Virtuoses de l’Aiguille

J’ai eu la chance de passer une journée magnifique du côté de Marennes, non pas pour manger des huîtres (on n’est plus dans les mois en R) mais profiter quelques heures de la magnifique plage sauvage de l’île d’Oléron… et bien sûr visiter la célèbre exposition de patchwork traditionnel à Brouage. C’est le rendez-vous de la perfection de notre art, avec un focus sur la copie d’oeuvres américaines du XIXe siècle visibles dans des musées.

J’aimerais pouvoir féliciter personnellement chacune des quilteuses exposantes, chaque ouvrage ayant bénéficié de tant d’efforts et de talent ! Certaines sont des habituées de Brouage, elles travaillent sans relâche pour exposer tous les deux ans. Nous apprenons dans les Nouvelles du Patchwork n°109 que malheureusement deux d’entre elles nous ont quittées, Josiane Bréhin et Marie-Paule Nedelec. Elles laissent derrière elles tant de belles courtepointes qu’elles restent ainsi encore dans notre monde. S’il faut donner mon coup de coeur, ce sera « Bleu-gris, ciel de Bretagne » de Josiane Brehin, dont les explications sont offertes dans le n° 107 des Nouvelles.

Quilt très scrappy, au titre qui me parle… « Bleu-gris, ciel de Bretagne » de Josiane Brehin

Cette année, les triangles sont à l’honneur ! Il y a bien sûr un grand éventail de modèles, mais moins d’étoiles, moins de carrés… plus d’hexagones, de triangles, et toujours des « médaillons », chers à Dominique Husson la fondatrice des expos à Brouage.

Pour ne pas me disperser dans mes commentaires, je souhaite plutôt me concentrer sur trois exposantes.

Aline Joulin est une quilteuse prolifique, bien en adéquation avec Brouage : elle adore les quilts traditionnels de très grand format, matelasse magnifiquement et très densément… comme toutes les autres de Brouage serais-je tentée d’ajouter, mais ce qui la distingue pour moi, c’est le choix de ses modèles et sa palette de couleurs, si proches de ce que je ferais si je m’y mettais ! J’aime avoir des maquettes simples et un look scrappy !

Détail de « Potomak » d’Aline Joulin, avec des tissus repro couplés d’étoiles blanches qui éclairent si bien l’ensemble

Aline est actuellement déléguée france-Patchwork des Charentes-Maritimes (où se trouve Brouage), nul doute qu’elle doit savoir motiver les quilteuses de la région !

France Aubert expose cette année pour la première fois à Brouage mais c’est une entrée remarquée ! Je crois ne pas me tromper en écrivant qu’elle est profondément amoureuse des quilts anciens des Etats-Unis, son remarquable parcours et son blog en témoignent. Son style est souvent marqué par l’influence country avec une judicieuse utilisation de tissus dits humbles, souvent à carreaux ou petits motifs, qu’elle sait si bien assortir aux fleurs et tissus plus complexes. Sa palette est souvent tendrement passée mais jamais trop douce. J’aime aussi la liberté qu’elle s’octroie en osant changer complètement la gamme de couleurs d’un modèle ancien (comme pour 1692 rue de l’Observatoire) ou sa capacité à inventer des modèles (Les Maisons Roses).

Petit détail des Maisons Roses, entièrement assemblé et quilté main

Je dois dire que je connaissais ces quilts en photo, mais quel choc de les voir « en vrai » ! Les couleurs éclatent dans l’Observatoire, rendant ces étoiles très présentes, et le quilting est absolument superbe. Quant aux Maisons Roses, elles sont si douillettement placées dans leur jardin !

Mon troisième coup de foudre est pour Gabrielle Paquin. D’abord, elle maintient son goût pour les quilts bleus traditionnels, contre vents et marées ! Cette couleur si aimée et utilisée au XIXe siècle dans les quilts n’est que rarement représentée dans les expos rétrospectives. Pourquoi ? Le rendu est-il trop frais et « moderne » ?… Gageons que dans les années qui viennent les indigos/blancs vont refaire surface, après le succès historique de l’expo rouge/blanc de New-York ! Gabrielle a su imposer, au fil des ans, une étoile mennonite à Brouage, puis un pur bicolore bleu/blanc (la Roue du Charpentier), et cette année on a eu une époustouflante création bleu/blanc/marine d’esprit country du fait des tissus à carreaux utilisés, mais si sophistiqué par la maquette… Bravo Gabrielle !

