Des quilts en Inde, des traces d’universalité

Le point avant, le point universel… non seulement pour l’assemblage invisible de deux pièces, couture basique, mais aussi pour la consolidation d’un tissu ou de plusieurs couches de textiles, en matelassage ou quilting, appelez-le comme vous voulez ! Les quilts bosniaques dont on parlait au début des années 2000, le boutis comme le trapunto, le kantha bengalais, le sashiko japonais… Tous ont pour base le point avant, le point qui court, running stitch en anglais, que je trouve si imagé que je le présente ainsi aux enfants ! Point indispensable, rapide, à la fois utile et décoratif.

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Bosna quilt, quilt d’exposition reprenant les codes des quilts utilitaires du pays.

 

Sampler de motifs de sashiko
Sampler de motifs de sashiko
boutis modèle Nicole Astier-fait par Danyl
Extraordinaire boutis, vu en transparence. Je ne sais pas si Danyl l’a fait au point avant, point traditionnel, ou de piqûre, plus solide. Art raffiné à la Française…

On appelle kantha une broderie au point avant, faite à l’origine pour maintenir ensemble des morceaux de tissus de toutes sortes sur plusieurs épaisseurs. On peut penser à une similitude avec les Boros du Japon, dont on a longuement fait état les années précédentes. Cette année à l’Aiguille en Fête, il y avait, parmi de nombreuses autres merveilles d’Orient, des Kanthas récents qui étaient tous à vendre. Ici plusieurs formes de formes de broderies kantha, faites pour l’exportation, sont réalisées sur un grand panneau textile :

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Beau motif de coquilles sur un tissu teint en bandes verticales roses et vertes.
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Tissu uni clair, entièrement décoré de points avant. Certains remplissent les espaces, donnant un effet d’impression du tissu.
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Trois couleurs de fils pour un effet géométrique

Même couleur de fil pour un mélange géométrique et figuratif qui doit être très amusant à inventer au fur et à mesure :

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IMG_7044Les kanthas peuvent aussi être ainsi :

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Motif figuratif élaboré aux belles couleurs !

 Grâce à des associations, le kantha est un savoir-faire qui est actuellement sauvé de l’oubli. A l’origine humble piquage d’étoffes usagées cousues ensemble pour protéger et embellir les personnes et les objets, les qualités décoratives de ces textiles les érigent en objets de collection. Vous en saurez sans doute plus, très prochainement, dans la presse spécialisée ! 

Si le kantha provient du Bengale, vaste territoire partagé entre l’Inde et le Bengladesh, on trouve ailleurs en Inde, plus à l’ouest, des patchworks quiltés. Il y a un air de famille en raison des points avant omniprésents, ainsi que l’origine indienne. Des différences aussi, mais on peut trouver toutes les variantes qui font que toutes ces pratiques ne sont pas éloignées ! Quelques patchworks indiens étaient exposés l’année dernière, toujours à l’Aiguille en Fête, mais aussi en Alsace en 2013 à l’occasion de la sortie du livre de Geeta Khandelwal :

Livre bilingue Godharis, nous faisant voyager dans l'Inde centre-ouest.
Livre bilingue Godharis (Quiltmania), nous faisant voyager dans l’Inde centre-ouest. A côté, mes jolis tissus Neelam, des unis tissés-teints aux couleurs naturelles. Il me tarde de commencer quelque chose avec eux !

Comme un carnet de voyage, Geeta nous raconte un périple dans un monde rural varié, aux femmes qui confectionnent des godharis, des quilts en bon français ;-). Jamais ces quilts ne sortent du village, ce sont des objets utilitaires. Ils sont faits principalement de restes de saris, coupés sans ciseaux (le tissu est entamé par une lame de rasoir, puis déchiré), mesurés à l’aune du doigt, de la main, de la coudée… Alors évidemment on ne peut attendre un piécé absolument rectiligne. Mais qui s’en soucie ? Les godharis sont là pour tenir chaud, un point c’est tout ! Certaines nuits, même au coeur de l’Inde, il peut faire bien frais.

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Geeta Khandelwal, auteur du livre Godharis.

Pour maintenir les couches textiles entre elles, le quilting est soutenu, avec des points avant qui courent parallèlement puis changent de sens, juste pour suivre un motif ou pour le plaisir :

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On aperçoit l’assemblage du même tissu, quilté avec des fils changeant parfois de couleur… et de direction ! Photo Sujata Shah en Inde.

Un motif dessiné, cousu, montré plusieurs fois dans ce livre me rappelle un modèle de quilt qui fit grand bruit il y a quelques années dans Quiltmania, dont un bloc de patchwork était en forme de svastika… d’ailleurs pas vraiment, mais le quilt était nommé ainsi (Quiltmania n° 52). Dans le numéro suivant, des excuses étaient présentées. C’est toujours en Inde un signe extrêment bénéfique, ainsi que dans le boudhisme et de nombreuses civilisations passées ou actuelles (dès le néolithique, et aussi notamment chez les Navajos, les Kunas, etc.). De ce beau symbole universel, notre plus sombre histoire du 20e siècle en a fait un signe honni, ce qui a pour conséquence qu’en Occident on ne peut plus se permettre de l’utiliser…

Vous découvrirez dans le livre certains Godharis extrêmement proches de quilts américains. Peut-on imaginer des quilts ayant voyagé, ou des quilteuses d’un pays ou l’autre ayant transmis ses connaissances ? L’auteur pense plutôt à l’universalité de certains motifs, vérifié maintes et maintes fois…

Universalité des choses, c’est ce qui m’a traversé l’esprit en lisant ce livre sur les femmes en Inde peu après celui de Roderick Kiracofe qui raconte un peu la même histoire dans les Etats-Unis ruraux. Universalité de la géométrie et de l’esthétique, quand j’ai vu des photos de godharis qui ressemblent un peu au quilt fait pour ma fille :

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Godhari
Katell Renon
Petit air de ressemblance, n’est-ce pas ?… 10 ans de lavages l’ont rendu moins flamboyant qu’à l’origine. Il est quilté à gros points au coton perlé, il n’a pas de nom mais je l’appellerais bien Godhari maintenant !

