Western Spirit

Western Spirit 7 – Colorado River and Grand Canyon

Le Colorado (coloré, rouge en espagnol) est un fleuve mythique, appelé ainsi car il charrie la terre rouge des montagnes, plateaux et canyons où il passe. Les paysages traversés par le fleuve font partie des plus beaux qu’il m’a été donné de voir, comme le Grand Canyon du Colorado. On n’oublie jamais le Grand Canyon quand on a eu la chance de le voir un jour ! 

Le Colorado River prend sa source dans les Montagnes Rocheuses dans l’Etat du Colorado et serpente sur 2 330 km vers le Golfe du Mexique en passant par l’Utah, l’Arizona, le Nevada, la Californie et enfin un peu de terre mexicaine. Le parc du Grand Canyon du Colorado se trouve entre le Lake Mead et le confluent avec Little Colorado (mais coule de l’est vers l’ouest), en Arizona du Nord, ce qui fait environ 350 km de long. Seuls quelques endroits sont accessibles pour les touristes, afin de préserver au mieux l’écosystème. Le Grand Canyon n’est pas un désert, beaucoup d’animaux y vivent !
Visiteur du Grand Canyon en 1914

Le Président des Etats-Unis Théodore Roosevelt découvrit ce site au tout début du XXe siècle et réussit, contre l’avis du Congrès, à en faire un Parc National le 11 janvier 1908 (la photo ci-contre date de ce jour historique). Déjà il y avait beaucoup de tourisme, des exploitations minières, des maisons au bord de la rive, une certaine anarchie dans les constructions. Il fit un beau discours à cette occasion, en substance : Le Grand Canyon m’inspire admiration et respect. Il est au-delà de toute description, absolument inégalé de par le monde. Il faut absolument que cette merveille de la nature reste ainsi. Ne faites rien qui puisse altérer sa sublime grandeur et magnificence. On ne peut l’améliorer. La seule chose qu’on puisse faire, c’est le garder intact pour nos enfants et les enfants de nos enfants et tous ceux qui viendront après nous, pour que chaque Américain puisse le voir ainsi.

Si j’ai pu profiter de tant de paysages grandioses en septembre dernier, je sais que c’est c’est grâce à John Muir et Theodore Roosevelt. Muir est le père des Parcs Nationaux des USA mais il n’aurait jamais réussi sans le soutien du Président.

Roosevelt (1858-1919) et John Muir (1838-1914) grâce à qui de larges régions naturelles n’ont pas été saccagées.

Mais ces hommes ne sont pas assez entendus de nos jours… Parlons des choses qui fâchent. Même si nous avons vu des paysages fantastiques et qu’on se sentait si bien dans cette région, le Colorado River, que nous appelons fleuve en français (nous distinguons ainsi les cours d’eau qui se jettent dans la mer ou l’océan), est en danger. Mais le Colorado est-il toujours un fleuve ? On ne sait plus quoi dire car l’embouchure, un grand delta au nord du Mexique, est… asséché.

Le delta du Colorado : au mieux, il est humide… Photo de Franck Vogel, GEO Magazine

Plus d’eau, nada, depuis des années ça ne coule plus : seulement 9 % de l’eau du Colorado arrive près de l’embouchure car le reste est détourné en amont. Avec la chaleur, il y a une forte évaporation dans le coin, ce qui ne donne plus que 4 % de l’eau qui devrait y couler. Résultat, les Mexicains vivant traditionnellement de la pêche à cet endroit depuis des siècles sont obligés d’aller en pleine mer.

En moins d’un siècle, l’homme a créé des barrages, des réservoirs, des détournements, épuisant le fleuve. Une mauvaise nouvelle arrivant rarement seule, la neige est de moins en moins abondante et fournit moins d’eau chaque printempsC’est vrai que les lacs artificiels sont magnifiques et favorisent le tourisme mais le domptage de la nature pour notre confort n’est pas sans conséquence. Nous sommes allés bien trop loin. Bien sûr, le Colorado permet à quarante millions de personnes d’avoir de l’eau au robinet, mais il irrigue surtout des cultures qui n’ont pas lieu d’être en milieu quasi-désertique, arrose toutes les parcelles de jardins de Californie et d’Arizona chaque soir et des centaines de golfs aux pelouses vert fluo plantées dans des terres arides, et tant d’autres exagérations. La consommation à outrance est néfaste, quel que soit le sujet, mais la problématique de l’eau est cruciale. Les alertes se succèdent en cascade : l’évaporation s’accroît, concentrant notamment les pesticides et phosphates de l’agriculture (qui eux ne s’évaporent pas…), la sécheresse s’accentue, alors que les « besoins », en réalité souvent futiles, sont insatiables. On tue clairement la poule aux œufs d’or…

A l’échelle cosmique, l’eau est plus rare que l’or.
Hubert Reeves, astrophysicien, écologiste

Extraordinaire photo (d’ici) mais qui montre clairement la ligne d’eau « d’avant »… Les Navajos les appellent les traces de baignoire ! 

