Dire que le blanc n’est pas une couleur mais le mélange de la lumière de toutes les couleurs est éminemment moderne. De même, le noir n’a pas toujours été considéré comme l’ultime manque de luminosité, l’absence de couleur reçue par l’œil.
Depuis Newton, les couleurs font la roue ! Cette conception physique cohabite avec le facteur hautement culturel des couleurs.
D’après l’historien médiéval et spécialiste des couleurs Michel Pastoureau, la base des couleurs dans l’antiquité et jusqu’au Moyen-Âge était la triade blanc-noir-rouge. Chacune était une couleur-pigment. Le noir fut le premier pigment, préparé à partir de bois noirci (charbon). Le blanc issu d’une matière crayeuse était un pigment visible sur tous les matériaux de fond utilisés : le gris de la pierre, l’écru du tissu naturel, le brun du bois, puis le beige du parchemin… Quant au rouge, issu d’abord des terres ocres puis de nombreuses origines végétales ou animales, il était LA couleur par excellence, la plus diversifiée, opposée au blanc ou au noir. On garde en espagnol le mot colorado qui signifie à la fois coloré et rouge !
Cette triade reste au fil du temps extrêmement visuelle et utilisée ; rappelez-vous par exemple Blanche-Neige, aux cheveux noirs comme l’ébène, la peau blanche comme la neige et les lèvres rouges comme la goutte de sang… La trilogie à succès Twilight joue également sur ce code :
Dans le monde du patchwork, les œuvres rouges, blanches et noires forment des géométries très puissantes, parfois même dérangeantes… comme l’image au-dessus qui n’arrête pas de sauter, n’est-ce pas ?…
Pour oublier ce désagrément, voyez ci-dessous la réussite de cette triade utilisée par Luke Haynes. S’inspirant des 100 objets d’art de Donald Judd, architecte-concepteur, exposés à Marfa au Texas, Luke a conçu 50 quilts, tous de 90 inch de côté (près de 2,30 m) et tous des variantes de Log Cabin. Chaque bloc a bien sûr le centre rouge, entouré de tissus de récupération de toutes sortes qui se « lisent » noirs et blancs de loin.
C’est une partie de l’exposition, montrant l’incroyable variété des quilts sur ce thème unique !
Ce mois de juin est riche en sorties et rencontres couronnant la fin de l’année, avant la pause estivale. En trois épisodes, vous allez vivre avec la Ruche trois journées concentrées la semaine dernière… Nous ne nous refusons rien !
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Champ d’Isatis Tinctoria – ou pastel – dans le Lauragais. Crédit photo : Jacques Batigne
Le Club de patchwork de Colomiers aime faire une sortie culturelle chaque année. Cette fois-ci, notre Présidente Danielle a organisé avec sa secrétaire et amie Eliane une visite du château-musée de Magrin, au cœur du Tarn et du triangle d’or du Pastel. Mes grands-parents vécurent à 4 km de ce château, là où, pour ma mamie Rose, mon papi fit une magnifique roseraie… mais ceci est une autre histoire !
Première vue du château, à partir du parking. Hétérogénéité des constructions, marques de l’Histoire…
Nous avons beaucoup appris lors de cette visite, alors que nous sommes tout de même déjà assez informées sur ce sujet. La châtelaine est très sympathique, instruite et passionnée, et la visite se passe comme un rêve dans ce château maintes fois restauré, site antique celtique puis romain (un certain Magrinus donna son nom au lieu), refuge cathare secret, demeure de style Renaissance par la suite… et surtout, lieu de séchage des cocagnes, boules de feuilles de pastel dont vous connaîtrez tous les secrets lors de la visite !
Magnifique site sur une colline… Les deux têtes ensoleillées sont nos organisatrices, Danielle et Eliane !
Reconstitution d’un moulin à pastel. C’est l’unique meule restant des centaines de moulins qui existaient jadis.Auditoire très attentif !Tant d’étapes de construction du château nous sont expliquées !Charrette ancienne peinte au « bleu charrette ». Ce n’est pas la couleur qui repousse les mouches, mais l’odeur imperceptible qui dérange ces insectes !
