Susan Briscoe est une femme talentueuse et engagée, vivant la plupart du temps en Ecosse mais aussi comme en ce moment parfois au Japon, pays qu’elle chérit et qui l’inspire depuis longtemps. Elle a notamment écrit et conçu ces superbes livres :
Quelques livres de Susan Briscoe, vous en connaissez sans doute certains même si la couverture n’est pas la même !
Attention, plusieurs de ses livres ont été publiés en Angleterre et aux Etats-Unis avec différentes couvertures ! Certains sont traduits en français, je vous laisse farfouiller dans votre librairie en dur ou en ligne préférée…
Elle a travaillé ces dernières années sur le plus ancien patchwork anglais connu :
Quelle beauté ! Il date, rendez-vous compte, de 1718… Son histoire complète, ainsi que les blocs, sont dans ce livre :
Je ne l’ai pas encore en ma possession (le livre…), mais je sais que le patchwork original a été assemblé selon la fameuse méthode « à l’anglaise » (tout comme des hexagones : chaque morceau de tissu est bâti sur un gabarit, puis assemblé aux autres par un point de surjet) et il reste quelques papiers coincés au dos : des bouts de factures, des lettres… ainsi que les brouillons dessinés de quelques blocs du quilt ! Le patchwork en mosaïque, tel qu’on l’appelle aussi, était justifié en raison de l’utilisation de soieries et autres tissus si difficiles à travailler. Susan a fait une réplique de ce beau vétéran, cherchant longuement des tissus convenant au plus près. Elle a, par exemple, sélectionné un ancien Yukata (tissu japonais) pour mettre à la place d’un tissu de soie rayé. Elle conseille aussi de chercher du côté de certains batiks pour faire l’illusion de certains damassés. Passionnante recherche !
Les tissus sont majoritairement issus de robes usagées avec plus de 120 tissus différents, dont un morceau est certifié datant de 1640 ! Ce « coverlet* » est une ode à la récup ! J’en aime particulièrement les couleurs, toutes issues de teintures naturelles (évidemment, vu la date) et cela me fait penser à ma copine d’Ariège, spécialiste médiévale, qui nous écrira prochainement dans la Ruche. Surprise !!
Je crois comprendre que, dans ce livre, plusieurs propositions d’assemblage plus modernes et rapides sont expliquées, et je dois vous dire que de nombreuses quilteuses britanniques s’y sont mises !
Une artiste céramiste a même fait quelques plaques inspirées de ce patch :
Cette céramiste, qui semble dédiée au monde du patchwork, a son site ici : Cathy Daniel.
Après l’horreur et l’émotion de la semaine dernière, des artistes du fil et du tissu ont manifesté leur chagrin et leur soutien. En voici quelques témoignages :
Témoignages en fil, en tissu, en perles… Vous pouvez partager d’autres liens dans les commentaires évidemment !
-oOo-
Je suis ici très heureuse de relayer l’initiative d’une amie qui sera, je l’espère, un grand mouvement dans notre monde créatif :
Pour l’ indicible et pour ne pas oublier …
laissons parler nos aiguilles …
en réaction aux évènements de ces jours derniers, contre l’obscurantisme, sous toutes ses formes, pour que les petites filles puissent aller à l’école partout dans le monde entier …
merci de relayer ce message : COUSONS, BRODONS, APPLIQUONS, QUILTONS, UN CRAYON SUR TOUS NOS OUVRAGES DE CETTE ANNEE 2015!
For the unspeakable, and to remember, let our needles go, reaction to what happened these last days, against obscurantism, of any form,
but, also for girls to go to school everywhere in the world …
thanks for getting this message out :
LET US PIECE, SEW, EMBROIDER, QUILT A PENCIL ON EACH WORK THIS YEAR.
Pour celles qui le veulent, modèle à diffuser, dupliquer, publier, coudre, exposer etc …
explications en cours … dimensions : 80 x 70 cm
Désolée, ces jours-ci l’humeur n’est pas au patchwork…
L’inimaginable est arrivé. L’indignation, l’émotion sont mondialement partagées. Il faut veiller à garder notre liberté d’expression, notre liberté tout court.
Soyons vigilants.
Je ne veux pas vous ennuyer longtemps ici avec les mathématiques, mais vous savez sans doute qu’un des nombres les plus fascinants pour les mathématiciens est le nombre Pi, nommé ainsi d’après le mot grec :
περίμετρος
qui signifie simplement circonférence (ou périmètre) et commence par la 16e lettre de l’alphabet grec, π, qu’on dit pi en français, faisant bien rire les gamins 🙂
Très succinctement, ce nombre est le rapport entre le diamètre et la circonférence de tout cercle et permet notamment de calculer le périmètre ou l’aire d’un disque à partir du rayon, mais ce n’est que le souvenir d’une littéraire… Cette animation est une façon de mieux comprendre comment le nombre Pi se justifie :
Auteur de l’animation : John Reid
Autant certains aspects de la vie américaine me désolent (comme le port d’armes banalisé), autant j’aime chez eux l’esprit d’entreprise, l’optimisme et je suis bon public quand il s’agit de mettre du peps et des couleurs à « tout et n’importe quoi ». Moi j’adore leur façon unique de célébrer des événements improbables – pas tous, je vous l’accorde – mais celui qui est lié à π, j’adore !…
Ce qui m’amuse donc, c’est que des étudiants anglophones célèbrent tous les ans le nombre Pi le 14 mars et cela donne lieu à des festivités parfois loufoques dont ils ont le secret. Pourquoi le 14 mars ?
Eh bien, en anglais on met le mois avant le jour, ce qui donne 3-14 pour le 14 mars (3e mois de l’année)… et le nombre Pi commence ainsi :
Cette année, l’extraordinaire se produit : de deux décimales, on passe à 4 puisque le 14 mars sera le 3-14-15 (Pi commence par 3,1415)… Oui, je sais que c’est tiré par les cheveux, absurde même, mais quand les chiffres passionnent tout est bon pour s’amuser !
