A « Circle of Friends » pour Barbara Brackman

Martine, Karine, puis Isabelle sont des Abeilles qui ont beaucoup travaillé cette année sur un projet lancé par Barbara Brackman, le Civil War Quilt, un merveilleux sampler évoquant la Guerre Civile américaine : nous vous en avons déjà relaté la progression*.
Parallèlement, via le groupe Flickr, Becky et Dustin ont organisé un appel aux volontaires pour offrir un bloc en vue d’un quilt à offrir à Barbara Brackman, en remerciement pour son travail. Voici le résultat, absolument superbe :

C’est le fruit d’une collaboration internationale (d’Australie, Canada, France, Allemagne, Malaisie, Pays-Bas, Portugal et des Etats-Unis bien sûr)  dont fait partie Martine ; je reconnais son bloc au milieu de l’avant-dernière rangée…

Que ce « Circle of Friends » soit un exemple pour l’année 2012 ! Je vous souhaite beaucoup de joies partagées avec les quilteuses de votre entourage, votre club ou votre « ruche », mais aussi de belles rencontres réelles ou virtuelles, avec la constante envie de partager nos ressemblances et nos différences.

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*Articles précédents  parus dans La Ruche des Quilteuses sur le Civil War Quilt :

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Disparition d’un Musée Vintage

Dans les bonnes adresses à Lancaster du Simply Vintage n° 1, figure en premier le Musée abritant parmi les plus beaux quilts traditionnels Amish du fin XIXe – début XXe siècle.
J’apprends ce matin sur le blog de Bonnie Hunter, Quiltville en date du 21/11/11, que ce Musée va bientôt disparaître, l’établissement vendu, et que personne ne sait encore si cette collection sera encore visible par le public.

Un des magnifiques quilts visibles, encore pour quelques mois, au Lancaster Quilt & Textile Museum

Quand le Musée ouvrit en 2004, la viabilité de l’organisation était fixée avec  35 à 55 000 visiteurs par an ; or il n’y en a eu que 8 500 cette année… Dure réalité financière.

Si vous ne pouvez, pas plus que moi, vous précipiter à Lancaster (Pennsylvania), je vous propose de vous consoler en visionnant cette vidéo : http://www.thequiltshow.com/os/blog.php/blog_id/1869 .

Une partie des quilts de ce musée provient de cette collection ESPRIT (oui,  la marque de vêtements) faite par  le fondateur de l’entreprise californienne.

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Un projet commun / A work in common : The Civil War Quilt

Une nouvelle plume aujourd’hui : c’est Karine qui nous raconte, avec sa fougue habituelle, l’ouvrage qu’elle a commencé en début d’année avec Martine. Les articles précédents à ce sujet furent édités le 23 mai 2011, puis le 2 juin 2011, et enfin le 13 septembre 2011.

Par égard pour les lectrices anglophones, elle offre sa traduction « home made », tout juste retouchée par notre American Bee Anne-Marie et tellement mieux que le résultat automatique… Enjoy !

Martine et moi sommes assidues parce que très motivées par notre grand ouvrage de l’année 2011 : le Civil War Quilt  (CWQ). Ce fut un choix commun de :

  • réaliser un grand ouvrage
  • travailler ensemble, nous motiver mutuellement
  • très important à nos yeux, progresser de concert techniquement, mais aussi en matière de choix des coloris et d’appariement des tissus dans les différents blocs
  • et enfin (clin d’oeil à Anne-Marie, notre American Bee) se souvenir d’un grand moment de l’histoire de son pays : les 150 ans du déclenchement de la guerre de Sécession américaine (Civil War en anglais).     

J’imagine nombre d’entre vous  lever le sourcil, incrédules. Pourquoi ce sampler sur la guerre de Sécession ?  Martine et moi avons tout de suite été séduites par les blocs proposés. Nous aimons le patchwork traditionnel, son travail simple, parfois épuré mais technique, son pur style 19ème et ses tissus de reproduction (n’est-ce pas Martine ?).

Martine and I are working hard because we are very motivated by our big project for 2011 : the Civil War Quilt. It was a mutual choice:

  • to complete a big work
  • to work together, to motivate each other,
  • to progress technically and also in the choice of fabrics and colors inside each block (very important for us)
  • and finally  (allusion to Anne-Marie, our American bee) to remember a great moment in the history of her country : the beginning of the Civil War 150 years ago.

