150 ans après

La patine du temps fait qu’on n’a pas autant le coeur serré en commémorant les 150 ans du début de la Guerre de Sécession, appelée Civil War par les Américains, que le 11 septembre si proche. Ce fut pourtant une tragédie, avec  628 000  tués pour une population de 35 millions. Deux mondes, le Nord et le Sud, défendaient chacun leur mode de vie et leur vision du monde ; pour une information complémentaire, vous pouvez lire ce dossier ou approfondir avec, par exemple, le livre d’André Kaspi « Les Américains, naissance et essor des Etats-Unis ».

Le XIXe siècle américain est dans nos mémoires un monde extrêmement dynamique où tous les immigrés ont leur chance, avec la colonisation progressive des terres vers l’Ouest jusqu’à l’océan pacifique. On oublie trop souvent le partage nord/sud : ce nord connu, peuplé, à l’industrialisation galopante, contre le sud rural et surtout esclavagiste jusqu’à la fin de la guerre civile. A noter qu’un roman écrit par une femme, Harriet Beecher-Stowe, La Case de l’Oncle Tom, fut le déclencheur majeur de la lutte contre l’esclavage.

Toute cette année, des centaines de quilteuses suivent les événements de cette guerre grâce au blog de Barbara Brackman Civil War Quilts. Chaque semaine est proposé un bloc, que deux Abeilles de notre Ruche continuent de faire. Voici l’avancement de Martine qui, férue d’informatique, nous le montre en simulation ici :

Vous pouvez également visiter sa galerie de blocs.

Bien sûr, Martine et Karine seront heureuses de vous présenter leur bébé-top en janvier, avant la longue période de matelassage !

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Articles précédents sur le Civil War Quilt : Patchwork et Histoire, histoire de patchwork et aussi The Civil War Quilt, ou la naissance d’un projet commun

10 ans après

D’innombrables commémorations ont eu lieu hier pour rendre hommage aux victimes des attentats du 11 septembre 2001. En voici une à Staten Island (un des cinq districts de la ville de New-York), présentant près de 1 500 m2 de quilts :

http://english.ntdtv.com/ntdtv_en/news_northamerica/2011-09-10/giant-quilt-exhibit-commemorates-victims-of-9-11.html

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Autre témoignage datant de 2002, créé, organisé, assemblé par quatre quilteuses de Pittsburgh, 3 466 blocs (bilan des victimes au moment de la création du quilt) de 3 inch venant d’innombrables quilteuses, offert au Folk Art Museum de NYC : http://www.folkartmuseum.org/?p=folk&t=images&id=2062

Vous en avez l’historique, ainsi que de nombreuses photos détaillées, sur le musée de quilts « on-line » créé par Karen Griska :

http://www.onlinequiltmuseum.com/quilt-exhibits-detail.php?page=1&lk_id=10

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Crumb along with us !

Je suis certaine que vous ne manquez pas d’idées d’ouvrages en cette rentrée ! Moi non plus…

Mais que fait-on quand on coupe des tissus ? Des tas de petits restes de toutes formes qu’on appelle des « crumbs » en anglais, c’est-à-dire des miettes, vous savez ces petits bouts de rien du tout qu’on expédie d’un coup de main à la poubelle en fin de journée…

Ne jetez plus, recyclez ! C’est le maître mot de Bonnie Hunter de Quiltville, depuis des années. Un de ses dossiers, datant de 2005, est consacré aux miettes qu’elle a décidé d’exploiter. Plus récemment, son amie Jo m’émerveilla avec un « crumb quilt » fini en août dernier, et je ne fus pas la seule ! Devant l’avalanche de compliments du monde entier  elle décida de proposer une aventure dans le monde des « quilts de miettes ». Chaque mardi, nous aurons des idées de blocs de miettes décalés, des conseils, et dès maintenant nous avons ici les premiers préparatifs pour un amusement de dix semaines.

Voulez-vous voir d’un peu plus près ?

