Aujourd’hui, c’est Frédérique, quilteuse investie dans la délégation France Patchwork de l’Hérault, qui s’exprime ici aujourd’hui ! Suivons-la pas-à-pas pour visiter une rubanerie…
A la limite de la France et de la Belgique se trouve la petite ville de Comines. Une rivière partage la ville de chaque côté de la frontière.
Dès le Moyen Âge, Comines acquiert un précieux savoir faire textile puis s’y installe une manufacture de rubans sur la rive droite de la Lys.
Au début du XXème, Comines devient même la capitale du ruban utilitaire mais la guerre de 14-18 détruira les usines.
Aujourd’hui, il reste quelques fabricants de rubans de haute technologie mais aussi un musée qui retrace toute cette évolution de plus de 800 ans, avec des métiers et des machines en état de marche. On y est très bien reçu, le personnel fait l’ effort de parler dans différentes langues et n’ hésite pas à faire fonctionner les machines pour bien expliquer.
Ce soir, je pense à cette gentille dame, à ce monsieur passionné mais aussi à tous ceux que je connais en Belgique. J’ai envie de partager cette petite rubrique pour dire qu’à travers le temps et l’espace des gens sont capables de vivre ensemble malgré leurs différences, leur langue, et de partager .
Tout d’abord le ruban est un tissage de quelques millimètres à 30 cm maximum, au delà c’est du tissu. Le tissage consiste à croiser deux types de fils : ceux de la chaîne, dans la longueur et ceux de la trame qui passent à l’ aide des navettes. La navette est une pièce de bois pointue qui contient une bobine de fil. Elle se déplace d’une lisière à l’ autre alternativement.
Les côtés d’une fermeture éclair, les ceintures de sécurité, les élastiques des chaussettes, les marques tissées avec ou sans dessins, la laisse du chien, la gaine des fils électriques, le câble d’amarrage du porte avions Charles-de-Gaulle… sont des rubans.
Loin des métiers du Néolithique, dont une maquette montre le fonctionnement avec les poids constitués de gros cailloux, les premiers métiers manuels fonctionnent avec une simple barre de bois qui soulève les fils de chaîne.
En 1200, c’ est le début du tissage en Flandres, mais la ville d’Ypres arrive à éliminer Comines de cette production. Comines organise alors la production du ruban. A l’époque on travaille avec du lin et de la laine anglaise, c’est toujours la même personne qui produit. On appelait alors la Lys la Golden river car en permettant le rouissage du lin, elle prenait une couleur jaune doré. Dans un bruit d’ enfer, d’autant que les métiers étaient dans les maisons, commence alors la danse des navettes.
Puis vers 1719 arrive un métier à tisser 5 rubans simultanément, c’est un métier à barre. Il fallait une heure pour fabriquer 20 cm de ruban. Pour toucher 20 sous, il fallait 5 rubans de 30 m, en comparaison à l’époque, un pain valait 2 sous ! Les métiers sont alors regroupés dans des manufactures.
Ensuite, avec la révolution liée à la machine à vapeur, les tisserands intègrent les usines et travaillent à côté de plusieurs dizaines d’autres.
J’ai découvert une chaudière qui faisait fonctionner un métier à vapeur. Sous l’énorme porte noire par laquelle on enfournait le charbon, il y a un tuyau, brûlant, bien sûr. Les enfants se glissaient dedans pour nettoyer la chaudière. Je frémis en pensant à la terreur qu’ ils devaient ressentir à devoir se glisser là-dedans…
Arrive en 1900, un nouveau métier, le « progrès » permettait à un ouvrier de gérer 5 métiers à tisser. C’est à ce moment que Comines est considérée comme la capitale mondiale du ruban utilitaire (à Lyon ou à St-Etienne c’est le ruban fantaisie). Pendant la 1ère Guerre Mondiale, la ligne de front est dans la ville, les usines servent de dortoirs, les métiers sont démontés ou détruits.
Les usines seront reconstruites et les navettes tisseront à nouveau !
En 1933, le métier en demi-lune permet alors de tisser 20 rubans à la fois. Le nom vient d’une pièce en bois sur laquelle le ruban se déroule qui est en forme de poignée. Ce système de propulsion des navettes sera breveté mais surtout permettra à la ville de se relever après les destructions de la guerre. Il permet en effet de tisser deux fois plus de rubans sur la même surface d’usine car la course horizontale de la navette est remplacée un mouvement semi circulaire ( en demi lune).
Puis vers 1950, les métiers porteront 2 étages de navettes, une personne sera alors responsable de 25 métiers. Dans cette machine, on utilise le nœud du tisserand , très fin.
Vers 1970, les métiers en bois disparaissent au profit des métiers à aiguilles, plus compacts et surtout plus rapides : on produit 2 mètres à la minute.
Dans ce musée on peut aussi voir quelques représentations de personnages locaux : le géant Simon le rubanier et Luc, le marmouset. Des machines : ourdissoirs, canetières, tresseuses. On découvre un « piano » pour créer les cartons Jacquard comme ceux utilisés pour la dentelle, un baudet, machine permettant la mise sur carton du ruban pour la vente. On peut aussi découvrir ce qui se cache dans la fermeture éclair. Une jeep bâchée montre les premières fermetures éclairs, métalliques et énormes, arrivées avec les américains à la 2ème guerre mondiale !
Aujourd’hui à Comines, a été créé un ruban médical pour suppléer les carences osseuses de vertèbres. Le ruban remplace et consolide la partie osseuse malade.
Voilà, c’était ma façon de montrer ma solidarité à ce pays touché à son tour si durement,
Frédérique Proust



















































