unique. Evidemment, ce site extraordinaire ne pouvait que provoquer des légendes chez le peuple celtique, vous pouvez faire un tour ici pour découvrir photos et légende…

Pour les quilteuses, les hexagones évoquent irrésistiblement le célébrissime Jardin de Grand-Mère, mais je connais une réalisation bien plus audacieuse… Une des talentueuses quilteuses toulousaines connaît très bien l’Irlande, sa fille y habite depuis des années. Elle aime beaucoup ce site et a chargé son mari d’en faire une interprétation sur papier ; puis elle a cherché les tissus adéquats, a travaillé dur jusqu’à ce que le résultat lui convienne :

Photo Callale

Ce quilt a été fait il y a plus de 10 ans mais conserve sa magie pour toujours ; bravo à Any Vieussens et son mari ! Pour un peu mieux connaître cette artiste, vous pouvez lire sur le blog Le Patchwork sur son 31 le portrait que lui a consacré Martine.

Merci Any pour ta gentillesse !

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Fumiko Nakayama, créatrice de Molas

Vous avez sans doute déjà admiré ces panneaux aux couleurs très vives dans des livres ou magazines ; les molas sont à l’origine des plastrons et dossards, faits par paire, cousus par des femmes indiennes Kuna (vivant sur les îlots au large du Panama).

L’origine en est un peu incertaine ; c’est un peuple qui vivait jadis buste nu, hommes et femmes, mais ces dernières s’ornaient de dessins géométriques à l’aide de teintures naturelles. J’ai lu un jour que des prêtres blancs les forcèrent à se vêtir, et par résistance ces femmes ont commencé à reproduire en tissu les dessins qu’elles faisaient auparavant sur leur peau désormais cachée… Origine vraie ou fausse, le résultat est devenu un art magnifique, glorifiant la Nature, leur vie quotidienne ou leurs croyances à l’aide de tissus vifs et unis. De nombreux livres passionnants ont été consacrés aux Molas, je n’essaierai pas de rivaliser ; sur internet, vous pouvez trouver un dossier francophone intéressant comme celui-ci dans lequel on croit aussi que ce sont des Blancs qui les ont fortement incitées à se vêtir… avec cette conséquence si inattendue !

On a aussi, ici par exemple, des explications  anthropologiques sur l’origine des Molas.

Mola incroyablement belle !

Quelles sont les caractéristiques d’une Mola traditionnelle ?

Elles sont tout d’abord cousues par paire, similaires, mais pas semblables, une pour le devant  (la plus réussie !) l’autre pour le dos de la blouse féminine. Leur dimension est de 30 à 35 par 35 à 40 cm  chacune. Les tissus choisis sont des tissus de coton uni, de couleur éclatante, y compris du noir, mais rarement du blanc et pas de couleurs pastel. Les toutes premières n’étaient que noires, rouges et orange. Les dessins sont symétriques, représentant leur mythologie, leur vie quotidienne, leur environnement ; les techniques utilisées sont principalement l’appliqué inversé, l’appliqué et plus récemment des embellissement en points de broderie (point de tige). Aucun espace n’est laissé libre !  C’est donc un panneau de tissus superposés, plus ou moins épais, jamais molletonné. Le matériel est simple : des cotonnades, du fil assorti, une aiguille fine et de petits ciseaux !

La Mola est donc, dans le monde des arts créatifs, un tableau qui utilise cette technique de superposition de tissus avec découpage, appelée appliqué inversé. Technique qu’on retrouve ailleurs dans le monde (notamment chez les Hmongs du Laos), mais jamais aussi coloré, aussi dense, aussi épais : cela peut devenir une vraie scupture avec 7 ou 8 tissus superposés ! Les Molas sont devenues objets de collection et souvenirs de vacances ! On peut trouver maintenant dans cet archipel des articles éloignés de la tradition, attention donc à vos choix ! Le travail est toujours bien cousu, mais le goût des jeunes couturières va parfois vers le synthétique, le lurex… Il faut souligner que ce revenu est vital pour leur économie locale et contribue souvent à l’indépendance financière des femmes, tandis que les hommes sont souvent pêcheurs.

J’avais déjà été émerveillée par les Molas présentées dans un 100 Idées de mon adolescence (n° 50), puis d’autres articles, des livres nous ont enseigné la technique pour reproduire  soi-même une Mola.

Puis un jour, un reportage dans le Quiltmania n° 60 éveille mon intérêt : une Japonaise fait des molas extraordinaires ! Il s’agit de Fumiko Nakayama, très connue au Japon. Elle fait des Molas depuis 40 ans maintenant et conserve des liens étroits avec des familles de cette partie du monde (cliquez sur ces deux photos ci-dessous pour agrandir)

 Elle a bien sûr commencé par des oeuvres très proches de celles du peuple Kuna, gardant les thèmes de la Nature tropicale, puis a diversifié peu à peu ses thèmes… et considérablement agrandi la taille de ses panneaux ! C’est sur Flickr sans doute que vous pourrez admirer le plus grand nombre de ses oeuvres récentes : elle expose en effet tous les ans au Festival International du Quilt à Tokyo et chaque année on peut admirer les albums-photos de Jan (son blog : be*mused) ou d’autres… Voici quelques références sur lesquelles vous pouvez cliquer :

Flowers of Forest – Twinkling Now – Happy Faces around the World – Wind of May – et encore un… : photos de Jan, qui est également collectionneuse de Molas authentiques . A noter : pour éviter le pillage sans référencement des photos, Flickr permet de mettre des liens, mais plus de copier les photos. Prenez donc quand même le temps de découvrir ces merveilles ! Vous verrez l’évolution de son art, les derniers datant de 2011-2012.

