La plus grande proposition de quilts du monde

Sears Roebuck Company, l’une des plus grandes chaines de distribution de détail du monde, est un des fleurons de l’économie de Chicago. Pour l’exposition universelle de 1933, ils se devaient de faire une manifestation d’envergure pour toucher le grand public féminin, cible principale de leur commerce. Ils ont donc lancé dans tout le pays une collecte de quilts pour faire une grande exposition-concours. Le succès a été phénoménal puisque, peut-on l’imaginer, 25 000 quilts furent enregistrés !!! Après différentes sélections locales puis régionales, 30 quilts seulement finirent à l’Exposition Universelle… et le choix fut largement contesté.
Voici une infime part des quilts proposés :5B-9D-8-461-Dmwc0165B-9D-2-461-Dmwc0025B-9D-2E-461-Dmwc2105B-9D-4-461-Dmwc007

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Des détails sur ce quilt ici. Il fut exposé lors de la superbe rétrospective de quilts rouge&blanc à New-York en mars 2011.

Quels sont les ingrédients de ce succès ? Dans cette période noire de crise économique majeure, ce concours était fort attractif : le premier prix serait doté de 1 000 $ et de nombreux autres prix, régionaux ou nationaux, se partageraient la somme fabuleuse de 6 500 $… Beaucoup de gagnants car de nombreux lots ne se sont élevés qu’à 2 ou 5 $ ! De quoi faire rêver les Américaines dans le besoin et parfois même la misère, d’autant plus que les calculs d’estimation donnent un pouvoir d’achat de 10 dollars actuels pour 1 dollar de 1933… Le premier prix est donc d’à peu près 10 000 dollars ou 7 500 euros, pour vous donner une idée !!!

Les conditions d’entrée d’un quilt étaient simplement d’avoir été créé récemment et jamais encore exposé : les organisateurs voulaient une expo de nouveautés et non une rétrospective de quilts anciens. Sears se chargeait aussi, dans ses magasins et catalogues, de donner des conseils pour les néophytes. La société organisatrice souhaitait faire consommer mais aussi voulait que cette exposition soit la vitrine de l’air du temps.  Alors très vite l’engouement pour la fabrication de quilts dans tout le pays s’est propagé, de très nombreuses femmes ont fait leur premier ouvrage dans l’espoir de gagner une part du gros gâteau offert par Sears ! La joie de quilter redonna de l’entrain, l’espoir de gagner insuffla de la joie, et toutes furent fières de participer… C’est ainsi que des milliers de quilts furent faits au cœur de la Grande Dépression.

Concours lancé en janvier 1933, délai de dépôt à la mi-mai : pas une minute à perdre !

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Arrivée des quilts – ouverture par les employés de Sears

Barbara Brackman et Merikay Waldvogel racontent dans le livre ci-dessous leur longue enquête sur l’organisation de cet événement majeur pour les quilteuses de l’entre-deux guerres et leur recherche des quilts gagnants*.51FLJa1cy6L._

Elles évoquent aussi les conditions de travail de ces quilteuses, leurs inspirations… Savez-vous par exemple qu’en raison de la cherté des tissus en période de crise, certaines femmes ne cousaient qu’avec 1/8e d’inch (3 à 4 mm) de marge de couture ? Avec très peu de moyens, elles ont pourtant cousu d’époustouflants compas de mariniers et tant d’autres merveilles…

On imagine donc que le premier prix serait un quilt absolument extraordinaire! Barbara Brackman exprime clairement sa déception au vu des photos du quilt gagnant :

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Margaret Rogers Caden de Lexington (Kentucky), a gagné le grand prix tant convoité avec son quilt intitulé « Star of Bluegrass » (environ 180 x 230 cm), ouvrage aux blocs piécés parfois appelés « Harvest Star », « étoile de la moisson ». La dominante verte (vert nil) très à la mode en tissus unis de la collection de Sears, a peut-être influencé le jury, mais aussi les très fins petits points de quilting et, plus sûrement encore, le trapunto qui rehaussait les feuilles ou plumes du matelassage. Mais par rapport à tant d’autres quilts présentés, celui-ci fait quand même bien pâle figure… Est-ce un choix par défaut, faute de consensus ?…5B-AA-34-489-Dmwc148Les juges de Sears examinent le quilt ayant remporté le Premier Prix.

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Comme prévu, le quilt grand gagnant est offert à la Première Dame Eleanor Roosevelt. Exposé pour la seconde saison en 1934, le quilt a ensuite disparu.

On peut se dire simplement « tant mieux pour cette dame qui a gagné, même si on n’aurait pas personnellement voté pour elle ». Oui mais… Le scandale est ailleurs. Cette dame tenait avec sa sœur un magasin de tissus dans sa ville et elle mit sur pied une quilting bee de quatre personnes (Ida Rohrer, Allie et Ruth Price, Mattie Black), les rétribuant, certes, mais si peu. Elle créa le modèle, les dirigea, mais n’en fit aucun point, alors qu’elle certifie par écrit, à l’inscription du quilt, que cet ouvrage fut entièrement fait par elle seule ! De nombreux quilts proposés au concours étaient officiellement cousus à plusieurs mains, mais Margaret Caden a choisi d’évincer ses Bees qui ne verront pas un cent des 1 000 $…5B-AA-36-489-Dmwc106

Dans le journal local, on fait état de l’éclatante victoire du « génie du Kentucky », avec la photo du chèque. Qu’est devenue cette dame après avoir encaissé le pactole ? Peut-être partie en retraite dorée en Floride, là où elle avait déjà des liens. Une des « bees » a dénoncé le scandale quelques années plus tard, montrant des preuves de sa participation au quilt (des morceaux de tissus, des essais de trapunto)

Barabara Brackman ne perd pas l’espoir de retrouver ce fameux quilt, même si les inventaires de la Maison Blanche ont vite perdu trace de l’ouvrage gagnant. Le modèle de ce quilt a été ultérieurement vendu sous le nom de « Mountain Mist Pattern n° 100 Star of Bluegrass », on en a donc plusieurs copies. On doit dire aussi que le trapunto connut ses années de gloire aux Etats-Unis à la suite de ce prix, mais l’indélicatesse flagrante de la gagnante entache toute l’histoire.

