Aucune d’entre nous ne crée un quilt dans l’urgence de l’hiver à venir pour que notre famille dorme au chaud. Nous avons la chance de faire du patchwork pour notre plaisir et celui de notre entourage. Finalement, nous n’avons plus qu’à nous soucier de la beauté de notre ouvrage !
La beauté oui, mais aussi son intégration dans l’environnement dans lequel nous le destinons. Brigitte Heitland, quilteuse allemande originaire de la Forêt Noire (non loin de l’Alsace, de l’autre côté du Rhin), s’est spécialisée dans les quilts qui correspondent à la modernité des intérieurs de style contemporain. Il n’y a pas de hasard : dès qu’elle put toucher la pédale de la machine à coudre Pfaff de sa grand-mère, elle apprit à coudre, faire des vêtements… Quelle joie pour elle de porter des vêtements uniques et créatifs ! Au moment de décider de son orientation professionnelle, Brigitte choisit la branche d’architecte-décoration d’intérieur, mais finit dans le textile design, trop attirée par le fil et les aiguilles ! C’est un jour, au hasard des livres lus, qu’elle tombe sur des quilts en patchwork et là, sa vie bascule. Elle est définitivement accro et fait sa voie en associant le design intérieur et la création de quilts modernes. Ainsi est né Zen Chic, avec des modèles, des gammes de tissus et, dès à présent en vente aux USA (en avril chez amazon.fr), son premier livre édité par That Patchwork Place (Martingale). J’ai eu la chance de le recevoir en avant-première, alors allons-y pour savoir ce que vous y trouverez !
Unique dans ce livre : des conseils pour ne pas être désappointée par vos achats compulsifs de tissus. Ce qui est attractif dans un magasin ne le sera pas forcément chez soi ! Brigitte nous incite à analyser notre intérieur, avec ses couleurs, ses formes, pour déterminer quel style de quilt conviendra. Elle s’appuie sur le nuancier Pantone pour associer les couleurs et ses nombreux exemples donnent des clés pour l’harmonisation de notre intérieur avec nos quilts, quel que soit notre style !
Comme le dit clairement le titre de sa société Zen Chic, le style est ZEN et CHIC, les lignes sont pures, simples et harmonieuses, dans l’esprit minimaliste. Mais ses quilts montrent une inventivité réjouissante et pas du tout ennuyeuse ni froide, vous serez surprise par la diversité des modèles ! En voici un petit aperçu :
Horizon, avec ses couleurs saturées, me rappelle l’Inde… où ma fille aînée et ma sœur passent de belles vacances en ce moment.Rehaussé par un quilting parfaitement adapté, On the Ball est d’une magnifique simplicité esthétique. On pourrait le rendre complètement différent avec deux tissus de fond contrastés… Un modèle, c’est aussi ça, de l’inspiration pour une autre aventure textile !News ! La superbe forme aux multiples courbes est faite de tissu imprimé « journal » en noir & blanc. C’est superbe !
Les quilts ci-dessus sont ceux du livre les plus difficiles à faire peut-être, mais les explications vous guideront avec beaucoup de pédagogie !
A savoir : le livre est en anglais, les mesures en inch. Cependant les modèles sont expliqués avec de nombreux schémas faciles à comprendre. Des photos de très près aident à comprendre « comment c’est fait » et admirer le quilting machine, très harmonieux et complémentaire, qui rehausse l’esprit du quilt. La douzaine de modèles aide à entrer dans ce monde des quilts modernes à l’esthétique contemporaine et j’insiste sur l’intérêt du texte comportant les clés du succès de l’harmonie !
Brigitte Heitland sur son stand à Houston en automne dernier. Regardez sa belle robe faite d’un des tissus de sa gamme True Blue : je l’adore !!True Blue, comme bien d’autres gammes de tissus de Brigitte, convient à bien d’autres styles de patchwork que le minimalisme qui ne plaît pas à tout le monde ! Cette gamme sera en vente en avril prochain.
Un dernier mot, Brigitte tient un blog… pas très actif, nous le comprenons étant donné ses multiples activités, mais il montre l’esprit chaleureux de Brigitte, son partage de multiples ambiances qui vous plairont avec certitude ! Il est par ici :Farbstoff Bridge. Bonne découverte!
