Matelassage en éventail baptiste

Dans le domaine du patchwork, certaines personnes déplorent l’emploi de mots anglais. Je compatis avec les quilteuses frustrées de ne pouvoir tout lire dans les livres américains ; il est cependant fastidieux de tout traduire systématiquement…

Coca-Cola at Quilting Bee : on ne peut plus américain !!

Mais dans tout apprentissage on apprend du vocabulaire ! Si vous faites de la voile, certains mots viennent du hollandais, si c’est du karaté vous apprendrez des mots japonais… En patchwork, nous apprenons quelques mots anglais. Certes, nos amies québécoises préfèrent parler de courtepointe plutôt que de quilt, mais par ces quelques illustrations je souhaite vous montrer à quel point quilter est une pratique sociale reconnue aux Etats-Unis. C’est vrai aussi que les Américaines anglophones ne s’offusquent pas lorsqu’elles parlent d’appliqué, mot en français non anglicisé ! Et puis souvenons-nous que le mot latin culcita signifiant matelas, coussin puis couverture, a donné à la fois l’anglais quilt et le français couette…

Tableau de « Grandma Moses », Quilting Bee, peint en 1950

Alors il me semble qu’on peut continuer à employer les mots en anglais puisque cet art a été largement développé aux Etats-Unis et c’est là que les choses ont été nommées : les noms des blocs, les outils, les techniques… On traduit ce qui l’est facilement (bloc pour block) et on peut garder les mots et expressions spécifiques (patchwork, log cabin, cutter et autres…). A chaque domaine sa langue dédiée ! Savez-vous quelle est la langue internationale pour la Poste Universelle ? C’est le français, auquel a été ajouté l’anglais seulement en 1994. Je l’ai appris lorsque ma cousine habitant en Suède m’envoya un « envoi recommandé » (écrit en français, tout comme la mention « par avion ») lorsque j’habitais en Allemagne. De même, en danse classique ou en escrime par exemple, les termes techniques sont en français dans le monde entier.

Quilting Bee – Fred Weaver  (gouache, 1969)

Ecrivant en « premier jet » le titre : Quilting en baptist Fan, dans ce franglais que comprennent quand même beaucoup de quilteuses francophones, je me suis dit que c’était un peu too much, alors je l’ai francisé, mais ce débat est finalement moins intéressant que le sujet lui-même ! Alors je vais continuer à écrire comme je parle…

Tableau de Bob Pettes – En vente en puzzle de 500 pièces !
Ces quelques illustrations de quilting bees montrent leur place dans la vie sociale américaine !

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Le quilting de mon quilt en dés est l’un des modèles les plus populaires de la fin du XIXe/début du XXe siècle aux Etats-Unis. Il fait partie des « overall », dessin qui se répète sur tout le top sans tenir compte du dessin du patchwork ou de l’appliqué. Pour nous, ce modèle a le charme de l’ancien ; pour les quilteuses de ce temps-là, il avait aussi beaucoup d’avantages techniques.

Tout d’abord, le dessin :

Ces cercles concentriques sont faciles à répéter, il en suffit d’un, dessiné par exemple avec une assiette ou un gobelet, qui sera répété en l’agrandissant ou le rapetissant selon un espace constant. Cet espace sera au choix : l’épaisseur du pouce, la longueur d’une phalange, la hauteur du dé à coudre… et puis le coup d’oeil de la quilteuse ! Il faut se souvenir qu’une fois les trois épaisseurs tendues dans le cadre à quilter, on ne l’enlèvera que terminé, on comprend alors que les dessins les plus faciles à suivre avec le minimum de marquage sont les plus populaires !

Ensuite le quilting en arrondi :

A cette époque donc, les femmes quiltaient sur un cadre fixe, souvent à plusieurs, lors des « quilting bees » (réunions d’abeilles quilteuses) et je crois que cela bourdonnait comme dans une ruche ! Ce dessin en quarts de cercles peut se commencer à plusieurs endroits à la fois, il est facilement ajustable et le quilting en ligne arrondie, qui suit le mouvement du bras, est particulièrement agréable.

Pourquoi s’appelle-t-il Baptist Fan ?