Un coucou à Sujata Shah, actuellement en voyage en Inde, qui a eu la chance de rencontrer Geeta Khandelwal la semaine dernière. Voyez son article ici, avec de très belles photos. Elle se sent tellement liée aux deux pays qu’elle peut résumer ses influences ainsi :

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Les Etoiles à remonter le temps de Barbara

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STARS IN A TIME WARP

Il n’est pas trop tard pour rejoindre le challenge de Barbara Brackman de cette année : faire une étoile, toujours sur le modèle de l’Etoile Variable, pour découvrir tous les secrets des tissus anciens, semaine après semaine. Etoile facile et si polyvalente, d’où son nom « variable » ! Ici les explications pour ce bloc.

Dans l’article précédent, j’évoquais ces deux livres pour mieux connaître les tissus au fil du temps :

Livres Barbara Brackman

En suivant le blog de Civil War Quilts tout au long de 2015, vous aurez des cours particuliers de Barbara sur les couleurs aussi mystérieuses que le vert poison, le cheddar ou le double rose, des idées d’agencements de blocs conçus par les quilteuses au fil du temps… Les Anglophones sont encore une fois favorisé(e)s !

Cela vaut la peine de rechercher des logiciels de traduction si vous ne maîtrisez pas la langue. Evidemment, les résultats sont parfois absurdes, mais c’est mieux que rien ! Pour des vérifications rapides quand j’écris un texte en langue étrangère, j’apprécie le site reverso. Pour des blogs en langue étrangère que je ne connais pas, je me laisse porter par les suggestions de mon navigateur…

J’avoue ne pas coudre les étoiles mais je ne manque aucun article paraissant le mercredi, c’est passionnant !

Chère Barbara

MUG_barbara_brackmanBarbara Brackman est une des femmes que je vénère dans le monde du patchwork. L’accès à internet m’a fait connaître ses formidables livres, ses blogs, ses thèmes autour de samplers à suivre toute une année… et elle m’a complètement « contaminée » ! Je suis devenue accro à l’histoire du patchwork telle qu’elle me l’a fait découvrir, tenant compte du contexte économique et social, des disponibilités des tissus et des modèles, et surtout en pensant à la vie de ces femmes américaines participant à la création, puis l’essor de leur pays. Son blog principal, très éclectique, s’appelle Material Culture. Les quilts du présent et du passé s’y succèdent, présentés parfois avec une pointe d’humour inimitable… 

Lorsque Barbara entreprend de traiter un thème, un blog spécifique est créé pour proposer un sampler dont chaque bloc sera lié à un aspect de ce thème. J’ai suivi avec elle le monde de l’esclavage, la Guerre Civile, l’émancipation des femmes, la vie de Jane Austen… Le sérieux, le dramatique succèdent au frivole, à l’inattendu… Ces thèmes donnent souvent lieu à des livres. Mais là encore, il faut comprendre l’anglais ! A ma connaissance, un seul livre de Barbara Brackman a été traduit en français :

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Les Editions de Saxe ont édité ce livre signé Barbara Brackman. C’est en fait le 1er tome de son Histoire des quilts américains : il s’arrête en 1890. Le tome 2, édité uniquement en anglais, évoque des thèmes qui lui sont particulièrement chers : l’Art Nouveau et le mouvement Arts & Crafts avec William Morris, puis le modernisme, jusqu’aux quilts créatifs du monde rural qui annoncent les quilts contemporains « libérés ».

Loin de se cantonner à l’histoire des quilts antiques et à la conception de gammes de tissus de reproduction (ce qui est déjà beaucoup !), Barbara s’intéresse aussi à d’autres formes artistiques, en particulier le design qui concerne tout l’environnement domestique : les vêtements bien sûr, mais aussi la vaisselle, le mobilier, l’architecture, etc. L’été dernier, elle a visité à Paris le Musée des Arts Décoratifs, ce qui n’est pas le tout premier auquel on pourrait penser ! Cette facette moins connue d’elle est dévoilée dans son blog Historically Modern.

Cerise sur le gâteau, Barbara est attentive aux autres. Elle n’est pas  enfermée dans sa tour d’ivoire, s’intéresse à l’évolution du patchwork actuel.  Elle sait donner le coup de pouce décisif pour faire connaître un événement, une quilteuse, avec une telle gentillesse… J’ai eu la chance d’en bénéficier plusieurs fois, lors de la recherche d’une illustration ou d’une précision historique, puis récemment pour faire connaître le blog Crayon & Pencil… Chère Barbara, merci encore !couv-105-fr

Alors j’ai été vraiment ravie de lire son interview en tête du dernier Quiltmania : pour moi aussi, elle est mon Paul Mc Cartney du patchwork !

Et enfin ! Notre cher magazine renoue avec des modèles plus variés ! Il y en a pour tous les goûts : de l’appliqué, du traditionnel, du moderne, BRAVO! Et j’applaudis aussi au quilt mystère français, profitons des talents de notre pays…

J’ai cité Barbara des dizaines de fois dans ce blog, mais nous l’avons déjà présentée il y a quelque temps sous la plume de Martine :
https://quilteuseforever.wordpress.com/2011/05/23/patchwork-et-histoire-histoire-de-patchwork/
Je regrette de ne pas avoir terminé mon sampler pourtant bien commencé, sous le signe de Grandmother’s Choice :
https://quilteuseforever.wordpress.com/tag/grandmothers-choice/ … Un jour peut-être !

A bientôt après une petite pause !

Ah les coquilles !

Metal_movable_typeLe monde de l’imprimerie les déteste, tout autant que les lecteurs. De nos jours chaque blogueur se doit aussi de traquer ces erreurs involontaires d’écriture. Pas facile, j’en sais quelque chose ! On peut lire et relire un texte, mais parfois seul un œil neuf trouvera le détail qui cloche…
Pourquoi les nomme-t-on coquilles ? L’origine est incertaine, mais cela date naturellement de l’imprimerie traditionnelle, avec les caractères de plomb ou de fonte indépendants. Les coquilles provenaient en général d’une erreur de rangement dans les cassetins, ces petites cases de séparation :

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Je ne résiste pas à l’envie de vous inviter à lire, dans le blog Projet Voltaire, la synthèse des hypothèses de l’origine de la coquille d’impression : certaines sont savoureuses !

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Naissance de Vénus, par S. Botticelli, 1485-85. Symbole de la féminité, une coquille est ici le berceau d’une Vénus née adulte dans toute sa splendeur.

