Une valise pleine d’épouvantails

Josette Billard,  déléguée de France-Patchwork 31, nous lança un thème de Valise  (ensemble de petits quilts voyageant d’expo en expo dans toute la France)  il y a quelque temps :

Les épouvantails

Inspiration pour quatre Abeilles qui y participèrent ! Nous venons de les récupérer, en voici donc les photos :

Epouvantail d’été en appliqué rigolo mais très maîtrisé de Vive, Les Habits de Monsieur l’Epouvantail

Monsieur l’Epouvantail d’été vu de plus près (Vive)

Epouvantail du Jardinier de Maïté, si finement brodé, bien rondement sympathique, une belle déco pour Halloween !

L’Epouvant’Arbre de Martine, sa première création ! Appliqué et quilting main, point de prairie en bordure reprenant les tissus des feuilles du drôle de « personnage ».

L’hiver venu, oiseaux et épouvantail sont de Nouveaux Amis (Katell) – Technique du confetti, quilting machine, oiseaux-boutons.

Vous devinez que nous nous sommes bien amusées à faire ces tableautins !

Bouquet d’antan

Quiltmania est un magazine que je ne me lasse pas de feuilleter. Depuis le premier numéro, je les achète, les lis, rêve sur tout ce que je pourrais faire comme quilts si j’avais 10 vies (je me contenterais bien de 9 comme les chats !). Quand je m’y replonge, je me rends compte de l’extrême richesse de cette revue française. Cocorico ! Les Abeilles autour de moi sont tout aussi fans…

Madeleine a choisi ce très beau tableau inspiré d’un modèle du XIXe siècle dans un ancien numéro. La bordure qui reprend les fleurs du bouquet ne vient pas de Quiltmania, mais de photos vues sur internet, à la fois des USA et de France. Qui s’est inspiré de qui ? Eternelle question, nous n’avons pas fait d’enquête, notre Abeille a juste mis tout son coeur pour réussir cet appliqué très soigné aux couleurs éclatantes !

Bouquet d’Antan, réalisé par Madeleine, d’après un modèle Quiltmania (n° 17)          Quelle harmonie reposante !

Quilts en liberté

Un livre de patchwork vient de sortir en français :

 Ce n’est pas une quilteuse chevronnée, mais une styliste touche-à-tout britannique très talentueuse qui a concocté ce bouquin. On a grand plaisir à le feuilleter ; tout d’abord, la couverture cartonnée est très agréable au toucher. A l’intérieur c’est un festival de couleurs, car cette dame a utilisé de beaux tissus aux riches imprimés, dont certains de Kaffe Fassett, avec qui elle a plus d’un point commun. Elle est également inspirée par les univers de Tricia Guild, Anna-Maria Horner, Amy Butler, Denyse Schmidt, qui toutes manient les couleurs avec brio et modernité.

Avec elle, chaque quilt a son histoire, son ambiance. Elle explique l’importance du choix des tissus qui conditionnera le style, l’allure du quilt. Les explications sont rationnelles, sans superflu, rassurantes.

Même si je trouve que ce livre est plutôt destiné aux quilteuses intermittentes car les modèles sont tous simplissimes, il vous séduira sans doute par la fraicheur et la féminité qui s’en dégagent.

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Pour mieux connaître l’auteur et ses multiples facettes, vous pouvez rendre visite à son site : www.yarnstorm.blogs.com . Tricot, crochet, cuisine, jardinage, photo… Que de tentations !

Une peintre américaine : Rebecca Barker

Après Valériane Leblond et ses poétiques paysages gallois dont je parlais dans un article précédent, je souhaite vous présenter celle qui fait de bien jolies cartes postales pour une quilteuse : Rebecca Barker. Elle a inventé les « quiltscapes », c’est-à-dire les quilts dans les landscapes (=paysages).

Vous pouvez avoir un quilt accroché au fil avec des pinces à linge comme ici :

Double Irish Chain, ornée de trèfles symbolisant l’Irlande, dans un paysage typiquement irlandais : accord du nom du bloc avec le paysage.

« The Underground Railroad Quilt », un Log Cabin au centre noir au lieu du classique petit carré rouge : c’est un des mythiques quilts destinés à aider les esclaves noirs fugitifs à gagner le Canada. Voir aussi l’article sur la romancière Tracy Chevalier.