PS : en attendant la disponibilité de son livre en Europe, allez voir la diversité de ses modèles en PDFsur son site, ses gammes de tissus de patchwork édités chez Moda… Que d’inspirations !
Hier, pour la dernière fois, le Président Obama s’est plié au protocole présidentiel : gracier une dinde qui, la chanceuse, ne sera pas rôtie pour ce soir !
C’est le grand repas de famille et l’hymne à un beau sentiment : la gratitude.
Un merveilleux quilt de LeeAnn de Nifty Quilts, parfait pour célébrer Thanksgiving.
Les premiers colons anglais s’installant sur ce territoire ont voulu, en fin d’année 1621, remercier Dieu… et les Indiens qui leur avaient permis de ne pas tous mourir de faim. Les autochtones leur ont appris à connaître ce qui se mangeait dans ce nouveau monde et de savoir les cultiver ou chasser : la légende imagine un repas de maïs, de haricots verts, de canneberge, de potiron, de patates douces et surtout, de la dinde ! Si vous ne connaissez pas bien cette fête si typiquement américaine, vous pouvez en savoir un peu plus notamment par ici.
Aujourd’hui, de l’autre côté de la Terre, vraiment à l’opposé c’est-à-dire en Australie, RachaelDaisy est elle aussi pleine de gratitude : elle vient de recevoir le nouveau Simply Moderne édité par Quiltmania qui lui consacre un grand article ! Allez voir ses nombreuses photos, vous serez convaincues que, décidément, Simply Moderne (déjà le numéro 7) est vraiment unique. Ne manquez donc surtout pas ce nouveau numéro si vous avez envie de nouveauté, de couleurs et de bonne humeur : tant de quilteuses modernes sympathiques et talentueuses y participent ! Ah quel bonheur…
La jolie RachaelDaisy, toute heureuse de se voir dans Simply Moderne !
Il est des vers qui demeurent en tête, réminiscences des récitations de l’école ou de chansons maintes fois chantées ou entendues… Ce sont bien celles de l’enfance qui restent gravées à jamais.
Il y a quelque temps j’ai eu le coup de cœur pour un modèle innovant de Crazy Mom Quilts, alias Amanda Jean Nyberg, une vue de troncs d’arbres, des bouleaux, faits de mille mini-morceaux de tissus. C’était fait pour moi, fan de scraps et d’arbres !
Bright Birch Trees, Amanda Jean Nyberg, 2012. C’est un quilt facile et très agréable à faire. On peut mettre de toutes les couleurs et de tous les styles de tissus dans les troncs d’arbre, les pièces sont si petites qu’elles se fondent dans l’ensemble. Et IL FAUT s’autoriser à mettre des tissus contrastés !
J’aurais pu copier d’après photo, mais je compatis avec la vie des créatrices qui se donnent tant de mal pour nous et ai acheté son PDF d’explications, très bien fait au demeurant. Ce modèle est un immense succès, je ne suis pas la seule à succomber à son charme ! Et depuis, je collectionne les photos de quilts sur le même thème, en voici un florilège :
Sew French, avec un très beau quilting à la main qui évoque la brise.Une belle réussite de KaHollyTisha & Rachel, à voir ici. Rachel a opté pour un « quilt as you go », on voit donc les bandes qui assemblent les blocs quiltés séparément.CrispyKristin a fait une forêt en pleine nuit, avec beaucoup d’inventivité dans le quilting de chaque bloc (que vous verrez mieux sur instagram ici).La forêt de Lucia WilkeCathy’s Crazy by Design : elle aussi a choisi un fond plus neutre.L’inspiration originale est probablement ce quilt d’art, fait par Tall Grass Prairie Studio. Forêt de nuit., 2011.
Et bien sûr, j’ai commencé à faire quelques troncs. Au moment de décider des tissus de fond, j’ai choisi les plus foncés pour évoquer la nuit, qui ajoute un peu de mystère à la forêt. Je n’étais pas satisfaite du résultat, trop sombre (eh de quoi tu te plains ? C’est ce que tu voulais !), sans éclat malgré les couleurs des troncs, jusqu’à ce que me trotte dans la tête :
La lune blanche luit dans les bois…
J’ai donc appliqué une pleine lune et dès lors, j’ai commencé à aimer ce quilt. Des champignons évoquent l’automne que j’aime tant, la recherche des cèpes dans la forêt près de chez moi, avec la famille et les chiennes… j’ai ajouté la bordure de gauche avec ce qui me restait de bandes (j’envisageais une autre rangée de troncs), puis j’ai brodé le vers de Verlaine qui a sauvé ce quilt.