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Dès le Moyen-Age, après une succession de miracles, les pèlerins européens affluèrent vers un port de Galice (Espagne) où, d’après une légende, un des Apôtres de Jésus (Jacques le Majeur) y fut enterré. Arrivés au but, les pèlerins « jacquets » se régalaient sur la plage de la nourriture offerte et gardaient en souvenir une coquille, preuve de leur but atteint, pour leur retour. Puis la coquille devint le signe-même du pèlerin, même à l’aller (!) et la marque des chemins et hébergements tout au long du chemin. Les chemins vers Compostelle sont de nouveau balisés depuis le regain d’attrait pour ce long périple qui séduit tant de marcheurs occasionnels ou acharnés, en quête spirituelle ou sportive. C’est un Brésilien, Paulo Coelho, qui donna envie à des milliers de personnes de marcher sur ces routes anciennes (livres Le Pélerin de Compostelle, 1987 en portugais, l’Alchimiste, 1988 en portugais et 1994 en français). Pour ma part, j’ai beaucoup apprécié ce livre de J-C Rufin : Immortelle randonnée, Compostelle malgré moi (2013).

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Tous les chemins mènent-ils à Rome ? Ceux-ci vont vers le Finis Terrae espagnol, Saint-Jacques de Compostelle. Toulouse est une étape bien connue, puis un chemin passe près de chez moi, quelques kilomètres plus à l’ouest ! Vous pouvez aussi lire ici un article sur l’étape de Conques en Aveyron.

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Dans le monde du patchwork, le motif de la coquille ne cache pas son origine : sa forme évoque de suite la fameuse coquille Saint-Jacques, elle-même populaire à la fois en gastronomie (sa noix !) et en signe religieux ou culturel, en particulier pour le fameux pèlerinage vers Saint-Jacques de Compostelle. En anglais, ce modèle s’appelle shell (coquille) ou clam (coque, palourde)… ou clamshell !

Astérix et les Normands / Goscinny & Uderzo
Autre coquille, celle de l’huître… dont je ne mange que l’intérieur, contrairement à Obélix (Astérix et les Normands page 12, Texte de René Goscinny, Dessin d’Albert Uderzo)

 Ce motif est universel, j’avais déjà évoqué le seigaiha dans cet article. Je n’essaierai pas d’être exhaustive au sujet des coquilles en patchwork, car on trouve de nombreuses manières de les préparer, de les assembler… On pourrait écrire un livre entier ! Un quilt en coquilles, c’est beau comme ça :

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Photo des pages 32-33 de Marie-Claire Idées n° 33 (juin 1999). Un quilt de rêve qui évoque le bonheur d’un pique-nique à la campagne…

Au hasard des publications dans les magazines et les blogs, on a envie de s’y mettre ! La Châtaigne qui pique a lancé ce thème dans son club avec succès, vous en voyez des résultats ici. Le principe est de préparer un gabarit et d’appliquer, ligne après ligne, les coquilles qui se chevauchent.

Espace ou pas d’espace entre les coquilles ? Comment faire les préparatifs pour les rentrés ? Comment coudre et sur quel support ?… Je n’ai pas de réponse unique à toutes ces questions, tout est histoire de choix personnels ! Il faut bien y réfléchir car ce sont ces multiples petits problèmes potentiels qui font que ces ouvrages sont souvent abandonnés. 

51TM9MVEVPLJ’ai cependant un truc peu connu. Je peux chaleureusement vous conseiller d’essayer le point d’échelle invisible. Qu’es acò ? me demanderaient mes amies occitanes. Eh bien c’est simplement le point qu’on fait un peu instinctivement quand on ferme un coussin, un point qui va d’un bord à l’autre et qu’on serre ensuite. Adapté à l’appliqué, ce point a des atouts indéniables : il est absolument invisible et permet de coudre en suivant le trait dessiné à la fois sur le fond et sur la pièce. Ami Simms l’a « inventé », l’a développé dans ce petit livre (dont un chapitre est justement consacré aux coquilles). Nathalie Delarge fit une petite vidéo de présentation de ce point pour l’appliqué il y a quelques années : c’est ici. On se sent un peu maladroite au début, mais le résultat est particulièrement parfait, surtout pour les coquilles (pour lesquelles on n’a aucun besoin de faire les incisions du tissu de fond).

Cette technique de couture réduit le travail de préparation : ni faufilage, ni colle, ni rentré au fer à repasser, ni même emprisonnement du tissu autour du gabarit à l’aide d’un papier aluminium… (Oui, ceci est une possibilité ! Son avantage est que l’arrondi est mieux qu’avec un faufil, voyez ici comment faire chez Poppy Makes.)

Si vous voulez faire un quilt de coquilles en utilisant ce point d’échelle, il vous suffit de marquer au crayon fin votre gabarit sur chaque tissu, sur le devant. Vous suivez parallèlement les deux lignes, en suivant bien les conseils de Nathalie Delarge et cela va tout seul, je vous l’assure ! Le gabarit se fait tout simplement dans un carton ou un rhodoïd, à l’aide d’un compas. Si ce n’est pas clair, je vous ferai un petit tuto en mars !

Quels que soient vos choix techniques, vous aimerez peut-être comme moi ces réalisations qui vous donneront des envies de coquilles :

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Antiquité visible au Victoria & Albert Museum à Londres, présenté par Kaffe Fassett dans un de ses livres. La bordure verte, très sophistiquée, rythme la masse de coquilles.  Il est presque aussi ancien que ce quilt, le plus ancien d’Angleterre, puisque celui-ci date de 1730-1750.
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Ce coussin a été édité dans un de mes magazines préférés, Love Patchwork & Quilting (n° 4). On y  préconise la feuille alu pour obtenir de belles coquilles !
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Anne, des Avalon Quilters, nous donne envie de sortir nos tissus provençaux…

 

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Molly Flanders a essayé plusieurs techniques de préparation, donc celle de l’assemblage à l’anglaise. Sa préférée est finalement à l’aide de colle. J’aime beaucoup son quilting noir à la main !

 

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Matilda Quilt, par Heidi Pridemore. Beaucoup d’élégance !

 

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Diane Stanley et son Clam Bake quilt.

 

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Extraordinaire panneau de Blue Mountain Daisy, fait de cercles de blue jeans, bordés, décorés, brodés, appliqués avec jubilation !

Ici vous avez un article très complet, montrant en particulier ce quilt moderne :

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Glam Clams, Latifah Saafir

 

Si vous lisez l’anglais et que vous souhaitez faire un « quilt-along » (un quilt fait par vous et pour vous, en suivant la dynamique d’un groupe)  sur le thème des coquilles, rejoignez Rachel dans Stitched in Color, cela commence tout juste en ce moment !!

