La Dame Blanche des Habsbourg

la dame blanche

Quand j’étais enfant, une collection de livres à jaquette blanche ornait une étagère de la bibliothèque de mes parents… Très jeune donc, vers 10 ou 11 ans, j’ai lu plusieurs de ces livres  à la belle couverture de tissu ivoire et aux dessins choisis (collection Club de la Femme). Celui qui m’a le plus durablement impressionnée est « La Dame Blanche des Habsbourg » de Paul Morand, un curieux document historique parlant… d’un fantôme, ou plutôt d’un spectre d’allure féminine qui aurait hanté des siècles durant la dynastie des Habsbourg. Nous ne sommes pourtant pas en Ecosse !

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Napoléon François Joseph Charles, prince français, Roi de Rome, Prince de Parme, puis de Duc de Reichstadt avant que sa mort prématurée le fasse entrer dans la légende sous le nom de l’Aiglon… Credit: The Art Archive / Museo del Risorgimento Milan / Gianni Dagli Orti

C’était sans doute le premier livre historique que je lisais et ma mémoire a retenu deux personnages : Napoléon II, fils de Napoléon et de Marie-Louise (Autrichienne), dont la destinée est poignante et Elisabeth, plus connue sous le nom de Sissi… 

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Elisabeth, impératrice d’Autriche et de Hongrie, « la plus belle femme d’Europe », ici en 1867.

La Dame Blanche apparaît avant chaque mort violente ou révoltante des membres de cette grande famille. C’est le signe imparable de la fatalité qui marqua les Habsbourg, jusqu’à l’assassinat de l’héritier à Sarajevo en 1914, avec les conséquences que l’on sait… L’auteur raconte ainsi 200 ans de règne des Habsbourg. Contrairement aux Cours de France et d’Angleterre, les souverains autrichiens apparaissent comme très sérieux, travailleurs, vertueux… mais poursuivis par la fatalité.

Si, lors d’un vide-grenier, vous tombez sur ce livre, prenez-le, le talent et l’érudition de l’auteur vous feront passer un étrange moment mêlant Histoire et surnaturel au coeur de l’Europe !

Rendez-vous prochainement ici avec des Dames de habsbourg, qui elles ont incontestablement existé et marqué l’Europe. Elles ne faisaient pas de patchwork mais participèrent, de par leur rang et leur éclat, à l’évolution des arts européens…

Un siècle de progrès… et un scandale !

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Chicago, 6 janvier 2014

Alors qu’une vague de froid glacial vient de meurtrir le grand Est étasunien, je vous propose aujourd’hui de découvrir un événement qui a marqué la ville de Chicago au moment où une crise économique majeure jetait des milliers de chômeurs à la rue et où Eliott Ness arrêtait enfin Al Capone l’homme le plus puissant de la ville,  un gangster régnant sur les trafics de la drogue, de l’alcool et de la prostitution.Chicago 1933

Ville de Chicago, 1933

Pour célébrer son premier centenaire, la ville de Chicago programma en 1928 une exposition universelle dans sa ville pour 1933 dont le thème principal allait être « a Century of Progress », un siècle de progrès. La terrible crise commencée le jeudi noir (29 octobre 1929) n’a pas empêché cet hymne aux nouvelles techniques de voir le jour. Le succès fut si vif que l’Exposition, qui devait durer une saison, s’est rouverte pour une 2e session en 1934. Chicago comptait alors déjà 3 millions d’habitants et près de 50 millions de tickets d’entrée furent vendus ! Les spectacles étaient éblouissants, les thèmes passionnants et au cours de cette fête de l’innovation, de la science et du progrès, lentement le 1er New Deal de Frank D. Roosevelt commençait à porter quelques fruits ; l’espoir renaissait dans cette décennie pleine de contradictions, de modernité et d’archaïsme, de richesse et de misère.