A fan est un éventail, bien sûr on comprend tout de suite en voyant le dessin. Baptist est une des branches du protestantisme, parfois on appelle ce modèle aussi  Methodist (autre branche du protestantisme) ou Bishop (évêque), l’appellation des Amish je crois. C’est tout simplement parce que les quilting bees se constituaient la plupart du temps au sein de la congrégation religieuse.

Une bonne raison supplémentaire de choisir ce modèle de quilting :

Avec le recul d’un siècle d’utilisation et d’usure, on se rend compte que les quilts matelassés ainsi restent plus longtemps intacts !! Les quiltings serrés qui ne tiennent pas compte des dessins du top sont les plus efficaces pour préserver les fibres de tissu du déchirement. Autres exemples de quiltings traditionnels conservant longtemps les quilts : les clamshells (motif des coquilles) et les croisillons serrés.

Ma méthode de marquage de ce modèle :

Je n’ai pas fait ce quilting de façon très spontanée, j’ai marqué mes lignes, intimidée sans doute par cet exercice nouveau pour moi. Munie d’un compas et d’un carton, j’ai dessiné ceci :

puis découpé chaque arc de cercle. Je l’ai fait en 2 exemplaires car je craignais l’usure des gabarits ! C’était superflu. J’ai fait cinq arcs comme le conseillait Bonnie Hunter ; un nombre impair dans ce cas est plus futé car on se retrouve du « bon côté » à la fin d’un éventail. Et puis, comme les fleurs dans un bouquet, c’est plus esthétique sans doute !

Photo empruntée à Bonnie Hunter, Quiltville. Son dessin montre comment on avance dans le quilting de ce modèle.

Mon outil de marquage sur le sandwich était le Hera marqueur de Clover, cet outil génial issu de la tradition japonaise. C’est une spatule à bord tranchant comme un couteau. Les authentiques sont en bambou, les nôtres en plastique dur, ils marquent le tissu en faisant un petit creux et en lustrant légèrement le tissu. Cela suffit largement pour ce genre de dessin ! Je marquais 3 ou 4 éventails à la suite, et même après une pause, je retrouvais facilement le dessin .
On peut détourner des objets pour marquer de la même manière : ainsi, un petit couteau à beurre, à la lame arrondie au bout, marque aussi bien le tissu qu’un Hera.  En revanche, les plioirs d’encadrements et de cartonnage n’ont pas la tranche assez affûtée. Une bonne prise en main est importante, le Hera est parfaitement ergonomique et donc imbattable pour cela !

Bien sûr, chacune a ses préférences de traçage (crayon, feutre, savonnette, craie…), je vous signale juste cette possibilité.

Voici une simulation sur mon quilt fini pour vous montrer la progression des éventails. Je n’utilise pas le plus petit gabarit du centre car j’utilise le n° 2 pour dessiner le 1er arc. On fait ces premiers arcs puis on quilte peu à peu l’ensemble.

Fil et aiguille

J’ai surtout quilté ce quilt aux dés avec des aiguilles « between Piecemaker n° 12 », agréables mais j’en ai cassé beaucoup ! Vers la fin de ce quilting, j’ai découvert les « Between Roxane n° 11 », je les préfère. Quant au fil, je prends le YLI (pour faire chic, prononcez ouaille-elle-aïe) 100% coton. Solide et même fibre végétale que le tissu, c’est parfait. J’avais quilté la plupart du temps avec un tambour, parfois sans mais avec un poids comme Yoko Saito… J’ai tout essayé, je trouvais ainsi le temps moins long ! Mais je suis impatiente de quilter avec la technique d’Esther Miller que j’ai apprise grâce à Patricia mais que j’ai encore peu pratiquée, je vous dirai quand je m’y mettrai !

Avancement

Le premier arc de cercle quilté, vous allez au plus près pour commencer un autre : ce sera soit à gauche, soit au-dessus. Puis, lors d’un changement d’aiguillée, vous pouvez entamer une autre direction. Les arcs se succéderont jusqu’au coin en haut à gauche. Variante : tourner tout autour et finir vers le centre comme le dessin de Bonnie Hunter (voir son article en référence ci-dessous). Tout est permis, c’est votre quilt…

Voilà, vous en savez autant que moi !