Le 14 mars est en outre l’anniversaire d’un certain Albert Einstein.
Cerise sur le gâteau, Pi se dit paï en anglais, exactement comme une pie (une tarte). Tous les ans, des pâtissiers en herbe se déchaînent pour célébrer π :
… Je vous épargne les multiples pizzas que vous pouvez trouver sur le Net !
L’art culinaire n’est pas le seul à célébrer le nombre Pi. Kate Bush avait fait une chanson sur ce nombre dans son 2e album (Aerial). A écouter ici cette curiosité, à lire ici les paroles :
Sweet and gentle and sensitive man With an obsessive nature and deep fascination for numbers And a complete infatuation with the calculation of Pi
Oh, he love, he love, he love, he does love his numbers And they run, they run, they run him in a great big circle In a circle of infinity 3.14159 26535897932 3846 264 338 3279
Oh he love, he love, he love, he does love his numbers And they run, they run, they run him in a great big circle In a circle of infinity but he must, he must, he must put a number to it
50288419 716939937510 5 82319749 44 (Oh he love, he love, he love, he does love his numbers) 59 23078164062862088214 8 865132
Oh he love, he love, he love, he does love his numbers And they run, they run, they run him in a great big circle In a circle of infinity 8230 66470938446095558223
L’oeuvre qui m’intéresse aujourd’hui est naturellement sa mise en couleurs du nombre Pi ! Collage de Michael Albert à partir de boîtes de céréales. Il en a fait plusieurs versions.
Pour la première fois, en raison du 3-14-15 qui ne se produit par définition qu’une fois par siècle, lemondedupatchwork s’invite au Pi Day. Sally Sellers, quilteuse de Vancouver (pas la ville canadienne, mais celle un peu plus au sud dans l’Etat de Washington, USA) invite tout le monde à participer à un immense ruban de chiffres mis dans l’ordre des décimales du nombre Pi, lequel sera exposé le 14 mars prochain.
Les organisateurs feront avec « ce qu’ils recevront », mais ils aimeraient coudre un ruban gigantesque à partir de blocs reçus du monde entier. Pas de craintes, ce nombre est infini et on a un bon réservoir de décimales connues !
Pour participer : Couper un carré de tissu de 24 x 24 cm (9 inch et demi) et faire figurer dessus un chiffre (de zéro à neuf) en appliqué, en peinture (résistant à l’eau), au feutre, en ruban……… Tout tissu de récup est accepté !
Laisser les bords à cru, les carrés seront cousus entre eux par les petites mains à Vancouver. Ne pas molletonner non plus. Vous pouvez inscrire votre nom et votre pays sur le carré si vous le souhaitez.
Votre bloc est à envoyer à : The Pi Project PO Box 2127 Vancouver WA 98668 USA
Ce sera un formidable moyen d’attirer l’attention sur l’art textile. Le blog de ce projet, avec des infos et des liens, est ici :The Pi Project. La galerie de chiffres déjà reçus estpar ici. Bientôt votre contribution dans cette série ?
J’ai découvert ce projet par Fabienne Chabrolin du Fil à Maliceet toutes deux soutenons en France cette douce folie… à partager sans modération ! Aujourd’hui nous publions conjointement notre article à ce sujet, vous trouverez son article à la date du 6 janvier 2015. Etant prof de math, Fabienne entretient avec les nombres une connivence particulière… Quelle chance ont eue ses élèves d’avoir une telle prof !
A vos marques, prêt(e)s ?… A vos chiffres !
J’ai fait cet essai de manière très minimaliste pour voir si je peux demander à des enfants d’en faire facilement et rapidement. La réponse est oui ! Ce ne sera pas au point arrière comme ici mais au point avant, sûrement avec du recyclage de tee-shirts.
Voici donc mon premier carré pour le Projet Pi. Le tissu de fond est un pseudo-provençal qui traîne depuis longtemps dans un tiroir et le 6… eh bien c’est aujourd’hui, et c’est l’anniversaire de ma fille aînée !
Même si ma fille n’a pas encore trente ans, c’est l’occasion de remontrer ce très beau quilt réalisé par FP 67 (Esther, Claire, Michelle), offert à France Patchwork en septembre dernier à la JNA de Sélestat !
Abeille toujours butinante, c’est Kristine qui, de la part de la Ruche des Quilteuses, vous souhaite ses :
Le quilt entr’aperçu dans cette carte a une histoire qui commence ici :
Quilt fait pour une fille de Kristine
Cet automne, Kristine a réalisé un quilt d’après Bernadette Mayr, notre chère inspiratrice allemande. L’original s’appelle Manhattan et a été primé aux Etats-Unis (paru dans son livre Häuser-Patchwork). Il a fallu le concours des Abeilles pour réunir autant de tissus unis et nous avons eu le plaisir de voir les fenêtres se multiplier au fil des semaines…
Le plus amusant est que Kristine a sorti de son armoire un gilet fait dans les années 80 d’après un modèle 100 Idées… Parfait pour nous présenter son quilt !
En cousant ses petites fenêtres, il restait à chaque fois de toutes petites bandes de tissus unis… Ne jetant rien et inspirée par le livre de Sujata tout juste reçu, Kris a rapidement assemblé les mini-pièces à la main, puis quilté à la manière Kantha (points avant aux lignes resserrées, broderie originaire du Bengale) :
Vive le patchwork !
Que votre année soit remplie de projets enthousiasmants !
Il est des modèles de quilts dont on connaît l’origine, celui dont on parle aujourd’hui n’est pas facile à retracer avec certitude, d’autant plus qu’on en trouve des variantes aussi bien chez les Indiens d’Amérique qu’au fin fond de la Thaïlande ou de la Chine ! C’est donc une façon d’utiliser le tissu qui est intuitive, ce n’est pas compliqué puisque la base est un simple carré de tissu plié. On le connaît sous le nom de point de prairie quand on l’utilise en bordure ou en accent décoratif.
Ce quilt Pine Cone de Betty Ford-Smith témoigne d’un savoir-faire presque perdu. Exposé en 2006 à Lake Placid (Floride), il gagna le Prix du Public. C’est le deuxième qu’elle a fait, sous l’oeil bienveillant de Miss Sue.
