Au Val d’Argent…

Le Val d’Argent, c’est le joli nom de la vallée où se succèdent Sainte-Marie-aux-Mines, Sainte-Croix-aux-Mines, Lièpvre, Rombach-le-Franc et quelques autres villages : après un passé dédié aux mines, les terres fertiles et les forêts continuent de fournir du travail, dans une certaine mesure.

La vallée de Ste-Marie-aux-Mines – Photo J. Antenat

Ce qui fait vibrer la vallée, ce sont des évènements culturels de prestige, parfois d’envergure mondiale comme les minéraux et le patchwork, organisés par une équipe professionnelle de la création et de la gestion d’évènements dans cette belle vallée du Val d’Argent.

L’édition 2021 du Carrefour Européen du Patchwork vient de fermer ses portes, avec une organisation particulière pour éviter à tout prix que cela ne devienne un cluster (foyer de contagion). Bien des groupes (clubs, délégations…) n’ont pas pu organiser leur venue, par manque de visibilité. Beaucoup de personnes vivant dans d’autres pays n’ont pas pu passer la frontière sans confinement ou autre contrainte.

MAIS que la fête fut belle pour toutes les personnes présentes !

Personne n’oubliera les sourires derrière les masques, la facilité des déplacements, l’accès aux œuvres d’art (et aux restos, aux navettes, aux WC…) sans trop de foule, la possibilité de parler plus longuement avec chaque personne rencontrée… Un vrai bonheur, une pleine réussite !

En ce qui concerne les expositions par elles-mêmes, c’est la première fois que j’ai entendu l’unanimité : chaque lieu méritait pleinement la visite, les artistes et collectionneurs étaient très disponibles… Quant au centre commercial, bravo à ceux qui ont osé venir, j’espère que leur courage a pleinement été récompensé.

L’entrée de Ste-Rosalie, à Rombach-le-Franc : Le Temps (temps qui passe et temps qu’il fait) sous toutes ses Couleurs était l’exposition de l’année 2021 !

J’ai eu l’honneur d’exposer 29 quilts dans l’Église Ste Rosalie de Rombach-le-Franc, toute fraîchement repeinte et au nouveau dispositif d’éclairage.

L’exposition, Le Temps sous toutes ses Couleurs, montrait des quilts du Collectif Quilts-Météo représentant chacun l’année 2020 sous le point de vue principal des températures journalières. Comme l’ont découvert les milliers de visiteurs, ce n’était ni répétitif, ni ennuyeux : chaque quilt avait sa propre identité avec une maquette personnelle, et comme dans un agenda, il y avait parfois des indications générales ou personnelles. Ce fut un vrai bonheur d’aider les visiteurs à découvrir ces détails, donner quelques clés de compréhension… Covid oblige, le document contenant les textes d’explications était disponible par QR code, mais rien ne vaut une bonne explication à l’accueil ! C’est pourquoi je remercie très sincèrement les nombreuses exposantes venues plusieurs fois donner de leur temps pour nous seconder, Kristine, Léna et moi !

Les couleurs des quilts correspondaient avec celles des vitraux ! Les jeux de couleurs tout au long des journées ensoleillées nous enchantaient. Photo Elsa Boissier

Que d’émotions ces jours-là ! Ils font déjà partie de nos souvenirs, des souvenirs parmi les plus chers de ma vie de quilteuse. Nous avons reçu quelques visiteurs « spéciaux », des artistes qui s’échappaient momentanément de leur propre expo, et aussi des journalistes. Tous ont manifesté de l’intérêt pour cette exposition inédite et si belle ! Cette vidéo a déjà été souvent vue ces derniers jours, mais tout le monde ne va pas sur Facebook, alors voici l’interview menée par un charmant jeune journaliste de la télévision locale du Val d’Argent :

Rendons-leur hommage, ils avaient bien préparé le sujet ! A vrai dire, j’étais partie faire un petit tour et c’est Kristine qui leur a tout expliqué… Je n’avais plus qu’à revenir en vitesse, une seule prise d’une traite, et voilà !

Ces deux journalistes de la télévision locale ont choisi sur le programme de venir poser leur caméra dans notre exposition, car elle était inédite et attisait leur curiosité ! Photo Muriel Figuière
Interview en cours – A gauche, on aperçoit un bout du quilt de Muriel Figuière, derrière moi, celui de Teri Totne (Hongroise) et à droite celui de Lili Brescia – Une artiste internationale multi-primée côtoie une quilteuse locale pour qui c’est la toute première exposition d’un de ses quilts ! Photo Kristine Toufflet

Quant à Sophie Socaso, si présente, toujours pleine d’idées, elle a notamment produit cette vidéo un jour à midi pile ! A télécharger vous-même, je n’ai pas réussi à l’ajouter dans mon blog. Pourtant, elle fait tout le tour de l’expo, c’est superbe, merci Sophie !

