Vous faites peut-être partie des quilteuses folles de récupération, préservant même les lisières des tissus pour les utiliser ensemble à part entière, comme on le ferait de n’importe quelle bande de récupération.
Mais savez-vous qu’indépendamment du patchwork, les lisières étaient réutilisées dans l’économie ménagère des siècles précédents ?
Auparavant, il n’y avait pas de normes concernant la largeur des tissus, la limite physique était imposée par le métier à tisser. On tissait la largeur juste nécessaire pour faire le linge de maison, du drap au torchon : deux ourlets à faire, c’est mieux que quatre ! Ces bordures droites, ces lisières étaient si possible utilisées aussi en confection, le long des boutonnières par exemple. Et puis on peut même évoquer les rubans, qui sont finalement des tissus d’une largeur variant de quelques centimètres à quelques millimètres, avec leurs deux lisières bien mises en évidence.
A chaque fin de vie de drap, on récupérait les bords (moins usés que le centre) et on conservait toutes les lisières qui étaient restées bien solides. L’usage en était tellement banal qu’il est difficile d’en trouver des traces écrites. Mais les langes de bébé, ces carcans invraisemblables, étaient la plupart du temps des lisières de draps. Seuls les bébés nés dans des familles aisées avaient droit à de la dentelle sur les langes, mais ils étaient tout autant entravés… et rarement changés.
Le futur Louis XIV et sa nourrice, Dame Longuet de La Giraudière. Peinture de C. Beaubrun.Jusqu’au début du 20e siècle, les enfants sont emmaillotés dans les campagnes. Voir ici… Dans plusieurs régions la coutume était de les accrocher à un clou, ou les mettre dans un sac suspendu. JJ Rousseau a longuement traité de l’éducation des enfants dans son livre l’Emile, un traité révolutionnaire sur l’éducation, et recommande notamment de vêtir les bébés de manière plus libre. Comme le monde n’est jamais parfait, ses excellentes visions n’ont pas fait de lui un bon père, mais c’est une autre histoire… Voir le blog les Petites Mains, très documenté sur ce vaste sujet.Emmaillotage d’un bébé – Hiver, de Giuseppe Gambarini, 1721.
Les lisières étroites avaient aussi le rôle de ficelle. Toujours pour les bébés, elles maintenaient le bébé dans le berceau :
On garde en mémoire, dans la littérature ou la peinture, trace de l’utilisation des lisières comme brides pour tenir les enfants en laisse lors de leurs premiers pas.
Tableau de Rubens : sa femme tient leur enfant en lisière, qui porte aussi un bourrelet autour de la tête.
Pour prévenir les dangers d’une chute, on confectionnait également une sorte de casque en chutes de tissus appelé bourrelet.
Emile n’aura ni bourrelets, ni paniers roulants, ni chariots, ni lisières ; ou du moins, dès qu’il commencera de savoir mettre un pied devant l’autre, on ne le soutiendra que sur les lieux pavés, et l’on ne fera qu’y passer en hâte*. Au lieu de le laisser croupir dans sa chambre, qu’on le mène journellement au milieu d’un pré. Là, qu’il coure, qu’il s’ébatte, qu’il tombe cent fois le jour, tant mieux : il en apprendra plutôt (sic) à se relever.
* Il n’y a rien de plus ridicule et de plus mal assuré que la démarche des gens qu’on a trop menés par la lisière étant petits : c’est encore ici une de ces observations triviales à force d’être justes, et qui sont juste en plus d’un sens.
L’Emile, livre II.
La lisière est, de manière figurative, ce qui sert à guider :
Nous sommes de vieux enfants ; nos erreurs sont nos lisières, et les vanités légères nous bercent en cheveux blancs.
Voltaire, Epître 88.
Une expression, « tenir quelqu’un en lisières », signifiait « tenir quelqu’un sous sa coupe ».
Nous avons oublié l’existence des chaussons en lisière, si communs des siècles durant et pourtant encore portés au XXe siècle. Il s’en faisait dans de nombreux ateliers. Il nous en reste juste les espadrilles du pays basque !
Les romans regorgent de citations comme :
Je n’avais que mes chaussons de lisière à mes pauvres pieds.
Eugène Sue, Mystères de Paris II (1842)I
Il distingua soudain un bruit assez difficile à exprimer et qui devait être produit par des hommes en chaussons de lisière montant l’escalier.
Honoré de Balzac, le Père Goriot (1835)
J’ajoute le commentaire que je viens de recevoir :
Ces chaussons étaient traditionnellement tressés dans des ateliers de prison et « tresser des chaussons en lisière » était synonyme, dans l’argot des voleurs, d’être en prison !
Le pis qui pouvait arriver, c’était que Raboliot se fît cueillir par les gendarmes. Alors, il tirerait un mois à Sancerre, chauffé, nourri pour rien, fabriquerait des chaussons de lisière, et reviendrait la mine florissante, avec un pécule dans sa poche.
Genevoix, Raboliot,1925
Illustration Gournay : Vous n’avez pas de chaussures, v’nez par ici… vous allez faire des chaussons de lisière.
… Mais c’était aussi une occupation pour les aliénés ou les aveugles. Louis Braille fut nommé « contremaître de l’atelier de chaussons de lisière et de tresse » à l’Institution Royale des Jeunes Aveugles de Paris, alors qu’il mettait au point son alphabet, à l’âge de 14 ans… La valeur n’attend pas le nombre des années !
Alors les quilteuses d’aujourd’hui sont les héritières de cette longue tradition ! Si les lisières se réutilisent depuis la nuit des temps, certaines en font vraiment des quilts formidables :
Sauvez vos lisières ! C’est l’appel de Riel Nason qui publie son livre très bientôt ! Ce quilt est vu ici.
Pour en savoir plus, lisez le dossier « Modern Quilt » des Nouvelles n°128, magazine de France Patchwork, qui va arriver dans les boîtes aux lettres des adhérents dans quelques jours ! J’ai essayé de vous inciter à vous amuser avec ces petites bandes de rien du tout…
Quant à l’Arbre de Vie dans la rubrique des Modèles, vous verrez le quilt qui me l’a inspiré, de Karen Griska, par ici!
Même si vous n’avez jamais mis les pieds dans un temple ou une église, vous connaissez certainement ce chant religieux, Amazing Grace. Il fut même chanté a capellapar le Président Obama en hommage aux victimes de la fusillade survenue voilà 7 mois à Charleston (Caroline du Sud), dans une église. Le tueur voulait démontrer la suprématie blanche, il a donc tué 9 personnes noires. Tel est notre monde, avec un certain nombre d’éléments bien foireux. Nous en avons malheureusement bien trop d’exemples récents.
La mélodie est prenante, gracieuse, et en voici le texte traduit :
Grâce étonnante, au son si doux,
Qui sauva le misérable que j’étais ;
J’étais perdu mais je suis retrouvé,
J’étais aveugle, maintenant je vois.
C’est la grâce qui m’a enseigné la crainte,
Et la grâce a soulagé mes craintes.
Combien précieuse cette grâce m’est apparue
À l’heure où pour la première fois j’ai cru.
De nombreux dangers, filets et pièges
J’ai déjà traversés.
C’est la grâce qui m’a protégé jusqu’ici,
Et la grâce me mènera à bon port.
Le Seigneur m’a fait une promesse,
Sa parole affermit mon espoir;
Il sera mon bouclier et mon partage,
Tant que durera ma vie.
Oui, quand cette chair et ce cœur auront péri
Et que la vie mortelle aura cessé,
Je posséderai, dans l’au-delà,
Une vie de joie et de paix.
La Terre fondra bientôt comme de la neige,
Le Soleil cessera de briller,
Mais Dieu, qui m’a appelé ici-bas,
Sera toujours avec moi.
Ce chant a une belle histoire, à l’américaine. Il était une fois, au milieu du 18e siècle, un capitaine britannique de navire négrier, paillard et débauché. Après avoir survécu à une terrible tempête en mer il a reçu la grâce, s’est converti, est devenu prêtre anglican et militant contre l’esclavage ! John Newton écrivit ce texte plein de références au Nouveau Testament en 1760, mais la mélodie que nous connaissons, écrite en 1835 par William Walker, provient du mélange de plusieurs chants anglo-celtiques.
Ce bijou est devenu à part entière un trésor du patrimoine culturel américain populaire, chanté avec ferveur bien au-delà de considérations religieuses. Les peuples celtiques le revendiquent toujours, les Noirs américains le chantent en gospel, c’est un monument musical apprécié de tous. A chaque mouvement racial, à chaque revendication pacifique, quelqu’un lance cet hymne au rassemblement pour la paix et l’espoir malgré les épreuves. Il est joué, chanté 10 millions de fois… par an !
-oOo-
Amish Grace, tel est le nom de ce quilt présenté par Simply Moderne (n° 3). Je n’ai pas pu m’empêcher de rapprocher ce titre de celui du chant ! Amish par l’utilisation d’unis denses, gracieux par son élégance, il attire l’œil avec ses tons chauds réconfortants. Contrairement à ce que j’imaginais, les quarts de rond ne sont pas piécés comme pour un Chemin de l’Ivrogne, mais appliqués. Toutes les explications sont dans le magazine, mais si vous souhaitez un coup de pouce pour le réaliser, rejoignez mes copines Béa et Cécile ! Elles vont commencer ce quilt en février et proposent de le faire en « quilt along » (quiltons ensemble), avec des rendez-vous à chaque étape. Excellente initiative !
Depuis des mois, depuis même des années, des bateaux traversant la Méditerranée causent beaucoup de soucis, à la fois humanitaires et politiques. On parlait de Boat People il fut un temps, dans les années 1970-1980, pour traiter de l’exode des Vietnamiens qui voulaient une vie meilleure.
1984 – Boat People vietnamiens- Photo Phil Eggman
Dans le désespoir, ces gens fuyant coûte que coûte une douloureuse vie vers un avenir meilleur ne peuvent laisser indifférents ; prendre la mer est un moyen d’exil utilisé depuis la nuit des temps.
Couverture de livre (voir aussi ici) montrant un navire allant d’Europe vers l’Amérique.
Pour l’espoir, des voyages en bateau véhiculent le rêve de nouvelles terres, l’envie de grandes explorations, d’aventures ou le commerce d’un continent à l’autre… De l’Antiquité jusqu’au milieu du XXe siècle, les voies fluviales et maritimes étaient le majeur moyen pour transporter de nombreuses personnes et/ou marchandises à la fois, jusqu’à l’arrivée des lignes aériennes.
