La Ronde des Pétales

J’aime beaucoup le style de Kathleen Tracy, certes nostalgique, tourné vers le glorieux passé du patchwork traditionnel aux Etats-Unis, mais toujours harmonieux et attachant, il suffit de voir l’immense succès de ses livres, de son blog et de son groupe virtuel consacré aux mini-quilts traditionnels ! J’avoue trouver beaucoup de plaisir à participer aux discussions avec elle et ses fans.

Mais, contrairement à Kathy, je ne m’épanouis pas vraiment dans les mini-quilts, j’ai toujours envie d’ajouter des rangées, continuer le piéçage de peur sans doute que mon travail semble trop étriqué… Alors, j’aime copier Kathy en agrandissant ses belles idées !

J’avais commencé à coudre des Orange Peels* de taille mini, puis j’ai été séduite par un échange sur internet proposant ce même modèle en plus grand. L’aubaine pour étendre la variété de tissus ! Le modèle choisi est en couverture d’un des livres à succès de Kathy Tracy :

Ce mini-quilt est fascinant à la fois grâce aux arrondis qui se répondent, les nombreux tissus utilisés, la bordure à l’imprimé « vagues », un concentré de réussite !

48 blocs faits, expédiés, puis 48 blocs reçus d’autres quilteuses, puis un large complément rapidement cousus pour arriver à 100 Orange Peels, et voici mon top tout juste assemblé :

Le modèle de Kathy étant tellement joli, j’ai cherché à m’en approcher et ai trouvé un tissu lui aussi en forme de vagues qui complétait bien le centre. Puis j’ai ajouté des tulipes aux coins, ces fleurs si parfaites graphiquement qu’elles sont sans doute les favorites dans le monde du patchwork et de l’appliqué !

Je n’imaginais pas pouvoir trouver de temps pour le quilter à la main, j’ai donc fait confiance à ma nouvelle machine à coudre et me suis lancée. Résultat mitigé : les bordures sont très réussies mais le centre, c’est-à-dire le principal, aurait pu être bien mieux !

Vous avez ici un détail de la bordure ainsi que le dos fait de tissus bleus de tous horizons !

La Ronde des Pétales, un quilt idéal pour lire tranquillement dans un coin retiré du jardin, quand l’herbe de la prairie n’est plus que paillasse…

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*Orange Peel est le nom d’une famille de blocs rappelant un morceau de peau d’une orange découpée au couteau, comme si l’on suivait les méridiens du globe terrestre. Pour la petite histoire, ce bloc est aussi lié au Marquis de Lafayette qui, habitué aux bonnes manières à la Cour de France, épata un ensemble de notables à Philadelphia en coupant ainsi son orange à la fin d’un banquet en son honneur. Une jeune femme récupéra les quatre morceaux d’écorce et en fit un bloc à la gloire de ce grand homme !

Maïté dans le Club de Mrs. Bobbins

Une quilteuse débutante m’a demandé comment étaient quiltés les ouvrages de Maïté, car hormis les bordures on ne voit rien, comme pour les coeurs dans son atelier, alors qu’ils sont pourtant densément et méticuleusement quiltés ! Ce n’est pas seulement dû à la qualité moyenne de mon appareil photo, c’est un parti pris de matelasser (=quilter) sans interférer avec le piéçage (mot français imparfait pour patchwork). Maïté est une grande adepte du matelassage à la main le long des coutures car cela donne un gonflant incomparable aux motifs des blocs tout en maintenant parfaitement les trois épaisseurs du quilt.

En cliquant sur l’image pour agrandir, vous pouvez voir deux styles de quilting : à gauche, la ligne de points suit de près les triangles bleus, au centre vous avez un motif de quilting décoratif.

Dans notre activité, patchwork, appliqué, quilting, etc., nous naviguons sans cesse entre les mots français et anglais, c’est pourquoi j’essaie ici de donner les équivalents. En anglais, pour le matelassage le long de la couture, c’est-à-dire juste là où s’est créé un petit creux dû au repassage des marges de couture d’un seul côté, on utilise ce terme : « stitch in the ditch », littéralement « couture dans le fossé ».