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Quilt fait à partir du modèle publié en 1948 (quilteuse inconnue)  copié du quilt imaginé par Margaret Caden.

Sources internet pour plus de détails :

http://www.quiltindex.org/essay.php?kid=3-98-3B
http://www.quiltindex.org/fulldisplay.php?kid=5B-9D-4F
http://quilting.about.com/od/History-of-Quilts/ss/1933-A-Century-of-Progress-Quilt-Scandal.htm
http://www.quilt.com/collector/feature.html


*A noter l’extraordinaire travail d’historiennes mené par Merikay Waldvogel et Barbara Brackman. On peut trouver dans www.quiltindex.org des fiches extrêmement complètes sur les quilts exposés, leurs créateurs (quelques hommes!), leur propriétaire actuel… Fiches tellement précises (origine sociale, ethnique, religieuse…) qu’on n’aurait pas le droit de les faire en France !

Silhouette et Scherenschnitt

Scherenschnitt : derrière ce mot indigeste si on ne le comprend pas se cache un passe-temps ancien érigé parfois en art : la découpe de papier aux ciseaux. Comme souvent, la Chine pratique cet art depuis plus d’un millénaire ! Il semblerait que les débuts soient liés à l’idée de faire des pochoirs pour décorer la porcelaine. Le mot consacré à ces petits tableaux de papier noir est allemand (Scheren : ciseaux, Schnitt : coupe) car cet art est devenu très prisé en Suisse et en Allemagne :

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Oeuvre de Hans-Jürgen Glatz 

Quelle folle dextérité ! Notez la belle symétrie du tableau. Les thèmes sont infinis et les émigrés européens ont fait suivre cette activité en Amérique, principalement en Pennsylvanie. On soupçonne donc que les motifs d’appliqué Baltimore proviennent de Shrerenschnitte, les premiers blocs ayant cette symétrie « en flocon de neige » (nos pliages et découpages de maternelle améliorés !) :

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Appliqué de style Baltimore datant de 1845 (Maryland)

Cet art du Scherenschnitt, maintenant internationalisé et traduit « papercut » en anglais (« kirigami » en japonais !), connaît un regain d’intérêt dans le monde des arts créatifs.

Plus communes mais si populaires pendant les siècles derniers sont les silhouettes, découpées elles aussi dans du papier noir :

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Silhouette de Jane Austen

Mais d’où vient cette mode des silhouettes ?

Etienne de Silhouette (1709-1767) fut en 1759 le contrôleur général des impôts de la royauté française sous Louis XV. Très impopulaire dans un monde en crise, son nom fut raillé et utilisé pour, notamment, des dessins d’un trait en ombre chinoise, bien meilleur marché qu’un portrait en couleurs : silhouette (1)

Et voilà que ce monsieur si décrié laisse pour la postérité son nom devenu commun !

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Claire Storrer, quilteuse alsacienne, a repris cette tradition de la silhouette… en appliqué, avec ce joyeux couple d’enfants alsaciens à la manière du dessinateur Hansi :Claire Störrer

On devine de joyeux enfants un peu délurés et si sympathiques ! L’encadrement est en dentelle ancienne et en tissu kelsch, typique de l’Alsace.

Autre tableau reprenant cette tradition :Karin WeissKarin Weiss a mis en scène ce joli couple à la manière d’un chromo d’antan avec un cœur de houblon très minutieusement fait. La bande blanche en tulle représente-t-elle le voile de mariée ?*

Ces magnifiques petits quilts font partie de la Valise France-Patchwork 67 (La Bière d’Alsace). Callale l’Abeille, Alsacienne de cœur, nous a décrypté quelques autres références culturelles et symboliques lors d’un stage de l’amitié hier en Haute-Garonne. Bientôt elle nous en fera ici un article !

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(photos des quilts : Callale)

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* J’ai été nulle ici : les copines alsaciennes m’ont amicalement fait remarquer que la bande blanche symbolise la mousse de bière, l’ouvrage est quilté avec des bulles qu’on voit bien sur l’ambre de la bière… Mes excuses à Madame Weiss !

Le Log Cabin, toujours tentant…

Pour beaucoup de quilteuses, le Log Cabin est la quintessence du patchwork, LE bloc qui a donné envie un jour de se lancer dans ce loisir qui peut devenir une passion, une expression artistique…

Les Editions de Saxe nous gâtent avec ce numéro spécial sur ce bloc dans son aspect le plus pur et dans de multiples formes revisitées. C’est dans la série des trimestriels en collaboration avec Quilts Japan.

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Je le feuillette depuis hier. Les quilts sont ici réunis mais beaucoup ont déjà été publiés, exposés, récompensés… On a ici « le meilleur » du log cabin à la Japonaise. Les photos superbes donnent tellement envie de se lancer de nouveau dans ce motif ! Déjà, vendredi lors de notre rencontre entre Abeilles, Martine nous a montré son Log Cabin en cours… Il sera cozy, chaleureux, il a fait l’unanimité !!

Dans ce numéro donc, nous voyons de nombreux ouvrages de Japonaises, la plupart très connues. Shizuko Kuroha, érigée en « trésor national » au Japon (la seule quilteuse ayant eu ce titre très honorifique*), est bien sûr représentée, mais vous en saurez bien plus si vous vous procurez ces livres :

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Celui de gauche est en édition allemande mais est aussi édité par Quiltmania en français et anglais (« Indigo et Sarasa »). Celui de droite est épuisé depuis longtemps…

Fan de bleu et blanc, j’aime énormément le modèle de Felisa Nakazawa, devenu « le modèle des petits bateaux » en France. Il est l’un des exemples de Log Cabin à partir d’un centre non carré.felisa

Ce quilt est fait de nombreux tissus de récupération en lin ou coton. Felisa fait de très nombreux modèles à succès dans les revues japonaises et organise de nombreux stages. Je vous avais déjà montré un de ses quilts ici.