Si vous n’aimez pas du tout ce crazy moderne, je ne vous en tiendrai pas rigueur car il faut être un peu folle pour entreprendre un tel quilt sans queue ni tête, mais moi je suis sûre que cela va m’amuser, alors dès mardi, je vais suivre les conseils, trucs et astuces de Jo pour faire mes premiers pas… Le but est de bien s’approprier un ensemble de réflexes pour se lancer et Jo nous guidera donc pendant deux mois, de quoi arriver à la taille d’un petit quilt.

Qui se joint à notre douce folie ?

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http://www.joscountryjunction.com/  : le blog de Jo

http://quiltville.blogspot.com/ : le blog de Bonnie

Orange et turquoise, expression forte

Récemment, un nouveau blog est né de l’autre côté de la Méditerranée, Multicolored Pieces ; Nadia, à la culture multi-nationale, vit en Tunisie et  crée toutes sortes d’objets avec un goût très sûr. J’adore ses pots en mosaïque, écrins de si jolies plantes !
Son pays vient de vivre une révolution, le pays voisin, la Lybie, est encore en pleine effervescence. Son dernier article relate avec beaucoup de clarté et de talent les violences passées et les enjeux actuels. Récit écrit en anglais, mais vous pouvez peut-être le faire traduire automatiquement (merci Google, même si ce n’est bien sûr pas parfait !).
Nadia fait des tableaux textiles également, l’un d’entre eux a mis dix années pour aboutir ; vous savez, c’est un des ouvrages qu’on prend, délaisse, reprend… C’est la libération toute récente de la ville de Tripoli qui l’a suffisamment inspirée pour terminer ce tableau :
Revolution 2011: Order and Disorder
(41.5″x46″, 105cmx117cm).

Les carrés extérieurs –en haut et à droite– représentent l’ordre et l’harmonie, le but à atteindre, alors que le panneau central montre la désintégration dans le désordre, les bordures noires montrant la rupture et la possibilité du chaos. Les coulées orange, fuchsia, rouges et pourpre (si patiemment et finement appliquées à la main) montrent les méandres, le labyrinthe des situations imbriquées et peut-être le sang qui coule, alors que les tissus bleus et verts, volontairement effrangés et aux formes indéfinies, suggèrent l’incertitude  de la stabilité d’une société. Les maîtres-mots de cette oeuvre sont ordre et désordre, discipline et chaos, le Bien et le Mal, inspiration directe des soubresauts, des guerres, des révolutions, et l’aspiration à la paix et la victoire des libérateurs.

Cela fait du bien de voir une si forte interprétation artistique, surtout si elle est au-delà de notre confort personnel. La capacité d’expression de Nadia me touche, je souhaitais donc la partager avec vous.

Nadia, je t’en prie, n’hésite pas à compléter !

Orange et turquoise, duo de choc !

Savez-vous comment se prévoient des modes ? Il existe des scruteurs professionnels des futures tendances,  à l’affût de ce qui va plaire au public, et ils vendent leurs déductions et intuitions très cher ! Pour la mode féminine, l’avenir du prêt-à-porter se lit dans les quartiers branchés de New-York, Paris, Milan. Une Bretonne d’adoption, Nelly Rodi, a monté une des agences les plus influentes et pointues dans ce domaine. Et pourquoi, par exemple, fleurissent des cuisines rouges, des robots ménagers rouges avec un indéniable succès ? L’agence Nelly Rodi l’avait senti, l’avait conseillé, a été écouté par les industriels… Nelly Rodi, par son sens de l’observation aiguisé, s’est imprégnée des années durant de l’essence même de la Bretagne , mélange de racines celtes et d’avancées picturales des Nabis et autres peintres régionaux, puis a initié le style breton moderne actuel, si présent dans la région car enraciné dans la tradition. A présent, son influence est internationale.

Parfois, il semble que tout, autour de vous, veuille vous guider vers une nouvelle voie. Scruteuse passive, une nouvelle harmonie s’impose à moi de façon insistante, deux couleurs que je ne choisis d’habitude jamais : vais-je succomber ? C’est un duo de choc : turquoise et orange !