250px-Chicago_world's_fair,_a_century_of_progress,_expo_poster,_1933,_2a689Affiches de l’événement, dans le plus pur style Art Déco. Vous pouvez voir ici un recueil de photos N&B montrant cette architecture.

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Parmi toutes les (r)évolutions en un siècle, cette enveloppe célèbre les progrès du transport du courrier.

Les documents disponibles numérisés mwmontrent l’immensité de cette exposition universelle, avec les grandes industries montrant leurs dernières inventions, dont certaines perdurent évidemment !  On apprenait par exemple comment Firestone fabriquait ses pneus, quels étaient les progrès dans le monde des transports, de l’énergie, etc. J’ai bien ri en voyant un article sur la fabrication industrielle de la Miracle Whip de Kraft, une sorte de mayonnaise bon marché née de la crise en cette année 1933, laquelle est toujours extrêmement populaire.
Autre vedette parmi des milliers d’autres, la première montre bracelet Mickey fut vendue lors de cet événement ! Celles qui existent encore de cette époque sur le marché se vendent à présent à prix d’or… 

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Cette Exposition universelle montrait à la fois le développement des Etats-Unis, l’avancement des sciences et de industries les plus pointues, mais des pavillons faisaient aussi voyager dans le temps et l’espace. Ainsi les Américains découvrirent des maquettes de dinosaures, purent se promener dans des rues de Paris reconstituées, comprendre la fabrication de la soie dans le pavillon japonais, admirer le Zeppelin dans les airs (photos et historique des Zeppelins en français)… stamp zeppelin

Il était aussi dans l’air du temps de montrer des photos de personnages « de foire », handicapés ou aux capacités étranges (Ripley’s Believe or Not). Dans d’autres registres mais devenus tout aussi inacceptables de nos jours, on montrait des tribus parquées (des Indiens notamment), un quasi-zoo de nains ou de vrais bébés prématurés en incubateur, symboles des progrès en médecine…couneyatchicagoCette exposition d’enfants prématurés en incubateur ne fut pas du tout unique, il y en eu de très nombreuses aussi notamment en Europe. 

Mais le scandale qui m’intéresse dans ce blog est bien ailleurs et concerne évidemment le monde du patchwork ! Rendez-vous ici dans quelques jours pour l’évocation de la plus grande exposition de quilts jamais égalée, même quatre-vingts ans plus tard…51FLJa1cy6L._

Livre de Merikay Waldvogel & Barbara Brackman  consacré à l’exposition de quilts à Chicago en 1933 et 1934. Vous pouvez d’ores et déjà vous plonger dans l’ambiance Art Déco de l’époque par ici !
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De la couette au quilt

Vous souvenez-vous des lits des années 60 ou 70 ? Héritage à la française, tous avaient un drap plat tiré sur le matelas, puis un autre drap au rebord orné -ne serait-ce qu ‘une couture au point de bourdon- et enfin une ou deux couvertures. Des oreillers, un traversin parfois, complétaient le lit pour plus de confort. Un couvre-lit recouvrait le tout le jour. 

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Le Lit de Toulouse-Lautrec (Musée d’Orsay)

Les couettes sont apparues en fin des années 70, avec la mode scandinave, à peu près en même temps que les draps housse à élastiques pour recouvrir les matelas. Révolution pour les jeunes, le lit se faisait en un clin d’oeil ! Pour les lits doubles, les couettes deux places sont rapidement apparues, grandes et pas si faciles à entrer dans les grandes poches (les housses de couettes). Celles-ci couvrent tout le lit, comme un couvre-lit.

1158240472J’ai été étonnée de voir qu’en Allemagne, on ne faisait pas le lit de la même façon que nous. Un lit pour couple comprend un cadre mais deux sommiers, deux matelas… et deux couettes !!

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Voir l’étonnement d’une Française en Bavière ici !