Mrs. Bobbins est connue dans le monde du patch américain, c’est l’archétype de la quilteuse américaine, avec ses déboires et ses marottes. La voici ci-dessus avec ses copines illustrant cette expression « stitch in the ditch ». Vous n’oublierez plus ce que cela signifie…

Le Tour de France

Aujourd’hui Fête Nationale en France, mais aussi départ de l’étape du Tour de France tout près de chez moi, dans la région toulousaine. En France, c’est un événement qu’on connait depuis notre enfance ; aux Etats-Unis, l’intérêt pour cette course est assez récent et date de la réussite de leurs coureurs comme  Greg LeMond puis Lance Armstrong. Cette semaine dans le  « PickleDish Star », magazine « on-line » des quilteuses, voici l’héroïne-quilteuse Mrs. Bobbins qui comprend pourquoi les maillots multicolores ne sont pas quiltés avec un gros molleton :

 Ah ha !

 Mais le Tour de France inspire aussi nos amies norvégiennes comme Aby qui a lancé son Tour de Fibre le temps de la course cycliste : tous les jours, elle avance un de ses ouvrages en cours, lance des petits défis avec ses copines, finit quelques quilts délaissés depuis trop longtemps… A chacun ses efforts !

Dans l’atelier de Maïté il y a…

… Une déclaration d’amour !

Au patchwork ? Sans doute un peu, mais bon ce sera sa décoration annuelle pour la Saint-Valentin, alors…

Cent coeurs avec cent tissus rouges et cent tissus beige différents, ce quilt est donc aussi un souvenir des Abeilles ayant participé à la recherche des tissus, assisté à la progression minutieuse du montage et de la broderie. Une belle création, un Charm Quilt très représentatif de Maïté au style campagne chic !

Quelques coeurs : beaucoup de variété de près pour une belle unité finale de plus loin !

Toujours la campagne…

… avec ces Poules dans tous leurs états ! Maïté s’est inspirée de sa styliste favorite, Jacqueline Morel* qui, des années durant, nous offrit tant de joies dans les Marie-Claire Idées.

Une Poule sur un Mur, par Maïté.

Jacqueline Morel et Maïté partagent le même goût pour les appliqués avec des tissus récupérés qui ont chacun leur histoire. On y retrouve tous ces tissus dits humbles, des parties de vêtements moins usées ou des restes de linges de maison anciens, mis en valeur par une technique irréprochable, des broderies fines… et souvent un zeste d’humour ! Ah ! Les histoires de Maïté nous font passer de bons moments !

Chez Maïté, le moindre recoin est tout-à-fait charmant, ici Nounours se repose.

Tout comme Jacqueline Morel, son thème de prédilection est le Country quilt à la Française, avec nos petits Vichy, les mouchoirs de Cholet, le lin « ficelle », de ce gris-beige si chic qui va avec tout… Vous découvrirez bientôt d’autres quilts de Maïté  au fil des articles dans La Ruche des Quilteuses.

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* J. Morel a dessiné la plupart des patchworks « à succès » du magazine pendant de nombreuses années. Vous pouvez trouver quelques-uns de ses ouvrages, dont beaucoup d’inédits, dans le livre édité par Quiltmania : Le Petit Monde de Jacqueline Morel.

Le Bonheur est dans le Pré…

… pour toutes ces drôles de vaches appliquées et brodées par Martine, une décoration idéale pour la chambre d’un enfant !

C’est un modèle de la Savoyarde Marie-Hélène Baud, édité dans  Quilt Country n° 14. Martine a choisi ses propres couleurs, ajouté de jolies broderies et quilté chaque bloc avec une grille d’un centimètre, dans la tradition du piqué-coton. 

Martine m’a confié son plaisir de réaliser ce genre de petits tableaux enfantins en alternance avec de plus grands ouvrages, ainsi que la grande joie d’offrir un cadeau fait main !

Gabrielle Paquin et les tissus inattendus

S’il y a des tissus qui font peur aux quilteuses, ce sont bien les tissus rayés. Loin des réminiscences du Moyen-Age où les rayures étaient signe d’exclusion ou de méfiance*, les tissus rayés sont, pour toute couturière ou quilteuse, réputés difficiles à travailler, difficiles à faire correspondre, difficiles à marier. Pourtant Roberta Horton les revalorisa en même temps que les écossais dans un livre à tendance scrappy-country**, de nombreux exemples réussis de recyclage décontracté des chemises ont été exposés, mais personne ne sait les mettre en valeur comme Gabrielle Paquin.

