Quilt cousu par Rachel Stoltzfus dans les années 1990.
Voici ce qu’en dit Jacques Légeret :
Rachel, que j’ai bien connue ( de plus c’était une excellente cuisinière….), éclatait de rire quand on lui demandait si elle faisait des erreurs “on purpose” et nous montrait simplement le tas de petits bouts de tissus dans lequel elle puisait. On voit bien notamment que les verts sont de tonalités différentes, etc, ce qui justifie l’appellation “d’art de la récupération” ou mieux “d’art de l’économie”.
On croit souvent « connaître » les Amish quand on fait du patchwork ou du point de croix. Une vie bien calme, ordonnée, bucolique, simple et heureuse : beaucoup de folklore est suggéré, mais ce n’est que l’écume des choses…
Cette année, on célèbre les 20 ans du Carrefour Européen du Patchwork à Sainte-Marie-aux-Mines et dans tout le Val d’Argent. Vous êtes nombreux à savoir que le lieu fut initialement choisi car il est le berceau du mouvement Amish, branche dissidente de l’Eglise réformée. L’histoire du Carrefour Européen du Patchwork est intimement liée aux Amish puisque c’est à la suite des célébrations de la naissance de ce mouvement à Sainte-Marie-aux-Mines (300 ans en 1993) que naquit l’idée d’une manifestation artistique annuelle autour du patchwork : l’Association Française d’Histoire Anabaptiste et Mennonite avait invité le collectionneur suisse Jacques Légeret à exposer des quilts amish qui firent sensation… Cette année donc, nous aurons droit à la 21e exposition de quilts amish pour les 20 ans du Carrefour !
On sait que beaucoup d’Amish partirent vers le Nouveau Monde à partir du début du XVIIIe siècle afin de trouver un lieu de tolérance… Vous pouvez trouver un historique précis en français dans ces livres :
Edition Labor et Fides – 2000Edisud – 2005
Croyez-moi, ces livres sont vraiment passionnants ! Celui de gauche, l’énigme amish, est une analyse fine, très complète du mouvement amish et de ces gens qui veulent vivre en accord complet avec leurs convictions. De nombreux sujets sont abordés avec beaucoup d’empathie mais aussi suffisamment de recul. Très sensible notamment est le thème de la place de la femme amish. Le féminisme n’est pas passé par là dans cette société restée patriarcale, mais c’est aussi un choix de vie… L’Ordnung, les règles qui régissent l’organisation de leur société, est certes rigide, mais c’est un cadre qui les rassure. Le livre de droite, Les Amish et leurs quilts, nous offre, outre un texte tout aussi intéressant, de sublimes photos de quilts amish… On peut encore se procurer ces livres, ainsi que le premier édité : « Quilts amish », Catherine & Jacques Légeret, éditions Labor et Fides – 2001. A commander en librairie ou sur votre site préféré…
Actuellement, le mouvement amish se porte très bien, trop bien même ai-je presque envie de dire ! Après une désaffection des jeunes pendant de nombreuses années, les adolescents, au moment de leur choix de vie, décident majoritairement de devenir amish. Notre vie occidentale étant devenue bien rude, individualiste et violente, elle n’attire plus ces jeunes, élevés avec de toutes autres valeurs… Cependant, il devient difficile pour chacun de s’installer en tant que fermier avec suffisamment de champs pour faire vivre sa famille, le prix des terres agricoles est élevé et le patrimoine familial ne suffit pas pour 3, 4 ou 5 fils…
Lone Star. Laine et batiste de laine. Lancaster County, Pennsylvanie. 214 cm x 237 cm Confectionné en 1990 par Katie Esh, alors âgée de 79 ans et dont ce fut le dernier quilt.
Si les quilts amish vous paraissent trop sombres, c’est que vous n’avez vraisemblablement pas eu l’occasion d’en voir « des vrais », je veux dire que les plus traditionnels sont faits de tissus en laine qui s’imprègnent intimement de la teinture et restituent des couleurs extraordinairement denses et vibrantes… Ne nous fions donc pas aux photos ! Alors si vous avez la chance d’aller à Sainte-Marie-aux-Mines le mois prochain, vous pourrez admirer une grande sélection de quilts amish de la collection de Jacques Légeret sur le thème » Zigzag en pays amish » et assister à sa conférence :
« Les Amish : une société à part, des quilts à part » – Conférence samedi 20 septembre 2014 à 11 h 30 Conférence en français – Théâtre de Sainte-Marie-aux-Mines, 1er étage – 8,50€
Pour ma part, je ne manquerai pas ce rendez-vous !
Au Carrefour Européen du Patchwork, nous aurons aussi cette année deux conférences ayant pour thème l’éducation des enfants amish :
* »Grandir dans la Lumière : la spiritualité de l’école amish » – Conférence de François Caudwell (AFHAM) le 19 septembre à 14 h 30 Conférence en français – Théâtre de Sainte-Marie-aux-Mines, 1er étage – 8,50€
* »Plain teaching, les outils pédagogiques dans l’école amish » – Conférence Alex Neff le 20 septembre 2014 à 14 h 30 Conférence en français et anglais – Théâtre de Sainte-Marie-aux-Mines, 1er étage – 8,50€
Reconstitution d’une salle de classe amish – Photo de l’Association Française d’Histoire Anabaptiste et Mennonite (AFHAM)
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Vous ne pouvez vous rendre en Alsace en septembre ? Quel dommage ! Sachez que Jacques Légeret peut se déplacer partout en France pour assurer des conférences et expositions, contactez-le ici !
Une excellente nouvelle pour le sud-ouest : du 7 au 11 novembre, expo-conférence de Jacques Légeret au Centre des expositions et Congrès de Bordeaux !
Merci Jacques pour votre confiance et votre sens du partage !
Aujourd’hui, je vais peut-être me faire rabrouer, voulant casser un mythe encore bien ancré en France… auquel j’ai cru moi aussi dur comme fer !