Ma copine peintre du Pays de Galles (je me vante, je ne la connais que via internet, mais je l’aime :-)) a montré le chemin en préparant sa nouvelle exposition, des tableaux avec toujours un oiseau de sa campagne galloise. Admirez ce martin-pêcheur : c’est un oiseau bien de chez nous déguisé en perroquet d’Amazonie !

Valériane Leblond explore une nouvelle voie pour sa future exposition, sa palette est pleine de couleurs chaudes ! Si vous souhaitez mieux la connaître, vous avez tous les liens dans un précédent post ici.

Autre genre de peinture, je dois repeindre quelques pièces de ma maison –bientôt moins d’articles ici pour cause de chantier…–  et voilà que je tombe sur un blog entièrement consacré aux intérieurs… turquoise.

Je remarque comme il est difficile de nommer les couleurs parfois ; voici deux photos tirées de la catégorie turquoise-orange, l’une est vive et dense, l’autre bien plus douce.

Pourquoi ces deux couleurs ensemble ? Dans la théorie de la roue des couleurs, cela se justifie pleinement puisqu’elles sont complémentaires (à l’opposé), d’où le choc ! Comme on le voit sur les deux photos, on peut jouer sur l’intensité des couleurs en ajoutant du blanc (vers du plus pastel), du noir ou du gris (pour des couleurs moins vives)… Tout un jeu de couleurs qu’on retrouve en patchwork !

Dans l’art japonais, on retrouve souvent l’association indigo/rouge, souvent plutôt tirant vers l’orange, en complémentarité parfaite ; le turquoise n’est en général pas très présent, l’indigo clair étant plus froid, mais on en trouve des touches dans les tissus anciens quand même ! Pour le plaisir, je ne résiste pas à vous montrer de nouveau un quilt de Marie Claude dans cette harmonie :

Les Etoiles immobiles, en tissus japonais (photos tirées de son blog, la Chambre des Couleurs)

Afin de me donner des idées pour mon intérieur, j’ai aussi cherché  l’inspiration dans des aquarelles du côté de chez Carl Larsson (1853-1919), avec ce style scandinave campagnard simple et intemporel. Bingo : L’harmonie turquoise – brique est bien là, adoucie par la douce lumière du Nord.

Quelques aquarelles de Carl Larsson et une photo de la salle à manger, dans sa maison devenue musée à Sundborn. Toujours l’opposition d’un bleu ou vert ou bleu-vert associé à un rouge ou orange ou corail.

Pourquoi cette envie de couleurs soudain dans mon intérieur ? J’aimais pourtant la sobriété des murs blancs et des meubles en bois foncé, juste égayé par les tableaux de ma fille et mes propres quilts… généralement plutôt sobres. La crise des 50 ans ? Si je finis par succomber aux couleurs partout, je vous le dirai !!

Cerise sur le gâteau, récemment Nathalie (PatchNath) nous faisait gentiment remarquer que c’est elle qui a inspiré la bordure du « Bouquet d’antan » de Madeleine (nous n’avions gardé aucune trace à l’époque, je n’imaginais pas ouvrir un blog)… et le sien est magnifique, devinez dans quelles couleurs :

Regardez ce bijou ! Carl Larsson aurait bien pu le dessiner ! Nathalie, tu as choisi une superbe harmonie pour ce bouquet, avec l’ajout de cette bordure magnifique, c’est « normal » que tu sois copiée 😉 Je te remercie de l’avoir bien pris et te souhaite toujours autant de belles inspirations !

A vrai dire, j’ai déjà utilisé un peu de turquoise dans un panneau issu d’un hors-série consacré au log cabin (ed. de Saxe), c’était déjà au siècle dernier, je l’aime toujours bien, mais si je le refaisais je changerais le fond :

Racontez-moi, avez-vous des envies de nouvelles couleurs ?