Un clic sur la photo pour voir les détails !
Le haut vu de plus près…… puis le bas !
B e la u t o m n e à t o u s !
La lune blanche Luit dans les bois De chaque branche Part une voix Sous la ramée…
Ô bien-aimée.
L’étang reflète, Profond miroir, La silhouette Du saule noir Où le vent pleure…
Rêvons, c’est l’heure.
Un vaste et tendre Apaisement Semble descendre Du firmament Que l’astre irise…
Il est des quilts pour lesquels la perfection est requise, des œuvres de bravoure d’une beauté à couper le souffle. On connaît des ouvrages qui nous laissent sans voix, la bouche bée devant tant de minutie, de précision, de patience, orchestrés dans une harmonie divine…
La beauté n’est pas dans les couleurs, mais dans leur harmonie.
Marcel Proust, A la recherche du Temps Perdu
Certains blocs comme l’étoile plumetée nécessitent à mon sens une certaine perfection :
En toute simplicité, j’ai fait cette étoile plumetée il y a quelques années en décoration de Noël. J’avais suivi les recommandations de France Aubert. Je ne l’aurais pas aimée à moitié bien faite, ici la précision est requise !
De nos jours, les quilteuses traditionnelles mettent toujours un point d’honneur à présenter des ouvrages impeccables, elles ont le goût du travail bien fait. Quelle satisfaction d’avancer un ouvrage difficile, exigeant, et de le terminer ! J’admire leur patience, leur compétence, leur goût. Si elles cousent à la main, elles éprouvent parfois cet état particulier proche de la méditation, occupant leurs doigts et laissant vagabonder leur esprit… Je garderai toujours le goût des quilts traditionnels, le socle de notre art.
Quilt de Légende (France Patchwork) de Nathalie Ferri
Cependant, lors des stages France Patchwork qu’organise la délégation 31, c’est amusant de voir le soulagement des personnes habituées au traditionnel à qui je dis : « oh ce n’est pas grave », « mais si, ça va bien », « pas la peine de défaire », « ces couleurs iront bien ensemble une fois entourées par les autres blocs »… Habituées à l’exigence de la perfection du travail traditionnel à la main, je passe parfois pour une originale qui se contente de peu ! Laisser quelques imperfections n’est pas un excès de laxisme de ma part, c’est souvent parce que nous avons intégré des marges d’erreur lors de la préparation, nous faisons des ouvrages communs très « scrappy », mais surtout nous acceptons l’imperfection.
Il ne faut pas croire que la perfection était l’obsession des quilteuses d’antan, cela n’entrait même que rarement dans leurs priorités. En revanche, elles usaient de beaucoup d’astuce et d’imagination, d’esprit de synthèse et d’adaptabilité pour « faire avec », autant pour les matières premières que leur temps disponible, et, finalement, faire des ouvrages uniques tout en utilisant des blocs classiques. Elles n’avaient ni magasin au coin de la rue… ni internet pour les dépanner !
Magnifique quilt pour enfant des années 1880. Dans la tradition du patchwork, il est unique. Unique, très esthétique mais imparfait : les bandes rouges n’ont pas la même largeur, les triangles ne sont pas distribués régulièrement, les rayures ne sont pas dans le même sens… J’ai presque honte de lister ces imperfections, car ce sont elles justement qui rendent le quilt si attractif à mes yeux !
C’est cet état d’esprit que certaines quilteuses souhaitent réhabiliter, y compris notre petit groupe d’Abeilles. Cela s’appelle simplement la créativité. Sans avoir une imagination débordante, on peut sortir de la copie à la lettre, on peut toujours mettre sa petite touche personnelle à un projet, c’est ce qui le rendra unique. C’est aussi ce que j’aime provoquer quand je présente un modèle simple que personne pourtant ne peut dupliquer, car fait d’assemblages de tissus collectés sur 35 ans ! Rappelez-vous ceci : le parfait est reproductible, l’imparfait est unique !