Ragtime (100 x 125 cm ), des gris et des rouges pour évoquer cette musique saccadée, gaie et dynamique

Tissus inattendus dans le patchwork, les rayures inspirent Gabrielle. Pourquoi donc ? Au vu du résultat, je me rends compte de la richesse des effets de lumière rendus par ces hachures et observe le même phénomène qu’avec la peinture impressionniste : d’un peu loin, les couleurs des rayures se fondent pour donner une troisième couleur. Par leur nature même, les tissus rayés jouent sur la luminosité et donnent une texture dense, travaillée, aussi bien en toile de fond qu’en sujet principal. Parfois quand même, on a un filet de tissu uni, mais n’est-ce pas finalement une rayure découpée ?…

Cela fait des années que j’admire dans les magazines ces quilts modernes aux rayures omniprésentes. J’aime cette singularité : à partir de tissus si banals mais assemblés, recoupés, triturés, Gabrielle nous offre des tableaux qu’on n’oublie pas. Moi qui préfère habituellement les quilts inspirés de la tradition plutôt que l’art textile moderne, je suis happée par la force évocatrice de ses ouvrages.

L’Oeil du Cyclone (80 x 83 cm).

Autre particularité, ses quilts d’art textile sont cousus et quiltés « dans les règles de l’art », on perçoit rarement le quilting sur les photos mais il est dense et accentue le mouvement du sujet. Certaines pièces sont appliquées à la machine avec un point zig-zag parfaitement intégré au dessin ; la technique est toujours à la hauteur de la composition.

Papillon Bleu (120 x 150 cm)

Je vous laisse découvrir d’autres oeuvres dans la galerie de son site. Quels sont mes préférés ? Graffitti reste pour moi un des plus impressionnants. J’aime énormément les papillons, les ibis, ces répétitions que je n’apprécie pas trop en peinture sont ici pleinement justifiés par la tradition du bloc en patchwork. Je trouve l’Oeil du Cyclone très envoûtant… Et l’Aphrodite est une réussite totale…

Ce style si personnel a rendu Gabrielle Paquin connue dans le monde de l’art contemporain international. Elle a été plusieurs fois retenue dans des expositions ou publications internationales, souvent la seule Française de ce niveau, comme par exemple dans le livre 500 ART QUILTS (ed. Lark Books)  où figure le quilt Scarlet Ibis, le quilt peut-être le plus abouti (sélection des 500 quilts d’art contemporain de 2010)… Et on le retrouve, unique témoin de la création française actuelle, dans le nouveau livre QUILTS around the World, from Alabama to Zimbabwe  (Voyageur Press inc.).

… Et malgré tout ce succès et ce style affirmé, Gabrielle consacre toujours beaucoup de temps au patchwork le plus traditionnel, celui-là même qui est exposé à Brouage ! Elle y a déjà exposé 4 fois, gage de la qualité de son travail. C’est d’ailleurs son amour pour les grands quilts des 18 et 19e siècles qui la mena vers le patchwork ; pour avoir la collection dont elle rêvait, elle s’y est mise avec détermination ! Elle en a terminé 16 depuis 1991, bien moins connus ou exposés que les modernes. C’est un peu un de ses jardins secrets, comme la peinture qu’elle pratique également…

Détail des « Doubles Etoiles plumetées Country », quilt exposé à Brouage en 2011. Vous pouvez voir une photo du quilt entier dans un article précédent.

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* Brillant essai de Michel Pastoureau, l’Etoffe du Diable, sur la perception des tissus rayés dans le monde occidental. Au fil de la lecture, je suis passée du doute à l’enthousiasme, tellement cet écrit est documenté, original, incroyable… mais vrai ! Ma culture sur les rayures se cantonnait au tricot des marins bretons… ICI, vous avez un article partiellement inspiré d’un autre livre de M.Pastoureau, Bleu, histoire d’une couleur.

**  Plaids & Stripes, the Use of Directional Fabric in Quilts, de Roberta Horton , C&T Publishing

Un quilt au charme fou

En visite chez Maïté l’Abeille, j’ai de nouveau admiré dans son salon un quilt qu’elle a fait bien avant notre rencontre ; elle habitait alors à Nantes et avait la grande chance d’avoir Renée Ferré* comme professeur.