Les lisières, inspiration sans frontière

Si vous avez la fibre de la récup’, vous gardez sans doute tous les petits morceaux de tissus restant après la découpe, peut-être classés par couleur, style, taille… Non, je n’ai pas de système infaillible à vous proposer… Mais gardez-vous les bords des tissus, ces lisières doublement tissées et donc plus épaisses, dont un côté est imprimé avec les références et le nuancier ? Combien de fois ai-je dit : « La lisière, on la jette, on ne peut vraiment rien en faire »… Mea culpa, je ne connaissais pas encore Karen Griska ! Cette dame a popularisé l’utilisation des lisières en tant que tissus à part entière, à la manière des String Quilts (quilts de bandes). Quand son livre est paru en 2008, l’idée me semblait farfelue et la couverture ne m’inspirait pas trop mais je l’ai quand même commandé « pour savoir », car je suis une insatiable curieuse dans le domaine du patchwork. Attention, dépêchez-vous de l’acheter si ce livre vous intéresse, il est bientôt épuisé !

On ne peut certainement pas dire qu’elle est la première à utiliser les lisières (voir l’article précédent !) mais c’est elle qui a donné l’impulsion décisive dans le monde entier pour faire éclore des centaines d’ouvrages à base de lisières. Mon préféré du livre est celui-ci :

Et voici quelques autres idées, toutes (je crois*) prises à partir du blog enthousiasmant de Karen Griska cliquez pour mieux les voir :

N’est-ce pas incroyablement artistique ?

Nadia Stumpf est une de celles à avoir fait un des plus beaux panneaux en lisières que je connaisse. Admirez les dégradés, la disposition, la retenue dans les tons choisis… Une vraie recherche personnelle. Je ne la connais que par son blog « Patchworkrama » et les modèles qu’elle crée, mais il est évident qu’elle est le top du top des profs de patchwork en France !

Quant à moi, bien plus modestement, j’ai demandé aux Abeilles de ne plus jeter les lisières -un bon début- et « un jour » nous ferons quelque chose avec ! J’en ai maintenant un carton plein, il faudrait vraiment qu’on s’y mette cette année…

Est-ce compliqué de travailler avec ces lisières ? A vrai dire, on peut dire que c’est plus facile qu’avec du tissu coupé, car vous avez un bord fini qui, jamais, ne s’effilochera. Le principe préconisé dans le livre est d’avoir un tissu de base en coton de la taille de la pièce et de coudre dessus, lisière après lisière, afin de couvrir complètement cette base. Variantes : on peut utiliser du non-tissé, du papier (à retirer ensuite) ou… rien du tout, avec juste une règle ou un gabarit pour contrôler la taille de la pièce. L’avantage de la lisière est qu’on n’a pas besoin de la mettre endroit contre endroit pour la coudre, il suffit de la coudre directement en place. La couture sera visible et participera à l’aspect singulier d’un quilt en lisières.

Exemple d’assemblage vite fait : à gauche, trois lisières assemblées à l’aide de deux coutures (fil blanc sur le bord de la lisière) ; à droite, lisières assemblées vues de dos, vous pouvez voir le fil de la cannette en rouge. Selon le modèle, on voudra laisser apparaître plus ou moins de tissu imprimé, il n’y a pas de règle stricte !

Il faut savoir que ce quilt sera plutôt lourd, prenez-le en compte quand vous choisirez votre modèle. En ce qui concerne le quilting, il dépendra comme d’habitude du modèle. En général, je vois plutôt des quiltings à la machine, regardez comme cela peut être joli :

Certaines cependant réussissent à quilter à la main  :

Ce que vous pouvez retenir, c’est que presque n’importe quel bloc peut être transformé par des lisières ! Pour finir de vous convaincre, voici mon unique petit ouvrage en lisières, une trousse de forme basique qui m’est fort utile et me rappelle quotidiennement que c’était très drôle de choisir et coudre ces petites bandes !

