Sister in Purple and Blues

De Sisters en Oregon qui se trouve au nord-ouest des Etats-Unis, nous plongeons dans le « deep South », le Sud profond dans le sud-est des US,  états séparés puis réunis lors de la guerre de sécession (1861-1865). Cette grande région a en commun une histoire tourmentée et une culture distincte du reste des US.

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J’ai lu ce livre en 1980 alors que j’habitais en Côte d’Ivoire. Il m’a profondément touchée… Alex Haley, Roots (Racines) 1976, prix Pulitzer.

Cette région est marquée dès le début par son activité agricole et l’utilisation d’esclaves en tant que main d’oeuvre. Les premiers Noirs (une vingtaine) furent débarqués dès 1615 à la suite d’un déroutage d’un navire négrier espagnol par des Hollandais. Puis progressivement le honteux commerce triangulaire s’installa alors que les besoins en main d’oeuvre s’intensifiaient dans les champs de tabac, de riz, d’indigo, de canne à sucre ou de café, le coton ne devenant la culture principale qu’en 1790. Au total, 600 000 Africains furent ainsi déportés vers les territoires des Etats-Unis (5 à 6 % de l’ensemble des Noirs venus d’Afrique vers le continent américain). 

A l’orée du XIXe siècle, il n’y avait presque plus de migration de l’Afrique vers les Etats-Unis, les Noirs étaient pour la plupart installés en familles dans les quartiers des esclaves dans de grands domaines, possédés par des maîtres blancs souvent plus récemment américains qu’eux. Ce n’était pas une belle vie, bien sûr que non, mais ils y avaient une famille, des habitudes, une installation, un homeland américain.

Mais alors vint la migration à l’intérieur du territoire avec l’expansion territoriale vers l’Ouest. Entre la révolution américaine (indépendance le 4 juillet 1776) et la guerre de Sécession, des historiens s’accordent à dire que c’est une période absolument tragique pour les Noirs, aussi traumatisante que le déracinement d’Afrique : brutalement séparés de leurs familles et des terres où ils vivaient depuis des générations, extrêmement maltraités par les passeurs et vendeurs puis leurs nouveaux propriétaires, environ un million d’esclaves  furent déracinés pour travailler plus à l’ouest. Cette période très violente fut le ferment  de tous les maux de la ségrégation raciale dans ces pays du sud et de la situation actuelle. J’ai bien sûr en tête l’actualité à Ferguson (Missouri). 

Pour mesurer toute la violence des combats successifs pour la reconnaissance d’une égalité de fait et les difficultés à vivre ensemble, même avec un Président des Etats-Unis métis (article Obama en quilts), on peut lire le livre de Nicole Bacharan Les Noirs américains : Des champs de coton à la Maison Blanche.

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Ce vieux Sud, si violent, est pourtant si attachant, berceau du blues et du jazz, lieu des plus jolies histoires… Laissons-nous porter par cette ambiance à nulle autre pareille…

color-purple-purpleCet été j’ai revu La Couleur Pourpre de Steven Spielberg de 1985, un des films qui réussit à égaler le roman d’origine (La Couleur Pourpre d’Alice Walker, 1982, prix Pulitzer). Steven Spielberg, homme blanc juif, a su capter comme personne l’essence du Vieux Sud et magnifier ces femmes noires chrétiennes, faisant de ce film un enchantement. Complètement invraisemblables sont les critiques essuyées par Spielberg à la sortie du film : que Spielberg ose s’attaquer à ce sujet semblait un affront pour certains, tant les tensions racistes et sexistes demeuraient aux Etats-Unis.
Malheureusement on le sait, ici, là et ailleurs violence et racisme ont la vie dure…

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D’ailleurs, les femmes de ce Sud, blanches ou noires, multiplement rabaissées, avilies, victimes de violences, savent lever la tête et font partie des héroïnes les plus touchantes de la littérature populaire américaine qui font de bons films ! Connaissez-vous Les beignets de tomates vertes, La couleur des sentiments, La vie secrète des Abeilles (Le secret de Lily Owens) ?… Sans parler de Gone with the Wind/Autant en emporte le vent, bien plus ancien et d’un autre temps… Moins féminin mais très instructif sur ce Vieux Sud aux relents toujours violents, le dernier livre de John Grisham (auteur prolifique ayant notamment écrit La Firme et L’Affaire Pélican) m’a tenue en haleine cet été avec L’allée des sycomores.

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C’est principalement dans ce vieux Sud qu’on trouve les quilts « afro-américains » devenus à la mode. Il s’en vend sur internet, parfois estampillés « slave-made », « fait par une esclave » ou autre fantaisie scabreuse… laissant sous-entendre « fait par une descendante d’esclave ». Car la plupart de ces quilts datent du XXe siècle, faits d’ailleurs indifféremment par des Noires ou des Blanches du vieux Sud qui partagent le même genre de vie de femmes malheureusement pauvres…

Attention aux amalgames encore une fois : « l’africanisme » n’est pas tout-à-fait ce qu’on croit. Il est prouvé par de sérieuses historiennes du quilt américain (en tête Leigh Fellner à ce sujet) que les esclaves des états du sud faisaient effectivement des quilts, mais avec les mêmes motifs et les mêmes tissus disponibles que les femmes blanches. Certaines étaient très douées pour manier l’aiguille et l’une d’elles, Lizzie Keckley, devint la couturière attitrée de Mrs. Lincoln, épouse d’Abraham Lincoln. Voir ici un article très complet sur cette dame (en anglais).

Non, tout ce qui est spontané, en bandes, de travers, coloré, rythmé, asymétrique etc., stéréotypes véhiculés par nombre d’études pas assez sérieuses, n’est pas obligatoirement afro-américain ! Toutes ces caractéristiques se trouvent aussi chez des quilteuses blanches (même les Amish, même les Galloises, même les Australiennes…).

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Ce quilt vient probablement de Pennsylvanie et les historiens le datent des années 1890. Il est actuellement au Speed Museum (Louisville, Kentucky), je l’ai vu sur Selvage Blog, blog toujours à la pointe de l’inspiration !


Cela ne remet aucunement en cause le talent de quelque artiste que ce soit, ni l’admiration qu’on peut avoir pour les quilteuses du hameau de Gee’s Bend en Alabama : simplement l’Afrique de leurs ancêtres n’avait pas alors les textiles caractéristiques qu’on lui prête… 

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Magnifique quilt d’Anna Williams de 1998. Cette grande artiste de Louisiane, née en 1927, inspire de nombreuses artistes contemporaines. Je ne suis pas sûre que la couleur de sa peau soit importante… Voir aussi l’article de Barbara Brackman ici sur l’influence déterminante d’Anna Williams dans le monde du quilting contemporain.