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Et pour terminer, voici les coquilles mal élevées, les renéguates qui n’ont même pas fait rentrer leurs marges de couture. C’est encore Rachel qui montre le chemin :

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Un ravissant panier décoré de cercles donnant l’illusion de coquilles… Il s’ébouriffera avec le temps !

 Kristine l’Abeille s’en est inspirée pour faire chanter les couleurs brique et évoquer un toit toulousain tout en tuiles :

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Il sera exposé lors des expositions du Patrimoine, préparées par les délégations France Patchwork du patch d’Oc. Comme la trousse de Rachel, les tuiles sont des disques qui se chevauchent, fixés à la machine… Il faut bien la maîtriser pour un beau résultat comme ici ! Son étiquette, au dos, comporte un crayon du souvenir :

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Conférence à Toulouse

Le crazy quilt américain, nécessité et création

Conférencière : Denise Saint-Arroman, artiste quilteuse brodeuse
Date : 26 février 2015, de 17h30 à 19h00
Lieu : Archives départementales – Toulouse

Renseignements : Conseil général – Archives départementales – 11 bd Griffoul Dorval 31400 Toulouse.
Tél : 05 34 31 19 70

Entrée libre et gratuite

Depuis des siècles les femmes américaines cousent des quilts (patchworks). Cette technique dont l’origine se perd dans la nuit des temps est devenue le symbole de l’Amérique et un art à part entière accueilli par les musées.

Mais il témoigcrazyne aussi de la vie des femmes qui les ont réalisés. Simples ou sophistiqués, maladroits ou inspirés , il se sont transmis de génération en génération. C’est un art vivant qui nous émeut justement parce qu’il évoque la vie familiale, la chaleur du foyer.

A travers quelques exemples de « crazy » victorien nous allons plonger dans l’histoire de ces femmes , ressentir comment elles ont exprimé leur besoin de création et d’évasion en réalisant ces objets utilitaires indispensables à la survie de leur famille.

Je note date et heure dans mon agenda et espère pouvoir y aller !

Le dessus-de-lit anglais de 1718

Susan Briscoe est une femme talentueuse et engagée, vivant la plupart du temps en Ecosse mais aussi comme en ce moment parfois au Japon, pays qu’elle chérit et qui l’inspire depuis longtemps. Elle a notamment écrit et conçu ces superbes livres :

Quelques livres de Susan Briscoe, vous en connaissez sans doute certains même si la couverture n’est pas la même ! 

Attention, plusieurs de ses livres ont été publiés en Angleterre et aux Etats-Unis avec différentes couvertures ! Certains sont traduits en français, je vous laisse farfouiller dans votre librairie en dur ou en ligne préférée…

Elle a travaillé ces dernières années sur le plus ancien patchwork anglais connu :

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Quelle beauté ! Il date, rendez-vous compte, de 1718… Son histoire complète, ainsi que les blocs, sont dans ce livre :

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Je ne l’ai pas encore en ma possession (le livre…), mais je sais que le patchwork original a été assemblé selon la fameuse méthode « à l’anglaise » (tout comme des hexagones : chaque morceau de tissu est bâti sur un gabarit, puis assemblé aux autres par un point de surjet) et il reste quelques papiers coincés au dos : des bouts de factures, des lettres… ainsi que les brouillons dessinés de quelques blocs du quilt ! Le patchwork en mosaïque, tel qu’on l’appelle aussi, était justifié en raison de l’utilisation de soieries et autres tissus si difficiles à travailler. Susan a fait une réplique de ce beau vétéran, cherchant longuement des tissus convenant au plus près. Elle a, par exemple, sélectionné un ancien Yukata (tissu japonais) pour mettre à la place d’un tissu de soie rayé. Elle conseille aussi de chercher du côté de certains batiks pour faire l’illusion de certains damassés. Passionnante recherche !

Les tissus sont majoritairement issus de robes usagées avec plus de 120 tissus différents, dont un morceau est certifié datant de 1640 ! Ce « coverlet* » est une ode à la récup ! J’en aime particulièrement les couleurs, toutes issues de teintures naturelles (évidemment, vu la date) et cela me fait penser à ma copine d’Ariège, spécialiste médiévale, qui nous écrira prochainement dans la Ruche. Surprise !!

Je crois comprendre que, dans ce livre, plusieurs propositions d’assemblage plus modernes et rapides sont expliquées, et je dois vous dire que de nombreuses quilteuses britanniques s’y sont mises !

Une artiste céramiste a même fait quelques plaques inspirées de ce patch :

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 Cette céramiste, qui semble dédiée au monde du patchwork, a son site ici : Cathy Daniel.

Cet ouvrage vous tente-t-il ?  Bien sûr, vous pourrez y mettre un crayon ! La merveilleuse idée d’un crayon sur vos quilts millésime 2015 se répand vite, même jusqu’aux Etats-Unis.

 *Coverlet signifie que le top est doublé mais non quilté.

Les quilts en pomme de pin de Miss Sue & dear Betty

Il est des modèles de quilts dont on connaît l’origine, celui dont on parle aujourd’hui n’est pas facile à retracer avec certitude, d’autant plus qu’on en trouve des variantes aussi bien chez les Indiens d’Amérique qu’au fin fond de la Thaïlande ou de la Chine ! C’est donc une façon d’utiliser le tissu qui est intuitive, ce n’est pas compliqué puisque la base est un simple carré de tissu plié. On le connaît sous le nom de point de prairie quand on l’utilise en bordure ou en accent décoratif.

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Ce quilt Pine Cone de Betty Ford-Smith témoigne d’un savoir-faire presque perdu. Exposé en 2006 à Lake Placid (Floride), il gagna le Prix du Public. C’est le deuxième qu’elle a fait, sous l’oeil bienveillant de Miss Sue.

C’est un Pine burr ou Pine Cone quilt quand l’ouvrage n’est composé QUE de points de prairie disposés en cercles. Son aspect décoratif est très prisé et son origine est revendiquée à plusieurs endroits. C’est devenu le symbole de l’Etat de l’Alabama. Ici une page Pinterest sur ce thème, montrant beaucoup de variantes au fil du temps.