Double étoile plumetée, de Gabrielle Paquin, 220 x 220 cm

Gabrielle n’est pourtant pas très connue pour ses quilts traditionnels, mais a une renommée internationale en tant qu’artiste textile, bientôt je vous en parlerai !

Prochain article : « Pourquoi pas vous à Brouage ? »… Les conditions officielles… et mes petites réflexions pour une « encore plus belle expo » grâce à vous en 2013 !

The Civil War Quilt, ou la naissance d’un projet commun

La plume à Martine : 

Avez-vous eu la curiosité de visiter le site de Barbara Brackman consacré à la commémoration du 150ème anniversaire du début de la guerre de sécession  aux Etats- Unis ? Dès que nous avons eu l’information nous étions quelques-unes à visiter le site, et déjà les projets se construisaient dans notre tête !

En effet le groupe des Abeilles de notre Ruche est uni  par la passion, toujours renouvelée, du patchwork et par la curiosité, l’envie d’entreprendre, d’aller de l’avant de ses ouvrières laborieuses ! La reine de notre ruche connaît bien cette envie !  Nous ne manquons pas d’infos, de nouvelles pour entretenir cette curiosité ! 

Parfois l’envie s’arrête au stade de projet imaginé mais dans le cas du Civil War Quilt quelque chose s’est passé. Le lien avec l’histoire de ces femmes, de ces évènements nous auraient-ils émues ? Sans doute. Nous connaissons toutes ces blocs « Northern Star », « Seven Sisters »  et bien d’autres, nous les avons toutes ou presque déjà cousus, quiltés mais imaginer qu’ils avaient une histoire fut une découverte (au moins pour moi) . C’est ce qui a fait naître et grandir l’envie d’aller plus loin et de confectionner, chaque semaine, un bloc différent qui au final constituerait un quilt fabuleux qui raconterait une histoire authentique ! 

Une partie du groupe des Abeilles est engagée dans un projet commun « le Sampler de Sylvia » qui porte aussi une histoire formidable. Il faudrait que Katell nous en parle prochainement et nous montre les magnifiques blocs réalisés ! Certaines d’entre nous n’avaient pas osé se lancer dans ce projet mais avaient tout aussi envie de bâtir un projet en commun, le Civil War Quilt nous en fournit une excellente opportunité. L’envie a mis du temps à grandir jusqu’au jour où l’une d’entre nous pose la question « tu ne serais pas intéressée par Civil War car si tu es d’accord, on se lance ensemble ! » Quelques semaines ont encore été nécessaires et puis en avril Karine et moi-même avons annoncé officiellement par mail au groupe des Abeilles, avec la photo de notre premier bloc, la naissance de notre Civil War Quilt ! Nous avions presque la fierté d’une jeune maman !

Depuis nous cheminons, nous ne sommes pas très en avance, il y a déjà 22 blocs publiés
mais d’ici les vacances d’été nous aurons rattrapé le retard. Ce travail en commun nous fournit l’occasion de rencontres et d’échanges très chaleureux, il nous permet de mettre en commun nos savoirs respectifs et ainsi progresser et consolider nos connaissances.  Soutenues et encouragées par Katell les obstacles techniques (parfois compliqués) sont
plus faciles à surmonter ! Ce faisant nous participons au challenge international lancé par Barbara Brackman et ce n’est pas pour nous déplaire !  A suivre donc…

Avancement des blocs du CWQ de Martine

Ma galerie Flickr : http://www.flickr.com/photos/crbcsrmbr/with/5740909633/ et bientôt, nous aurons des photos des blocs de Karine.