Ou bien un bloc de quilt intégré dans le paysage…

Reconnaissez-vous le bloc de la feuille d’érable dans les champs ?

Delectable Mountains, où l’on voit les pics enneigés avec leurs faces à l’ombre ou au soleil correspondant aux carrés bicolores clairs et foncés du bloc au nom si poétique…

Deux livres reprennent ces dessins, avec en prime les gabarits de certains blocs. Je ne vous les conseille pas en tant que livres d’apprentissage du patchwork, les explications étant parfois peu convaincantes, mais pour l’inspiration, ils sont formidables ! La palette de chaque tableau est un régal pour les yeux.

Premier livre, avec une quarantaine de « quiltscapes », édité en 2003

Ses dessins sont édités en cartes postales principalement, mais aussi en tapis de souris, en puzzle, en tableau édition originale, en poster… Tous ces produits sont disponibles sur son site mais expédiés uniquement aux USA. Si vous souhaitez acheter des cartes postales, je ne connais aucun fournisseur en Europe mais vous pouvez les commander chez Snowy River Quilts, ils assurent la vente aussi vers la France.

Tome 2 (2005), tout aussi joli  !

Et voici celui qui évoque les bobines des quilteuses :

Cela me donne envie de me remettre à quilter !                                                                              A bientôt, Katell

OK CORRAL

CORRAL : nom hispano-américain désignant un enclos pour chevaux ou bovins.

Madeleine et moi avons un jour décidé de nous lancer dans un quilt-tableau avec des chevaux, nous avions craqué pour le quilt de Joan Colvin « Dusty Circles in the Corral »*. Tout de suite ce titre m’évoqua l’expression « OK Corral », ancien souvenir d’un western de mon enfance, Règlement de comptes à OK Corral (1957) avec Kirk Douglas et Burt Lancaster. La même histoire est brillamment reconstituée dans Wyatt Earp (1994) avec Kevin Costner, Denis Quaid et aussi Mark Harmon tout jeune, le futur séduisant « patron » de l’équipe de NCIS !

OK CORRAL évoque une célébrissime fusillade ayant eu lieu à Tombstone (sud de l’Arizona) en 1881, qui symbolise pour les Américains la lutte contre les brigands « sans foi ni loi » sévissant alors dans ces petites villes de la Frontière Ouest. OK CORRAL était simplement un établissement en bois au milieu de la ville, un lieu pour mettre en pension les chevaux ou en louer, comprenant une petite cour intérieure faisant office d’écurie. C’est dans cette cour -ou bien au carrefour d’à côté, les versions diffèrent- que les huit « bons et méchants » échangèrent 17 coups de feu en à peine 30 secondes. Trois morts, trois blessés et l’entrée pour tous dans la grande légende du Far West !

Autre souvenir cinématographique, le corral dans lequel Robert Redford tente d’approcher le cheval blessé dans L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux (1998)… Corral, ce mot a décidément le don de m’évoquer de bien beaux acteurs.

On est donc bien loin du quilt que Madeleine et moi voulions faire ! Revenons à nos chevaux. Nous avons préparé nos ouvrages ensemble, choisi les tissus d’un commun accord, préparé les gabarits… Nous sommes restées assez fidèles au modèle qui nous plaisait tant, avec quelques modifications toutefois. Par exemple, les chevaux ont trois gabarits : les plus grands sont vers le bas en premier plan, les moyens au milieu et les plus petits en haut, afin de donner une légère perspective. Et pour personnaliser nos ouvrages, nous avons chacune fait une bordure différente, Madeleine tout-à-fait dans l’esprit « Corral » :

Le Haras (2008), offert par Madeleine à son petit-fils

Tout comme le modèle, les chevaux sont appliqués, les queues sont des fils de coton DMC tressés et cousus partiellement.

Pour le mien, j’avais l’idée de faire une bordure visuellement forte, pour évoquer cet animal domestiqué depuis des millénaires mais toujours sauvage de nature. J’avais en tête des images de « Navajo rugs », les couvertures ou tapis tissés dans ce sud-ouest américain.

Onze chevaux pour célébrer les onze ans de mon fils !

Cet ouvrage reste un très beau souvenir de partage de notre passion !