Références :

Quilting avec Patricia à la manière d’Esther Miller : articles ici et

Articles qui m’ont inspirée pour ce sujet :
http://quiltville.blogspot.fr/2010/05/questions-on-fans.html : évidemment Bonnie Hunter, pour le quilting spontané et la constatation que ce quilting préserve mieux les quilts !
http://minickandsimpson.blogspot.fr/2009/06/fuss-free-hand-quilting.html : Minick & Simpson, pour l’historique.

Vous êtes arrivée au bout de cette longue lecture ? Félicitations ! La prochaine fois que vous devez commencer un quilting, demandez-vous si le Baptist Fan ne serait pas, par hasard, une bonne idée !…

Katell, Quilteuse Forever

Mon activité favorite !

Votre Bébé en dés

Continuons notre avancée vers un quilt en dés.

Vous pouvez voir des quilts de dés faits par mes amies  (cliquez pour retrouver les anciens articles) :

Mini-quilt de Madeleine aux tissus de style repro
Le mini-quilt printanier de Martine
Le quilt « Bord de Mer » en batiks d’Isabelle
le mien, « With Heart & Hands »

Vous voyez ici au centre le quilt de dés bleus cousu par Evelyne, un des superbes lots de tombola de la dernière expo de Colomiers.

Si vous suivez nos styles, vous aurez grosso-modo une alternance de dés clairs et foncés. Comme j’aime m’amuser, j’ai volontairement fait « des erreurs », joué avec les valeurs moyennes, mais le rythme général est quand même respecté. Vous pouvez cependant vous aventurer vers d’autres maquettes, avec tous les dégradés que vous pouvez imaginer…

Vous pouvez détailler toutes mes « erreurs », volontaires ou pas !

En restant dans notre perspective classique, vous avez coupé des dizaines, voire des centaines de dés,  et vous êtes prête à commencer l’assemblage. Commencez par les coudre 2 par 2, un foncé avec un clair, endroit contre endroit, en laissant bien dépasser un petit triangle de la taille de la marge de couture. On commence à coudre pile dans le creux. Cousez des paires à la chaîne,  vous économiserez du fil et du temps. Bien sûr, vous assemblerez ensuite les paires entre elles, et ainsi de suite.

Je me focalise sur les explications à la machine où l’on apprend encore et toujours car mes amies fées quilteuses, celles qui cousent tout à la main, n’ont pas besoin de moi une fois le gabarit donné !

Pour ce top, j’ai deux conseils principaux à vous donner. Si vous les suivez, vous ne saurez jamais à quel point ce sont des conseils d’amie…

Conseil n° 1
Gardez toujours les dés dans le même sens sur votre table : les foncés sont lourds, vous les gardez donc toujours la base large en bas. Les clairs, eux, sont légers, prêts à s’envoler, leur base large est vers le haut.

Conseil n° 2
Chaque rangée aura le même nombre de dés, choisissez-le… impair. Vous éviterez de vous énerver. Vraiment. Cela vous donnera des rangées qui commencent et finissent par soit un clair, soit un foncé. Vous pouvez retourner les bandes (le dé de tête devient le dé de queue), cela n’aura aucune importance, tout sera facilement montable. Le mien avait 42 dés par rangée… que j’ai fini par convertir en 43 !

Puisque vous êtes des lectrices attentives, je vous donne le troisième truc, moins secret mais quand même :

Conseil n° 3
Toutes les rangées qui commencent (et finissent) par un dé foncé seront repassées vers la gauche (n’oubliez pas le conseil n°1), celles menées et terminées par un dé clair (base en l’air, conseil n°1 toujours, qu’on soit à l’endroit ou à l’envers) vers la droite. Ou inversement, mais faites toujours la même chose ! Ainsi, vous aurez un assemblage de rangées très, très facile, les dés s’imbriqueront.

Assemblage
Je ne mets aucune épingle, je prépare intersection après intersection la juxtaposition des marges de couture. Si vous bénéficiez d’une machine à coudre électronique, profitez du progrès en programmant votre aiguille enfoncée automatiquement à l’arrêt. Ne vous inquiétez pas des tissus semblables qui se répètent à proximité, cela ajoute du charme !