C’est un Pine burr ou Pine Cone quilt quand l’ouvrage n’est composé QUE de points de prairie disposés en cercles. Son aspect décoratif est très prisé et son origine est revendiquée à plusieurs endroits. C’est devenu le symbole de l’Etat de l’Alabama. Ici une page Pinterest sur ce thème, montrant beaucoup de variantes au fil du temps.
Ici une fière Indienne pose en costume traditionnel (revisité !) de la tribu Lumbee en Caroline du Nord. Ils utilisent ce motif en tant que modèle d’origine indienne, on les retrouve actuellement en bijoux et autres objets d’inspiration native.Les plumes de rapaces étaient communément utilisées en coiffes et en bijoux par les Indiens. Ici une plume de faucon. Quand on les dispose en cercle, je trouve qu’il y a une belle ressemblance avec les quilts Pine Cone !Vous comprenez mieux ce que je veux dire ici ! Les Indiens Lumbee s’attribuent l’origine de ces quilts en raison de maints objets et dessins en cercles qui font effectivement penser à ces quilts.Mais c’est la pomme de pin comme son nom l’indique, qui est l’inspiration la plus évidente. Cette forme de quilt est en tout cas issue de la Nature !
Dans le Vieux Sud, en Géorgie comme en Caroline du Nord et du Sud, en Floride comme en Louisiane, en Alabama ou au Texas, on fait des quilts en pomme de pin depuis bien plus de cent ans, certains disent même depuis 200 ans. Je vous en avais déjà parlé ici. C’est d’ailleurs grâce à cet article que LeeAnn m’a mise en relation avec Betty… et que Betty a accepté de me faire confiance et de me raconter ses passions.
Le premier quilt de Betty est ici dans son magasin d’antiquités, Miss Ruby’s Den (baptisé d’après le nom de sa chère maman). On voit aussi des poupées de tissus qui ont attiré mon attention : Betty les a faites en 1980. Ce sont les dernières qui lui restent, elle en avait fait beaucoup quand elle s’occupait d’enfants déficients auditifs. Elle les a appelées « Betty long legs », Betty aux longues jambes !
Vous avez vu les quilts utilitaires très variés de Miss Sue, parallèlement elle faisait aussi des Pine Cone quilts. Miss Sue a appris dès son enfance à faire ce genre de quilt, car sa mère, sa grand-mère en cousaient déjà. Les Pine Cone quilts donnaient la possibilité d’utiliser des petits carrés de toutes sortes de tissus qu’on ne peut utiliser ailleurs, c’est l’ultime recyclage. Chez Miss Sue, tous les bouts de textiles pouvaient finir en carrés, mis dans diverses boîtes pour assortir les couleurs. Plus le quilt grandit, plus il faut de tissus du même genre pour pouvoir faire le tour ! Parfois, un quilt restait en plan par manque de tissus. De temps en temps aussi, elle arrêtait pour que ses doigts guérissent, tant la couture de ces carrés en quatre épaisseurs (plus le tissu de fond) est une épreuve ! Les aiguilles finissent par faire des trous dans les doigts, qui n’a pas connu cela en quiltant ?… Sans compter la raideur des épaules, à force de tourner le quilt de plus en plus lourd…
Miss Sue commence un Pine Cone Quilt. Celui-ci sera très coloré !L’ouvrage a bien avancé. Les cartons pleins de petits carrés déjà découpés sont à côté de son fauteuil.Ces quilts sont montrés dans les classes en tant que pièces patrimoniales (heritage works), car il ne reste plus grand monde à faire ce genre d’ouvrage !
Par souci de transmission de son savoir tout autant que par plaisir, Miss Sue a donc enseigné à Betty comment faire un quilt en forme de pomme de pin. Betty s’est si bien piquée au jeu qu’elle vient de terminer son troisième, tout vert, que voici !
Ce quilt est tout est vert, rappelant la Saint-Patrick (fêté le 17 mars un peu partout aux USA). Elle l’a terminé fin novembre, ce qui tombe bien car les couleurs sont parfaites pour Noël aussi !J’admire ici comment les tissus sont judicieusement choisis pour faire un magnifique camaieu. Je vois aussi que certains tissus sont de beaux batiks et autres étoffes de belle qualité !
Pourquoi ce genre de quilt a-t-il eu autant de succès ? On a besoin de tant de temps et de tissus !
– Cela permet de ne rien jeter, c’est déjà une excellente raison. Les dimensions des carrés peuvent différer, mais c’est souvent de l’ordre de 3 inch de côté (7,5 cm). On peut cependant choisir une base plus grande ou plus petite.
– L’autre bonne raison est que chaque morceau étant finalement en 4 épaisseurs + la base sur laquelle sont cousus les carrés, ce quilt procure une grande chaleur même en l’absence de molleton (beaucoup d’air est emprisonné, formant une couche isolante). C’est le but premier d’un quilt, donner chaud ! Mais attention au poids final : celui que vient de terminer Betty, vert en l’honneur de la Saint-Patrick et des Vétérans, pèse 13 kg !!! Il mesure tout de même 2,50 x 2,10 m.
Dès qu’il fut fini (fin novembre de cette année), Betty le posa sur son lit. Si on l’utilise en couverture, on ne se sent pas écrasé comme si un éléphant se posait sur soi car le poids est bien réparti et il diffuse une bonne chaleur réconfortante. C’est pourquoi ce genre de quilt a eu tant de succès dans le Sud où les maisons étaient souvent sans aucun chauffage d’appoint.Magnifique en tapis aussi !
A présent, maintenant que Miss Sue n’est plus, Betty souhaite ardemment que survive ce savoir-faire. Elle l’a enseigné à son tour à 4 personnes, mais toutes ont laissé tomber, par manque de temps, d’intérêt, de pugnacité. C’est ainsi qu’elle trouva l’article de LeeAnn sur internet qui, elle, en a fait un à la machine à coudre et explique sa méthode ici. LeeAnn est, comme moi, très intéressée par toutes formes de quilts aux formes oubliées afin de leur redonner vie !
