Non, ce n’était pas un cauchemar, c’est la triste réalité. Chaque jour a ses informations glaçantes, ses images-choc venant d’Ukraine. Après la pandémie, la guerre en Europe. Certains réussissent à nous faire presque sourire de la situation malgré tout :

Nous vivons en outre dans un monde qui entretient la peur, avec nos réseaux sociaux et nos chaînes d’information continue. Mais c’est une chance aussi, celle d’avoir des informations sur place, sans intermédiaire : plusieurs quilteuses ukrainiennes communiquent, nous les soutenons autant que possible sur Instagram et surtout Facebook. On ne peut pas nous cacher le désarroi des gens qui vivaient il y a 15 jours encore une vie normale.
Que faire ?
Dès les tout premiers jours, nous avons su que l’urgence est dans l’aide médicale et matérielle. Les organismes habituels s’organisent pour porter un soutien maximum aux frontières, où se retrouvent des centaines de milliers d’Ukrainiens – femmes et enfants pour la plupart. Catherine Bonte, présidente de France Patchwork, a listé les plus connus qui sauront utiliser nos dons de la meilleure manière possible : Croix Rouge Internationale, UNICEF, Médecin du Monde, Secours Populaire, Fondation de France opération Ukraine …
Faire un don, c’est généreux et formidable. Une fois le virement fait, on ressent une certaine satisfaction, mais elle n’est pas toujours durable et ne comble pas notre angoisse. Nous avons survécu plus ou moins bien à l’incertitude du Covid19, la crainte pour ses proches et pour soi-même, et voilà que nous nous sentons menacés par cette guerre qui se passe en Europe. Notre territoire n’est peut-être pas menacé, nos militaires peut-être pas non plus, mais les informations nous rendent les Ukrainiens extrêmement proches et ne quittent plus nos pensées, la bravoure de leur Président et des habitants force l’admiration. Et voilà que la menace nucléaire empêche plus d’un de dormir sur ses deux oreilles. L’opacité du caractère putinien nous laisse dans l’incertitude et l’angoisse.
Une idée de don que je trouve originale et futée est donnée par Weeks Ringle (Modern Quilt Studio) : aller sur le site Airbnb pour louer une chambre le plus tôt possible et le locataire recevra votre argent le jour de votre séjour supposé. Vous êtes ainsi « an Angel Guest », un invité-fantôme dirait-on moins joliment en français, ou un client invisible. Il faut bien sûr signaler que c’est une fausse location. Un moyen direct, sans intermédiaire, de faire rentrer de l’argent pour la population. Tant que les réseaux internet fonctionnent encore en Ukraine, c’est très malin. Dans la même veine, on peut acheter des patrons ou des ouvrages aux artistes ukrainiennes par ETSY. Par ces biais, des liens amicaux peuvent aussi se créer…
Alors, que faire d’autre ?
Pour vaincre notre peur, se couper complètement des informations, pour faire comme si la vie post-Covid, pleine de joies et de loisirs retrouvés, était notre monde, est illusoire. La crispation ambiante aura bien fait de nous rattraper. Se raisonner pour ne pas passer la journée devant les infos – pour les personnes qui en ont le temps – est déjà une petite victoire contre l’angoisse.

La meilleure stratégie pour atténuer son angoisse, c’est sans doute l’action. On peut aller marcher bien sûr, c’est bien pour soi. N’oublions jamais ce remède miracle. Mais je pense bien sûr à des actions liées à la solidarité. Des milliers de personnes en France se remuent. Comme nous savons ce qui est urgent, des convois partent déjà, pleins de médicaments, de matériels de soins et d’hygiène. Je suis l’association catalane Alliance Occitanie-Ukraine qui existe depuis 14 ans, ils sont vaillants, organisés et pourtant submergés par le nombre de dons et de bonnes volontés (et trop de messages auxquels ils ne peuvent répondre!).
Toulouse étant jumelée avec Kiev depuis 1975, de nombreux liens culturels et amicaux existent depuis longtemps. L’accueil ici se fera sans doute à grande échelle, tant par les particuliers que par la mairie et la région Occitanie. Nous avons une adresse (accueil-ukraine@mairie-toulouse.fr) pour notifier notre possibilité d’accueillir des personnes, temporairement ou à plus long terme. Ces listes s’établissent peu à peu un peu partout en France, contactez votre mairie si vous êtes volontaires : il y aura une centralisation nationale des offres pour diriger les réfugiés aux endroits disponibles.