Bien sûr, il y a beaucoup de coutures, cet ouvrage nécessite de longues heures en tête à tête avec votre machine, mais c’est un des rares quilts que je garderai toujours pour moi tellement je l’aime ! Le vôtre deviendra peut-être l’un de vos favoris… C’est tout ce que je vous souhaite !

Et bientôt, un article sur le quilting de ce quilt…

Le gabarit d’un dé pour votre Bébé

Inutile d’acheter un gabarit en plexiglas qui coûte sans doute une fortune, le tracé d’un gabarit de dé est tout simple, du moins celui que j’ai fait pour moi. 

Tout d’abord vous choisissez la hauteur du dé (appelé gobelet s’il est grand !) que vous souhaitez. Je coupais mes dés dans des bandes de 6,5 cm (ils mesurent donc 5 cm cousus). J’ai choisi cette taille en raison de quelques bandes de Jelly Rolls (bandes prédécoupées à 2 inch 1/2 de Moda) que j’avais, elles mesurent plutôt 6,35 cm mais cela ne m’a pas gênée. Selon votre patience, vous pouvez choisir un dé  plus grand… ou plus petit ! Sachez tout de même que plus c’est petit, plus c’est mignon, c’est bien connu…

Ensuite, vous pouvez obtenir votre gabarit grâce à un dessin très simple : 2 carrés l’un sur l’autre, chaque carré mesurant la hauteur que vous avez choisie (avec les marges de couture, c’est un gabarit de coupe). Vous cherchez 3 points : les deux angles du bas et le milieu du haut. Vous faites le triangle et voilà, vous avez votre dé dans le carré inférieur :

Ce n’est évidemment pas la seule façon de le dessiner, mais c’est graphiquement la plus parlante ! Veuillez excuser mon écriture de gauchère, cela ne s’arrange pas…

Faites votre gabarit de coupe dans la matière que vous préférez : du rhodoïd, des feuilles plastique de récupération (Florence utilise les intercalaires de classeurs), des feuilles « bristol » ou du carton de récupération…

Il ne vous reste plus qu’à couper d’innombrables bandes de vos tissus, toutes de la hauteur du dé coupé, et utiliser votre gabarit soit directement pour couper, soit pour marquer la ligne de coupe.

Personnellement je n’ai jamais envisagé de coudre cet ouvrage à la main… mais c’est possible ! Dans ce cas, il vous faut un 2e gabarit pour marquer les lignes de couture.

Quels tissus ? Prenez ceux que vous avez déjà chez vous, ainsi ce quilt sera à l’image de ce que vous aimez ! Séparez-les en clairs et foncés. Certains seront moyens et conviendront aux 2 catégories.

Viendra ensuite l’assemblage. Puisque vous êtes nombreuses à vous intéresser à cet ouvrage, je vous donnerai TOUS mes trucs prochainement !

Heureux patchwork à vous, bientôt un nouveau Bébé chez vous…

Petit gabarit et grand bébé

Les quilts que je fais sont un peu mes bébés, pas vous ? J’ai eu la chance d’avoir des grossesses heureuses, de même j’adore la fébrilité qui m’accompagne quand je décide de commencer un quilt…

Comme j’adore les scrapquilts, ces ouvrages aux multiples tissus sortis du sac à chutes, j’ai souvent envie d’en commencer un nouveau… surtout quand je tombe sur un nouveau modèle qui me fait de l’oeil ! Et cela porte moins à conséquence qu’un nouveau vrai bébé, n’est-ce pas ?…

Vous connaissez déjà mon admiration pour Bonnie Hunter qui, à partir de tissus de toutes sortes (et souvent des moches !), réussit à faire de magnifiques scrapquilts. Aujourd’hui, laissez-moi vous présenter deux femmes à la passion commune : faire d’immenses quilts (leurs bébés!), inspirés d’antiquités ayant un point commun : de tout petits gabarits ! Ces deux quilteuses, Mary Elizabeth Kinch & Biz Storms, ont édité deux livres formidables :

Du premier édité, sous l’impulsion de Supergoof, j’ai fait avec jubilation le quilt que vous apercevez sous les livres… et j’ai commencé deux autres !
Du tout nouveau livre, celui qui m’inspire en premier est un méli-mélo de four-patch et de bandes. J’ai commencé, je continuerai ! Mon choix s’est porté sur des bandes et carrés coupés à 4 cm. L’original est plus petit puisque tout est coupé à 2,5 cm, une véritable pixellisation du top…
Voici l’inspiration :

Et ici mes vaillants débuts :

Oui je m’amuse, que demander de plus ?… La gestation durera sûrement plus de 9 mois car je couds ces blocs en dilettante en poursuivant d’autres ouvrages, mais ce n’est pas grave !