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*Je collecte depuis des années dans mon ordi des photos de quilts en lisières, la majorité des photos proviennent du blog de Karen Griska (à qui j’ai écrit pour signaler mon « pillage » bienveillant). Surtout n’hésitez pas à vous manifester si vous reconnaissez ici une de vos oeuvres. Le copyright est une affaire délicate quand on fait un blog à vocation informative et pédagogique comme celui-ci. A chaque fois j’en informe les intéressées… que je peux contacter, mais je sais que je risque de faire des impairs du point de vue de certaines quilteuses, je m’en excuse par avance.

D’autre part,  enrichissez cet article en signalant vos propres ouvrages en lisières ! La rubrique des commentaires est faite pour cela.

Merci de prendre le temps de me lire,

Katell, quilteuse forever

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Références :

Nadia Stumpf : http://patchworkrama.canalblog.com : son blog
http://patchworkrama2.canalblog.com : sa vitrine (vente de modèles, dates de stages)

Karen Griska : http://selvageblog.blogspot.com/ : son blog

A découvrir également l’initiative formidable de Karen, un musée et une galerie de quilts : nous pouvons toutes y participer ! http://onlinequiltmuseum.com/

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Inspiration – Création

Nous savons toutes que le patchwork est une activité extrêmement ancienne. Sans développer sur les peaux de bêtes assemblées durant la préhistoire, je ne peux résister à l’envie de vous montrer de troublantes momies de chats, celles-ci sont visibles au British Museum de Londres (à gauche) et au Louvre (à droite) :

Tressage de bandelettes de lin dont le motif nous rappelle quelque chose…

Restons donc modestes ! Si les historiennes datent le bloc du « Log Cabin » de la fin du XIXe siècle, c’est bien l’apparition de ce nom associé à ce modèle, et non son invention. Dans le cas de ces momies, le travail s’apparente plutôt à du meshwork ou tissage de bandes de tissus (au lieu de coutures).

Au tout début des années 2000, j’ai eu l’idée un jour (ou plutôt une nuit) de couper et coudre à la chaine des bandes de 4 cm, de toutes couleurs et tous styles, et de les agencer autour d’un gros carré central rouge fleuri ton sur ton de 12 cm, à la manière d’un bloc de log cabin, et de terminer ce carré par une bordure de 8 cm même tissu rouge . Multicolore à dominante chaude, ce premier grand log cabin avait le chatoiement des tapis d’Orient, j’étais très fière de mon invention ! Je l’ai montré, expliqué maintes fois autour de moi comment s’organiser, comment limiter la courbure que le carré a tendance à prendre, j’en ai fait 3 autres… Et entretemps ont fleuri dans plusieurs magazines des quilts très similaires ! J’étais plutôt fière d’avoir eu la même idée que des stylistes éditées… Et puis un jour, Quiltmania présente… une antiquité du XIXe siècle au modèle identique ! Quand je crois inventer une petite astuce ou un modèle, je me souviens toujours de l’histoire du grand log cabin. Combien de blocs ont-ils été inventés, oubliés, réinventés ?… On sait que souvent, petites et grandes découvertes ou inventions fleurissent en même temps dans le monde, d’où quelques querelles de paternité autour de brevets… Sans compter les cas d’espionnage ou de triche, ces coïncidences sont troublantes, et même étudiées en psychiatrie sous le terme de syncronicité !

A gauche, la magnifique antiquité de 1880 dans un hors-série Quiltmania. A droite, pour couvrir un fauteuil fatigué, mon 3e « grand log cabin », cousu avec des bandes plus larges (6 cm coupées) et une gamme restreinte de couleurs. Il fut fait à toute vitesse, quelques jours avant le déménagement de ma fille ; c’est celui que j’aime le moins, pas assez scrappy, bandes pas assez fines…. Le n° 1 est chez mon autre fille, le n° 2 (à dominante turquoise-marine-jaune) est chez mes parents en Bretagne. Le n° 4 ?  En couleurs plus claires, en attente de quilting…

