Quilts gallois

Il est possible que les quilts gallois soient la base de l’inspiration Amish au moment où ces femmes ont décidé de faire des quilts, les ressemblances sont en tout cas parfois probantes et plusieurs livres répertorient les ressemblances :

am we welsh amish

Certains quilts ont un air de famille vraiment troublant ! La grande expo annuelle de l’année dernière au Centre Gallois du Quilt était sur cette connection et avait pour beau titre  » A Quilted Bridge » (un pont quilté). Regardez par exemple celui qui a été peint par ma jeune copine peintre, galloise d’adoption, Valériane Leblond :

valeriane leblond campagne galloise

On pourrait le croire Amish ! Ces quilts leur sont souvent antérieurs ; de là à penser que les femmes galloises émigrées en Pennsylvanie ont montré la voie aux Amish, il n’y a qu’un tout petit pas !

Dans ses peintures en cours qui seront en vente parallèlement à la grande expo de Kaffe Fassett à Lampeter, il y a un quilt qui me fait particulièrement de l’oeil :

quilt gallois

Valériane m’a dit que c’était la copie d’un « vrai ancien », de la collection de Jen Jones… J’ai une vraie envie de m’en inspirer, sa simplicité, et surtout sa palette de couleurs, me font si envie ! J’ai même retrouvé une photo de l’original :

WELSH

C’est bien lui !…

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Gwyddau

Pour le plaisir, voici un autre tableau de Valériane !

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La Couturière de Mrs. Lincoln

Le 30 janvier, c’est-à-dire mercredi prochain, sortira en France un film de Steven Spielberg sur les derniers mois du président des Etats-Unis Abraham Lincoln, assassiné après la Guerre de Sécession. Ce film ne cesse de recevoir de multiples récompenses, à nous bientôt de nous en faire une opinion ! 

Lincoln Movie

Parallèlement, un livre vient de sortir le 15 janvier aux USA sur la complicité qui liait la Première Dame Mary Todd Lincoln et Elizabeth “Lizzie” Keckley, ex-esclave d’abord choisie pour son remarquable talent de modiste et couturière, laquelle deviendra l’amie et confidente de l’épouse du Président. Jennifer Chiaverini a écrit cette biographie romancée, traçant le portrait de ces deux femmes au passé si différent, réunies pendant les quatre années troublées de la Guerre Civile*. Quelle belle tentation de lecture encore !

Mrs__Lincolns_Dressmaker-250x379

Ce livre aura peut-être enfin la chance d’être publié en français !?… 

Ici l’article précédent vous présentant Jennifer Chiaverini, cette grande romancière historienne, liant la grande Histoire à la vie des femmes… souvent quilteuses !

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Pour l’histoire exhaustive d’Elizabeth Keckley,  on peut lire son autobiographie Behind the Scenes, thirty years a slave and four years in the White House, traduit en espagnol mais jamais en français… Désolée !

L’Assiette de Dresde – Constructions et perspectives

Les premières Assiettes de Dresde qui ont attiré mon regard sont celles-ci,  avec des bords en coquilles :

Dresde Boisseau

Photo tirée du livre « Patchwork et Boutis » de Nicole Boisseau :

Nicole Boisseau

Cette collection de livres  écrits par Nicole Boisseau montre la richesse du patchwork traditionnel américain, le dernier volume y ajoutant la tradition provençale du boutis et du trapunto. Ces trois livres ont été la base d’apprentissage pour nombre d’entre nous, avec leurs explications en français ! Les Assiettes de Dresde piécées en Liberty ont été maintes fois copiées avec bonheur, mais la plupart du temps sans le boutis qui l’orne merveilleusement. Il est presque inutile de préciser que ce travail est exclusivement cousu à la main.

Depuis quelques années, on constate un regain d’intérêt pour les Assiettes, parfois classiquement réinterprétées en tissus taupe pour un nouveau look, plus souvent « réaménagées » et cousues à la machine. Il existe un livre de référence sur ce bloc modernisé de maintes façons :

Anelie Belden

Je vais reprendre ici différents paramètres sur lesquels vous pouvez jouer afin de personnaliser votre maquette : le nombre de tranches et comment dessiner le gabarit, le centre, les bouts de tranches, le piéçage des tranches… et enfin une petite galerie de quilts récents. Tout ceci vous semblera peut-être fastidieux, mais j’essaie de répondre au mieux à vos interrogations !

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 1 – Combien de tranches dans une Assiette de Dresde ?

Selon le modèle, le nombre de tranches varie, les assiettes les plus vues ont 6, 8, 10, 12,16 ou 20 tranches. C’est votre première décision ! Actuellement, le nombre préféré est 20 alors que les antiquités sont plutôt de 16 tranches. Moins de tranches? On privilégie un style plus simple, parfois naïf, associé par exemple dans un sampler avec des Sunbonnet.