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Références des livres de B. Storms et M. E. Kinch, tous deux édités chez Martingale – That patchwork Place :

– Small blocks, stunning quilts
– Small pieces, spectacular quilts

Il y a dans chaque livre de nombreux quilts très intéressants ; certains quilts anciens présentés ont également inspiré des quilteuses sélectionnées à Brouage !

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Diamonds en Bretagne

J’ai le privilège d’avoir beaucoup d’Abeilles quilteuses autour de moi, nous nous réunissons le vendredi dans l’ouest toulousain et chacune peut prendre l’espace de ce blog pour s’exprimer. Aujourd’hui, c’est Chantal qui nous raconte toute l’histoire de son quilt « Diamonds » (ce qui signifie Losanges en anglais). Un bel exemple !
Katell

 

Tout commence par une envie d’offrir un cadeau à des amis…
Lorsque, début 2011, ils émettent l’idée d’un patchwork mural pour habiller le salon de leur maison de vacances en Bretagne, je saute sur l’occasion.
J’envoie des photos de mes précédentes réalisations pour donner des idées, ainsi que d’autres modèles piochés tous azimuts , en précisant que je peux adapter tant les couleurs que les motifs…Reste à attendre le choix de nos amis !


Au cours de l’été, ils partent visiter New-York. Je leur transmets, à tout hasard, l’adresse de l’unique magasin de patch de Manhattan (merci Katell !). Et malgré le programme touristique chargé, ils prennent le temps d’y entrer.
Leurs yeux sont immédiatement attirés par un quilt exposé dans le magasin. Mais non, il n’est pas à vendre ! En revanche, ils peuvent acheter le patron (Diamond, Diamonds and More Diamonds de Viv Smith) ainsi que les tissus. Un grand choix leur est offert dans la boutique… Une quinzaine de tissus batik sont choisis et puis traversent l’Atlantique au retour.

En septembre, lorsque je reçois le petit paquet, mon impatience est aussi grande que la surprise de découvrir un patron avec des losanges. Motif que je n’avais jamais travaillé jusqu’alors…
Un vrai défi s’offre à moi . Et devant l’ampleur de la tache,  les consignes d’un patron à respecter (ce que je n’avais jamais fait) et l’utilisation des tissus venant d’outre-Atlantique, je réalise que je n’ai pas droit à l’erreur.

Cependant, j’aime les défis en couture. Je me lance dans l’aventure avec passion.

Après les vérifications d’usage pour un travail géométrique, en particulier, le parallélisme des losanges et  la largeur des bandes intermédiaires, je réalise deux essais avec des tissus « brouillons » pour décortiquer la technique que le patron me propose de suivre.
Tout s’enchaîne assez vite ensuite, les losanges sont coupés, ainsi que les bandes colorées.  Mon mur se recouvre petit à petit de couleurs à associer pour faire ressortir les contrastes. Le défi est bien là. J’utilise mon appareil photos avec l’option N&B pour bien voir les valeurs de chaque tissu :

 

Un vrai travail de peintre sur le mur de ma chambre/atelier ! 

J’ai juste assez de tissu, je ne dois pas faire d’erreur de coupe. Cela ajoute un peu de piment à l’affaire…et m’oblige à être hyper concentrée !
Cela prend forme. Je m’habitue aux couleurs, je joue avec… 

Vient ensuite la coupe des bandes noires, le tissu noir provenant d’un drap neuf de belle qualité. Les grands losanges sont entourés d’une bande noire.   

                 

A la maison, chacun vient donner son avis, plisse les yeux pour voir les couleurs avec ce «filtre» naturel.