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Ici une fière Indienne pose en costume traditionnel (revisité !) de la tribu Lumbee en Caroline du Nord. Ils utilisent ce motif en tant que modèle d’origine indienne, on les retrouve actuellement en bijoux et autres objets d’inspiration native.
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Les plumes de rapaces étaient communément utilisées en coiffes et en bijoux par les Indiens. Ici une plume de faucon. Quand on les dispose en cercle, je trouve qu’il y a une belle ressemblance avec les quilts Pine Cone !
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Vous comprenez mieux ce que je veux dire ici ! Les Indiens Lumbee s’attribuent l’origine de ces quilts en raison de maints objets et dessins en cercles qui font effectivement penser à ces quilts.
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Mais c’est la pomme de pin comme son nom l’indique, qui est l’inspiration la plus évidente. Cette forme de quilt est en tout cas issue de la Nature !

Dans le Vieux Sud, en Géorgie comme en Caroline du Nord et du Sud, en Floride comme en Louisiane, en Alabama ou au Texas, on fait des quilts en pomme de pin depuis bien plus de cent ans, certains disent même depuis 200 ans. Je vous en avais déjà parlé ici. C’est d’ailleurs grâce à cet article que LeeAnn m’a mise en relation avec Betty… et que Betty a accepté de me faire confiance et de me raconter ses passions.

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Le premier quilt de Betty est ici dans son magasin d’antiquités, Miss Ruby’s Den (baptisé d’après le nom de sa chère maman). On voit aussi des poupées de tissus qui ont attiré mon attention : Betty les a faites en 1980. Ce sont les dernières qui lui restent, elle en avait fait beaucoup quand elle s’occupait d’enfants déficients auditifs. Elle les a appelées « Betty long legs », Betty aux longues jambes !

Vous avez vu les quilts utilitaires très variés de Miss Sue, parallèlement elle faisait aussi des Pine Cone quilts.
Miss Sue
a appris dès son enfance à faire ce genre de quilt, car sa mère, sa grand-mère en cousaient déjà. Les Pine Cone quilts donnaient la possibilité d’utiliser des petits carrés de toutes sortes de tissus qu’on ne peut utiliser ailleurs, c’est l’ultime recyclage. Chez Miss Sue, tous les bouts de textiles pouvaient finir en carrés, mis dans diverses boîtes pour assortir les couleurs. Plus le quilt grandit, plus il faut de tissus du même genre pour pouvoir faire le tour ! Parfois, un quilt restait en plan par manque de tissus. De temps en temps aussi, elle arrêtait pour que ses doigts guérissent, tant la couture de ces carrés en quatre épaisseurs (plus le tissu de fond) est une épreuve ! Les aiguilles finissent par faire des trous dans les doigts, qui n’a pas connu cela en quiltant ?… Sans compter la raideur des épaules, à force de tourner le quilt de plus en plus lourd…

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Miss Sue commence un Pine Cone Quilt. Celui-ci sera très coloré !
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L’ouvrage a bien avancé. Les cartons pleins de petits carrés déjà découpés sont à côté de son fauteuil.
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Ces quilts sont montrés dans les classes en tant que pièces patrimoniales (heritage works), car il ne reste plus grand monde à faire ce genre d’ouvrage !

Par souci de transmission de son savoir tout autant que par plaisir, Miss Sue a donc enseigné à Betty comment faire un quilt en forme de pomme de pin. Betty s’est si bien piquée au jeu qu’elle vient de terminer son troisième, tout vert, que voici !

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Ce quilt est tout est vert, rappelant la Saint-Patrick (fêté le 17 mars un peu partout aux USA). Elle l’a terminé fin novembre, ce qui tombe bien car les couleurs sont parfaites pour Noël aussi !
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J’admire ici comment les tissus sont judicieusement choisis pour faire un magnifique camaieu. Je vois aussi que certains tissus sont de beaux batiks et autres étoffes de belle qualité !

Pourquoi ce genre de quilt a-t-il eu autant de succès ? On a besoin de tant de temps et de tissus !

– Cela permet de ne rien jeter, c’est déjà une excellente raison. Les dimensions des carrés peuvent différer, mais c’est souvent de l’ordre de 3 inch de côté (7,5 cm). On peut cependant choisir une base plus grande ou plus petite.

– L’autre bonne raison est que chaque morceau étant finalement en 4 épaisseurs + la base sur laquelle sont cousus les carrés, ce quilt procure une grande chaleur même en l’absence de molleton (beaucoup d’air est emprisonné, formant une couche isolante). C’est le but premier d’un quilt, donner chaud ! Mais attention au poids final : celui que vient de terminer Betty, vert en l’honneur de la Saint-Patrick et des Vétérans, pèse 13 kg !!! Il mesure tout de même 2,50 x 2,10 m.

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Dès qu’il fut fini (fin novembre de cette année), Betty le posa sur son lit. Si on l’utilise en couverture, on ne se sent pas écrasé comme si un éléphant se posait sur soi car le poids est bien réparti et il diffuse une bonne chaleur réconfortante. C’est pourquoi ce genre de quilt a eu tant de succès dans le Sud où les maisons étaient souvent sans aucun chauffage d’appoint.
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Magnifique en tapis aussi !

 

A présent, maintenant que Miss Sue n’est plus, Betty souhaite ardemment que survive ce savoir-faire. Elle l’a enseigné à son tour à 4 personnes, mais toutes ont laissé tomber, par manque de temps, d’intérêt, de pugnacité. C’est ainsi qu’elle trouva l’article de LeeAnn sur internet qui, elle, en a fait un à la machine à coudre et explique sa méthode ici. LeeAnn est, comme moi, très intéressée par toutes formes de quilts aux formes oubliées afin de leur redonner vie !

Je n’ai pas vocation à faire ici un catalogue de tout ce que Betty peut vendre ou exposer (elle a d’autres collections tout aussi impressionnantes que les drapeaux vaudou, notamment des masques africains), mais si, aux Etats-Unis, quelqu’un est intéressé, n’hésitez pas à la contacter ici : misssue98@yahoo.com (attention, il y a bien 3 s à la suite !) . Le quilt vert, par exemple, est en vente sur ebay, mais comment le faire connaître ? Même de loin, j’espère contribuer à sa vente, qui sait… Sa boutique en ligne montre en tout cas qu’elle est considérée comme une vendeuse exemplaire, cela ne peut que donner confiance à un acheteur éventuel.

Cependant j’aimerais insister sur le livre que Betty vient d’écrire :

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Il est prêt à être imprimé, mais les coûts par exemplaire sont importants. Elle y raconte bien plus que tout ce que j’ai pu vous dire, accompagné de plus de cent photographies. Il y a aussi tous les conseils pour réussir un Pine Cone quilt à la main. Si quelqu’un peut lui donner un coup de pouce pour l’édition, ce sera son plus beau cadeau de Noël ! Même adresse de contact :
misssue98@yahoo.com

C’est avec cette belle histoire d’amitiés entre femmes que je vous souhaite de très belles fêtes de fin d’année, à vous tous qui me lisez fidèlement ! Car il faut parfois du courage pour s’attaquer à mes longs posts, je sais bien !…

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Ici les explications pour faire des pommes de pin en tissu… à défaut d’un quilt pour Noël !