La tapisserie de Bayeux, brodée sur lin, raconte comme une bande dessinée la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Normand, devenu le Conquérant en 1066… surnommé le Bâtard par les Anglais. Les navires étaient issus directement de l’expertise Viking.
Ce n’est donc pas étonnant que tant de quilts montrent des thèmes marins ! Il suffit d’une Rose des Vents pour évoquer la traversée d’un océan…
Extraordinaire quilt de notre amie Any Vieussens, ayant nécessité des milliers d’heures de travail tout à la main ! Modèle américain magistralement interprété évoquant de longs voyages entre ciel et mer…
La population actuelle de l’ensemble du continent américain descend en grande partie de boat people des siècles passés, venant d’Angleterre ou de Russie, de Pologne ou de Chine, d’Irlande ou d’Afrique, d’Espagne ou du Portugal, d’Italie ou de France… Volontaires ou contraints, leurs descendants sont maintenant les Américains d’aujourd’hui.
Un des bateaux mythiques de l’Histoire des Etats-Unis est le Mayflower, qui le premier amena des personnes qui s’établirent sur ces terres « indiennes » (nous l’évoquions ici).
Comment ne pas avoir un petit mot ici pour « la frégate de la liberté », l’Hermione, dont la réplique vient de prendre le chemin de l’Amérique ? C’est un fameux Trois-Mâts fin comme un oiseau Hissez haut…, sorti de l’Arsenal de Rochefort (non loin de Brouage, info spécial quilteuses), passé à la postérité principalement pour avoir transporté le Marquis de La Fayette en 1780 vers les Etats-Unis en guerre. Le traité d’Indépendance (vis-à-vis de la Grande-Bretagne) avait été signé le 4 juillet 1776 mais la guerre entre Anglais et nouveaux Américains, menés par Washington, dura jusqu’en 1783. La France, ennemie des Britanniques, fut du côté des Indépendants. La magnifique frégate l’Hermione vient d’être répliquée et vogue vers l’Amérique : vous avez ici le blog de ce voyage qui se poursuit actuellement. Voici un quilt réalisé par un groupe de quilteuses françaises il y a déjà quelques années :
Au XIXe siècle, les échanges entre l’Europe et l’Amérique sont intenses et les quilteuses de la côte Est sont nombreuses à faire figurer des bateaux sur leurs ouvrages, en particulier dans les blocs de style Baltimore, nommé d’après la grande ville portuaire (malheureusement dans l’actualité en ce moment). Cherchez le bateau !!
Il est amusant de voir tant de blocs de fleurs encadrer quelques blocs plus symboliques (voilier, personnage, la Bible…). Ce quilt est au Musée de la Marine en Virginie. Description détaillée de ce quilt ici !Quilt de 1845 environSi vous comprenez l’anglais, un excellent article sur les quilts Baltimore est disponible ici.« Pride of Baltimore », quilt contemporain de Barbara Burnham (2011). Cette spécialiste du Baltimore vient d’exposer et donner des cours pendant le Salon de Paducah.
Du côté de la Gironde, plusieurs personnes se sont lancées ensemble dans un modèle de Baltimore d’Ellen Sienkiewicz. Michel (Le Thé à Coudre) a terminé le sien :
Superbe navire de Marie-Christine Chasseraud ! Ton quilt est-il fini Marie-Christine ? Si oui, donne-nous le lien vers une photo !
-oOo-
Un couple d’artistes conceptuels fort renommés, les Kabakov, russes ukrainiens d’origine mais vivant aux Etats-Unis, créent des événements marquants comme le « Ship of Tolerance ». Plusieurs sont faits au fil des ans à des fins pédagoqigues, bateaux éphémères aux voiles piécées de dessins d’enfants :
Le concept est de demander à des enfants d’une ville de dessiner leur conception de la tolérance. A New-York en 2013 par exemple, près de mille enfants des cinq arrondissements (Manhattan, Brooklyn, Queens, Bronx et Staten Island) âgés de 5 à 13 ans et provenant de multiples communautés à l’image de la population de cette ville, ont offert leur vision de la tolérance. 150 peintures ont été sélectionnées pour faire la voile du bateau, les autres ont été exposés dans divers lieux de la ville. Expérience menée dans divers pays pour diffuser l’espoir d’un monde meilleur, la connaissance et le respect de l’autre par l’art.
Nifty… C’est un mot que je ne connaissais pas avant de tomber sur ce blog : Nifty Quilts… C’est un mot très positif puisqu’il signifie à la fois « qui a du chic, de la classe », mais aussi « sympa, malin, astucieux, chouette ». LeeAnn, qui écrit ce blog, mérite les deux interprétations du mot ! Vous saurez bientôt pourquoi ce titre de post…
La tulipe est une fleur très graphique, symbole de la Hollande où en ce moment, les champs explosent de couleurs. Son nom signifie « fleur-turban ». Elle se prête si bien à des interprétations artistiques !
Hollande en avril, c’est une explosion de couleurs ! Je vous conseille la visite du parc de Keukenhof… J’en ai un souvenir ébloui !
Les tulipes ont une histoire folle. La tulipomanie, vous connaissez ?
Au début du XVIIe siècle, ce qui deviendra les Pays-Bas était certes en guerre d’indépendance contre l’Espagne (pendant 80 ans…) mais aussi en pleine gloire coloniale très rentable avec la Compagnie Hollandaise des Indes Orientales : les valeureux navigateurs rapportaient toutes sortes de denrées d’Asie : soies, porcelaines, épices… les Hollandais colonisaient aussi de nouvelles terres en Amérique, parmi lesquelles un territoire baptisé Nouvelle-Amsterdam en 1625 qui deviendra New-York… Max Weber (en 1905) attribuera les valeurs du protestantisme (la valorisation du travail) à la création du capitalisme en Europe du Nord, ce n’est sans doute pas le facteur unique mais il règne en Hollande, en ce début de XVIIe siècle, un sentiment de modernité, une effervescence tous azimuts… et les tulipes auront leur place dans cette histoire !
Hans Bollongier, Bouquet de tulipes, 1639, Rijksmuseum Amsterdam. Bel exemple de l’âge d’or des natures mortes flamandes.
De l’Empire Ottoman, des bulbes furent introduits en Hollande à la fin du XVIe siècle. Les fleurs de tulipes prospérèrent dans ce climat européen humide et devinrent si populaires que les oignons se volaient en pleine terre ! Mais ce qui mit le feu aux poudres, c’est un virus de l’oignon. Je m’explique : les tulipes sont d’une seule couleur éclatante quand tout va bien. Un virus transmis par les pucerons peut les rendre bicolores de manière flamboyante mais très aléatoire, et à l’époque ces transformations étaient bien mystérieuses… C’est ce virus la cause partielle, pendant l’hiver 1636-37, d’une forte spéculation puis de l’effondrement de la valeur des bulbes.
La Folie Tulipière, Jean-Léon Gérôme, 1882 (Musée Walters, Baltimore, Maryland, USA). Ce peintre français très académique du XIXe siècle illustre la tulipomania du 17e siècle : un Noble protège son précieux exemplaire de tulipe bicolore tandis que les soldats piétinent les tulipes du champ, afin de lutter contre la spéculation.
En fait, la tulipomania a marqué les esprits car il s’agissait d’une simple fleur mais d’après les dernières recherches, elle a été amplifiée a posteriori, symbolisant les errements du capitalisme. Les délires du marché de la tulipe, bien réels, n’ont pas touché tant de monde que cela et n’ont pas anéanti l’économie hollandaise… Si cela vous intéresse, vous pouvez lire quelques articles : Quand les bulbes dégénèrent en bulles Et krach la tulipe La tulipe… interprétation de l’Histoire !
Tulipe Reine de la Nuit, photo du catalogue Meilland
En littérature, on ne peut pas oublier La Tulipe Noire d’Alexandre Dumas, dont l’inspiration est tirée de cette spéculation, mais avec aussi des troubles socio-politiques violents, de l’amour fleur bleue pour une jeune Rosa… Un roman très fleuri !
J’ai lu ce livre enfant, pas vous ?…
Attention, aucun rapport avec le film de cape et d’épée de Christian-Jaque de 1964 avec Alain Delon et Virna Lisi, leur histoire se passe à la Révolution Française !
Vous pouvez admirer des céramiques de style Art Nouveau illustrant cet article : la tulipe convient si bien à ce style…Sacrées nifty tulips (les tulipes ont la classe) !
Elégance de l’Art Nouveau…
De même, dans les peintures paysannes traditionnelles sur bois, coeurs et tulipes sont souvent à la fête ! Occasion rêvée pour faire un coucou à ce blog : des tulipes et des coeurs!
La fleur de tulipe, si ronde et élancée, se plie facilement à toutes les interprétations textiles ; piécées ou appliquées, elles se prêtent à tous les jeux. Entrons donc dans la danse des tulipes…
Les quilts de style Baltimore ont souvent des tulipes. Réminiscence du pays d’origine de tant de personnes de ce coin des Etats-Unis ? Très certainement ! Barbara Brackman a répertorié un nombre impressionnant de blocs aux tulipes dans son encyclopédie des blocs appliqués.
Voici donc quelques photos de quilts anciens et récents avec des tulipes… A vous ensuite d’aller vers d’autres découvertes !
Quilt du XIXe siècleQuilt années 1930Sans date, XXe siècle Ce quilt, comme vous le voyez, est extrêmement raffiné et merveilleusement exécuté. C’est l’oeuvre de Michel Galan… qui souhaitait « juste » s’initier à l »art de l’appliqué ! Quel phénomène !! Vous pouvez voir quelques tulipes en bordure. Le modèle est de la papesse du Baltimore, Ellen Sienkiewisz.Voir détails sur son blog !
Un modèle dans Quiltmania (n° 76, venant de Lucy des Pays-Bas… naturellement !) m’avait vraiment tapé dans l’oeil, Beatrice de l’Aiguille dans une botte de foin l’a fait :
Quel dynamisme dans ces couleurs ! Le Cheddar, cette couleur orange, me fascine et me fait peur à la fois !…
Ce petit quilt de Pasty Moreland montre une des possibilités de faire une tulipe avec un bloc de log cabin…
Ce bloc est proposé avec d’infinies variantes de dispositions… Super pour utiliser beaucoup de petits restes de tissus vifs !Lisa Bonjean a repris un bloc des années 1930, réinterprété avec ses tissus, pour faire ce magnifique quilt dédié à sa mère (détail, voir aussi ici).