I guess you might be surprised  by our choice : why  remember the American Civil War? There are several reasons that Martine and I were  immediately attracted to these blocks. We like traditional patchwork, its’ simple but technical work, the typical 19th century style and its’ reproduction fabrics (don’t you Martine?).

Enfin, parce que pour des raisons différentes, ce quilt nous a parlé : Martine y voit un bel hommage au travail des femmes anonymes dans la guerre : si important et si peu valorisé. J’ai envie, pour ma part, d’y souligner l’extraordinaire mais rude aventure vécue par les colons, pour beaucoup originaires de nos vieux pays européens et qui a connu son apogée lors de cette terrible guerre. Si comme moi, leur histoire vous passionne, je vous invite à lire l’excellente saga de l’émigration américaine écrite par l’historien suédois Vilhelm Moberg sous le titre « La saga des émigrants ». C’est très bien écrit et surtout très documenté, un must en matière de roman sur le sujet.

Barbara Brackman a l’intention de publier 52 blocs (1 par semaine jusqu’à la fin de l’année), nous avons déjà réalisé environ 40 blocs sur 52.  A ce stade, nous voyons déjà les effets de notre travail .

Le plus frappant , les choix et assortiments des tissus. Pour paraphraser Katell : nous osons enfin ! Notre travail nous ressemble de plus en plus, ce qui croyez-moi est extrêmement gratifiant ! Nous maîtrisons désormais de nombreuses techniques et quand nous peinons (cela arrive encore !) nous avons la grande chance de bénéficier des conseils de Katell. Enfin, nous prenons grand plaisir à nous retrouver et à faire le point sur l’avancement de notre ouvrage.

Finally, for different reasons, this quilt meant different things for us : Martine sees in it  an occasion to celebrate anonymous women’s work during the war : so important and yet  undervalued. As far as I am concerned, I would like a constant reminder of the extraordinary adventure lived by the pioneers (a lot of whom were native of the European continent) which was at its height during the war.

Barbara Brackman intends to publish 52 blocks (1 every Saturday until the end of the year). We’ve done about 40 blocks. At this point,  we already see the effects of our work. The most striking effect concerns the choice of fabrics. According to Katell, at last we’re getting daring! And our work reflects who we are more and more which is, believe me, really rewarding ! We  have now mastered  many techniques and if we are in trouble (it still happens) we are really lucky to have Katell to advise us.
Finally, we take  a lot of pleasure in working together and seeing how things progress.

Ci-dessus la grille des blocs de Martine, avec une dominante rouge-brun-bleu. Vous avez son album, bloc par bloc, dans sa galerie Flickr. Elle n’utilise que des tissus de reproduction XIXe siècle. This is a sketch with Martine’s blocks, which are mainly red-brown-blue. You can see each block on her Flickr album. She only uses repro fabrics.

Voici la mienne. Ma palette de couleurs  est plus chaude que celle de Martine (même si nous échangeons des tissus !), je me donne un peu plus de liberté dans le choix des couleurs. This is mine. Even if we share some fabrics, my colors are warmer than Martine’s and I choose a bigger array of colors.

Notre plaisir est certainement communicatif puisque nous venons d’enrôler Isabelle dans notre projet. Elle démarre une partie des blocs du CWQ à la main.  Welcome on board Isa !

Our pleasure is certainly communicative because Isabelle has just joined us. She has started to sew by hand some blocks of the CWQ. Welcome on board Isa !

Les premiers blocs d’Isa – Isa’s first blocks

Notre ouvrage est loin d’être achevé mais quel plaisir  déjà ! Aussi, si d’aventure vous hésitez à vous lancer dans un ouvrage d‘envergure, pourquoi ne pas  sauter le pas avec un(e) ami(e) ? Notre aventure américaine est déjà largement positive, alors « why not you ? »

Our CWQ is still far from finished, but what a pleasure already ! So if you’re not sure that you want to start a big work, why not try with a friend of yours ? Our American adventure is really positive, so why not you ?

Karine (with Anne-Marie !)

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J’ai parfois des questions au sujet des Abeilles… J’ai donné des cours de patchwork pendant plusieurs années et beaucoup de mes anciennes « élèves » sont devenues des amies. Nous formons actuellement un groupe d’une bonne quinzaine de quilteuses dont la ruche se trouve dans l’ouest toulousain, mais quelques Abeilles viennent de loin : deux habitent en Ariège, deux dans l’Aude, une dans le Lot… L’amitié leur a effectivement fait pousser des ailes !