Ce drapeau a été fait l’année dernière, pendant les célébrations joyeuses des 30 ans du pays libre. Sasha, quilteuse moderne ukrainienne, vend à présent ce petit modèle parce qu’on lui demande, du monde entier, comment aider. Elle est dans l’Ouest du pays, pour le moment épargné, mais qui abrite déjà plus de 40 000 réfugiés. Tout l’argent récolté sera pour leur venir en aide. C’est par ici, 5,66€ le patron ce jour (prix fluctuant en €).
Nous sommes des quilteuses et la solidarité passe irrémédiablement par nos ouvrages. Nous sommes faites ainsi ! Nous savons que nous n’allons pas pouvoir offrir des quilts dans les jours qui suivent… cela tombe bien car ils ne sont pas faits 🙃. Projeter de faire des blocs ou des quilts calme notre angoisse. Être dans l’action fait du bien…
Après le succès de l’offre de l’Australienne Kristy Lea @quietplay (voir mon article précédent), d’autres s’en inspirent. Cela fonctionne très bien aux États-Unis ! Pat Sloan par exemple, a échangé le modèle ci-dessous (que tout le monde pourrait faire d’après la photo) contre un don à l’UNICEF pour l’Ukraine. La dernière mise à jour est de 65 000 $ !
D’autres vendent des tee-shirts avec impression tournesol et mille autres objets… Mobilisation générale pour récolter de l’argent aux États-Unis..
Quant à Bonnie Hunter, elle va commencer un « Quilt Along » fin mars, pour guider et motiver celles qui souhaitent faire un grand quilt plein de cœurs bleus et jaunes ! Ces quilts pourront ainsi servir à lever des fonds avec des tombolas… ou offrir à des Ukrainiens.

Et en France ? Eh bien, il s’est constitué un groupe très sympathique et dynamique sur Facebook, Des Tournesols pour l’Ukraine ! Discussions, recueil de blocs de tournesols, de colombes pour la paix, de déclinaisons de drapeaux… C’est très convivial et peu à peu, nous allons faire des blocs, des quilts… et les fondatrices du groupe sont bien informées des difficultés pour faire parvenir ces dons. Tout sera envisagé en temps voulu : des tombolas pour reverser l’argent, des dons aux réfugiés en France, un convoi quand la paix sera revenue… Ne s’y inscrivent que les personnes qui en ont envie et c’est ainsi une bulle bleue et jaune, où on entretient l’espoir d’un pays libéré le plus vite possible.




L’ampleur de cet élan de solidarité est inédit dans le monde occidental, car ce conflit rappelle la guerre froide que nous espérions définitivement enterrée. Il y a dix jours encore, le « monde d’après » était consacré à la fin de la pandémie ; nous avons si vite changé de monde, encore une fois, que l’expression prend un autre sens qui nous éloigne bien loin de nos rêves.

Tous les matins, on a une mission. Trouver la gaieté au milieu des raisons de désespérer. La beauté au milieu des laideurs. La gentillesse au milieu des visages fermés. Les caresses au milieu des griffes. La tendresse au milieu des gifles. L’ouverture au milieu des fermetures. Si vous acceptez cette mission, la journée sera magnifique.
Si vous la refusez, allez vous recoucher tout de suite !
Edouard Baer
Ne plus prendre au sérieux ses peurs,
mais prendre au sérieux ses rêves pour tenter de les rendre réels…
Gardons espoir et agissons, chacun à notre mesure…
et un peu plus, pour un « monde d’après » vivable.
Katell