La géométrie des blocs traditionnels n’empêche pas du tout l’expression de nos sentiments. Un des 2 premiers blocs que je fais connaître aux débutantes est, avec la feuille d’érable, la baratte. Au début je ne le trouvais pas forcément beau mais pratique d’un point de vue pédagogique, puis j’ai admiré au fil du temps le potentiel d’un bloc si simple. Si vous voulez être touchée par un quilt de barattes, allez rendre visite chez Marie Claude dans sa Chambre des Couleurs, elle y a exprimé toute sa colère en cousant le top, puis, le temps ayant passé, l’a quilté avec plus de douceur, tout en subtilité :

Vous pouvez voir ici l’histoire de ce quilt ainsi que beaucoup d’autres photos. Preuve, s’il fallait encore le démontrer, que l’on peut toujours faire des créations avec du traditionnel !

Amusez-vous donc, osez changer les modèles, les harmonies, écoutez votre coeur ! La satisfaction est immense.

Embruns et Petits Points

Dans une île de la côte atlantique vit une jolie dame blonde… Mamifleur ! On ne peut rêver de plus doux surnom ! Ses ouvrages pleins de raffinement, toujours réalisés à la main, enchantent chaque visiteuse de son blog. A chaque présentation d’un nouvel ouvrage, je me disais : il faut que tu t’y mettes, c’est trop mignon ! mais jusqu’à présent, je n’en ai fait qu’un seul… à la machine, celles qui me connaissent n’en sont pas surprises.

Cette pochette est partie en Normandie chez ma soeur. Avant de la lui offrir, je l’ai utilisée quelques jours. C’est un fourre-tout formidable ! Tiens, je vais la proposer en ouvrage de rentrée aux Abeilles, cela me motivera pour m’en faire une ces prochains jours ! Allez voir chez Mamifleur comment la réaliser ici et là.

Attention, je vous aurai prévenues, le blog de Mamifleur va vous donner des idées pour de longs mois !

De tout coeur je vous souhaite une belle visite…

La naissance de ton petit-fils semble t’avoir beaucoup accaparée ces derniers temps, mais égoïstement j’espère que tu vas encore nous montrer bientôt tes nouveaux… ou anciens ouvrages, Mamifleur, et nous faire encore rêver !

Blog de Mamifleur : Embruns et Petits Points http://mamifleur.canalblog.com/

Héritage « à la Française »

Il y a peu de temps encore, les tissus étaient trop rares pour qu’on imagine les gaspiller. On connait assez la mythique histoire des pionniers américains cousant à partir de leurs vêtements des quilts que nous admirons tant… On sait aussi que la tradition venait de pays européens et que le concept du « bloc » s’est réellement développé au XIXe siècle en Amérique du Nord.

En France cependant, la tradition était beaucoup plus d’utiliser une grande pièce de tissu partiellement abîmée (comme un drap de lin) pour tailler dedans un patron plus petit (comme une chemise), puis un jour celui-ci usé servira de torchon, qui servira ensuite de charpie… On pratiquait aussi essentiellement l’art du racommodage. Il suffit de voir le nombre de mots plus ou moins équivalents dans notre belle langue : raccommodage, rafistolage, rapiéçage, ravaudage, reprisage, rapetassage avec les verbes qui vont avec ! Nous ne les utilisons presque plus : qui donc raccommode encore les chaussettes avec (ou sans !) un oeuf à repriser ? Il y avait le reprisage avec un fil, de préférence à plusieurs brins non torsadés, avec lequel on reproduisait la chaine et la trame du tissu troué. Le rapiéçage était un appliqué, un morceau cachant le trou ou renforçant une partie usée. Allez voir le cahier de couture d’Anne-Marie, vous aurez de beaux exemples ! Et même, on peut en faire de petites oeuvres artistiques comme  ici.