Les Allemands privilégient le pragmatisme : chacun peut bouger sans déranger l’autre, peut avoir une couette plus ou moins chaude… et le changement des draps est bien plus facile ! De jour, chaque couette individuelle (de 150 x 200 cm) est pliée en deux sous l’oreiller. Pratique, oui, mais pas très beau… et pas du tout romantique ! 

Les quilts sont apparus dans les pays de laine, là où sont des moutons : on récupérait les moins belles fibres de laine pour les enfermer entre deux tissus, puis on stabilisait l’ensemble par des points de quilting pour éviter la migration de la laine dans un seul coin. On le comprend bien quand on voit des restes de quilts exposés dans le Musée de Lempeter.welsh 1800

Quilt gallois de la région de Lampeter – 1800 – Laine (Welsh Quilt Center). Une couverture fait office de molleton. Ce style fait irrésistiblement penser à des quilts amish… qui ne commenceront à exister qu’une soixantaine d’années plus tard pour les tout premiers !

Les couettes, elles, sont traditionnellement les solutions calorifères des pays d’Europe du Nord : faute de moutons, oies et canards sont plumés, mangés… Rien ne se perd ! Les couettes les plus légères, chaudes et agréables, étaient faites avec le fin duvet du ventre pour les plus fortunés, le top étant le duvet d’eider (eiderdun en suédois… qui donnera notre mot édredon) ; les plumes, moins douces et moins calorifères, constituaient les couettes ou édredons de moindre qualité. Pour des raisons d’allergies et d’hygiène, on préfère maintenant des couettes synthétiques : coût inférieur, meilleure évacuation de l’humidité, facilité de lavage…amish-diamond-in-a-square_turquoise

Quilt amish, 1925 – Collection Esprit

Les Amish, dont le mouvement fut créé en 1693 en Europe en dissidence des Anabaptistes, sont partis en plusieurs vagues à partir de 1737 vers le Pays de la Liberté, plus particulièrement vers Philadelphie et la Pennsylvanie, avec toutes leurs possessions. Tout comme les émigrants allemands et d’autres pays d’Europe du Nord, les Amish apportaient d’Europe leurs couettes nommées « sac de plumes » (feather-filled bags), ceci étant attesté dans les listes d’inventaires. Ils continuèrent d’en fabriquer en Amérique pour se tenir au chaud jusqu’au milieu du XIXe siècle.

Pourquoi les femmes Amish sont-elles passées de la couette au quilt ? C’est un des points de la recherche effectuée par Dorothy Osler dans ce livre remarquable Amish Quilts and the Welsh Connection.am-we J’ai reçu ce livre à Noël, je l’étudie attentivement ! A ce sujet, il n’y a pas de raison définitivement arrêtée. Hormis de subtiles raisons religieuses ou idéalistes, on peut avancer que les Amish, pragmatiques comme leurs proches Allemands, quittèrent cette traditionnelle source de chaleur notamment pour des raisons pratiques : on ne peut plus imaginer la puanteur de ces sacs de plumes, surtout neufs, même après le meilleur soin de préparation (nettoyage, séchage au soleil), puis très vite, les moisissures dues à l’humidité… Les quilts de laine puis de coton, à la manière des English et des Gallois (nous y reviendrons un autre jour), sont des améliorations notables au point de vue hygiénique !quilt amish 1925

Quilt amish de 1925 – Collection Esprit

Savez-vous que pour évaluer la froideur d’un hiver, on disait : « c’est un hiver à 3 (ou 4, 5…) quilts » ? Combien de quilts superposés fallait-il pour dormir au chaud dans les « log cabins » ?… Et quand l’hiver glacial se déchaînait comme la semaine dernière, comment ont-ils pu survivre ?…

Si on n’avait pas de quilt, Amish ou pas on avait encore des plumes dans cette Amérique en mouvement :

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Ici des cowboys itinérants avec leur sac de duvet roulé qui leur servait à la fois de matelas et de couverture. Trop volumineux pour être transportés sur le cheval, ils étaient réunis dans un chariot :