Aprèsla belle Marilyn d’Ana Perna en Espagne, allons découvrir une oeuvre de Natalia qui a puisé dans le folklore russe l’inspiration d’un quilt unique que j’adore…
La jeune et jolie Natalia, quilteuse à Novossibirsk (en Sibérie)
L’histoire des Trois Royaumes est racontée de génération en génération partout en Russie et fait partie des contes fantastiques où princesses et dragons, gentils et méchants s’affrontent… Les Trois Royaumes sont ceux des montagnes, gardés par des dragons, où sont enfermées trois princesses. Ivan le héros, à la recherche d’Anastasia sa mère la Tsarine, doit se battre contre les dragons mais aussi l’ouragan et bien d’autres ennemis pour retrouver sa maman et délivrer les princesses enfermées dans les Royaumes de Cuivre, d’Argent et d’Or… mais le conte est bien plus long et complexe, tellement raconté qu’il paraît qu’il comporte 144 versions russes, une version dans les Contes des Mille et Une Nuits… et même une dans le folklore breton ! (source Wikipedia)
Natalia a représenté ces trois princesses dans une petite oeuvre par la taille (60 cm de côté)… mais fascinante dans sa réalisation, s’éloignant du conte pour faire un tableau textile vraiment original. Au cours de sa préparation, elle s’est documentée et mentionne notamment un tableau de Victor Vasnetsov, peintre spécialisé dans les représentations mythologiques et historiques.
Les princesses des Trois Royaumes, Victor Vasnetsov (1848-1926). A gauche, la princesse d’Or, au centre la princesse de Cuivre, à droite la princesse d’Argent.
Elle a aussi cherché des références dans les contes réécrits par Pavel Bazhov (1879-1950) qui, tel Perrault ou les frères Grimm, a couché sur papier de nombreuses histoires de la tradition orale où l’on parlait incessamment de montagnes, de mines et de reines des montagnes… Il a écrit notamment « La Boîte de Malachite », connue de tous les Russes.
Voici les Trois Princesses enfermées dans un monde souterrain, celui des mines, des minerais et des pierres précieuses.
La princesse la plus sage, la plus discrète, est la Princesse d’Argent, représentée par Natalia en religieuse, en guérisseuse, car l’argent a un pouvoir de guérison assure-t-elle. Admirez les détails… les yeux sont en yoyos !
La princesse d’Or est celle que Natalia a eu le plus de mal à dessiner. Elle s’est inspirée de l’Oiseau de Feu de la Russie éternelle, qui procure une chaleur rayonnante et bienfaisante. Elle porte un immense kokoschnik, sorte de serre-tête traditionnel russe. Natalia lui a fermé les yeux, tout comme sur le tableau de Vanetsov ci-dessus.
Pour la Princesse de Cuivre, la plus brave, la plus belle dans le conte de Bashov, Natalia a préféré la parer de pierres semi-précieuses… qui ne manquent pas non plus dans le sous-sol russe ! Cette princesse dessinée par Natalia est un bijou elle-même…
Vous brûlez d’envie de voir l’ensemble ? Voici donc ce quilt issu de l’imaginaire de Natalia :
Les trois Princesses du Monde Souterrain, Natalia Muraveva, 60 x 60 cm.
…Et allez voir d’autres photos de détails sur son blog : строчки-стежочки
Mille bravos Natalia !
-oOo-
Autre bijou où on retrouve bien le style de Natalia, même si c’est un travail collectif cette fois :
Les Enfants, Fleurs de la Vie, 98 x 98 cm
Ce tableau présente des enfants de 4 continents auprès desquels poussent des fleurs de leur environnement. Au centre, notre planète que Natalia espère qu’elle restera toujours fleurie… Les appliqués main sont enrichis de nombreux détails en 3D et le quilting machine est partie intégrante du dessin. Les fleurs disposées sur la planète forment les continents… vus du Pôle Nord, pas si loin de Novossibirsk ! Une fois encore, je vous engage à aller voir tous les détails ici. Avec ce quilt, c’est un message d’espoir pour que les enfants de différentes nations vivent dans un monde fleuri rempli de belles personnes…
Miss Sue était une voisine de Betty. Elles se sont rencontrées alors que Miss Sue avait déjà 92 ans, mais que leurs conversations et leurs échanges furent riches ! Jusqu’aux derniers jours de sa vie de 98 années bien remplies, cette sacrée petite bonne femme vaquait toujours à ses occupations : coudre, quilter, cuisiner, jardiner, faire les courses et, toujours, réunir tous les bouts de tissus qu’elle pouvait trouver !
Vous reconnaissez Betty à gauche, chez Miss Sue, entourée des objets de toute sa vie. Le quilt ? Oui, nous en parlerons la prochaine fois 🙂
Sa vie mériterait un film. Celui-ci serait, croyez-moi, mouvementé. Elle devait avoir un ange gardien car elle a survécu à un grave accident de voiture, à un coup de foudre (un de ceux dont on ne se remet pas forcément, lors d’un orage 😉 mais à quoi pensiez-vous donc ?…), à plusieurs opérations chirurgicales… et à une tentative de meurtre au cours de laquelle elle tua son agresseur ! Une sacrée petite bonne femme, vous dis-je !
Elle naquit voilà 102 ans dans une ferme de Quincy, unique fille autour de neuf frères. Sa famille déménagea en Géorgie quand elle était petite.
Pour la petite histoire, cette ville de Quincy, bourgade de Floride près de la frontière de la Géorgie, mérite tout de même qu’on s’y attarde, même si Miss Sue la quitta enfant. Elle était naguère connue pour ses champs de tabac, mais aussi, pendant la grande Dépression des années 1930, pour la ville la plus riche par habitant ! Grâce au tabac ? Non, au Coca !
Mur publicitaire récemment repeint à Quincy, où on vénère cette boisson !
C’est une folle histoire que celle d’un banquier de la ville qui, en 1922, recommanda à tous ses amis fermiers bénéficiaires d’une excellente récolte de tabac, d’acheter des parts de la jeune société d’Atlanta. Il avait deviné que c’était un excellent investissement : il remarquait que les gens dépensaient jusqu’à leur dernier cent pour s’offrir un Coca-Cola bien frais… Au cours de la Grande Dépression des années 30, Quincy comptait bien des millionnaires car le banquier avait vu juste ! A Quincy, la devise est restée : acheter et conserver, ce qui n’est pas à la mode dans le monde des boursiers, mais les familles ayant conservé leurs parts jusqu’à ce jour en sont ravis !!
Petite usine d’embouteillage de Coca-Cola au début du XXe siècle à Quincy.
Revenons à Miss Sue, officiellement Arlene Denis, mais allez savoir pourquoi, on l’appelait Miss Sue. Ses parents ne faisaient pas partie des heureux bénéficiaires des gains de Coca-Cola. Elle grandit donc dans la ferme de ses parents, sa mère lui apprit la couture et le quilting, son père la distillation d’alcool. On enseigne ce qu’on sait faire ! Sa mère la gardait auprès d’elle pour l’aider, cela lui épargna le travail harassant dans les champs. Puis elle se maria et eut 12 enfants. On n’imagine pas la vie qu’elle eut, à nourrir sa famille, à la vêtir et lui procurer de la chaleur pour dormir, en pleine Grande Dépression… Après, heureusement, sa situation économique s’est améliorée, mais on ne perd pas certaines habitudes. De la nécessité à mettre au chaud sa famille, de l’horreur de jeter le moindre tissu, Miss Sue a fait des quilts utilitaires toute sa vie :
Ses quilts utilitaires sont les témoins du style « patchwork improvisé », pour lequel toute erreur éventuelle devient un nouveau style. On fait avec ce qu’on a, sans perdre de temps, et on trouve toujours moyen d’arranger ce qui ne va pas.
Ensuite, avoir chaud pour dormir, c’est bien, mais s’habiller pour pas cher c’est tout aussi nécessaire ! Miss Sue fréquentait les boutiques de fripes, on lui offrait aussi les vieux tissus et vêtements du quartier ; elle leur donnait une nouvelle vie en démontant les habits usagés pour les reconstruire à sa manière.
Miss Sue avait son patron de robe qui lui convenait pour tous les jours. Les couleurs qui claquent ne lui font pas peur, les carreaux, les fleurs et les unis peuvent bien se retrouver sur le même vêtement, mais oui pourquoi pas ?… J’aime l’omniprésence des deux poches de devant, c’est effectivement si pratique ! Le col quant à lui, aux formes variables, ajoute de la féminité au modèle. Elle s’était forgé ainsi une identité reconnaissable de loin avec ses robes faites à la maison (à la main), en tissus de récupération, mais néanmoins seyantes et virevoltantes avec leur petit volant ! Elle avait inventé son propre style.
Il fait frais l’hiver, même dans le Vieux Sud, alors Miss Sue ajoute simplement un pull sur sa robe. Vous pouvez remarquer que la cheminée est ornée de papier adhésif en Vinyl formant un patchwork très coloré !Autour d’elle, tout est couleurs, gaieté et profusion d’objets qui ont tous une histoire.On la devine coquette, Miss Sue, avec ses robes multicolores, ses bagues et son immense sourire ! Qui peut imaginer qu’elle a, sur cette photo, plus de 92 ans ?… On dirait une gamine 🙂J’aime particulièrement cette photo sur laquelle Miss Sue est plongée dans son occupation favorite : la couture. Inlassablement, elle cousit jusqu’à la fin de sa vie.
Dans ce Vieux Sud, Miss Sue ne faisait pas partie du célèbre groupe de Gee’s Bend, mais elle a vécu les mêmes nécessités, d’où la ressemblance.
Ici je crois qu’une chemise a servi de haut de robe !
Betty me confia qu’au long des six années de leur amitié, elle alla rendre visite à Miss Sue quasiment tous les jours, et tous les jours celle-ci cousait quelque chose. Elles étaient devenues aussi proches que deux personnes de la même famille qui se connaissent depuis toujours.