Nous le savons, une église en lieu d’exposition, c’est bien particulier, ce n’est pas sa vocation première ! Mais tout comme à Lacaze (Tarn), j’ai été très émue d’exposer des quilts dans ce lieu chargé des souvenirs des grands évènements des vies locales (naissances, mariages, morts). Dans chacun de nos villages, ce sont les monuments choyés depuis des siècles, les endroits uniques où les gens simples pouvaient voir de l’art avec l’architecture, la statuaire, les tentures, les vitraux… Une énergie s’en dégage, toujours. C’est donc un privilège de pouvoir accorder l’art textile, où nous mettons tout notre cœur, avec l’art religieux.

Devant d’importants mobiliers remarquablement sculptés, nous avons exposé le quilt de Fabienne Soler. Admirez le sac en QR code de la visiteuse !

J’ai passé un moment unique avec bien des personnes, mais permettez-moi de privilégier ici deux visiteuses, Emma et Margot. Le samedi après-midi, je voyais leurs jeunes visages pourtant masqués montrant un large sourire, avec une admiration évidente pour ces quilts-météo. Nous avons alors fait une partie de la visite ensemble, discutant pour mieux nous connaître mutuellement. Emma me dit : j’ai déjà fait beaucoup de patchwork quand j’étais jeune. J’ai alors osé lui demander son âge : 16 ans ! Imaginez le potentiel de ces jeunes filles ! Emma va donc reprendre cette activité qui lui plaît tant, inspirée par l’expo, et montrera tout son savoir-faire à Margot qui va débuter. Je les ai bien sûr très fortement encouragées à tracer leur chemin dans l’art textile, et à présent, nous sommes en contact par internet. Bientôt, nous reparlerons de ces jeunes pleines d’avenir !

Embouteillage devant les quilts de Brigitte Didier à gauche et Brigitte Bafoin à droite !

De très nombreuses photos de l’exposition circulent sur les réseaux sociaux, avec des commentaires toujours très chaleureux, merci à… tout le monde ! J’ai divers projets précis pour ces prochaines semaines, mais je préparerai un dossier avec de bonnes photos des 29 quilts et des textes explicatifs (les mêmes textes que ceux disponibles par QR code), il sera publié sur ce blog en novembre. Je sais que le rendu de la plupart des photos des visiteurs est décevant car les spots, en particulier pour les très grands quilts, ne rendent pas justice aux œuvres.

On ne peut pas grand chose contre les éclairages crus, à moins d’être spécialiste de la retouche photo. Mais parfois, il y a des effets inattendus : un cœur de lumière se dessine sur le quilt de Léna Meszaros ! Cela lui va si bien 💙 – Photo Muriel Figuière

Que celles qui n’ont pu voir cette expo retiennent les deux suivantes : à Lacaze les 25 & 26 juin 2022 et à Paris dans le 12e, au CPA Reuilly Bessie Smith. Nous aurons le temps d’en reparler !

Avec toute ma gratitude pour ce monde du patchwork et des arts textiles qui illumine tellement ma vie,
Katell

Voyages textiles en France

Bonjour,
Bienvenue dans le blog
des petits & grands voyages
avec les textiles !

Cela m’enchante de vous écrire de nouveau, même si je sais que des quilteuses s’éloignent de leur ordi pendant ces mois estivaux. Plusieurs expositions, en cours ou annoncées, nous offrent une promesse de bien-être, car retrouver des quilteuses fait tant de bien ! Les expositions reprennent donc, plutôt timidement malgré tout, car c’étaient des préparatifs dans l’incertitude, tout comme nous l’avions expérimenté lors des Estivales de Lacaze (Estivales 21) en juin dernier. J’ai relevé quelques annonces sur Facebook que je relaie ici : si vous vous trouvez dans les parages, je vous les recommande chaleureusement.
Puis, une expo qui m’a enchantée vendredi dernier… En route !

En Alsace

La très talentueuse – et si chaleureuse ! – Michelle Braun organise cette exposition dans le nord de l’Alsace les 14 & 15 août, je suis certaine que des merveilles seront exposées !

Dans la Drôme

Exposition d’arts & artisanats dans la Drôme jusqu’au 15 août avec Elsa Boissier.