Ce quilt comporte un bloc « mal » fait sans intention préalable, comme beaucoup de quilts anciens. La symétrie étant rompue, cela se voit si on cherche !Voyez ici ce qu’en dit la quilteuse…
Toute quilteuse a entendu un jour en club ou en atelier, lorsqu’elle a fait une erreur dans un bloc : « soit tu le refais, soit tu dis que c’est ton bloc d’humilité »… et on entend l’histoire bien rodée de l’erreur faite par les quilteuses d’antan, amish ou pas, avec leur humility block placé intentionnellement car Dieu seul étant parfait, une quilteuse ne se permettrait pas de faire un quilt parfait. Mea culpa, je l’ai dit moi-même… et induit en erreur mes amies Abeilles ! Eh oui, ce n’est qu’un mythe à ranger aux oubliettes, désolée…
J’ai eu la puce à l’oreille à plusieurs reprises, notamment en lisant l’excellent livre de Jacques Légeret « Les Amish et leurs Quilts – Passé – Présent » chez Edisud (2005). Interrogeant une Amish dont le Log Cabin comprenait de surprenantes libertés (trois triangles blancs qui attirent le regard : c’est le quilt de la couverture du livre ci-contre), l’auteur entendit la réponse toute simple de la quilteuse : « Je les ai mis pour me faire plaisir« … Aucune référence à une quelconque crainte de Dieu !
Des historiennes américaines ont cherché l’origine de cette histoire de bloc d’humilité si largement répandue dans les livres des années 1980, les premiers de ma bibliothèque. Notre chère Barbara Brackman, l’indispensable référence, a trouvé la première allusion à cette idée de détourner « le mauvais oeil » dans un article datant de 1949. Elle associe cette idée avec les marchands de tapis orientaux qui justifient ainsi depuis des lustres les imperfections de leur marchandise…
Mais nulle part on ne trouve, ni dans des textes religieux, ni dans la tradition orale, ni dans la littérature, l’idée de faire exprès de mal faire pour contenter un Dieu ou calmer un diable… jusqu’aux écrits récents dans des livres et magazines sur le patchwork.
Cette couverture de berceau montre l’assemblage hétérogène de quelques blocs et les teintes variées des noirs plus ou moins délavés. L’art de la récupération prime devant toute autre considération ! Quilt de la collection F & S Brown – Crib quilt de Pennsylvanie, années 1930.
Bettina Havig, autre historienne très fiable, a souvent questionné des quilteuses amish au sujet de ces blocs intentionnellement ratés ou mis à l’envers ou comportant une autre erreur quelconque… La réponse est en substance : on fait assez d’erreurs comme cela, on ne va quand même pas faire exprès d’en rajouter !! Mais aussi, elles restent très modestes quant à la beauté de leurs oeuvres, l’important pour elles étant de rester conformes à leurs principes de minimalisme et de frugalité –tout en réussissant à se faire plaisir en faisant quelques improvisations !
Ce très beau quilt non amish est magnifique, avec ses multiples triangles et ses variantes de couleurs… Il fait partie de la collection de quilts anciens (fin XIXe siècle) de Bill Volckening, quilteur en Oregon. Ce quilt comporte un bloc plein de « défauts » qu’on ne remarque pas tout de suite ! Si le carré bicolore du haut a pu être mal cousu sans faire exprès, les carrés avec le tissu gris ne peuvent être là par hasard. Et il manque 2 pommes rouges !… Cela participe très certainement à la joie de faire un clin d’oeil dans un travail aussi soigné et remarquable !
Autre historienne de renom, Leigh Fellner a réuni ici les recherches et arguments à ce sujet : le résultat est sans appel, le humility block est une invention de la 2e moitié du XXe siècle.
A mon avis, l’idée du humility block s’est développée parallèlement à l’intérêt qu’on a porté aux quilts amish. Les mots-clés de leur manière de vivre sont l’Ordnung et la Gelassenheit (lire le livre de Jacques Légeret cité plus haut), ce qui inclut en tout premier lieu l’humilité et la modestie… Il est dès lors facile de faire des amalgames…
Et puis, ne trouvez-vous pas que c’est bien audacieux et condescendant d’accréditer cette histoire ? Si on est croyant, comment peut-on penser que Dieu pourrait « se faire avoir » ainsi, avec un bloc erroné fait exprès ?…
Cependant… Observez un quilt « parfait ». Tous les blocs identiques se succèdent sans variation… ni surprise. On peut admirer cette perfection, mais elle est parfois ennuyeuse ! Vous savez peut-être que je suis une fervente supportrice des scrap quilts pour cette raison essentielle qu’on peut passer beaucoup de temps à les regarder et toujours trouver de nouveaux détails intéressants…
Et souvent, juste un changement de couleur ou de motif intentionnel quelque part dans un quilt traditionnel devient le focus du quilt. De même, on s’amuse de voir l’imperfection d’un quilt qui comporte un bloc mal assemblé passé inaperçu, ou bien que la quilteuse a vu mais n’a pas jugé utile de défaire et refaire… On brode ainsi une histoire sans jamais pouvoir la vérifier… mais quel plaisir d’imaginer cette quilteuse d’un autre temps !
Quelle qu’en soit la raison, l’erreur donne de l’esprit au quilt… et on revient finalement à une dimension spirituelle !
Vous souvenez-vous des lits des années 60 ou 70 ? Héritage à la française, tous avaient un drap plat tiré sur le matelas, puis un autre drap au rebord orné -ne serait-ce qu ‘une couture au point de bourdon- et enfin une ou deux couvertures. Des oreillers, un traversin parfois, complétaient le lit pour plus de confort. Un couvre-lit recouvrait le tout le jour.
Le Lit de Toulouse-Lautrec (Musée d’Orsay)
Les couettes sont apparues en fin des années 70, avec la mode scandinave, à peu près en même temps que les draps housse à élastiques pour recouvrir les matelas. Révolution pour les jeunes, le lit se faisait en un clin d’oeil ! Pour les lits doubles, les couettes deux places sont rapidement apparues, grandes et pas si faciles à entrer dans les grandes poches (les housses de couettes). Celles-ci couvrent tout le lit, comme un couvre-lit.
J’ai été étonnée de voir qu’en Allemagne, on ne faisait pas le lit de la même façon que nous. Un lit pour couple comprend un cadre mais deux sommiers, deux matelas… et deux couettes !!
Les Allemands privilégient le pragmatisme : chacun peut bouger sans déranger l’autre, peut avoir une couette plus ou moins chaude… et le changement des draps est bien plus facile ! De jour, chaque couette individuelle (de 150 x 200 cm) est pliée en deux sous l’oreiller. Pratique, oui, mais pas très beau… et pas du tout romantique !
Les quilts sont apparus dans les pays de laine, là où sont des moutons : on récupérait les moins belles fibres de laine pour les enfermer entre deux tissus, puis on stabilisait l’ensemble par des points de quilting pour éviter la migration de la laine dans un seul coin. On le comprend bien quand on voit des restes de quilts exposés dans le Musée de Lempeter.