Le dimanche, Miss Sue lisait la Bible, écoutait quelques Gospels à la radio et faisait des mots croisés, assise sur son porche (terrasse couverte devant les maisons américaines). Toutes deux s’installaient ensemble quelques heures et se racontaient leurs histoires. Miss Sue se souvenait de sa vie en Géorgie, de la vie de ses douze enfants, tous décédés sauf un avant elle… Pendant la conversation, Miss Sue cousait, cousait… Elle faisait donc des robes, mais aussi les slips, les chemises de nuit, les nappes, les sets de table, les rideaux, des vêtements de bébé… Tout à la main par goût, même si elle savait utiliser une machine à coudre. Dans le quartier, on savait à qui confier ses ouvrages de couture !
Les deux amies, Miss Sue et Betty
Nous retrouverons Betty et Miss Sue avec des quilts très spéciaux prochainement !
-oOo-
L’exubérance affichée des vêtements de Miss Sue n’est pas sans rappeler les célèbres boubous africains, que les femmes continuent de porter quand leur travail ou leur goût ne les mènent pas à s’habiller à l’occidentale. Les Occidentaux, aptes à se dévêtir quand il fait chaud, sont toujours étonnés de voir les couches de tissus sur les gens du cru qui, eux, se protègent de la morsure du soleil !
En parallèle avec les joyeuses robes de Miss Sue, Betty m’a indiqué une bien singulière histoire de vêtements qui remonte à une centaine d’années. Cela se passe en Afrique, très au sud, en Namibie. Ce pays était une colonie allemande depuis 1892. A force de se voir confisquer leurs terres et leurs troupeaux, les Hereros se rebellèrent. La riposte allemande fut abominable. Copiant les Britanniques qui venaient d’inventer les camps de concentration pendant la Guerre des Boers en Afrique du Sud (120 000 descendants de Hollandais et autant d’Africains noirs en camps), les Allemands parquèrent les Hereros à partir de 1904. Ils massacrèrent ce peuple et on parle là du premier génocide du 20e siècle. On estime que, de 80 000 personnes, les Hereros ne furent plus que 15 000 en 1915 à la fin de l’occupation allemande. En 2004, 100 ans après le début de cette tragédie, le gouvernement allemand reconnut la responsabilité morale et historique de leur peuple, offrant ses excuses au peuple Herero.
Hereros enchaînés
Dans le désert de Namibie et contrairement à celui du Sahara par exemple, les gens vivaient à peu près nus avant l’arrivée des missionnaires et des colons allemands. Pour la bienséance, ceux vivant à leur contact durent se vêtir, mais leurs habits n’avaient sans doute pas grande allure. Après la guerre, que firent les survivants Hereros pour marquer leur victoire finale ? Contre toute attente, ils s’approprièrent la plus belle mode de leurs oppresseurs, en souvenir de ce que leur peuple avait traversé comme épreuves, les portant comme des cicatrices visibles du passé ; ils clament ainsi leur propre victoire et indépendance. Les hommes s’habillent en tenue coloniale militaire et les femmes ont opté pour les robes à crinoline de la mode victorienne des Allemandes d’alors. C’est encore actuellement leur manière de s’habiller avec de sublimes variantes en patchwork, une mode joyeuse et élégante… mais aussi, quand on connaît l’histoire, une implacable manière de rappeler au monde le génocide dont les Hereros furent victimes.
Photo de Sally Watson.Ce chapeau unique, en forme de cornes, honore les troupeaux, richesse de leur peuple. Il est soit assorti à la robe, soit en tissu contrasté.Sublime robe de patchwork !Photo Martha de Jong-LantinkPhoto Elmarie Mostert. Les modèles de robes utilisent parfois jusqu’à 12 mètres de tissu, à porter sous un soleil de plomb… Cette jeune Africaine conserve pourtant l’allure altière et féminine à la mode victorienne.Deux jeunes beautés prolongent la tradition héritée de leurs aïeules.
Belle élégance pour une tenue quotidienne. Photo Jim Naughten (voir livre ci-dessous)Photos Jim NaughtenLes hommes aussi portent souvent des vêtements dérivés des costumes des Allemands. Photo Jim Naughten Ne dirait-on pas des amies couturières de Miss Sue ? (Photo Jim Naughten)C’est peut-être ici ma robe préférée ! Photo Jim Naughten.
Photo Jim Naughten – Le petit volant du bas rappelle celui des robes de Miss Sue !
Photo Jim NaughtenPhoto Jim Naughten
Photos Jim NaughtenOutre l’histoire de ce peuple, ce livre n’a QUE des photos exceptionnelles de personnes de la tribu Herero vêtues à leur manière, sur un fond de désert namibien à la lumière aveuglante…Disponible notamment ici.
Une complicité s’est établie entre trois personnes qui échangèrent de nombreux mails ces dernières semaines, trois quilteuses qui ont tant à partager : LeeAnn de Seattle (Washington), Betty de Sebring (Floride) et moi-même de Toulouse (France). Le fil qui nous lie est le patchwork avec la passion des tissus, mais aussi un état d’esprit, le plaisir de l’inattendu, du non conventionnel, l’admiration devant nos ressemblances tout autant que nos différences… Nous avons oublié que nous étions devant nos ordis et on a papoté comme si nous étions assises autour de la même table !
Peinture de Lucien Andrieu (peintre de l’Ecole de Montauban), Etude de femmes autour d’une table
Ayant vécu en Afrique (mes plus belles années de fac d’anglais furent à l’Université de Cocody à Abidjan en Côte d’Ivoire), j’ai une sensibilité marquée pour ce que ce continent a pu offrir à notre monde occidental, de gré… ou de force, car nous savons tous plus ou moins comment les Noirs furent déracinés d’Afrique vers l’Amérique, comment nous avons pillé leurs ressources, tout en pensant parfois « bien faire » en leur imposant notre culture occidentale, notre éducation, nos religions… C’est un sujet toujours sensible, en particulier en France. Alors imaginez ce que peuvent ressentir les Afro-Américains à la recherche de leurs racines.
Betty m’a raconté avec confiance son parcours, ses passions… que je suis heureuse de partager ici avec vous.
-oOo-
Pour les personnes utilisant Google Translate : I am sorry that Google always says « his » instead of « her » in its automatic translation, please correct it yourself in your head!
Betty Ford-Smith a 63 ans et une vie bien remplie, ancrée dans la société américaine actuelle mais curieuse de ses lointaines origines depuis son enfance. Professeur d’économie familiale pendant 38 ans, notamment spécialisée dans la prise en charge des enfants nécessitant des soins spéciaux, couronnant sa carrière en devenant proviseur, elle a parallèlement nourri sa passion sur les arts d’origine africaine.
A l’âge de 12 ans, Betty cherchait de l’inspiration dans un livre d’art africain ; elle fut encouragée par sa prof d’art à faire le portrait d’Idia, la Reine Mère du Bénin. Ce tableau sur carton est la première manifestation d’une longue passion.Plus tard, Betty voudra s’offrir cette reproduction en bronze. Cette opportunité se présentera l’année de la mort de sa mère, et pour elle c’est un signe précieux… Il n’y a oas de hasard quand on croit aux signes.
Celle-ci est exposée au Bristish Museum et date du 16e siècle. C’est toujours Idia, reine et mère du Bénin, qui vécut de 1504 à 1550. La beauté des femmes du Bénin est célébrée dans toute l’Afrique de l’Ouest. Notre ravissante Miss france 2014 en est d’ailleurs originaire !
Elevée près de New-York, la petite Betty n’aimait rien tant que passer ses vacances scolaires auprès de sa grand-mère et son arrière-grand-mère en Caroline du Sud, terre où sévissait encore l’esclavage il y a 150 ans. Elle y puisa maintes histoires du temps passé et comprit grâce à elles l’âme africaine qui ne les avait pas quittées. Les femmes de sa famille connaissaient les secrets des plantes et des esprits, le tout s’accompagnant de mystère, de magie et de rituels, certaines avaient des dons… Une fascination pour Betty ! Pour plonger dans l’ambiance des Etats du Vieux Sud, nous avons des livres, des films…
C’est dans cet Etat de Caroline du Sud, dans l’entre-deux-guerres, que se passe l’intrigue de l’opéra de Gerchwin Porgy and Bess. L’affiche des premières représentations (à New-York) est bien représentative de l’art pictural de l’époque (1935). Même si cet opéra véhicule nombre de stéréotypes quasi inévitables à l’époque, c’est une oeuvre aux musiques et chansons inoubliables. Vous pouvez entendre ici une version de Summertime chantée par Ella Fitzgeraldque j’ai eu l’immense chance de rencontrer en 1980, mais ceci est une autre histoire…
-oOo-
Parallèlement à son travail, Betty devint donc spécialiste des arts africains et afro-américains. Elle vécut dans les années 70 dans les Caraïbes à la recherche des racines de son peuple. C’est à Haïtiqu’elle trouva les pratiques les plus proches des origines africaines (le vaudou). Elle y découvrit également des arts populaires très vivaces comme les « drapos vodou » (écrit ainsi en anglais), ces tableaux textiles figuratifs ou géométriques, iconographie de l’esprit haïtien avec son héritage africain, son passé d’esclave, son ancrage catholique… Rappelons que le Vaudou est une religion de déracinés, un mélange des cultes animistes d’Afrique avec les rituels et les saints de la religion catholique imposée. Ces drapeaux, tels qu’ils sont appelés là-bas, sont destinés à accueillir les esprits du vaudou lors des cérémonies. Ce sont des oeuvres d’abord dessinées sur tissu, puis cousues de perles et de sequins… de l’art textile pur ! Ils deviennent pour le reste du monde des objets de décoration et de collection. Betty possède une bonne cinquantaine de drapos qu’elle a exposés dans diverses maisons de culture, des écoles, des musées… Elle fait autorité dans ce domaine et donne volontiers des conférences sur le symbolisme de ces oeuvres.
Betty devant deux drapos vodou, lors d’une exposition en 2012
Même les bouteilles sont recyclées en oeuvres d’art par les artisans haïtiens, comportant souvent des symboles vaudou :
Betty se sentit naturellement très éprouvée par le terrible séisme du 12 janvier 2010. Elle fit partie de ces personnes qui se démenèrent pour apporter du soutien au peuple en souffrance, en faisant notamment cette exposition d’art haïtien.
Keeping Haïti in Our Hearts fut une des expositions de soutien pour le peuple haïtien. Betty et son mari posent devant des peintures haïtiennes, en compagnie d’une des organisatrices.