Encore une fois des scientifiques disent qu’il n’est pas trop tard, mais que des mesures sont urgentes pour préserver une qualité de vie « normale » dans les décennies à venir. Trop tard ou pas, je n’en sais rien, mais voyager aide à ouvrir les yeux : au milieu d’une nature paradisiaque, ce voyage m’alerte tellement sur la domestication à outrance de la nature… Un article en français d’un site suisse te fait ici l’historique des décisions et dérives…

Parfois tout de même, on fait marche arrière. Figure-toi qu’au bord du Grand Canyon, là où tout le monde se promène, se trouvait naguère une mine de cuivre exploitée pendant des décennies (à partir de 1893) jusqu’à ce qu’on découvre au début des années 1950 que les cailloux noirs qu’on jetait étaient d’une richesse folle en uranium ! De 1953 à 1969 on exploita cette mine principalement pour l’uranium, riche aussi en or, argent et encore en cuivre. L’exploitation s’interrompit non pas parce que les défenseurs de la nature gagnèrent mais parce que le prix de l’uranium s’est effondré. Il est absolument interdit d’aller s’y promener (… non merci !) mais on y passe vraiment près, on en fait le tour, ce n’est guère que de la taille d’une grande propriété. D’ailleurs sur ce site, pour accompagner la mine, un hôtel a failli voir le jour :

Ce projet est heureusement resté à l’état de vue d’artiste.

D’autres projets de mines d’uranium existent autour du Grand Canyon. Le site en serait définitivement défiguré.

Un autre projet actuel m’énerve beaucoup : la perspective de transporter les touristes peu sportifs en bas du Grand Canyon… en téléphérique. Dix mille personnes par jour pourraient faire l’aller-retour. Juteux, n’est-ce pas ? Catastrophique aussi : il y aurait un visitor center, des restaurants et hôtels… On n’imagine pas l’infrastructure que cela requiert en construction, eau, électricité et tout le reste. Le projet est annoncé au confluent du Colorado et du Petit Colodado.

171101-colorado-river-little-colorado-river-confluence-ew-713p_1b65b9648914bc507d25b1bc3cc1efea.fit-760w.jpgOr cet endroit superbe est depuis des siècles un lieu hautement sacré pour les Navajos qui rejettent ce projet de toute leur force. Ceci se trouve au début du Grand Canyon, au nord-est. La confluence entre le Colorado et le Little Colorado est encore un havre de paix… pour combien de temps ?

Beaucoup de personnes se battent contre ce projet qui détruirait irrémédiablement ce merveilleux site, mais beaucoup d’autres sentent l’odeur du billet vert…

Heureusement, cet endroit est en terre Navajo (avec un gouvernement, des institutions indépendantes) et ils ont leur mot à dire. Bref, tant de causes à devoir défendre même sur un endroit aussi exceptionnel, c’est décourageant… Theodore Roosevelt, on a besoin de vous !

La rive sud du Grand Canyon accueille la plupart des touristes (4,5 millions par an), c’est gigantesque avec de nombreuses infrastructures, mais finalement plutôt bien fait. J’imagine les Américains qui, au 19e siècle, ont pu s’installer là tranquillement, construire leur maison face au canyon… Certains étaient éblouis et passionnés, ce ne sont pas eux qui auraient voulu bousiller ce lieu ! Mais le coin n’a pas pu rester secret et d’autres ont eu des idées pour en tirer parti…

Evidemment le paysage grandiose du Grand Canyon inspire les quilteuses ! J’ai sélectionné ce quilt de Cathy Geier qui travaille avec des bandes de tissus :

Coucher de soleil à Mohave Point, Cathy Geier, 100 x 142 cm

 

Dans son livre datant de 2014 Cathy nous enseigne tout ce qu’il faut savoir pour réussir son propre tableau de bandes de tissus. Bien sûr c’est faisable avec des jelly rolls, en particulier ceux en tissus batiks ou faux-unis. Cathy nous présente aussi une dizaine d’artistes qui, comme elle, font des quilts de bandes, et donne leurs particularités. Je trouve cela très généreux de sa part et cela rend ce livre très complet. Douze tableaux y sont expliqués avec le plan de chacun en fin de livre (mais pas celui ci-dessus, réalisé après la parution du livre). S’y ajoutent quelques astuces d’embellissements et des appliqués en premier plan pour plusieurs des quilts. Si cette esthétique te séduit, c’est le bon livre pour s’y mettre !

Cerise sur le gâteau, Cathy nous offre un tuto pour faire un sous-bois de bouleaux avec diverses techniques (clique sur cette phrase) : merci Cathy !

 

Rêvons en admirant ces photos extraordinaires du Grand Canyon. En photo, ce n’est jamais aussi bien, désolée 😉

Le spectacle est impressionnant. Nous avons marché de nombreux kilomètres le long de la rive sud, le paysage est toujours différent. De certains endroits on aperçoit le fleuve tout au fond. Les géologues précisent que ce n’est pas le Colorado qui a creusé le Grand Canyon, mais que le fleuve a profité de cette faille pour passer là… et la creuser un peu plus.