En revanche, il est évident que la quête des origines, oh combien compréhensible, mène de nombreuses Afro-Américaines à s’inspirer de l’Afrique des XIX et XXe siècles (qui n’est pas l’Afrique de leurs ancêtres des XVIIe et XVIIIe siècles), où effectivement on trouve les très colorés tissus WAX inspirés des batiks indonésiens.

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Quel chaleureux ensemble de tissus africains ! Photo prise… à Paris, voir ce blog.

Mais après tout, les rêves et les mythes sont parfois aussi importants que la vérité pure et dure… Presque tout le monde regrette que la belle histoire de l’Underground Railroad secret Code soit  fausse !

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Quelques motifs sont dits  « typiquement afro-américains » comme le Pine-Burr (ou Pine-cone) quilt,  présenté ces jours-ci par Karen Griska – Selvage Blog, elle-même inspirée par ma chère LeeAnn, Nifty Quilts. Mais les historiens ne sont pas tous d’accord, j’ai ici un texte sur un blog spécialisé émettant quelques nuances. Il n’en reste pas moins qu’il n’y a rien de tel pour vider les armoires de tous vos petits morceaux ! Attention, le résultat sera lourd, très lourd…

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Superbe Pinecone quilt datant des années 1930 (on voit que c’est la mode des pastels), présenté sur ce blog : Scraps & Threadtales . Il pèse environ 14 kg !

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Revenons à la Couleur Pourpre, le film.

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Whoopi Goldberg (Celie) est ici allongée sur un quilt noué tout simple, fait d’une alternance de carrés foncés et clairs, ouvrage parfaitement en accord avec le milieu social, le lieu et l’époque (état de Georgia, dans les années 1930).

J’y ai réentendu cette merveilleuse chanson de Quincy Jones, Rod Temperton & Lionel Richie : Miss Celie’s Blues (cliquez sur le titre pour 2 minutes 50 de bonheur !) que j’adore…

Sister, you’ve been on my mind
Oh sister, we’re two of a kind
So sister, I’m keeping my eyes on you…

miss celie's blues

J’aime fredonner ce blues (toute seule, car je ne veux pas offenser d’autres oreilles) en pensant à ma petite soeur qui ne s’appelle pas Celie mais Cécile… Vous saurez un peu plus sur ma petite Cécile très prochainement… mais oui, on y parlera patchwork aussi !

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L’esprit d’un quilt

Aujourd’hui, je vais peut-être me faire rabrouer, voulant casser un mythe encore bien ancré en France… auquel j’ai cru moi aussi dur comme fer !

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Ce quilt comporte un bloc « mal » fait sans intention préalable, comme beaucoup de quilts anciens. La symétrie étant rompue, cela se voit si on cherche ! Voyez ici ce qu’en dit la quilteuse

Toute quilteuse a entendu un jour en club ou en atelier, lorsqu’elle a fait une erreur dans un bloc : « soit tu le refais, soit tu dis que c’est ton bloc d’humilité »… et on entend l’histoire bien rodée de l’erreur faite par les quilteuses d’antan, amish ou pas, avec leur humility block placé intentionnellement car Dieu seul étant parfait, une quilteuse ne se permettrait pas de faire un quilt parfait. Mea culpa, je l’ai dit moi-même… et induit en erreur mes amies Abeilles ! Eh oui, ce n’est qu’un mythe à ranger aux oubliettes, désolée…

amish legeretJ’ai eu la puce à l’oreille à plusieurs reprises, notamment en lisant l’excellent livre de Jacques Légeret « Les Amish et leurs Quilts – Passé – Présent » chez Edisud (2005). Interrogeant une Amish dont le Log Cabin comprenait de surprenantes libertés (trois triangles blancs qui attirent le regard : c’est le quilt de la couverture du livre ci-contre), l’auteur entendit la réponse toute simple de la quilteuse : « Je les ai mis pour me faire plaisir« … Aucune référence à une quelconque crainte de Dieu !

Des historiennes américaines ont cherché l’origine de cette histoire de bloc d’humilité si largement répandue dans les livres des années 1980, les premiers de ma bibliothèque. Notre chère Barbara Brackman, l’indispensable référence, a trouvé la première allusion à cette idée de détourner « le mauvais oeil » dans un article datant de 1949. Elle associe cette idée avec les marchands de tapis orientaux qui justifient ainsi depuis des lustres les imperfections de leur marchandise…
Mais nulle part on ne trouve, ni dans des textes religieux, ni dans la tradition orale, ni dans la littérature, l’idée de faire exprès de mal faire pour contenter un Dieu ou calmer un diable… jusqu’aux écrits récents dans des livres et magazines sur le patchwork.

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Cette couverture de berceau montre l’assemblage hétérogène de quelques blocs et les teintes variées des noirs plus ou moins délavés. L’art de la récupération prime devant toute autre considération ! Quilt de la collection F & S Brown – Crib quilt de Pennsylvanie, années 1930.

Bettina Havig, autre historienne très fiable, a souvent questionné des quilteuses amish au sujet de ces blocs intentionnellement ratés ou mis à l’envers ou comportant une autre erreur quelconque… La réponse est en substance : on fait assez d’erreurs comme cela, on ne va quand même pas faire exprès d’en rajouter !! Mais aussi, elles restent très modestes quant à la beauté de leurs oeuvres, l’important pour elles étant de rester conformes à leurs principes de minimalisme et de frugalité –tout en réussissant à se faire plaisir en faisant quelques improvisations !

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Ce très beau quilt non amish est magnifique, avec ses multiples triangles et ses variantes de couleurs… Il fait partie de la collection de quilts anciens (fin XIXe siècle) de Bill Volckening, quilteur en Oregon. 
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Ce quilt comporte un bloc plein de « défauts » qu’on ne remarque pas tout de suite ! Si le carré bicolore du haut a pu être mal cousu sans faire exprès, les carrés avec le tissu gris ne peuvent être là par hasard. Et il manque 2 pommes rouges !… Cela participe très certainement à la joie de faire un clin d’oeil dans un travail aussi soigné et remarquable !

Autre historienne de renom, Leigh Fellner a réuni ici les recherches et arguments à ce sujet : le résultat est sans appel, le humility block est une invention de la 2e moitié du XXe siècle.