Et puis je vous laisse découvrir tout le reste ! Attention, si c’est écrit « Galerie », cela signifie que vous n’avez pas les explications dans le magazine. L’éditeur a fait un effort de présentation pour ne pas décevoir celles qui trouvaient dans les numéros précédents que trop de quilts présentés n’étaient pas expliqués.

Concomitance, hasard ou air du temps, Denyse Saint-Arroman préparait depuis quelques mois, à la demande de ses élèves, un petit recueil sur le Log Cabin… qui devient finalement un livre ! Ah ce thème inspire à l’infini ! Auto-édités, les livres de cette artiste commencent à être vendus sur Amazon : pensez à vos commandes pour Noël !

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* fausse info que j’ai lue dans la presse française… Voir les commentaires !

Des tournesols

Même si les tournesols de l’année sont à présent séchés et récoltés, j’ai envie de vous parler aujourd’hui de ces soleils des jardins. Enfant citadine, je ne connaissais des tournesols que les peintures de Van Gogh qui ornaient parfois des boîtes de chocolat ou de gâteaux. Culture naguère confidentielle dans notre pays, nous nous réjouissons de voir maintenant ces champs radieux… en espérant que ce sont des cultures respectueuses de la terre nourricière et des insectes butineurs.

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Si la culture du tournesol (pour l’huile) ne s’est étendue en France qu’à partir des années 1970, ces fleurs monumentales attirent depuis longtemps les jardiniers et Claude Monet ne pouvait y rester sensible : à Giverny il en poussait chaque année, et déjà à Vétheuil, dans son jardin précédent, il y en avait des rangées entières :

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Le jaune orangé des fleurs est idéalement complété par le bleu du ciel, des ombres et des poteries chinoises (« Jardin de l’artiste à Vétheuil », 1880)

Encore bien plus connus sont les tournesols en vase de Van Gogh, série de tableaux répartis dans plusieurs musées et chez de rares collectionneurs particuliers. On peut parfois jouer au jeu des différences tellement certains se ressemblent ! Mais la peinture vigoureuse de Van Gogh éloigne ces natures mortes des simples représentations décoratives, on peut deviner  avec ses fleurs à tous les stades de maturité une allégorie de la vie…

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Vous pouvez lire ici l’article d’une guide de Giverny comparant les bouquets de Tournesols peints par Monet et Van Gogh.Van_Gogh_Vase_with_Three_Sunflowers

Celui-ci appartient à un particulier.

 Découvrons aussi aujourd’hui une artiste qui a rendu hommage à Van Gogh à sa manière : Faith Ringgold.

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Faith Ringgold, née à Harlem (New-York) en 1930, a toujours voulu faire passer ses idées via ses peintures et quilts.

Femme très connue aux Etats-Unis, elle fit partie de tous les combats des années soixante/soixante-dix pour l’émancipation des femmes et contre le racisme. Elle a également contribué à ce que l’art du quilt sorte des arts mineurs et soit considéré aussi comme une oeuvre artistique à part entière digne des plus grandes galeries.

Dans les années 90, Faith Ringgold a beaucoup ironisé sur le paradoxe de l’art moderne, en particulier le cubisme, parti de l’art « primitif » africain pour en faire de l’art « civilisé » occidental. Elle a fait aussi des mélanges de genres, utilisant des thèmes de peintres mondialement connus pour faire passer des messages propres à ses causes. Ainsi, les tournesols de Van Gogh sont-ils interprétés dans ce quilt :

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Cette « quilting Bee » dans un champ d’Arles (on reconnaît des maisons peintes par Van Gogh) réunit les grandes figures du combat des femmes afro-américaines sous l’œil bienveillant du peintre. Les couleurs de peau des visages répondent aux couleurs des tournesols. Quilt majoritairement peint mais aussi piécé.

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Thème similaire, celui-ci inclut tournesols (encore assimilés aux visages) et champ de coton, symbole de l’esclavage… et de la matière première du quilt.

Cette artiste est très connue des enfants car elle a édité des livres pour eux et ses tableaux/quilts sont souvent étudiés en classe tant pour leur technique que pour l’histoire qu’ils racontent.

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Les tournesols, plantes d’origine américaine, ont leur juste place dans les quilts. Ils poussent si bien dans les grandes plaines centrales du Canada et des Etats-Unis ! Le bloc traditionnel est le suivant :

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Bloc interprété par Becky Brown

Il fut proposé par Barbara Brackman en bloc du Grandmother’s Choice Sampler quilt, voyez ici l’article à ce sujet. Je l’avais interprété ainsi :

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Difficile à piécer ! Dans l’Encyclopédie des blocs piécés de Barbara Brackman*, il existe beaucoup d’idées de tournesols, parfois proches d’une assiette de Dresde ou d’une roue. Pour symboliser les tournesols, on peut aussi choisir un autre bloc, plus facile et néanmoins spectaculaire, comme cette variante de « the wheel of fortune » :

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Ce livre comporte plusieurs interprétations du bloc de la Roue de la Fortune, on en voit une sur la couverture en bas à droite. 

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Avec des couleurs ensoleillées on peut en faire un tournesol ! Qu’en pensez-vous ?

Pour finir, une belle réussite d’art classico-contemporain :

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Création de Jen Houlden, Canada. Vous pouvez lire ses explications pour faire ce superbe tableau ici.

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Un magnifique travail de patchwork et de « dessin » à l’aiguille-machine !

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*Ce livre est épuisé depuis 2011, Barbara a écrit ici un petit article à ce sujet. Il est à présent disponible en e-book. J’ai été bien inspirée de l’acheter en 2010 à la suite d’un article de France Aubert, bonne conseillère !


Grâce aux Quakers, le Rajah Quilt

526_amish_quiltLes quilteuses ont souvent une certaine connaissance du mouvement religieux Amish grâce à l’esthétique particulière de leurs quilts, souvent reconnaissables au premier coup d’œil, probablement inspirés des quilts gallois.

