Ma rencontre avec Shizuko Kuroha

Personnellement, je n’ai jamais eu la chance de rencontrer Shizuko Kuroha, même si j’ai acheté tous les livres que j’ai pu trouver d’elle, collectionné tous les articles à son sujet. C’est une lectrice, Evelyne Bouquet, qui m’a contactée, me demandant de lui rendre hommage. Car Shizuko Kuroha a quitté ce monde en octobre. Evelyne l’avait rencontrée, et c’est elle, en toute logique, qui nous raconte ses impressions face aux oeuvres de cette artiste remarquable, ainsi que ce qu’elle a décelé de sa personnalité. Katell

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Guérir : faire passer la lumière

Dans notre monde des arts textiles, le Japon compte beaucoup. On y trouve d’abord des artistes exceptionnelles, un raffinement inégalé, des tissus émouvants… Je reste personnellement amoureuse des styles de Keiko Goke, Shizuko Kuroha et de Marie-Claude Tsuruya, Japonaise par alliance. La première incarne la modernité, l’improvisation et la richesse de la fantaisie, alors que les deux dernières subliment les étoffes devenues précieuses par leur ancienneté et leur symbolisme : les vrais indigos, les sarasa et tous ces beaux tissus provenant des kimonos… En ce qui concerne l’art des quilts au Japon aussi, modernité et tradition restent à égalité dans mon cœur.

Même si j’ai admiré les quilts en tissus taupe, je n’en ai jamais été très fan personnellement, mais cela a permis un rapprochement entre nos deux cultures. C’est toujours bénéfique🙂.

Mont Fuji – Japon ©Travel mania. shutterstock

Peu à peu, la mode japonaise a quitté le devant de la scène du patchwork mais a gagné les étagères des librairies pour nous insuffler de nouvelles habitudes. Rangeons avec Marie Kondo pour un intérieur minimaliste, épanouissons-nous avec la recherche de notre ikigaï (la raison pour laquelle on a envie de se lever le matin), mangeons comme à Tokyo des sushis et comme à Okinawa une soupe miso au petit-déjeuner, offrons nos cadeaux emballés d’un furoshiki, jouons à Super-Mario et lisons des mangas, promenons-nous dans les bois pour un shirin yoku (bain de forêt bénéfique), apprécions l’imperfection avec le wabi-sabi, les reprises textiles avec le boro et le chiku-chiku… J’ai l’air de me moquer de toutes ces modes venues du Soleil Levant, mais non, j’y suis sensible et parfois m’y adonne avec enthousiasme, comme plusieurs d’entre vous ! 

 

Le Kintsugi

Et voici la nouvelle mode venue du Japon !

Ah la beauté de l’imperfection, le wabi-sabi ! C’est un concept que je défends depuis longtemps en patchwork et que j’ai abordé dans mon livre BeeBook (toujours en vente auprès de France Patchwork et, espérons-le, bientôt de nouveau en Salons de loisirs créatifs et en JA !). Avec le Kintsugi, il s’agit de réparer sans essayer de rendre l’apparence du neuf, agir en assumant les rides de l’âge, la marque des fêlures. Les deux principes se complètent : l’acceptation de l’imparfait, du « pas neuf », et la vision de la beauté hors jeunesse et nouveauté.

L’art du Kintsugi est donc traditionnellement appliqué aux objets fêlés, cassés, puis réparés avec un soin extraordinaire : les fêlures sont colmatées à l’or, les défauts sont sublimés, les faiblesses rendent l’objet plus solide qu’à l’origine…

La coach Céline Santini va plus loin en faisant le parallèle entre le Kintsugi et la résilience, ce principe psychologique mis en lumière par Boris Cyrulnik. Il s’agit de la capacité d’une personne à transformer un traumatisme en souvenir acceptable, à partir duquel on peut se reconstruire. On guérit en soignant ses blessures et on devient même meilleur et plus fort.

Son livre détaille à la fois l’art de réparer une fêlure d’un objet à l’or et celui de se réparer psychologiquement, se développer harmonieusement, pour aider à mieux vivre. On lit même que les personnes ayant été cabossées par la vie et qui se sont réparées, deviennent plus touchantes, plus intéressantes, plus authentiques. Le parallèle est saisissant. C’est un beau livre que j’ai eu grand plaisir à lire.

Le Kintsugi en patchwork

Déjà, au 19e, le japonisme, la Japanmania, touchait les artistes occidentaux. Pendant que les impressionnistes et autres peintres contemporains modernes s’inspiraient de l’art de l’estampe, l’art de la craquelure des poteries et porcelaines séduisaient les Américaines au point de s’en inspirer et de créer… le patchwork crazy ! C’est du moins une des versions, la plus vraisemblable d’ailleurs, de la naissance de ce style.