A mon avis, l’idée du humility block s’est développée parallèlement à l’intérêt qu’on a porté aux quilts amish. Les mots-clés de leur manière de vivre sont l’Ordnung et la Gelassenheit (lire le livre de Jacques Légeret cité plus haut), ce qui inclut en tout premier lieu l’humilité et la modestie… Il est dès lors facile de faire des amalgames…
Et puis, n
e trouvez-vous pas que c’est bien audacieux et condescendant d’accréditer cette histoire ? Si on est croyant, comment peut-on penser que Dieu pourrait « se faire avoir » ainsi, avec un bloc erroné fait exprès ?…

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Que regardez-vous en premier ?… Quilt de Pennsylvanie, 1880, collection Stella Rubin.

Cependant… Observez un quilt « parfait ». Tous les blocs identiques se succèdent sans variation… ni surprise. On peut admirer cette perfection, mais elle est parfois ennuyeuse ! Vous savez peut-être que je suis une fervente supportrice des scrap quilts pour cette raison essentielle qu’on  peut passer beaucoup de temps à les regarder et toujours trouver de nouveaux détails intéressants…

Et souvent, juste un changement de couleur ou de motif intentionnel quelque part dans un quilt traditionnel devient le focus du quilt. De même, on s’amuse de voir l’imperfection d’un quilt qui comporte un bloc mal assemblé passé inaperçu, ou bien que la quilteuse a vu mais n’a pas jugé utile de défaire et refaire… On brode ainsi une histoire sans jamais pouvoir la vérifier… mais quel plaisir d’imaginer cette quilteuse d’un autre temps !
Quelle qu’en soit la raison, l’erreur donne de l’esprit au quilt…  et on revient finalement à une dimension spirituelle !

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Boire ou quilter, il faut choisir ! Logo provocateur de ce blog

Log Cabin Forever

Comment ne pas parler de temps à autres du Log Cabin dans un blog dédié au patchwork ?

Umwälzung
Vous avez peut-être admiré ce quilt « en vrai » lors de la venue de l’artiste à Nantes au salon « Pour l’amour du Fil ». Cette trop pâle photo de livre montre un quilt qui me subjugue. Il est de Shizuko Kuroha, cousu de tissus japonais indigo et sarasa. On a traduit son titre en français par « Convulsions », mais le titre traduit en allemand suggèrerait plutôt « Bouleversement ». Cette oeuvre évoque le monde qui change, avec la chute du Mur de Berlin et la fin de l’URSS. Quilt fini en 1990.

 Alors que je vivais en Allemagne, j’ai vu dans un magazine des photos de quilts qui m’ont subjuguée. Je n’arrivais pas à comprendre comment c’était possible de faire ces log cabins « arrondis », « en volutes », cousus par Shizuko Kuroha au tout début des années 90… Je l’ai compris partiellement grâce à la Couronne de l’Avent.  Mais je ne vous ai encore jamais dit à quel point j’ai aimé trouver tous les secrets de ces blocs expliqués dans un livre français, ou plutôt deux ! Marie-Anne Suzanne (aujourd’hui malheureusement disparue) et Jocelyne Le Roy ont admirablement expliqué, en deux tomes, de nombreuses techniques modernes du patchwork découlant de l’usage du cutter : carrés bicolores, chaînes irlandaises, scrap-quilts en bandes, bargellos, voyages autour du monde… Toutes les bases et bien plus sont consignées dans ces superbes livres ! J’en ai un dans ma bibliothèque et les deux sont dans celle de mon club. Je m’y réfère encore souvent. Titre de ces livres depuis longtemps épuisés (à rechercher d’occasion): Patchwork machine I & II, éditions Flammarion/DMC. 

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Vous êtes sans doute nombreuses à avoir appris beaucoup de choses grâce à ce livre !
livre français
Les deux tomes écrits par Jocelyne Le Roy et Marie-Anne Suzanne sont une formidable encyclopédie du patchwork modernisé grâce au cutter rotatif. C’était la première fois, à ma connaissance, qu’un livre en français expliquait toutes ces formidables techniques. Peu de livres arrivent au niveau de ces grands classiques. Je n’ai que le tome 2, le premier ayant été édité quand j’étais encore en Allemagne… 
convulsions
Qui se ressemble s’assemble, dit-on… Andrée, qui fait partie des Abeilles de la Ruche, a fait ce panneau dans l’esprit de Shizuko Kuroha… Je l’ado-o-ore ! Il fut exposé lors de l’expo bleue de notre club. Très généreusement, Andrée l’offre en lot pour notre Loto de Balma… Qui donc repartira avec ce magnifique quilt le 23 mai ?… L’expo bleue se trouve ici et là.

Le thème du bloc du bloc du Log Cabin incite à évoquer inévitablement la vie des pionniers américains avec leur cabane de rondins. Un tout récent article sur ce sujet se déguste dans le magazine de France Patchwork Les Nouvelles Patchwork et Création Textile n° 120, quatre pages écrites par Christiane Billard qui récapitule avec talent et rigueur l’histoire du bloc. Inévitablement aussi, elle insiste sur le fait que cette esthétique est depuis si longtemps appréciée et utilisée… Lisez, relisez ces articles passionnants ! Ce magazine est réservé aux adhérents de l’association qui choisissent de s’y abonner.

Les chats, dans la Haute-Egypte, furent momifiés dans des bandelettes de lin placées de manière très décorative… qui ressemblent à nos fameux log cabin ! Dans un musée de Vienne, il y a quelques semaines, j’ai vu ceci:

chat à vienne
Kunsthistorisches Museum, Wien – Une momie égyptienne de chat, tout comme on en trouve dans d’autres musées, notamment à Londres.

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Je vous avais déjà parlé ici d’un livre qui est une sorte de « bible du log cabin »… Je peux vous annoncer d’ores et déjà la parution d’un autre ouvrage de référence, écrit en français (youpi !) par Denyse Saint-Arroman :

lindispensable log cabin D. S. A.
Auto-édité, ce livre est de grande qualité, il bénéficie de la pédagogie et de la connaissance profonde de Denyse Saint-Arroman du monde du patchwork traditionnel. Si vous ne savez que demander pour la Fête des Mères…

Les chapitres se succèdent en toute logique, déclinant de manière très complète les techniques et variantes de ce bloc si polyvalent ! Je vous le recommande très chaleureusement. Pour vous le procurer, veuillez contacter Denyse, en attendant qu’il soit distribué plus largement : patchworkperlesbroderies (arobase) orange.fr

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Et puis, si vous souhaitez être « coachée » pour un ouvrage en log cabin,  rendez-vous chez Nathalie Delarge Dionis, c’est son nouveau thème, avec tout un ensemble de règles, de vidéos, un groupe de copines… Et pour faire partie du groupe, c’est par ici : https://www.facebook.com/groups/490697051031140/. Il y a du beau monde, bon amusement !!!