Katell

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Tradition chérie, expression libérée

Que de styles différents au sein de notre communauté de quilteuses ! Il suffit de naviguer un peu de blog en blog pour en mesurer la diversité : quelle chance nous avons ! N’oublions pas de nous déplacer voir les expositions, discuter, échanger… Cela nous enrichit infiniment.

Certaines s’épanouissent dans un seul style, ce qui leur permet de devenir expertes dans leur domaine, d’autres, dont je fais partie, sont passionnées par toute l’histoire des quilts et des femmes qui les ont créés. C’est ainsi que je m’intéresse particulièrement aux quilteuses qui ont allègrement balancé aux orties les règles de base du patchwork traditionnel comme la concordance des coutures, les angles bien respectés… Mais surprise, ces femmes ayant lancé le populaire mouvement du Liberated Quiltmaking ont de solides bases classiques, un amour de la tradition et une fine connaissance de divers mouvements artistiques.

Liberated Log Cabin Medaillon, de Gwen Marston (2009). Admirez les couleurs et le minutieux quilting à la main, témoins de son attirance infinie pour les quilts Amish.

Ainsi la première, Gwen Marston, s’est d’abord investie dans les quilts anciens mais remarqua vite que ses préférés étaient ceux de tendance populaire, souvent très scrappy, qui accrochaient le regard avec leurs « défauts » de construction, leurs couleurs réparties bizarrement,  bref l’audace d’oser se moquer des règles établies. C’étaient souvent des contraintes qui menaient à ces audaces, comme un manque de tissu ou la redécoupe d’un quilt dans un précédent partiellement usagé, non une attitude artistique volontaire. Mais quel charme dans ces ouvrages ! De plus, la redécouverte et la valorisation des quilts Amish dans les années 1980 mit à jour non seulement les plus académiques, mais aussi beaucoup de quilts follement modernes. Enfin, la plus récente influence vient des quilts de la mouvance des Gee’s Bend, quilts réalisés par les plus pauvres Afro-Américaines d’Alabama, avec les restes de nos vêtements modernes (aussi bien des chemises en polyester que des jeans). L’inventivité de ces femmes actuelles, avec simplement ce qu’elles ont de disponible, éclaire sur la longue histoire cachée des quilts « spontanés » tout au long des siècles derniers, en particulier dans les campagnes. On constate que, d’une façon générale, les personnes oppressées survivent grâce à leur inventivité, et moins dramatiquement que le manque engendre la créativité ; c’est ce qui a eu lieu, aussi bien chez les femmes blanches avançant vers l’Ouest américain que chez les femmes noires, d’abord esclaves puis en situation à peine plus enviable pour la plupart dans les états du Sud.

Quilts de la communauté des Gee’s Bend, Alabama, avec un souci d’économie et de beauté.

Ainsi, à côté des quilts traditionnels à la beauté intemporelle, j’aime aussi ces quilts touchants au style informel. Les plus nombreux sont les quilts de bandes, faciles à monter (parfois sur un tissu de base). C’est en ce moment très tendance mais nullement récent !

Voyez ici l’article de Tonya Ricucci à propos de cette étoile faite de petites bandes de récupération ! Celui-ci ne fait pas partie des quilts à bandes les plus « faciles »…

Et ici, une étoile Amish de la collection Brown, date probable vers 1920, belle parenté :

Dans le mouvement du « liberated quiltmaking » ou des « unruly quilters »*, les quilteuses ne font pas tout-à-fait n’importe quoi quand même, sinon elles n’auraient pas cet impact durable. Evidemment elles ne découdront pas une couture qui a « mangé » un angle, oseront ajouter une pièce au bout d’une bande trop courte, mais regardez objectivement leurs ouvrages : les plus réussis sont harmonieux malgré leur côté bancal, une vraie expression artistique s’en dégage. Et pour cause ! Quand on décide de faire un quilt sans règles (double sens aussi bien en anglais qu’en français, avec la liberté qu’on s’accorde et la possibilité de laisser nos instruments de mesure au placard) chaque avancée se fait après réflexion puisqu’il n’y a aucun plan à suivre. Il s’ensuit parfois du découragement quand rien ne marche, mais d’autres fois un drôle de sentiment d’exaltation et de vrai bonheur, une impression d’expression jubilatoire ! Je dois avouer par exemple que mon crumb quilt en cours me donne mille satisfactions, et tant pis si le résultat est bizarre, j’aurai passé grâce à lui des journées formidables !