Quilt gallois de la région de Lampeter – 1800 – Laine (Welsh Quilt Center). Une couverture fait office de molleton. Ce style fait irrésistiblement penser à des quilts amish… qui ne commenceront à exister qu’une soixantaine d’années plus tard pour les tout premiers !
Les couettes, elles, sont traditionnellement les solutions calorifères des pays d’Europe du Nord : faute de moutons, oies et canards sont plumés, mangés… Rien ne se perd ! Les couettes les plus légères, chaudes et agréables, étaient faites avec le fin duvet du ventre pour les plus fortunés, le top étant le duvet d’eider (eiderdun en suédois… qui donnera notre mot édredon) ; les plumes, moins douces et moins calorifères, constituaient les couettes ou édredons de moindre qualité. Pour des raisons d’allergies et d’hygiène, on préfère maintenant des couettes synthétiques : coût inférieur, meilleure évacuation de l’humidité, facilité de lavage…
Quilt amish, 1925 – Collection Esprit
Les Amish, dont le mouvement fut créé en 1693 en Europe en dissidence des Anabaptistes, sont partis en plusieurs vagues à partir de 1737 vers le Pays de la Liberté, plus particulièrement vers Philadelphie et la Pennsylvanie, avec toutes leurs possessions. Tout comme les émigrants allemands et d’autres pays d’Europe du Nord, les Amish apportaient d’Europe leurs couettes nommées « sac de plumes » (feather-filled bags), ceci étant attesté dans les listes d’inventaires. Ils continuèrent d’en fabriquer en Amérique pour se tenir au chaud jusqu’au milieu du XIXe siècle.
Pourquoi les femmes Amish sont-elles passées de la couette au quilt ? C’est un des points de la recherche effectuée par Dorothy Osler dans ce livre remarquable Amish Quilts and the Welsh Connection.J’ai reçu ce livre à Noël, je l’étudie attentivement ! A ce sujet, il n’y a pas de raison définitivement arrêtée. Hormis de subtiles raisons religieuses ou idéalistes, on peut avancer que les Amish, pragmatiques comme leurs proches Allemands, quittèrent cette traditionnelle source de chaleur notamment pour des raisons pratiques : on ne peut plus imaginer la puanteur de ces sacs de plumes, surtout neufs, même après le meilleur soin de préparation (nettoyage, séchage au soleil), puis très vite, les moisissures dues à l’humidité… Les quilts de laine puis de coton, à la manière des English et des Gallois (nous y reviendrons un autre jour), sont des améliorations notables au point de vue hygiénique !
Quilt amish de 1925 – Collection Esprit
Savez-vous que pour évaluer la froideur d’un hiver, on disait : « c’est un hiver à 3 (ou 4, 5…) quilts » ? Combien de quilts superposés fallait-il pour dormir au chaud dans les « log cabins » ?… Et quand l’hiver glacial se déchaînait comme la semaine dernière, comment ont-ils pu survivre ?…
Si on n’avait pas de quilt, Amish ou pas on avait encore des plumes dans cette Amérique en mouvement :
Ici des cowboys itinérants avec leur sac de duvet roulé qui leur servait à la fois de matelas et de couverture. Trop volumineux pour être transportés sur le cheval, ils étaient réunis dans un chariot :
Les quilteuses ont souvent une certaine connaissance du mouvement religieux Amish grâce à l’esthétique particulière de leurs quilts, souvent reconnaissables au premier coup d’œil, probablement inspirés des quilts gallois.
Ces familles d’origine européenne ont codifié leur manière de vivre à l’écart de la société occidentale avec leur propre langue, leur système d’éducation, leur codes vestimentaires, leurs croyances… Pour bien plus de renseignements, vous pouvez lire par exemple les livres de Jacques Légeret (en français).
Bien moins connus du grand public français, les Quakers sont faussement assimilés à une célèbre marque de flocons d’avoine ! Ce sont à l’origine deux fermiers de l’Ohio (même pas quakers!) qui décidèrent de vendre leur meilleure avoine en petits paquets au lieu de grands barils. Comme ils prônaient la haute qualité de leurs céréales, leur honnêteté et leur rigueur dans leur travail, ils choisirent le mot « quaker » pour véhiculer toutes ces valeurs.
Les Quakers attirent mon attention depuis que j’ai lu le livre de Tracy Chevalier « The Last Runaway » (dont la traduction, « La dernière Fugitive », paraîtra le 17 octobre). Si les Quakers américains sont généralement, tout comme les Amish, descendants d’émigrants européens souhaitant vivre leur religion sans entrave, ils sont, eux, pleinement intégrés et acteurs dans la vie sociale et économique de leur pays.Ici vous trouverez un articletrès intéressant de Sébastien Fath, chercheur au CNRS, sur les Quakers.
En effet, les Quakers sont réputés pour leur honnêteté, leur simplicité vestimentaire, leur égalitarisme et surtout leur idéologie pacifiste. Toutes ces caractéristiques mènent les Quakers à être souvent très actifs au niveau social et à créer de grandes ONG (voir un article ici).
Un exemple remarquable de ces activités humanitaires avant la lettre est la vie d’Elizabeth Fry. Née en 1780 dans une famille quaker britannique aisée, mariée à un non moins riche Quaker, cette femme aux onze enfants aurait pu rester confinée dans la vie confortable mais tristounette que lui réservait son niveau social à l’époque pré-victorienne. Mais ses convictions religieuses la mènent à s’occuper très tôt des pauvres, des malades, des prisonniers. Elle réussira notamment à améliorer les conditions de (sur)vie des femmes et de leurs enfants détenus et ouvrira la voie vers l’éveil des femmes, notamment les Suffragettes.
Hormis la Reine, rares sont les femmes à avoir l’honneur d’être sur un billet de banque anglais. Elizabeth Fry sera progressivement remplacée par une autre anglaise, Jane Austen, à partir de 2017.
Un exemple parmi d’autres, ses idées de dons pour la protection des prisonnières anglaises envoyées en Australie. Savez-vous que des milliers de détenus furent déportés vers ce nouveau continent pour désengorger les prisons londoniennes… et peupler ces terres du bout du monde ? Beaucoup d’hommes, bien moins de femmes. Il en fallait quand même… Alors des femmes de tous âges, souvent inculpées pour de petits larcins, étaient déportées et enduraient d’extrêmes conditions de vie qui les menaient souvent à la prostitution, pour leur propre survie. Elizabeth Fry, avec son association « The Quaker Group », faisait distribuer aux malheureuses exilées en partance forcée tout le matériel pour fabriquer un quilt pendant leur long voyage : des aiguilles, du fil, des tissus, des ciseaux… Elles avaient ainsi une occupation dévoreuse de temps et, à leur arrivée, un bien à vendre (leur propre quilt) pour partir sur de meilleures bases. Il reste peu de témoignages de ces quilts faits entre l’Angleterre et ses colonies, hormis un ouvrage connu sous le nom de Rajah Quilt.