Je n’ai pas vocation à faire ici un catalogue de tout ce que Betty peut vendre ou exposer (elle a d’autres collections tout aussi impressionnantes que les drapeaux vaudou, notamment des masques africains), mais si, aux Etats-Unis, quelqu’un est intéressé, n’hésitez pas à la contacter ici : misssue98@yahoo.com (attention, il y a bien 3 s à la suite !) . Le quilt vert, par exemple, est en vente sur ebay, mais comment le faire connaître ? Même de loin, j’espère contribuer à sa vente, qui sait… Sa boutique en ligne montre en tout cas qu’elle est considérée comme une vendeuse exemplaire, cela ne peut que donner confiance à un acheteur éventuel.
Cependant j’aimerais insister sur le livre que Betty vient d’écrire :
Il est prêt à être imprimé, mais les coûts par exemplaire sont importants. Elle y raconte bien plus que tout ce que j’ai pu vous dire, accompagné de plus de cent photographies. Il y a aussi tous les conseils pour réussir un Pine Cone quilt à la main. Si quelqu’un peut lui donner un coup de pouce pour l’édition, ce sera son plus beau cadeau de Noël ! Même adresse de contact : misssue98@yahoo.com
C’est avec cette belle histoire d’amitiés entre femmes que je vous souhaite de très belles fêtes de fin d’année, à vous tous qui me lisez fidèlement ! Car il faut parfois du courage pour s’attaquer à mes longs posts, je sais bien !…
Miss Sue était une voisine de Betty. Elles se sont rencontrées alors que Miss Sue avait déjà 92 ans, mais que leurs conversations et leurs échanges furent riches ! Jusqu’aux derniers jours de sa vie de 98 années bien remplies, cette sacrée petite bonne femme vaquait toujours à ses occupations : coudre, quilter, cuisiner, jardiner, faire les courses et, toujours, réunir tous les bouts de tissus qu’elle pouvait trouver !
Vous reconnaissez Betty à gauche, chez Miss Sue, entourée des objets de toute sa vie. Le quilt ? Oui, nous en parlerons la prochaine fois 🙂
Sa vie mériterait un film. Celui-ci serait, croyez-moi, mouvementé. Elle devait avoir un ange gardien car elle a survécu à un grave accident de voiture, à un coup de foudre (un de ceux dont on ne se remet pas forcément, lors d’un orage 😉 mais à quoi pensiez-vous donc ?…), à plusieurs opérations chirurgicales… et à une tentative de meurtre au cours de laquelle elle tua son agresseur ! Une sacrée petite bonne femme, vous dis-je !
Elle naquit voilà 102 ans dans une ferme de Quincy, unique fille autour de neuf frères. Sa famille déménagea en Géorgie quand elle était petite.
Pour la petite histoire, cette ville de Quincy, bourgade de Floride près de la frontière de la Géorgie, mérite tout de même qu’on s’y attarde, même si Miss Sue la quitta enfant. Elle était naguère connue pour ses champs de tabac, mais aussi, pendant la grande Dépression des années 1930, pour la ville la plus riche par habitant ! Grâce au tabac ? Non, au Coca !
Mur publicitaire récemment repeint à Quincy, où on vénère cette boisson !
C’est une folle histoire que celle d’un banquier de la ville qui, en 1922, recommanda à tous ses amis fermiers bénéficiaires d’une excellente récolte de tabac, d’acheter des parts de la jeune société d’Atlanta. Il avait deviné que c’était un excellent investissement : il remarquait que les gens dépensaient jusqu’à leur dernier cent pour s’offrir un Coca-Cola bien frais… Au cours de la Grande Dépression des années 30, Quincy comptait bien des millionnaires car le banquier avait vu juste ! A Quincy, la devise est restée : acheter et conserver, ce qui n’est pas à la mode dans le monde des boursiers, mais les familles ayant conservé leurs parts jusqu’à ce jour en sont ravis !!
Petite usine d’embouteillage de Coca-Cola au début du XXe siècle à Quincy.
Revenons à Miss Sue, officiellement Arlene Denis, mais allez savoir pourquoi, on l’appelait Miss Sue. Ses parents ne faisaient pas partie des heureux bénéficiaires des gains de Coca-Cola. Elle grandit donc dans la ferme de ses parents, sa mère lui apprit la couture et le quilting, son père la distillation d’alcool. On enseigne ce qu’on sait faire ! Sa mère la gardait auprès d’elle pour l’aider, cela lui épargna le travail harassant dans les champs. Puis elle se maria et eut 12 enfants. On n’imagine pas la vie qu’elle eut, à nourrir sa famille, à la vêtir et lui procurer de la chaleur pour dormir, en pleine Grande Dépression… Après, heureusement, sa situation économique s’est améliorée, mais on ne perd pas certaines habitudes. De la nécessité à mettre au chaud sa famille, de l’horreur de jeter le moindre tissu, Miss Sue a fait des quilts utilitaires toute sa vie :
Ses quilts utilitaires sont les témoins du style « patchwork improvisé », pour lequel toute erreur éventuelle devient un nouveau style. On fait avec ce qu’on a, sans perdre de temps, et on trouve toujours moyen d’arranger ce qui ne va pas.
Ensuite, avoir chaud pour dormir, c’est bien, mais s’habiller pour pas cher c’est tout aussi nécessaire ! Miss Sue fréquentait les boutiques de fripes, on lui offrait aussi les vieux tissus et vêtements du quartier ; elle leur donnait une nouvelle vie en démontant les habits usagés pour les reconstruire à sa manière.
Miss Sue avait son patron de robe qui lui convenait pour tous les jours. Les couleurs qui claquent ne lui font pas peur, les carreaux, les fleurs et les unis peuvent bien se retrouver sur le même vêtement, mais oui pourquoi pas ?… J’aime l’omniprésence des deux poches de devant, c’est effectivement si pratique ! Le col quant à lui, aux formes variables, ajoute de la féminité au modèle. Elle s’était forgé ainsi une identité reconnaissable de loin avec ses robes faites à la maison (à la main), en tissus de récupération, mais néanmoins seyantes et virevoltantes avec leur petit volant ! Elle avait inventé son propre style.