A bientôt, Martine

Blog du Civil War Quilts : http://civilwarquilts.blogspot.com/

Nous publierons l’avancement de nos SBS cet été, nous sommes 6 ou 7 à l’avoir commencé. En attendant la rentrée et notre nouvelle organisation, nous cousons solitairement… Katell

Tissus écossais, tissus celtes

Enfant dans les années soixante, j’ai évidemment été habillée avec l’uniforme d’alors pour une petite fille : un kilt ! Je me souviens bien avoir choisi celui qui était bleu-vert-blanc, alors que mes copines préféraient rouge-vert-jaune. Depuis, j’ai toujours une préférence pour ces couleurs… même si je me soigne ! J’étais fascinée par les croisements de fils donnant des mélanges de couleurs, l’effet « hachures diagonales » à cause du tissage double fil…

Tartan du Clan Forbes

Les Celtes sont ceux qui inventèrent le tissage des carreaux, ce qui semble être la première fantaisie textile des Européens après la teinture. Les imprimés, même les plus anciens, proviennent d’Asie et surtout d’Inde, aussi bien les motifs « cachemire » que les fleurettes provençales, les palmettes ou les Arbres de Vie… Nos célébrissimes Toiles de Jouy, avec leurs scènes champêtres délicates, étaient pour les premières imprimées au tampon, comme en Asie. Le tissage des carreaux à l’aide de fils déjà teints  (nos mouchoirs de Cholet, le tissu vichy…) sont en revanche héritiers d’une tradition complètement locale !

 Les torchons metis (mi-coton, mi-lin) aux quadrillages traditionnels, sont symboliques du tissage « à la Française »

En Ecosse, Les tartans  furent interdits par les ennemis anglais envahisseurs au XVIIIe siècle. Ce n’est qu’au XIXe siècle que chaque variante d’écossais sera attribuée à une famille ou clan.

Vous pouvez rechercher les tartans des familles écossaises ici !

Dans le domaine du patchwork, c’est dans le style country qu’on utilise des carreaux, ce qui est bien logique en regard de son origine. Vous pouvez voir dans le dernier Quiltmania (n° 83) un article sur Mariet Soehout-Mous, qui fait revivre les tissus traditionnels hollandais, souvent à carreaux. Will Vidinic, une Hollandaise vivant depuis des décennies à Paris, a aussi fait de magnifiques quilts avec des mouchoirs français ! Et puis la tradition des carreaux tissés perdure aussi avec les Kelsch alsaciens, avec lesquels on retrouve le trio bleu-blanc-rouge préféré dans nos campagnes européennes.

Après le kilt vint un autre uniforme… que je porte encore : le blue jean !

Jeu de cubes de Madeleine l’Abeille

Après avoir terminé son Sampler de Débutante, Madeleine voulait commencer un ouvrage différent, à la main. Je lui ai donc apporté plusieurs photos d’ouvrages qui m’avaient récemment « tapé dans l’oeil » qui devaient de préférence être montés à la main. A ma grande joie, son choix s’est immédiatement porté sur le quilt de Marie-Claude publié dans Quiltmania (un article lui était consacré dans la rubrique « Quilts et Intérieurs de Charme », n° 57). Le modèle, Cubes Flottants, est fait de tissus japonais, ce que nous n’avions pas à notre disposition. Madeleine a donc choisi une base noire au lieu de l’indigo et a joué avec ses tissus pour des effets de lumière.

C’est une belle réussite ! Depuis, Madeleine a considérablement agrandi son stock de tissus. Elle aime toujours les scrap-quilts (quilts faits avec beaucoup de chutes de tissus différents) mais fait aussi des appliqués de grande élégance. Rendez-vous bientôt pour la présentation d’un autre ouvrage !

J’ose vous parler valeur et intensité…

…autrement, pour compléter l’article précédent dans lequel je souhaitais partager ma surprise que les couleurs n’avaient jadis pas la même importance qu’aujourd’hui alors que valeur et intensité avaient une place à leur manière.

D’un quilt se dégage une ambiance, une atmosphère générée par le modèle bien sûr, mais aussi par la tonalité des tissus de l’ouvrage. Les tissus que vous choisissez instinctivement ne seront pas les mêmes que votre voisine. Je ne veux pas « décortiquer » ici les notions de valeurs, d’intensité, de chaleur des couleurs de façon technique, juste vous donner quelques points de repère simples. Cette façon d’aborder les couleurs est toute personnelle mais a jusqu’à présent bien fonctionné auprès de mes Abeilles !

L’intensité, ou plutôt l’atmosphère du quilt

Je demande souvent quelle ambiance, quelle impression, quelle atmosphère vous voulez obtenir. Cela détermine, mine de rien, la catégorie d’intensité que vous souhaitez. Couleurs vives (pures), couleurs pastel (pures + blanc), couleurs rabattues (pures + noir) ? Pour simplifier les choses, je préfère jouer avec la notion d’ambiance qui convient bien aux quilts qu’on veut intégrer chez soi.