Modèle présenté des Les Nouvelles n° 127 (magazine France Patchwork) : impossible d’avoir les mêmes restes de tissus que moi, ni de faire les mêmes broderies inégales et spontanées ! Mais l’idée est lancée et je suis très heureuse de savoir que ce modèle est réinterprété avec des résultats souvent bien différents du mien : c’est le but !!! Vous pourrez le voir en compagnie d’une interprétation dans les bleus, au Salon Tendances Créatives de Marseille, stand France Patchwork.
C’est ainsi que souvent je gomme l’idée de perfection dans le patchwork, je préfère laisser exprimer la main qui coud un point pas tout à fait régulier, un angle un peu escamoté… Ce n’est pas un processus de laisser-aller, simplement le but n’est pas le même. Il n’y a pas obligation de résultat parfait, il y a transmission d’une impression, d’une sensation…
J’adore ce quilt parfaitement imparfait de Sujata Shah ! Si les triangles avaient été cousus dans les règles de l’art, le quilt aurait manqué de cette vibration unique. Si les couleurs avaient été parfaitement assorties, on aurait besoin de bien moins de temps pour le découvrir…
Laisser courir le flux de ses idées ne laisse pas grande place à la recherche de la perfection, ce n’est simplement pas la même expression, mais l’un n’empêche pas l’autre ! La créativité vient en se concentrant sur ce qu’on a envie de faire ; il existe un terme qui exprime cet état, c’est le « flow », que nous verrons d’un peu plus près très bientôt !
Ce post m’a été inspiré par un article du Huffington Post qui m’a bien intéressée, mais je trouve ses conclusions très condescendantes : Leave Perfection to those with litte Imagination, laissons la perfection à ceux qui manquent d’imagination. Je ne suis pas entièrement d’accord avec cette phrase, alors que le fond de l’article m’a passionnée. Pour les anglophones, la vidéo sur le wabi-sabi* est exquise.
Wabi-sabi : une manière de vivre qui s’attache à trouver de la beauté dans les imperfections-mêmes de la vie.
*Le wabi sabi est un concept esthétique japonais valorisant la beauté de l’éphémère, de l’imparfait, du modeste, de l’ancien, issus du travail du temps ou des hommes. Une vraie sagesse, une idée de la vie simple, sobre et heureuse. C’est l’enchantement du quotidien, le respect de la vie telle qu’elle est, bien loin de la standardisation et la recherche de la perfection du neuf.
Je dédie cet article à mon amie argentine Ana qui fête aujourd’hui son anniversaire ! Je sais qu’elle adhère au patchwork créatif et partage ces idées.
De nombreuses quilteuses de Haute-Garonne ont bien apprécié découvrir comment utiliser élégamment des tee-shirts en fin de vie, avec une technique popularisée par Natalie Chanin (son entreprise se nomme Alabama Chanin). Comme promis voici quelques photos ! Tout d’abord, j’ai vu les pochettes de Josée de Nadaï et Michèle Morin lors de la très belle exposition de Cazères, puis vous avez celle de Maïté l’Abeille avec des détails montrant bien que toutes les coutures sont « à cru », sans rentré, et enfin celle d’Eliane Géraud, d’une élégante simplicité :
Mention particulière à Florence Bismuth qui a adoré cette technique, vous pouvez voir sa première pochette en fin d’article ici. Elle ne s’est pas arrêté là :
Florence achète deux tee-shirts identiques (sauf la couleur), les superpose, brode au point avant des feuilles ou autres motifs… et coupe le tee-shirt de dessus afin de faire apparaître la couleur du dessous ! Quelques perles et c’est un tee-shirt magnifiquement customisé !
… Et je sais que beaucoup d’autres pochettes ont été terminées et vont faire partie des présents de fin d’année, bravo à toutes !
Rendez-vous avant la Saint-Sylvestre pour une visite virtuelle chez une quilteuse en Floride ! En attendant, de tout cœur passez de très belles fêtes de Noël… Pour moi, ce sera du côté de Toulouse !