* quilteuses sans règles

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Si cette orientation vous intéresse, voici deux artistes pour commencer vos recherches :

http://niftyquilts.blogspot.com/

http://lazygalquilting.blogspot.com/

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Des mots doux, des mots fous…

…des mots sur nos quilts !

Au dos des quilts, on peut généralement lire quelques renseignements sur l’ouvrage : le titre, l’année de création, le nom de la quilteuse et parfois plus, souvent écrits au feutre indélébile ou, mieux, brodés. Les plus belles que je connaisse sont celles de France Aubert et de Maïté, abeille de mon groupe : toutes deux brodent avec soin et composent toujours sur l’étiquette un gracieux rappel du thème du quilt.

Sur le devant des quilts, ce sont en général des lettres appliquées qu’on trouve, le plus souvent sur des Folk Country Quilts on peut lire des mots d’actualité saisonnière (Halloween, Christmas, Spring…), des mots d’espoir, d’idéal ou de souhaits (hope, love, peace, best wishes…), ou autres petites locutions évocatrices de confort et de joie (Home sweet Home…). Les Anglophones sont très fans de ces petites locutions, inscrites un peu partout dans les maisons « cosy ». Nous, Francophones, avons également un trésor de maximes et d’expressions mais elles sont, malheureusement de nos jours, considérées comme ringardes !

Et puis, dans l’excitation de la découverte du patchwork libéré avec Gwen Marston en l’an 2000, Tonya Ricucci inventa l’alphabet libéré. Imaginez des mots piécés (et non appliqués), dansant au beau milieu du quilt, ou en ribambelle sur la bordure… Si vous voulez en voir quelques uns, c’est ici : Word Play Quilts.

J’avais une petite idée, en voyant les photos, du principe de la technique, mais j’ai tout de même acheté LE livre de référence :

C’est une jubilation d’imaginer, sur mon futur Crumb Quilt, une bordure évoquant le thème que j’ai choisi !… Mais au-delà de la technique –fort simple– du piéçage des lettres, j’apprécie beaucoup la page d’introduction écrite par Gwen Marston. Ce sera l’occasion de vous parler un peu plus du mouvement du Liberated Quiltmaking… dans quelques jours !

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Autre alphabet piécé disponible sur le livre « Motifs de Patchwork », de Yoko Saito, édition Quiltmania (2006) : le look des lettres est assez similaire mais pas la technique. Dans ce livre-ci, les blocs sont dessinés précisément, alors que Tonya Ricucci donne un processus, une méthode, pas un modèle.

150 ans après

La patine du temps fait qu’on n’a pas autant le coeur serré en commémorant les 150 ans du début de la Guerre de Sécession, appelée Civil War par les Américains, que le 11 septembre si proche. Ce fut pourtant une tragédie, avec  628 000  tués pour une population de 35 millions. Deux mondes, le Nord et le Sud, défendaient chacun leur mode de vie et leur vision du monde ; pour une information complémentaire, vous pouvez lire ce dossier ou approfondir avec, par exemple, le livre d’André Kaspi « Les Américains, naissance et essor des Etats-Unis ».

Le XIXe siècle américain est dans nos mémoires un monde extrêmement dynamique où tous les immigrés ont leur chance, avec la colonisation progressive des terres vers l’Ouest jusqu’à l’océan pacifique. On oublie trop souvent le partage nord/sud : ce nord connu, peuplé, à l’industrialisation galopante, contre le sud rural et surtout esclavagiste jusqu’à la fin de la guerre civile. A noter qu’un roman écrit par une femme, Harriet Beecher-Stowe, La Case de l’Oncle Tom, fut le déclencheur majeur de la lutte contre l’esclavage.

Toute cette année, des centaines de quilteuses suivent les événements de cette guerre grâce au blog de Barbara Brackman Civil War Quilts. Chaque semaine est proposé un bloc, que deux Abeilles de notre Ruche continuent de faire. Voici l’avancement de Martine qui, férue d’informatique, nous le montre en simulation ici :

Vous pouvez également visiter sa galerie de blocs.