Chuck-Wagon

Ah la rude vie des siècles passés !…

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Une jolie histoire des Amish vous est proposée sur ce blog : http://le-fil-des-jours.eklablog.com/histoire-des-amish-etats-unis-a4754459

La fête de la Saint-Martin

Le 11 novembre est une date que tout le monde a en mémoire pour honorer les morts de la première guerre mondiale, car c’est la date de la signature de l’armistice.

armistice

Quelques titres de la presse du 11 novembre 1918

Hasard du calendrier, le 11 novembre est la Saint-Martin, naguère grand symbole de la vie paysanne en Europe. C’était la date-repère de la fin des travaux dans les champs, au même titre que la Sainte-Catherine du 25 novembre était le repère des plantations, jour où « tout bois prend racine ». Le 11 novembre était un jour très festif avec pléthore de mets bien gras !

Saint-Martin (317-397) est un personnage à la vie incroyablement riche et surprenante ; impossible de démêler légende et réalité, toujours est-il qu’il a une grande place dans l’histoire populaire de notre continent. En France, au XXe siècle, on a beaucoup gommé les anciennes fêtes (par modernisme effréné ? par laïcisme ?) mais ici et là refleurissent les fêtes de la Saint-Martin dans de nombreux endroits. C’est près des frontières du nord et de l’est de la France qu’on a le plus conservé les traditions, à l’image des pays limitrophes comme la Suisse, la Belgique ou l’Allemagne.

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Avec mes filles toutes petites en Allemagne, j’ai appris la légende allemande de la Saint-Martin, et surtout tous les ans je me promenais avec elles dans les rues de Hambourg, une ou deux fois par semaine pendant près d’un mois (fin octobre – mi-novembre), avec des lampions orange faits au Kindergarten éclairés d’une (vraie) bougie en chantant :

 » Laterne, Laterne, Sonne Mond und Sterne… »

et autres chansons que j’avais toutes apprises par cœur.

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Lors des grandes processions, nous avions un cavalier encapé qui ouvrait la marche, symbolisant Saint-Martin qui avait déchiré sa cape un jour de grand froid pour la partager avec un mendiant…

procession allemagne

Si le prénom Martin vient de Mars, dieu de la guerre (le père du saint était un officier supérieur de l’armée romaine), Martin et sa cape ont enrichi notre lexique avec le mot chapelle, la dynastie des capétiens, le martin-pêcheur, l’été de la Saint-Martin… Savoureuses anecdotes que je vous laisse découvrir dans le long article de Wikipedia.

fete-st-martin

Bleu et orange, c’est toujours réussi !

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bougieA propos du chemin de table posté hier : si vous le faites, je serais très heureuse de recevoir une photo de votre ouvrage que j’éditerai dans ce blog début décembre avec votre prénom et, le cas échéant, un lien vers votre blog.

Merci !

katell(point)fp31(arobase)gmail(point)com

Samuel de Champlain, fils de Brouage et père du Canada francophone

A la suite de mon article sur la ville forte de Brouage, Lucie de Calgary (Alberta, Canada), a découvert l’existence de cet ancien port, lieu de naissance d’un grand homme ; dans son pays, Samuel de Champlain est un personnage incontournable de l’Histoire puisqu’il a notamment fondé la ville de Québec.

C’est grâce à lui qu’on parle français au Canada. Il s’est acharné à vouloir implanter des colons français en Amérique du Nord et on l’appelle le Père de la « Nouvelle France », immense territoire colonial français :

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En bleu, c’était la France… en 1763 ! Du nord-est du Canada à la Nouvelle-Orléans, en passant par les Grands Lacs (découverts par Champlain), cet immense territoire était la conséquence des explorations et transactions entamées par Champlain 150 ans plus tôt.