Séchoir de feuilles de pastel déjà façonnées en boules, pour un transport ultérieur et une vente internationale.
Si vous venez dans le pays, cette visite est hautement recommandée !
Toujours sur le même thème se fête aujourd’hui l’Or Bleu au Château de Loubens (à quelques kilomètres de Magrin).
A Lautrec, encore dans le Tarn, l’Artisane du Pastel Nadine Guy vous fera découvrir la teinture au pastel. Et au centre de Toulouse, ne manquez pas les magasins La Fleurée de Pastel, dédié au pastel et Graine de Pastel, spécialistes de cosmétiques au pastel, très actifs ! Enfin, il y a l’incontournable centre à Lectoure, dans le Gers. Liste non exhaustive, car un musée que je ne connais pas encore s’est aussi monté en Ariège, ainsi que Terre de Pastel à Toulouse-Labège ! L’intérêt renouvelé pour la plante Isatis Tinctoria crée des emplois dans la région et nous fait redécouvrir notre Patrimoine.
Vous pouvez aussi relire des articles de la Ruche :
Laissons Violetta à nos Jeunes Pousses et Jeunes Poussent (de France Patchwork) qui ont l’âge de s’y intéresser, même si une Abeille a été particulièrement contaminée par la Violett’Mania :
Une Violetta est née dans la Ruche ! Entre Colette (maman de notre conférencière Hélène Vié) et Maïté l’Abeille, notre Violetta (Brigitte)
En cette année 2015 pendant laquelle nous fêtons notre patrimoine régional, la Journée de l’Amitié France Patchwork 31 du 6 mars dernier avait pour thème la Violette de Toulouse. C’était une journée comme on aime, amicale et chaleureuse, grâce à tous les participants !
Un peu de botanique
La violette qui fleurit en ce moment dans mon jardin est la violette odorante qui fleurit en mars et se resème un peu partout. Elle a 5 pétales, tout comme les pensées qui sont de la même famille. C’est une fleur originaire du nord du bassin méditerranéen, elle est donc chez elle ausi bien en Provence qu’en Italie ou en Grèce, mais dans les coins ombragés, dans le secret des bois ou des zones humides…
Joyeuse colonisation de violettes dans mon jardin sauvage
Ces violettes font partie de la pharmacopée européenne millénaire.
Parmi les centaines de variétés, il y en a une qui fait un pompon de 30 à 50 pétales, délicatement odorante, au feuillage luisant légèrement gaufré : c’est la violette de Toulouse, issue de la violette de Parme. Cette dernière fleurit tout l’hiver.
Devant la fenêtre de ma cuisine, les deux pots violets contiennent des plants de violettes de Toulouse, produits et vendus par Hélène Vié.
La Cité des Violettes
Ces violettes ont une longue histoire d’amour avec Toulouse, devenue la cité des Violettes grâce au travail des maraîchers de St-Jory, Aucamville, Lalande, Launaguet, Castelginest, et Saint Alban, tout un territoire jadis campagnard au nord de la Ville Rose (qui cumule les références florales) où on compta jusqu’à 600 producteurs de violettes ! L’histoire a retenu que vers 1850 un soldat de Napoléon III, rentrant à Saint-Jory d’une campagne d’Italie, rapporta un plant de violettes de Parme à sa bien-aimée, lequel fut multiplié… et un grand commerce naquit. La violette était, au XIXe siècle, la seule fleur « de fleuriste », expédiée en bouquet dans un joli carton ! Grâce à l’aéropostale qui se développait à Toulouse -tout est lié- les bouquets se vendaient dans toute l’Europe jusque dans les années 1950. La culture sous chassis en plein hiver était ardue mais c’est le terrible gel de l’hiver 1956 qui mit fin à cette activité traditionnelle.