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Perspectives modernes dans le patchwork (3)

C – Des quilts aux blocs simples

Le style dominant de « Modern Quilting », celui qu’on voit fleurir partout  dans les nombreuses guildes de quilts modernes, sont des quilts simples, aux blocs bien définis, issus du patchwork traditionnel avec une touche spéciale, un esprit tonique, un détail amusant… Ils sont éclatants, avec beaucoup de lumière, de contraste, de couleurs franches. Comment vous faire mieux connaître ce mouvement majeur ? Vous pouvez déjà lire l’article d’Odile ici, plein de repères intéressants.

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Simplissime, ce quilt d’Amanda Jean, Up, Up and Away, nous a inspiré le Champ de violettes que vous pouvez voir ici.
neige et couleurs
Neige et Couleurs, de Fabienne Cabrolin, fait la part belle aux ovales, forme si peu exploitée en patchwork. Un quilting innovant au coton perlé, à la manière de Keiko Goke, ajoute la liberté des courbes auprès des tissus rayés. Une hardiesse récompensée par ce résultat très harmonieux ! Modèle dans Quiltmania n° 89 (Pois versus Rayures)

Qu’est-ce qui rend un quilt moderne et attractif pour les jeunes ? C’est la question de toute quilteuse qui a envie de faire plaisir, vraiment, à une personne d’une plus jeune génération. Comment voir dans ses yeux la vraie joie de recevoir cet objet textile que vous aurez mis des dizaines d’heures à préparer ?

zenchic
Très talentueuse, Brigitte Heitland conçoit des lignes de tissus et des modèles superbes. Son style est le moderne-urbain-chic ! Vous reconnaissez évidemment ici le thème du log cabin. Et pour info, le décor actuel du blog (bleu marine et blanc) est un tissu de cette artiste !  
hexi zen chic
Outre ses ouvrages comme celui-ci, Brigitte Heitland partage sur Facebook de nombreuses photos de quilts qu’elle trouve au cours de ses balades… Beaucoup de belles découvertes !
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Butterflies Quilt, par Sarah Nishiura (Chicago). En vente $ 850. Le marché existe aux Etats-Unis !

 

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Toujours d’Amanda Jean, ce Log Cabin montre des envies de fantaisie et fait la liaison avec les quilts de la catégorie précédente. Les quilts arc-en-ciel ont eu beaucoup de succès récemment, avec un fond blanc ou gris. 
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Magnifique top de Lee Chappell qui, sur un vaste fond rouge, a appliqué « des cailloux » à la main (modèle de Kathleen Baden), tandis que Ginabean l’a sublimé avec un quilting à la long arm (machine à quilter professionnelle).

 Avec ces ouvrages, vous constatez l’importance des fonds, « les espaces négatifs » comme on les appelle ! Ils sont des surfaces propices pour des quiltings chargés, complémentaires au patchwork et partie intégrante de l’attractivité du quilt, faits à la machine la plupart du temps.

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Ce modèle est en vente ici. C’est une tendance lourde de pouvoir acheter, pour un prix plus ou moins modique, des fiches PDF. Cela permet aux quilteuses de recevoir une petite rémunération pour leur travail.
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Modèle offert par le vendeur des tissus unis de qualité Kona Cottons (Robert Kaukman)

Quant aux tissus… D’abord, sauf exception, oubliez vos chers tissus de reproductions textiles du XIXe siècle, vos japonais taupe… Observez l’aménagement de l’appartement de votre jeune personne : si c’est très IKEA, il faut lui faire un quilt de look… Ikea ! A vous les imprimés des années optimistes (années 50-60-70), les bases blanches (et non pas écrues), des tissus contrastés ou au contraire en sourdine, les imprimés exotiques ou vintage… et ne cherchez pas la difficulté ! Des blocs simples, parfois un seul bloc surdimensionné attirera le regard et l’admiration de votre jeune. La plupart de ces quilts ont des angles bien nets et définis.
Simple ne veut pas dire que vous allez vous ennuyer… Regardez encore ces quelques exemples :

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100 petits carrés par bloc, on ne peut pas dire que ce soit difficile… mais quelle patience tout de même ! Quilt d’Audrey, Colorado. Ici encore l’esprit « arc-en-ciel » !

 

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Cette immense étoile remplit tout le quilt ! Avec son fond beige, c’est une exception dans le monde des quilts modernes. Les tissus proviennent d’une gamme d’influence asiatique (Indie, par Pat Bravo). Pour en savoir plus, cliquez ici. Et voyez la galerie de quilts de cette artisteAmy Smart, typiquement dans le style « quilts simples et toniques »! Observez également le quilting, part intégrante d’un patchwork moderne.
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Wee Animal Quilt, par Dani Miller. Toute quilteuse avertie constate que ce quilt n’est pas très difficile à reproduire… mais quelle bonne idée pour un enfant !
chevron quilt
Flocking chevrons par Natalie Rawli. Beaucoup de jeunes quilteuses aiment la tendance exubérante et exotique, indienne ou bohémienne… Les tissus sont magnifiques ! Et les chevrons sont très à la mode, ils se déclinent souvent avec des tissus blancs, gage de modernité.
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Tout comme les chevrons, les blocs de « briques » sont très à la mode. Ici celui de Rachel, Stitched in Color.

 

 

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Bien que simplissime, on voit ici la tendance de l’arc-en-ciel ainsi que l’esprit « bohème-chic » d’Anna-Maria Horner.
ana maria horner
Ici Anna Maria Horner dans son univers bohème-chic lors d’un salon. 

Je trouve certaines de ces tendances très comparables au phénomène Kaffe Fassett qui commença quelques années avant l’an 2000 : l’utilisation de blocs de patchwork pré-existants mis en valeur par des gammes de tissus très nouvelles.
Il existe une grande inventivité chez quelques têtes de file comme : Brigitte Heitland (Zen Chic), Elizabeth Hartmann (Oh, Fransson!), Kati Spencer (From the Blue Chair),
 Denyse Schmidt, Kathy Doughty (Material Obsession, connue en France grâce à Quiltmania), Rita Hodge (Red Pepper Quilts)… et bien d’autres que vous pourrez découvrir en sautant de blog en blog !