Champlain, Château Frontenac

Cet homme, méconnu en France contemporaine, fut un grand aventurier, explorateur, commerçant, géographe, négociateur auprès des Indiens (il fuma le calumet de la paix !)… Lucie m’a très gentiment envoyé cette photo pour témoigner de l’importance de Samuel de Champlain au Canada. C’est une statue du XIXe siècle, dont le sculpteur fut plus tard rescapé du Titanic ! Le socle est en pierre calcaire de Château-Landon (100 km au sud de Paris), qui a la particularité de blanchir au contact de l’air et l’eau de pluie, de la même carrière que les pierres de l’Arc-de-Triomphe et  le Sacré-Coeur de Paris.

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Cette statue est située devant le célèbre Château Fontenac à Québec. Une autre statue de Champlain fut érigée à Ottawa, là où il utilisa un astrolabe en 1615… mais le sculpteur, moins savant, mit l’instrument de mesure à l’envers !

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Samuel de Champlain à Ottawa

Chère Lucie,

Merci de m’avoir incitée à me replonger dans notre histoire commune… et j’espère que ton intention de venir en France en 2015, afin de venir visiter la prochaine exposition de Brouage, se concrétisera !

Bien amicalement,
Katell, quilteuse forever

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De magnifiques photos de l’exposition de Brouage sont éditées sur ce blog, Tempus Fugit.

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Le Civil War Quilt de Martine

Martine a quilté jour et nuit (c’est vrai…) pour terminer à temps ce quilt à exposer à Colomiers… Il fut assemblé, semaine après semaine, en compagnie virtuelle de centaines de quilteurs/ses du monde entier. Grâce à Barbara Brackman, ils ont célébré ainsi les 150 ans de la guerre civile américaine en se remémorant avec chaque bloc un épisode de cette période terrible et décisive de l’histoire étasunienne. Martine, Karine et moi avions publié plusieurs articles à ce sujet (un, deux, trois, quatre, cinq).

Le voici dans toute sa splendeur : 

CWQ Martine

Ici une vue de côté pour apprécier le matelassage en éventail, contemporain de cette époque évoquée :

CWQ détail

Celui de Karine, tout aussi beau mais différent, sera bientôt quilté lui aussi… on le verra à une autre exposition !

Un quilt de robes présidentielles ?

Tandis que le dernier roman de Jennifer Chiaverini fait découvrir au grand public l’amitié qui liait Mrs. Lincoln à sa couturière, les articles sur les blogs fleurissent outre-atlantique sur ces deux dames. J’ai donc découvert ce quilt :

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Quilt en forme de médaillon sur le thème de la Liberté (aigle du panneau central et mot Liberty en fils métalliques), ce qui est particulièrement adéquat pour une ex-esclave ! Quilt rarement exposé en raison de sa fragilité.

Il est quasiment établi que ce quilt fut réalisé à partir des restes de tissus des robes de la Première Dame ! Il mêle comme souvent au XIXe siècle la présentation en forme de Médaillon, des assemblages à l’anglaise (les hexagones), des appliqués vraisemblablement découpés dans des chintz : un cadre de goût pour une liberté de construction de la quilteuse qui, toujours à l’époque, créait ses ouvrages.

Comme toujours, bien avant cet engouement, l’historienne Barbara Brackman signalait déjà ce quilt, voir ici.

Le mariage Quaker

En plein vote pour une nouvelle législation dans notre pays, la question du mariage pour tous a suscité maints débats. J’étais en plein décalage, plongée dans la lecture du dernier livre de Tracy Chevalier, c’est la conception quaker du mariage qui a piqué ma curiosité…

Du mariage arrangé au mariage par amour, la littérature et le cinéma nous font vivre et revivre toutes les variantes possible de ces unions. Nous voyageons dans le temps et dans l’espace grâce à ces arts…