D’où vient l’appellation Violette de Parme ? Nous sommes obligés de parler ici de Napoléon 1er ! Si le langage des fleurs correspondant à la violette ne correspond pas du tout au tempérament de l’Empereur, c’est pourtant celle-ci qui jalonne sa vie personnelle. Il eut d’ailleurs le surnom de Père la Violette…
Tout d’abord, à sa première rencontre avec Joséphine de Beauharnais, la belle créole portait un bouquet de violettes élégamment noué à sa ceinture. Dès lors ce fut « leur » fleur, comme tous les amoureux ont « leur » chanson ou « leur » lieu fétiche. Puis son autre grand amour, Marie-Louise d’Autriche (nous en parlions ici) adorait également cette fleur et, à la chute de l’Empire, devint Duchesse de Parme. Elle s’y établit définitivement et demanda de créer une fragrance secrète pour elle à base de la violette cultivée dans les environs… Ainsi est née l’Eau de Parme, ainsi que la diffusion du nom de la couleur, le parme ou violet éclairci, couleur de cette fleur !
Revenons au XXe siècle à Toulouse. Quelques pieds dégénérés de la violette de Parme ont malgré tout subsisté et un ingénieur agronome, Adrien Roucolle, réussit en 1985 à les sauver grâce à une culture in-vitro. C’est pourquoi les Violettes de Toulouse (appellation déposée en 1985) ne sont plus cultivées qu’en pots pour éviter toute nouvelle dégénérescence.
Depuis, la Reine des Violettes de Toulouse est sans conteste Hélène Vié ! Cette dame passionnée et passionnante a eu la grande gentillesse d’accepter de nous raconter le parcours de cette petite fleur et son histoire liée à notre ville. Infatigable, elle fait tout pour promouvoir « notre » violette et des produits dérivés de qualité, fabriqués dans la région toulousaine. Liqueur, bonbon, gâteau, thé, moutarde, une multitude d’expériences gustatives vous sont proposées dans La Maison de la Violette, péniche amarrée le long du canal du Midi au centre de Toulouse (écluse Bayard). Vous y trouvez également mille et un objets sur le même thème !
Depuis l’an 2000, la violette de Toulouse a sa Maison !
Notre Journée de l’Amitié
Le dress code de la journée était autour du violet ! Presque toute l’assistance a joué le jeu, arborant du violet et nous avons eu une très belle exposition éphémère autour de cette couleur.
Les quatre amies du Vent du Sud ont même créé une tenue qui les fait entrer dans le club des Amies de la Violette ! Admirez le sublime quilt d’Any Vieussens en arrière-plan…Raffinement suprême, leurs assiettes étaient de porcelaine peinte main… des violettes bien sûr ! Remarquez que ces dames ont une bonne lecture (si vous ne reconnaissez pas : c’est le dernier numéro des Nouvelles de France Patchwork !)La salle Satgé de Colomiers a un décor qui nous convenait parfaitement, avec un large dessin des bords de la Garonne et des couples dansant en costume folklorique ! Merci au club de patchwork de Colomiers d’y avoir invité France Patchwork !
Cette Journée de l’Amitié nous a permis de découvrir de nombreux produits offerts par Hélène… et tout autant de très beaux ouvrages apportés par les adhérentes.
Merci aux adhérentes d’avoir apporté tant de quilts de qualité !
Des fleurs cristallisées, des bonbons, des gâteaux, des dragées chocolat/violette (sublimes !!) en dégustation libre, devant le quilt « Violettes Impériales » de Cécile Milhau. Hélène Vié au cours de sa passionnante conférence !
L’après-midi, nous avons changé de couleur pour nous consacrer à l’annonce d’un partenariat avec les Blouses Roses de Toulouse(cliquez pour lire un article à ce sujet). Pour Noël, les adhérents de France Patchwork 31 offriront des doudous aux enfants longuement malades à l’hôpital des enfants de Purpan. L’émotion était palpable et nous souhaitons que cette action aura un large succès (des précisions dans le prochain bulletin FP31).
Brigitte, Gisèle, Katell et Christine représentant le club de Balma, les Blouses Roses et France Patchwork 31.
Merci infiniment à Gisèle de nous donner la possibilité, grâce à son réseau, de faire un petit geste pour ces enfants, ainsi qu’aux soeurs Brigitte et Christine qui seront les coordinatrices de cette action !