Sur un de mes crazy, le livre de Denyse Saint-Arroman, un des rares bouquins sur le crazy en français.

Le Bazar japonais à l’Exposition Universelle de Philadelphia, en 1876. Les porcelaines craquelées furent les inspirations pour le crazy patchwork, et en même temps, au même endroit, les dessins qu’on voit en décoration donnèrent l’idée de créer le bloc de l’Assiette de Dresde (voir son incroyable histoire par ici).

En Angleterre, Charlotte Bailey emballe de tissu chaque morceau d’une porcelaine cassée et les joint en décorant les failles au fil d’or fixé au point de Boulogne, le résultat est incroyable :

Un vase cassé ? Charlotte Bailey a conçu un long processus de rénovation avec chaque morceau emballé de tissu…

Le Kintsugi a fait récemment irruption dans la mode du patchwork moderne, quand il s’agit d’ajouter une petite pièce après une erreur de mesure par exemple. Au lieu de cacher le rattrapage, on le met en valeur, comme ici, après des erreurs de coupe, avec un tissu finement rayé et très visible :

Bien sûr, il apparaît sur des poteries quiltées :

Le principe est devenu plus abstrait en représentant des failles :

Le Kintsugi devient aussi des lignes cassant un bloc, avec les inserts de bandes assemblant le patchwork :

Le livre qui a grandement popularisé le Kintsugi dans le patchwork improvisé est du Britannique Nicholas Ball. Bizarre, je n’ai pas encore pris le temps de vous parler de lui alors que je me sens si proche de sa démarche !

Double page montrant le quilt Kintsugi de Nicholas Ball (éditions Lucky Spools)

Comme bien souvent, Debbie de Seattle a judicieusement utilisé le modèle pour en faire un quilt, simplement beau comme j’aime :

K comme Kintsugi…
Cette lettre m’inspire pour faire mon premier bloc officiel à la manière Kintsugi – même si, avec les quilteuses Patch d’Oc, nous avions déjà utilisé cette technique d’insertion pour nombre de blocs du blason de Lacaze sans lui donner d’autre nom que patchwork libéré.

Ce sont ici les tout premiers blocs faits avec mes amies pour le quilt Blason de Lacaze, avec l’esprit libre de contraintes. Un grand amusement !

K comme Katell. J’ai d’abord pensé écrire mon prénom en langue des oiseaux (piou-piou, cui-cui ? Non, ce sont des jeux de sons, de lettres, de mots, des jeux de sens cachés de mots ou de phrases…), Katell devenant simplement KTL. Le E, avec ses 3 barres parallèles, me semblait le plus difficile à intégrer, mais finalement j’ai écrit toutes les lettres, le E se pliant tout de même gracieusement à l’exercice ! 

Ce sont les premiers essais, je sens que je vais bien m’amuser avec ces lettres très stylisées façon Kintsugi ! Ici un seul bloc pour deux L – deux ailes – pour voler plus vite. 

Ce sera un petit quilt, à poser sur une table, avec son esprit discrètement japonisant… Se souvenir de la beauté de la fêlure qui laisse passer la lumière…

A très vite,
Katell

Log Cabin Forever

Comment ne pas parler de temps à autres du Log Cabin dans un blog dédié au patchwork ?

Umwälzung
Vous avez peut-être admiré ce quilt « en vrai » lors de la venue de l’artiste à Nantes au salon « Pour l’amour du Fil ». Cette trop pâle photo de livre montre un quilt qui me subjugue. Il est de Shizuko Kuroha, cousu de tissus japonais indigo et sarasa. On a traduit son titre en français par « Convulsions », mais le titre traduit en allemand suggèrerait plutôt « Bouleversement ». Cette oeuvre évoque le monde qui change, avec la chute du Mur de Berlin et la fin de l’URSS. Quilt fini en 1990.

 Alors que je vivais en Allemagne, j’ai vu dans un magazine des photos de quilts qui m’ont subjuguée. Je n’arrivais pas à comprendre comment c’était possible de faire ces log cabins « arrondis », « en volutes », cousus par Shizuko Kuroha au tout début des années 90… Je l’ai compris partiellement grâce à la Couronne de l’Avent.  Mais je ne vous ai encore jamais dit à quel point j’ai aimé trouver tous les secrets de ces blocs expliqués dans un livre français, ou plutôt deux ! Marie-Anne Suzanne (aujourd’hui malheureusement disparue) et Jocelyne Le Roy ont admirablement expliqué, en deux tomes, de nombreuses techniques modernes du patchwork découlant de l’usage du cutter : carrés bicolores, chaînes irlandaises, scrap-quilts en bandes, bargellos, voyages autour du monde… Toutes les bases et bien plus sont consignées dans ces superbes livres ! J’en ai un dans ma bibliothèque et les deux sont dans celle de mon club. Je m’y réfère encore souvent. Titre de ces livres depuis longtemps épuisés (à rechercher d’occasion): Patchwork machine I & II, éditions Flammarion/DMC. 