En ce qui concerne mariage et religion dans notre Europe, on peut aborder le sujet avec Henry VIII qui, pour des histoires de coeur (pour rester polie ;-)) fonda une nouvelle religion : le Pape n’était pas démissionnaire, le roi d’Angleterre l’a donc démissionné ! J’ai lu plusieurs romans historiques sur cette incroyable période mais, vive le cinéma, on peut vivre cette histoire avec ce film :

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Période-clé de l’histoire de l’Angleterre : une envie de mariage bouleverse le statut d’une royauté et mène à la création d’une nouvelle religion…

En France, le clergé catholique a géré tout l’état civil jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Après un premier pas de Louis XVI en 1787 vers la reconnaissance du droit à l’état civil pour les non-catholiques et le droit au mariage pour tous (ce qui veut dire alors : aussi pour les Protestants et les Juifs), c’est à la suite de la Révolution Française qu’a changé radicalement la conception sur le mariage (séparation entre contrat et sacrement), avec la signature à la Mairie ainsi que la création du droit au divorce… tout contrat pouvant être rompu ! Cela donne la trame de ce film aux péripéties amusantes, mais avec un solide fond historique :

les-maries-de-l-an-iiUne excellente comédie à voir ou revoir !

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Mais quelles étaient les règles du mariage quaker du temps de l’héroïne de Tracy Chevalier ? Autour de cet évènement, une scène choc est incomprise par de nombreux lecteurs américains (critiques sur le site Amazon.com), alors que je crois qu’elle est dans le droit fil de la religion quaker : il n’y a aucun intermédiaire entre Dieu et chaque Quaker qui agit avec simplicité et intégrité…

Ce thème du mariage est troublant dans le livre The Last Runaway, si différent de ce à quoi on s’attend… Un mariage dans un roman suscite forcément quelques pages de rires, de pleurs, de recueillement, de félicitations, de ripailles, de cadeaux, de disputes, de musique… Un tourbillon autour des mariés !

Là, le silence de la protagoniste nous instruit de manière singulière comment est considéré le mariage chez les Quakers de cette époque. Ce n’est pas un sacrement religieux ; c’est une décision des premiers intéressés, scellé par les familles par un accord oral. Les promis déclarent leur union simplement lors de leur réunion religieuse, annoncée sans tambour ni trompette. De même, si un désaccord insurmontable survient, la séparation est déclarée sans autre forme de procès.

Autres temps, autres moeurs… Nous sommes si loin de la simplicité de fonctionnement de cette religion hyper-sobre… Mes recherches sur les Quakers me rappellent ma fascination du « Less is More » également prôné par Dominique Loreau dans ses livres : L’Art de la simplicité, l’Art de l’essentiel, l’Art de la frugalité et de la volupté… Les très gros tirages de ces livres prouvent que je ne suis pas la seule à trouver un attrait et du bon sens à tous ces conseils… même si je n’arrive pas à les mettre en pratique !

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Vous serez sans doute amusées par la nature de la dot demandée lors d’un mariage quaker… à découvrir dans le livre The Last Runaway ! En attendant, voici un ravissant exemple de quilt de mariage (bloc des anneaux de mariage), fait par Kumiko Minami.

Vous trouverez aussi de très nombreuses déclinaisons de ce bloc des anneaux de mariage sur le blog Quilt Inspiration, à partir du 28/01/2013. Quelle infinie variété  !

A la découverte des Quakers

En attendant la traduction française de « The Last Runaway » que je ne manquerai pas de vous signaler, j’ai envie de vous parler des Quakers tels que je les ai découverts dans ce livre. Mais promis, je ne déflorerai pas l’histoire de ce livre formidablement bien écrit, à l’écriture simple et dense. L’expression qui guide Tracy Chevalier en matière de style est « Less is More », « moins c’est plus », expression du célèbre architecte allemand L. Mies van der Rohe.

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Chaise d’une simplicité confondante, signée Mies van der Rohe, devenu un des symboles du design du XXe Siècle.