Bien sûr, Martine et Karine seront heureuses de vous présenter leur bébé-top en janvier, avant la longue période de matelassage !

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Articles précédents sur le Civil War Quilt : Patchwork et Histoire, histoire de patchwork et aussi The Civil War Quilt, ou la naissance d’un projet commun

Les lisières, inspiration sans frontière

Si vous avez la fibre de la récup’, vous gardez sans doute tous les petits morceaux de tissus restant après la découpe, peut-être classés par couleur, style, taille… Non, je n’ai pas de système infaillible à vous proposer… Mais gardez-vous les bords des tissus, ces lisières doublement tissées et donc plus épaisses, dont un côté est imprimé avec les références et le nuancier ? Combien de fois ai-je dit : « La lisière, on la jette, on ne peut vraiment rien en faire »… Mea culpa, je ne connaissais pas encore Karen Griska ! Cette dame a popularisé l’utilisation des lisières en tant que tissus à part entière, à la manière des String Quilts (quilts de bandes). Quand son livre est paru en 2008, l’idée me semblait farfelue et la couverture ne m’inspirait pas trop mais je l’ai quand même commandé « pour savoir », car je suis une insatiable curieuse dans le domaine du patchwork. Attention, dépêchez-vous de l’acheter si ce livre vous intéresse, il est bientôt épuisé !

On ne peut certainement pas dire qu’elle est la première à utiliser les lisières (voir l’article précédent !) mais c’est elle qui a donné l’impulsion décisive dans le monde entier pour faire éclore des centaines d’ouvrages à base de lisières. Mon préféré du livre est celui-ci :

Et voici quelques autres idées, toutes (je crois*) prises à partir du blog enthousiasmant de Karen Griska cliquez pour mieux les voir :

N’est-ce pas incroyablement artistique ?

Nadia Stumpf est une de celles à avoir fait un des plus beaux panneaux en lisières que je connaisse. Admirez les dégradés, la disposition, la retenue dans les tons choisis… Une vraie recherche personnelle. Je ne la connais que par son blog « Patchworkrama » et les modèles qu’elle crée, mais il est évident qu’elle est le top du top des profs de patchwork en France !

Quant à moi, bien plus modestement, j’ai demandé aux Abeilles de ne plus jeter les lisières -un bon début- et « un jour » nous ferons quelque chose avec ! J’en ai maintenant un carton plein, il faudrait vraiment qu’on s’y mette cette année…

Est-ce compliqué de travailler avec ces lisières ? A vrai dire, on peut dire que c’est plus facile qu’avec du tissu coupé, car vous avez un bord fini qui, jamais, ne s’effilochera. Le principe préconisé dans le livre est d’avoir un tissu de base en coton de la taille de la pièce et de coudre dessus, lisière après lisière, afin de couvrir complètement cette base. Variantes : on peut utiliser du non-tissé, du papier (à retirer ensuite) ou… rien du tout, avec juste une règle ou un gabarit pour contrôler la taille de la pièce. L’avantage de la lisière est qu’on n’a pas besoin de la mettre endroit contre endroit pour la coudre, il suffit de la coudre directement en place. La couture sera visible et participera à l’aspect singulier d’un quilt en lisières.

Exemple d’assemblage vite fait : à gauche, trois lisières assemblées à l’aide de deux coutures (fil blanc sur le bord de la lisière) ; à droite, lisières assemblées vues de dos, vous pouvez voir le fil de la cannette en rouge. Selon le modèle, on voudra laisser apparaître plus ou moins de tissu imprimé, il n’y a pas de règle stricte !

Il faut savoir que ce quilt sera plutôt lourd, prenez-le en compte quand vous choisirez votre modèle. En ce qui concerne le quilting, il dépendra comme d’habitude du modèle. En général, je vois plutôt des quiltings à la machine, regardez comme cela peut être joli :

Certaines cependant réussissent à quilter à la main  :

Ce que vous pouvez retenir, c’est que presque n’importe quel bloc peut être transformé par des lisières ! Pour finir de vous convaincre, voici mon unique petit ouvrage en lisières, une trousse de forme basique qui m’est fort utile et me rappelle quotidiennement que c’était très drôle de choisir et coudre ces petites bandes !