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Vous êtes sans doute nombreuses à avoir appris beaucoup de choses grâce à ce livre !

livre français
Les deux tomes écrits par Jocelyne Le Roy et Marie-Anne Suzanne sont une formidable encyclopédie du patchwork modernisé grâce au cutter rotatif. C’était la première fois, à ma connaissance, qu’un livre en français expliquait toutes ces formidables techniques. Peu de livres arrivent au niveau de ces grands classiques. Je n’ai que le tome 2, le premier ayant été édité quand j’étais encore en Allemagne… 

convulsions
Qui se ressemble s’assemble, dit-on… Andrée, qui fait partie des Abeilles de la Ruche, a fait ce panneau dans l’esprit de Shizuko Kuroha… Je l’ado-o-ore ! Il fut exposé lors de l’expo bleue de notre club. Très généreusement, Andrée l’offre en lot pour notre Loto de Balma… Qui donc repartira avec ce magnifique quilt le 23 mai ?… L’expo bleue se trouve ici et là.

Le thème du bloc du bloc du Log Cabin incite à évoquer inévitablement la vie des pionniers américains avec leur cabane de rondins. Un tout récent article sur ce sujet se déguste dans le magazine de France Patchwork Les Nouvelles Patchwork et Création Textile n° 120, quatre pages écrites par Christiane Billard qui récapitule avec talent et rigueur l’histoire du bloc. Inévitablement aussi, elle insiste sur le fait que cette esthétique est depuis si longtemps appréciée et utilisée… Lisez, relisez ces articles passionnants ! Ce magazine est réservé aux adhérents de l’association qui choisissent de s’y abonner.

Les chats, dans la Haute-Egypte, furent momifiés dans des bandelettes de lin placées de manière très décorative… qui ressemblent à nos fameux log cabin ! Dans un musée de Vienne, il y a quelques semaines, j’ai vu ceci:

chat à vienne
Kunsthistorisches Museum, Wien – Une momie égyptienne de chat, tout comme on en trouve dans d’autres musées, notamment à Londres.

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Je vous avais déjà parlé ici d’un livre qui est une sorte de « bible du log cabin »… Je peux vous annoncer d’ores et déjà la parution d’un autre ouvrage de référence, écrit en français (youpi !) par Denyse Saint-Arroman :

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Auto-édité, ce livre est de grande qualité, il bénéficie de la pédagogie et de la connaissance profonde de Denyse Saint-Arroman du monde du patchwork traditionnel. Si vous ne savez que demander pour la Fête des Mères…

Les chapitres se succèdent en toute logique, déclinant de manière très complète les techniques et variantes de ce bloc si polyvalent ! Je vous le recommande très chaleureusement. Pour vous le procurer, veuillez contacter Denyse, en attendant qu’il soit distribué plus largement : patchworkperlesbroderies (arobase) orange.fr

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Et puis, si vous souhaitez être « coachée » pour un ouvrage en log cabin,  rendez-vous chez Nathalie Delarge Dionis, c’est son nouveau thème, avec tout un ensemble de règles, de vidéos, un groupe de copines… Et pour faire partie du groupe, c’est par ici : https://www.facebook.com/groups/490697051031140/. Il y a du beau monde, bon amusement !!!

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Le Log Cabin, toujours tentant…

Pour beaucoup de quilteuses, le Log Cabin est la quintessence du patchwork, LE bloc qui a donné envie un jour de se lancer dans ce loisir qui peut devenir une passion, une expression artistique…

Les Editions de Saxe nous gâtent avec ce numéro spécial sur ce bloc dans son aspect le plus pur et dans de multiples formes revisitées. C’est dans la série des trimestriels en collaboration avec Quilts Japan.

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Je le feuillette depuis hier. Les quilts sont ici réunis mais beaucoup ont déjà été publiés, exposés, récompensés… On a ici « le meilleur » du log cabin à la Japonaise. Les photos superbes donnent tellement envie de se lancer de nouveau dans ce motif ! Déjà, vendredi lors de notre rencontre entre Abeilles, Martine nous a montré son Log Cabin en cours… Il sera cozy, chaleureux, il a fait l’unanimité !!