Une question que je me pose toujours quelques mois après la réalisation d’un quilt : que changerais-je si je le refaisais maintenant ? Eh bien, je complèterais le quilting trop discret (il y a quelques herbes, quelques marques de poussière qui volète…) et cela mériterait plus de  mouvements et de tourbillons de poussière. Je le ferai peut-être un jour… Autre modification éventuelle : je crois que je ferais une bordure dans le même esprit mais plus sophistiquée, pour approcher encore plus l’aspect des tissages des couvertures indiennes du peuple Navajo.

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Dans la chaleur et la poussière d’un corral tournent sans fin les chevaux…

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* Livre « Quilts from Nature » de Joan Colvin, rempli de quilts magnifiques, édité par Martingale & Co (That Patchwork Place, 1993).

Tracy Chevalier…

La connaissez-vous ? C’est ma romancière préférée, j’ose le dire, même si je n’adore pas tous ses livres, même si elle n’aura jamais le prix Nobel (quoique ? Moi je voterais pour elle!). Mais dans d’autres arts également, ce ne sont pas les plus « parfaits » qui me touchent forcément le plus. Tracy prépare ses romans de la manière la plus sérieuse possible, ce que j’apprécie. Ses romans historiques se passent souvent dans le monde des artistes et/ou artisans, et j’ai l’impression qu’elle réussit particulièrement bien à capter la vision du monde des personnages selon leur éducation, leur condition sociale, leur passion… Il en résulte  par exemple un merveilleux petit roman sur « La Jeune Fille à la Perle » de Vermeer, le best-seller qui l’a rendue célèbre, un autre sur la série de tapisseries « La Dame à la Licorne » (visibles au Musée de Cluny à Paris)…

Je ne résiste pas au plaisir de vous montrer cette copie de la « Jeune Fille à la Perle » peinte par ma fille l’année de son bac ; pour l’option « arts plastiques », elle l’avait décliné en peinture à l’huile (ici), graffiti, sérigraphie façon Andy Wharhol, photo d’une copine… A l’origine de tout cela, le livre de Tracy Chevalier, ainsi que le film avec Colin Firth et Scarlett Johansson, sorti à cette époque.

Quel rapport avec le patchwork ? Eh bien, Tracy apprend « tout sur le patchwork » en ce moment… pour les besoins de son prochain livre ! Elle veut pouvoir décrire les bonheurs et les misères de la quilteuse, les enchantements et les découragements… Parallèlement, elle se renseigne auprès des historiennes du patchwork afin de nous concocter un roman qui saura, je n’en doute pas, nous passionner ! Il s’agira d’une femme Quaker anglaise émigrant dans les années 1840 vers l’Ohio et qui participera à « l’Underground Railroad », la mythique histoire d’une organisation secrète, avec des routes jalonnées de maisons amies, pour que les esclaves fugitifs puissent joindre le Canada et la liberté. Pour ne pas attirer l’attention, les instructions auraient été données dans les quilts laissés dehors « à prendre l’air » dont les blocs auraient des significations cachées. Superbe histoire, enseignée comme telle dans les collèges américains, mais Barbara Brackman (historienne des quilts) cherche toujours activement la première preuve dans les quilts de l’époque… d’où mes nombreux conditionnels !

En attendant la parution de ce livre et sa traduction, vous pouvez lire les précédents ; tous les livres de Tracy Chevalier sont disponibles avec une magnifique couverture bleue en édition Quai Voltaire, ou aussi chez Folio. Une mention spéciale pour le dernier, « Prodigieuses Créatures », que j’étais si triste de finir… Certaines femmes sont si extraordinaires !

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Son site : www.tchevalier.com

Voici une video où elle se renseigne sur les quilts du musée V&A de Londres : http://www.vam.ac.uk/channel/people/personalities/tracy_chevalier_quilts/ , interview en anglais. Dommage car Tracy Chevalier parle couramment français !