Mais un chef-d’oeuvre trop peu connu de Fumiko Nakayama est une immense composition de 2 mètres sur 4 mètres :

Il fut offert par l’artiste en 2005  pour un centre chrétien de Londres, St Ethelburga (ici une meilleure photo sur Flickr : clic). Il est, paraît-il, en soie (à vérifier !), composé de 40 panneaux montrant 40 peuples du monde. J’aimerais tant le voir en détails ! Qui va bientôt à Londres pour nous faire de belles photos de cette tapisserie ?…

Fumiko Nakayama a écrit plusieurs livres sur son art ; l’un d’eux, édité la première fois en 2002, est actuellement disponible à la Couserie Créative. De nombreuses photos décrivent comment faire, mais comme le texte est en japonais il faut déjà avoir quelques notions de cette technique pour bien profiter des schémas ! On y trouve beaucoup de petits modèles, des coussins comme sur la couverture, des sacs, pochettes, tableaux… Mon modèle préféré est peut-être celui des trois femmes aux dominantes turquoise et chocolat car j’aime ces couleurs… mais tout est beau !

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Rencontre avec la Créatrice de Lumière

Si vous saviez quel plaisir j’ai eu cette semaine à recevoir Marie-Claude de la Chambre des Couleurs ! C’est une femme merveilleuse qui m’honore de son amitié et crée des quilts uniques dont j’ai déjà essayé de vous transmettre l’esprit dès les premiers articles de ce blog :

https://quilteuseforever.wordpress.com/2011/05/11/la-creatrice-de-lumiere/

Elle m’a offert le plus beau cadeau possible en nous apportant cinq de ses quilts ; elle les a exposés, commentés à une assemblée de quilteuses de Haute-Garonne à l’occasion d’une Journée de l’Amitié France-Patchwork. De l’avis général, ce fut un enchantement d’admirer ces patchworks quiltés de facture classique, mais au charme magnétique ; la magie vient sans doute de sa capacité unique à jouer avec les couleurs et la lumière, ses fonds presque toujours sombres mettant en valeur les tissus chatoyants de soie, de coton ou de ramie… Marie-Claude ne se refuse rien si elle considère que ce sera beau, même si la soie lui donne parfois du fil à retordre  ! Elle nous a généreusement donné tous ses petits trucs que vous retrouverez au fil de ses articles sur son blog.

Sa démarche personnelle a marqué l’assemblée : contrairement à la plupart d’entre nous, elle commence avec les tissus et recherche leur meilleure utilisation ; ainsi ci-contre, vous voyez un détail de « Chant d’Etoiles » où soies de kimonos ou cravates usagées jouent ici leur meilleur rôle.

Elle a parfois copié un modèle mais ce n’est pas sa démarche favorite… Et que dire des sublimes tissus anciens japonais tissés artisanalement, parfois un peu rèches, teints à l’indigo et destinés aux vêtements des paysans ou pêcheurs du nord du Japon, à qui elle donne une nouvelle vie ?…

Tout son art lui vient de l’observation inlassable des grands Maîtres de la peinture, connus ou oubliés. Ses goûts sont éclectiques mais sa préférence va vers la peinture européenne du XVIIe Siècle, héritière de la Renaissance, avec bien sûr le clair-obscur qu’on retrouve souvent dans ses quilts, mais aussi l’opulence baroque et raffinée de Rubens, le classicisme joyeux de Poussin… Elle est intarissable sur le bonheur que lui procure la visite des musées. Guettez, sur son blog, ses prochains articles sur son séjour dans la région toulousaine, nous allons sûrement découvrir beaucoup de choses !

Et surtout, admirez sur son blog ses quilts qui ne sortent presque jamais de chez elle ; je dois vous avouer que je craignais d’être un peu déçue en les voyant « en vrai », mais ce fut au contraire un éblouissement. Je suis très heureuse d’avoir pu partager cet immense bonheur avec mes amies de Haute-Garonne, alors au nom de toutes, merci Marie-Claude !

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Je vous recommande de cliquer sur les petites photos en colonne de gauche pour lire les articles consacrés aux différents quilts de la Chambre des Couleurs…

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Le nom de son blog dévoile son amour pour la peinture, puisque la chambre des couleurs était la pièce où les matières premières destinées à faire de la peinture (pigments d’origines diverses) étaient stockées et préparées pour peindre les tableaux… Mon goût pour les romans historiques me donne envie de vous signaler sur ce sujet :

La Jeune Fille à la Perle, de Tracy Chevalier
L’Enfant de Bruges, de Gilbert Sinoué
La Passion Lippi, de Sophie Chauveau

Ces auteurs ont parfois abordé ce même sujet dans d’autres livres… Découvrez, laissez-vous surprendre !