Il fait frais l’hiver, même dans le Vieux Sud, alors Miss Sue ajoute simplement un pull sur sa robe. Vous pouvez remarquer que la cheminée est ornée de papier adhésif en Vinyl formant un patchwork très coloré !Autour d’elle, tout est couleurs, gaieté et profusion d’objets qui ont tous une histoire.On la devine coquette, Miss Sue, avec ses robes multicolores, ses bagues et son immense sourire ! Qui peut imaginer qu’elle a, sur cette photo, plus de 92 ans ?… On dirait une gamine 🙂J’aime particulièrement cette photo sur laquelle Miss Sue est plongée dans son occupation favorite : la couture. Inlassablement, elle cousit jusqu’à la fin de sa vie.
Dans ce Vieux Sud, Miss Sue ne faisait pas partie du célèbre groupe de Gee’s Bend, mais elle a vécu les mêmes nécessités, d’où la ressemblance.
Ici je crois qu’une chemise a servi de haut de robe !
Betty me confia qu’au long des six années de leur amitié, elle alla rendre visite à Miss Sue quasiment tous les jours, et tous les jours celle-ci cousait quelque chose. Elles étaient devenues aussi proches que deux personnes de la même famille qui se connaissent depuis toujours.
Le dimanche, Miss Sue lisait la Bible, écoutait quelques Gospels à la radio et faisait des mots croisés, assise sur son porche (terrasse couverte devant les maisons américaines). Toutes deux s’installaient ensemble quelques heures et se racontaient leurs histoires. Miss Sue se souvenait de sa vie en Géorgie, de la vie de ses douze enfants, tous décédés sauf un avant elle… Pendant la conversation, Miss Sue cousait, cousait… Elle faisait donc des robes, mais aussi les slips, les chemises de nuit, les nappes, les sets de table, les rideaux, des vêtements de bébé… Tout à la main par goût, même si elle savait utiliser une machine à coudre. Dans le quartier, on savait à qui confier ses ouvrages de couture !
Les deux amies, Miss Sue et Betty
Nous retrouverons Betty et Miss Sue avec des quilts très spéciaux prochainement !
-oOo-
L’exubérance affichée des vêtements de Miss Sue n’est pas sans rappeler les célèbres boubous africains, que les femmes continuent de porter quand leur travail ou leur goût ne les mènent pas à s’habiller à l’occidentale. Les Occidentaux, aptes à se dévêtir quand il fait chaud, sont toujours étonnés de voir les couches de tissus sur les gens du cru qui, eux, se protègent de la morsure du soleil !
En parallèle avec les joyeuses robes de Miss Sue, Betty m’a indiqué une bien singulière histoire de vêtements qui remonte à une centaine d’années. Cela se passe en Afrique, très au sud, en Namibie. Ce pays était une colonie allemande depuis 1892. A force de se voir confisquer leurs terres et leurs troupeaux, les Hereros se rebellèrent. La riposte allemande fut abominable. Copiant les Britanniques qui venaient d’inventer les camps de concentration pendant la Guerre des Boers en Afrique du Sud (120 000 descendants de Hollandais et autant d’Africains noirs en camps), les Allemands parquèrent les Hereros à partir de 1904. Ils massacrèrent ce peuple et on parle là du premier génocide du 20e siècle. On estime que, de 80 000 personnes, les Hereros ne furent plus que 15 000 en 1915 à la fin de l’occupation allemande. En 2004, 100 ans après le début de cette tragédie, le gouvernement allemand reconnut la responsabilité morale et historique de leur peuple, offrant ses excuses au peuple Herero.
Hereros enchaînés
Dans le désert de Namibie et contrairement à celui du Sahara par exemple, les gens vivaient à peu près nus avant l’arrivée des missionnaires et des colons allemands. Pour la bienséance, ceux vivant à leur contact durent se vêtir, mais leurs habits n’avaient sans doute pas grande allure. Après la guerre, que firent les survivants Hereros pour marquer leur victoire finale ? Contre toute attente, ils s’approprièrent la plus belle mode de leurs oppresseurs, en souvenir de ce que leur peuple avait traversé comme épreuves, les portant comme des cicatrices visibles du passé ; ils clament ainsi leur propre victoire et indépendance. Les hommes s’habillent en tenue coloniale militaire et les femmes ont opté pour les robes à crinoline de la mode victorienne des Allemandes d’alors. C’est encore actuellement leur manière de s’habiller avec de sublimes variantes en patchwork, une mode joyeuse et élégante… mais aussi, quand on connaît l’histoire, une implacable manière de rappeler au monde le génocide dont les Hereros furent victimes.
Photo de Sally Watson.Ce chapeau unique, en forme de cornes, honore les troupeaux, richesse de leur peuple. Il est soit assorti à la robe, soit en tissu contrasté.Sublime robe de patchwork !Photo Martha de Jong-LantinkPhoto Elmarie Mostert. Les modèles de robes utilisent parfois jusqu’à 12 mètres de tissu, à porter sous un soleil de plomb… Cette jeune Africaine conserve pourtant l’allure altière et féminine à la mode victorienne.Deux jeunes beautés prolongent la tradition héritée de leurs aïeules.
Belle élégance pour une tenue quotidienne. Photo Jim Naughten (voir livre ci-dessous)Photos Jim NaughtenLes hommes aussi portent souvent des vêtements dérivés des costumes des Allemands. Photo Jim Naughten Ne dirait-on pas des amies couturières de Miss Sue ? (Photo Jim Naughten)C’est peut-être ici ma robe préférée ! Photo Jim Naughten.
Photo Jim Naughten – Le petit volant du bas rappelle celui des robes de Miss Sue !