A l’extrême droite de la photo ci-dessus, vous pouvez deviner une sculpture en fer découpé, spécialité du village haïtien Croix-des-Bouquets. Ces artisans travaillent magnifiquement cette matière dans un style unique, toujours lié aux pratiques vaudou. J’ai chez moi, au-dessus de la cheminée, un Arbre de Vie haïtien :
J’ai eu un coup de coeur pour ce travail de fer découpé, martelé, embossé… Mon mari me l’a offert l’été dernier car cet arbre « me parlait ». Nous l’avons découvert dans une jolie boutique de la ville close de Concarneau (Finistère) qui soutient ainsi les artisans de ce pays. Cliquez sur la photo pour l’agrandir et voir les détails !
-oOo-
Pour aller à la source, Betty fit également plusieurs voyages en Afrique : en Gambie et au Sénégal en 1986, en accompagnant un groupe de collégiens new-yorkais, puis au Nigeria en 2009 pour aider une amie à monter une école.
Au Nigeria, les enfants apprennent tous l’anglais, langue officielle nationale qui côtoie des langues locales. Ainsi, la communication était facile ! Cinq ans après, ces enfants ont grandi mais se souviennent sûrement encore du passage de la dame américaine qui leur a fait la classe !
-oOo-
Son intérêt pour l’artisanat afro-américain la mena aussi en 2008 en Alabama où fut découvert, dans un hameau nommé Gee’s Bend, un groupe de quilteuses utilisant toutes sortes de tissus de récupération de façon souvent très libre. Leur notoriété leur permet maintenant de vendre les quilts qui n’étaient que couvertures utilitaires il y a 10 ans encore.
Il y a du choix dans les quilts à vendre à Gee’s Bend !Une des acquisitions de Betty : celui-ci est très traditionnel !
Betty a acheté 2 quilts pour sa collection, celui-ci est signé Betty Seltzer.
-oOo-
Sebring est une très jolie ville au centre historique, au bord d’un immense lac, au centre-sud de la péninsule de la Floride. Le climat est sub-tropical humide, on devine la luxuriance de la végétation !
Il y a peu, la retraite étant pesante pour une femme si active, Betty monta un magasin d’antiquités à Sebring et cette grande boutique porte le joli nom de Miss Ruby’s Den. On y trouve un sympathique bric-à-brac multi-culturel qui fait le bonheur des collectionneurs. Je trouve l’ambiance particulièrement féminine, avec des dentelles, des poupées anciennes, des éventails, des tableaux…
Si d’aventure vous allez en Floride, voici l’adresse de ce magasin : 619 North Pine Street, Sebring, FL 33870
Les objets ont une âme, c’est la croyance intime de Betty… et finalement beaucoup de gens le sentent aussi ! Un objet fait à la main ou celui qui a la patine du temps dont vous pouvez tomber amoureux, sont bien autre chose qu’une simple matière inerte !
Et vous, les objets vous parlent-ils parfois ?
Dans un coin de sa boutique se trouve un lit avec un quilt extraordinaire… Vous connaîtrez son histoire très prochainement !
Dear Betty, just hoping you will not be disappointed by this summary of all the documents you gave me about you and all your interests! You know that we are now connected… Soon comes a post about your dear friend Miss Sue!
Thanksgiving est une fête nord-américaine : on voit parfois au cinéma de grands repas de famille à cette occasion, on lit des romans autour de drames ou de réconciliations, de joies et de peines au cours de cette fête, c’est la vie !
Mais ce n’est pas notre culture ici en France, et donc beaucoup se demandent d’où vient cette fête de Thanksgiving.
En Amérique du Nord, Thanksgiving célèbre dans tous les esprits les premières récoltes faites par les Européens sur le sol américain et la reconnaissance envers Dieu de leur avoir permis de survivre.
Origines de Thanksgiving au Canada
Au Canada, le navigateur anglais Marin Frobisher remercia Dieu de l’avoir préservé d’un terrible voyage au nord du Canada en faisant un grand repas au sud du Groenland en 1578.
Des fêtes plus organisées naquirent avec des Français menés par Samuel de Champlain, né à Brouage. Durant l’hiver 1606-1607, à Port-Royal (île de la Nouvelle-Ecosse), ces Français décidèrent de ne pas se laisser aller à la morosité et Champlain créa l’Ordre de Bon Temps, une sorte de club pour promouvoir de bons repas tout l’hiver ! Voici un extrait de son récit :
Nous passâmes cet hiver fort joyeusement et fîmes bonne chair, par le moyen de l’ordre de bon temps que j’y établis, qu’un chacun trouva utile pour la santé et plus profitable que toutes sortes de médecines, dont on eut pu user. Cet ordre était une chaîne que nous mettions avec quelques petites cérémonies au col d’un de nos gens, lui donnant la charge pour ce jour d’aller chasser : le lendemain on la baillait à un autre et ainsi consécutivement : tous lesquels s’efforçaient à l’envie à qui ferait le mieux et apporterait la plus belle chasse : Nous ne nous en trouvâmes pas mal, ni les Sauvages qui étaient avec nous. Tiré des Voyages […] de Champlain, 1613
Ces repas, souvent partagés avec les autochtones, étaient accompagnés de fêtes, d’animations théâtrales… ou comment passer du bon temps quand il fait froid ! On reconnaît bien l’esprit français qui aime la bonne chère en toutes circonstances… Cet esprit perdura les années suivantes, établissant cette idée de profiter des récoltes, de la chasse, de la pêche… mais Thanksgiving fut officialisé bien plus tard. En raison du climat, Thanksgiving est célébré au Canada le 2e lundi d’octobre, ce qui coïncide avec l’anniversaire de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb (le 12 octobre 1492, fêté chaque 2e lundi d’octobre un peu partout sur le continent américain, malgré quelques contreverses).
Origines de Thanksgiving aux Etats-Unis
En 2020, les festivités seront sûrement immenses pour célébrer les 400 ans du débarquement du Mayflower et des Pères Pélerins, premières personnes s’installant définitivement sur le sol des US. Parmi leurs descendants, 7 sont devenus présidents des USA et un certain nombre de personnalités peuvent aussi s’enorgueillir de compter des Pilgrims parmi leurs ancêtres (listes ici)
Plusieurs textes stipulent des commémorations religieuses de remerciements en Floride (1564) par les Huguenots français, au Texas (1598) par les très catholiques Espagnols… On peut dire que c’était une suite logique à une année qui s’achève dans un monde nouveau !
Carte postale ancienne avec le Mayflower arrivant en Amérique.
Cependant le Thanksgiving célébré de nos jours est clairement lié aux Pilgrims, des Puritains anglais d’abord émigrés en Hollande pour trouver la liberté religieuse, puis espérant jouir de plus de liberté d’entreprise dans le Nouveau Monde. Après 66 jours de traversée très mouvementée, une centaine de personnes débarquèrent du Mayflower le 11 novembre 1620 dans la grande baie du Massachussets. L’implantation fut très difficile pour ces gens démunis de tout : environ la moitié d’entre eux moururent le premier hiver.
Connaissez-vous John Smith ? Oui, celui de Pocahontas !! Il ressemblait plutôt à ceci :
Capitaine John Smith (1580-1631), navigateur anglais. Il fit 2 voyages vers l’Amérique, l’un vers la Virginie (avec l’histoire de Pocahontas) où il resta de 1607 à 1609, puis vers le Maine et la baie du Massachussets en 1614-1615.
Eh bien, indirectement il est le sauveur de ces Anglais du Mayflower en détresse !…
Revenons en 1614-1615, John Smith est en exploration dans une région qu’il baptise lui-même Nouvelle-Angleterre (ce nom est resté et désigne le nord-est des Etats-Unis). Quelques Indiens de cette région furent capturés par des hommes de John Smith afin de les amener en Angleterre en tant qu’esclaves ou « bêtes curieuses ». L’un d’eux réussit à s’échapper et prit un bateau pour retrouver sa tribu. Entre temps, il avait eu le temps d’apprendre l’anglais ! Ce cher Squanto, sans une once de ressentiment, enseigna aux Pilgrims en 1621 comment survivre dans ce monde hostile : il leur montra comment cultiver ce qui est comestible et inconnu alors en Europe : le maïs, la patate douce… et les citrouilles évidemment, et leur montra aussi des baies comme les airelles… Ces immigrants n’étaient pas des paysans mais avaient apporté des semences dans le Mayflower afin de s’installer dans le Nouveau Monde ; malheureusement tout avait moisi et c’est ainsi ils ont dû se mettre à cultiver des plantes locales car sans bonne récolte, c’est la famine !
Puis à l’automne, un grand repas festif réunit les Pilgrims et la tribu de Squanto, apportant pour leur part des dindons et des pigeons sauvages, des coquillages, des poissons et des homards… La fête dura finalement plusieurs jours !
Les familles américaines préparent donc le grand repas familial commémoratif avec les ingrédients supposés du festin d’automne 1621.
Table présentée par Martha Stewart
On doit dire que la tradition ne fut pas ancrée dès lors, car très vite tant de luttes et tant de guerres occupèrent Européens et Indiens dont, malheureusement, les aspirations divergeaient radicalement…
Deux Présidents contribuèrent à asseoir cette fête si typiquement américaine. George Washington décréta peu après l’indépendance des Etats-Unis un jour d’action de grâce, un jour de remerciements à Dieu pour exprimer la reconnaissance d’avoir un si beau pays (en 1789, pendant que la Révolution grondait en France). Puis en pleine guerre de Sécession, pour fédérer le pays à feu et à sang, Lincoln accéda aux demandes répétées de Sarah J. Hale (1788-1879) qui prônait une fête nationale de remerciements. Cette femme, écrivain et éditrice, eut une grande influence sur l’accès des femmes à l’éducation. Ainsi, depuis 1863 aux Etats-Unis il y a cette fête nationale le 4e jeudi de novembre en souvenir de la coopération entre les premiers pélerins et les Indiens.
Sarah Josepha Hale, femme d’influence au XIXe siècle. On la surnomme parfois la marraine de Thanksgiving !Son magazine lui permettait de diffuser largement ses idées, principalement l’accès des femmes aux carrières d’éducation et de médecine.