 On peut avoir envie d’une ambiance dynamique, fraiche, vivifiante ou zen. On peut ici évoquer les fjords nordiques, des sommets alpins aussi bien qu’un village grec au bord de la Méditerranée. Toutes ces ambiances vont avec le BLANC PUR. Cela donne souvent des quilts qu’on trouve modernes, même s’ils datent du XIXe siècle comme les quilts bicolores blancs et rouges (ou bleus) américains*. De même, l’impression de modernité intemporelle au Japon vient des couleurs utilisées, en plus de leurs lignes épurées. Il existe beaucoup de correspondances entre l’esthétique d’Europe du Nord et le Japon, les deux m’ont toujours bizarrement attirée…

Les Impératrices du Printemps, de Katell (2000)  d’après Setsuko Segawa . Même s’il y a des tissus aux couleurs chaudes dans le feuillage, l’impression reste fraiche et moderne avec les pivoines blanc pur.

Si vous préférez une ambiance plus chaude, plus feutrée, vos tissus iront avec l’ECRU, les tissus de style ancien (les « repros »), les couleurs rabattues (elles ne sont pas pures, mais saturées par une pointe de noir). Là, il faut savoir garder le chic, l’impression de confort et de chaleur au coin du feu… sans alourdir par trop de rusticité avec un excès de couleurs saturées. Même les couleurs dites froides comme le bleu peuvent convenir dans cette ambiance.

Toujours une dominante bleu-blanc, mais le bleu est « rabattu », le blanc est écru, le marron est brun, d’où une ambiance plus « ancienne ». Remembrance, Katell (2008), modèle de Suzanne Mc Dermott

Styles Country,  anciens et modernes

Le style Country américain, que j’aime beaucoup aussi, est souvent typiquement axé sur ces teintes rabattues et des tissus de fond à base écrue, donnant une ambiance chaleureuse, surannée, rassurante. Depuis quelques années, il connaît un vif succès dans le monde du patchwork, grâce à la réédition de magnifiques tissus.

Il y avait auparavant une belle place au style « country-européen ». En France, nous avions de belles gammes de tissus provençaux, des « vichy »… En Angleterre régnaient les « Liberty » et Laura Ashley. Des quilteuses des Pays-bas avaient aussi développé un style country à « base blanche » et fraiche avec leurs tissus centenaires couleur indigo, rouge vif, jaunes et blancs. Ci-dessus, un modèle de Maaikke Bakker dans l’esprit du « Campagne contemporain » (Dans ma Cuisine, Katell). Supergoof est restée dans ce style très nord-européen, mais il se raréfie dans le monde du patchwork. Cette palette a été reprise par les jeunes quilteuses, assurément gaies et modernes, comme chez Red-Pepper Quilts ou Material Obsession mais n’ont plus le style un peu hors de temps du Country. Il faut plutôt aller voir du côté d’Anni Downs pour un style Country rêveur,  modernisé et à base claire. Hommage ici aux dynamiques quilteuses australiennes !

La valeur, c’est l’idée du contraste entre les tissus

Dans toutes ces atmosphères différentes, il faut savoir jouer avec les valeurs, c’est-à-dire les contastes dans la clarté des couleurs, pour éviter un résultat « plat » ou confus. Vous le faites presque toujours sans y penser ! Reculez-vous, prenez de la distance pour savoir si vous avez assez de contraste entre deux tissus. On risque par exemple de se tromper quand on veut utiliser beaucoup de couleurs vives. Il sera forcément gai de près, mais ne sera une vraie réussite qu’avec des contrastes maîtrisés.

 Photo empruntée à « La Chambre des Couleurs » – Stand de Piece o’Cake à Nantes (salon Pour l’amour du Fil 2011). Les couleurs sont oh combien importantes, mais les contrastes sont primordiaux pour le rendre magique !

Dans un autre style, les premiers quilts japonais « taupe » manquaient de contraste, ce défaut a été corrigé grâce à une bien plus grande gamme de tissus disponibles.

Expérimentez, osez aussi vous faire confiance… Jouez avec vos tissus !

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* En mars dernier, une exposition de 650 quilts bicolores (rouge & blanc) a eu lieu à New-York. Vous pouvez facilement en trouver de nombreuses photos sur Internet !

J’ose ici vous parler de couleurs…

…autrement !