Dresden by Deborah

Le côté naïf des Assiettes à 8 tranches est ici largement contredit par l’extraordinaire quilting à la machine de Deborah Poole de Shelley, Idaho !

2 – Comment dessiner soi-même un gabarit pour faire une Assiette de Dresde ?

Comment faire pour préparer son gabarit sans acheter de nouvelles règles ? Pour le dessiner, il suffit d’avoir un rapporteur pour marquer précisément un angle. Je m’explique : un cercle fait 360°. Il faut le partager en parts égales. Si vous voulez le partager en 4, cela fait 4 angles à 90°. Partagez en 8, les tranches feront 45°, et ainsi de suite. La multiplication doit toujours faire 360 ! 

Assiette à 6 tranches => angle à 60° (6 x 60 = 360)Assiette à 12 tranches
8 tranches => 45° (8 x 45 = 360)
10 tranches => 36° (10 x 36 = 360)
12 tranches => 30° (12 x 30 = 360)
16 tranches => 22,5° ( 16 x 22,5 = 360)
20 tranches => 18° (20 x 18 = 360)

 

Exemple pour dessiner un gabarit de tranche d’assiette de Dresde de 12 parts : 360° divisé par 12 donne 30, nous allons donc construire un triangle de 30°. Le schéma de droite est pour vous indiquer ce qu’on veut avoir, mais inutile de dessiner la roue entière.

A partir d’une droite et d’un point-cible marqué vers la droite de votre feuille, on positionne la cible du rapporteur sur ce point. Marquer l’angle choisi (ici 30°) et tirer une droite qui passe par le « point-cible » et « le point 30° ». Vous avez presque votre tranche !

Ensuite, vous pouvez les faire de la longueur que vous voulez tout en gardant le même angle : plus vous allongez ces deux traits, plus votre assiette sera grande. Veillez à avoir la même longueur des deux côtés et tracez une droite pour fermer ce triangle.

point-ciblemarquage 30°traçage 2e droitetraçage triangle

Vous avez ainsi le gabarit pour une assiette de Dresde à pointes (un tuto parmi d’autres ici). Cela remplace cette règle du commerce (celle-ci est pour 20 tranches et donc à 18°, c’est le nombre le mieux adapté aux pointes) :

Easy Dresden

On coupe la tranche, on plie l’extrémité large en deux endroit contre endroit, on coud, on coupe le petit triangle afin de mieux retourner… Une pointe est prête (un tuto ici) ! A faire à la chaîne, cela va si vite ainsi !

Remarquez qu’on peut enlever la partie la plus proche du point-cible car ce sera recouvert par le centre appliqué (voir plus bas).
Si vous voulez un gabarit traditionnel avec les extrémités arrondies, prenez un compas et dessinez un arc de cercle plus ou moins écrasé, selon que vous mettrez la pointe sèche plus ou moins à l’intérieur du triangle (mais toujours sur la ligne médiane tracée).

arrondi "bombé"arrondi "aplati"

La pointe du compas est toujours sur la ligne médiane pour dessiner un arc de cercle.

Cela remplace cette règle du commerce :

règle dresden plate

Règle pour faire des Assiettes à 10, 12 ou 20 tranches. Gabarits avec et sans marges de couture, tranches de diverses longueurs.

Attention, la précision est la clé de votre réussite. Un demi-degré de décalage (répété de 6 à 20 fois !) et votre assiette ne sera pas plate. C’est pourquoi les règles du commerce ont leurs avantages : en plus de leur transparence et leur épaisseur, elles sont fabriquées avec grande précision.

 

3 – Les extrémités des tranches

Dans les années 80-90, je ne connaissais que la finition arrondie des Assiettes (voir première photo). Nous avons vu comment faire le gabarit. En tissu, ces arrondis se préparent à la main, en bâtissant un petit ourlet avant d’appliquer sur le fond, toujours à la main. Ce modèle faisait fureur aux Etats-Unis dans les années 1920-30, avec les nouveaux tissus pastel et/ou avec les sacs de tissus imprimés (feed sacks) :

dresden feed sack

Il y a aussi les bouts de tranches en pointes, nouvellement en vogue car elles se font facilement à la machine, je vous recommande ici un excellent tuto pour faire des tranches en pointes. Rappelez-vous que vous pouvez remplacer la règle par votre propre gabarit (voir ci-dessus).

On peut aussi préparer des fleurs :

dresden minisfleur de dresde

Photos de Nana Company : adorables petits dessous de tasses faits par une talentueuse jeune styliste. A droite, l’arrondi a été préparé sur trois tranches pour faire une fleur.