Un beau voilier commercial baptisé le Rajah fit un seul voyage d’Angleterre vers la Terre de Van Diemen (devenue par la suite Tasmanie, île faisant partie de l’Australie actuelle) en 1841 en tant que transporteur de prisonniers, 180 femmes en l’occurrence (avec 10 enfants), dont la liste est connue. Parmi toutes ces femmes, vingt à trente d’entre elles firent un quilt en commun dans la pure tradition britannique d’alors avec un médaillon central, du patchwork, des applications, de la broderie perse (applications de chintz), diverses broderies parmi lesquelles un médaillon brodé pour la postérité :
Fine broderie au fil de soie qui se trouve sur la dernière bordure du quilt.
La traversée dura 15 semaines et à l’arrivée le quilt fut offert à la femme du gouverneur local qui admira la qualité du travail. Puis c’est le trou noir ; le quilt a mystérieusement été redécouvert dans un grenier en Ecosse en 1987 et acquis par la National Gallery of Australia dès 1989.
C’est un immense ouvrage (325 sur 337 cm) et on constate par la différence des points que des femmes très expérimentées tout comme des néophytes ont participé à sa réalisation. Kezia Hayer, qui s’occupait déjà en Angleterre des femmes incarcérées, fut mandatée par Elizabeth Fry pour superviser à bord les conditions de vie des prisonnières et les aider à créer un quilt en commun… La belle histoire est que Kezia épousera 2 ans plus tard le capitaine du Rajah, Charles Ferguson ! Ils eurent 7 enfants, tous nés en Australie.
Le capitaine Charles Ferguson et Frezia Hayter se marièrent à Hobart, alors encore colonie pénitentiaire, qui est aujourd’hui la ville la plus peuplée de Tasmanie.
Voici donc le Rajah Quilt dans toute sa splendeur :
J’aime également un blog tenu par une généalogiste amateur, quilteuse de surcroît, fière de son arrière-arrière-arrière grand-mère (7e génération) qui était à bord du Rajah. Elle se plaît à croire que son aïeule participa à ce quilt-témoignage. Voici le lien vers ce blog : http://www.rajahsgranddaughter.blogspot.com.au/
En 2010, ce quilt a été exposé au Victoria & Albert Museum de Londres et a suscité une grande émotion, ranimant des pans de l’histoire anglaise et australienne. Le Rajah quilt est devenu un symbole pour ces deux pays, témoignage à la fois de cette immigration contrainte, des belles actions des Quakers et tout particulièrement Elizabeth Fry.
Voici la couverture du livre reprenant une exposition majeure qui a eu lieu en 2010 à Londres. A cette occasion, le Rajah Quilt refit le long voyage qui le vit naître…
(Merci à Odile qui a suscité ma curiosité au sujet du Rajah Quilt !)
Irrésistiblement, je suis attirée par les quilts gallois. Il y a une dizaine d’années (déjà !), le magazine Quiltmania nous faisait découvrir Jen Jones avec son musée et centre culturel consacré aux trésors patchés et quiltés du Pays de Galles. Ce livre, fruit de leur collaboration, est toujours disponible sur le site Quiltmania.
Admirable travail de mise en valeur de ces quilts du quotidien qui nous restituent cet art populaire! Ces quilts furent sauvés de l’usure totale, de la poubelle, des greniers, des granges, des fauteuils de tracteurs ou des pattes des chiens dans la campagne galloise. Ils étaient réalisés avec les moyens du bord, c’est-à-dire tous les bouts de tissus disponibles, avec comme rembourrage les restes des tontes des moutons.
Ces quilts font partie du patrimoine gallois ; on y peut distinguer plusieurs styles. Les plus prisés étaient ceux des familles assez aisées au tissu d’un seul tenant, ou cousus de longues bandes, en satin de coton acheté à cet effet. Ils sont également plus récents et donc mieux connus. Pour les plus modestes, on partait la plupart du temps des restes de tissus de laine et on cousait un centre décoratif , puis on ajoutait des pavés de tissus formant des bandes tout autour de manière non calculée, avec parfois des triangles qui ajoutaient un peu de fantaisie. Les angles étaient néanmoins souvent bien marqués d’une couleur contrastée. Cette forme de patchwork s’appelle un médaillon, il peut être rustique ou très sophistiqué et reste très prisé de nos jours ! Le quilt de Martine, Cannelle, en est un bel exemple.
Avec l’apparition du coton américain importé en Angleterre pour être tissé et imprimé, sont cousus également au Pays de Galles nombre de médaillons en chintz, en tissus écossais et rayés, en imprimé cachemire, etc.
Les marchands de coton à la Nouvelle-Orléans – 1873
Un bureau de coton à la Nouvelle-Orléans, – 1873
Deux tableaux d’Edgar Degas témoignent du commerce du coton de la Nouvelle-Orléans, avant d’être expédié en Angleterre principalement pour filage et impression. Puis le nord des Etats-Unis se chargera de plus en plus de cette industrie.
Quilt récent de style gallois, avec de superbes tissus majoritairement rouges, de Mary Jenkins. Il reprend le style de médaillon au patchwork simple et au quilting raffiné. Explications de ce quilt dans l’e-book de l’auteur (voir sur son blog ou sur Amazon)
Si certaines personnes, comme l’héroïne de The Last Runaway, traversaient l’océan Atlantique une fois pour toutes, d’autres firent au XIXe siècle de nombreux aller et retour majoritairement pour des raisons commerciales, mais les idées circulaient ainsi également ! Dans le domaine du patchwork, le style gallois a très certainement inspiré les Amish du continent américain, mais réciproquement des blocs américains se trouvent dans les quilts du Pays de Galles du début du XXe siècle. En voici un bel exemple :
Bloc de l’ananas cousu en lainages, quilt gallois de 1905, collection de Jen Jones. Photo du livre « Making Welsh Quilts », de Mary Jenkins et Clare Claridge. Excellent livre ! Ce bloc ne fait évidemment pas partie du patrimoine gallois…
Vous connaissez mon affection pour les tableaux de Valériane Leblond, sur lesquels elle peint des quilts toujours existants, soit dans sa propre famille, soit visible au Musée de Jen Jones. Voici sa mise en scène du quilt ci-dessus :
Déjà montré dans ce blog, mais je ne m’en lasse pas !