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*Je collecte depuis des années dans mon ordi des photos de quilts en lisières, la majorité des photos proviennent du blog de Karen Griska (à qui j’ai écrit pour signaler mon « pillage » bienveillant). Surtout n’hésitez pas à vous manifester si vous reconnaissez ici une de vos oeuvres. Le copyright est une affaire délicate quand on fait un blog à vocation informative et pédagogique comme celui-ci. A chaque fois j’en informe les intéressées… que je peux contacter, mais je sais que je risque de faire des impairs du point de vue de certaines quilteuses, je m’en excuse par avance.

D’autre part,  enrichissez cet article en signalant vos propres ouvrages en lisières ! La rubrique des commentaires est faite pour cela.

Merci de prendre le temps de me lire,

Katell, quilteuse forever

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Références :

Nadia Stumpf : http://patchworkrama.canalblog.com : son blog
http://patchworkrama2.canalblog.com : sa vitrine (vente de modèles, dates de stages)

Karen Griska : http://selvageblog.blogspot.com/ : son blog

A découvrir également l’initiative formidable de Karen, un musée et une galerie de quilts : nous pouvons toutes y participer ! http://onlinequiltmuseum.com/

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Inspiration – Création

Nous savons toutes que le patchwork est une activité extrêmement ancienne. Sans développer sur les peaux de bêtes assemblées durant la préhistoire, je ne peux résister à l’envie de vous montrer de troublantes momies de chats, celles-ci sont visibles au British Museum de Londres (à gauche) et au Louvre (à droite) :

Tressage de bandelettes de lin dont le motif nous rappelle quelque chose…

Restons donc modestes ! Si les historiennes datent le bloc du « Log Cabin » de la fin du XIXe siècle, c’est bien l’apparition de ce nom associé à ce modèle, et non son invention. Dans le cas de ces momies, le travail s’apparente plutôt à du meshwork ou tissage de bandes de tissus (au lieu de coutures).

Au tout début des années 2000, j’ai eu l’idée un jour (ou plutôt une nuit) de couper et coudre à la chaine des bandes de 4 cm, de toutes couleurs et tous styles, et de les agencer autour d’un gros carré central rouge fleuri ton sur ton de 12 cm, à la manière d’un bloc de log cabin, et de terminer ce carré par une bordure de 8 cm même tissu rouge . Multicolore à dominante chaude, ce premier grand log cabin avait le chatoiement des tapis d’Orient, j’étais très fière de mon invention ! Je l’ai montré, expliqué maintes fois autour de moi comment s’organiser, comment limiter la courbure que le carré a tendance à prendre, j’en ai fait 3 autres… Et entretemps ont fleuri dans plusieurs magazines des quilts très similaires ! J’étais plutôt fière d’avoir eu la même idée que des stylistes éditées… Et puis un jour, Quiltmania présente… une antiquité du XIXe siècle au modèle identique ! Quand je crois inventer une petite astuce ou un modèle, je me souviens toujours de l’histoire du grand log cabin. Combien de blocs ont-ils été inventés, oubliés, réinventés ?… On sait que souvent, petites et grandes découvertes ou inventions fleurissent en même temps dans le monde, d’où quelques querelles de paternité autour de brevets… Sans compter les cas d’espionnage ou de triche, ces coïncidences sont troublantes, et même étudiées en psychiatrie sous le terme de syncronicité !

A gauche, la magnifique antiquité de 1880 dans un hors-série Quiltmania. A droite, pour couvrir un fauteuil fatigué, mon 3e « grand log cabin », cousu avec des bandes plus larges (6 cm coupées) et une gamme restreinte de couleurs. Il fut fait à toute vitesse, quelques jours avant le déménagement de ma fille ; c’est celui que j’aime le moins, pas assez scrappy, bandes pas assez fines…. Le n° 1 est chez mon autre fille, le n° 2 (à dominante turquoise-marine-jaune) est chez mes parents en Bretagne. Le n° 4 ?  En couleurs plus claires, en attente de quilting…

La géométrie des blocs traditionnels n’empêche pas du tout l’expression de nos sentiments. Un des 2 premiers blocs que je fais connaître aux débutantes est, avec la feuille d’érable, la baratte. Au début je ne le trouvais pas forcément beau mais pratique d’un point de vue pédagogique, puis j’ai admiré au fil du temps le potentiel d’un bloc si simple. Si vous voulez être touchée par un quilt de barattes, allez rendre visite chez Marie Claude dans sa Chambre des Couleurs, elle y a exprimé toute sa colère en cousant le top, puis, le temps ayant passé, l’a quilté avec plus de douceur, tout en subtilité :

Vous pouvez voir ici l’histoire de ce quilt ainsi que beaucoup d’autres photos. Preuve, s’il fallait encore le démontrer, que l’on peut toujours faire des créations avec du traditionnel !