Enfin, on peut « lisser » l’ensemble, le bloc s’appelle alors « wagon wheel » ou roue de chariot. C’est ce bloc qui est le plus utilisé pour les quilts modernes (voir ci-dessous).

4 – Le centre

C’est un cercle appliqué qui se met à la fin. Il est là pour cacher le départ des tranches ; on peut l’imaginer aussi en forme de fleur, de coeur… Son diamètre peut être minime, sa couleur discrète, ou bien jouer un plus grand rôle comme dans les exemples ci-dessous :

lion

Voici un joli petit lion fait par Lizzie.

Sunflower babyDans le même esprit, Sunflower Baby by Darcy Ashton

yankee quilter

Un coussin classique pour Noël fait par Yankee Quilter , avec une grande broderie centrale

dresden sun

Fun in the Sun de Carla, Lollyquiltz : l’imprimé central est mis en valeur.

Tout en conservant l’angle déterminé en fonction du nombre de tranches, vous utilisez uniquement la partie la plus large de la tranche (= la plus éloignée du point-cible) pour avoir un grand cercle central.

5 – Piéçage des tranches

Et ce n’est pas fini ! Ces fameuses tranches d’assiette, on peut aussi les modifier, les partager dans le sens de la longueur par exemple :

dresden halloween fig tree

Quilt pour Halloween de Fresh Figs. On peut utiliser un gabarit pour chaque pièce ou bien tailler dans deux bandes de tissus pré-assemblées, au choix.

Ou bien les couper dans le sens de la largeur ; c’est ce que j’ai fait, ainsi que Christine (voir article précédent).

Ou encore utiliser le tissu de fond une fois sur deux pour transformer l’Assiette en moulin :

dresden fans

Quilt réalisé par Geta Grama de Roumanie. Elle fourmille d’idées !

6 – Utiliser des portions d’Assiette de Dresde

FANS

Très connus, les éventails sont des quarts d’assiette. Ce livre (Fans de Jean Wells, C&T, 1987) est assez kitsch (d’inspiration victorienne) mais techniquement intéressant, il montre de multiples finitions possibles pour un éventail… et donc aussi pour les assiettes de Dresde : petits arrondis, pointes au milieu, pointes asymétriques, etc. Livre posé sur un quilt d’éventails que j’ai fait pour ma fille il y a plus de 15 ans.

De ces tranches d’assiette, on peut faire aussi des papillons :

Butterfly quilt 2 - The LindseysButterfly quilt blockmanique-papillon

Butterfly Quilt

Plus sophistiquée, l’ interprétation de France Aubert (Passion Patchwork) d’un quilt de blocs-papillons des années 1920 construits également à partir de l’assiette de Dresde (cliquez pour voir ici). Elle a aussi fait une manique de ce magnifique bloc (voir aussi ici).

On peut même faire des paons ! Voyez ici la création d’Hélène Vispé, éditée dans Les Nouvelles n° 114 (magazine réservé aux adhérentes de l’association France-patchwork) :

Paons Hélène

 

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GALERIE DE QUILTS INSPIRES PAR L’ASSIETTE DE DRESDE

Fin des explications techniques (ouf ! direz-vous), voici maintenant une petite galerie de quelques merveilleux quilts récents avec Assiette de Dresde ou Wagon Wheel trouvés au cours de mes recherches ; comme vous allez le voir, la tendance est vers la grande assiette complexe. Régalez-vous !

 

THE BLUE CHAIR

From The Blue Chair

lollipops fig tree

Fresh Fig Tree, Lollipops

ferris fandango larene smith

Ferris Fandango, de Larene Smith (modèle en vente aux USA)

deb geyer

Deb Geyer (sur son blog ici)

hanginglanterns,Sarah Kielke

Hanging Lanterns, de Sarah Kielke (explications dans son livre « Quiting from Little Things »)

romance -Blue Mointain Daisy

Whirlwind Romance Quilt, de Rachel Daisy

wheel quilt

Exaltant modèle de Rachel de Stitched in Color  , patron en vente ici.

Peppermint Pinwheel

Peppermint Pinwheels a fait ce quilt très graphique, ainsi que le suivant :

carnival quilt by Peppermint Pinwheels at flickr.com

Peppermint Pinwheels a fait ce quilt en soie d’après un modèle de Norah McMeeking, de Bella Bella Quilts

spring field Akiko

Spring Field by Akiko Kawata

Promise of Joy

Dans ce livre, vous trouverez de nombreux modèles aux Assiettes de Dresde revisitées. Edition Quiltmania, bilingue English-Français. Kathy Doughty est une quilteuse australienne enthousiasmante !

Vous pouvez aller voir ici la galerie de Dresden Plate tops de Linda Rotz Miller, à l’impressionnante production en vente sur son site.