J’espère que vous n’aurez pas trop d’idée préconçue façonnée par la pub quand vous le lirez, car ce n’est pas qu’un livre sur la traque des esclaves en fuite, ainsi qu’il est abusivement vendu aux Etats-Unis ; ce n’est pas non plus qu’un livre « sur le patchwork »… Vous seriez déçue dans votre attente, alors que ce livre c’est beaucoup plus… Vous lirez plutôt la vie d’une jeune femme qui veut vivre en accord avec ses convictions dans un monde neuf et âpre… Je ne vous en dirai pas plus, sinon qu’elle est Quaker, univers que j’ai cherché à mieux connaître.

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Henry VIII en 1539/1540, peint par Holbein-le-Jeune

Vous savez peut-être qu’après une grosse colère d’Henry VIII contre le Pape qui ne voulait annuler son premier mariage, l’Anglicanisme voit le jour. Tout mouvement en entraînant d’autres, un bon siècle plus tard les Quakers se forment pour vivre une foi plus proche des Chrétiens primitifs, sans hiérarchie ni clergé, ni même aucun sacrement… sujet du prochain article !

Naissance Pennsylvanie

William Penn (1644-1718), Quaker persécuté en Angleterre,  fonda Philadelphia,  havre pour tous les persécutés et pépinière de l’économie libérale,  et écrivit la base de la Constitution américaine. Ci-dessus, signature de la fondation de la province de Pennsylvanie.

La religion est pour le Quaker une affaire personnelle, chacun cultive « sa lumière intérieure » qui le guide dans la vie. Contrairement aux Protestants qui se basent d’abord sur les écrits de la Bible, les Quakers se fondent sur les paroles de Jésus pour une religion humaniste, implantée dans la vie quotidienne, sociale et politique.

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Mosaïque dans le Jardin de la Paix de Bristol (GB), avec les thèmes directeurs de la foi Quaker :
Paix, Egalité, Simplicité, Vérité

Ces mots  ne vous rappellent-t-ils pas les Amish ? Ceux-ci sont effectivement de lointains neveux. Mais les Amish vivent volontairement retirés alors que les Quakers sont pleinement intégrés dans le monde. Par exemple, des femmes Quakers jouèrent un grand rôle pour l’obtention du droit de vote des femmes aux USA. Plus étonnant, des ONG comme Amnesty International, OXFAM ou Greenpeace furent fondés par des Quakers !

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Tout comme l’axiome de T. Chevalier pour son style d’écriture, pour un Quaker, Less is More. Peu de paroles pendant les réunions religieuses, mais des phrases qui sortent du coeur,  guidées par la Lumière Intérieure, que chacun peut énoncer. Peu de fioritures et de couleurs dans les vêtements, mais du bon basique. J’ai aussi découvert dans le roman que les Quakers d’alors n’utilisaient ni le nom de nos mois, ni celui des jours de la semaine, en raison de leurs références aux dieux ou empereurs romains (jeudi, mars,  juillet) ; de même, par souci d’égalitarisme, le tutoiement archaïque anglais est utilisé (deuxième personne du singulier, thee), ce qui est déroutant au début en anglais mais ne sera pas aussi bizarre en traduction française…

Les quilts quakers ont moins de particularités criantes que les Amish puisque les femmes sont intégrées dans la société ; vous pouvez néanmoins vous renseigner sur ce blog : Quaker Quilts.

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Quilt de Rebecca Scattergood Savery fait à Philadelphia en 1827.
Tout comme les Amish, les quilteuses quakers osent la couleur et la complication… uniquement dans leurs quilts !

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Quilt quaker réalisé dans les années 1840 en Pennsylvanie. Il a certainement été monté à la manière anglaise, méthode chère aux Quakers (chaque pièce de tissu est préparée sur son propre gabarit en papier). On n’oublie pas une technique de patchwork apprise dans sa jeunesse !

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