 

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… et à l’année prochaine !

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Des quilts en Floride

Il est des périodes durant lesquelles tout est cadeau. Les si gentils commentaires accompagnant mes posts en font grandement partie, merci aux lecteurs d’ici et d’ailleurs ! Je suis aussi émue par le bel hasard qui vient de me faire gagner un quilt de Sujata, et soyez certains que vous entendrez parler ici des quilts faciles, et aussi des quilts non conventionnels au cours de l’année prochaine… Je viens également de recevoir des mails enchanteurs de Floride, comme un cadeau de Noël, et c’est ce que je vais partager avec vous en cette fin d’année.

Cela me touche infiniment d’entrer en contact avec des personnes très différentes de moi et de sentir une mutuelle bienveillance, une confiance entre nous. C’est ce qui vient de m’arriver grâce à l’intermédiaire de LeeAnn de Seattle, encore et toujours ma bonne étoile ! Mais avant de vous présenter Betty et son amie Miss Sue, des quilteuses bien sûr, passons un moment ensemble dans leur Etat, la Floride.

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De France, nous voyons la Floride au cinéma, à la TV : si vous êtes de ma génération, vous en connaissez Flipper le Dauphin, les Everglades et aussi Disneyworld, Cap Canaveral et la Nasa, les flics aux lunettes de soleil, les belles nanas, les fêtes… Un méli-mélo forcément réducteur !

Boys W/Dolphin In Scene From "Flipper"
Ces jeunes garçons débrouillards aidés par le dauphin Flipper sauvant des personnes en détresse me firent passer de belles heures devant la TV ! J’aimais bien quand les jeunes désobéissaient à leur père… pour la bonne cause ! Les balades en hydroglisseur dans les marécages des Everglades étaient impressionnantes. Je n’ai revu aucun épisode depuis les années 60, je serais peut-être déçue alors je garde mes beaux souvenirs intacts… Autres séries animalières de mon enfance : Daktari, Skippy le kangougou…

Socialement, cet Etat fait le grand écart entre les très riches et les très pauvres, les actifs et les très nombreux retraités en quête de soleil (comme une partie de la région PACA) et d’une fiscalité avantageuse, avec aussi de nombreuses communautés qui se côtoient tant bien que mal…
Cette péninsule, très vite occupée par les Espagnols (nous ne sommes pas loin de là où Christophe Colomb atterrit la première fois, sur l’île de Saint-Domingue/Haïti), continue d’être largement hispanophone avec, en particulier, une grande communauté cubaine.

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En tant que quilteuse, quand je pense à la Floride, je pense bandes seminoles ! Comme leur histoire est plutôt méconnue en France, permettez-moi de vous faire un peu mieux connaître les Creeks.

Le peuple Seminole est issu des tribus CREEKS, originaires du grand sud-est du territoire des actuels Etats-Unis. Après une série de guerres contre les militaires des Etats-Unis (dites « guerres Seminole », au cours desquelles ces Indiens montrèrent une grande bravoure), ils se séparèrent en plus petits groupes. Dans les Everglades, marécages du sud de la Floride où personne d’autre ne voulait vivre, certains se régugièrent mais ne se soumirent jamais au gouvernement US : ils se nomment eux-mêmes « le peuple jamais conquis ». Ils étaient composés principalement d’Indiens, mais aussi de Noirs ayant fui l’esclavage et de quelques Blancs rebelles.

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The Seminole : patchworkers of the Everglades, livre paru en 2000.

 Le mot « seminole », écrit pour la première fois dans un texte officiel en 1771, viendrait du mot espagnol cimarron, signifiant domestiqué revenu à l’état sauvage. Après la dernière guerre seminole en 1858, ils s’installèrent dans une vie familiale proche de la Nature, construisant des cabanes faites de bois de cyprès et de feuilles de palmes appelées chickees, faisant pousser du maïs, de la citrouille, des haricots, chassant les animaux sauvages. Pas de route dans leur pays, ils se déplaçaient en canoës, notamment pour aller vendre des peaux d’alligators et de serpents ainsi que des plumes d’oiseaux afin d’acquérir du sucre de canne, de la farine, des armes, du tissu de coton entre autres…

A chaque voyage pour faire commerce, ils rapportaient notamment du tissu de coton d’une seule couleur (ce qui était disponible ce jour-là). La fois d’après, c’était un autre bain de teinture, une autre plante utilisée… Les femmes conservaient le moindre petit morceau et décoraient les vêtements avec des petits bouts appliqués. C’est une société dans laquelle rien ne se jette ! Donc avant le patchwork de bandes, ces femmes faisaient de l’appliqué, toujours dans un esprit d’utilisation des restes avec l’idée d’embellir.

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Photo des années 1920 – Bibliothèque digitale des Everglades

 

A la fin du 19e siècle, d’après les archives de la célèbre marque SINGER, le marché de la machine à coudre était saturé dans la majeure partie des Etats-Unis (mais oui !!), et donc des vendeurs s’aventuraient vers l’extrême sud pour conquérir de nouveaux clients. C’est ainsi qu’un de leurs meilleurs vendeurs, James Willson, convainquit les Seminoles d’acheter des machines à coudre à manivelle – pas d’électricité dans les Everglades 😉 ! Grâce à ces machines, les femmes ajoutèrent des bandes décoratives sur tous leurs ouvrages, en particulier les vêtements. Très vite, elles devinrent expertes en coupe-couture-recoupe et inventèrent des techniques utilisées de nos jours en patchwork moderne. Ces femmes étaient souvent remarquées par leurs belles coiffures, leurs bijoux… Nul doute qu’elles étaient coquettes et voulaient porter les plus beaux patchworks possibles !

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La première particularité du patchwork seminole est d’être composé de bandes et non de blocs. En général, les tissus utilisés sont unis, contrastés et vifs, coupés en bandes, assemblés puis recoupés à 90°, 45° ou exceptionnellement d’autres angles, et enfin recousus après avoir été décalés et repositionnés. C’est un bon exercice pour les neurones ! Après quelques simples motifs, elles inventèrent d’innombrables dessins, la plupart remplis de symboles.