Pourquoi pas VOUS à Brouage ?…

Vendredi dernier, lors de ma visite à Brouage, j’ai eu la chance de discuter avec Dominique Husson dont je lis les articles avec avidité depuis tant d’années dans les Nouvelles du Patchwork. Il me semble que c’est elle qui a « inventé » l’exposition de Brouage, elle en est en tout cas une pièce maîtresse depuis le début et en symbolise à la fois la beauté et la rigueur. Elle m’a permis d’en saisir un peu plus l’esprit, les limites, les attentes…

A Brouage, il n’y a que de magnifiques quilts, c’est une évidence. La volonté des organisatrices est d’exposer les plus belles copies des quilts américains des XIXe – début XXe siècles, ainsi qu’éventuellement des quilts inspirés de cette époque. Je crois que, la première année, les quilts étaient tous entièrement assemblés à la main, alors qu’à présent seul le matelassage l’est encore obligatoirement. Cette année, même une bordure en appliqué-machine est présente ; a-t-elle échappé à la vigilance du jury ? Le quilt est magnifique, c’est juste un peu malicieusement que je pointe cette évolution, d’autant plus que le centre comportait aussi du tissu batik pas très d’époque !

Très jolie bordure appliquée… à cru, point de feston à la machine

Si vous souhaitez participer à cette exposition de prestige, vous avez donc bien compris que votre ouvrage devra évoquer l’esprit « quilt américain d’il y a 100 à 150 ans », l’Age d’Or des quilts classiques, il sera donc cousu de préférence avec des tissus « repro » qu’on peut à présent acheter facilement… Quoi d’autre ? Un conseil de D.Husson : ne pensez pas à la dimension du lit de votre petite nièce, pensez à… Brouage. En clair, pas de long rectangle disgracieux de la taille d’un couvre-lit une place, privilégiez les grands… jusqu’à immenses carrés, ou bien des rectangles élégants ! Le minimum est 1,50m de côté. Là encore, il faut accorder le droit au jury d’accepter un quilt extrêmement travaillé de 1,47m… et d’en refuser un autre d’ 1,50m pile. Les plus petits seront le plus souvent disposés sur des tables centrales, on les voit bien mais ils sont plus difficiles à bien photographier.

Quilt à dominante marron-bleue que j’aime beaucoup, quelle que soit la technique utilisée pour sa bordure ! Oeuvre de Liesbeth Spaans-Prins, « La Mangerie au chemin de roses et de ronces » (sous réserve)

Les modèles

A force de copier les plus beaux quilts des musées américains, Brouage risque de manquer de renouveau, car ceux qui n’ont pas encore été copiés -même avec l’abondance des propositions- ne le furent pas car ils manquaient peut-être de charme auprès des quilteuses actuelles. Il faut pourtant offrir au public de nouvelles oeuvres ! Donc les créatrices ont toute leur place. Ici la réflexion de mon fils de 13 ans devant les quilts copiés d’originaux : « A quoi ça sert de faire pareil ? Quand on copie, on n’avance pas ! »

 On peut aussi rechercher les techniques longtemps oubliées, comme les « Tile Quilts » que je considère comme une mine d’or. Les Abeilles, tenez-vous prêtes pour un stage sur cette technique à l’automne !

Les couleurs

Chacune d’entre nous a des combinaisons de couleurs préférées. Les couleurs très dominantes de Brouage sont rouge-beige-brun, très flatteuses dans un intérieur et sur les murs en pierre des salles d’expo. Mais les livres sur les quilts historiques insistent sur le manque de tenue dans le temps de certaines couleurs, c’est pourquoi les teintes nous apparaissent bien plus neutres que ne l’avaient choisies les quilteuses d’alors, ou bien fort différentes ! Par exemple, la couleur verte n’était obtenue, avant 1875, qu’en teignant successivement le tissu en jaune puis bleu indigo (ou l’inverse). Souvent le jaune partait et le vert devenait de plus en plus bleu ! Puis vint la teinture chimique en une seule opération… et malheureusement elle était très sensible à la lumière… Si vous voyez un quilt avec des tiges beige marronnasse, c’est que ce quilt date probablement juste d’après 1875 ! Les beige sont parfois des verts qu’on ignore… En revanche, les rouges et les bleus ont bien tenu dans le temps, notamment grâce à la garance et l’indigo. Osez donc les couleurs vives si vous les aimez , les quilteuses américaines les aiment en tout cas !