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Quilt de Karen Griska : un seul bloc en format XXL, le tissu de fond étant remplacé par des lisières. J’ai eu un vrai coup de coeur pour l’utilisation des lisières et le département de Haute-Garonne m’a suivie dans l’aventure de la Valisière… A noter que sur ce blog, vous trouvez pour un prix modique de nombreux modèles (en anglais) de quilts créatifs, faciles et amusants !
arbre et glycine
My Green Tree of Life, en lisières. Même principe : un bloc unique de 130 x 140 cm. 

 

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Extrême minimalisme, lointain rappel de quilts amish, ce quilt est en vente par des professionnels.

On ne boude même pas les hexagones, base du patchwork anglais ! Ils sont simplement revisités de maintes manières :

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Très classiques mini-hexagones, mais un thème très à la mode : le drapeau britannique ! Quilt de Everydayyork.

 De nombreuses quilteuses se réjouissent de trouver, enfin, des modèles de quilts qui plaisent aux hommes, jeunes et plus mûrs. A partir de cette tendance de quilts simples mais cousus dans les règles de l’art où la géométrie a son mot à dire, on remarque de plus en plus de scientifiques de carrière se passionnant pour les quilts modernes et géométriques… et bien sûr ils ont tendance à les compliquer !  Il en reste des lignes bien définies comme ici par exemple :

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Ce livre explore 12 domaines des sciences et les illustre chacun par un quilt d’apparence simple mais très significatif pour une personne à l’esprit scientifique ! Alexandra Winston en est l’auteur.
Ali Winston - Heximetry
Encore des hexagones ! On devine qu’ils ont une couture au milieu : tout est cousu à la machine ! Ali Winston, Heximetry, modèle dans le livre ci-dessus.
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Très bel effet d’hélice pour ce quilt à la géométrie un peu complexe en apparence. Son histoire ne peut qu’émouvoir : ce quilt a été conçu par une future mère adoptante pour laisser un souvenir à la mère donnant son enfant à l’adoption… Son histoire ici.
Thom Knauer - Excess
Les quilts ne sont pas simplement décoratifs, ils peuvent exprimer beaucoup de choses. Ce quilt a des dimensions extraordinaires et même dérangeantes : 103 cm x 408 cm… Et pourquoi donc ? Ce quilt atteste l’horreur de certains chiffres : aux Etats-Unis, 1 600 personnes meurent à la suite de violences conjugales chaque année. Chaque bloc est le triste témoignage d’une vie volée. Très symboliquement, les blocs rouges ou orange représentent des femmes, les bleus et verts des hommes. Le créateur de ce quilt est Thomas Knauer dont le premier livre est très remarqué, j’ai d’ailleurs emprunté son titre 😉 Il fait des quilts « avec du sens et du symbole » et trouve dans les quilts modernes le juste moyen d’exprimer à la fois son goût des maths, de l’esthétique et des concepts.

 Les quilts d’apparence simple conviennent donc parfaitement au goût des jeunes, à la fois pour leur faire plaisir et pour les inciter à « faire du patch ». La nouvelle revue « Love for Quilting and Patchwork » leur est entièrement destinée : ce mensuel britannique propose les nouvelles gammes de tissus, des modèles simples, rapides… et tentateurs. Il s’en dégage beaucoup d’enthousiasme et de jeunesse. On a même un petit kit en cadeau mensuel… J’y suis abonnée depuis janvier et je le trouve réellement de qualité !

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Des jeunes Anglaises ont lancé cette revue mensuelle complètement dans l’air du temps : beaucoup de rédactionnel publicitaire, mais aussi de très jolis modèles simples, rapides et jolis, très bien expliqués. Le n° 7 d’avril me plaît beaucoup !  De super-actives femmes participent à ce magazine tout en nourrissant un e-magazine, des stages, des blogs… Voyez aussi Fat Quarterly ici ! 

Il est clair que cette nouvelle tendance booste le commerce !  

Pour être honnête, cet engouement pour ces quilts modernes ad libitum remplit la Toile d’ouvrages de qualités très diverses. Ce n’est pas parce que c’est simple qu’on peut faire n’importe quoi, je suis sûre que vous serez d’accord avec moi ! Souvent l’assemblage est intéressant mais gâché par un quiltiing machine très moyen — difficile à réussir, j’en suis consciente, pour les grandes surfaces ! Dans ce cas, il me semble qu’il ne faut pas oublier qu’il existe des personnes compétentes, avec long arm, pour quilter pour vous. Cela fait partie intégrante des orientations nouvelles. 

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Parmi tous les livres de quilts modernes, j’ai un faible pour « Sunday Morning Quilts ». Le livre central est celui de Thomas Knauer : il est quasi indispensable de comprendre l’anglais pour apprécier ce livre car « tout » est dans la démarche ! Celui de gauche est une tentative de coller aux mouvements artistiques du XXe siècle, ce qui est plutôt intéressant.
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3 derniers livres intéressants eux aussi : Vintage Quilt Revival regorge de modèles classiques modernisés variés, celui du milieu revisite les effets de tranparence par le choix des couleurs. Quant au dernier, c’est une mine de renseignements pour organiser sans trop de galères des quilts en commun avec partage de blocs en groupe créé sur internet. Avis aux amateurs ! Moi, j’ai la chance d’avoir mes copines Abeilles dans ma Ruche…

 – Question : et en France ?  – Réponse : Au Fil d’Emma. Voici quelques tutos gratuits… et en français si vous souhaitez vous familiariser avec le patchwork moderne :

Perspectives modernes dans le patchwork (1)

A – Des coupes rajeunies

Depuis l’invention du cutter rotatif dans les années 80, la coupe a été normalisée, les trucs et astuces se sont multipliés pour faire des carrés bicolores, des vols d’oie rapides, des square dance… Les règles en plexi plus ou moins utiles se sont multipliées… C’était une vraie révolution par rapport à l’utilisation des gabarits et du traçage de toutes les lignes de couture.

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Ann S. Lainhart est spécialisée dans les Bargellos. Ici Midnight Cityscape (2008)

Les quilteuses ont découvert notamment les pavés de bandes à redécouper pour en faire des Bargellos, des étoiles à 8 branches aux multiples losanges, des Voyages autour du monde… et tant d’autres modèles exaltants qui ont fait le bonheur des patcheuses un peu aventurières et des animatrices de club !

blue lagoon - Patchworkrama
Ce quilt est un bon exemple des coupes astucieuses facilitées par l’utilisation du cutter – Blue Lagoon, Nadia Stumpf, 2006.

Dans ces perspectives modernes, habiles et toujours en mouvement, Nadia Stumpf fait partie de celles qui diffusent le plus en France, par ses stages modernes et structurés, ces genres de patchwork renouvelé. Elle sait tirer des tendances internationales ce qui plaira aux Françaises curieuses de nouveautés. Je pourrais la citer dans chacun des articles sur les perspectives modernes, tant elle touche à tout avec talent ! Son blog : Patchworkrama.