Photo Jim NaughtenPhoto Jim Naughten
Photos Jim NaughtenOutre l’histoire de ce peuple, ce livre n’a QUE des photos exceptionnelles de personnes de la tribu Herero vêtues à leur manière, sur un fond de désert namibien à la lumière aveuglante…Disponible notamment ici.
Une complicité s’est établie entre trois personnes qui échangèrent de nombreux mails ces dernières semaines, trois quilteuses qui ont tant à partager : LeeAnn de Seattle (Washington), Betty de Sebring (Floride) et moi-même de Toulouse (France). Le fil qui nous lie est le patchwork avec la passion des tissus, mais aussi un état d’esprit, le plaisir de l’inattendu, du non conventionnel, l’admiration devant nos ressemblances tout autant que nos différences… Nous avons oublié que nous étions devant nos ordis et on a papoté comme si nous étions assises autour de la même table !
Peinture de Lucien Andrieu (peintre de l’Ecole de Montauban), Etude de femmes autour d’une table
Ayant vécu en Afrique (mes plus belles années de fac d’anglais furent à l’Université de Cocody à Abidjan en Côte d’Ivoire), j’ai une sensibilité marquée pour ce que ce continent a pu offrir à notre monde occidental, de gré… ou de force, car nous savons tous plus ou moins comment les Noirs furent déracinés d’Afrique vers l’Amérique, comment nous avons pillé leurs ressources, tout en pensant parfois « bien faire » en leur imposant notre culture occidentale, notre éducation, nos religions… C’est un sujet toujours sensible, en particulier en France. Alors imaginez ce que peuvent ressentir les Afro-Américains à la recherche de leurs racines.
Betty m’a raconté avec confiance son parcours, ses passions… que je suis heureuse de partager ici avec vous.
-oOo-
Pour les personnes utilisant Google Translate : I am sorry that Google always says « his » instead of « her » in its automatic translation, please correct it yourself in your head!
Betty Ford-Smith a 63 ans et une vie bien remplie, ancrée dans la société américaine actuelle mais curieuse de ses lointaines origines depuis son enfance. Professeur d’économie familiale pendant 38 ans, notamment spécialisée dans la prise en charge des enfants nécessitant des soins spéciaux, couronnant sa carrière en devenant proviseur, elle a parallèlement nourri sa passion sur les arts d’origine africaine.
A l’âge de 12 ans, Betty cherchait de l’inspiration dans un livre d’art africain ; elle fut encouragée par sa prof d’art à faire le portrait d’Idia, la Reine Mère du Bénin. Ce tableau sur carton est la première manifestation d’une longue passion.Plus tard, Betty voudra s’offrir cette reproduction en bronze. Cette opportunité se présentera l’année de la mort de sa mère, et pour elle c’est un signe précieux… Il n’y a oas de hasard quand on croit aux signes.
Celle-ci est exposée au Bristish Museum et date du 16e siècle. C’est toujours Idia, reine et mère du Bénin, qui vécut de 1504 à 1550. La beauté des femmes du Bénin est célébrée dans toute l’Afrique de l’Ouest. Notre ravissante Miss france 2014 en est d’ailleurs originaire !
Elevée près de New-York, la petite Betty n’aimait rien tant que passer ses vacances scolaires auprès de sa grand-mère et son arrière-grand-mère en Caroline du Sud, terre où sévissait encore l’esclavage il y a 150 ans. Elle y puisa maintes histoires du temps passé et comprit grâce à elles l’âme africaine qui ne les avait pas quittées. Les femmes de sa famille connaissaient les secrets des plantes et des esprits, le tout s’accompagnant de mystère, de magie et de rituels, certaines avaient des dons… Une fascination pour Betty ! Pour plonger dans l’ambiance des Etats du Vieux Sud, nous avons des livres, des films…
C’est dans cet Etat de Caroline du Sud, dans l’entre-deux-guerres, que se passe l’intrigue de l’opéra de Gerchwin Porgy and Bess. L’affiche des premières représentations (à New-York) est bien représentative de l’art pictural de l’époque (1935). Même si cet opéra véhicule nombre de stéréotypes quasi inévitables à l’époque, c’est une oeuvre aux musiques et chansons inoubliables. Vous pouvez entendre ici une version de Summertime chantée par Ella Fitzgeraldque j’ai eu l’immense chance de rencontrer en 1980, mais ceci est une autre histoire…
-oOo-
Parallèlement à son travail, Betty devint donc spécialiste des arts africains et afro-américains. Elle vécut dans les années 70 dans les Caraïbes à la recherche des racines de son peuple. C’est à Haïtiqu’elle trouva les pratiques les plus proches des origines africaines (le vaudou). Elle y découvrit également des arts populaires très vivaces comme les « drapos vodou » (écrit ainsi en anglais), ces tableaux textiles figuratifs ou géométriques, iconographie de l’esprit haïtien avec son héritage africain, son passé d’esclave, son ancrage catholique… Rappelons que le Vaudou est une religion de déracinés, un mélange des cultes animistes d’Afrique avec les rituels et les saints de la religion catholique imposée. Ces drapeaux, tels qu’ils sont appelés là-bas, sont destinés à accueillir les esprits du vaudou lors des cérémonies. Ce sont des oeuvres d’abord dessinées sur tissu, puis cousues de perles et de sequins… de l’art textile pur ! Ils deviennent pour le reste du monde des objets de décoration et de collection. Betty possède une bonne cinquantaine de drapos qu’elle a exposés dans diverses maisons de culture, des écoles, des musées… Elle fait autorité dans ce domaine et donne volontiers des conférences sur le symbolisme de ces oeuvres.
Betty devant deux drapos vodou, lors d’une exposition en 2012
Même les bouteilles sont recyclées en oeuvres d’art par les artisans haïtiens, comportant souvent des symboles vaudou :
Betty se sentit naturellement très éprouvée par le terrible séisme du 12 janvier 2010. Elle fit partie de ces personnes qui se démenèrent pour apporter du soutien au peuple en souffrance, en faisant notamment cette exposition d’art haïtien.