J’ai déjà proposé des stages sur la roue des couleurs, les accords, les valeurs, les intensités, les couleurs chaudes et froides… Cela vous rappelle quelque chose ? Vous avez maints livres à votre disposition qui vous expliquent très bien tout cela, en anglais et en français, appliqués au domaine du patchwork. Par exemple dans la communauté des quilteuses, nous admirons -ou détestons !- la gamme particulière de couleurs des quilts Amish : leurs tissus unis ont des tons majoritairement  froids, intenses, sombres (restes  de leurs vêtements cousus à la maison) et parfois des pépites de couleurs vives et claires. Ces couleurs sont dictées par leurs règles de vie.

Sunshine and Shadow, quilt amish traditionnel du comté de Lancaster en Pennsylvanie, exposé au Metropolitan Museum of Arts de New-York. On voit bien ici la palette majoritairement sombre avec des éclats lumineux qui devaient bien briller sous le pauvre halo de lumière d’une lampe à huile… Date approximative : 1940.

Si on sort du monde du patchwork et de l’art, je trouve très formateur de s’intéresser à la perception des couleurs au quotidien au fil du temps et des sociétés. Chez nous, à notre époque, nous avons accès à des nuanciers codifiés incroyables pour choisir la couleur d’une peinture pour nos murs ou nos volets, alors que pendant l’Antiquité grecque et romaine n’étaient utilisées que trois « couleurs-concepts » dans la vie quotidienne :

– le « rouge » (qui pouvait être aussi ocre, rose…) : c’était le concept du « coloré », du « teinté », de « chargé en pigments », ce qui renvoie à l’intensité de la couleur dont on parle dans nos livres de patchwork. La teinture principale était la garance, mais pas la seule.

– le « noir », qui était tout ce qui était non teinté mais sali, souillé, dont on a enlevé de la lumière, on y retrouve notre notion de valeur (imaginez une photo en noir et blanc…).

– le « blanc » qui est le contraire de chacune des notions précédentes : pur, sans pigment ajouté, ainsi que pur, sans tache ou salissure, sans lumière enlevée.

« Le noir, c’est le sombre, le rouge c’est le dense, tandis que le blanc est à la fois le contraire de l’un et de l’autre »*. Etonnant, non ? Le bleu, le jaune ou le vert n’avaient à l’époque pas d’utilité sociale, ni symbolique, on n’en parlait donc pas ou peu. A un tel point qu’au XIXe siècle plusieurs chercheurs en linguistique historique se demandèrent si les Romains et les Grecs avaient la capacité de distinguer la couleur bleue, tellement elle était absente des textes. On ne disait sans doute jamais « le ciel est bleu », mais « il fait beau » ! Pas de cécité à déplorer, juste un manque d’intérêt pratique. Le bleu était de fait associé « aux autres », d’une part à l’Orient qui utilisait déjà beaucoup l’indigo et le lapis-lazuli, et d’autre part aux « Barbares », avec ces Celtes qui enduisaient même leur peau de guède (=pastel) pour effrayer leurs ennemis ! « Nos Ancêtres les Barbares » germains et celtes teignaient d’ailleurs des tissus en bleu, mais le rendu était souvent grisâtre, loin des divines couleurs obtenues plus tard par le pastel des teinturiers (Isatis Tinctoria) poussant dans la région toulousaine. Quant à l’indigo d’Orient, il était bien trop cher pour les Grecs et les Romains. A noter que ces deux plantes possèdent le même principe colorant (l’indigotine) réputé repousser de nombreux insectes, aussi bien par les Asiatiques que les « Barbares ».

Ce n’est qu’à partir de l’an Mille que peu à peu, les autres couleurs, et surtout la bleue, suscitent plus d’intérêt, avec l’interraction des innovations techniques et l’envie de modernité, tant dans la représentation de l’Eglise et Marie d’un côté, que de l’aristocratie et la royauté de l’autre. Le Bleu, au fil des siècles, devient alors en Europe une couleur révérée, puis une couleur morale, romantique (l’habit de Werther) pour devenir -presque- une couleur neutre avec les uniformes, militaires (marins, gendarmes, policiers, pompiers…) ou même laïques avec l’omniprésent blue-jean ! Aux yeux des autres civilisations, le bleu marine est d’ailleurs devenu LA couleur de la civilisation occidentale.