Dans ce premier volet de notre présentation des quilts modernes, place aux coupes innovantes ! Certaines quilteuses ont voulu sortir des techniques strictes et des propositions originales ont émergé il y a déjà une vingtaine d’années. Le patchwork moderne est né avec, principalement, Nancy Crow, avec les coupes courbes à main levée, l’improvisation… Voici deux livres du début des années 2000 qui ont popularisé les coupes « libérées » :

livres coupes
Ces livres, parmi d’autres, ont enthousiasmé celles qui désiraient jouer avec les tissus dès le début des années 2000. C’est le plaisir des coupes à main levée car oui, on a le droit de couper sans règle ! L’autre bonne idée importante est la superposition de différents tissus et leur permutation avant la couture qui ouvre de nombreuses possibilités amusantes.
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Philippa Naylor fait danser les blocs traditionnels ! Cette baratte est un modèle pour un des stages qu’elle propose. Vous avez beaucoup d’exemples et explications de ce style dans le livre ci-dessus, « Cutting curves from straight lines » (couper des courbes à la place des droites).
Janet Windsor
Quel beau quilt aux couleurs de la nature ! Janet Windsor.
Linear Studies #7
Ici encore, les lignes sont souples et donnent de la vie aux formes si simples… Nancy Crow est la première quilteuse à avoir modernisé le patchwork à grande échelle, tout en s’inspirant des bases classiques. Son style favorise le « patchwork improvisé » qu’on verra plus amplement dans le prochain article.
krista 4 baby
Vu dans le blog Spotted Stones : un assemblage de blocs de style log cabin. Les 3 premiers morceaux de tissus sont des imprimés de couleur vive, ensuite des couleurs neutres se partagent l’espace restant. L’irrégularité de coupe est discrète, mais on voit bien que le centre n’est pas toujours carré, les bandes n’ont pas la même épaisseur… Est-ce grave docteur ?

Ici c’est le domaine des techniques de coupe plus décontractées, plus tolérantes, plus amusantes. Ce vent de liberté souffle dans de nombreux pays.

Bernadette Mayr, qui m’inspire depuis des années (en fait depuis 2006, date de la parution de son premier livre édité aussi en français), a tiré son inspiration de ce qui se faisait déjà en coupes originales et a développé ce style.

livres mayr
Voici les 5 livres de Bernadette Mayr, pleins d’idées dont quelques-unes ci-dessous ! Tous ses livres sont  d’abord édités en allemand. Le premier a bénéficié d’une traduction française, quelques autres sont également en anglais. Espérons que le prochain pourra nous être proposé en français aussi !
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Après un premier tableau de coquelicots sur fond noir, proche de l’original, j’ai fait, en duo avec Madeleine, un tableau sur fond gris. Nous avons partagé les tissus, mais nos bordures et nos quiltings diffèrent ! Inspiration du premier livre de B. Mayr (Patchwork fleuri, SAEP). Quilting à la main.

Tableau à sujet unique ou blocs assemblés, tout est possible !

maisons balma
Quilt fait par des membres du club de patchwork de Balma, d’après les maisons de Bernadette Mayr
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« Petits Poissons », de Kristine pour son petit-fils, est inspiré d’un autre thème de Bernadette Mayr (Wasser Patchwork). Il est entièrement fait en batiks.
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Magnifique quilting machine soulignant les tourbillons aquatiques !
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Voici un coussin fait par Marie-Jo de notre Ruche à partir du bloc des feuilles déjà présenté sur ce blog. Savez-vous trouver la feuille qui n’est pas dans le « bon » sens ?…

Le quilting est le plus souvent effectué à la machine car il s’accorde bien avec ce vent de liberté.

manhattan
Le célèbre quilt Manhattan de B. Mayr, primé aux USA, est un amusement avec les couleurs des rectangles réguliers, en contraste avec les fenêtres biscornues en noir et blanc qui rappellent le monde de Hundertwasser, artiste viennois qui disait : « Certains disent que les maisons sont faites de murs. Je dis qu’elles sont faites de fenêtres »…  (photo Alpine Quilters)

Bernadette Mayr n’est évidemment pas la seule à jouer avec des techniques ludiques. Regardez ceci :

Helen Howes - Blue Blaze II
Helen Howes – Blue Blaze II. Les carrés de base avec les bandes irrégulières sont faciles à faire. Tout le chic de ce tableau réside dans le soleil et les silhouettes d’arbres.
Rooflines #4:The Barns , 36×70 © 2012 Colleen Kole
Paysage minimaliste de maisons, ici des granges créées par Colleen Cole, de sa série « Rooflines ». Notez l’asymétrie qui ne fait pas peur aux quilteuses modernes !
ghost plants
Tout aussi talentueuse et plus connue en France, Maryline Collioud-Robert (Suisse) me ravit par son originalité, la qualité de ses recherches de couleurs… Ici la découpe inspirée de l’appliqué inversé laisse découvrir le tissu blanc. Superbe quilt ! Si vous ne la connaissez pas encore, allez voir les facettes de son talent par ici !

Dans ces quilts, on s’amuse avec de nouvelles idées d’organisation (on superpose parfois les tissus, on les interchange, on les laisse à cru parfois) dans cet esprit de renouvellement de coupe et de couture. Comme dans la nature, les lignes sont souvent souples, courbes, les blocs (quand il y en a) ne sont jamais semblables. La technique est rarement difficile et ne requiert qu’un peu d’audace !

Le mot qu’on retrouve souvent pour caractériser ce genre de quilts modernes est wonky. Comment le traduire ? Bancal, branlant, de traviole, donc imparfait… On ne fait pas n’importe quoi mais on considère que l’imperfection n’enlève pas de charme au quilt, au contraire cela lui donne du dynamisme et de la vie ! C’est ce postulat qui mène aux quilts improvisés et libérés, que nous verrons ensemble prochainement, si le coeur vous en dit 🙂

Spotted Stones - Krista
Aucun de ces moulins n’est assemblé académiquement, aucune de ces couleurs n’est mise en place de manière symétrique. Ne trouvez-vous pas que ce quilt mérite pourtant bien un statut d’oeuvre d’art ?… (Krista de Spotted Stones, mouvement Bee Creative)

Quiltmania et moi

logo-quiltmaniaC’est la centième fois que je me précipite fébrilement sur le nouveau bébé, c’est le centième à lire et relire… Le numéro Cent de Quiltmania vient d’arriver dans ma boîte aux lettres. Privilège des abonnés qui le dégustent bien avant l’arrivée en kiosque ! Quiltmania fait partie de ma vie depuis septembre 1997… Mes cent magazines ne sont pas tous en bon état (loin de là !) car je les trimballe avec moi, je les feuillette, je recherche encore parfois des heures durant une photo, une référence… Les premières dizaines de Quiltmania, je peux dire que je les connais par coeur, ils ont affirmé mes connaissances techniques, historiques, esthétiques…

D’une aventure entre copines, dont j’aurais tant aimé faire partie si j’avais habité à Nantes à l’époque, l’entreprise Quiltmania est devenue une institution dont nous pouvons être fières, car c’est une voix française respectée dans le monde international du patchwork.