Journée violette et rose, journée de joies et d’émotions… Grâce à l’association France Patchwork qui nous réunit, que de bons moments passés ensemble !
Une pensée pour la Bretagne et les autres régions durement touchées par des tempêtes répétées, dévastatrices…
Les éléments déchaînés font des photos spectaculaires, à la fois fascinantes et terrifiantes.
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Dans le pays celtique où habite Valériane Leblond, le Pays de Galles, le temps est tout aussi détestable en ce moment, mais elle en fait un tableau poétique une fois de plus…
Avec toutes des avaries, dégradations, destructions, j’ose à peine évoquer des sujets plus légers… mais allons-y quand même.
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Pascal Jaouen, brodeur et styliste breton renommé bien au-delà de sa région, n’est pas cette année à l’Aiguille en Fête, il prépare des nouveautés !
Perles et coquillages… Quel talent !
Sa prochaine collection de couture sortira cet été, « Gwenn ha Du », Noir et Blanc, avec cette robe de mariée « Hermine » qui couronnera le défilé :
Plus abordable, un parfum Gwenn ha Du sortira également !
Le « Gwenn ha Du » est connu de tous les Bretons, c’est le fameux drapeau !
Et la chanteuse Nolwenn Leroy a de nouveau signé avec Pascal Jaouen pour des robes de scène qu’elle portera lors de sa nouvelle tournée… Elle dit de lui : Je suis admirative de son talent, de son art, surtout que je ne sais ni coudre, ni broder. Mes mains me servent juste pour jouer du violon (rire). De manière générale, je suis fascinée par le travail artisanal. (Source : Côté Quimper)
C’est un postulat depuis l’enfance, sans doute parce que brune à la peau claire, cela ne me va pas au teint ! Et pourtant…
J’aime Van Gogh, ses champs de blé :
et par-dessus tout sa Nuit Etoilée :
(reproductions de ma fille, alors 16 ans)
J’aime le BLEU, mais que serait-il sans un chaud rayon de soleil ou le scintillement des étoiles? Bleu et orange sont complémentaires et Van Gogh, dans ses lettres à son frère, évoque à plusieurs reprises la force créatrice en lui et le pouvoir de deux couleurs complémentaires ensemble qu’il compare à un couple :
Je peux très bien m’en tirer dans la vie et dans la peinture sans le Bon Dieu, mais par contre, je ne peux pas m’en tirer, moi, être souffrant, sans quelque chose qui soit plus grand que moi, qui est toute ma vie – la force créatrice… Je voudrais peindre des hommes et des femmes dotés de cet aspect d’éternel dont le symbole était autrefois l’auréole et que nous essayons d’exprimer par le rayonnement et les vibrations frémissantes de nos couleurs… Exprimer l’amour d’un couple par l’alliance de deux couleurs complémentaires, par leur mélange et leur contraste, par la vibration mystérieuse des tons se rapprochant. Exprimer le spirituel sur un front grâce au rayonnement d’un ton clair sur un fond obscur. Exprimer l’espoir par une étoile. La passion d’un être par un coucher de soleil éclatant.
et : Je veux utiliser des couleurs qui se complètent, qui se font briller mutuellement, qui se complètent comme un homme et une femme.
Alors un jour d’hiver bien gris, j’ai acheté chez le Suédois des rideaux jaune-orangé, tellement mis en valeur dans le magasin. J’ai gardé le paquet fermé plusieurs semaines, hésitant à les installer ou les rapporter ! J’ai finalement osé et parallèlement décidé de repeindre mon plafond en lambris de sapin devenu si foncé avec le temps… en bleu.
Les rideaux étant trop longs, j’ai profité de l’excédent de tissus pour préparer des embrasses (quel joli mot !) que j’ai voulu personnaliser par quelques broderies :
Début de broderie sur le lin jaune d’or. Ici sont réunis les outils indispensables : du fil de coton blanc, initialement acheté pour faire du sashiko, des aiguilles dans le précieux porte-aiguilles offert par Christine, des ciseaux, un dé… et mes lunettes of course.