Ces familles d’origine européenne ont codifié leur manière de vivre à l’écart de la société occidentale avec leur propre langue, leur système d’éducation, leur codes vestimentaires, leurs croyances… Pour bien plus de renseignements, vous pouvez lire par exemple les livres de Jacques Légeret (en français).  

quaker oatsBien moins connus du grand public français, les Quakers sont faussement assimilés à une célèbre marque de flocons d’avoine !  Ce sont à l’origine deux fermiers de l’Ohio (même pas quakers!) qui décidèrent de vendre leur meilleure avoine en petits paquets au lieu de grands barils. Comme ils prônaient la haute qualité de leurs céréales, leur honnêteté et leur rigueur dans leur travail, ils choisirent le mot « quaker » pour véhiculer toutes ces valeurs.

la dernière fugitiveLes Quakers attirent mon attention depuis que j’ai lu le livre de Tracy Chevalier « The Last Runaway » (dont la traduction, « La dernière Fugitive », paraîtra le 17 octobre). Si les Quakers américains sont généralement, tout comme les Amish, descendants d’émigrants européens souhaitant vivre leur religion sans entrave, ils sont, eux, pleinement intégrés et acteurs dans la vie sociale et économique de leur pays. Ici vous trouverez un article très intéressant de Sébastien Fath, chercheur au CNRS, sur les Quakers.

En effet, les Quakers sont réputés pour leur honnêteté, leur simplicité vestimentaire, leur égalitarisme et surtout leur idéologie pacifiste. Toutes ces caractéristiques mènent les Quakers à être souvent très actifs au niveau social et à créer de grandes ONG (voir un article ici). 

220px-Elizabeth_Fry_by_Charles_Robert_LeslieUn exemple remarquable de ces activités humanitaires avant la lettre est la vie d’Elizabeth Fry. Née en 1780 dans une famille quaker britannique aisée, mariée à un non moins riche Quaker, cette femme aux onze enfants aurait pu rester confinée dans la vie confortable mais tristounette que lui réservait son niveau social à l’époque pré-victorienne. Mais ses convictions religieuses la mènent à s’occuper très tôt des pauvres, des malades, des prisonniers. Elle réussira notamment à améliorer les conditions de (sur)vie des femmes et de leurs enfants détenus et ouvrira la voie vers l’éveil des femmes, notamment les Suffragettes.

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Hormis la Reine, rares sont les femmes à avoir l’honneur d’être sur un billet de banque anglais. Elizabeth Fry sera progressivement remplacée par une autre anglaise, Jane Austen, à partir de 2017.

Un exemple parmi d’autres, ses idées de dons pour la protection des prisonnières anglaises envoyées en Australie. Savez-vous que des milliers de détenus furent déportés vers ce nouveau continent pour désengorger les prisons londoniennes… et peupler ces terres du bout du monde ? Beaucoup d’hommes, bien moins de femmes. Il en fallait quand même… Alors des femmes de tous âges, souvent inculpées pour de petits larcins, étaient déportées et enduraient d’extrêmes conditions de vie qui les menaient souvent à la prostitution, pour leur propre survie. Elizabeth Fry, avec son association « The Quaker Group », faisait distribuer aux malheureuses exilées en partance forcée tout le matériel pour fabriquer un quilt pendant leur long voyage : des aiguilles, du fil, des tissus, des ciseaux… Elles avaient ainsi une occupation dévoreuse de temps et, à leur arrivée, un bien à vendre (leur propre quilt) pour partir sur de meilleures bases. Il reste peu de témoignages de ces quilts faits entre l’Angleterre et  ses colonies, hormis un ouvrage connu sous le nom de Rajah Quilt.

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Un beau voilier commercial baptisé le Rajah fit un seul voyage d’Angleterre vers la Terre de Van Diemen (devenue par la suite Tasmanie, île faisant partie de l’Australie actuelle) en 1841 en tant que transporteur de prisonniers, 180 femmes en l’occurrence (avec 10 enfants), dont la liste est connue. Parmi toutes ces femmes, vingt à trente d’entre elles firent un quilt en commun dans la pure tradition britannique d’alors avec un médaillon central, du patchwork, des applications, de la broderie perse (applications de chintz), diverses broderies parmi lesquelles un médaillon brodé pour la postérité :

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Fine broderie au fil de soie qui se trouve sur la dernière bordure du quilt.

La traversée dura 15 semaines et à l’arrivée le quilt fut offert à la femme du gouverneur local qui admira la qualité du travail. Puis c’est le trou noir ; le quilt a mystérieusement été redécouvert dans un grenier en Ecosse en  1987 et acquis par la National Gallery of Australia dès 1989.
C’est un immense ouvrage (325 sur 337 cm) et on constate par la différence des points que des femmes très expérimentées tout comme des néophytes ont participé à sa réalisation. Kezia Hayer, qui s’occupait déjà en Angleterre des femmes incarcérées, fut mandatée par Elizabeth Fry pour superviser à bord les conditions de vie des prisonnières et les aider à créer un quilt en commun… La belle histoire est que Kezia épousera 2 ans plus tard le capitaine du Rajah, Charles Ferguson ! Ils eurent 7 enfants, tous nés en Australie.

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Le capitaine Charles Ferguson et Frezia Hayter se marièrent à Hobart, alors encore colonie pénitentiaire, qui est aujourd’hui la ville la plus peuplée de Tasmanie.

Voici donc le Rajah Quilt dans toute sa splendeur :

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Pour les Anglophones, vous pouvez trouver plus de renseignements ici (texte de la National Gallery of Australia)

J’aime également un blog tenu par une généalogiste amateur, quilteuse de surcroît, fière de son arrière-arrière-arrière grand-mère (7e génération) qui était à bord du Rajah. Elle se plaît à croire que son aïeule participa à ce quilt-témoignage. Voici le lien vers ce blog :
http://www.rajahsgranddaughter.blogspot.com.au/

En 2010, ce quilt a été exposé au Victoria & Albert Museum de Londres et a suscité une grande émotion, ranimant des pans de l’histoire anglaise et australienne. Le Rajah quilt est devenu un symbole pour ces deux pays, témoignage à la fois de cette immigration contrainte, des belles actions des Quakers et tout particulièrement Elizabeth Fry.

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Voici la couverture du livre reprenant une exposition majeure qui a eu lieu en 2010 à Londres. A cette occasion, le Rajah Quilt refit le long voyage qui le vit naître…

(Merci à Odile qui a suscité ma curiosité au sujet du Rajah Quilt !)