Et je vais vous confier que c’est grâce à Quiltmania que j’ai rencontré Marie-Claude de la Chambre des Couleurs, car sur un coup de tête j’ai osé lui écrire à la suite du reportage « Quilt et Intérieur de Charme » chez elle… J’étais tellement tombée amoureuse de ses quilts que je voulais le  lui dire ! Ainsi commença une belle amitié. Définitivement, Quiltmania fait partie de ma vie !

Est-ce l’emprise de la nostalgie ? Je n’ai quand même plus le même frisson à l’arrivée d’un nouveau numéro, à la recherche d’un quilt « que j’ai ab-so-lu-ment envie de faire » ; j’ai tant vibré aux quilts de Renée Ferré ou Michèle Beugnon qu’on voit si peu maintenant… Quiltmania s’est mondialisé, les modèles viennent d’artistes internationales que j’aime bien, certes…8 mars 2014

Mais ne boudons pas notre plaisir, je vous laisse pour m’installer au jardin et lire de A à Z les reportages de Quiltmania n° 100 au soleil…

Un petit tour dans le Kent ?

Même si une partie de la Grande-Bretagne souffre encore d’intempéries dramatiques comme sur notre côte ouest française, il est permis de croire que c’est le dernier assaut de l’année… Et enfin, on va pouvoir dire : après la pluie, le beau temps !rainbow

A l’ouest, Valériane Leblond reste inspirée par les temps changeants…

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Londres, par Denimu

Du côté de Londres, l’Américaine Tracy Chevalier reste en relation proche avec le monde des quilts. Dans cette interview que m’a très gentiment signalée une lectrice, l’écrivain parle de son habitude de s’immerger dans le monde de ses personnages et que cela l’enrichit toujours. Ainsi, elle continue à quilter pour le plaisir de la détente que cela lui procure et décrit bien également les bienfaits des réunions d’Abeilles : »C’est relaxant. Quand je travaille avec des copines quilteuses nous parlons de nos vies et de ce qui se passe dans le monde. Parfois nous restons juste assises à coudre ensemble en silence, cela dépend de notre état d’esprit du moment ».

Dans le Kent (sud-est de la Grande-Bretagne) se trouve un château, Danson House, dans lequel ouvre le mois prochain une exposition sous l’égide de Tracy Chevalier. Ma romancière préférée attise la curiosité avec ce thème : « Things we Do in Bed », les choses que nous faisons au lit… Larges perspectives ! Mais il s’agit justement d’une exposition de quilts, sous lesquels nous dormons et passons un tiers de notre vie… 

Danson House, du 1er avril au 31 octobre 2014
Danson Park, Bexleyheath, Kent DA6 8HL (au sud-est de Londres)

Et Tracy Chevalier assurera une conférence le 2 avril sur les raisons de cette exposition. Gageons qu’un des quilts dont elle parlera le plus sera celui-ci :FCW-whole-quilt-2

Ce quilt est le résultat d’une commande de l’auteur. Une association (Fine Cell Work) enseigne les travaux d’aiguille auprès de détenus et les vend à des fins caritatives ; avec elle, Tracy Chevalier a demandé la création de carrés dans lesquels les prisonniers expriment leurs relations avec le sommeil. Expression de leurs angoisses, leurs insomnies, leur culpabilité, leurs espoirs, ce quilt, résultat de cette requête, est poignant. Vous pouvez lire le reportage de Tracy Chevalier sur son site officiel (mars 2014). Même si vous ne lisez pas l’anglais, vous verrez des détails photographiés de cet ouvrage.

Je ne peux m’empêcher de faire le rapprochement avec ce que d’autres femmes Quakers firent au XIXe siècle… Tracy Chevalier, amie des valeurs Quaker, assure la perennité de cette aide aux plus rejetés…

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Les Fils de la Mémoire…

Threads of Memory, une nouvelle aventure historique, culturelle et artistique proposée par Barbara Brackman, a commencé samedi dernier ! Alors que le défi « Austen Family » annoncé ici sera un rendez-vous hebdomadaire, les Fils (pour coudre, non les fils de leur maman !) de la Mémoire proposent un bloc mensuel tout au long de l’année 2014.Logo 72

Avec cette grande historienne, chaque bloc présenté est associé à une histoire, un lieu, une personne, en lien avec le thème général. Ses présentations historiques sont fouillées et aboutissent souvent à la publication d’un livre, dans lequel sont présentés les Samplers faits par des quilteuses du monde entier. Les Françaises sont en très bonne place ! Nous avons la réputation de très bien travailler.Critique-12-years-a-slave

Ce film, actuellement en salles, est complètement dans le thème de ce sampler.

Que nous réservent les Fils de la Mémoire ? Nous plongerons dans le thème des esclaves du Sud des Etats-Unis fuyant leur condition, cherchant à rejoindre le Nord, vers la liberté. Ce qu’on appelle l’Underground Railroad est un réseau de chemins avec des personnes aidant les fugitifs au péril de leur propre vie. Barbara Brackman nous promet « des histoires vraies », car depuis le début des années 90 sont apparues, sur la foi d’un récit transmis oralement, un mythe sur des signes cachés dans les quilts pour aider les esclaves à trouver leur chemin. J’attends justement les résultats des dernières recherches de BB à ce sujet ! Aux dernières nouvelles, ce n’est qu’une belle histoire inventée qui, à force d’être racontée, fait presque partie du patrimoine américain… 

Concrètement, le Sampler « Threads of Memory » sera composé de 12 blocs (un par mois) de 12 inches, chacun sera une étoile. Une dimension généreuse qui facilite la patchwork, accessible aux moins expérimentées. Certaines redessineront certainement les blocs à une autre échelle !
Un nouveau bloc paraît sur ce blog tous les derniers samedis du mois. Le premier bloc est déjà en ligne
ici.1_1 portsmouthBloc Star of Portsmouth par Jean Stanclift

Et pour celles qui ne l’ont pas encore lu, « La Dernière Fugitive » de Tracy Chevalier est un roman qui évoque ce thème de l’aide très risquée des fugitifs noirs. Et vient la lancinante question : et moi, qu’aurais-je fait ?la dernière fugitive

En compagnie de Jane Austen

Les romans de Jane Austen, parfois fort mal traduits en français, ont souvent relégué cette immense écrivaine (j’ai encore du mal à féminiser ce mot, pourtant je ne suis pas contre, et vous ?) dans la catégorie des romans à l’eau de rose, occultant ainsi la finesse psychologique et l’humour qui les caractérisent.