J’ai suivi l’idée des cercles brodés glanée de ce livre :
J’aime la plupart des idées de ce livre ! Edité en 1998.
Et voici le résultat :
Un rayon de soleil dans la cuisine ! Et voilà les rideaux installés côté repas, les lambris devenus bleus… et les murs qui ont eux aussi retrouvé une nouvelle fraîcheur.
Les oiseaux sur leurs branches de noisetier tortueux* sont presque dans le ciel bleu !
C’étaient mes devoirs d’été, ouf terminés juste à temps pour la rentrée que je vous souhaite ensoleillée !
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*On ne voit pas bien les oiseaux sur cette photo, si vous souhaitez les retrouver voyez par ici (le tuto est au 3e lien) :
Ah que c’est vivifiant parfois de transgresser des lois ! Rassurez-vous, je ne vous entraînerai pas bien loin, juste au cœur de votre réserve de tissus…
Moi la première, au premier cours de patchwork je demande aux débutantes d’apporter un tissu clair, un moyen et un foncé. Elles sont souvent étonnées que je ne leur dise pas plutôt « un rouge, un bleu ou un vert »… La valeur des tissus, c’est-à-dire la quantité de lumière par rapport au tissu voisin, est une notion qu’il faut connaître dès le début. Certaines personnes le sentent immédiatement, d’autres ont besoin de l’apprivoiser plus lentement. Un de mes tout premiers articles, au ton très professoral, traitait de l’intensité et de la valeur des couleurs… Je sortais de plusieurs années d’enseignement du patchwork, cela se devine 😉 et je n’imaginais pas alors que ce blog aurait une longue vie 🙂
Quand on a « une certaine » quantité de tissus pour le patchwork, la tentation est grande de les utiliser, encore et toujours, pour tous les quilts qu’on fait, en respectant les clairs, les moyens, les foncés, d’où des répétitions d’associations. La conséquence est qu’on vous dit que vous avez « un style » mais parfois une petite remarque l’air de rien peut bouleverser cette vision. Brigitte m’a confié sa déception un jour quand son mari lui dit en substance : « Tes quilts sont beaux et bien faits, mais tu fais toujours les mêmes »… La faute aux tissus ! Qu’ils soient coupés en carrés, en hexagones ou en triangles, ils donnent, cousus ensemble, globalement le même effet… Il est temps alors de redistribuer un peu les cartes !
Dans le monde des arts créatifs comme dans la mode vestimentaire, on connaît ce phénomène d’envie de changement ! On nous suggère alors de nouvelles gammes et certaines tendances vous tentent, d’autres vous déplaisent… Il est certain que les modes créées sont faites pour flatter notre envie de nouveauté tout en faisant fonctionner l’économie. Il n’y a rien de choquant, c’est la base du commerce… mais on a la liberté de succomber ou de résister !
La nouvelle tendance des quilts en sourdine (low-volume quilts) est un peu différente car elle vient des quilteuses-recycleuses. On peut utiliser, dans ces quilts en valeurs claires, des tas de tissus sortis des armoires ou des greniers : chemises et linge ne sont-ils pas le plus souvent clairs ?…
Ce top de Fiberliscious est fait notamment de simples draps parmi d’autres tissus recyclés. Il a été créé par tâtonnements, le résultat me plaît beaucoup !
Alors bien sûr, les stylistes réactifs proposent des nouvelles gammes de tissus clairs et en particulier des imprimés d’écriture, très tentants !
Coussin en tissu imprimé… en français, c’est très chic ainsi !
Ce doit être amusant d’utiliser cette gamme ! (photo : RedPepperQuilts)
Le petit groupe des « quilteuses en sourdine » de la région toulousaine a créé son premier top, uniquement avec des restes de tissus pré-sélectionnés pour leur clarté :
Malgré le parti pris des couleurs très claires des blocs, il y a ici beaucoup de couleurs et ces tissus déjà utilisés dans d’autres quilts ont un air inédit, ainsi assemblés !… Nouvelle tendance avec de l’ancien…
Les bandes bleues sont en chambray (tissu de chemise) et l’accent foncé est donné par un drap uni bleu marine façonné en étoiles folles (aux pointes irrégulières). Il manque une bordure, le quilting… Nous vous le montrerons fini dans ce blog, mais ce travail en commun sera également exposé au printemps prochain à Balma (31). Nous vous en dirons bientôt plus !