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*Michel Pastoureau, Bleu, histoire d’une couleur, éd. Seuil – L’évolution de l’importance des couleurs, telle que je vous l’ai survolée ci-dessus, provient de ce livre. Si le sujet vous intéresse, vous ne serez pas déçue par sa lecture.

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Sur les Amish : voir les livres écrits par Jacques Légeret, le meilleur spécialiste européen.

Etudes sur les couleurs : beaucoup de chapitres intéressants dans les livres de patchwork, ainsi que des livres entiers sur le sujet. Celui qui m’a le plus formée est « Scrap Quilts, l’art d’utiliser les chutes de tissu » de Roberta Horton, ed. de Saxe, je me suis approprié toute sa « philosophie » !

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Des dés – Suite !

Chacune continue son patch de dés, j’ai vu lundi dernier celui d’Evelyne, très proche du mien dans l’esprit « récup » avec une dominante bleu-vert. Elle nous offrira une photo quand il sera quilté, à la rentrée sans doute !

Martine a innové en créant une très jolie bordure. Elle a trouvé des petits boutons en guise de fleurs et a finement brodé les tiges et feuilles.

Ici un des nombreux détails de la bordure si joliment quiltée et brodée (cliquez sur la photo pour agrandir)

Quant à Isabelle, notre Basque préférée, elle a choisi des batiks aux couleurs de mer, de sable, de surf, un vrai appel aux vacances ! Voici son message :

Un petit coucou en passant, le quilt aux dés ça fonctionne ….même si cela
n’avance pas aussi vite que je le voudrais. Mais je trouve cette technique très
agréable, une fois que l’on a pris le coup de main bien sûr!

Eliane en revanche, n’a pas « accroché » à cette technique et n’aime pas le résultat obtenu par son premier essai. Peut-être un manque de contraste dans les valeurs ? Il est vrai que ce modèle est particulier et je vous ai incitées à choisir un gabarit petit qui réclame attention et endurance !

Celui de Madeleine, aux dés de 4 cm de haut, passe des vacances chez moi :

Et le mien ? Toujours en cours de matelassage !

  Avec ce temps, le patio est idéal pour quilter !

Quilting en éventail, c’est la première fois que je l’utilise mais j’adore le résultat !

Patchwork et Histoire, histoire de patchwork

Aujourd’hui, je suis très heureuse de laisser Martine s’exprimer ! C’est une de ces Abeilles qui veut toujours apprendre, comprendre, partager… Qui croirait, en voyant tous ses ouvrages et ses connaissances, qu’elle n’a commencé le patchwork qu’en janvier 2009 ?…

Connaissez-vous Barbara Brackman ? Elle n’est pas vraiment connue pour ses quilts, mais elle en parle de façon magnifique et ce qu’elle nous en dit donne finalement du sens à nos travaux d’aiguille ! Cette Américaine est historienne du patchwork aux Etats-Unis. D’origine très ancienne, le patchwork  n’est pas né aux Etats-Unis mais s’y est énormément développé d’une manière originale et connaît encore aujourd’hui un engouement important, on peut même parler d’un nouvel intérêt considérable !

Barbara Brackman a publié de nombreux ouvrages, dont le fameux « Encyclopedia of Pieced Quilt Patterns », une bible en quelque sorte où sont répertoriés plus de 4000 blocs classés selon leur schéma, avec la date de première parution, les divers noms attribués…  Un autre de ses nombreux livres, le seul traduit en français, raconte l’évolution des tissus sur le marché américain, leur disponibilité, les progrès techniques, la mode : passionnant ! Elle est également styliste-créatrice de tissus de reproductions, chercheuse, visiteuse infatigable de musées et d’expositions… Pour suivre ses recherches et ses découvertes, allez visiter son blog généraliste.

Quilts traditionnels et tissus anciens : 1770-1890

Cette année, Barbara Brackman s’intéresse plus particulièrement aux quilts du 19ème siècle associés à la guerre civile américaine (1861-1865)  qui fut un tournant majeur dans l’économie et la philosophie des Etats-Unis, puisqu’elle aboutira à l’abolition de l’esclavage.  Sa démarche originale, ouverte et pédagogue, est de nous proposer sur un autre blog, « Civil War Quilts », l’histoire de cette guerre via les femmes et leurs ouvrages en patchwork.  Nous pouvons chaque semaine, pendant toute cette année de commémoration, confectionner un bloc dont le nom évoque un épisode de cette époque. Nous apprenons ainsi l’Histoire qui se rattache à des blocs que nous connaissons « techniquement » puisque nous apprenons aussi à les faire. Il n’est d’ailleurs pas rare que ces blocs, dits traditionnels, ornent nos premiers samplers.