Ici, un quilt victorien en médaillon de la collection de Jen Jones a inspiré cette scène délicate à Valériane. Regardez les pavés irréguliers de tissus en bordure sur le quilt original, ils ne nuisent aucunement à la beauté du centre.
Une immense différence avec les Américaines est que, dans la campagne galloise, il était rare que chaque femme du foyer fasse ses quilts, et encore plus qu’elle se réunisse avec les voisines en quilting bee. Non, au Pays de Galles, il existait des quilteuses professionnelles qui travaillaient parfois chez elles ou bien allaient de famille en famille, le temps de coudre un quilt. Cette vie itinérante est similaire à celle des brodeurs bretons du XIXe siècle !
Ce dont je ne vous ai pas encore parlé mais qui est si important, c’est la qualité du quilting gallois. Il est dense, très dense même, jamais plus d’un inch carré (2,5 cm2) laissé sans matelassage pour contenir les matières calorifères en place… qui n’ont rien à voir avec nos molletons ! Plumes, foin ou anciennes couvertures, mais surtout les restes de tonte des moutons… on prenait ce qu’on trouvait et les quilts sont parfois extrêmement lourds. Malgré tout, le quilting est souvent très raffiné, varié, figuratif… beaucoup de similitude avec les quilts amish, une fois de plus.
Quilt américain contemporain d’inspiration galloise/amish, créé par Cassiana en 2002
Dans le Pays de Galles on n’y trouve pas les célèbres « feathers », les guirlandes américaines qui proviennent d’une autre région de l’Angleterre (Durham). La tradition celtique prime avec toutes sortes de feuilles, de coeurs, de volutes et de bordures à la différence esthétique facile à repérer !
Quilt de bandes piécées, au matelassage typiquement gallois (du blog Welsh Quilts)
Ici une superbe exposition de petits quilts de Mary Jenkins, dans la pure tradition galloise. On voit notamment que les bords ne sont pas finis par une bande de finition comme nous avons l’habitude de le faire ; les tissus de devant et de dos sont rentrés vers le centre. Certaines quilteuses françaises appellent cette finition « toi et moi ».
Dans un article précédent, je vous parlais de mon envie de faire un quilt d’inspiration galloise. L’harmonie des couleurs me parlait tant ! Puis je me suis rendu compte que j’avais dans un carton des blocs en attente, justement dans cette harmonie de couleurs. Alors le quilt gallois attendra, mon club de patchwork de Colomiers expose dans un mois, je vais mettre les bouchées doubles pour le terminer !! Vous le verrez, bien sûr, sur ce blog… Vite, je vais me replonger dans ces couleurs de brique et de pastel !
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Vie paisible dans la campagne galloise, peinture sur bois de Valériane Leblond, mai 2011
Il est possible que les quilts gallois soient la base de l’inspiration Amish au moment où ces femmes ont décidé de faire des quilts, les ressemblances sont en tout cas parfois probantes et plusieurs livres répertorient les ressemblances :
Certains quilts ont un air de famille vraiment troublant ! La grande expo annuelle de l’année dernière au Centre Gallois du Quilt était sur cette connection et avait pour beau titre » A Quilted Bridge » (un pont quilté). Regardez par exemple celui qui a été peint par ma jeune copine peintre, galloise d’adoption, Valériane Leblond :
On pourrait le croire Amish ! Ces quilts leur sont souvent antérieurs ; de là à penser que les femmes galloises émigrées en Pennsylvanie ont montré la voie aux Amish, il n’y a qu’un tout petit pas !
Valériane m’a dit que c’était la copie d’un « vrai ancien », de la collection de Jen Jones… J’ai une vraie envie de m’en inspirer, sa simplicité, et surtout sa palette de couleurs, me font si envie ! J’ai même retrouvé une photo de l’original :
C’est bien lui !…
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Pour le plaisir, voici un autre tableau de Valériane !
Cette semaine, Barbara Brackman nous donne à faire le bloc de « La Petite Ecole Rouge », un de ces adorables blocs du patrimoine américain, pour continuer notre Sampler sur les Droits de la Femme. Elle lie à ce symbole de l’instruction aux Etats-Unis au XIXe et début du XXe siècle la lutte de Lucy Stone pour pouvoir accéder à l’enseignement supérieur. Irrésistiblement, cette histoire me fait penser à la série américaine Dr. Quinn, Femme médecin, qui nous plonge dans la vie de la petite ville de Colorado Springs (Colorado) dans les années 1870, là où une femme « ne devrait pas » exercer un tel métier… Dans cette série tout comme dans La Petite Maison dans la Prairie, j’ai trouvé de quoi nourrir mon goût pour l’Histoire… et je traquais toujours les images montrant de beaux quilts ! On peut critiquer l’embellissement de cette vie de pionniers par les scénaristes, mais on voyait bien malgré tout comment s’organisait la vie dans ces villages, et en particulier l’éducation des enfants.
Dans un village tout juste né, on construisait une école constituée d’une seule pièce, qui avait aussi souvent la fonction d’église le dimanche, de salle de réunion communale, de salle des fêtes, parfois même de lieu de justice… Bref c’était souvent le seul bâtiment public.
Il se pouvait aussi que des écoles rurales se trouvent « au milieu de nulle part » de manière à ce que le plus possible d’enfants de fermiers alentour puissent venir quotidiennement à pied, avec leur repas (réchauffé l’hiver sur le poêle). L’école portait habituellement le nom du donateur du terrain.
Exemple d’une école rurale, avec son petit clocher pour sonner l’école… et le dimanche le début de l’office religieux. Dans l’Utah, les arbres sont assez rares, l’école est donc construite en briques rouges.
Dans ce jeune pays américain qui avançait vers le Far West, l’enseignement permettait d’intégrer les enfants des nouveaux immigrants qui parlaient de nombreuses différentes langues européennes. Les écoles, constituées d’une seule salle, réunissaient tous les enfants, garçons et filles. Souvent, il y avait même plus de filles car les garçons aidaient très jeunes dans les champs. Et qui enseignait ? C’était toujours une jeune fille, souvent à peine plus âgée que les plus grands élèves. Dès qu’elle se mariait, elle ne pouvait plus enseigner et une autre jeune prenait sa place. Cette organisation est très bien présentée dans La Petite Maison dans la Prairie ! Ces particularités sont conservées par les Amish traditionnels à l’heure actuelle où les enfants, garçons et filles réunis, reçoivent un enseignement basique jusqu’à 14 ans par une jeune fille…
La plupart de ces écoles ont disparu (il y en avait peut-être 200 000 !), certaines cependant ont plus de chance. Des associations se créent parfois pour sauvegarder un de ces bâtiments, si chers au coeur des Américains. Ainsi, la semaine dernière, on a fait déménager une vieille école de quelques kilomètres afin de la préserver :
Avant le déménagement, la petite école de St-George, Vermont.