Balade en Aveyron, vers Lacapelle-Bleys

Vendredi dernier, pas de réunion d’Abeilles de la Ruche des Quilteuses car la plupart passent de précieux moments avec leurs enfants et/ou petits-enfants. J’ai donc pris la route avec mon mari, une de celles que nous connaissons presque par cœur, dans l’Ouest aveyronnais.

Les villes principales sont à taille humaine. Rodez, avec sa cathédrale en grès rose, se voit de loin, et le musée Soulages attire chaque année de plus en plus de visiteurs (revisité en 2019). N’oublions pas pour autant la promenade dans la vieille ville, très agréable ! L’autre pôle urbain, plus près du Tarn-et-Garonne, est Villefranche-de-Rouergue, à l’opulence médiévale presque intacte. Il faut y aller le jeudi matin, pour son marché !

A Villefranche-de-Rouergue, le marché s’étend sur plusieurs places et rues adjacentes. Il y règne comme un air provençal, dans un cadre médiéval splendide.

Les très beaux villages sont nombreux dans le coin, citons les perchés comme Belcastel ou Najac, ou bien les bastides sur terrain plat, avec des places accueillantes, aux galeries ombragées avec de belles arcades, comme Sauveterre-de-Rouergue ou Villeneuve d’Aveyron (n’y manquez pas le Musée de la Photographie et les très nombreuses photos de Jean-Marie Perier, qui vit dans ce village !).

Mais ce vendredi, le cœur de notre sortie se trouvait à Lacapelle-Bleys, pour une exposition d’arts textiles, dans le sens le plus large du terme, organisée par l’Aiguille Magique avec la formidable Mijo Bessac.

Il est trop tard pour s’inscrire au stage de broderie d’or ! Les participantes au stage de stumpwork sont rentrées absolument enchantées… nul doute que les stagiaires de mercredi prochain le seront aussi.

La vitalité du village fait plaisir à voir. Il est situé au cœur d’un des vallons du Ségala, fertile région où l’agriculture raisonnée prend le dessus. Fait rare en août, pas de paillasse jaunâtre brûlée par le soleil mais des verts tendres printaniers, à la faveur des pluies récentes !

Le Ségala, une belle campagne où, souvent, les haies sont préservées  © P. Geniez

Si je vous disais que de jeunes couples, lassés de la vie citadine, s’installent ici à Lacapelle-Bleys, séduits pas la qualité de vie ? Mais oui, le Covid a renforcé la tendance déjà perceptible quelques années auparavant. Les écoles ne ferment plus dans le coin !

Souvenir : le club de l’Aiguille Magique en 2010, photo parue dans La Dépêche du Midi

Mijo et ses amies ont traversé elles aussi de douloureux moments ces derniers temps. La solidarité entre amies signifie bien quelque chose ici aussi et nos groupes sont de précieux soutiens, en particulier dans ces moments chaotiques où l’empilage de mauvaises nouvelles pèse lourd.

Un Passacaglia, sublimé par le choix d’un batik parfait pour le fond, attire irrésistiblement l’œil !
Le thème des Quatre Saisons…

Les divers thèmes de l’exposition ont été bien souvent transmis par internet ces derniers temps, mais cela a titillé la créativité de certaines ! Dans cette grande salle, vous admirerez du patchwork, mais aussi d’autres travaux d’aiguilles parmi lesquels l’utilisation modernisée de la broderie Richelieu. Oui, la broderie est aussi à l’honneur à l’Aiguille Magique et nos gentilles sorcières ont des doigts de fées ! Outre la qualité des ouvrages, on sent la cohésion du groupe dans cette exposition.

Ce très beau tableau comporte des pivoines appliquées de manière traditionnelle (à la main, avec rentré minutieux) et des broderies raffinées, donnant une composition intemporelle.

A côté de l’exposition de l’Aiguille Magique se trouve celle des broderies afghanes (association Guldusi menée par Pascale Goldenberg) déjà vues à Lacaze, mais la disposition différente permet de les découvrir autrement. Et, toujours, sont disponibles des petits trésors brodés à s’offrir ! Une pensée pour ces femmes dont le quotidien ne va pas s’améliorer avec l’avancée des Talibans, et c’est un euphémisme. Espérons qu’elles pourront garder quand même leur activité salvatrice de broderie, et que Pascale Goldenberg pourra continuer à les faire arriver jusqu’à nous.