C’est la danse des losanges sur le mur…A chaque déplacement d’un losange, c’est l’équilibre de l’ensemble qui est bouleversé et il faut réfléchir à nouveau…
De nombreuses heures de réflexion, les couleurs qui tournent dans la tête. La nuit, je pense à «mes diamonds»: bleus/rose, jaune/fauve, orange/bordeaux… 

Puis vient le temps des triangles des bords. En droit fil ou dans la trame…? Choix cornélien !!

 

Me voici prête pour les premiers assemblages, qui se déroulent sans problème à condition de ne pas tirer sur les coutures car tout est en biais…n’est-ce pas !
Et chaque losange doit avoir la même taille pour la prochaine étape de l’assemblage des losanges entre eux, puis des bandes entre elles.

Noël 2011, le centre du top est achevé après équerrage et pose de la première bande intermédiaire.
Les futurs heureux propriétaires l’aperçoivent, ils sont ravis. Je n’ose pas trop dire que le plus dur reste à faire…En effet, il ne me reste que des petits morceaux de chaque tissus et je dois maintenant couper les losanges de la bande extérieure… Le défi continue…
Mais ce travail de précision me passionne ! 

 

Mi-janvier 2012, fin du top ! Je suis heureuse du résultat. 

 Il va falloir maintenant passer concrètement à l’étape suivante à laquelle je réfléchis depuis des mois : le matelassage !
Ah !! le dessin du quilting, éternel problème ! (Suis-je la seule !?)

Je voudrais un dessin simple mais néanmoins beau, existant mais invisible (car j’ai trop peur de gâcher les tissus), facile et rapide à réaliser car je suis aussi impatiente que mes amis qu’il soit terminé…  

Je prends trois mois de réflexion. Comme souvent, je cherche conseil auprès des « Abeilles », je fais mille dessins, et j’opte finalement pour un quilting « in the ditch » en fil coloré pour chaque losange central et un quilting visible en fil noir, en légère courbe sur les bandes noires, ce qui donne un peu de mouvement à l’ensemble.

De gentils mots doux à ma valeureuse machine qui donne quelques signes de fatigue (petite précision, elle tourne huit  heures par jour car j’ai de nombreux ouvrages en cours en marge de celui-ci…).

Fin avril 2012, tous les fils sont rentrés, le matelassage est  achevé…Je nage dans une bulle de bonheur!!

Les petites opérations de finition se font dans la joie et la bonne humeur !

Environ 130 heures de travail, coupe, couture, quilting machine, sans oublier les rentrés de fils à la main, le manchon pour le fixer au mur et la broderie sur l’étiquette au dos. C’est sans compter les nombreuses heures où seule la tête travaille… 

 Le 6 mai 2012, j’ai le plaisir d’annoncer que la commande est prête…

Petite photo au soleil de Toulouse avant de l’emballer pour sa livraison !

 Le 8 mai 2012, le quilt (1,65m x 1,95m) traverse la France roulé dans un petit Furoshiki (Tiens donc!) pour trouver sa place dans la maison de Bretagne. Il est à l’honneur!!

Plaisir d’offrir !!

Merci Chantal ! Vous pouvez trouver ici son précédent article.

Comment coudre un oiseau de Spoolsewing ?…

Depuis la parution de ces articles (celui-ci et celui-là), j’ai eu plusieurs questions concernant la couture de ces oiseaux :

… et je me suis rendu compte que le problème venait juste d’un petit mot : fold. Certaines ne le voient pas, d’autres ne le comprennent pas (sur le patron offert par Spoolsewing). Cela signifie que, simplement, le tissu doit être plié afin d’avoir les 2 côtés de l’oiseau et qu’on ne doit pas découper à cet endroit.

Comme j’étais prête à coudre un nouvel oiseau, voici quelques photos explicatives pour vous donner encore plus envie de coudre, vous aussi, des oiseaux qui ne seront jamais malheureux chez vous !

Tout d’abord, j’ai découpé en rhodoïd les formes pour faire un oiseau. Les coutures sont comprises et il faut les poser ainsi sur les tissus, marquer le tour au crayon, découper sur le trait :

Je commence à coudre les deux pièces ensemble en commençant côté queue, en laissant environ 5 mm de marge de couture (je ne prends pas le temps de marquer ce trait, c’est facile de coudre directement à vue d’oeil). Je ne suis pas spécialiste de la couture à la main alors si moi j’y arrive, vous aussi !