Vendredi dernier a eu lieu un stage France-Patchwork 31 un peu particulier puisqu’il s’agissait de jouer avec les tissus « sans couleur, sans valeur, sans intensité », en low-volume comme disent les anglophones, en sourdine comme on peut le traduire… Eh bien je peux vous assurer que les stagiaires étaient, contrairement à leurs tissus, très sonores… Quel enthousiasme après les quelques minutes de mise en route !
Choisir ce genre de tissus n’est qu’un prétexte pour faire une apparence différente. C’est l’alliance du style « scrappy » (innombrables chutes de tissus clairs) avec… ce qu’on veut ! Si certains blocs sont illisibles sans contraste fortement étudié, d’autres se prêtent volontiers à ce jeu. Je ne peux que vous encourager à aller dans cette galerie de « low-volume quilts » pour vous en rendre compte.
De notre côté, le stage était axé en réalité sur les blocs déstructurés. C’est mon expérience des « crumb quilts »qui m’a permis de le proposer.
« Amazonia », quilt déstructuré fait en m’inspirant des photos de ma fille alors en Amazonie, tout en suivant le « quilt along » organisé par Jo’s Country Junction en automne 2011.
Apprendre à couper au cutter sans règle, coudre de travers, imaginer pas à pas le futur bloc, c’est un tout autre mode de pensée après des années de recherche de la perfection ! Plusieurs stagiaires m’ont confié cette semaine avoir rêvé à de nouveaux horizons dans le monde du patchwork : elles se sont rendu compte qu’elles étaient capables d’ avancer avec confiance vers une modernisation de leur approche et surtout vers la création, si enthousiasmante !
Mes chères amies stagiaires ont eu le temps de faire chacune 4 blocs : une étoile de l’Ohio déstructurée, un Log Cabin irrégulier, une fleur à la manière de Bernadette Mayr et un bloc de crazy à la machine. Voici le résultat étalé dans un champ de pâquerettes :
Ces blocs seront assemblés pour un faire un ouvrage commun… que nous vous montrerons quand il sera fini !
Quand je prends en charge un groupe de débutantes, invariablement je leur parle, dès le premier cours, des valeurs des couleurs et je leur conseille de commencer leur sampler en prenant bien soin d’avoir des tissus de valeur claire, moyenne et foncée. Comment faire ? Il faut imaginer par exemple les tissus en photo noir & blanc et obtenir des gris clairs, moyens et foncés. C’est une manière simple et sûre d’avoir des quilts aux contrastes intéressants au-delà des choix de couleurs.
Ces tissus, tous de valeur claire, ne donnent que peu de contraste ensemble (photo Happy Dance Quilting)
Et voilà que je programme pour France-Patchwork 31 un stage « Valeurs Claires » avec pour consigne d’apporter uniquement des tissus très clairs, faux-unis et imprimés… Mais qu’allons-nous faire d’intéressant avec eux ?
Défilé 2012, garde-robe pastel sur le blog des Petites Curieuses. Les valeurs claires sont dans l’air !
Eh bien, des quilteuses américaines et australiennes jouent depuis quelques mois avec ces tissus, je crois qu’Amanda Jean (Crazy Mom Quilts), Victoria Findley ( Bumble beans) sont celles qui ont popularisé ce mouvement… et cette esthétique fait maintenant fureur ! Evidemment, je suis tombée sous le charme et souhaite partager mon enthousiasme avec quelques aventurières… On jette aux orties les notions de valeurs, mais ensuite tout est possible, du bloc le plus classique à des tentatives modernes de toutes sortes !
Mini-quilt fait par Crazy mom quilts.