Dominique Husson est consciente de la maturité du concept « Brouage » et recherche des pistes pour en garder la vigueur. Pourquoi ne pas rebondir sur les quilts bicolores rouge/blanc comme à New-York ? Je lui ai  suggéré de le coupler avec des bicolores indigo/blanc, je l’ai sentie réticente mais malgré tout attentive. Elle souhaite aussi que soient plus souvent utilisées les harmonies anciennes mais peu exploitées à Brouage, parfois si appétissantes, comme framboise-pistache-chocolat ! Mais la nouvelle couleur qui lui tient à coeur est le « poison green », ce vert-jaune souvent couleur « renégate », utilisée à petite dose pour mettre encore plus en valeur les autres couleurs. Non, cette couleur n’est pas dangereuse, « juste » sur les anciennes tapisseries en papier peint pour lesquelles le produit utilisé pour teindre en vert était… l’arsenic, d’où son nom !

Quelques verts poison, dont le fil Aurifil mako 50 n° 5016, plus poétiquement baptisé « Péridot », une pierre semi-précieuse de ce vert-jaune particulier

Le matelassage d’un quilt destiné à Brouage

A vous donc de trouver -ou de créer- une maquette dans l’esprit de la fin du XIXe siècle, de la dimensionner généreusement, de créer une gamme de couleurs si possible un peu innovante mais restant dans « l’esprit tradi »… Et il faut surtout avoir de la passion pour votre ouvrage car vous allez vivre des centaines d’heures avec lui ! Il vous faut aussi une bonne pratique du matelassage main, des tendons prêts à l’épreuve du quilting intensif… Je me souviendrai toujours de mon sentiment de culpabilité après avoir incité notre abeille Maïté à terminer le quilting de son Arbre de Vie pour une exposition mineure… ce qui s’est soldé par une inflammation durable des tendons du poignet. Attention à toutes, prévoyez une grande marge de temps pour le matelassage. C’est finalement sa qualité, sa densité qui conditionneront la sélection finale de votre ouvrage.

Avis aux Abeilles

Nous allons donc nous joindre à la rentrée à l’Association de patchwork existant déjà à Colomiers. Parmi nous toutes réunies, il y en a quelques unes capables, à la fois par leurs capacités et leurs disponibilités, de présenter un ouvrage à Brouage. Pour celles qui le souhaitent : je me ferai un plaisir de vous aider à trouver votre modèle, à créer votre maquette, à choisir vos tissus… Réfléchissez si vous voulez vous lancer dans cette aventure, nous en reparlerons en septembre ! N’oubliez pas : je peux volontiers vous donner un coup de pouce, mais ce sera surtout un long chemin solitaire semé de difficultés, de doutes… mais quelle récompense au final !

Virtuoses de l’Aiguille

J’ai eu la chance de passer une journée magnifique du côté de Marennes, non pas pour manger des huîtres (on n’est plus dans les mois en R) mais profiter quelques heures de la magnifique plage sauvage de l’île d’Oléron… et bien sûr visiter la célèbre exposition de patchwork traditionnel à Brouage. C’est le rendez-vous de la perfection de notre art, avec un focus sur la copie d’oeuvres américaines du XIXe siècle visibles dans des musées.

J’aimerais pouvoir féliciter personnellement chacune des quilteuses exposantes, chaque ouvrage ayant bénéficié de tant d’efforts et de talent ! Certaines sont des habituées de Brouage, elles travaillent sans relâche pour exposer tous les deux ans. Nous apprenons dans les Nouvelles du Patchwork n°109 que malheureusement deux d’entre elles nous ont quittées, Josiane Bréhin et Marie-Paule Nedelec. Elles laissent derrière elles tant de belles courtepointes qu’elles restent ainsi encore dans notre monde. S’il faut donner mon coup de coeur, ce sera « Bleu-gris, ciel de Bretagne » de Josiane Brehin, dont les explications sont offertes dans le n° 107 des Nouvelles.

Quilt très scrappy, au titre qui me parle… « Bleu-gris, ciel de Bretagne » de Josiane Brehin

Cette année, les triangles sont à l’honneur ! Il y a bien sûr un grand éventail de modèles, mais moins d’étoiles, moins de carrés… plus d’hexagones, de triangles, et toujours des « médaillons », chers à Dominique Husson la fondatrice des expos à Brouage.

Pour ne pas me disperser dans mes commentaires, je souhaite plutôt me concentrer sur trois exposantes.

Aline Joulin est une quilteuse prolifique, bien en adéquation avec Brouage : elle adore les quilts traditionnels de très grand format, matelasse magnifiquement et très densément… comme toutes les autres de Brouage serais-je tentée d’ajouter, mais ce qui la distingue pour moi, c’est le choix de ses modèles et sa palette de couleurs, si proches de ce que je ferais si je m’y mettais ! J’aime avoir des maquettes simples et un look scrappy !