Construite en 1852, ce bâtiment ne pouvait être restauré sur place (terrain n’appartenant pas à la Mairie). Voir les diaporamas du déménagement du 7 novembre dernier ici! Notez le placement des couleurs, on voit bien les barres verticales blanches qui correspondent si bien au bloc traditionnel…
The little Red Shoolhouse est devenu un symbole fort des Etats-Unis, même si la plupart d’entre elles étaient plutôt peintes en blanc ou gris. Cela dépend de l’endroit, car pour faire de la peinture rouge il faut des scories de mine de cuivre ou de fer. La recette est ancestrale, originaire d’une province de Suède, la Dalécarlie.
Ces écoles à la salle unique véhiculent notamment un fort sentiment nostalgique des communautés villageoises « à l’ancienne », quand tout le monde se connaissait et s’entraidait. Maintes variantes de blocs ont été dessinées, à l’image des diverses constructions d’écoles.
Livre sur ce symbole américain!
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Voici donc le bloc que j’ai fait cette semaine ; comme je n’ai pas de rouge dans ma palette, je me suis permis toutes les audaces. J’ai suggéré la fonction d’église en choisissant ce tissu en coquilles pour les ouvertures, ce qui suggère un peu des vitraux. J’ai surtout eu le plaisir de pouvoir utiliser pour le toit un des tissus offert par Marie-Claude Tsuruya, un tissu tissé et teint artisanalement dans le nord du Japon, là où vit sa belle-famille. Ce sampler dédié aux droits des femmes rend ainsi hommage à une de mes amies aussi !
Toujours, la galerie Flickr avec les blocs des participants à ce sampler : http://www.flickr.com/groups/grandmotherschoice/
Cela fait maintenant six ans que j’ai fêté Halloween à New York City avec ma famille, c’était bien dépaysant ! Quelle débauche de costumes, de rires et de fantaisie ! Les Américains adorent cette fête, héritage des traditions celtiques d’Irlande et d’ailleurs, pendant laquelle on aime se moquer un peu de notre crainte de la mort, afin de mieux la supporter…
Combien de millions de « pumpkins » américains sont-ils récoltés chaque année pour fêter Halloween ?…
Malheureusement, cette année, l’ouragan Sandy balaie cette fête des enfants, petits et grands… Tant de travail est nécessaire pour se remettre de ce terrible accident climatique qui dévaste cette partie si peuplée… Je suis de tout coeur avec vous, amis américains, ce qui vous atteint me touche personnellement.
Aujourd’hui, c’est la Pennsylvanie qui va voir passer le gros de cette tempête. Même si des Amish vivent dans de nombreux Etats, c’est là qu’est leur berceau américain. A noter que les Amish, fidèles à leurs spécificités, ne fêtent pas Halloween, tout au plus décorent-ils leur intérieur de quelques potirons (non creusés) qui attendent d’être consommés… Ces cultivateurs, souvent bios ou presque, fournissent les fameuses boules orange à des milliers de familles ! Leur propre cuisine automnale est également bien riche en soupes, cakes et tourtes au potiron… Pour savoir un peu comment se nourrissent les Amish, vous pouvez lirece petit article. Leur nourriture est proche de la cuisine campagnarde allemande, très riche… mais ils se dépensent physiquement toute la journée, d’où une surcharge pondérale quasi inexistante chez eux ! En tout cas, le potiron est excellent pour la santé…
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En Europe continentale, en France en particulier, nous avons maintenant un certain rejet pour cette fête car elle a été accompagnée dans les années 90 d’une débauche de petits objets parfois de très mauvais goût et d’un pâle copié-collé des traditions américaines dont la greffe n’a pas pris.
Idée de jolie décoration pour Halloween (Google)
Il n’en reste pas moins que l’on peut se réjouir de célébrer le milieu de l’automne avec de belles décorations, des bouquets de feuilles aux couleurs chaudes, des marrons, des pommes de pin… et des potirons ! A l’origine, les Irlandais utilisaient des navets ou des rutabagas pour faire des lanternes* ; les émigrants ont profité de ce merveilleux gros ballon orange, découvert sur place en Amérique, pour adapter leurs traditions du vieux continent.
Moi j’aime retrouver des décorations saisonnières, vous aussi peut-être ? Je vous propose donc deux modèles de potirons que vous pourrez sortir avec joie tous les ans ! La famille orange pourra même s’agrandir d’année en année…
En premier plan, le potiron inspiré du modèle Quiltmania. Et parmi les vrais potimarrons du jardin, vous avez une « citrouille de Cendrillon », aux côtes plus marquées.
1. Le potiron Quiltmania
Dans un très ancien Quiltmania (le n°7, automne 1998), vous avez un superbe modèle de potiron aux tranches habituellement marquées par une ficelle. Pour ma part, j’ai cherché plusieurs coloris pour faire une petite fantaisie, à vous de choisir ! Le modèle est signé Marie-Thérèse Bazin. Ce numéro étant épuisé depuis longtemps, j’espère ne froisser personne en vous photographiant cette double page explicative :
Les tranches ne sont pas tout-à-fait symétriques. Agrandissez en cliquant pour recopier !
2. La citrouille de Cendrillon
Il y a quelques années, Maïté recherchait désespérément un modèle de grosse citrouille avec les côtes saillantes. C’est dans un ancien Burda allemand des années 80 que j’ai trouvé ce modèle provenant directement des Etats-Unis. Pour toutes les Abeilles, j’en avais alors fait une fiche, en voici la copie et les gabarits.
Le Bon Potiron pour Maïté
Fournitures :
Tissu couleur potiron : 20 cm en 140 cm Tissu vert : carré de 16 cm Fil machine (orange si vous avez, sinon gris ou beige foncé) Fil solide (à quilter par exemple) vert et roux pour la couture à la main Ouatine de rembourrage Facultatif : ciseaux cranteurs
Ce gabarit mesure, de pointe à pointe de croissant (en ligne droite) 18 cm environ. Vous pouvez à volonté agrandir le modèle pour faire des citrouilles géantes !