Mijo m’a montré ce qu’elle aime faire en ce moment : de la peinture à l’aiguille ! A partir d’une photo de jardin (vous en trouvez de très belles dans les magazines Mon Jardin Ma Maison, l’Ami des Jardins, etc.), elle se lance, recompose les harmonies… Quelle virtuosité ! Son fil de prédilection est le fameux Fil au Chinois pour dentelle. Voici un exemple de tableau à l’extraordinaire finesse (le préféré de mon mari !) :

Et ce n’est pas fini ! Au fond de la cour de l’école, on découvre un artisanat indien bien particulier. Nous avions admiré l’art des impressions au tampon avec Neelam dans le Gujarat (Nord-Ouest de l’Inde), nous apprenons ici l’art du kalamkari, autre technique millénaire, où des dessins sur toiles de coton sont créés à main levée au kalam ou calame (bambou taillé), ici dans le Sud-Est de l’Inde, à Kavali près de la côte de Coromandel, là où mouillaient les navires venus d’Europe…

La Maison Bleue à Kavali, centre de soins créé par André Mâge

Cela a commencé par un Français, André Mâge, arrivé en Inde au début des années 2000 pour construire une entreprise de confection de vêtements en coton, avec le désir d’appliquer les valeurs du partenariat social et des rémunérations justes. L’état sanitaire lui a sauté à la gorge lorsqu’il est intervenu après le tsunami de 2004 dans l’État du Andhra Pradesh et son chemin de vie s’est tourné vers les soins de la population, en particulier les personnes atteintes du SIDA. HELP Kavali India est né, sa femme Catherine y a créé parallèlement HKKK (en français Manufacture créative de Kavali) où des femmes retrouvent l’espoir dans un contexte socio-sanitaire dramatique. Salariées et soignées, elles apprennent les techniques et créent, sans aucune connaissance culturelle antérieure, des scènes splendides sur support textile. Vous en apprendrez beaucoup plus en discutant sur place avec Catherine, ou en vous rendant sur sa page Facebook, ou encore en allant dans son magasin à Villefranche-de-Rouergue.

Exemple de toile dessinée et peinte : la séance de coiffure, par Kalyani. Comme pour les impressions de Neelam, toutes les couleurs sont obtenues avec des produits naturels, le coton est non blanchi, le mordançage (étape préalable à la peinture) puis la fixation sont faites « comme avant », selon les connaissances traditionnelles indiennes.
Catherine Mâge est ces jours-ci à Lacapelle-Bleys, mais vous pouvez la rencontrer toute l’année à Villefranche-de-Rouergue, dans son magasin situé 21 rue Alibert à Villefranche-de-Rouergue (12). Photo La Dépêche

Vous avez peut-être déjà rencontré Catherine Mâge et ses kalamkaris, elle est régulièrement invitée dans les manifestations textiles ! Les ventes en France permettent de couvrir 50% des besoins sur le terrain, soit le soin apporté à plus de 600 patients et leur famille, et près de 30 salariés. De nouveau, nos petits achats-coups de cœur apportent un réel soutien à d’autres femmes.

Mille mercis Mijo pour ton chaleureux accueil,
sans oublier tes amies brodeuses et quilteuses très sympathiques !
Espérons nous revoir bientôt…
Oui, bientôt, en Alsace !!

En Alsace, j’expose !

Pour être exacte, j’expose Le Temps sous toutes ses Couleurs, la sélection de quilts météo 2020 🌞

Le Carrefour Européen du Patchwork met tout en œuvre pour que la fête soit belle, nous leur faisons confiance ! Les programmes des expos et stages sont à votre disposition sur leur site, ainsi que la billetterie. Faites-vous plaisir, allez en Alsace cette année malgré tout !

Le Carrefour Européen du Patchwork, c’est par ici !

On ne peut mettre sous silence les questions sanitaires. A chaque fois que nécessaire, le sujet est mis à jour par ici.

J – 39 !

A très bientôt pour une actualité presque sportive,

Katell

Post-scriptum pour les quilteuses lectrices du Patch d’Oc. Le Patch d’Oc est le bulletin trimestriel des délégations France Patchwork de l’ouest de l’Occitanie (ex-Midi-Pyrénées). Pendant de longues années, il fut largement écrit et mis en page par Suzanne Sirvent, une amie chaleureuse, sympathique, à la grande culture, qui était aussi correspondante de La Dépêche du Midi dans le sud du département. Je l’ai connue membre de la délégation FP31 avant la mienne et nous entretenions des liens d’amitié et de respect mutuel. Sa ténacité, son courage lui ont fait traverser maints orages de la vie.

Nous pouvons retenir d’elle cette belle photo largement diffusée dans la presse régionale, avec sa jolie veste en patchwork.

Elle est partie d’une manière dramatique. Souhaitons qu’elle repose enfin en paix.