Thanksgiving aux Etats-Unis de nos jours
Les Américains ont bien moins de jours de congés annuels que nous Européens. Les quatre jours (de ce jeudi au dimanche) sont considérés comme de vraies vacances propices aux déplacements et aux réunions familiales. Ce repas commémoratif reste très ancré dans les habitudes, dans certaines familles c’est même quasiment le seul jour avec Noël où l’on cuisine et où toute la famille se met à table ensemble !
Bientôt Thanksgiving aux US (le 27 novembre 2014) : Mrs Bobbins a bien préparé l’essentiel grâce à une organisation dont elle est fière : une bien belle table avec le chemin de table, les sets, serviettes, dessous de verre… Son mari approuve mais demande : mais où est le repas ? Oh zut, répond Mrs. Bobbins, voilà ce que j’ai oublié ! (dessin trouvé sur Facebook – Mrs. Bobbins est régulièrement sur ce site : Kansas City Star Quilts )
Le menu « obligé » consiste en dinde farcie, sauce aux airelles, patates douces et tarte à la citrouille (stuffed turkey, cranberry sauce, sweet potatoes, and pumpkin pie) ainsi que plein d’autres bonnes choses, au choix des cuisiniers ! Si vous souhaitez faire entrer une tradition américaine chez vous, à vos fourneaux ! Les recettes sont un peu partout sur internet.
Un mot sur les dindes : ces gros volatiles d’ Amérique sont maintenant élevés en batterie et plus de 45 millions de dindes passeront au four jeudi. Je ne vous montrerai pas de photos de ces élevages pour ne pas vous couper l’appétit, mais sachez que la dinde prête à cuire pesait en moyenne moins de 7 kg en 1930, en 1985 moins de 9 kg et maintenant on arrive à des dindes de 13 kg… Des dindes qui ne tiennent plus debout tellement leur poitrine sont hypertrophiées, mais parallèlement les prix ont baissé : on en a plus pour moins d’argent…
Un beau dindon en parade ! Nous appelons dinde ce volatile (poule d’Inde) car ces gallinacées furent importés en Europe par les Conquistadors espagnols qui croyaient encore avoir trouvé l’Inde par l’Ouest. Quant aux Américains, ils l’appellent turkey (comme le pays Turquie) car à sa découverte, elle était confondue avec la pintade de Guinée (appelée Turkey hen), bref un beau méli-mélo géographique pour ces gros oiseaux !
Après cette journée familiale, c’est le Black Friday avec des magasins qui ouvrent parfois dès minuit une minute ! Soldes et promotions incitent à acheter ce jour les premiers cadeaux de Noël. On assiste à une vraie orgie de consommation dont nos soldes ne sont qu’une pâle copie…
C’est la suite directe des décorations d’Halloween en couleurs chaudes : orange, marron, vert, écru etc. Les thèmes préférés sont les potirons évidemment, mais au lieu d’un zeste d’humour typique à Halloween, les quilts sont plus sages et réconfortants, souvent dans le style Primitive Country qui correspond bien à cette fête familiale :
Jolie déco vue ici!Thanksgiving Sampler, vu ici.Magnifique étoile de circonstance vue ici
Autre symbole prisé, la Cornucopia ou Corne d’Abondance, et tous les fruits d’automne :
Magnifique appliqué avec les feuilles en soie laissées libres pour un effet 3D, à voir ici.
S’ajoutent les feuilles d’érable dans leurs plus belles couleurs :
Dieu étant dans la constitution américaine, on n’hésite pas à le remercier avec force. Thanksgiving est une fête laïque, célébrée par tous, mais d’origine religieuse puisqu’on remercie Dieu pour les bonnes récoltes :
A Vienne, j’ai révisé ma vision de Sissi l’impératrice qui collait avec le radieux sourire de Romy Schneider. Les trois films mythiques sont très romancés et tournent bien à la légère les profonds tourments de cette femme. J’ai la faiblesse de croire que ces deux ou trois choses que j’ai apprises d’elle auront l’heur de vous plaire…
Romy Schneider dans le rôle qui la fit mondialement connaître – ici dans le premier film, en Bavière, la terre natale de Sissi. Dès 12 ans, les femmes de l’époque portaient un corset… pour la vie.
Elisabeth, Sissi, Sisi… ou Lisi ?…
Elisabeth Amalia Eugenia von Wittelsbach naît la nuit de Noël de 1837. Son prénom est l’un des plus portés de l’aristocratie européenne et comme la plupart des enfants, elle avait un ou même plusieurs surnoms dans son enfance. Comment sa famille l’appelait-elle ? Nous ne le saurons sans doute jamais vraiment. Mais il est clair que la jeune Elisabeth signait Lisi :
La première fois que nous avons trace que « Sisi » est utilisée par écrit, c’est dans une lettre de Franz-Joseph répondant à sa promise et l’appelant son « petit ange Sisi »… Se pourrait-il qu’il ait mal lu la signature d’une lettre précédente ? Le L et le S majuscule pouvant se confondre… puis Sisi (qu’on dit zizi en allemand !) est devenu, on ne sait quand, Sissi (prononcé en allemand Zissi), peut-être indifféremment utilisé selon les moments et les personnes.
De nos jours lorsqu’on est à Vienne, on est surpris de lire partout Sisi, coquetterie pour différencier clairement la « vraie » femme du personnage incarné par Romy Schneider. Alors, à chacun de choisir comment nommer cette chère Impératrice !
Adulte, l’impératrice signera Elisabeth la plupart du temps, mais aussiErzsébet en tant que Reine de Hongrie, et même Titania en tant que poétesse…
Qui était son mari ?
François-Joseph était Empereur d’Autriche mais aussi son cousin. Imaginez deux soeurs (Ludovica en Bavière, Sophie en Autriche) décidant de marier leurs enfants, faisant fi des problèmes de consanguinité qu’on n’ignorait pas totalement pourtant… Le monarque de 23 ans se fait donc présenter sa cousine Hélène (Néné) mais tombe amoureux de son accompagnatrice et soeur Elisabeth (Lisi ?) âgée de 15 ans et demi.
Franz Joseph, 23 ans, empereur d’Autriche depuis 5 ans, rencontrera cette année-là sa cousine Elisabeth.
Ce mariage d’amour sera célébré grandiosement le 24 avril 1854. Ouvrons ici une parenthèse : par le plus grand des hasards nous avons visité le palais jour pour jour 160 ans plus tard. Le Musée Sisi fêtait ses 10 ans avec l’inauguration ce jour-là d’une exposition exceptionnelle (« Soie, Dentelle, Hermine ») sur la garde-robe d’Elisabeth. Certaines robes sont des reproductions mais d’autres sont les originales, exposées pour une unique fois au public jusqu’au 24 décembre 2014.
Réplique de la robe que portait Elisabeth la veille de son mariage. Je ne sais si c’est celle que portait Romy Schneider au tournage du film ! Cette robe fait partie de l’exposition permanente.Peu de robes d’origine mais elles sont magnifiques, de même des souliers et maints accessoires pour cette exposition temporaire au coeur du musée Sisi de Vienne. Si vous y allez, je vous souhaite une journée calme car il y a beaucoup à voir et les couloirs de visite sont assez étroits ! Cette sublime robe bleue a été oubliée des décennies dans un carton et retrouvée en 2012. Son état est d’une fraîcheur parfaite ! Elle date de la fin de la vie d’Elisabeth, quand elle était extrêmement maigre.L’autre robe d’époque montrée jusqu’au 24 décembre est cette robe très ouvragée, avec des inclusions de multiples dentelles délicates. Ces deux robes démentent que Sissi ne s’habillait plus qu’en noir à la fin de sa vie : à Corfou, elle dérogeait à cette règle. (photos de ce blog, toute photo étant interdite lors de la visite !)
Après ce mariage dont je vous passe les détails, très vite le jeune mari doit retourner aux affaires. C’est un homme droit, rigoureux, extrêmement travailleur, devant faire face à de multiples tracas diplomatiques, guerres et révolutions dans les immenses territoires qu’il dirige.
Sissi était alors toute jeune (16 ans), elle était attachée à son mari mais ne pouvait accepter le rôle d’impératrice tel qu’imposé par sa belle-mère et sa vie à la Cour de Vienne lui devint vite un carcan insupportable. Franz laissera malheureusement s’installer entre sa mère et son épouse une ambiance détestable, ce qui, rapidement, détournera Elisabeth de ses « devoirs » puis la mènera à une véritable frénésie de voyages… sans lui, quotidiennement attablé à son bureau pour régler les affaires de l’Empire.
François Joseph à l’âge de 35 ans.
Franz Joseph règnera près de 68 ans et ne cessera jamais d’aimer sa Sisi. Lui l’aimait d’un amour profond, elle l’aimait très affectueusement jusqu’au dernier jour. Ils eurent quatre enfants, dont je vous laisse découvrir le destin dans les nombreuses biographies.
Franz dira à plusieurs reprises, après la mort de Sissi en 1898 : « Nul ne sait combien je l’ai aimée… ».
L’époux de Sissi était né et éduqué pour régner, alors que Sissi la jeune Bavaroise n’a pu faire passer la vie de devoirs et de représentation incombant à une Impératrice devant sa soif de nature et de liberté.
Ils étaient totalement opposés, Franzi était un homme d’ordre et de rigueur militaire, un bureaucrate obstiné, un fervent catholique. Il était infiniment amoureux de sa femme mais ne la comprenait pas.
Sissi, elle, était bien plus fantaisiste, bien moins férue de religion et « ne se sent en harmonie qu’avec les objets d’art, au contact des lacs, de la lune, des forêts, des montagnes, de la mer, des chevaux, des chiens… »(Hortense Dufour, « Sissi, les forces du destin »). Elle a toujours vécu avec des animaux autour d’elle, monte à cheval quotidiennement, a toujours un grand chien. Elle sait les soigner, leur parler… Et les astres n’étaient pas non plus avec eux : lui étant Lion et elle Capricorne, aux thèmes complètement opposés, il aurait fallu beaucoup pour que règne l’harmonie entre ces deux-là 😉
Sissi et son chien Shadow, ici en 1867.
Au cours de son long règne, François-Joseph a dû affronter de très nombreux drames familiaux (tragédies des Habsbourg…). Il laissera l’empreinte d’un conservateur ayant su tracer des voies politiques riches en bonnes intentions mais pas à la mesure des bouleversements du XIXe siècle, et dont le bilan se soldera malheureusement par la Grande Guerre.