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cropped-ja-hw1.gifEcriture de Jane Austen, écrivain britannique (1775-1817)

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J’emprunte le titre d’un film (pas encore diffusé en France) pour vous parler d’un pilier de la littérature anglaise : Jane Austen. En juillet dernier, Arte a eu la belle idée de rediffuser des films de la BBC inspirés de ses romans, ces trésors aux histoires pleines d’amour, de légèreté et de finesse, d’ironie parfois mordante, d’humour pétillant… et une représentation unique d’une certaine société anglaise au tournant du XIXe siècle. Telle une historienne du quotidien de la vie britannique d’alors, Jane Austen nous fait vivre dans les principes de son temps, tout en critiquant finement grâce à des héroïnes souvent brillantes, fortes et attachantes. Naturellement, j’ai voulu rafraîchir la mémoire de l’ex-étudiante en anglais que je suis et j’ai découvert sur le Net un engouement insoupçonné pour cet écrivain !

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Silhouette et écriture de Jane Austen (ici)

Des Etats-Unis à l’Australie, du Canada à l’Angleterre (of course) et même en France, de nombreux blogs ne traitent que du petit monde de Jane Austen : sa vie, ses romans, les adaptations, les influences… Elle est même l’objet d’un vrai culte et d’une économie florissante autour de voyages organisés, d’objets dérivés multiples… Moi qui croyais que l’idée de P.D. James était très originale en écrivant « La Mort s’invite à Pemberley« , suite d' »Orgueils et Préjugés » ! Pour ne pas me disperser, je me suis concentrée sur le très joli blog, bien écrit et illustré, d’Alice : Jane Austen is my Wonderland… Contrairement au titre, le blog est en français ! Vous y trouverez de nombreux articles et des liens pour butiner si le sujet vous intéresse.

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Comme toutes les femmes de l’époque, Jane Austen (1775 – 1817) brodait, cousait… et pour son plaisir, elle a fait, en compagnie de sa mère et de sa sœur Cassandra, un patchwork ! Ah voilà que je vous intéresse encore plus !… Cet ouvrage est remarquable à plusieurs titres. Décortiquons ensemble ses particularités, si vous voulez bien faire un petit tour dans le passé avec moi.

Nous sommes en Angleterre, au début du XIXe siècle. Les trois Dames Austen collectent les tissus afin de continuer leur ouvrage, en témoigne la lettre datée de 1811 de Jane à sa sœur : « As-tu pensé à récupérer des tissus pour le patchwork ? Nous sommes bloquées » (très librement traduit de “Have you remembered to collect pieces for the patchwork… we are at a standstill”). Leur ouvrage fait en commun est piécé dans la tradition anglaise, avec des morceaux de carton ou papier soigneusement découpés en gabarits, eux-mêmes enveloppés de tissus, puis assemblés au petit point de surjet. C’est ce qu’on appelle encore la méthode à l’Anglaise.

jane-austen-portraitPortrait de Jane Austen

Le patron est absolument unique, inventé par ces Dames. Si le médaillon (grande pièce centrale) est figure commune de ce temps-là, l’assemblage de losanges est alors inédit : autour du centre en forme de grand losange, un ensemble de losanges de taille moyenne, avec des bandes intermédiaires forment la plus grande partie du top, puis viennent de très petits losanges (environ 2 400 !) en bordure.

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Ces losanges ont donné bien du fil à retordre aux quilteuses des siècles suivants ! Il faut dire que la plupart ont travaillé avec des photos plus ou moins bonnes de l’ouvrage et il est donc difficile de le reproduire ; pensez au luxe d’avoir eu le livre de  Brenda Papadakis pour copier le Dear Jane ! Même si l’ouvrage des Austen Ladies n’est pas aussi complexe que le sampler de l’Autre Jane, ce n’est pas tâche facile que d’estimer de loin la taille des losanges. Les quilteuses modernes optent instinctivement pour des angles à 120° et 60°, mais cela donne alors un top bien trop long et trop étroit. Ce ne sont pas les bonnes proportions ! Pourquoi avoir « fait compliqué » ? C’est parce que Jane, Cassandra et leur mère n’ont rien mesuré comme nous ! Sans certitude, on peut seulement imaginer que, partant de leur chintz imprimé central, les Dames Austen ont simplement choisi la taille de leur losange pour cadrer au mieux le pot de fleurs. Il en résulte une forme plus dodue, avec des angles d’approximativement 110° et 70°. Tous les autres losanges auront donc cette même forme, par répercussion.

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Malgré une soigneuse rénovation récente, les tissus choisis initialement sont difficiles à imaginer neufs car les teintures ont forcément passé et évolué. On sait que les floraux sont principalement en chintz (coton raidi au toucher soyeux, généralement pour l’ameublement, originaires d’Inde), les bandes intermédiaires en tissu de coton ivoire à petits points ; les losanges sont variés (peut-être 64 différents tissus) soigneusement coupés et centrés. Quant aux petits losanges de bordure (1/9e de la taille des losanges moyens), ils sont de tissus globalement plus foncés que les autres.

Rosalee Clark, une de ces quilteuses passionnées dont je m’inspire largement pour cet article, a découvert une autre particularité de cet ouvrage : si on partage le top en deux dans le sens de la hauteur à partir du milieu, les tissus sont tous disposés en image miroir… oui, même les minuscules losanges !… Elle a soigneusement fait une réplique de l’original qu’elle n’a jamais vu (elle habite en Australie, « un peu » loin de la maison-musée de Chawton Cottage, Hampshire, qui abrite le chef d’oeuvre des Austen Ladies !) :

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Différent de l’original mais ravissant !

Une précision encore, l’ouvrage des Austen est un patchwork (assemblage de morceaux) mais pas un quilt (ouvrage matelassé) !! Il est pourtant bel et bien fini, doublé et maintenu par des petits points çà et là, ce qui n’était pas rare en Angleterre à l’orée du XIXe siècle. En anglais on parle alors de « coverlet », en français jeté de lit ou couverture légère.