Et pour finir, ce quilt, un jeunot de quatre-vingt-dix ans :

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Ce quilt impressionne par sa modernité  (Collection Nancy Ray)

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C’est à nous de faire vivre et évoluer le patchwork, son avenir n’est pas écrit !

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Articles précédents écrits sur les Assiettes de Dresde  :

– L’Assiette de Dresde – Aujourd’hui
L’Assiette de Dresde – Les origines
Des Assiettes de Dresde pour Noël

Merci d’avoir lu jusqu’au bout !

Katell, Quilteuse Forever

Un clin d’oeil à la période de l’Avent :

dresden santa

« Santa All Around » by Pearl Louise Krush (from The Quilter’s Quilting for Christmas Holiday 2012 issue)

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La Reine du Crazy Victorien – Son livre

Vous souvenez-vous de mon enthousiasme après avoir visité l’exposition de Denyse Saint-Arroman l’année dernière ? Elle sait comme nulle autre faire des Crazy Quilts au charme fou.

Je n’ai pas oublié ce plaisir et pour notre Journée de l’Amitié (France-Patchwork 31) avant Noël, je trouvais judicieux de nous plonger dans cet univers de tissus précieux et de broderies qui brillent ! Denyse était donc notre invitée vendredi dernier et elle nous a éblouies par ses quilts où chaque centimètre carré ou presque est brodé, perlé, décoré… De près, nous sommes impressionnées par la technique et la patience, de loin nous apprécions la structure du panneau et son ambiance tantôt délicieusement désuette et rococo, tantôt extrêmement moderne… même en conservant la technique pure du crazy victorien (du XIXe siècle) !

Alors merci Denyse pour cette conférence érudite et si intéressante, même pour celles qui n’ont pas d’affinités particulières avec ce style ; c’était un challenge relevé avec brio.

Je ne ferai pas ici l’historique de cette technique passionnante car Denyse Saint-Arroman l’a remarquablement fait dans son livre qui vient de sortir :

Livre de Denyse Saint-Arroman sur les Crazy Quilts, posé sur mon petit crazy fantaisie.

Sachez seulement que, tout comme pour l’Assiette de Dresde, les origines de l’engouement du Crazy ont un lien direct avec la découverte de l’esthétique asiatique (chinoise et japonaise) en seconde moitié du XIXe siècle…

N’hésitez pas à vous offrir (bientôt Noël !!) ce livre très complet où vous trouverez tous les conseils nécessaires à la réussite de votre crazy quilt avec de nombreuses broderies expliquées pour orner votre ouvrage, ainsi que mille et une astuces…

Vente du livre sur son site : http://patchwork-perles-broderies.com/bibliographie.html

Récup’ sur un air de Jazz

Les blue jeans sont un des vêtements les plus emblématiques du XXe siècle… et cela ne semble pas changer au cours du XXIe. On en porte maintenant dans le monde entier et il y a beaucoup à raconter, de la création de la toile de Nîmes (denim) à l’emblématique Levi’s 501, du froc de travail aux podiums de haute-couture féminine…
La semaine dernière, j’ai beaucoup aimé l’article de Barbara Brackman sur les premières tentatives féminines pour porter le pantalon, bien plus commode. Cela donnait lieu a ce genre de réactions, si étroites d’esprit :

On n’a aucune envie de connaître l’homme qui fit ce dessin…
Illustration du blog « Grandmother’s Choice » de Barbara Brackman

Le bloc que j’ai fait la semaine dernière à ce sujet ne restera pas dans les annales, mais j’y ai mis mon « dress code » personnel : dans la vie quotidienne, je porte généralement un blue jean… avec n’importe quoi. J’aime bien le contraste du bleu indigo sobre avec un imprimé féminin, le nec plus ultra étant un chemisier en Liberty of London of course !

Du bleu indigo avec « n’importe quoi »,  cela fait des décennies que je m’habille ainsi !

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Hier, quand le soleil était déjà bien bas, je suis allée avec mon mari voir l’exposition du club Calicot Patch de Villeneuve-de-Rivière, tout au sud de la Haute-Garonne, près de Saint-Gaudens. Juste avant  d’arriver à La Serre-de-Villeneuve, nous étions déjà enchantés de notre petit périple : le panorama est époustouflant de beauté ! Le village est sur la petite crête qui longe la chaîne abrupte des Pyrénées, le dernier bourrelet avant les cimes ; Les Romains y avaient construit une voie et une bastide, n’en déplaise à Obélix ils n’étaient pas si fous que cela… J’ai pu passer tranquillement une bonne heure à admirer les quilts pendant que mon mari contemplait l’extraordinaire coucher de soleil, avec les Pyrénées en contre-jour et le ciel mauve-indigo-pourpre-rouge-orange-rose…

Dans la salle des Fêtes de La Serre, le club Calicot Patch expose jusqu’à ce soir leurs ouvrages de l’année. Des challenges bien choisis entretiennent la créativité, bravo à toutes ! Je voudrais surtout partager avec vous un ouvrage fait par Hélène Vispé, celle que tout le monde a envie d’avoir comme amie… A toutes celles qui se demandent que faire avec tous les blue jeans usagés, voici une réponse très artistique :

Recyclage de blue jeans et d’étiquettes tissées issues de vêtements pour répondre à un challenge de « Récup’ Art » sur le thème du Jazz. Création d’Hélène Vispé.