Une fois au bout du ventre (qui ressemble tant à un poisson 🙂 ), sans couper le fil on continue à coudre vers le bec, jusqu’au sommet de la tête. Attention à ne pas faire un « bec » sur la tête ! Il faut poursuivre de quelques points supplémentaires, le long du dos, pour que ce soit joli. Vous pouvez cliquer sur toutes ces photos pour mieux voir les détails.

Ensuite, retour vers le centre du ventre où on reprend la couture de l’autre côté vers la queue.

Il reste à bourrer l’oiseau, j’utilise une baguette japonaise pour m’aider à pousser la bourre :

Il reste ensuite à fermer à points glissés l’extrémité de la queue. Mes oiseaux étant cousus pour un mobile, j’utilise de la bourre légère. L’Abeille Christine, elle, fait des oiseaux à poser, elle les remplit donc de riz.

Et voici un nouveau-né, déjà espiègle à l’assaut d’un potiron ! Ce nouvel oiseau est fait avec ce si joli batik que m’a offert Madeleine. Merci chère Amie-Abeille !

Cerise sur le gâteau ce dimanche, j’ai bien amusé mes enfants en prenant ces photos au fur et à mesure que je cousais ce piou-piou…

NB 1 : Ne vous étonnez pas de la position de l’aiguille, je suis gauchère… En clin d’oeil, je justifie mon texte à droite aujourd’hui 😉

NB 2 : la couture à la main de cet oiseau se fait réellement vite, mais si vous préférez vraiment coudre à la machine c’est possible, j’en ai cousu plusieurs ainsi. La partie délicate est autour du bec, il faut éviter à tout prix que l’aiguille entraîne le tissu à l’intérieur de la machine ! Deux catégories de solutions : mettre une plaque avec un trou au lieu d’une fente ou bien maintenir les tissus bien tendus à l’aide d’une pointe (pique de bois, grosse aiguille, pince…) et dans tous les cas utiliser une aiguille et du fil fins. Pour moi, c’est du fil Aurifil Mako 50 et des aiguilles machine 70.

Voici les deux plaques de ma machine à coudre ; à gauche, celle à fente permet tous les points tandis que celle de droite n’autorise que le point droit, mais il est parfaitement droit et le tissu ne risque pas de rentrer. Cette plaque est quasi  indispensable pour coudre de mini-pièces ou des tissus très fins.

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Patchwork d’une aïeule

Le vendredi, c’est rendez-vous dans la Ruche. Nous cousons, nous quiltons, nous nous racontons nos vies aussi… Nous suivons les découvertes de Maïté à l’occasion du déménagement d’une maison de famille dans laquelle se sont entassées des générations d’objets mis en disgrâce au grenier. Elle seule pose un regard sur les tissus, dentelles, fils et autres curiosités… et sauve des dizaines, voire des centaines d’ouvrages patiemment cousus, reprisés, crochetés… et Maïté leur donne une nouvelle jeunesse ! Elle bénéficie des connaissances de Cécile M. et Christine T. pour réhabiliter ces précieux souvenirs.

Hier, Maïté nous a apporté une curiosité rescapée de la poubelle :

Un patchwork en soie ! Les tissus sont très raides, épais.

J’étais intriguée par le dos dévoilant de si petites marges de couture, certaines même inexistantes :

C’est Christine qui a compris d’où venaient ces soies : ce sont des morceaux de rubans de chapeaux, cela explique la densité du tissage et les bords si nets ! Ils ont probablement une bonne centaine d’années.

Ah Maïté sait de qui tenir, ses aïeules avaient déjà la passion du patchwork…

So glamourous !

En pleine Britain Mania, laissez-moi vous présenter la photo d’un modèle présenté la semaine dernière lors de la Fashion Week londonnienne :

So glamourous! (photo publiée sur FB Brigitte Giblin Quilts)

Ligne intemporelle, tradition de l’English piecing, réminiscence du Flower Power… Quelle belle idée !