Le Pont-Neuf et La Dalbade, Toulouse, peinture d’Henri Martin (1860-1943)
Tous les ans, Hélène fait un quilt ou deux pour l’exposition Récup’Art qui a lieu à Saint-Gaudens en même temps que le festival de Jazz. Elle y déploie toute son inventivité, c’est à chaque fois une surprise et un régal ! Rappelez-vous ses précédentes oeuvres :
Cette année, Hélène a collecté des petites lingettes « décolor’stop » usagées. Quelle drôle d’idée… Elle a sollicité les copines pour en avoir toute une collection, de toutes les couleurs. Dans ce cas, on dit : vive les tissus qui dégorgent !!!
Voici dans son atelier le résultat de sa collecte. Quelle richesse de camaieux !
A l’exposition qui a cours en ce moment jusqu’à la fin du mois à l’Espace Marmignon de St-Go (Saint-Gaudens !), Hélène a laissé une petite corbeille remplie du reliquat de son quilt :
Et voici donc son quilt sur le thème de l’année, le be bop :
Au lever du jour, les instruments qui ont joué toute la nuit se dépêchent de rentrer… C’est la BD du be bop !« Le jour se lève ! vite, vite… rentrons ! »Unique et étonnant !
Avec Sonia, nous entrons dans le monde de la couleur !
Il est trop tard pour aller à Paris visiter la rétrospective qui vient d’avoir lieu au Musée d’Art Moderne consacrée à Sonia Delaunay. Heureusement il nous reste des livres avec une iconographie abondante, nous offrant les diverses facettes de cette artiste (1885-1979).
Avec son mari Robert Delaunay, ils forment un duo artistique. A quatre mains, ils excellent dans l’art de la peinture, la mode vestimentaire, le textile, la décoration, les costumes de théâtre… Ils créent ensemble des œuvres qui s’inscrivent dans un mouvement artistique appelé simultanisme ou simultanéïsme, consistant à introduire le principe du contraste simultané de couleurs dans leurs travaux.
Nous pouvons en retenir que la perception des couleurs change selon son environnement ; c’est le thème de la valeur (clair ou foncé) mais aussi celui des couleurs qui vont bien ensemble ou pas, celles qui se complètent et celles qui se heurtent, et surtout donc le changement de perception de la couleur en fonction de celle d’à côté, car le cerveau cherche sa couleur complémentaire... Ce n’est pas sans rappeler les illusions d’optique parfois inexpliquées ! D’autres renseignements sur laLoi du contraste simultané des couleurssur ce lien, principe établi par le chimiste français Michel-Eugène Chevreul, dont les études sont très détaillées.
Volontairement, je ne relate ici qu’un petit aperçu du volet textile chez Sonia Delaunay, un des thèmes favoris de la Ruche.
Ses œuvres textiles sont toujours d’actualité et pourrait bien nous inspirer, nous quilteuses ! Ses dessins d’imprimés et de vêtements originaux incitent à créer, à la manière des quilts destructurés et libérés, des quilts modernes et innovants… On peut s’inspirer de tous ces motifs géométriques pour créer des blocs en vue d’une courtepointe pour l’hiver prochain !
En 1911, Sonia Delaunay réalise sa première œuvre abstraite avec du textile. Il s’agit d’une couverture pour son jeune fils Charles, c’est un assemblage de coupons de couleurs vives, réalisé dans la tradition ukrainienne, (pays dont elle est originaire). Elle joue avec les couleurs des tissus comme elle le fait dans sa peinture.
Certains voient la silhouette de la Tour Eiffel, la trouverez-vous ?
Effet de patchwork « crazy », mais très éloigné du crazy victorien !
Puis elle se lance dans une longue connivence avec la mode :
1913 La robe simultanée de Sonia Delaunay pour le bal Bullier
En 1922, robe simultanée bleu et vert. L’art moderne descend dans la rue !En 1923, un manteau de broderie de laine pour l’actrice Gloria Swanson
Il y a eu les robes-écharpes, les robes-toupies, toute une effervescence géométrique et colorée autour du corps de la femme qui devient oeuvre d’Art Déco en mouvement !
Au coeur du monde artistique parisien, Sonia dessine en 1923 une robe-poème d’après une poésie de Tristan Tzara.