Amusez-vous donc, osez changer les modèles, les harmonies, écoutez votre coeur ! La satisfaction est immense.

Héritage « à la Française »

Il y a peu de temps encore, les tissus étaient trop rares pour qu’on imagine les gaspiller. On connait assez la mythique histoire des pionniers américains cousant à partir de leurs vêtements des quilts que nous admirons tant… On sait aussi que la tradition venait de pays européens et que le concept du « bloc » s’est réellement développé au XIXe siècle en Amérique du Nord.

En France cependant, la tradition était beaucoup plus d’utiliser une grande pièce de tissu partiellement abîmée (comme un drap de lin) pour tailler dedans un patron plus petit (comme une chemise), puis un jour celui-ci usé servira de torchon, qui servira ensuite de charpie… On pratiquait aussi essentiellement l’art du racommodage. Il suffit de voir le nombre de mots plus ou moins équivalents dans notre belle langue : raccommodage, rafistolage, rapiéçage, ravaudage, reprisage, rapetassage avec les verbes qui vont avec ! Nous ne les utilisons presque plus : qui donc raccommode encore les chaussettes avec (ou sans !) un oeuf à repriser ? Il y avait le reprisage avec un fil, de préférence à plusieurs brins non torsadés, avec lequel on reproduisait la chaine et la trame du tissu troué. Le rapiéçage était un appliqué, un morceau cachant le trou ou renforçant une partie usée. Allez voir le cahier de couture d’Anne-Marie, vous aurez de beaux exemples ! Et même, on peut en faire de petites oeuvres artistiques comme  ici.

Reprise traditionnelle sur un linge de maison français, photo venant du blog de Kaari Meng qui fait connaître les traditions françaises aux Etats-Unis en écumant nos brocantes et vide-greniers ! Elle est notamment la créatrice des très beaux tissus FRENCH GENERAL de MODA

Pour la décoration, le raffinement, le superflu, les Françaises brodaient  au point de croix ou au point de tige principalement des motifs plus ou moins sophistiqués, en plus du nécessaire « chiffrage », apposition des initiales familiales pour reconnaître le linge confié aux lavandières. Les broderies étaient le plus souvent en rouge, parfois gaies et polychromes, ou bien subtiles blanc sur blanc avec fils tirés, monogrammes, etc. Il existe en France une si grande tradition de tissages, teintures, impressions, broderies, dentelles…

Nous avons aussi notre mot pour le quilting qui est le matelassage, utilisé de façons variées dans diverses régions pour faire des édredons, des piqués de coton… Mais de patchwork nous n’en trouvons quasiment pas de trace*, nous n’avons même pas un mot français complètement satisfaisant pour en parler, sinon « piéçage », ou « assemblage ». De nombreuses traditions régionales dans le domaine du tissu sont redécouvertes et mises en valeur de nos jours : je me réjouis de trouver dans le dernier numéro du magazine de l’association France-Patchwork des articles tant sur les tissus kelsch d’Alsace que les Rouenneries de Normandie. Mais toujours pas de traditon de patchwork en France ? Mais si, et la plus enthousiasmante ! Les Centu Pezzi (100 pièces) de Corse correspondent à la compulsion de vouloir utiliser le moindre tissu, la moindre petite pièce qu’il ferait mal au coeur de jeter ! Vous en avez justement un exemple dans cette même revue, ainsi que dans le blog d’Anne-Marie qui vit en Corse, avec des explications qui vous donneront envie de sauter sur votre boite de chutes de tissus ! Dans le même blog, vous avez quelques photos de quilts anciens corses. Il est certain que la plupart des quilts furent utilisés jusqu’au bout, usés jusqu’à la trame puis jetés. Les objets utilitaires de ce genre sont moins sauvegardés que des tapisseries des Gobelins…

Centu Pezzi dans la tradition corse, créé par Anne-Marie. Je vous laisse découvrir le secret du dos dans son blog !