Détail de « Potomak » d’Aline Joulin, avec des tissus repro couplés d’étoiles blanches qui éclairent si bien l’ensemble

Aline est actuellement déléguée france-Patchwork des Charentes-Maritimes (où se trouve Brouage), nul doute qu’elle doit savoir motiver les quilteuses de la région !

France Aubert expose cette année pour la première fois à Brouage mais c’est une entrée remarquée ! Je crois ne pas me tromper en écrivant qu’elle est profondément amoureuse des quilts anciens des Etats-Unis, son remarquable parcours et son blog en témoignent. Son style est souvent marqué par l’influence country avec une judicieuse utilisation de tissus dits humbles, souvent à carreaux ou petits motifs, qu’elle sait si bien assortir aux fleurs et tissus plus complexes. Sa palette est souvent tendrement passée mais jamais trop douce. J’aime aussi la liberté qu’elle s’octroie en osant changer complètement la gamme de couleurs d’un modèle ancien (comme pour 1692 rue de l’Observatoire) ou sa capacité à inventer des modèles (Les Maisons Roses).

Petit détail des Maisons Roses, entièrement assemblé et quilté main

Je dois dire que je connaissais ces quilts en photo, mais quel choc de les voir « en vrai » ! Les couleurs éclatent dans l’Observatoire, rendant ces étoiles très présentes, et le quilting est absolument superbe. Quant aux Maisons Roses, elles sont si douillettement placées dans leur jardin !

Mon troisième coup de foudre est pour Gabrielle Paquin. D’abord, elle maintient son goût pour les quilts bleus traditionnels, contre vents et marées ! Cette couleur si aimée et utilisée au XIXe siècle dans les quilts n’est que rarement représentée dans les expos rétrospectives. Pourquoi ? Le rendu est-il trop frais et « moderne » ?… Gageons que dans les années qui viennent les indigos/blancs vont refaire surface, après le succès historique de l’expo rouge/blanc de New-York ! Gabrielle a su imposer, au fil des ans, une étoile mennonite à Brouage, puis un pur bicolore bleu/blanc (la Roue du Charpentier), et cette année on a eu une époustouflante création bleu/blanc/marine d’esprit country du fait des tissus à carreaux utilisés, mais si sophistiqué par la maquette… Bravo Gabrielle !

Double étoile plumetée, de Gabrielle Paquin, 220 x 220 cm

Gabrielle n’est pourtant pas très connue pour ses quilts traditionnels, mais a une renommée internationale en tant qu’artiste textile, bientôt je vous en parlerai !

Prochain article : « Pourquoi pas vous à Brouage ? »… Les conditions officielles… et mes petites réflexions pour une « encore plus belle expo » grâce à vous en 2013 !

The Civil War Quilt, ou la naissance d’un projet commun

La plume à Martine : 

Avez-vous eu la curiosité de visiter le site de Barbara Brackman consacré à la commémoration du 150ème anniversaire du début de la guerre de sécession  aux Etats- Unis ? Dès que nous avons eu l’information nous étions quelques-unes à visiter le site, et déjà les projets se construisaient dans notre tête !

En effet le groupe des Abeilles de notre Ruche est uni  par la passion, toujours renouvelée, du patchwork et par la curiosité, l’envie d’entreprendre, d’aller de l’avant de ses ouvrières laborieuses ! La reine de notre ruche connaît bien cette envie !  Nous ne manquons pas d’infos, de nouvelles pour entretenir cette curiosité ! 

Parfois l’envie s’arrête au stade de projet imaginé mais dans le cas du Civil War Quilt quelque chose s’est passé. Le lien avec l’histoire de ces femmes, de ces évènements nous auraient-ils émues ? Sans doute. Nous connaissons toutes ces blocs « Northern Star », « Seven Sisters »  et bien d’autres, nous les avons toutes ou presque déjà cousus, quiltés mais imaginer qu’ils avaient une histoire fut une découverte (au moins pour moi) . C’est ce qui a fait naître et grandir l’envie d’aller plus loin et de confectionner, chaque semaine, un bloc différent qui au final constituerait un quilt fabuleux qui raconterait une histoire authentique ! 

