Je ne peux pas respirer

Au cœur de ce week-end prolongé et ensoleillé, on a envie de respirer profondément et accorder son souffle à la nature.

Canopée dans les Pyrénées où je respire à fond !

 I can’t breathe, je ne peux pas respirer, répéta George Floyd, filmé pendant 7 interminables minutes. Le 25 mai dernier, il fut maintenu allongé, non armé, menotté, complètement inoffensif, pour l’utilisation supposée d’un faux billet de 20 dollars. Il ne pouvait plus respirer parce que le genou du policier appuyait sur sa gorge. Il en est mort lentement, devant témoins, devant caméra. Cette tragédie n’a d’autre origine que le racisme ordinaire et crasse de certains Blancs, toujours persuadés de leur supériorité sur un territoire gagné en massacrant inutilement les indigènes. Quant à la venue des Noirs, on sait qu’on ne leur a pas demandé leur avis. Il manque cruellement d’éducation et simplement d’humanité dans certaines cervelles. Un article rapide à lire ici peut vous aider à mieux connaître ce tragique événement, si vous n’avez pas suivi pourquoi les émeutes se succèdent depuis quelques jours aux USA.

A maintes reprises, on a cru que plus jamais ça, les Noirs, les Indiens, les Latinos et autres gagneraient une place digne dans leur société multicolore, le fameux melting pot dont s’enorgueillissent les Américains. Hélas, Rosa Parks, Martin Luther King ou Obama, prônant des actions pacifiques, n’ont toujours pas réussi à faire changer les mentalités de certains irréductibles, encore bien trop nombreux.

L’espoir est la conviction que le destin ne sera pas écrit
pour nous mais par nous,
par les hommes et les femmes
qui ne se contentent pas du monde tel qu’il est,
mais qui ont le courage
de refaire le monde tel qu’il devrait être.

Barack Obama

On n’y est pas encore… Des « bavures » se succèdent au fil des ans et ces faits divers font l’histoire.

I can’t breathe, je ne peux pas respirer, c’était déjà le symbole d’une autre tragédie du même genre, ci-dessous des photos de 2014 après la mort d’Eric Garner :

Malheureusement, on peut ressortir les tee-shirts…

Pour revenir un peu dans le passé, l’assassinat de Martin Luther King dans le Tennessee par un ségrégationniste blanc (sans doute n’a-t-il pas agi seul) en avril 1968, mit le feu aux poudres dans les quartiers noirs de nombreuses villes américaines. Quelques jours après à Chicago, onze morts (tous noirs) et des milliers de blessés furent déplorés, les policiers ayant été chauffés à blanc par l’injonction terrible du Maire, Shoot to kill, tirer pour tuer. Ensuite, il y eut mai 68… Ce terrible épisode est raconté en détails dans le nouveau livre de Gaëlle Nohant, La Femme révélée.

 

Chawne Kimber est prof de maths, mais aussi quilteuse, brodeuse, tricoteuse… C’est une des voix les plus fortes dans le monde artistique des arts textiles et je suis son blog depuis des années, séduite par ses couleurs, ses maquettes, et aussi ses messages. Elle créa son quilt le plus puissant après cet autre drame de 2015 (un parmi bien d’autres), tellement proche de celui de la semaine dernière à Minneapolis, que cette répétition donne envie de pleurer. Eric Garner était un petit délinquant de 44 ans, en charge de 6 enfants, connu pour vendre des cigarettes à la sauvette. Un jour funeste de 2014, alors qu’il était assis tranquillement sur un banc, il a été reconnu et pris à partie par des policiers qui l’ont immobilisé par une technique d’étranglement interdite et il en est mort, après avoir répété « I can’t breathe ». Inutile d’ajouter que Eric Garner était noir et les policiers blancs.

C’est l’expression très forte de Chawne Kimber, The One for Eric G., 2015. Photos de The Plaid Portico.
Ce quilt a été acheté par le Michigan State University Museum en 2016.

Chawne utilise souvent des mots, des phrases qui donnent du sens à ses quilts.

Il me manque de l’espoir. Photo de son blog Completely Cauchy
Je ne suis toujours pas libre, photo Completely Cauchy
Love is Love is Love, photo de son blog Completely Cauchy
Manifeste féministe/humaniste, photo de son blog.
Cacophony, photo de son blog

Shawne aime par-dessus tout la récupération de tissus, le quilting improvisé, héritage du quilting de ses ancêtres. Et chaque bout de tissu trouve sa place un jour. Et Gwen Marston tout comme les quilteuses de Gee’s Bend l’inspirent. Et toutes ces lettres piécées sont inspirées du livre Word Play Quilt de Tonya Ricucci. Je me sens de cette famille, toute petite parmi les grandes !

Chawne est une participante régulière du QuiltCon, le grand festival de quilts modernes. Ici en 2016, photo d’ici.

 

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Le quilt I can’t Breathe a marqué les esprits en 2016 au QuiltCon, à juste titre, les projecteurs du Los Angeles Times se sont dirigés sur Chawne.

Une autre particularité de cette artiste, c’est qu’elle a fait son autoportrait à plusieurs reprises, tout comme Frida Kahlo, mais en textile ou en broderie. Une démarche résolument différente des selfies à la mode ! C’est bien plus une recherche de sa propre identité, et pour Chawne c’est sans doute un questionnement sans fin sur la place de la femme et le racisme. Elle dit répondre, en plusieurs facettes, à qui je crois que tu crois que je suis…

Self Study #1, Completely Cauchy
Self Study #6 – Son frère était « le petit génie », sa sœur était « la toute mignonne », et elle… Tout le questionnement de l’identité de l’enfant dans la fratrie… Article ici.

Ce ne sont que quelques facettes de cette artiste, visitez sa galerie de quilts ici sur Flickr, lisez son blog Completely Cauchy.

En te levant le matin, rappelle-toi combien précieux est
le privilège de vivre, de respirer, d’être heureux.
Marc Aurèle

Respirons. Les anciens malades les plus graves du COVID19 semblent garder des séquelles irréversibles aux poumons. D’autre part, de nombreuses pathologies contemporaines sont dues au stress, au manque d’activation de notre nerf vague, c’est pourquoi je viens de m’acheter ce livre pour redevenir ZEN :

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Portez-vous bien, respirez !
Avec toute mon amitié,
Katell