En 1928, des costumes pour le Carnaval de Rio !
Dans un article paru dans le Monde daté du 14 octobre 2014, Sophie Chassat nous précise à propos des robes de Sonia Delaunay :
Mon carnet d’échantillons, inspirés des tissus de Sonia Delaunay :
Ces croquis sont une inspiration à l’infini pour les quilteuses d’aujourd’hui !
Pour notre plus grand bonheur Sonia Delaunay vécut longtemps et dessinait toujours dans les années 1960. Toujours jeune d’esprit, toujours dans l’actualité, elle s’entretint avec Jacques Dutronc en 1968 (vidéo) : prenez quelques minutes pour la visionner et tomber sous le charme de cette dame et du jeune couple Dutronc/Hardy !
La robe créée pour Françoise Hardy, couturier Marc Bohan chez Christian Dior. Nous pouvons voir cette robe dans la vidéo de l’INA en lien ci-dessus.
Un clin d’oeil aux adhérents de France Patchwork de la région Midi-Pyrénées, en pleine année de labeur sur le Patrimoine régional : voici des créations de 1928, un tissu de soie évoquant nos murs de briques et un costume pour le Carnaval de Rio, à adapter en costume de violettes peut-être 😉 ?…
Pour sensibiliser les enfants à cet univers ou pour votre propre collection, voici un livre pop-up amusant pour jouer avec les formes, les couleurs et les costumes, intitulé :
madameSONIA DELAUNAY Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris Gérard Lo Monaco et Adeline Souverain Ed. Paris Musées
Ce voyageencouleurs se termine ici, êtes-vous prêtes à jouer avec elles à la manière de Sonia Delaunay dans un prochain ouvrage textile ?
Bibliographie :
Sonia Delaunay Modes et tissus imprimés – Jacques Damasse Editeur Sonia Delaunay Les couleurs de l’abstraction – Musée d’Art Moderne de la ville de ParisDossier pédagogique exposition du 17/10/2014-22/02/2015 – Musée d’Art Moderne de la ville de Paris
Le monde de l’imprimerie les déteste, tout autant que les lecteurs. De nos jours chaque blogueur se doit aussi de traquer ces erreurs involontaires d’écriture. Pas facile, j’en sais quelque chose ! On peut lire et relire un texte, mais parfois seul un œil neuf trouvera le détail qui cloche… Pourquoi les nomme-t-on coquilles ? L’origine est incertaine, mais cela date naturellement de l’imprimerie traditionnelle, avec les caractères de plomb ou de fonte indépendants. Les coquilles provenaient en général d’une erreur de rangement dans les cassetins, ces petites cases de séparation :
Je ne résiste pas à l’envie de vous inviter à lire, dans le blog Projet Voltaire, la synthèse des hypothèses de l’origine de la coquille d’impression : certaines sont savoureuses !
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Naissance de Vénus, par S. Botticelli, 1485-85. Symbole de la féminité, une coquille est ici le berceau d’une Vénus née adulte dans toute sa splendeur.
Dès le Moyen-Age, après une succession de miracles, les pèlerins européens affluèrent vers un port de Galice (Espagne) où, d’après une légende, un des Apôtres de Jésus (Jacques le Majeur) y fut enterré. Arrivés au but, les pèlerins « jacquets » se régalaient sur la plage de la nourriture offerte et gardaient en souvenir une coquille, preuve de leur but atteint, pour leur retour. Puis la coquille devint le signe-même du pèlerin, même à l’aller (!) et la marque des chemins et hébergements tout au long du chemin. Les chemins vers Compostelle sont de nouveau balisés depuis le regain d’attrait pour ce long périple qui séduit tant de marcheurs occasionnels ou acharnés, en quête spirituelle ou sportive. C’est un Brésilien, Paulo Coelho, qui donna envie à des milliers de personnes de marcher sur ces routes anciennes (livres Le Pélerin de Compostelle, 1987 en portugais, l’Alchimiste, 1988 en portugais et 1994 en français). Pour ma part, j’ai beaucoup apprécié ce livre de J-C Rufin : Immortelle randonnée, Compostelle malgré moi (2013).