Keeping Haïti in Our Hearts fut une des expositions de soutien pour le peuple haïtien. Betty et son mari posent devant des peintures haïtiennes, en compagnie d’une des organisatrices.
A l’extrême droite de la photo ci-dessus, vous pouvez deviner une sculpture en fer découpé, spécialité du village haïtien Croix-des-Bouquets. Ces artisans travaillent magnifiquement cette matière dans un style unique, toujours lié aux pratiques vaudou. J’ai chez moi, au-dessus de la cheminée, un Arbre de Vie haïtien :
J’ai eu un coup de coeur pour ce travail de fer découpé, martelé, embossé… Mon mari me l’a offert l’été dernier car cet arbre « me parlait ». Nous l’avons découvert dans une jolie boutique de la ville close de Concarneau (Finistère) qui soutient ainsi les artisans de ce pays. Cliquez sur la photo pour l’agrandir et voir les détails !
-oOo-
Pour aller à la source, Betty fit également plusieurs voyages en Afrique : en Gambie et au Sénégal en 1986, en accompagnant un groupe de collégiens new-yorkais, puis au Nigeria en 2009 pour aider une amie à monter une école.
Au Nigeria, les enfants apprennent tous l’anglais, langue officielle nationale qui côtoie des langues locales. Ainsi, la communication était facile ! Cinq ans après, ces enfants ont grandi mais se souviennent sûrement encore du passage de la dame américaine qui leur a fait la classe !
-oOo-
Son intérêt pour l’artisanat afro-américain la mena aussi en 2008 en Alabama où fut découvert, dans un hameau nommé Gee’s Bend, un groupe de quilteuses utilisant toutes sortes de tissus de récupération de façon souvent très libre. Leur notoriété leur permet maintenant de vendre les quilts qui n’étaient que couvertures utilitaires il y a 10 ans encore.
Il y a du choix dans les quilts à vendre à Gee’s Bend !Une des acquisitions de Betty : celui-ci est très traditionnel !
Betty a acheté 2 quilts pour sa collection, celui-ci est signé Betty Seltzer.
-oOo-
Sebring est une très jolie ville au centre historique, au bord d’un immense lac, au centre-sud de la péninsule de la Floride. Le climat est sub-tropical humide, on devine la luxuriance de la végétation !
Il y a peu, la retraite étant pesante pour une femme si active, Betty monta un magasin d’antiquités à Sebring et cette grande boutique porte le joli nom de Miss Ruby’s Den. On y trouve un sympathique bric-à-brac multi-culturel qui fait le bonheur des collectionneurs. Je trouve l’ambiance particulièrement féminine, avec des dentelles, des poupées anciennes, des éventails, des tableaux…
Si d’aventure vous allez en Floride, voici l’adresse de ce magasin : 619 North Pine Street, Sebring, FL 33870
Les objets ont une âme, c’est la croyance intime de Betty… et finalement beaucoup de gens le sentent aussi ! Un objet fait à la main ou celui qui a la patine du temps dont vous pouvez tomber amoureux, sont bien autre chose qu’une simple matière inerte !
Et vous, les objets vous parlent-ils parfois ?
Dans un coin de sa boutique se trouve un lit avec un quilt extraordinaire… Vous connaîtrez son histoire très prochainement !
Dear Betty, just hoping you will not be disappointed by this summary of all the documents you gave me about you and all your interests! You know that we are now connected… Soon comes a post about your dear friend Miss Sue!
Il est des périodes durant lesquelles tout est cadeau. Les si gentils commentaires accompagnant mes posts en font grandement partie, merci aux lecteurs d’ici et d’ailleurs ! Je suis aussi émue par le bel hasard qui vient de me faire gagner un quilt de Sujata, et soyez certains que vous entendrez parler ici des quilts faciles, et aussi des quilts non conventionnels au cours de l’année prochaine… Je viens également de recevoir des mails enchanteurs de Floride, comme un cadeau de Noël, et c’est ce que je vais partager avec vous en cette fin d’année.
Cela me touche infiniment d’entrer en contact avec des personnes très différentes de moi et de sentir une mutuelle bienveillance, une confiance entre nous. C’est ce qui vient de m’arriver grâce à l’intermédiaire de LeeAnn de Seattle, encore et toujours ma bonne étoile !Mais avant de vous présenter Betty et son amie Miss Sue, des quilteuses bien sûr, passons un moment ensemble dans leur Etat, la Floride.
-oOo-
De France, nous voyons la Floride au cinéma, à la TV : si vous êtes de ma génération, vous en connaissez Flipper le Dauphin, les Everglades et aussi Disneyworld, Cap Canaveral et la Nasa, les flics aux lunettes de soleil, les belles nanas, les fêtes… Un méli-mélo forcément réducteur !
Ces jeunes garçons débrouillards aidés par le dauphin Flipper sauvant des personnes en détresse me firent passer de belles heures devant la TV ! J’aimais bien quand les jeunes désobéissaient à leur père… pour la bonne cause ! Les balades en hydroglisseur dans les marécages des Everglades étaient impressionnantes. Je n’ai revu aucun épisode depuis les années 60, je serais peut-être déçue alors je garde mes beaux souvenirs intacts… Autres séries animalières de mon enfance : Daktari, Skippy le kangougou…
Socialement, cet Etat fait le grand écart entre les très riches et les très pauvres, les actifs et les très nombreux retraités en quête de soleil (comme une partie de la région PACA) et d’une fiscalité avantageuse, avec aussi de nombreuses communautés qui se côtoient tant bien que mal…
Cette péninsule, très vite occupée par les Espagnols (nous ne sommes pas loin de là où Christophe Colomb atterrit la première fois, sur l’île de Saint-Domingue/Haïti), continue d’être largement hispanophone avec, en particulier, une grande communauté cubaine.
-oOo-
En tant que quilteuse, quand je pense à la Floride, je pense bandes seminoles ! Comme leur histoire est plutôt méconnue en France, permettez-moi de vous faire un peu mieux connaître les Creeks.