A une bonne semaine d’intervalle nous avons visité la rive nord puis sud du Grand Canyon. Au nord, seuls 2 ou 3 % des touristes s’y aventurent, et pourtant c’est si beau ! Certaines formations ressemblent à des temples bouddhistes, d’autres rappellent les châteaux cathares… On jurerait que certains rochers sont des ruines ! La route pour parvenir à la rive Nord traverse une grande et belle forêt, dont une partie a malheureusement été calcinée. On y voit de nombreux animaux sauvages, principalement des biches. Nous n’avions pas suffisamment de matériel de randonnée pour descendre au fond (il faut y consacrer 2 jours). Car, contrairement à la montagne où nous avons nos habitudes, ici on commence à descendre, puis on doit monter !! Et en bas il fait une chaleur torride, 10 ° de plus qu’en haut, il faut y être préparé. Tous les ans des touristes sont hélitreuillés en urgence, c’est très dangereux (les courants d’air sont forts) et coûte une petite fortune… Bref la prudence est de mise. On garde cependant un petit pincement au cœur, notre seul regret de ce voyage, on aurait bien voulu faire cette randonnée mythique… surtout mon mari qui a bien plus de résistance que moi en randonnée !

Qu’ont pensé les premiers pionniers en découvrant ce site ? Se sont-ils découragés en voyant cette barrière naturelle si difficile à franchir ? Ou religieux avant tout, ont-ils remercié leur Dieu pour cette beauté de la nature ? Sans doute les deux !

Mardi prochain, nous réfléchirons ensemble à la signification de Thanksgiving, fête familiale, religieuse… ou pas !

Until Later,
Katell

19 réflexions au sujet de “Western Spirit 7 – Colorado River and Grand Canyon”

  1. Vertigineux voyage avec toi aujourd’hui ! Ton enthousiasme communicatif est un vrai bonheur. Mais tes craintes quand aux dégâts faits par l’homme sont hélas d’actualité, ici et ailleurs. C’est le bras de fer entre ceux qui en profitent et ceux qui malheureusement en pâtissent . Écologie …au secours !

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    1. Moi qui croyais que le désastre des dégâts faits par l’homme n’était que récent parce qu’on a une idée de l’homme du passé vivant en symbiose avec la nature, je suis en train de lire un livre (Sapiens, une brève histoire de l’humanité) qui montre à quel point l’homo sapiens fut destructeur dès la préhistoire. D’ailleurs, les hommes seraient responsables de la disparition qu’on dit mystérieuse des chevaux sauvages en Amérique. Difficile à croire, mais le philosophe Yuval Harari semble bien renseigné…
      Profite bien de la beauté intacte des Pyrénées Hélène ! Bises

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  2. Je connais les problèmes du Colorado par les documentaires. Merci pour l historique. J’aime beaucoup te lire. Je suis curieuse de voir la technique des bandes pour paysage. Bonne journée Katell

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  3. Merci pour ce superbe article, j’ai eu la chance de voir en vrai le grand Canyon et de le survoler. J’en garde un magnifique souvenir. J’espère que l’homme ne continuera pas à jouer aux apprentis sorciers pour que d’autres puissent apprécier cette nature magnifique. Belle semaine

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  4. Merci pour cet article qui nous met en face de nos responsabilités. L’homme est le prédateur de l’homme. Commence t’on à s’en rendre compte ? On peut en douter quand on regarde partout dans le monde. La technique de Cathy, reconstituant ces merveilleux paysages, est venu nous amener un souffle de fraîcheur. Merci encore

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    1. J’ai eu conscience en écrivant l’article de ne pas être très gaie, avec ces alertes. Mais en ayant vu le Grand Canyon, comme Theodore Roosevelt et tant d’autres on VEUT qu’il reste beau !!

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  5. Hélas je ne connais pas les USA . Le livre de Cathy Geier est il diffusé en Europe?; un éditeur l’a t il traduit en français? merci Katell pour ce beau reportage qui nous fait voyager ; bises

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  6. Oh, comme tu me donnes envie de faire ce voyage et de voir ces merveilles avant qu’elles ne disparaissent ! Mais comme ça ne se fera pas , merci à toi de nous permettre de rêver un peu.
    Espérons que le hommes de notre génération écouteront Roosevelt…. Il y a urgence.
    Je possède ce livre : très pédagogique.

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  7. This is a beautiful article on the magnificent Grand Canyon! Yes, we do need Theodore Roosevelt, perhaps now more than ever. Thankfully, the Grand Canyon is safe and will be preserved for many years to come, hopefully for all to see. It’s wonderful that you got to explore both rims! xo

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    1. We enjoyed every minute hiking around the Grand Canyon! Preserving it is mandatory. Water is life, I am so sad when I hear the news from California: still burning, and so many lives taken or destroyed… Please stay safe at your place LeeAnn! XO

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    1. Même si c’est loin, cela nous concerne car partout la tentation est grande de tout faire pour du court terme. C’est le gros problème.
      Bravo d’intéresser les jeunes à des thèmes si importants à mes yeux !

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