Si vous aussi l’art de la récup vous démange, lancez-vous, cela apporte tant de satisfaction !

L’Assiette de Dresde – Les origines

C’est au tournant du XXe siècle que semble apparaître ce motif de bloc de patchwork, d’abord appelé de nombreuses manières avant que ne se généralise vers les années 30 l’appellation Assiette de Dresde. Vous pouvez en suivre l’évolution dans la Bible des blocs,  The Encyclopedia of Pieced Quilt Patterns de Barbara Brackman.

Alors, pourquoi donc ce bloc est-il nommé d’après une ville allemande ?…

Ayant vécu en Allemagne, je savais que Dresde -ou plutôt Meissen, à 20 km- était un centre historique de la porcelaine. Cela me semblait donc plutôt normal qu’un bloc de patchwork s’appelle « Assiette de Dresde » en hommage à ce haut lieu de la porcelaine baroque. Il ne faut pas oublier que les immigrantes d’origine allemande étaient fort nombreuses aux Etats-Unis !

Voici quelques pièces de porcelaine de Dresden/Meissen du XIXe siècle, dont quelques unes rappellent effectivement notre Assiette de Dresde. Les deux dernières sont le fameux motif de l' »oignon bleu »,  Zwiebelmuster en allemand, qui est, depuis sa création en 1730, le motif bleu-blanc qui a le plus de succès en Europe. A l’origine, ce n’étaient pas des oignons qui étaient dessinés sur la bordure mais des grenades ! Les motifs stylisés provenant d’Asie furent mal interprétés…

Fortuitement j’ai appris beaucoup au sujet de la porcelaine : en 2006, j’ai acheté un livre… un peu à cause de son titre, « Bleu de Sèvres » car dès qu’il s’agit de BLEU, j’ai tendance à acheter !! Dans ce roman fort bien documenté, nous apprenons toute l’histoire de la porcelaine, depuis cette connaissance millénaire chinoise,  les échanges culturels et commerciaux avec les voisins coréens et japonais, puis l’engouement européen des « chinoiseries et japonaiseries »… Les Cours Royales veulent absolument posséder ces divines porcelaines ! Lisez ce livre si vous aimez l’Histoire, vous apprendrez comment Limoges est devenu la première ville de la porcelaine française pour concurrencer la suprémacie européenne… de Dresde !

Pour mieux comprendre l’enjeu, il faut savoir que l’art de la poterie, c’est-à-dire le travail de terres argileuses, est extrêmement ancien dans le monde entier, argile cuite (=céramique)  décorée ou pas… Elle est solide, imperméable, mais reste d’aspect rustique.

La porcelaine, elle, est admirée d’emblée pour sa blancheur, sa finesse, sa transparence… Les premières pièces furent apportées en Europe par Marco Polo au Moyen-Age ; elle fut baptisée ainsi par le Vénitien qui la croyait au début fabriquée à partir de poudre d’un coquillage (la porcelaine, porcellana). Mais pour l’étymologie du mot lui-même, ce n’est pas très romantique, je vous laisse donc chercher  dans un dictionnaire

Voici la très belle collection de porcelaines de mon mari, passion depuis son adolescence !

Toutes les porcelaines ont une brillance naturelle superbe (ici, une Cypraea Mappa)

Ce sont donc les Chinois qui ont inventé la porcelaine à partir d’une roche argileuse blanche fine et très friable, le kaolin (mot d’origine chinoise), qui se vitrifie et devient translucide au-delà de 1200°C. On y ajoute du feldspath et du quartz pour le liant et la solidité. Il leur fallut plusieurs siècles pour arriver, au XIIe siècle, à obtenir la perfection. A noter que les Anglais nommèrent la porcelaine simplement china en raison de sa provenance… Ce qui était naguère  possible ne le serait plus maintenant, avec tout ce qui  est made in China !…

Porcelaine chinoise Ming du 17e siècle, voyez-vous ces décorations bleues ?… les Européens aiment tellement qu’ils s’en inspireront largement !

Bien longtemps après la découverte de la porcelaine par Marco Polo en Chine, cette vaisselle précieuse enchantera les riches tables européennes après l’ouverture des grandes Routes maritimes  et donc commerciales  entre l’Europe et l’Asie tracées par Vasco de Gama en 1498. Période d’ébullition avec la découverte récente de l’Amérique,  période d’intense évolution intellectuelle et artistique, bref c’est la Renaissance !