Je vous recommande chaleureusement son livre, pour des idées nouvelles et faciles, certaines en valeurs claires mais pas que :
Une mine de bonnes idées !
Nappe en valeurs claires par Letty, Happy Dance Quilting. Une réalisation classique pour un résultat très calme et doux.
J’avais déjà eu de drôles d’impressions avec Bonnie Hunter de Quiltville, quand elle proposait des modèles avec des tissus de couleur neutre-clair, que je traduisais d’abord par tissu écru… Mais on peut mettre des tissus bien plus variés ! Voici un top « en cours », Sister’s Choice, à la manière de Bonnie, avec des fonds « osés » :
Ici on a beaucoup de contrastes, mais l’idée d’utiliser de nombreux tissus de valeurs claires ensemble a déjà fait son chemin. Vous pouvez cliquer sur la photo pour voir la variété de tissus neutres « de fond ».
Cela a mené progressivement sans doute à cette mise en vedette des tissus « sans couleur, sans valeur, sans intensité ». En anglais, les quilteuses parlent de « low-volume », terme pour l’intensité des sons, comme si on mettait la sourdine sur les couleurs, on pourrait traduire alors « quilts en sourdine » au lieu de mes « quilts en valeurs claires », expression juste mais pas très sexy…
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Encore une nouveauté donc ?
Eh bien non, comme le souligne Karen Griska dans un récent article, les modes dans le monde des quilts comme ailleurs se succèdent et font la ronde dans un éternel recommencement !
Ces quilts anciens, plus ou moins abîmés, sont en vente à des prix raisonnables ici. Il n’y a pas que la morsure du temps, ces quilts étaient conçus pour être des quilts de style clair.
Et après un ou deux quilts en valeurs claires qui nous enthousiasmeront avec leurs couleurs en sourdine, nous aurons sans doute des envies de tissus bien éclatants de couleurs, criants de vie, chantant sur toute la gamme de l’arc-en-ciel ! Je ne manquerai pas de vous raconter les impressions suscitées par ce stage aux tissus « sans couleur, sans valeur, sans intensité »…
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Les inscriptions pour le stage FP 31 sont closes. Si l’idée des quilts « en sourdine » vous séduit, pour commencer, vous pouvez vous inspirer des idées du groupe Flickr : http://www.flickr.com/groups/1988322@N23/où l’on trouve des quilts classiques et modernes superbes !
Besoin de vitamine C en ce moment ? Immédiatement, c’est la couleur orange qui s’impose dans notre esprit, tellement on nous a loué la concentration de cette vitamine dans ces fruits !
Dans les quilts anciens — et les reproductions — l’orange est bien présent et on l’appelle souvent Cheddar, comme ce fameux fromage anglais… Certaines quilteuses actuelles (Gwen Marston, Bonnie Hunter et d’autres !) en ont parlé, l’ont utilisé, ont suscité des envies… et nous avons donc maintenant de nombreux quilts de style traditionnel mais ne manquant pas de peps !
Ce quilt ancien, photographié en 2011 par Bonnie Hunter à Sisters (Oregon), a fait battre plus fort le coeur de centaines de quilteuses !
La collectionneuse Ann Champion est en possession de ce top du XIXe siècle.
Les quilts cheddar/blancs sont magnifiques !
Pour admirer de nombreuses antiquités « cheddar » ou « chrome orange », je vous invite à aller sur le blog de l’historienne Barbara Brackman : Quilts cheddar.
L’orange est très présent au moment d’Halloween, mais toute l’année cette couleur fait du bien ! Les artistes contemporains ont eux aussi envie de nous donner du tonus :
Charles Johns, un de ces hommes si talentueux dans ce monde féminin du quilting, a réalisé ce quilt « rouge-orange » avec des accents bleus (couleur complémentaire). « La terre est bleue comme une orange » a écrit Paul Eluard…
Paper Shredder Quilt par Kevin Kosbab, un autre homme inspiré par cette couleur forte… Quilt exposé sur du turquoise, pour le choc des couleurs !
Vicky de Toronto (Canada) a ajouté elle aussi du turquoise pour contrebalancer la puissance de l’orange.