Reprise traditionnelle sur un linge de maison français, photo venant du blog de Kaari Meng qui fait connaître les traditions françaises aux Etats-Unis en écumant nos brocantes et vide-greniers ! Elle est notamment la créatrice des très beaux tissus FRENCH GENERAL de MODA

Pour la décoration, le raffinement, le superflu, les Françaises brodaient  au point de croix ou au point de tige principalement des motifs plus ou moins sophistiqués, en plus du nécessaire « chiffrage », apposition des initiales familiales pour reconnaître le linge confié aux lavandières. Les broderies étaient le plus souvent en rouge, parfois gaies et polychromes, ou bien subtiles blanc sur blanc avec fils tirés, monogrammes, etc. Il existe en France une si grande tradition de tissages, teintures, impressions, broderies, dentelles…

Nous avons aussi notre mot pour le quilting qui est le matelassage, utilisé de façons variées dans diverses régions pour faire des édredons, des piqués de coton… Mais de patchwork nous n’en trouvons quasiment pas de trace*, nous n’avons même pas un mot français complètement satisfaisant pour en parler, sinon « piéçage », ou « assemblage ». De nombreuses traditions régionales dans le domaine du tissu sont redécouvertes et mises en valeur de nos jours : je me réjouis de trouver dans le dernier numéro du magazine de l’association France-Patchwork des articles tant sur les tissus kelsch d’Alsace que les Rouenneries de Normandie. Mais toujours pas de traditon de patchwork en France ? Mais si, et la plus enthousiasmante ! Les Centu Pezzi (100 pièces) de Corse correspondent à la compulsion de vouloir utiliser le moindre tissu, la moindre petite pièce qu’il ferait mal au coeur de jeter ! Vous en avez justement un exemple dans cette même revue, ainsi que dans le blog d’Anne-Marie qui vit en Corse, avec des explications qui vous donneront envie de sauter sur votre boite de chutes de tissus ! Dans le même blog, vous avez quelques photos de quilts anciens corses. Il est certain que la plupart des quilts furent utilisés jusqu’au bout, usés jusqu’à la trame puis jetés. Les objets utilitaires de ce genre sont moins sauvegardés que des tapisseries des Gobelins…

Centu Pezzi dans la tradition corse, créé par Anne-Marie. Je vous laisse découvrir le secret du dos dans son blog !

Et aujourd’hui, qu’en est-il ?

Hormis l’art textile pour lequel je suis incompétente mais où je crois que les Françaises sont brillantes, le patchwork français est très tributaire des livres, des tissus, des modèles venant majoritairement des Etats-Unis, mais aussi beaucoup du Japon et, dans une moindre mesure, des Pays-Bas ou de Grande-Bretagne. Cependant beaucoup de femmes s’amusent chez elles à faire des ouvrages « scrappy » très individuels, hors mode, peu exposés, car c’est une envie de recyclage compulsif que je ne dois pas être la seule à « subir »… De même, une de mes élèves veut absolument recycler les dizaines de blue jeans qu’elle a gardés, un jour elle se lancera dans un magnifique patchwork avec toutes ces nuances de bleus délavés ! On peut voir aussi de beaux exemples très personnels de Jacqueline Fischer dans son livre « Jeux d’étoffes, impressions expressions » ; j’adore celui qui s’appelle « Miettes », récup’ extrême !

La personne qui incarne le plus pour moi l’art du patchwork à la française est Jacqueline  Morel. Elle fait revivre d’anciens tissus d’origine majoritairement française (des écossais, vichy, lin…), ce qui confère à ses quilts une impression de confort, d’être « chez soi ». Allez voir sa galerie, vous allez comprendre ce que je veux dire ! Si des modèles vous sont familiers, c’est parce qu’elle a longtemps fait notre bonheur en collaborant avec Marie-Claire Idées. Cerise sur le gâteau, son livre :

Livre de Jacqueline Morel, édité par Quiltmania, sur un top inspiré d’un de ses quilts.