Sissi et la Cour de Vienne
Il est presque choquant, en tant que touriste arrivant à Vienne l’accueillante, la romantique, l’harmonieuse, d’apprendre qu’Elisabeth détestait cette ville et passait son temps à vouloir la fuir. Etait-elle ingrate, difficile, capricieuse ?
Mettons-nous un peu à sa place. La jeune Sissi a grandi avec simplicité, joie et liberté, toujours à courir dans le grand jardin plein de roses tenu par sa mère, crapahutant par monts et par vaux avec son père dans les Alpes bavaroises, nageant des heures dans les lacs avec son frère ainé… Du jour au lendemain, elle doit se plier à l’étiquette la plus stricte d’Europe, mesurer ses pas, son rire, ses propos… Elle vit soudain dans un palais certes, mais c’est une prison dorée. Son cher Franzi ne la soutient pas, disparaît toute la journée dans son bureau et laisse sa mère faire l’éducation de la nouvelle impératrice. La jeune fille est immensément désemparée dès les premiers jours de sa vie à la Cour de Vienne et ce choc ne s’effacera jamais.
La belle-mère de Sissi était-elle méchante ?
Epineuse question ! On va dire que les historiens sont partagés. Il y a un monde entre le sens du devoir de Sophie, mère de François-Joseph, à la fois tante et belle-mère de Sissi, et le ressenti d’Elisabeth. Il est certain que Sophie a empoisonné la vie de la jeune fille dès les premiers jours en lui inculquant l’étiquette de la Cour, summun de l’arbitraire. Dès lors, le ver était dans le fruit…
Sophie l’Archiduchesse en 1832 par A. Stieler, l’année de la mort du fils de Napoléon. Le futur mari de Sissi a alors 2 ans.
Il faut cependant faire attention aux apparences. Belle et intelligente, Sophie la jeune Bavaroise doit épouser à 19 ans en 1824 un homme faible et sans charme, mais promis au trône d’Autriche. Toujours des alliances de personnes au service de la politique, pour rétablir la puissance autrichienne après la catastrophe napoléonnienne…
Son ambition et ses capacités la menèrent à occuper le premier plan politique et les diplomates européens, un brin machistes mais admiratifs, disaient : « c’est le seul homme de la famille impériale ». Ferme, autoritaire, gardienne de la tradition, elle éduqua son fils aîné François-Joseph (Franzi pour les intimes) pour le rôle qui lui incombait : diriger l’Empire d’Autriche et faire passer l’Empire avant tout esprit d’invidualité, « droit dans ses bottes » ! Exception notoire, là où elle céda, c’est pour l’épouse de son fils : Hélène la cousine aînée au caractère conciliant (elle se maria plus tard, fut heureuse et eut beaucoup d’enfants…), était le choix de Sophie, mais Franz imposa son coup de foudre, Elisabeth, laquelle hésitait mais… « On ne dit pas non à un Empereur » rétorqua sa mère Ludovica…
Gardienne de l’étiquette, Sophie ne pouvait accepter les goûts d’indépendance de sa sauvageonne et puérile belle-fille et ne comprenait pas que Sissi refuse le rôle prestigieux qui lui était offert. Sophie se montra très maladroite, plus que méchante, avec la jeune fille qu’elle aurait voulu façonner à son image. La rapide dégradation des relations entre elles fut très nuisible pour l’avenir de Sissi.
Sophie est pourtant une femme qui fut une mère, une grand-mère présente et affectueuse, à défaut de pouvoir aimer son mari qui était à la limite de la débilité. Sa rigueur, son intelligence fut au service de l’Empire, tout comme le fera son fils Franz.
Dans sa jeunesse, elle mit toute sa tendresse au service du fils malheureux et malade de Napoléon et Marie-Louise. Il existait entre eux deux une immense complicité affectueuse qui donna lieu à beaucoup de médisances. Faisant fi des ragots tout comme des risques de contagion, elle s’occupa de l’Aiglon, fils de Napoléon 1er, jusqu’à son dernier souffle. Franz avait alors 22 mois.
Cette femme n’était donc pas le bourreau sans coeur qu’on veut souvent faire croire. Avec un peu plus de maturité de Sissi, un peu plus de médiation de Franz et un peu plus de souplesse de Sophie, tout aurait pu être différent…
Elisabeth a beaucoup voyagé, de nombreux souvenirs de ses séjours se trouvent dans toute l’Europe. Ici, statue en Italie (Meran)Statue à Funchal (île de Madère). Là encore, Sisi porte un livre à la main : c’était une grande lectrice et écrivait elle-même de nombreux poèmes.Statue à Achilleion (île de Corfou)Celle-ci est à Genève, érigée 100 ans après sur le lieu de son assassinat.
La beauté de Sissi
Enfant, on la dit mignonne, charmante. Fiancée et jeune épouse, elle est rayonnante, ravissante. La grande brindille bavaroise devint la plus belle femme d’Europe de l’avis de tous, même si Elisabeth, en raison d’une dentition imparfaite, ne rit jamais, sourit à peine… Sa beauté devint son arme de séduction contre l’étiquette imposée par sa belle-mère.
Les bonnes fées de l’héritage génétique ont transmis à Elisabeth les traits fins et la belle peau des princesses bavaroises, comme sa mère ou sa tante et belle-mère. Elle gardera de sa jeunesse au grand air alpin une peau qui prend bien le soleil.Elle prend soin de son visage au fil des décennies avec de nombreuses recettes plus ou moins appétissantes : cela va de la purée de fraises écrasées à l’escalope de veau crue… Des années durant, elle testera de nombreuses crèmes, collectionnera les idées de mélanges récoltées au cours de ses voyages et de ses propres expériences. Ainsi, ne serait-ce que par les soins d’hydratation de sa peau, elle pourra paraître longtemps bien plus jeune que les autres femmes de son âge.
On admire beaucoup sa chevelure bouclée, épaisse et brune qui lui tombe jusqu’aux chevilles, héritage de la famille Wittelsbach. Trois heures lui sont quotidiennement nécessaires pour se préparer… Pendant que sa coiffeuse tresse ses cheveux, elle apprend des langues étrangères pour lesquelles elle a un vrai don. Elle tient tellement à sa crinière que c’est un drame dès qu’elle voit un cheveu perdu… La coiffeuse et amie lui cachait donc habilement tous ceux qui restaient du démêlage quotidien pour ne pas la contrarier ! Le poids de sa chevelure lui donne souvent mal de tête mais qu’importe…
Mais ce qui devient obsessionnel, c’est sa ligne. Après l’intense déception de la vie à la Cour mais les acclamations du peuple devant sa beauté, il se produit un déclic : elle veut devenir la plus belle du monde, c’est à sa portée… Elle s’épuise avec des heures de gymnastique, d’équitation, des régimes insensés… Dans les palais où elle a habité, elle a fait installer du matériel de gymnastique (anneaux, haltères et autres, qu’on peut voir notamment au palais de Hofburg), ainsi qu’un pèse-personne qu’elle utilise plusieurs fois par jour.
Salle de gymnastique et d’hygiène au palais du centre de Vienne. Anneaux, barre fixe, espaliers… L’environnement de style boudoir est très étonnant !
Presque jamais elle ne paraît à table car elle suit des régimes déraisonnables. Dommage 😉 leur vaisselle était si belle ! En visitant le palais, j’ai admiré des plats en porcelaine japonaise et pu vérifier que la cour des Habsbourg était au coeur des achats de la plus belle vaisselle du monde… Une recherche sur le bloc de patchwork de l’assiette de Dresde m’a naguère menée assez loin sur les traces de la porcelaine de Chine et d’Imari : une salle entière y est consacrée à Vienne !…
Naguère avec une belle silhouette jeune et « normale », Elisabeth devint extrêmement maigre (50 kg pour 1,72 cm… dont quelques kilos de cheveux !) et garda jusqu’à sa mort à 61 ans une taille de guêpe de 51 cm dit-on :
J’ai vu de nombreux vêtements d’Elisabeth à Vienne. Certains témoignaient de sa très fine silhouette. J’ai particulièrement été frappée par l’extrême finesse de ses chaussures, incroyablement étroites.
Dans son rejet de l’étiquette, dans son éperdue envie de liberté, on regrette que Sissi n’ait pas vécu à notre époque ! Elle y aurait été sans doute plus à son aise, on la sent en avance sur son temps. Malheureusement, elle l’était aussi avec son principal problème de santé récurrent : il est clair que Sissi est devenue anorexique au fil du temps, maladie plutôt rare alors.
En 1998, un ensemble de symptômes liés à l’anorexie mentale fut nommé « le syndrome de Sissi ». La sissimania est parfois dangereuse, des forums en son honneur existent dans plusieurs pays et font parfois l’apologie de sa maigreur et de ses régimes. C’est so chic d’être comme Sissi !! Le syndrome de Sissi a été inventé par un groupe de marketing pour un laboratoire pharmaceutique… afin de mieux vendre certains psychotropes. Un journaliste scientifique, Jörg Blech, a dénoncé ce scandale après une enquête rigoureuse (voir notamment cet article).
Elisabeth était obsédée par sa beauté, mais également la beauté des autres femmes : elle a collectionné des photos de femmes de tous âges et toutes conditions, son « album de beautés » comportait plus de 2 500 clichés ! Elle utilisait les réseaux diplomatiques pour enrichir sa collection…
A la soixantaine, elle s’habillait presque toujours de noir et promenait en Europe sa très fine silhouette. Elle fuyait non seulement Vienne et sa Cour mais aussi tout le monde alors qu’elle était déjà entrée dans la légende. Les témoignages des contemporains insistent sur sa beauté mais surtout sa gentillesse, son charisme naturel, son charme inexprimable. Le président Félix Faure avait déclaré, témoignage parmi tant d’autres : « L’Impératrice est sublime. On dirait qu’elle est française ! »… Chauvin, va !!
Pour ne laisser qu’une belle image d’elle à la postérité, Elisabeth refuse, l’âge venant, de se laisser photographier… Elle protègera son visage de voilettes, d’éventails, n’acceptant de montrer que sa silhouette juvénile…
Les musées de Vienne et tout particulièrement celui de Sisi à Vienne ont eu l’honnêteté et l’intelligence de ne pas s’en tenir au côté glamour de la belle impératrice. C’est une femme qui a beaucoup souffert, physiquement et psychiquement, qui a subi beaucoup de drames, les plus terribles étant la mort de son premier enfant, la petite Sophie, à 2 ans, puis la mort très mystérieuse du beau Rodolphe (à l’âge de 30 ans), lequel a tant souffert des voyages incessants de sa mère… Le sujet des enfants d’Elisabeth et Franz est complexe.