Tous les chemins mènent-ils à Rome ? Ceux-ci vont vers le Finis Terrae espagnol, Saint-Jacques de Compostelle. Toulouse est une étape bien connue, puis un chemin passe près de chez moi, quelques kilomètres plus à l’ouest ! Vous pouvez aussi lire ici un article sur l’étape de Conques en Aveyron.
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Dans le monde du patchwork, le motif de la coquille ne cache pas son origine : sa forme évoque de suite la fameuse coquille Saint-Jacques, elle-même populaire à la fois en gastronomie (sa noix !) et en signe religieux ou culturel, en particulier pour le fameux pèlerinage vers Saint-Jacques de Compostelle. En anglais, ce modèle s’appelle shell (coquille) ou clam (coque, palourde)… ou clamshell !
Autre coquille, celle de l’huître… dont je ne mange que l’intérieur, contrairement à Obélix (Astérix et les Normands page 12, Texte de René Goscinny, Dessin d’Albert Uderzo)
Ce motif est universel, j’avais déjà évoqué le seigaiha dans cet article. Je n’essaierai pas d’être exhaustive au sujet des coquilles en patchwork, car on trouve de nombreuses manières de les préparer, de les assembler… On pourrait écrire un livre entier ! Un quilt en coquilles, c’est beau comme ça :
Photo des pages 32-33 de Marie-Claire Idées n° 33 (juin 1999). Un quilt de rêve qui évoque le bonheur d’un pique-nique à la campagne…
Au hasard des publications dans les magazines et les blogs, on a envie de s’y mettre ! La Châtaigne qui pique a lancé ce thème dans son club avec succès, vous en voyez des résultats ici. Le principe est de préparer un gabarit et d’appliquer, ligne après ligne, les coquilles qui se chevauchent.
Espace ou pas d’espace entre les coquilles ? Comment faire les préparatifs pour les rentrés ? Comment coudre et sur quel support ?… Je n’ai pas de réponse unique à toutes ces questions, tout est histoire de choix personnels ! Il faut bien y réfléchir car ce sont ces multiples petits problèmes potentiels qui font que ces ouvrages sont souvent abandonnés.
J’ai cependant un truc peu connu. Je peux chaleureusement vous conseiller d’essayer le point d’échelle invisible. Qu’es acò ? me demanderaient mes amies occitanes. Eh bien c’est simplement le point qu’on fait un peu instinctivement quand on ferme un coussin, un point qui va d’un bord à l’autre et qu’on serre ensuite. Adapté à l’appliqué, ce point a des atouts indéniables : il est absolument invisible et permet de coudre en suivant le trait dessiné à la fois sur le fond et sur la pièce. Ami Simms l’a « inventé », l’a développé dans ce petit livre (dont un chapitre est justement consacré aux coquilles). Nathalie Delarge fit une petite vidéo de présentation de ce point pour l’appliqué il y a quelques années : c’est ici. On se sent un peu maladroite au début, mais le résultat est particulièrement parfait, surtout pour les coquilles (pour lesquelles on n’a aucun besoin de faire les incisions du tissu de fond).
Cette technique de couture réduit le travail de préparation : ni faufilage, ni colle, ni rentré au fer à repasser, ni même emprisonnement du tissu autour du gabarit à l’aide d’un papier aluminium… (Oui, ceci est une possibilité ! Son avantage est que l’arrondi est mieux qu’avec un faufil, voyez ici comment faire chez Poppy Makes.)
Si vous voulez faire un quilt de coquilles en utilisant ce point d’échelle, il vous suffit de marquer au crayon fin votre gabarit sur chaque tissu, sur le devant. Vous suivez parallèlement les deux lignes, en suivant bien les conseils de Nathalie Delarge et cela va tout seul, je vous l’assure ! Le gabarit se fait tout simplement dans un carton ou un rhodoïd, à l’aide d’un compas. Si ce n’est pas clair, je vous ferai un petit tuto en mars !