 Jacqueline Morel présente, avec beaucoup de compétence et de gentillesse, notre activité dans ce reportage de TF1. Même si elle fait plus d’appliqué que la plupart d’entre nous, je trouve qu’elle nous représente drôlement bien !

Bien sûr, j’aurai l’occasion de vous reparler d’elle car une de mes Abeilles, Maïté, a souvent repris des modèles de Jacqueline Morel, mais sait aussi dessiner « à la manière de ». Bientôt elle vous présentera une de ses créations.

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* Des quilts anciens, notamment en hexagones, furent trouvés en France. A mon avis cela ne démontre pas une tradition établie et reconnue dans ce pays mais plutôt l’expression de personnes ayant bénéficié de la circulation des personnes et des idées, je pense notamment à l’influence des Anglaises. Les plus beaux patchworks français anciens se trouvent sans doute dans le livre  Mosaïques d’étoffes, édité par Quiltmania. On y retrouve d’ailleurs l’habileté des Françaises à si bien broder !

Bretagne authentique – Concours 2011 de Fouesnant

Evidemment, je regrette maintenant de ne pas avoir photographié tous les ouvrages de ce concours organisé pour cette exposition de Fouesnant, l’ensemble était si représentatif de la région ! J’ai beaucoup apprécié, admiré… mais finalement pris trop peu de photos.

Il y avait un grand nombre de panneaux et samplers figuratifs, bien sûr le sujet s’y prêtait si bien :

Moi qui ne suis pas autant attirée par l’art textile que par  le patchwork classique, je dois dire que le tableau « Belon n°5 » de Christine Mahé m’a beaucoup plu : des coquilles d’huîtres (pile et face) figurent dans le tableau sur fond de lin et de batik, avec quelques détails d’appliqué celtique et de trapunto fort réussis. Richesse des gris nacrés de Bretagne… Au centre, le panneau est de Patricia Dupire (« La Bretagne que j’aime »). Je suis désolée de ne pas avoir retenu le nom des quilteuses précédentes, leurs ouvrages sont tous très jolis.

Autre utilisatrice du lin, tissu traditionnel de Bretagne, Ghislaine Monthuley, qui l’a hardiment marié à des bleus hongrois : j’adore ce mélange ! On y trouve de drôles d’hermines, symbole breton, en alternance avec les initiales brodées de la Bretagne (ou bien de Bleu ?) et de la Hongrie. J’ai bien cherché, il n’y avait pas de Z pour faire le sigle local bien connu BZH ! Oeuvre pleine de personnalité et de fantaisie en tout cas.

Anne-Marie Boidot a déjà reçu le prix de la ville de Fouesnant pour son tableau appliqué :

A-t-elle eu aussi celui du public ? Possible, tellement ce panneau est attractif avec les batiks évoquant si bien la mer et ses reflets changeants (le long des golfes clairs…).

J’ai eu un coup de coeur pour l’appliqué de Miet Hostein-Vanderweerd, sans doute un peu parce qu’une heure plus tôt j’avais photographié une épave si semblable… Bel hasard !

J’avais déjà admiré plusieurs de ces quilts, édités sur des magazines ou des blogs (d’où parfois une impression de déjà vu) d’autres ont été faits spécialement en vue de ce concours. Personnellement, je n’aime pas beaucoup le principe du concours en matière artistique, mais en revanche cela m’intéresse toujours de voir comment on peut interpréter le même thème. Je crois que ce sont pour toutes des créations, elles y ont mis tout leur coeur, fait des efforts d’interprétation et d’imagination. Pour moi donc, toutes les participantes sont gagnantes – sans vouloir paraphraser l’Ecole des Fans – mais je sais que sans concours il y aurait eu moins d’oeuvres présentées, c’est ainsi… Je n’ai donc pas les résultats du Prix du Public décerné en fin d’exposition, de toute façon  je préfère dire : Bravo à toutes !

Pour le bouquet final, je laisse s’exprimer ma maman (qui ne fait pas de patchwork, elle en a déjà plein la maison avec moi ! ) :

Kenavo ma Bretagne !