A – Avec le tissu potiron
Plier le tissu en deux, endroit à l’intérieur, afin de pouvoir dessiner 8 fois le gabarit A (en croissant de lune) en séparant chacun d’1,5 cm minimum. Ne pas oublier de marquer aussi le repère du milieu.
Ensuite, dans l’ordre que vous préférez : découpage des croissants (en laissant mini 8 mm autour en marge de couture) puis piquage de chaque courbe interne ou bien : couture des courbes internes puis découpage (ce que je préfère, c’est plus rapide, le tissu ne glisse pas). Chaque couture doit commencer et finir par un point d’arrêt, sans empiéter dans les marges. Réglez bien votre machine, la tension doit être forte pour qu’on ne devine pas trop les points quand vous rembourrerez ; de même réglez la longueur de point à 2 maximum. Si vous avez des ciseaux cranteurs, profitez-en !
Marquez les milieux de croissant, simplement en pinçant les deux épaisseurs au niveau de la marque. On va maintenant assembler les courbes extérieures en épinglant juste au niveau du centre.
A la dernière couture, laissez un espace d’une dizaine de cm (pas à une extrémité) pour pouvoir retourner et remplir le potiron, mais auparavant fermez chaque extrémité avec une « couture sauvage » qui sera cachée ultérieurement.
Retourner, puis bourrez de ouatine ; si vous faites un très gros potiron, n’hésitez pas à remplir le centre de restes de coupes de tissus, de fils divers, de collants filés, de bouts de molletons… Refermez l’ouverture au fil roux.
B – Avec le tissu vert
Avec le gabarit B, découpez le tissu pour faire la tige. Plier le tissu endroit contre endroit, coudre la couture droite et le sommet à la machine. Bourrez souplement et appliquez au fil vert au sommet du potiron : cela cachera la jonction des 16 coutures ! Et pour cacher la base, coupez un rond d’environ 4 cm de diamètre dans le reste de tissu vert, faire à la main un rentré de 5 mm tout autour et appliquez sur la base du potiron.
HAPPY HALLOWEEN !
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*Pour en savoir plus sur les origines d’Halloween, vous pouvez lire ces deux articles de guide-irlande.com : Samain : la fête celtique Jack o’ Lantern: le conte de la lanterne
Dans le domaine du patchwork, certaines personnes déplorent l’emploi de mots anglais. Je compatis avec les quilteuses frustrées de ne pouvoir tout lire dans les livres américains ; il est cependant fastidieux de tout traduire systématiquement…
Coca-Cola at Quilting Bee : on ne peut plus américain !!
Mais dans tout apprentissage on apprend du vocabulaire ! Si vous faites de la voile, certains mots viennent du hollandais, si c’est du karaté vous apprendrez des mots japonais… En patchwork, nous apprenons quelques mots anglais. Certes, nos amies québécoises préfèrent parler de courtepointe plutôt que de quilt, mais par ces quelques illustrations je souhaite vous montrer à quel point quilter est une pratique sociale reconnue aux Etats-Unis. C’est vrai aussi que les Américaines anglophones ne s’offusquent pas lorsqu’elles parlent d’appliqué, mot en français non anglicisé ! Et puis souvenons-nous que le mot latin culcita signifiant matelas, coussin puis couverture, a donné à la fois l’anglais quilt et le français couette…
Tableau de « Grandma Moses », Quilting Bee, peint en 1950
Alors il me semble qu’on peut continuer à employer les mots en anglais puisque cet art a été largement développé aux Etats-Unis et c’est là que les choses ont été nommées : les noms des blocs, les outils, les techniques… On traduit ce qui l’est facilement (bloc pour block) et on peut garder les mots et expressions spécifiques (patchwork, log cabin, cutter et autres…). A chaque domaine sa langue dédiée ! Savez-vous quelle est la langue internationale pour la Poste Universelle ? C’est le français, auquel a été ajouté l’anglais seulement en 1994. Je l’ai appris lorsque ma cousine habitant en Suède m’envoya un « envoi recommandé » (écrit en français, tout comme la mention « par avion ») lorsque j’habitais en Allemagne. De même, en danse classique ou en escrime par exemple, les termes techniques sont en français dans le monde entier.
Quilting Bee – Fred Weaver (gouache, 1969)
Ecrivant en « premier jet » le titre : Quilting en baptist Fan, dans ce franglais que comprennent quand même beaucoup de quilteuses francophones, je me suis dit que c’était un peu too much, alors je l’ai francisé, mais ce débat est finalement moins intéressant que le sujet lui-même ! Alors je vais continuer à écrire comme je parle…
Tableau de Bob Pettes – En vente en puzzle de 500 pièces ! Ces quelques illustrations de quilting bees montrent leur place dans la vie sociale américaine !
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Le quilting de mon quilt en dés est l’un des modèles les plus populaires de la fin du XIXe/début du XXe siècle aux Etats-Unis. Il fait partie des « overall », dessin qui se répète sur tout le top sans tenir compte du dessin du patchwork ou de l’appliqué. Pour nous, ce modèle a le charme de l’ancien ; pour les quilteuses de ce temps-là, il avait aussi beaucoup d’avantages techniques.
Tout d’abord, le dessin :
Ces cercles concentriques sont faciles à répéter, il en suffit d’un, dessiné par exemple avec une assiette ou un gobelet, qui sera répété en l’agrandissant ou le rapetissant selon un espace constant. Cet espace sera au choix : l’épaisseur du pouce, la longueur d’une phalange, la hauteur du dé à coudre… et puis le coup d’oeil de la quilteuse ! Il faut se souvenir qu’une fois les trois épaisseurs tendues dans le cadre à quilter, on ne l’enlèvera que terminé, on comprend alors que les dessins les plus faciles à suivre avec le minimum de marquage sont les plus populaires !
Ensuite le quilting en arrondi :
A cette époque donc, les femmes quiltaient sur un cadre fixe, souvent à plusieurs, lors des « quilting bees » (réunions d’abeilles quilteuses) et je crois que cela bourdonnait comme dans une ruche ! Ce dessin en quarts de cercles peut se commencer à plusieurs endroits à la fois, il est facilement ajustable et le quilting en ligne arrondie, qui suit le mouvement du bras, est particulièrement agréable.
Pourquoi s’appelle-t-il Baptist Fan?