L’histoire ne nous dit pas combien d’hexagones furent nécessaires pour cette robe de soirée somptueuse… Le designer est Jasper Conran, fils de Shirley Conran (écrivain) et Sir Terence Conran, bien connu pour avoir lancé entre autres un concept de magasins modernes pour la maison sous l’enseigne HABITAT. Bon sang ne saurait mentir, il y a du talent dans la famille !

Des berlingots en patchwork de lisières

Cela fait bien longtemps que j’avais envie de partager avec mes amies quilteuses mon plaisir d’utiliser ces petites bandes habituellement jetées : les lisières. Alors hier, dans le cadre d’une Journée de l’Amitié France-Patchwork, j’ai montré diverses réalisations de mes proches amies :

Ici des ouvrages en lisières des Abeilles Maïté, Madeleine, Martine, Christine et Chantal. Bravo et merci !

Après une mini-exposition de quilts et objets en lisières et quelques explications, chacune s’est lancée dans la confection d’une petite trousse en lisières proposée en kit, en voici quelques unes :

Nous ne sommes pas les seules à « craquer » pour les berlingots car Sylvie, là-haut dans son atelier à la montagne, en coud elle aussi  pour ses amies ! Vous trouverez dans son article (et dans les commentaires) des liens pour vous aider à faire ces jolies petites trousses.

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L’engouement a été si fort que nous souhaitons lancer un grand projet départemental utilisant beaucoup de lisières ; seulement, nous allons vite manquer de matière première… Alors, si d’habitude vous jetez ces petites bandes, s’il vous plaît pensez à nous… Nous avons donc besoin des lisières de tissus de patchwork, côté inscriptions et pastilles de couleurs, coupés d’une largeur de 2,5 cm mini à 4 cm. Bien sûr ce sera à charge de revanche, cela me fera très plaisir de vous offrir un jour quelques bouts de tissus qui pourraient vous être utiles. Et puis bien sûr, vous verrez des réalisations sur ce blog !

Le charme des ikats

Les tissus « ikat » ont un charme fou. Bien avant de connaître ce nom, j’étais attirée par ces effets fuyants et lignes incertaines qui tranchaient avec les rayures ou  écossais occidentaux bien délimités.

Dans cette pile de tissus, il y a de nombreux imprimés imitant l’ikat, regroupés au milieu. C’est ma réserve pour le Sampler des Droits de la Femme, appelé aussi Grandmother’s Choice.

L’ikat est un procédé de teinture & tissage à plusieurs variantes ; le principe est qu’on préserve de la teinture en nouant à intervalles réguliers les fils de chaine et/ou de trame AVANT le tissage. On retrouve cette technique surtout en Indonésie, mais aussi en Amérique Latine, en Asie centrale, au Japon… 

L’ikat de chaine est le plus simple. On ligature les fils de chaine tendus et on les teint, avant tissage. L’ikat de trame est plus délicat car on doit préparer le fil de trame en aller/retour sur un cadre de la taille du futur tissu, le ligaturer, le teindre, le dérouler avant de le tisser sur la chaine unie. Quant à l’ikat double, c’est la combinaison des deux techniques.

 Le tissu de gauche est un imprimé que j’adore, j’en avais acheté 2 mètres il y a des lustres et j’en ai mis dans des dizaines de quilts ! Il ne m’en reste qu’un petit bout… Il imite un tissu typiquement japonais, le kasuri, nom japonais de l’ikat. Il était vendu également en rouge, peut-être en avez-vous ? Les deux tissus de droite sont chers à mon coeur, ce sont d’authentiques kasuri teints à l’indigo qui m’ont été offerts par mon amie Marie-Claude de la Chambre des Couleurs.

La Diva du scrap quilt, Bonnie Hunter, vient de passer quelques jours en Indonésie et elle en rapporte un reportage sur la fabrication de ces tissus. Même si vous ne comprenez pas l’anglais, vous voyez sur ses photos comment les fils sont ligaturés pour les préserver par endroits de la teinture.

De mon côté, à défaut de pouvoir acheter de vrais ikats en grande quantité, je me contente donc d’imprimés, dont quelques faux-ikats donc, pour faire le sampler sur les Droits de la Femme (voir la pile ci-dessus) et j’y prends beaucoup de plaisir :

Un début qui me plaît bien !

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Vous pouvez admirer les blocs des participantes ici sur Flickr !

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