A savoir que le premier collectionneur historique de porcelaines asiatiques fut le Cardinal de Richelieu, qui possédait près de 400 pièces au XVIIe siècle. Ces grandes collections européennes étaient faites par des hommes, mais c’est   la passion de la Marquise de Pompadour pour la porcelaine qui fut à l’origine de la fabrication à Limoges des porcelaines françaises… Voir le livre ci-dessus !

Entre temps je me suis rendu compte que tous ces styles « européens » blanc et bleu que j’aimais, des services anciens Villeroy & Boch aux carreaux de Delft, de la fine porcelaine danoise Royal Copenhagen (ci-contre, aux accents lointains de blocs d’Assiette de Dresde) au motif typiquement allemand du Zwiebel de Meissen, tout, absolument tout était inspiré par… les Chinois et les Japonais…

Dès lors j’ai eu un doute raisonnable sur l’origine de ce qu’on appelle le bloc de l’assiette de Dresde.

Et effectivement, ces assiettes aux dessins découpés en tranches sont des motifs typiquement asiatiques (voir l’assiette chinoise ci-dessus). Avec plusieurs couleurs, elles sont directement de style japonais, dit Imari, connu en Europe d’abord grâce à l’extravagante collection réunie… à Dresde par Auguste de Saxe au XVIIIe siècle. Collectionneur acharné, il se disait atteint de la Maladie de la Porcelaine ! Il fit même construire « Le Palais Japonais » de Dresde pour y abriter son extraordinaire collection. Miraculeusement préservée des bombardements lors de la seconde guerre mondiale, cette collection compte environ 20 000 pièces, asiatiques et européennes. De là à assimiler les motifs de la porcelaine Imari avec la ville de Dresde, il n’y a donc qu’un tout petit pas… Collection à admirer dans le palais de Zwinger à Dresde, le Palais Japonais abritant à présent le Musée ethnologique.

 Cette assiette semble européenne par sa forme, alors qu’elle vient d’Imari/Arita. Ces porcelaines japonaises étaient à l’origine destinées aux Seigneurs de Nagasaki et Saga (sud du Japon).

La porcelaine traditionnelle Imari était principalement colorée en bleu (grâce à l’oxyde de cobalt), comme les porcelaines chinoises, mais aussi en rouge (oxyde de fer) et or. On y trouvait les mêmes dessins que sur les soies et autres objets nippons, des dessins géométriques mais surtout des fleurs. Certains dessins nous sont très familiers, regardez :

Antiquités du XIXe Siècle  – Porcelaines Imari du Japon

C’est donc pour la ville de Dresde une gloire probablement un peu usurpée, on devrait plutôt appeler le bloc de patchwork que nous connaissons « Assiette d’Imari » ou « Assiette d’Arita »! Imari est le port d’où partaient les porcelaines faites à Arita… Ces Japonais purent fournir aux Hollandais les porcelaines si prisées alors que la Chine, en proie à la guerre civile qui mit fin à l’ère Ming, était en rupture de stock. Avant que l’Europe ne réussisse à percer les secrets de la fabrication de la porcelaine, toute cette fine vaisselle traversait une grande partie du Monde avant d’atterrir sur les plus belles tables européennes ; après l’influence chinoise, la porcelaine Imari formata ainsi largement l’esthétique de la porcelaine en Europe. Puis on retrouva de manière un peu mystérieuse ces motifs utilisés en blocs de patchwork en Amérique !

Pour finir, j’ai envie de partager avec vous un très beau quilt fort justement appelé Imari  découvert lors de mes recherches sur internet :

Imari de Eileen Uchima – Une merveille ! Il mérite de l’attention, une foule de détails sont à découvrir…

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L’Assiette de Dresde – Aujourd’hui

J’ai eu envie aujourd’hui de faire une Assiette de Dresde ;  j’en ai déjà fait quelques unes dont celle-ci pour le Sampler de Sylvia :

Elle est petite puisqu’elle entre dans un carré de 16 cm.
Les 20 tranches sont arrondies au bout, c’est un bloc de patchwork très classique.

Comme souvent, c’est un bloc aux multiples noms et variantes. Il peut y avoir de 8 à 20 tranches autour du centre. Si vous n’en avez qu’un quart, cela donne un motif d’éventail ! 