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Superbe jupe léguée au musée Ah-Tah-Thi-Ki. musée seminole. Couturière anonyme.

 Les bandes piécées sont ensuite très faciles à assembler en pile. Tout au long du 20e siècle, les Seminoles se vêtirent avec ces patchworks : il n’était pas rare, encore dans les années 60, de rencontrer des personnes vêtues en patchwork (des blouses masculines aux larges manches bouffantes, de longues jupes froncées pour les femmes) en plein centre de Miami ! A présent, cela devient plus folklorique et réservé aux lieux touristiques.

Quelques photos issues du State Library and Archives of Florida (archives nationales) :

Robert Billy and his family Deaconess Bedell posing with Miccosukee Indians at their camp Seminole Indians gathered under a chickee

Cette sorte de patchwork reste une grande fierté culturelle et un produit de qualité largement vendu aux touristes. Ces fiers Indiens continuent d’exister en Floride !

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Très beau top seminole d’Isabelle. Ici quelques imprimés se trouvent avec une majorité de tissus unis.

Le graphisme est très moderne pour nous occidentaux, alors que pour les Indiens ce sont des dessins déjà dans leur univers comme sur des poteries, en tissage de fils, de branches ou de perles. N’oublions pas que ce que nous appelons modernisme commença par la reconnaissance des qualités artistiques d’objets « venus d’ailleurs »… Des impressionnistes admiraient l’épure des estampes japonaises, Picasso secoua la vision esthétique avec les Demoiselles d’Avignon, première oeuvre cubiste, aux femmes ayant des visages inspirés de masques africains…

En complément sur les techniques de bandes seminoles, vous pouvez lire l’article de Denyse Saint-Arroman ici.  Elle a aussi fait un livre très précis en français sur l’art du patchwork seminole, la contacter sur son blog si vous souhaitez l’acquérir.

Les bandes faites en technique seminole sont très utiles pour faire des bordures, mais aussi des quilts entiers qui peuvent s’éloigner visuellement du monde des Indiens :

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Extraordinaire utilisation de bandes seminoles par Bartonbaker (photo Pinterest)
Dreamlines, Brenda Garl Smith
Brenda Gael Smith, quilteuse australienne de grand talent faisant partie du groupe international Twelve by Twelve, a repris l’esprit du patch seminole tout en se référant ici à l’art aborigène et à la puissance des rêves… Superbe réalisation ! (Photo Pinterest)

 Et pour finir, dans un magazine 100 Idées de ma jeunesse, Cosabeth Parriaud avait fait un superbe quilt en technique seminole. Il fut repris par une quilteuse de Haute-Garonne :

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Un vrai sampler de techniques seminoles exposé à Cazères (31) ! Une Centidéaliste retrouvera peut-être ce modèle des années 80 !

Inspiration sans frontière…

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Nous partirons donc en Floride la semaine prochaine à la rencontre de Betty Smith et Miss Sue !  Dépaysement garanti 🙂

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Mise à jour
En complément de cet article, Odile vient de me transmettre ces liens très intéressants sur la présence des machines à coudre chez les Seminoles :

– un texte en anglais, avec de belles références photographiques, sur l’expansion des machines Singer au XIXe siècle : http://www.singermemories.com/cast-characters-singer-salesmen/ (le même lien que dans le texte ci-dessus)

– des photos de Seminoles du passé et du présent, utilisant une machine à coudre :
https://www.floridamemory.com/items/show/63761
https://www.floridamemory.com/items/show/255944
https://www.floridamemory.com/items/show/119555
https://www.floridamemory.com/items/show/123972

Odile, mille mercis !

Marti Michell, le cœur sur la main

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Marti Michell est une adorable dame, toute fraîche et mignonne. Ce n’est pas la personne la plus connue actuellement dans le monde du patchwork, et pourtant nous lui devons tant !! Je vais simplement évoquer ce qui leur revient, à elle et son mari Richard, son compagnon de vie et de travail…

A la fin des années 60, Marti, jeune maman, commença à proposer des cours de couture. Parallèlement, elle aimait faire du patchwork et constata l’intérêt de ses élèves pour ses ouvrages, avec l’idée frémissante qu’après tout le patchwork n’était pas si ringard que ça et que cela faisait du bien de renouer avec les racines des grand-mères ! Très vite, le couple se rendit compte que les personnes cherchaient plus des kits de tissus et de modèles que des cours. Car dans les magasins de tissus, c’était le règne du polyester et des étoffes tricotées (dont on fait les tee-shirts par exemple). C’est donc ce couple qui, à partir des années 70, s’est démené pour offrir de nouveau des tissus de coton à la coupe, puis demander aux fournisseurs du molleton en grande largeur, etc. Tout ce qui nous est disponible et évident de nos jours ne l’était pas alors ! Ils sont devenus connus dans tous les Etats-Unis comme fournisseurs majeurs de matériel et de kits de patchwork aux magasins de détail.

Marti Michell/Katell
Marti Michell au stand des Ouvrages de Nat à Sainte-Marie-aux-Mines, en septembre 2014.

Dans le dernier numéro du magazine Les Nouvelles n° 123 de France Patchwork, vous trouverez en page 59 un extrait de ce que m’a appris Marti Michell à SMM en septembre dernier. Rendez-vous compte, c’est elle qui a créé la révolution du patchwork en 1980 en concevant l’utilisation du cutter rotatif avec des règles en plexiglas !

S’ensuivit dans les années 1981-85 l’organisation de cours sur l’utilisation du cutter rotatif tel que conçu par Marti Michell et son amie Mary Ellen Hopkins : ce fut dès lors une formidable effervescence dans le monde du patchwork ! Cette conception de coupe convient pour le travail traditionnel mais surtout suscite de nouvelles techniques, de nouvelles envies… qui ont vite traversé l’Atlantique ! J’ai acheté mon cutter rotatif au Rouvray en 1989, c’est toujours le même que j’utilise. Increvable, mon cutter OLFA ! En janvier prochain, je vous conterai l’histoire de cet objet qui fête ses 35 ans…

Je tiens à remercier très chaleureusement Nathalie Delarge des Ouvrages de Nat qui a rendu cette rencontre possible.

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Photo empruntée à Cerise pourpre : prise à SMM, on voit deux couples au service du patchwork : Nathalie et son mari, Marti et son mari… Un accueil toujours chaleureux nous est réservé par eux quatre !