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Chawton Cottage, où vécut la famille Austen à partir de 1809. On peut visiter cette maison dans laquelle on voit le jeté de lit dans la chambre de Jane Austen. Le tout est maintenant protégé par une vitre.

Si vous aussi vous souhaitez réaliser « votre » Austen à losanges, je ne peux que vous engager à vous procurer le livre de Linda Franz (ici) :

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Elle vous propose un livre de 48 pages sur ce patchwork, les gabarits exacts et la possibilité de télécharger les modèles pour travailler avec sa méthode « Inklingo » (impression des gabarits directement sur vos tissus avec votre imprimante). Beaucoup de temps gagné ainsi !!

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Signalons aussi ce magnifique livre de Linda Franz toujours (en option : 2 DVD), qui a combiné deux chefs-d’oeuvre faits par deux Jane : Linda a conçu un quilt-sampler, inspiré du Dear Jane de Jane Stickle, en… losanges, comme celui de Jane Austen !

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Superbe « Love & Friendship » de Linda Franz

Ce qui me plaît le plus dans ce livre, ce n’est pas tant le quilt proposé que toutes les explications très détaillées pour un travail à la main parfait, ainsi que les innombrables citations sorties des six romans de Jane Austen… Un délice que je lis et relis avec la délectation d’une abeille butinant un épi de lavande !

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Pour celles qui trouvent un peu de temps pour faire aussi du point de croix, ce blog montre de charmants petits ouvrages avec des phrases écrites par notre chère JA comme :

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JaneAustenontheWeatherFINISHEDpicforwebsite

Modèles en vente à Sampler Girl

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Une nouvelle est tombée cet été qui enthousiasme les fans de Jane Austen : le billet de £10 sur lequel figure Darwin sera progressivement remplacé à partir de 2017 (pile 200 ans après sa disparition) par notre chère romancière-couturière !

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Petite phrase de Jane Austen qui me réjouit grandement :
« Je déclare qu’il n’y a rien de plus agréable que la lecture. »
… et le patchwork, ajouterais-je !

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JA HW end

 

Nids d’Abeilles

Nous attendons maintenant que notre ruche se peuple naturellement, sinon ma fille se procurera un essaim…

ruche dans prairie

La Petite Ruche dans la Prairie…

Les savants ont longtemps cherché pourquoi la Nature faisait que les abeilles et leurs cousines construisaient des structures hexagonales. Eh bien c’est parce que c’est la meilleure forme régulière qui donne la plus grande surface disponible pour le plus petit périmètre (et donc économie de matière utilisée) :

exemple_pavage (2)

Nous n’entrerons pas dans la construction du volume des nids de cire, si parfaits que les larves peuvent se tenir chaud mutuellement… Cette structure en nid d’abeilles a été copiée par l’industrie, notamment aéronautique, pour réaliser des pièces les plus légères et solides possible.
En restant sur l’idée du pavage régulier idéal, on ne peut s’empêcher de penser aux milliers de « Jardins de Grand-Mère » piécés depuis des centaines d’années, en Europe d’abord puis en Amérique du Nord.

hexa jannière

Ce livre de Janine Jannière retrace une superbe exposition que l’auteur avait créée en Normandie après avoir découvert une garniture de lit en hexagones dans le sud de la France. Historienne, l’auteure nous fait partager son enquête pour découvrir les tissus utilisés -dont de superbes toiles de Jouy. Plus largement, on voit des photos d’ouvrages de nombreux pays témoignant du succès de l’hexagone. En fin de livre, on a de magnifiques quilts contemporains exploitant eux aussi cette forme.

Les hexagones ont, pour les quilteuses, les qualités suivantes : leur esthétique bien sûr, mais aussi l’économie de la longueur de couture par rapport à la surface de la pièce de tissu et, important dans le cas précis de l’assemblage à l’anglaise, les angles larges à 120° qui facilitent « l’emballage » des gabarits !

honeycomb quilt Elizabeth van Horne Clarkson

Quilt d’Elizabeth van Horne Clarkson, NYC, vers 1830, assemblé « à l’anglaise », probablement réalisé pour le mariage de son fils Thomas. C’est le plus ancien quilt en hexagones des musées américains.

J’aime beaucoup les hexagones préparés individuellement (pliages d’origine japonaise je crois) brodés en ce moment par plusieurs Françaises. Il me semble que les premiers étaient chez Gipsy :

bee gipsyquilt

 Extraordinaire diversité de broderies !

Les beequilts essaiment et je viens de découvrir les hexas  aux femmes fascinantes de Nadine Levé :

nadine levé

Ces visages me rappellent les Belles du début du XXe siècle, immortalisées dans des tableaux de Klimt

Voyez aussi ici !

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C’est l’occasion de vous montrer quelques découvertes « quiltesques » en rapport avec les abeilles :

HONEY HOME

Quilt multi-primé de Hope Johnson, Honey I’m home, terminé en 2009. Cette idée couvait depuis une vingtaine d’années chez cette quilteuse. Chaque abeille est reproduite selon ses caractéristiques  (les abeilles ouvrières, les faux-bourdons et la reine) et leur taille est proportionnelle.

HEXA BEES

Abeille ouvrière appliquée au point de feston aux  ailes en organza

J-2-F-quilt hope johnson

Autre quilt de la même artiste, avec les alvéoles remplies successivement de miel, d’oeufs, de larves à divers stades, et les abeilles avec la Reine au centre.

blue hexa bee

Impossible de trouver l’auteur de ce quilt, photo trouvée sur Google… Encore une danse des Abeilles merveilleusement interprétée !

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Les anneaux de mariage de Cécile

muguet

Le muguet, symbole du 1er mai et de la chance… mais pas pour le mariage ?…

Une vieille croyance affirme qu’il ne faut pas se marier en mai, mois de Marie… Ne soyons pas superstitieux, cela porte malheur ! Mariage religieux ou laïque, les alliances, anneaux échangés qu’on portera à l’annulaire (gauche ou droit selon les pays), sont le symbole de la situation maritale ; comme tout signe important, il se retrouve naturellement en patchwork ! Même si ce modèle « explose » dans les années 1930, il existait déjà dans des formes très similaires au XIXe siècle. Si son succès arrive en temps troublés de récession, c’est sans doute parce qu’on peut utiliser les moindres chutes tout en ayant une structure fortement décorative.

patriotic wedding ring

Quilt américain, probablement des années 1930. Notez les centres « patriotiques » qui rappellent de toute évidence le drapeau  étasunien. Quilt en possession de Tim Latimer.  