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L’historienne Barbara Brackman a décidé de se plonger dans l’époque du tournant du XIXe siècle en Angleterre, proposant chaque semaine à partir d’avril 2014 un aspect de la vie de Jane Austen et un bloc de 12 inches (environ 30 cm)… Encore une folle tentation !

Cette romancière fit également un couvre-lit en patchwork, vous pouvez trouver ici (Austenland) un article à ce sujet, en attendant les premiers blocs de Barbara Brackman sur son blog consacré à ce futur sampler : une belle façon de succomber à l’Austenmania ambiante dans les pays anglo-saxons !

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Silhouette et écriture de Jane Austen

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Le jour de la publication de cet article, vous pouvez admirer en en-tête une vue de Londres, « Tower Bridge », réalisé en denim par Denimu.

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Des Vitraux de Cathédrale

28a_00Plusieurs de nos pays européens s’enorgueillissent de cathédrales gothiques, merveilles architecturales, qui prirent pour moi corps et chair en lisant « Les Piliers de la Terre » et « Un Monde sans Fin » de Ken Follett. Des Maîtres Verriers avaient leur part de travail presque magique ou divin pour faire entrer la lumière à travers des images translucides aux couleurs inouïes. L’une des cathédrales les plus abouties est celle de Chartres, si visible de loin quand on se promène dans la riche plaine céréalière beauceronne. Le bleu de Chartres fut le thème d’une grande exposition de quilts, organisée par France-Patchwork 28, en l’an 2000. Notre Abeille Christine participa à ce concours, nous en avions déjà parlé ici.
Vous voyez ci-contre le vitrail du zodiaque, une des merveilles de cette cathédrale, alliant les douze signes zodiacaux aux travaux des champs, visitant ainsi les labeurs de toute l’année. Parmi toutes les couleurs, le fameux bleu illumine les motifs d’une lumière magnifique.

Le bloc de patchwork que nous connaissons sous le terme de « Cathedral Windows », ou Fenêtres de Cathédrale, a une origine asiatique évidente. C’est une directe cousine des origamis et autres pliages de papier. J’ai rencontré par hasard l’utilisation de cette technique ancestrale sur un vêtement traditionnel exposé en août 2012 à Labastide Rouairoux :048

Porte-bébé fait en Asie, XXe siècle. Le modèle est ancien mais la fabrication contemporaine. Les minuscules dessins sont des « Cathedral Windows »  avec toutes sortes de tissus, y compris synthétiques, utilisés en accents de couleurs. Les intersections sont ornées par des « fleurs » en tissu. Il faut dire que c’est vraiment minuscule !047

Toutes les sources américaines s’accordent à dire que le succès du Cathedral Windows en tant qu’ouvrage occidental a commencé juste après l’exposition internationale de Chicago en 1933. Mais quel ouvrage, quel quilt fut-il exposé pour susciter ensuite un tel engouement ? Je n’en ai trouvé nulle trace. Vous savez maintenant pourquoi j’ai fait des recherches sur l’exposition universelle de Chicago et son exposition de quilts ! Ce n’est qu’après cette date que les Cathedral Windows « quilts » fleurissent aux Etats-Unis. Le mot quilt est impropre puisque l’ouvrage n’est pas molletonné ni matelassé, mais par convention nous le maintenons :cathedralwindow_01e

Ci-dessus, quilt ancien exposé en Virginie avec lumière en contre-jour.IMGP4966a

Quilt contemporain photographié avec la même envie de faire ressortir l’effet vitrail.

Au début des années 90, ce fut la folie des fenêtres de cathédrales remaniées, allongées, sous l’impulsion de Lynne Edwards. 61Xlys5dlBL._Un autre livre est plus récemment paru, toujours sur le même thème. Les tissus qu’elle utilise -soies, batiks…- donnent un effet saisissant, contemporain et très recherché.

Puis vint le temps des « faux » vitraux, les carrés japonais à base de cercles. Amusants à faire, mais on s’en lasse aussi…90644243_large_atarashii_17l_420

Variante très sophistiquée des « carrés japonais », appelés aussi Atarashii dans ce livre :atarashi

Et voilà que revient ensuite l’envie du traditionnel ! Comme ce travail est long à la main, de nombreux blogs montrent comment faire des vitraux de style classique à la machine. Le résultat est souvent approximatif, je préfère la précision de la couture à la main pour un résultat parfait comme ici par exemple :

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Tissu écru uni et imprimé japonais contemporain fleuri se complètent merveilleusement. Allez voir les autres photos de ce magnifique ouvrage par ici : Mishellsoup

Autre ouvrage très attirant : mettez en scène les napperons, broderies, dentelles d’antan ! Voyez ci-dessous cet exemple si joliment fleuri :

cathedral window close up vintage embroidery

Cela me fait irrésistiblement penser au challenge d’Emma l’année dernière ! Au lieu de conserver vos trésors dans les tiroirs, vous pouvez, si vous osez, les remettre au goût du jour…

Pour finir ce petit tour des vitraux classiques, en voici un beau scrappy, très « années 40 », dont le succès ne se dément pas aux Etats-Unis :

6209313730_9e4f9ab392Détail d’un quilt exposé en 2011 (Utah Quilt show). Désuet peut-être, mais toujours charmant et très agréable à coudre car on peut transporter, aussi facilement que des hexagones, des bouts de cet ouvrage à coudre n’importe où !

Si cet article vous donne envie de commencer un tel ouvrage, surtout ne vous en privez pas, comme tout travail à la main, le processus est gratifiant. Le plus difficile est de faire le pliage au fer sans déformer le tissu. Mon petit truc est d’utiliser une bombe d’aide au repassage (amidon ou autre) pour rigidifier temporairement le tissu. Ici un tuto pour les adeptes du travail à la main : http://patchworkdelights.blogspot.fr/2010/08/cathedral-windows-tutorial.html . Amusez-vous bien !