La passion continue depuis toutes ces années, les quilteuses du monde entier sont toujours à la demande de nouvelles idées… Cela tombe bien, Marti en a ! C’est au service des utilisatrices que Marti et son mari proposent des « facilitateurs » : tous ces objets, ces livres, ces kits qui permettent à chacune de réaliser de beaux quilts ! Ce sont en particulier les gabarits en plexi, extrêmement bien conçus (vous n’aurez plus de vilaines petites oreilles qui dépassent grâce à ces gabarits !), qui rencontrent leur public.

Ici en France, nous avons la chance d’avoir l’ambassadrice de charme de Marti en la personne de Nathalie Delarge. Tout comme Marti, elle est généreuse, patiente, infatigable, intelligente… J’arrête, je la vois rougir d’ici 😉 Et si vous avez des hésitations sur l’utilisation des gabarits ou que vous recherchez des trucs et astuces, courez voir les vidéos de Nathalie : elle vous explique TOUT avec clarté et brio !

Leur rencontre fut un coup de foudre. Leur collaboration est un succès durable. Que j’aime ces success stories ! 

Nat prépare du nouveau pour le mois de janvier : suivez-la sur Facebook et sur son blog pour ne rien rater !

ce n'est pas un mystère
Un des derniers tops de Nat, tout à la machine ! Les gabarits et la technique rendent possibles des assemblages à la machine incroyables !

J’ai gardé de ma rencontre avec Marti Michell un souvenir vif, empreint de respect envers cette dame à qui nous devons tant, mais aussi déjà de l’affection… Et puis elle m’a bien fait rire ! Sa petite blague en conclusion de notre entretien fut :

Le problème avec mes gabarits, c’est qu’ils sont très solides, ils durent une vie entière de quilteuse. Ce n’est pas bon pour le commerce ! Alors la prochaine fois, je me lance dans le commerce du chocolat !

Roderick Kiracofe inspire !

Ce nom vous dit-il quelque chose ? C’est que vous connaissez sans doute ce livre :

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Véritable « bible du patchwork », ce beau livre est une traduction de celui présenté ci-dessous, avec le sous-titre précisant que c’est une histoire (une encyclopédie !) du patchwork de 1750 à 1950 :

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J’ai le livre en anglais et c’est une de mes références fiables quand je veux vérifier que je ne raconte pas n’importe quoi dans mes articles ! Il est si facile de trouver sur internet une info maintes fois reprise… mais fausse. Si vous souhaitez un livre résumant les styles, les courants, les nécessités et les folies du patchwork, c’est celui qu’il vous faut. Avec une grande clarté, on y explique les états d’esprit des quilteuses, leurs sources d’approvisionnement – à la fois les tissus et les modèles. C’est un livre à lire et pas seulement à feuilleter pour ses magnifiques photos de quilts ! Certains sont connus, reconnus, d’autres sont beaucoup plus étonnants et peu académiques. Ce sont souvent ceux que je préfère !

On ne le trouve plus en librairie depuis des années puisqu’il fut édité en français en 1999 par Flammarion, mais il est souvent proposé d’occasion sur divers sites (amazon.fr, leboncoin, priceminister etc.)

Roderick Kiracofe est, vous vous en doutez, quelqu’un de passionné par le patchwork. Artiste, collectionneur, consultant, écrivain, c’est un expert reconnu et respecté. Sa passion remonte à son adolescence en Indiana, il se souvient de son attraction pour les objets trouvés dans les vide-greniers, vestiges des temps passés, chacun racontant son histoire… Déjà, les quilts l’attiraient…

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Non conventionnels et inattendus, les quilts américains passés inaperçus/qu’on ne connaît pas/inconnus du public/… 1950-2000. Quelle serait la meilleure traduction ?…

Son tout nouveau livre est unanimement acclamé comme un événement. L’aventure a commencé voilà douze ans : après une première vie de collectionneur-vendeur de quilts, Roderick a décidé de faire une collection… pour lui-même. Mais il s’est imposé des conditions : il voulait des quilts d’après les années 1940 qui comble son sens de l’esthétique.
Mais qu’y a-t-il donc dans les années 50 ou 60 ? C’est le vide sidéral dans tous les livres de patchwork. On considère que, jusque la réhabilitation des quilts grâce aux expositions de la collection Holstein à NYC en 1971 et à Paris en 1972, plus personne ne quiltait : c’était vieillot, la jeunesse avait bien d’autres choses à faire : consommer, danser sur Elvis Presley, consommer, conduire des voitures fantastiques, consommer, aller au cinéma, consommer… Années idylliques et insouciantes dans la mémoire collective !
Le nouveau livre de R. Kiracofe montre combien nous nous trompons ! J’attendrai 2015 pour vous en parler plus en détails, car tant est à dire ! Sachez cependant que les extraordinaires photos ne seront vraiment intéressantes que si vous comprenez l’anglais à mon avis… Mais c’est vrai que les quilts sont si beaux et parlent d’eux-mêmes… Ce livre comporte 10 essais de personnes très diverses, toutes passionnées par le patchwork, d’une rare richesse informative et affective et on a là une histoire contemporaine du patchwork absolument passionnante.

AVIS AUX EDITEURS FRANCOPHONES !

La collection de Roderick Kiracofe inspire les artistes d’aujourd’hui. Tout comme nous avons toutes ou presque eu envie de copier un quilt du 19e siècle, ma copine de Seattle a eu envie de copier un quilt anonyme -comme la plupart des quilts du livre- trouvé en Louisiane :

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Quilt de la collection de Roderick Kiracofe, bloc unique revisité des Marches du Palais. Quilt trouvé à la Nouvelle-Orléans (Louisiane). Fait en coton et gabardine, assemblé machine, quilté main au fil pourpre. Dimensions : 183 x 170 cm. D’après les tissus, on ne peut qu’estimer sa réalisation qu’entre 1950 et 1975 ! Manifestement, il est fait de vêtements recyclés plus ou moins anciens.

Elle a adoré travailler en « free-form », sans se soucier si sa coupe est bien droite, suivant son inspiration. Son quilt est un hommage à la quilteuse inconnue… et à Roderick Kiracofe !

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Allez voir d’autres photos sur son blog Nifty Quilts. Vous y verrez un détail surprenant pour le quilting à la main, issu d’une habitude pas encore parvenue en France 😉

Bravo LeeAnn, moi j’ !

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Quelques références :

Site Roderick Kiracofe
Okan Arts
– … et d’innombrables blogs américains célébrant chacun leur admiration pour ce livre !

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