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Cécile Denis est une des fidèles lectrices de la Ruche des Quilteuses et elle vient de terminer un quilt en « doubles anneaux de mariage ». Voici sa présentation :

J’ai appris le patch il y a 10 ans, en septembre 2003. C’était dans un club sur la base aérienne de Luxeuil les Bains. Je fais aussi de la broderie et du boutis mais…….je suis tombée dans la marmite remplie de tissus et depuis, je patche pour mon plus grand plaisir ! 
Au gré des mutations, j’ai pu garder quelques contacts avec des amies et grâce à Internet, au téléphone, et parfois « des journées parisiennes » nous arrivons à partager des projets en commun…un Dear Jane en cours et aussi, le célèbre Farmer’s wife sampler…en cours lui-aussi !

cécile anneaux
Ce patch, je l’ai commencé il y a un an et demi (entrecoupé de période de repos, et d’autres projets). Il est entièrement piécé et quilté à la main. Il mesure 1,35m sur 1,35m. Le quilting à lui seul m’a pris trois mois (mais je suis une vraie tortue pour ça, je le reconnais !).

cécile dét
J’ai voulu des couleurs douces et chaudes qui me correspondent et tout simplement, le scrap permet aussi d’écluser des bouts de tissus que l’on ne pourrait pas utiliser pour faire de gros blocs ! Nous fêterons nos 20 ans de mariage en juin cette année, alors les anneaux de mariage s’imposaient.

Le modèle de ce patch est issu d’un Burda Patchwork n°30 (été 2011). Je l’ai un peu modifié car celui présenté est rectangulaire.

On voit la précision du travail de Cécile, bravo ! Toutes celles qui ont déjà entrepris ce bloc savent qu’il requiert beaucoup d’attention et de patience.  Alors de tout cœur ma chère Cécile, je te souhaite de belles noces de porcelaine… en juin !

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La poire galloise

poire-conference

J’aime les poires. Je n’aimerais cependant pas être prise pour une poire, alors que dans ma famille je suis déjà la reine des tartes (salées, sucrées, au choix !).

Eight_varieties_of_pears

Avez-vous remarqué que les poires ont tendance à pencher la tête d’un côté ? Ce détail explique la poire galloise, vous allez vite comprendre !

Loin de chez nous, en Asie, un motif décoratif, le boteh, évoque selon les pays un bouquet de fleurs, un cyprès ou une larme de Bouddha, mais l’origine est vraisemblablement une interprétation du symbole chinois du yin et du yang. Pour beaucoup, ce motif symbolise l’amour.

Boteh_tissu

Le Boteh se retrouve de façon récurrente dans les tapis persans aussi bien que sur toutes sortes de tissus, tissés comme ici à droite ou imprimés, traditionnellement à l’aide d’un tampon de bois :

Printed_Tissue_Stamp_

Avec l’arrivée des tissus de la Compagnie des Indes en Europe, ce motif devint très populaire en Occident, copié dans les motifs des nouvelles cotonnades provençales tout d’abord, pour répondre à l’immense demande européenne. Puis on découvrit les châles appelés en France des « Cachemires », du nom d’une région aux confins de l’Inde, du Pakistan et de la Chine. Le Cachemire signifie en français à la fois la matière issue du poil d’une variété de chèvre et les motifs traditionnels de ces châles, des botehs principalement.paisley

En Angleterre, l’imprimé « cachemire » est appelé… Paisley*, du nom d’une ville écossaise où étaient tissés de superbes châles à la manière indienne ! Ils copièrent d’abord les carrés en provenance de l’Inde, puis la modernisation des métiers à tisser au XIXe siècle leur permit de tisser des châles jusqu’à 15 couleurs, enfin  les Ecossais proposèrent des carrés imprimés, toujours avec une prédominance de botehs… Vous avez à droite la photo d’un couple gallois au XIXe siècle, la femme arbore un châle aux dessins de cachemire.

L’autre centre européen d’impression de tissus « cachemire » est l’Alsace. Sur le sujet du cachemire, je vous recommande de consulter cet article de blog, très complet !

Bandana

La version frustre de ces carrés imprimés de botehs sera le bandana, carré de coton initialement utilisé par les cow-boys pour se protéger de la poussière… ou n’est-ce qu’une légende ? Il paraît qu’il existe tout un langage codé sur le port des bandanas codifiant des appartenances à des groupes plus ou moins secrets…

Revenons donc à nos poires. Vous avez évidemment compris la similitude de forme entre ce fruit et le boteh, c’est sans doute ce qui a frappé les quilteuses galloises pragmatiques ! Ce motif imprimé en Ecosse fut intégré dans le répertoire classique des motifs de quilting gallois sous le nom de « welsh pear »… Il faut dire que ces poires galloises vont si bien avec les volutes celtiques…

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Inspiration !

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*En cette période d’attente du printemps et d’espoir de beau temps, notre amie Mrs. Bobbins commence à semer… Maintenant que vous connaissez la signification du mot Paisley (si proche du Parsley, le persil !!) vous apprécierez d’autant plus :

quilteusejardinière

Mais avant l’arrivée officielle du printemps, je serai très heureuse de vous présenter des Bouquets d’Hiver époustouflants…

A bientôt !

J’aime tant les quilts gallois !

Irrésistiblement, je suis attirée par les quilts gallois. Il y a une dizaine d’années (déjà !), le magazine Quiltmania nous faisaitquilts gallois -welsh découvrir Jen Jones avec son musée et centre culturel consacré aux trésors patchés et quiltés du Pays de Galles. Ce livre, fruit de leur collaboration, est toujours disponible sur le site Quiltmania.