Le peuple Seminole est issu des tribus CREEKS, originaires du grand sud-est du territoire des actuels Etats-Unis. Après une série de guerres contre les militaires des Etats-Unis (dites « guerres Seminole », au cours desquelles ces Indiens montrèrent une grande bravoure), ils se séparèrent en plus petits groupes. Dans les Everglades, marécages du sud de la Floride où personne d’autre ne voulait vivre, certains se régugièrent mais ne se soumirent jamais au gouvernement US : ils se nomment eux-mêmes « le peuple jamais conquis ». Ils étaient composés principalement d’Indiens, mais aussi de Noirs ayant fui l’esclavage et de quelques Blancs rebelles.
The Seminole : patchworkers of the Everglades, livre paru en 2000.
Le mot « seminole », écrit pour la première fois dans un texte officiel en 1771, viendrait du mot espagnol cimarron, signifiant domestiqué revenu à l’état sauvage. Après la dernière guerre seminole en 1858, ils s’installèrent dans une vie familiale proche de la Nature, construisant des cabanes faites de bois de cyprès et de feuilles de palmes appelées chickees, faisant pousser du maïs, de la citrouille, des haricots, chassant les animaux sauvages. Pas de route dans leur pays, ils se déplaçaient en canoës, notamment pour aller vendre des peaux d’alligators et de serpents ainsi que des plumes d’oiseaux afin d’acquérir du sucre de canne, de la farine, des armes, du tissu de coton entre autres…
A chaque voyage pour faire commerce, ils rapportaient notamment du tissu de coton d’une seule couleur (ce qui était disponible ce jour-là). La fois d’après, c’était un autre bain de teinture, une autre plante utilisée… Les femmes conservaient le moindre petit morceau et décoraient les vêtements avec des petits bouts appliqués. C’est une société dans laquelle rien ne se jette ! Donc avant le patchwork de bandes, ces femmes faisaient de l’appliqué, toujours dans un esprit d’utilisation des restes avec l’idée d’embellir.
Photo des années 1920 – Bibliothèque digitale des Everglades
A la fin du 19e siècle, d’après les archives de la célèbre marque SINGER, le marché de la machine à coudre était saturé dans la majeure partie des Etats-Unis (mais oui !!), et donc des vendeurs s’aventuraient vers l’extrême sud pour conquérir de nouveaux clients. C’est ainsi qu’un de leurs meilleurs vendeurs, James Willson, convainquit les Seminoles d’acheter des machines à coudre à manivelle – pas d’électricité dans les Everglades 😉 ! Grâce à ces machines, les femmes ajoutèrent des bandes décoratives sur tous leurs ouvrages, en particulier les vêtements. Très vite, elles devinrent expertes en coupe-couture-recoupe et inventèrent des techniques utilisées de nos jours en patchwork moderne. Ces femmes étaient souvent remarquées par leurs belles coiffures, leurs bijoux… Nul doute qu’elles étaient coquettes et voulaient porter les plus beaux patchworks possibles !
La première particularité du patchwork seminole est d’être composé de bandes et non de blocs. En général, les tissus utilisés sont unis, contrastés et vifs, coupés en bandes, assemblés puis recoupés à 90°, 45° ou exceptionnellement d’autres angles, et enfin recousus après avoir été décalés et repositionnés. C’est un bon exercice pour les neurones ! Après quelques simples motifs, elles inventèrent d’innombrables dessins, la plupart remplis de symboles.
Les bandes piécées sont ensuite très faciles à assembler en pile. Tout au long du 20e siècle, les Seminoles se vêtirent avec ces patchworks : il n’était pas rare, encore dans les années 60, de rencontrer des personnes vêtues en patchwork (des blouses masculines aux larges manches bouffantes, de longues jupes froncées pour les femmes) en plein centre de Miami ! A présent, cela devient plus folklorique et réservé aux lieux touristiques.
Cette sorte de patchwork reste une grande fierté culturelle et un produit de qualité largement vendu aux touristes. Ces fiers Indiens continuent d’exister en Floride !
Très beau top seminole d’Isabelle. Ici quelques imprimés se trouvent avec une majorité de tissus unis.
Le graphisme est très moderne pour nous occidentaux, alors que pour les Indiens ce sont des dessins déjà dans leur univers comme sur des poteries, en tissage de fils, de branches ou de perles. N’oublions pas que ce que nous appelons modernisme commença par la reconnaissance des qualités artistiques d’objets « venus d’ailleurs »… Des impressionnistes admiraient l’épure des estampes japonaises, Picasso secoua la vision esthétique avec les Demoiselles d’Avignon, première oeuvre cubiste, aux femmes ayant des visages inspirés de masques africains…
En complément sur les techniques de bandes seminoles, vous pouvez lire l’article de Denyse Saint-Arroman ici. Elle a aussi fait un livre très précis en français sur l’art du patchwork seminole, la contacter sur son blog si vous souhaitez l’acquérir.
Les bandes faites en technique seminole sont très utiles pour faire des bordures, mais aussi des quilts entiers qui peuvent s’éloigner visuellement du monde des Indiens :
Extraordinaire utilisation de bandes seminoles par Bartonbaker (photo Pinterest)Brenda Gael Smith, quilteuse australienne de grand talent faisant partie du groupe international Twelve by Twelve, a repris l’esprit du patch seminole tout en se référant ici à l’art aborigène et à la puissance des rêves… Superbe réalisation ! (Photo Pinterest)
Et pour finir, dans un magazine 100 Idées de ma jeunesse, Cosabeth Parriaud avait fait un superbe quilt en technique seminole. Il fut repris par une quilteuse de Haute-Garonne :
Un vrai sampler de techniques seminoles exposé à Cazères (31) ! Une Centidéaliste retrouvera peut-être ce modèle des années 80 !
Inspiration sans frontière…
-oOo-
Nous partirons donc en Floride la semaine prochaine à la rencontre de Betty Smith et Miss Sue ! Dépaysement garanti 🙂
–ooOoo–
Mise à jour En complément de cet article, Odile vient de me transmettre ces liens très intéressants sur la présence des machines à coudre chez les Seminoles :