A fan est un éventail, bien sûr on comprend tout de suite en voyant le dessin. Baptist est une des branches du protestantisme, parfois on appelle ce modèle aussi Methodist (autre branche du protestantisme) ou Bishop (évêque), l’appellation des Amish je crois. C’est tout simplement parce que les quilting bees se constituaient la plupart du temps au sein de la congrégation religieuse.
Une bonne raison supplémentaire de choisir ce modèle de quilting :
Avec le recul d’un siècle d’utilisation et d’usure, on se rend compte que les quilts matelassés ainsi restent plus longtemps intacts !! Les quiltings serrés qui ne tiennent pas compte des dessins du top sont les plus efficaces pour préserver les fibres de tissu du déchirement. Autres exemples de quiltings traditionnels conservant longtemps les quilts : les clamshells (motif des coquilles) et les croisillons serrés.
Ma méthode de marquage de ce modèle :
Je n’ai pas fait ce quilting de façon très spontanée, j’ai marqué mes lignes, intimidée sans doute par cet exercice nouveau pour moi. Munie d’un compas et d’un carton, j’ai dessiné ceci :
puis découpé chaque arc de cercle. Je l’ai fait en 2 exemplaires car je craignais l’usure des gabarits ! C’était superflu. J’ai fait cinq arcs comme le conseillait Bonnie Hunter ; un nombre impair dans ce cas est plus futé car on se retrouve du « bon côté » à la fin d’un éventail. Et puis, comme les fleurs dans un bouquet, c’est plus esthétique sans doute !
Photo empruntée à Bonnie Hunter, Quiltville. Son dessin montre comment on avance dans le quilting de ce modèle.
Mon outil de marquage sur le sandwich était le Hera marqueur de Clover, cet outil génial issu de la tradition japonaise. C’est une spatule à bord tranchant comme un couteau. Les authentiques sont en bambou, les nôtres en plastique dur, ils marquent le tissu en faisant un petit creux et en lustrant légèrement le tissu. Cela suffit largement pour ce genre de dessin ! Je marquais 3 ou 4 éventails à la suite, et même après une pause, je retrouvais facilement le dessin .
On peut détourner des objets pour marquer de la même manière : ainsi, un petit couteau à beurre, à la lame arrondie au bout, marque aussi bien le tissu qu’un Hera. En revanche, les plioirs d’encadrements et de cartonnage n’ont pas la tranche assez affûtée. Une bonne prise en main est importante, le Hera est parfaitement ergonomique et donc imbattable pour cela !
Bien sûr, chacune a ses préférences de traçage (crayon, feutre, savonnette, craie…), je vous signale juste cette possibilité.
Voici une simulation sur mon quilt fini pour vous montrer la progression des éventails. Je n’utilise pas le plus petit gabarit du centre car j’utilise le n° 2 pour dessiner le 1er arc. On fait ces premiers arcs puis on quilte peu à peu l’ensemble.
Fil et aiguille
J’ai surtout quilté ce quilt aux dés avec des aiguilles « between Piecemaker n° 12 », agréables mais j’en ai cassé beaucoup ! Vers la fin de ce quilting, j’ai découvert les « Between Roxane n° 11 », je les préfère. Quant au fil, je prends le YLI (pour faire chic, prononcez ouaille-elle-aïe) 100% coton. Solide et même fibre végétale que le tissu, c’est parfait. J’avais quilté la plupart du temps avec un tambour, parfois sans mais avec un poids comme Yoko Saito… J’ai tout essayé, je trouvais ainsi le temps moins long ! Mais je suis impatiente de quilter avec la technique d’Esther Miller que j’ai apprise grâce à Patricia mais que j’ai encore peu pratiquée, je vous dirai quand je m’y mettrai !
Avancement
Le premier arc de cercle quilté, vous allez au plus près pour commencer un autre : ce sera soit à gauche, soit au-dessus. Puis, lors d’un changement d’aiguillée, vous pouvez entamer une autre direction. Les arcs se succéderont jusqu’au coin en haut à gauche. Variante : tourner tout autour et finir vers le centre comme le dessin de Bonnie Hunter (voir son article en référence ci-dessous). Tout est permis, c’est votre quilt…
Voilà, vous en savez autant que moi !
Références :
Quilting avec Patricia à la manière d’Esther Miller : articles ici et là
Vous êtes arrivée au bout de cette longue lecture ? Félicitations ! La prochaine fois que vous devez commencer un quilting, demandez-vous si le Baptist Fan ne serait pas, par hasard, une bonne idée !…
Le Delaware est le 2e plus petit état des USA et fait partie de la mosaïque historique du Nord-est, c’est la première ex-colonie à avoir ratifié la constitution des Etats-Unis. Ce territoire longe la côte ouest de l’estuaire du fleuve Delaware.
Les plus anciens bâtiments témoignent de l’établissement des Hollandais, puis des Suédois et des Anglais sur cette côte ; les premiers colons aux noms connus par tous les Américains vivèrent sur ce territoire : Peter Minuit, Peter Stuyvesant, William Penn… Dans ce contexte historique, c’est tout logiquement qu’une communauté Amish vit dans cet Etat limitrophe de la Pennsylvanie, là où se trouve encore le plus grand nombre de fermes Amish.
C’est Bonnie Hunter de Quiltville qui m’a donné envie de vous faire voyager vers cette communauté, elle qui vient de la traverser en fin de journée… Allez voir son reportage ici !
Nous sommes nombreuses à être fascinées par les Amish, avec une vraie attraction/répulsion envers leur mode de vie et leurs croyances, l’envie d’une vie « simple et vraie » mais le refus par exemple, d’une condition féminine si rétrograde… Selon le blog Amish America toujours très bien documenté, la communauté du Delaware se réduit non en raison d’une désaffection des jeunes, mais à cause de la pression immobilière ! Leurs terrains, près de la ville de Dover, sont si convoités que tous les ans de nombreux Amish vendent leur ferme pour s’installer dans une autre communauté, souvent en Virginie ou au Kentucky. Ceux qui restent développent de plus en plus un métier autre que celui de la ferme, comme par exemple celui de menuisier : la demande de beaux meubles traditionnels et fonctionnels est en forte augmentation.
Et bien sûr, les femmes cousent de superbes quilts qu’elles vendent aux touristes !
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Si le monde Amish vous intéresse, je relaie l’information trouvée sur le forum France-Patchwork :
Demain mardi 24 avril sur France 5, deux reportages :
– 20h35 : Révolte chez les Amish
– 21h30 : Quitter les Amish
Simple info relayée, je n’ai aucune idée de la teneur de ces émissions !