Quels que soient vos choix techniques, vous aimerez peut-être comme moi ces réalisations qui vous donneront des envies de coquilles :
Antiquité visible au Victoria & Albert Museum à Londres, présenté par Kaffe Fassett dans un de ses livres. La bordure verte, très sophistiquée, rythme la masse de coquilles. Il est presque aussi ancien que ce quilt, le plus ancien d’Angleterre, puisque celui-ci date de 1730-1750.Ce coussin a été édité dans un de mes magazines préférés, Love Patchwork & Quilting (n° 4). On y préconise la feuille alu pour obtenir de belles coquilles !Anne, des Avalon Quilters, nous donne envie de sortir nos tissus provençaux…
Molly Flanders a essayé plusieurs techniques de préparation, donc celle de l’assemblage à l’anglaise. Sa préférée est finalement à l’aide de colle. J’aime beaucoup son quilting noir à la main !
Matilda Quilt, par Heidi Pridemore. Beaucoup d’élégance !
Si vous lisez l’anglais et que vous souhaitez faire un « quilt-along » (un quilt fait par vous et pour vous, en suivant la dynamique d’un groupe) sur le thème des coquilles, rejoignez Rachel dans Stitched in Color, cela commence tout juste en ce moment !!
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Et pour terminer, voici les coquilles mal élevées, les renéguates qui n’ont même pas fait rentrer leurs marges de couture. C’est encore Rachel qui montre le chemin :
Un ravissant panier décoré de cercles donnant l’illusion de coquilles… Il s’ébouriffera avec le temps !
Kristine l’Abeille s’en est inspirée pour faire chanter les couleurs brique et évoquer un toit toulousain tout en tuiles :
Il sera exposé lors des expositions du Patrimoine, préparées par les délégations France Patchwork du patch d’Oc. Comme la trousse de Rachel, les tuiles sont des disques qui se chevauchent, fixés à la machine… Il faut bien la maîtriser pour un beau résultat comme ici ! Son étiquette, au dos, comporte un crayon du souvenir :
L’artiste Denimu continue son exploration du textile de coton universellement apprécié, le jean denim. J’avais eu le grand plaisir de vous le faire connaître il y a quelques mois (articles UN et DEUX) et je suis ravie que la revue BURDA Patchwork n° 42 (été 2014) édition française y consacre plusieurs pages !
Quelles sont les dernières idées de cet artiste ? Il vient de collaborer avec Ray Ban (les lunettes) au lancement, le 15 mai dernier, d’une nouvelle série de lunettes faites avec ces matériaux : du cuir, du titane, du velours, du métal… et du tissu denim.
Denim durci pour des lunettes bientôt sur le marché.
Ce fut une grande fête branchée (évidemment, pour des lunettes…) et le groupe Blondie, star des années 80, faisait partie de l’événement. L’égérie blonde du groupe, Debbie Harry, a été l’inspiratrice pour Denimu de ce portrait fait pour l’occasion :
Extraordinaire tableau en jeans de récupération : portrait de Debbie Harry (du groupe Blondie) avec des lunettes Ray-Ban. Artiste : Ian Berry, alias Denimu – Photographe : Emil Langvad – Dimensions : 244 x 130 cm
Je ne vous parle pas de la chanteuse française mais d’une Américaine, Sheila Frampton Cooper… C’est une quilteuse dont j’ai déjà fait l’éloge dans un article sur les quilts cartographiques.
Communiqué : Dans les « Jardins de Magali », trois artistes américaines, Sheila Frampton Cooper, Sue Rasmussen et Caryl Bryer-Fallert présentent leurs œuvres de patchworks du 8 au 18 mai. Elles ont été souvent primées dans des concours aux USA. Sheila Frampton Cooper a fait la une des grands magazines de quilts avec son travail qui joue sur les formes et les nuances de couleurs. Son style nouveau et original a bouleversé l’art du quilt. Elle dirigera son premier stage du 15 au 18 mai à Lauris.
Quilt de Sue RasmussenQuilt de Caryl Bryer-Fallert, MigrationLife in the City, Sheila Frampton Cooper
C’est la première fois que ces artistes exposent en France. Révervez-leur le plus chaleureux accueil !
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Stage de patchwork avec Sheila Frampton Cooper
du 15 au 18 mai de 9 à 12 heures.
Si vous pouvez y aller, je serai absolument ravie de connaître vos réactions. Il reste quelques places, manifestez-vous si vous habitez dans la région !
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Exposition de Patchwork-Quilts
Jardins de Magali – 5 avenue Philippe de Girard / 84360 LAURIS