Une partie du groupe des Abeilles est engagée dans un projet commun « le Sampler de Sylvia » qui porte aussi une histoire formidable. Il faudrait que Katell nous en parle prochainement et nous montre les magnifiques blocs réalisés ! Certaines d’entre nous n’avaient pas osé se lancer dans ce projet mais avaient tout aussi envie de bâtir un projet en commun, le Civil War Quilt nous en fournit une excellente opportunité. L’envie a mis du temps à grandir jusqu’au jour où l’une d’entre nous pose la question « tu ne serais pas intéressée par Civil War car si tu es d’accord, on se lance ensemble ! » Quelques semaines ont encore été nécessaires et puis en avril Karine et moi-même avons annoncé officiellement par mail au groupe des Abeilles, avec la photo de notre premier bloc, la naissance de notre Civil War Quilt ! Nous avions presque la fierté d’une jeune maman !

Depuis nous cheminons, nous ne sommes pas très en avance, il y a déjà 22 blocs publiés
mais d’ici les vacances d’été nous aurons rattrapé le retard. Ce travail en commun nous fournit l’occasion de rencontres et d’échanges très chaleureux, il nous permet de mettre en commun nos savoirs respectifs et ainsi progresser et consolider nos connaissances.  Soutenues et encouragées par Katell les obstacles techniques (parfois compliqués) sont
plus faciles à surmonter ! Ce faisant nous participons au challenge international lancé par Barbara Brackman et ce n’est pas pour nous déplaire !  A suivre donc…

Avancement des blocs du CWQ de Martine

Ma galerie Flickr : http://www.flickr.com/photos/crbcsrmbr/with/5740909633/ et bientôt, nous aurons des photos des blocs de Karine.

A bientôt, Martine

Blog du Civil War Quilts : http://civilwarquilts.blogspot.com/

Nous publierons l’avancement de nos SBS cet été, nous sommes 6 ou 7 à l’avoir commencé. En attendant la rentrée et notre nouvelle organisation, nous cousons solitairement… Katell

Tissus écossais, tissus celtes

Enfant dans les années soixante, j’ai évidemment été habillée avec l’uniforme d’alors pour une petite fille : un kilt ! Je me souviens bien avoir choisi celui qui était bleu-vert-blanc, alors que mes copines préféraient rouge-vert-jaune. Depuis, j’ai toujours une préférence pour ces couleurs… même si je me soigne ! J’étais fascinée par les croisements de fils donnant des mélanges de couleurs, l’effet « hachures diagonales » à cause du tissage double fil…

Tartan du Clan Forbes

Les Celtes sont ceux qui inventèrent le tissage des carreaux, ce qui semble être la première fantaisie textile des Européens après la teinture. Les imprimés, même les plus anciens, proviennent d’Asie et surtout d’Inde, aussi bien les motifs « cachemire » que les fleurettes provençales, les palmettes ou les Arbres de Vie… Nos célébrissimes Toiles de Jouy, avec leurs scènes champêtres délicates, étaient pour les premières imprimées au tampon, comme en Asie. Le tissage des carreaux à l’aide de fils déjà teints  (nos mouchoirs de Cholet, le tissu vichy…) sont en revanche héritiers d’une tradition complètement locale !

 Les torchons metis (mi-coton, mi-lin) aux quadrillages traditionnels, sont symboliques du tissage « à la Française »

En Ecosse, Les tartans  furent interdits par les ennemis anglais envahisseurs au XVIIIe siècle. Ce n’est qu’au XIXe siècle que chaque variante d’écossais sera attribuée à une famille ou clan.

Vous pouvez rechercher les tartans des familles écossaises ici !

Dans le domaine du patchwork, c’est dans le style country qu’on utilise des carreaux, ce qui est bien logique en regard de son origine. Vous pouvez voir dans le dernier Quiltmania (n° 83) un article sur Mariet Soehout-Mous, qui fait revivre les tissus traditionnels hollandais, souvent à carreaux. Will Vidinic, une Hollandaise vivant depuis des décennies à Paris, a aussi fait de magnifiques quilts avec des mouchoirs français ! Et puis la tradition des carreaux tissés perdure aussi avec les Kelsch alsaciens, avec lesquels on retrouve le trio bleu-blanc-rouge préféré dans nos campagnes européennes.

Après le kilt vint un autre uniforme… que je porte encore : le blue jean !