C’est le modèle à pointes qui me tente pour une décoration de Noël depuis que j’ai vu, chez Moda Bakeshop, ceci :

Ravissant, n’est-ce pas ?…

Toutes les explications de ce modèle ici . Vous avez aussi ici un excellent tutorial pour une variante très scrappy. Je m’y suis mise ce matin, voici le résultat de ma très scrappy Assiette de Dresde pour les fêtes de fin d’année, quand la maison sera toute rouge et verte :

Je dois encore l’appliquer sur ce fond et faire la bordure, je vous montrerai  cette Assiette de Dresde finie  très bientôt (j’espère…). J’en suis à l’appliqué du cercle central, d’où l’épingle encore au centre.
Ainsi interprétée, on s’éloigne beaucoup du bloc traditionnel, mais c’est un des avantages du monde du patchwork, il est toujours en mouvement !

Mais pourquoi ce bloc a-t-il le nom d’une ville allemande ?… Vous le saurez dans le prochain article !

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La petite école rouge

Cette semaine, Barbara Brackman nous donne à faire le bloc de « La Petite Ecole Rouge », un de ces adorables blocs du patrimoine américain, pour continuer notre Sampler sur les Droits de la Femme. Elle lie  à ce symbole de l’instruction aux Etats-Unis au XIXe et début du XXe siècle la lutte de  Lucy Stone pour pouvoir accéder à l’enseignement supérieur. Irrésistiblement, cette histoire me fait penser à la série américaine Dr. Quinn, Femme médecin, qui nous plonge dans la vie de la petite ville de Colorado Springs (Colorado) dans les années 1870, là où une femme « ne devrait pas » exercer un tel métier… Dans cette série tout comme dans La Petite Maison dans la Prairie, j’ai trouvé  de quoi nourrir mon goût pour l’Histoire… et je traquais toujours les images montrant de beaux quilts ! On peut critiquer l’embellissement de cette vie de pionniers par les scénaristes, mais on voyait bien malgré tout comment s’organisait la vie dans ces villages, et en particulier l’éducation des enfants.

Dans un village tout juste né, on construisait une école constituée d’une seule pièce, qui avait aussi souvent la fonction d’église le dimanche, de salle de réunion communale, de salle des fêtes, parfois même de lieu de justice… Bref c’était souvent le seul bâtiment public.

Il se pouvait aussi que des écoles rurales se trouvent « au milieu de nulle part » de manière à ce que le plus possible  d’enfants de fermiers alentour puissent venir quotidiennement à pied, avec leur repas (réchauffé l’hiver sur le poêle). L’école portait habituellement le nom du donateur du terrain.

Exemple d’une école rurale, avec son petit clocher pour sonner l’école… et le dimanche le début  de l’office religieux. Dans l’Utah, les arbres sont assez rares, l’école est donc construite en briques rouges.

Dans ce jeune pays américain qui avançait vers le Far West, l’enseignement permettait d’intégrer les enfants des nouveaux immigrants qui parlaient de nombreuses différentes langues européennes. Les écoles, constituées d’une seule salle, réunissaient tous les enfants, garçons et filles. Souvent, il y avait même plus de filles car les garçons aidaient très jeunes dans les champs. Et qui enseignait ? C’était toujours une jeune fille, souvent à peine plus âgée que les plus grands élèves. Dès qu’elle se mariait, elle ne pouvait plus enseigner et une autre jeune prenait sa place. Cette organisation est très bien présentée dans La Petite Maison dans la Prairie ! Ces particularités sont conservées par les Amish traditionnels à l’heure actuelle où les enfants, garçons et filles réunis, reçoivent un enseignement basique jusqu’à 14 ans par une jeune fille…

Si vous comprenez l’anglais, vous aurez du plaisir à lire le témoignage de la grand-mère d’une blogueuse qui fit sa scolarité dans cette école :

Une petite école dans le Vermont

La plupart de ces écoles ont disparu (il y en avait peut-être 200 000 !), certaines cependant ont plus de chance. Des associations se créent parfois pour sauvegarder un de ces bâtiments, si chers au coeur des Américains. Ainsi, la semaine dernière, on a fait déménager une vieille école de quelques kilomètres afin de la préserver :

Avant le déménagement, la petite école de St-George, Vermont.

Construite en 1852, ce bâtiment ne pouvait être restauré sur place (terrain n’appartenant pas à la Mairie). Voir les diaporamas du déménagement du 7 novembre dernier ici ! Notez le placement des couleurs, on voit bien les barres verticales blanches qui correspondent si bien au bloc traditionnel…

The little Red Shoolhouse est devenu un symbole fort des Etats-Unis, même si la plupart d’entre elles étaient plutôt peintes en blanc ou gris. Cela dépend de l’endroit, car pour faire de la peinture rouge il faut des scories de mine de cuivre ou de fer. La recette est ancestrale, originaire d’une province de Suède, la Dalécarlie.

Ces écoles à la salle unique véhiculent notamment un fort sentiment nostalgique des communautés villageoises « à l’ancienne », quand tout le monde se connaissait et s’entraidait. Maintes variantes de blocs ont été dessinées, à l’image des diverses constructions d’écoles.

