Lucie sur le chemin…

En septembre dernier en Alsace, j’ai eu la chance de discuter avec Lucie, une lectrice assidue de ce blog. Après avoir partagé maintes impressions et nouvelles, je l’ai incitée à vous présenter un de ses récents quilts, un de ceux qui racontent une histoire… Installez-vous, lisez… et si l’envie vous prend, n’hésitez pas à mettre vos chaussures de marche tout de suite après !
Katell

Existe-t-il un point commun entre le patchwork et le Chemin de Compostelle ?

Non me direz-vous : pourtant ce sont mes deux passions et j’ai voulu fixer mes souvenirs à travers un quilt.

J’ai commencé par faire une coquille Saint-Jacques qui est l’emblème des pèlerins de Compostelle, puis à partir de photos que j’avais prises lors de mes différents périples, j’ai continué pour arriver à un ouvrage de 104 cm x 76 cm comportant 18 blocs.

1 – Tout d’abord un peu d’histoire

Jacques Le Majeur (✞ vers 44) fut décapité à Jérusalem sur l’ordre d’Hérode Agrippa. Son corps fut ensuite transporté à Compostelle. (1)

La légende rapporte que Jacques évangélisa l’Espagne. Sa sépulture est située en Galice, à Saint Jacques de Compostelle (Santiago de Compostela). A partir de l’an 1000, le sanctuaire de Saint Jacques de Compostelle devient l’un des lieux de pèlerinage d’Occident le plus populaire. Jacques est alors représenté régulièrement en pèlerin et porte les attributs du pèlerin : un  long manteau, un chapeau large à coquille, une panetière et un bâton de pèlerin. (1)

C’est en l’an 950 que l’Evêque du Puy-en-Velay est le premier en France à prendre le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. (2)

Il y avait des femmes aussi sur les chemins de Compostelle. Elles étaient beaucoup moins nombreuses que les hommes, et elles voyageaient de préférence en famille sans doute à cause des dangers de la route. (2)

Le pèlerin de Saint-Jacques était appelé « jacquet ou jacobite » et plus péjorativement « le coquillard ». (2)

(1) Reconnaître les saints de Christophe Renault – Editions Jean-Paul Gisserot
(2) Topos guides de la Fédération Française de Randonnée

2 – Pourquoi partir sur le Chemin de Compostelle ?

La première année en 2003 ce fut comme un « appel » irrésistible :
– Tout d’abord parce que j’aime marcher et j’aime la nature,
– Puis le désir de faire ce chemin mythique,
– Mettre  à l’épreuve mes capacités physiques,
– M’éloigner de tout, quitter mes proches, mon travail, mes habitudes.

Depuis 2003 j’ai parcouru environ 3900 km sur les différents chemins de Compostelle, en France, au Portugal et en Espagne.

Les autres années, forte de mon expérience je savais ce qui m’attendait :
– Devenir un étranger, quitter son monde familier, perdre son statut social (tous les pèlerins sont égaux, se saluent et se parlent, même les langues étrangères ne sont pas un obstacle).
– Se dépouiller, se déformater, lâcher-prise.
– Le dépassement de soi.
– Se ressourcer.
– Vivre avec l’essentiel, pas de télévision, pas d’informations, ni de journaux, on fuit même les lieux trop bruyants.
– Ne pas savoir de quoi demain sera fait, quel temps ? quelles rencontres ? quelles difficultés ? etc.
– Admirer de magnifiques paysages qui sont chaque jour différents. Respirer à pleins poumons. Ecouter les oiseaux chanter. Voir des troupeaux dans un champ. Admirer les fleurs et les arbres.
– Découvrir des chefs d’œuvre de l’art (églises, chapelles, cathédrales, ponts, fontaines, etc.).
– Rencontrer des gens extraordinaires et parfois des profiteurs mais cela reste très rare
– Etre libre, perdre son identité pour n’être qu’un pèlerin dont les principaux soucis sont : ne pas avoir d’ampoules aux pieds, ne pas se blesser, manger à notre faim et trouver un gîte pour dormir.
– Etre seul avec soi-même : lorsqu’on est débarrassé des futilités cela  permet de réfléchir à la vie, à notre vie et nous aide à prendre des décisions.

3 – Ce que cela apporte

Le chemin de Compostelle est un chemin de rencontre, de tolérance, de spiritualité. C’est une très belle aventure à la portée de tous, si vous êtes tenté, faites-le, vous ne reviendrez pas déçu, mais différent et plus à l’écoute des autres et de vous-même.

Quelques citations « pour le chemin » :

Si tu n’arrives pas à penser, marche ; si tu penses trop, marche ; si tu penses mal, marche encore.
Jean Giono

Seules les pensées que l’on a en marchant ont de la valeur.
Nietzsche, Crépuscule des idoles

 

4 – Le Patchwork réalisé

Après cette longue expérience, j’ai donc voulu interpréter quelques-unes de mes photos en textiles, et voici le résultat :

Le Chemin de Compostelle, Lucie Gondran, 104 x 76 cm.

Quelques précisions concernant les techniques employées : il s’agit en grande partie d’appliqué, un peu de piécé, quelques broderies, mais j’ai aussi utilisé l’impression sur tissu, quand c’était trop difficile à réaliser autrement (technique signalée par un * dans les descriptions).

Voici l’explication de chacun des blocs en partant de la gauche et en descendant :

Un pèlerin d’autrefois réalisé en feutrine
Un bâton de pèlerin en bois avec une coquille accrochée (il a été réalisé par mon frère avec qui j’ai marché plusieurs années). * Entièrement imprimé sur tissu.
La chapelle de Rochegude en Haute-Loire
La carte de France et le nord de l’Espagne avec le  tracé de tous les Chemins de Compostelle au départ de la France. * La carte a été imprimée.
Le balisage du chemin en Espagne
Un pont sur le chemin d’Arles
À Ostabat dans les Pyrénées-Atlantiques, une stèle discoïdale, implantée en 1964 au carrefour de Gibraltar, signale le point de rencontre entre les chemins de Tours, de Vézelay et du Puy-en-Velay. * La stèle a été imprimée.
La coquille Saint-Jacques
Le balisage du chemin en France
Sur le chemin, des coquelicots et du colza quelque part en Espagne
La silhouette d’un pèlerin (bloc entièrement imaginé, non issu d’une photo)
La partition du chant des pèlerins. * Le centre du bloc a été imprimé.
Un banc rouge sur le chemin d’Arles avec nos bâtons
Une compagne de chemin assise face à l’Océan sur le Camino Del Norte en Espagne
Un pèlerin arrivant à Compostelle (peinture réalisée sur un mur de Revinga dos Campos, village traversé par le chemin de Compostelle). * Le pèlerin a été imprimé.
Un vitrail avec St Jacques le majeur.
* Saint-Jacques a été imprimé.
La chaussure du pèlerin d’après une photo réalisée à l’extrémité Nord /Ouest de l’Espagne à Fisterra. Cap Finistère, fin du chemin pour les pèlerins (fin du bout du monde pour les Celtes et au moyen âge !).
Pour finir la croix de Galice qui est beaucoup représentée en Galice en Espagne. * La stèle a été imprimée.

J’ai pris beaucoup de plaisir à réaliser ce quilt qui m’a fait voyager, évoquant de beaux et nombreux souvenirs inoubliables.

Merci pour votre indulgence, il est loin de la perfection mais c’est « mon chemin ».

Lucie GONDRAN – Décembre 2021

Merci infiniment Lucie de m’avoir confié le soin de publier tes impressions de Pèlerine et de Quilteuse ! Ton chemin concrétisé doublement me touche beaucoup, Ktl