Elisabeth fut assassinée par un anarchiste en pleine journée à Genève, « pour rien »… Parmi la multitude d’objets exposés au musée de Vienne, on peut y voir la fine lame qui a tué Sissi à l’âge de 61 ans.
C’est le vêtement que portait Elisabeth, le jour fatidique du 10 septembre 1898. On voit le trou provoqué par la lame qui la tuera.
Ici s’achève l’évocation de cette femme au destin extraordinaire mais à la vie si malheureuse, loin des clichés habituels. Si cet article vous donne envie d’en savoir plus vous pouvez lire, parmi les centaines de livres parus dans le monde, la sensible biographie de Jean des Cars (Sissi, impératrice d’Autriche) ou « Ces Autrichiennes, nées pour régner » de Catarina de Habsbourg (son grand-père fut le dernier empereur, à la mort du mari de Sissi).
Finissons avec cette belle photo prise le jour où Elisabeth devint Reine de Hongrie (1867) ! Elle aimait ce pays qui le lui rendit bien, contrairement aux Viennois…
Depuis mon voyage à Vienne il y a deux mois, je ne peux m’empêcher de me documenter sur les personnages et mouvements artistiques liés à cette ville : le baroque, le Jugendstil, Klimt, Hundertwasser, et puis plusieurs figures féminines au destin hors du commun de la famille des Habsbourg comme Marie-Antoinette, Marie-Louise et bien sûr Elisabeth d’Autriche…
Elisabeth d’Autriche en 1865, à 27 ans – Peintre : Winterhalter. Sa robe est signée du célèbre couturier Worth, fondateur de la Haute-Couture française ; elle est de satin et de tulle blancs, brodée de lames d’or. Les bijoux de cheveux sont des étoiles en diamants du bijoutier Köchert, dynastie de bijoutiers toujours établis à Vienne.
Cette femme est fascinante par sa complexité et son destin, sa personnalité si singulière que mes premières recherches me donneraient presque envie d’y consacrer beaucoup plus de temps ! Son histoire familiale colle à la grande histoire de l’Europe que je comprends mieux au fil des lectures récentes, car, hormis quelques éclairages partiels, ma vision des Cours d’Europe se focalise plutôt sous le prisme français ou anglais et mes lectures historiques sont depuis des années centrées sur les artistes, les découvreurs, les gens ordinaires devenant extraordinaires…
L’empire de Franz-Joseph et d’Elisabeth, au coeur du XIXe siècle, englobe une immense partie de l’Europe. Après la folie expansioniste de Napoléon puis sa déchéance, l’empire des Habsburg s’étend de nouveau en gros pavé au centre de notre continent, englobant des peuples aussi divers que des Polonais, des Italiens, des Croates, des Hongrois, des Allemands, des Serbes… chez qui monteront des nationalismes engendrant d’innombrables guerres. N’oublions pas que c’est l’assassinat du successeur désigné de Franz-Joseph (mari d’Elisabeth) qui précipitera la première Guerre Mondiale…
Plus tôt dans l’Histoire, il y eut Marie-Antoinette. Jusqu’en avril dernier, je n’en connaissais que l’écume de sa vie française. En visitant Vienne, j’ai appris que sa mère, Marie-Thérèse la Grande, fut une remarquable chef politique, une très grande impératrice qui régna pendant plus de 40 ans sur une grande partie de l’Europe. Le merveilleux château de Schönbrunn, le « Versailles viennois », conserve son empreinte.
Côté cour et entrée, le château jaune et vert sombre pour les boiseries (couleurs qu’on retrouve dans toute la ville) nous accueille. Les parterres sont entretenus simplement, d’un coup de tondeuse, sans gazon sélectionné et chèrement désherbé : un naturel qui fait du bien !La visite du château de Schönbrunn (= la belle source) nous laisse une impression d’harmonie : le bâtiment le plus visité d’Autriche était fin avril très calme et nous avons pu en profiter pleinement ! La grande visite des pièces est passionnante.Vue du balcon principal, côté jardin. A l’horizon, la gloriette. On ne voit pas toutes les dépendances, elles aussi fort intéressantes : orangerie, grandes serres tropicales, zoo, musée des carosses, des kilomètes d’allées ombragées…Le château vu de la gloriette. Le centre ville se trouve à l’extrême droite de la photo. Schönbrunn était la résidence d’été et Hofburg (en centre ville, à environ 5 km de là) le palais d’hiver. Marie-Antoinette y passa une jeunesse heureuse !Le parc de Schönbrunn peint par G. Klimt (en 1916) qui, à la fin de sa vie, avait son atelier à 3 stations de métro de là. Il y avait ses habitudes et donnait souvent rendez-vous à ses copains à la buvette de la gloriette !
Marie-Antoinette, avant-dernière des 16 enfants de Marie-Thérèse, n’était pas destinée à être dans la lumière, son éducation fut donc légère : elle savait à peine lire à 10 ans. Elle vivait heureuse à Vienne, vive et insouciante, apprenant le maintien, la danse, la musique… Elle assista à la visite à la Cour de Vienne du jeune prodige Mozart, de quelques mois son cadet : ils avaient tous deux 7 ans !
Sa mère, cependant, fit comme les autres monarques de son temps en utilisant le mariage de ses enfants comme gage de paix et alliance avec d’autres pays : à cette jeune fille il incomba d’épouser le futur roi de France…
Maria Antonia, 12 ans, peinte par Van Meytens (1767). C’est la dernière fille de l’impératrice d’Autriche Marie-Thérèse et François 1er de Lorraine. Deux ans plus tard, elle sera promise au futur Louis XVI de France. On la connaît mieux sous son prénom français, Marie-Antoinette !Marie-Antoinette pendant sa coiffure – Heinrich LossowMarie-Antoinette, reine de France, en 1783 (à 27 ans). Sa robe d’apparat est extravagante !
Tel un puzzle qui se met en place, mieux connaître les Habsburg me fait mieux comprendre notre Histoire. Il est passionnant de comparer les grandes figures féminines. Marie-Antoinette, arrière-grand-tante par alliance de Sissi, avec qui elle partage de nombreux points communs, a grandi dans les mêmes châteaux que ceux où vécut l’impératrice Elisabeth. Mais là où Marie-Antoinette, dernière fille de l’Impératrice Marie-Thérèse, avait une jeunesse plutôt libre et joyeuse avant de subir l’étiquette à la Française, Elisabeth subira de plein fouet les devoirs dus à son rang, imposés par sa belle-mère, après son enfance libre et joyeuse en Bavière… Pour chacune, le mariage à 15 ans est décidé pour l’alliance entre deux peuples… Elles vécurent dans le luxe de leur rang, pas toujours aimées du peuple… et moururent toutes deux très violemment. Autre pays, autre dynastie, autre époque, on ne peut s’empêcher de faire des rapprochements entre ces deux femmes et Lady Diana. Les comparaisons fusent : leur destin tragique, leur beauté, leur élégance favorisent des raccourcis dont il faut tout de même se méfier.
Mariage le 2 avril 1810 de Napoléon et Marie-Louise. Peinture de Louis Rouget (Château de Versailles)
Quant à Napoléon, qui se souvient qu’il fut l’oncle de Sissi puisqu’il épousa la douce Marie-Louise ? De leur union naîtra Napoléon II, enfant écartelé entre la France et l’Autriche, mort à 21 ans.
Voici Marie-Louise que Napoléon épousa pour avoir un fils que ne put lui offrir sa première épouse Joséphine… Le petit Napoléon II fut revendiqué par les deux pays (France et Autriche), rudement éduqué et mal aimé. Héros romantique et poignant dont la mort à 21 ans reste mystérieuse, il entra dans la Légende avec des poèmes de Victor Hugo, puis une pièce d’Edmond Rostand (l’Aiglon, joué par Sarah Bernhard).
Maria Ludovica ( surnommée Luisi) naquit à Vienne en 1791 au palais impérial viennois, son père devint Empereur d’Autriche alors qu’elle avait 2 mois. Elle est éduquée de manière plutôt simple, apprend plusieurs langues dont le français, première langue internationale de l’époque, aime la broderie, le jardinage et toutes activités des jeunes filles de famille aisée de son temps. Durant son adolescence, l’Autriche perdait bataille sur bataille contre Napoléon qui humiliait son pays. Alors imaginez quand on lui apprit sa future alliance avec celui qu’elle appelait « l’ogre corse » lequel, fort peu élégamment, dit « j’épouse un ventre » [pour avoir un fils]. La pauvre dit « se sacrifier pour le bien de l’état »… Bref cela commence plutôt mal !
Marie-Louise épousa à 18 ans Napoléon (40 ans), qui voulait allier sa famille corse à l’une des plus prestigieuses dynasties européennes.
Pourtant le couple fut heureux pendant quatre petites années, même si le peuple français râle contre cette nouvelle Autrichienne qui, en retour, craint ces gens qui ont coupé la tête de sa tante Marie-Antoinette… Douce et docile, elle n’a pas les armes pour se défendre contre la cruauté de la Cour, pas plus que celle du clan corse. Elle aime remplir sa vie simplement, de couture et broderie, de lecture et de promenade. Elle donne un fils à l’Empire pour le plus grand bonheur de son mari et devint même par deux fois Régente de l’Empire français. Elle rentrera en 1814 en Autriche pour se retrouver sous le joug de son père et ne revit jamais son mari exilé (mort en 1821), puis vécut principalement en Italie, Duchesse de Parme durant plus de 30 ans.
Marie-Louise, en robe Empire (à la taille haute), peinte par Robert Lefèvre. Ces robes sont héritées de la mode gréco-romaine alors en vogue. Elles laissent assez de liberté au corps, sont agréables à porter… mais le corps féminin sera de nouveau corseté vers 1830.
Quelques jours après notre retour de Vienne, nous avons vu avec émotion l’émission « L’ombre d’un doute » sur Vienne, nous y avons retrouvé toute cette ambiance chargée d’histoire et de beaux portraits de ces Dames de Habsbourg.
Elisabeth d’Autriche m’ayant fortement touchée, je reparlerai d’elle, puis nous continuerons notre balade viennoise du côté de chez Klimt, grand amoureux des femmes…