Si vous avez la chance d’aller (ou d’être) à Paris, vous aurez peut-être la joie d’aller visiter l’exceptionnelle double exposition :
Hiroshige a créé de nombreuses séries d’estampes au cours de voyages réalisés ou imaginaires dans le Japon de la première moitié du XIXe siècle.
Cette composition en diagonale, très fréquente au Japon, inspirera les Impressionnistes et leurs successeurs
Son style magnifie les paysages comme d’un coup de baguette magique, les intempéries deviennent belles, la pluie argentée, le brouillard attractif, la lune une complice de nos rêves…
Une estampe de Hiroshige parmi tant d’autres (une Vue de Edo) : on apprécie ici quelques caractéristiques comme la succession de plans et la perspective profonde, l’activité humaine en premier plan, les dégradés célestes, la pleine lune, l’indigo mis en valeur par quelques touches de couleurs chaudes et, tiens, une certaine couleur neutre gris taupe !
J’ai adoré examiner les détails minutieux des maisons « minka » de Edo (ancien nom de Tokyo) ou de la campagne, tous les précieux renseignements de la vie quotidienne dans ce Japon naguère totalement fermé à l’Occident… Les centaines de paysages, si poétiques, sont les grandes vedettes de ces estampes. La palette est restreinte aux couleurs naturelles alors disponibles (végétales ou minérales), ce qui confère une douceur très raffinée. Il y a beaucoup à voir, prenez votre temps pour apprécier cette expo, elle est extraordinaire. Si vous n’en avez pas la possibilité, vous pouvez apprendre à mieux connaître cet immense artiste ici.
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J’adore Van Gogh (c’est banal, je sais ;-)), mon premier argent économisé fut pour un voyage seule à Amsterdam pour visiter LE musée Van Gogh… et j’y goûterai alors des gâteaux à la cannelle, saveur de mes premières libertés ! On peut donc voir actuellement à Paris une quarantaine de tableaux superbes, à la palette et au coup de pinceau reconnaissables entre tous :
Carré d’herbe, 1887 – Petit tableau (30 x 40 cm) qui me fait irrésistiblement penser aux broderies de Liz Maidment !
Le jardin de l’asile de Saint-Rémy – 1889 (91 x 72). Comment imaginer que l’artiste était interné en asile alors qu’il était capable au même moment de peindre une oeuvre aussi raffinée, paisible et positive ?
Allée dans un parc – 1888 (72 x 93 cm). Palette restreinte, effet maximum !
Troncs d’arbre dans l’herbe – 1890 (72 x 91 cm). Cadrage bien peu académique ! Il nous permet de baisser les yeux comme si on était dans ce bois et remarquer les humbles pissenlits et autres fleurs printanières.
… Et tant d’autres que j’espère, vous aurez l’occasion d’aller découvrir ! L’exposition est ouverte jusqu’à la Saint-Patrick (17 mars), donc si vous allez à l’Aiguille en Fête en février, ce ne sera pas trop tard…
Cependant, malgré toutes ces superbes peintures, j’étais de prime abord un peu bêtement déçue de ne pas y voir certains tableaux témoignant de manière plus évidente l’amour de Van Gogh pour l’esthétique japonaise… Pour comprendre ce petit manque, vous pouvez aller voir quelques exemples sur ce blog. Sur les grands panneaux explicatifs de l’expo, certains rapprochements entre estampe de Hiroshige et tableaux de Van Gogh me semblaient également parfois un peu « tirés par les cheveux »…
Mais en réalité, cette expo est bien plus subtile qu’une simple série de reproductions de scènes « à la japonaise ». Elle démontre les leçons de composition, de simplification que Vincent a retenues de l’observation attentive de l’art japonais. Elle donne aussi à réfléchir sur l’attraction de Van Gogh, à l’esprit si tourmenté, irrésistiblement attiré par ce Japon représenté par les estampes de Hiroshige, à l’atmosphère si légère, sereine et paisible…
Vincent à la recherche de la sérénité, c’est ce que je retiendrai peut-être finalement de cette expo.