Mais le plus intéressant sans doute c’est qu’en nous parlant de ces blocs et des évènements auxquels ils sont associés, Barbara Brackman nous parle des femmes qui les ont conçus ou qui y sont liées. Ainsi derrière des modèles techniques apparaît une aventure humaine et féminine très riche. Chaque quilteuse connaît la charge symbolique et historique du fameux « Dear Jane » mais Barbara va plus loin en nous parlant de ces nombreuses femmes souvent anonymes, elle resitue ainsi leur  rôle et leur donne une légitimité historique.

L’accès à cette connaissance historique nous permet de comprendre, sans doute, l’engouement du patchwork aux Etats Unis dont les racines se confondent avec l’histoire de la société américaine et son évolution.

Nous reparlerons du Civil War Quilt qui passionne plusieurs Abeilles !

A bientôt,

Martine

Samplers de Légende

Dear Jane, Dutch Treat, SBS, CW, Nearly Insane….. et tant d’autres ! Devinez-vous ce qui se cache derrière ces appellations ? Une occupation qui monopolise des centaines d’heures, des années à vrai dire pour la plupart des quilteuses… Oui, ce sont quelques-uns des Samplers  de Légende redevenus tellement attractifs depuis une dizaine d’années !

On peut traduire le mot sampler par « ensemble d’échantillons », « échantillonneur », ou plus littéralement « ensemble d’exemples » en s’appuyant sur l’étymologie (sampler vient de examplus en latin), c’est si long qu’on préfère s’habituer au mot anglais !

On peut associer un Sampler quilté à ce qu’on connaît bien en France, le marquoir des brodeuses. Enfant -ou jeune adolescente- la demoiselle apprenait jadis à tirer l’aiguille pour apprendre à faire tous les ouvrages qu’elle devra coudre dans sa vie, mais aussi à broder pour quelques embellissements et le marquage du linge. En effet, le linge était souvent confié aux lavandières, extérieures à la maison, et il fallait pouvoir trier le linge par famille, d’où les initiales des époux sur toutes les pièces de linge du trousseau ! En fonction de la famille, de la région, de l’appartenance sociale, cette petite histoire est plus ou moins avérée bien sûr. Pourtant des générations de jeunes filles vont apprendre à faire du point de croix en réalisant un panneau comportant un abécédaire, les chiffres, le nom de la demoiselle, sa date de naissance quelques frises décoratives… c’est ce qu’on nomme en général un marquoir. Il était souvent brodé au fil rouge, tout comme les marques de linge, la teinture à la garance résistant le mieux aux lavages. Un beau thème de collection !

De même, un Sampler était à l’origine réalisé par les petites filles -du temps de « La Petite Maison dans la Prairie » !- pour apprendre le b.a. ba du patchwork. Les mamans savaient bien que leurs filles devraient faire un certain nombre de quilts dans leur vie, en général très utilitaires, parfois de prestige ; elles savaient aussi que la qualité des points et de l’assemblage seraient  vus et commentés par la communauté ! Un sampler est donc un quilt en patchwork dont chaque bloc est différent, afin d’apprendre les diverses techniques d’assemblage. La fierté étant engagée, l’envie de créer de la beauté étant également évidente, ces samplers de petites filles sont très touchants !

Schoolgirl Sampler Quilt de Kathy Tracy, édité dans son livre « Prairie Children and their Quilts », vu également dans son blog « A Sentimental Quilter »

Ensuite surviennent des samplers assimilables à des prouesses techniques et esthétiques, cousus par des femmes qui nous touchent aujourd’hui par leur créativité mais dont nous ne savons parfois presque rien… D’autres sont inventés par nos contemporaines, bien plus médiatisées ; nous avons ainsi pléthore de modèles à reproduire ou à interpréter librement. Ce qui est certain, c’est que tous ces samplers attirent  inmanquablement le regard émerveillé de tous !

Voici LE sampler qui lança cette vague, le Dear Jane Quilt