Admirable travail de mise en valeur de ces quilts du quotidien qui nous restituent cet art populaire! Ces quilts furent sauvés de l’usure totale, de la poubelle, des greniers, des granges, des fauteuils de tracteurs ou des pattes des chiens dans la campagne galloise. Ils étaient réalisés avec les moyens du bord, c’est-à-dire tous les bouts de tissus disponibles, avec comme rembourrage les restes des tontes des moutons.

Ces quilts font partie du patrimoine gallois ; on y peut distinguer plusieurs styles. Les plus prisés étaient ceux des familles assez aisées au tissu d’un seul tenant, ou cousus de longues bandes, en satin de coton acheté à cet effet. Ils sont également plus récents et donc mieux connus. Pour les plus modestes, on partait la plupart du temps des restes de tissus de laine  et on cousait un centre décoratif , puis on ajoutait des pavés de tissus formant des bandes tout autour de manière non calculée, avec parfois des triangles qui ajoutaient un peu de fantaisie. Les angles étaient néanmoins souvent bien marqués d’une couleur contrastée. Cette forme de patchwork s’appelle un médaillon, il peut être rustique ou très sophistiqué et reste très prisé de nos jours ! Le quilt de Martine, Cannelle, en est un bel exemple.

Avec l’apparition du coton américain importé en Angleterre pour être tissé et imprimé, sont cousus également au Pays de Galles nombre de médaillons en chintz, en tissus écossais et rayés, en imprimé cachemire, etc.


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Les marchands de coton à la Nouvelle-Orléans – 1873

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Un bureau de coton à la Nouvelle-Orléans, – 1873

Deux tableaux d’Edgar Degas témoignent du commerce du coton de la Nouvelle-Orléans, avant d’être expédié en Angleterre principalement pour filage et impression. Puis le nord des Etats-Unis se chargera de plus en plus de cette industrie.

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Quilt récent de style gallois, avec de superbes tissus majoritairement rouges, de Mary Jenkins. Il reprend le style de médaillon au patchwork simple et au quilting raffiné. Explications de ce quilt dans l’e-book de l’auteur (voir sur son blog ou sur Amazon)

Si certaines personnes, comme l’héroïne de The Last Runaway, traversaient l’océan Atlantique une fois pour toutes, d’autres firent au XIXe siècle de nombreux aller et retour majoritairement pour des raisons commerciales, mais les idées circulaient ainsi également ! Dans le domaine du patchwork, le style gallois a très certainement inspiré les Amish du continent américain, mais réciproquement des blocs américains se trouvent dans les quilts du Pays de Galles du début du XXe siècle. En voici un bel exemple :

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Bloc de l’ananas cousu en lainages, quilt gallois de 1905, collection de Jen Jones. Photo du livre « Making Welsh Quilts », de Mary Jenkins et Clare Claridge. Excellent livre ! Ce bloc ne fait évidemment pas partie du patrimoine gallois…

Vous connaissez mon affection pour les tableaux de Valériane Leblond, sur lesquels elle peint des quilts toujours existants, soit dans sa propre famille, soit visible au Musée de Jen Jones. Voici sa mise en scène du quilt ci-dessus :

Gwyddau

Déjà montré dans ce blog, mais je ne m’en lasse pas ! 

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Ici, un quilt victorien en médaillon de la collection de Jen Jones a inspiré cette scène délicate à Valériane. Regardez les pavés irréguliers de tissus en bordure sur le quilt original, ils ne nuisent aucunement à la beauté du centre.

Une immense différence avec les Américaines est que, dans la campagne galloise, il était rare que chaque femme du foyer fasse ses quilts, et encore plus qu’elle se réunisse avec les voisines en quilting bee. Non, au Pays de Galles, il existait des quilteuses professionnelles qui travaillaient parfois chez elles ou bien allaient de famille en famille, le temps de coudre un quilt. Cette vie itinérante est similaire à celle des brodeurs bretons du XIXe siècle !

Ce dont je ne vous ai pas encore parlé mais qui est si important, c’est la qualité du quilting gallois. Il est dense, très dense même, jamais plus d’un inch carré (2,5 cm2) laissé sans matelassage pour contenir les matières calorifères en place… qui n’ont rien à voir avec nos molletons ! Plumes, foin ou anciennes couvertures, mais surtout les restes de tonte des moutons… on prenait ce qu’on trouvait et les quilts sont parfois extrêmement lourds. Malgré tout, le quilting est souvent très raffiné, varié, figuratif… beaucoup de similitude avec les quilts amish, une fois de plus.

Cassiana

Quilt américain contemporain d’inspiration galloise/amish, créé par Cassiana en 2002

Dans le Pays de Galles on n’y trouve pas les célèbres « feathers », les guirlandes américaines qui proviennent d’une autre région de l’Angleterre (Durham). La tradition celtique prime avec toutes sortes de feuilles, de coeurs, de volutes et de bordures à la différence esthétique facile à repérer !

quilting welsh

Exemple de quilting gallois sur du satin de coton. Pour de nombreux beaux exemples, allez voir ces blogs : Welsh Quilts, et aussi Little welsh quilts and other traditions, ce sont des passionnées !

quiltingstripquilt

Quilt de bandes piécées, au matelassage typiquement gallois (du blog Welsh Quilts)

September welsh quilts 007

Ici une superbe exposition de petits quilts de Mary Jenkins, dans la pure tradition galloise. On voit notamment que les bords ne sont pas finis par une bande de finition comme nous avons l’habitude de le faire ; les tissus de devant et de dos sont rentrés vers le centre. Certaines quilteuses françaises appellent cette finition « toi et moi ».

Dans un article précédent, je vous parlais de mon envie de faire un quilt d’inspiration galloise. L’harmonie des couleurs me parlait tant ! Puis je me suis rendu compte que j’avais dans un carton des blocs en attente, justement dans cette harmonie de couleurs. Alors le quilt gallois attendra, mon club de patchwork de Colomiers expose dans un mois, je vais mettre les bouchées doubles pour le terminer !! Vous le verrez, bien sûr, sur ce blog… Vite, je vais me replonger dans ces couleurs de brique et de pastel ! 

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vie paisible

Vie paisible dans la campagne galloise, peinture sur bois de Valériane Leblond, mai 2011

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