Dans ce numéro donc, nous voyons de nombreux ouvrages de Japonaises, la plupart très connues. Shizuko Kuroha, érigée en « trésor national » au Japon (la seule quilteuse ayant eu ce titre très honorifique*), est bien sûr représentée, mais vous en saurez bien plus si vous vous procurez ces livres :

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Celui de gauche est en édition allemande mais est aussi édité par Quiltmania en français et anglais (« Indigo et Sarasa »). Celui de droite est épuisé depuis longtemps…

Fan de bleu et blanc, j’aime énormément le modèle de Felisa Nakazawa, devenu « le modèle des petits bateaux » en France. Il est l’un des exemples de Log Cabin à partir d’un centre non carré.felisa

Ce quilt est fait de nombreux tissus de récupération en lin ou coton. Felisa fait de très nombreux modèles à succès dans les revues japonaises et organise de nombreux stages. Je vous avais déjà montré un de ses quilts ici.

Et puis je vous laisse découvrir tout le reste ! Attention, si c’est écrit « Galerie », cela signifie que vous n’avez pas les explications dans le magazine. L’éditeur a fait un effort de présentation pour ne pas décevoir celles qui trouvaient dans les numéros précédents que trop de quilts présentés n’étaient pas expliqués.

Concomitance, hasard ou air du temps, Denyse Saint-Arroman préparait depuis quelques mois, à la demande de ses élèves, un petit recueil sur le Log Cabin… qui devient finalement un livre ! Ah ce thème inspire à l’infini ! Auto-édités, les livres de cette artiste commencent à être vendus sur Amazon : pensez à vos commandes pour Noël !

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* fausse info que j’ai lue dans la presse française… Voir les commentaires !

Ombre et Lumière

La vie d’un Club de patchwork est jalonnée de dates importantes comme les expositions, où chacune est heureuse d’offrir au public le fruit de ses cogitations, de ses heures de coupe, de couture, de quilting…

Colomiers mars 2013

Vue de l’exposition de mars dernier* pour les 20 ans du Club Léo Lagrange de Patchwork créé par Huguette Papin

En interne, le renouvellement du Bureau est également un jalon de la vie du club. C’est l’heure du bilan de l’équipe sortante, et puis c’est la mise en place de la nouvelle ; il en va de l’orientation du club pour les prochaines années… Chez nous, c’est hier qu’a eu lieu le passage de flambeau. Se sont mêlées émotions, souvenirs, et aussi plaisir d’un avenir radieux !

Andrée, notre Présidente depuis 4 ans, ne souhaitait pas renouveler son mandat. Martine en avait fait un portrait que vous pouvez lire ici. Pour cette femme exceptionnelle, tout le monde voulait préparer un quilt de remerciements qui lui plairait vraiment. Comme j’ai un peu les mêmes goûts qu’elle, j’ai pris la responsabilité de choisir un modèle, puis des tissus. J’ai choisi un concept que j’avais vu dans le magazine de France-Patchwork (Les Nouvelles n° 76  de 2003). Inspirés de Shizuko Kuroha, adaptés avec talent par la délégation FP de Seine-Maritime, ces carrés laissent beaucoup d’autonomie à chacune. Toutes les adhérentes du club ont été extraordinairement présentes et impliquées dans cet ouvrage !… J’arrête mes longs discours, le voici :

Quilt pour Andrée

Photo prise le soir, juste avant de préparer le paquet… Voici de plus près :

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Quilté par Simone cet été, ce quilt a vraiment de l’allure ! Nous avons suggéré qu’on pouvait broder son nom ou un petit mot sur quelques blocs. Il y a donc pour Andrée de la lecture et des souvenirs sur ce quilt !
L’étiquette a été faite par notre fée Christine avec les deux carrés d’Huguette Papin, notre Présidente honoraire à vie :

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De tout cœur MERCI ANDRÉE !
Dans l’ombre ou dans la lumière, la vie du club continue avec une bonne cinquantaine d’adhérentes et une nouvelle équipe au Bureau que j’aime tout autant que la précédente. Elle est pas belle la vie ?

ANDREE QUILT

(merci pour la photo Eliane !)

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* Si vous avez le temps, vous pouvez retrouver ici les articles consacrés à notre exposition de mars dernier, avec quelques focus sur des quilts particuliers :

– https://quilteuseforever.wordpress.com/2013/03/23/jardin-bleu/
– https://quilteuseforever.wordpress.com/2013/03/24/kaleidoscopes-bargellos-et-voyages-autour-du-monde/
– 
https://quilteuseforever.wordpress.com/2013/03/26/le-civil-war-quilt-de-martine/
– 
https://quilteuseforever.wordpress.com/2013/03/29/encore-un-petit-tour/
 https://quilteuseforever.wordpress.com/2013/03/21/brique-et-pastel-mon-nouveau-ne/
– https://quilteuseforever.wordpress.com/2013/03/19/maite-de-fil-en-aiguille/
– https://quilteuseforever.wordpress.com/2013/03/10/bouquets-dhiver/