Dès le premier regard, ce quilt enchante par ses fondus de couleurs, des tons frais et changeants. Puis vous écoutez les précisions données par Maïté : « Ceci est un Charm Quilt. Idéalement, il devrait se composer de 999 pièces, je n’ai pas réussi à atteindre le nombre magique puisque le mien en comporte 1024. » Puis elle explique que, comme tout Charm Quilt qui se respecte, aucun tissu ne se répète et donc qu’on a ici 1024 tissus différents !

Dans les années 1990, quelques quilteuses françaises  redonnèrent une nouvelle jeunesse à cet exploit jadis à la mode (fin du XIXe siècle, puis années 1920-1930 aux Etats-Unis). La règle du jeu est simple… mais pas si facile à suivre en totalité ! Le quilt doit :

– comporter un seul gabarit (carré, losange, hexagone…)                                                              

– utiliser chaque tissu une seule fois dans l’ouvrage                                                                       

– aucun tissu ne doit avoir été acheté mais récupéré, offert, échangé                                         

– le quilt aura idéalement 999 pièces…

Rarement sont réunies ces quatre conditions, mais certaines y arrivent quand même ! L’important toutefois est de s’amuser, c’est un exercice de coloriste passionnant que je vais peut-être lancer l’année prochaine chez les Abeilles. Si vous souhaitez vous aussi approfondir ce challenge, admirer d’autres Charm Quilts extraordinaires réalisés en France dans les années 90, essayez de vous procurer un des livres de Smaranda Bourgery :

Ne passez pas l’introduction, elle comporte de forts bons conseils.

Et pourquoi donc ce nom de Charm Quilt ? C’est une jolie ambiguïté des langues anglaise et française, car lorsque nous sommes charmés, enchantés, ce peut être justifié par quelque chose (ou quelqu’un !) de joli, ravissant, charmant, ou bien plus mystérieusement le résultat d’un sortilège, de la magie, d’un charme, d’un enchantement… Et quoi de plus enchanteur qu’un quilt au charme évident… et aux charmes cachés ?

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*Nous sommes nombreuses à admirer ses modèles présentés dans Quiltmania, elle fait partie de la brillante équipe depuis le tout début !

Dés encore : Surfons sur la Vague !

La famille d’Isabelle est pleine de passions, entre autres pour le Pays basque et le surf qu’on peut si bien pratiquer sur la Côte. Preuve qu’on peut laisser transparaître tant de choses dans le choix de ses tissus ou du matelassage, voyez comment Isa a tiré profit de ma suggestion de faire un quilt de dés :

« Les Couleurs de la Vie »  d’Isabelle (170 x 130 cm). Les dés ont été coupés à partir de bandes de tissus de 2 inch 1/2. C’est un magnifique assortiment de batiks avec de beaux contrastes, ce qui rend le quilt bien « scrappy » et intéressant !

Matelassage machine avec un point évoquant les vagues de l’Océan

Magnifique et si évocateur de vacances au bord de la mer ! Et si je vous dis que c’est son premier quilt terminé, me croirez-vous ?… Elle a commencé le patchwork il y a moins d’un an avec les Abeilles et s’est vite lancée dans plusieurs ouvrages avec la boulimie d’une passionnée. La vie professionnelle la réclamant, nous la suivrons grâce au blog qu’elle est sur le point d’ouvrir.

Bon vent Isabelle, que ton surf te mène encore parfois du côté de la Ruche des Abeilles ! 

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Articles précédents sur le thème des quilts en dés : Des dés, des dés, puis Des dés  – Suite.

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Première à avoir commencé… dernière à le terminer, un jour prochain je vous présenterai mon quilt de dés enfin fini !

Katell, quilteuse forever

Supergoof est de retour dans Blogland

Rappelez-vous ma tristesse quand ma quilteuse néerlandaise préférée avait arrêté son blog… Elle a déménagé, trouvé une maison plus grande et a déjà accroché de si jolis quilts dans sa cuisine… Et puis son ordinateur est branché depuis ce matin ! L’envie et le temps de communiquer sont revenus ; je ne manquerai donc pas de lui rendre souvent visite.

Tant d’atmosphère avec si peu de couleurs, c’est la magie de Supergoof.