Livre sur ce symbole américain!

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Voici donc le bloc que j’ai fait cette semaine ; comme je n’ai pas de rouge dans ma palette, je me suis permis toutes les audaces. J’ai suggéré la fonction d’église en choisissant ce tissu en coquilles pour les ouvertures, ce qui suggère un peu des vitraux. J’ai surtout eu le plaisir de pouvoir utiliser pour le toit un des tissus offert par Marie-Claude Tsuruya, un tissu tissé et teint artisanalement dans le nord du Japon, là où vit sa belle-famille. Ce sampler dédié aux droits des femmes rend ainsi hommage à une de mes amies aussi !

Toujours, la galerie Flickr avec les blocs des participants à ce sampler : http://www.flickr.com/groups/grandmotherschoice/

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Encore une bonne idée de Barbara Brackman

L’année dernière, dès le 1er Janvier 2011, Barbara Brackman célébrait à sa façon les 150 ans du début de la Guerre de Sécession, telle que nous l’appelons en France (Civil War pour les Américains) : ce fut, pour des centaines de quilteuses à travers le monde, l’occasion de suivre des articles passionnants postés par cette historienne renommée, et aussi bien sûr de faire un Sampler qui restera cher dans leur mémoire. 52 blocs, un par semaine, ont jalonné cette année-là. C’est ensuite l’assemblage, le quilting… Mes amies Abeilles (Martine, Karine) qui ont partagé cette aventure en sont à cette étape, puis Isabelle qui les a rejointes en route  avance ses blocs. Courage les filles, bientôt la récompense d’un superbe ouvrage !

L’année dernière donc, quelques Françaises ont relevé ce challenge du Civil War Quilt : France A., qui ajoute des blocs pour en faire un Sampler extraordinaire Mamifleur qui a très élégamment assemblé ses petits blocs (12 cm) —  Patchie, qui a cousu d’extraordinaires mini-mini-mini-blocs de 5 cm seulement… Beaucoup de participantes françaises sans doute m’échappent… C’était en tout cas un événement dans le monde du patchwork traditionnel, un livre paraîtra prochainement sur ce thème.

Eh bien Barbara Brackman la tentatrice nous propose une nouvelle aventure ! En voici le thème :

Bref, vous l’avez sans doute compris, elle va nous conter l’histoire des Droits de la Femme, les combats des Suffragettes, des Féministes… Elle ne parlera pas de la France, mais nous apprendrons beaucoup sur la détermination des femmes américaines, britanniques et autres femmes du monde anglophone.

Le mois de septembre est, avec celui de janvier, un mois de bonnes résolutions : pourquoi pas celui de faire partie de l’aventure du Grandmother’s Choice ?

Le premier bloc sera dévoilé le 1er septembre sur le nouveau blog (ici) spécialement dédié à ce thème. Vous avez le temps de cogiter, choisir votre gamme de tissus… Oui, moi aussi je suis fortement tentée !…

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Les illustrations viennent du blog de Barbara Brackman.

Quadrille

Cela fleure bon les bals du XIXe siècle ! Hérité de la contredanse (contrée-danse ou country dance) de l’Ancien Régime, le quadrille se danse à plusieurs couples qui se mettent en ligne, se croisent selon plusieurs figures. Cette danse peut être très chic sous les boiseries des châteaux, mais gagne en gaieté et vivacité dans les campagnes ! Ce sont les versions enjouées de toute l’Europe qui ont traversé l’océan atlantique pour faire danser l’Amérique de Nord sous le nom de Square Dance, bien connue des amateurs de danse country. Vous trouverez des détails historiques dans ce petit article qui me semble fort bien documenté : http://historyhoydens.blogspot.fr/2010/10/swing-your-partner.html

Square Dance est popularisée en patchwork dans le monde entier par Martha Thompson qui développa dans son livre  » Square Dance, Fancy quilts from Plain Squares » (That patchwork Place, 1995) une manière bien futée de préparer et découper un ensemble de blocs. Ce bloc existait déjà, avec son angle droit au milieu et son air de moulin de guingois imbriqué dans les voisins, mais les coupes en biais en décourageaient plus d’une !

Après la parution du livre, c’est dans le Quiltmania n° 5 (mai-juin 1998) qu’est parue à ma connaissance la première explication en français de cette méthode. Nous avons été bien nombreuses à nous intéresser à ce petit tour de magie ! Voici mon ouvrage de l’époque :

Si vous souhaitez à votre tour faire votre Quadrille – ou Square Dance – allez faire un tour chez Wolfshade, elle vient de faire un tuto en trois parties (en date du samedi 26 mai 2012) justement pour vous !