Et aujourd’hui, qu’en est-il ?

Hormis l’art textile pour lequel je suis incompétente mais où je crois que les Françaises sont brillantes, le patchwork français est très tributaire des livres, des tissus, des modèles venant majoritairement des Etats-Unis, mais aussi beaucoup du Japon et, dans une moindre mesure, des Pays-Bas ou de Grande-Bretagne. Cependant beaucoup de femmes s’amusent chez elles à faire des ouvrages « scrappy » très individuels, hors mode, peu exposés, car c’est une envie de recyclage compulsif que je ne dois pas être la seule à « subir »… De même, une de mes élèves veut absolument recycler les dizaines de blue jeans qu’elle a gardés, un jour elle se lancera dans un magnifique patchwork avec toutes ces nuances de bleus délavés ! On peut voir aussi de beaux exemples très personnels de Jacqueline Fischer dans son livre « Jeux d’étoffes, impressions expressions » ; j’adore celui qui s’appelle « Miettes », récup’ extrême !

La personne qui incarne le plus pour moi l’art du patchwork à la française est Jacqueline  Morel. Elle fait revivre d’anciens tissus d’origine majoritairement française (des écossais, vichy, lin…), ce qui confère à ses quilts une impression de confort, d’être « chez soi ». Allez voir sa galerie, vous allez comprendre ce que je veux dire ! Si des modèles vous sont familiers, c’est parce qu’elle a longtemps fait notre bonheur en collaborant avec Marie-Claire Idées. Cerise sur le gâteau, son livre :

Livre de Jacqueline Morel, édité par Quiltmania, sur un top inspiré d’un de ses quilts.

 Jacqueline Morel présente, avec beaucoup de compétence et de gentillesse, notre activité dans ce reportage de TF1. Même si elle fait plus d’appliqué que la plupart d’entre nous, je trouve qu’elle nous représente drôlement bien !

Bien sûr, j’aurai l’occasion de vous reparler d’elle car une de mes Abeilles, Maïté, a souvent repris des modèles de Jacqueline Morel, mais sait aussi dessiner « à la manière de ». Bientôt elle vous présentera une de ses créations.

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* Des quilts anciens, notamment en hexagones, furent trouvés en France. A mon avis cela ne démontre pas une tradition établie et reconnue dans ce pays mais plutôt l’expression de personnes ayant bénéficié de la circulation des personnes et des idées, je pense notamment à l’influence des Anglaises. Les plus beaux patchworks français anciens se trouvent sans doute dans le livre  Mosaïques d’étoffes, édité par Quiltmania. On y retrouve d’ailleurs l’habileté des Françaises à si bien broder !

The Quilters’ Beehive

Depuis plusieurs jours, je tentais en vain d’ajouter un système de traduction automatique au blog, afin que mes amies non-francophones puissent avoir une idée de ce qui se trame par ici.

Enfin, une barre Google Translate veut bien s’installer, mais parfois le texte traduit est à pleurer… Pour me faire pardonner de ne pas faire l’effort de traduire moi-même, voici un petit ouvrage que j’ai adoré broder, symbolisant un peu notre communauté de quilteuses sans frontières puisque les textes sont en anglais, mais le modèle est allemand :

D’amusants petits blocs (cliquez sur la photo si vous souhaitez mieux les voir) montés en chaine irlandaise simple.

C’est BEA  de Capricorn Quilts qui proposait en 2008, mois après mois, ces petits blocs amusants sur la vie quotidienne d’une quilteuse et ses petits bonheurs. Bientôt d’autres versions de ce BOM (Block of the Month) quilt, car plusieurs Abeilles travaillent dessus ou l’ont déjà fini comme Martine.

Difficile de choisir entre les blocs, mais celui-ci est peut-être mon préféré… et n’est pas étranger au nom de ce blog ! Il rappelle les réunions dans les villages et hameaux aux Etats-Unis, surtout en fin du XIXe siècle, où les femmes se réunissaient pour quilter ensemble sur un même ouvrage. Cela fait bien sûr référence au travail collectif d’une ruche.

Illustration de Rebecca Barker, voir un article lui étant consacré ici.

Encore un grand merci à Laurence qui m’a gentiment transmis les modèles du BOM !