Les lisières, inspiration sans frontière

Si vous avez la fibre de la récup’, vous gardez sans doute tous les petits morceaux de tissus restant après la découpe, peut-être classés par couleur, style, taille… Non, je n’ai pas de système infaillible à vous proposer… Mais gardez-vous les bords des tissus, ces lisières doublement tissées et donc plus épaisses, dont un côté est imprimé avec les références et le nuancier ? Combien de fois ai-je dit : « La lisière, on la jette, on ne peut vraiment rien en faire »… Mea culpa, je ne connaissais pas encore Karen Griska ! Cette dame a popularisé l’utilisation des lisières en tant que tissus à part entière, à la manière des String Quilts (quilts de bandes). Quand son livre est paru en 2008, l’idée me semblait farfelue et la couverture ne m’inspirait pas trop mais je l’ai quand même commandé « pour savoir », car je suis une insatiable curieuse dans le domaine du patchwork. Attention, dépêchez-vous de l’acheter si ce livre vous intéresse, il est bientôt épuisé !

On ne peut certainement pas dire qu’elle est la première à utiliser les lisières (voir l’article précédent !) mais c’est elle qui a donné l’impulsion décisive dans le monde entier pour faire éclore des centaines d’ouvrages à base de lisières. Mon préféré du livre est celui-ci :

Et voici quelques autres idées, toutes (je crois*) prises à partir du blog enthousiasmant de Karen Griska cliquez pour mieux les voir :

N’est-ce pas incroyablement artistique ?

Nadia Stumpf est une de celles à avoir fait un des plus beaux panneaux en lisières que je connaisse. Admirez les dégradés, la disposition, la retenue dans les tons choisis… Une vraie recherche personnelle. Je ne la connais que par son blog « Patchworkrama » et les modèles qu’elle crée, mais il est évident qu’elle est le top du top des profs de patchwork en France !

Quant à moi, bien plus modestement, j’ai demandé aux Abeilles de ne plus jeter les lisières -un bon début- et « un jour » nous ferons quelque chose avec ! J’en ai maintenant un carton plein, il faudrait vraiment qu’on s’y mette cette année…

Est-ce compliqué de travailler avec ces lisières ? A vrai dire, on peut dire que c’est plus facile qu’avec du tissu coupé, car vous avez un bord fini qui, jamais, ne s’effilochera. Le principe préconisé dans le livre est d’avoir un tissu de base en coton de la taille de la pièce et de coudre dessus, lisière après lisière, afin de couvrir complètement cette base. Variantes : on peut utiliser du non-tissé, du papier (à retirer ensuite) ou… rien du tout, avec juste une règle ou un gabarit pour contrôler la taille de la pièce. L’avantage de la lisière est qu’on n’a pas besoin de la mettre endroit contre endroit pour la coudre, il suffit de la coudre directement en place. La couture sera visible et participera à l’aspect singulier d’un quilt en lisières.

Exemple d’assemblage vite fait : à gauche, trois lisières assemblées à l’aide de deux coutures (fil blanc sur le bord de la lisière) ; à droite, lisières assemblées vues de dos, vous pouvez voir le fil de la cannette en rouge. Selon le modèle, on voudra laisser apparaître plus ou moins de tissu imprimé, il n’y a pas de règle stricte !

Il faut savoir que ce quilt sera plutôt lourd, prenez-le en compte quand vous choisirez votre modèle. En ce qui concerne le quilting, il dépendra comme d’habitude du modèle. En général, je vois plutôt des quiltings à la machine, regardez comme cela peut être joli :

Certaines cependant réussissent à quilter à la main  :

Ce que vous pouvez retenir, c’est que presque n’importe quel bloc peut être transformé par des lisières ! Pour finir de vous convaincre, voici mon unique petit ouvrage en lisières, une trousse de forme basique qui m’est fort utile et me rappelle quotidiennement que c’était très drôle de choisir et coudre ces petites bandes !

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*Je collecte depuis des années dans mon ordi des photos de quilts en lisières, la majorité des photos proviennent du blog de Karen Griska (à qui j’ai écrit pour signaler mon « pillage » bienveillant). Surtout n’hésitez pas à vous manifester si vous reconnaissez ici une de vos oeuvres. Le copyright est une affaire délicate quand on fait un blog à vocation informative et pédagogique comme celui-ci. A chaque fois j’en informe les intéressées… que je peux contacter, mais je sais que je risque de faire des impairs du point de vue de certaines quilteuses, je m’en excuse par avance.

D’autre part,  enrichissez cet article en signalant vos propres ouvrages en lisières ! La rubrique des commentaires est faite pour cela.

Merci de prendre le temps de me lire,

Katell, quilteuse forever

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Références :

Nadia Stumpf : http://patchworkrama.canalblog.com : son blog
http://patchworkrama2.canalblog.com : sa vitrine (vente de modèles, dates de stages)

Karen Griska : http://selvageblog.blogspot.com/ : son blog

A découvrir également l’initiative formidable de Karen, un musée et une galerie de quilts : nous pouvons toutes y participer ! http://onlinequiltmuseum.com/

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Tissus écossais, tissus celtes

Enfant dans les années soixante, j’ai évidemment été habillée avec l’uniforme d’alors pour une petite fille : un kilt ! Je me souviens bien avoir choisi celui qui était bleu-vert-blanc, alors que mes copines préféraient rouge-vert-jaune. Depuis, j’ai toujours une préférence pour ces couleurs… même si je me soigne ! J’étais fascinée par les croisements de fils donnant des mélanges de couleurs, l’effet « hachures diagonales » à cause du tissage double fil…

Tartan du Clan Forbes

Les Celtes sont ceux qui inventèrent le tissage des carreaux, ce qui semble être la première fantaisie textile des Européens après la teinture. Les imprimés, même les plus anciens, proviennent d’Asie et surtout d’Inde, aussi bien les motifs « cachemire » que les fleurettes provençales, les palmettes ou les Arbres de Vie… Nos célébrissimes Toiles de Jouy, avec leurs scènes champêtres délicates, étaient pour les premières imprimées au tampon, comme en Asie. Le tissage des carreaux à l’aide de fils déjà teints  (nos mouchoirs de Cholet, le tissu vichy…) sont en revanche héritiers d’une tradition complètement locale !

 Les torchons metis (mi-coton, mi-lin) aux quadrillages traditionnels, sont symboliques du tissage « à la Française »

En Ecosse, Les tartans  furent interdits par les ennemis anglais envahisseurs au XVIIIe siècle. Ce n’est qu’au XIXe siècle que chaque variante d’écossais sera attribuée à une famille ou clan.

Vous pouvez rechercher les tartans des familles écossaises ici !

Dans le domaine du patchwork, c’est dans le style country qu’on utilise des carreaux, ce qui est bien logique en regard de son origine. Vous pouvez voir dans le dernier Quiltmania (n° 83) un article sur Mariet Soehout-Mous, qui fait revivre les tissus traditionnels hollandais, souvent à carreaux. Will Vidinic, une Hollandaise vivant depuis des décennies à Paris, a aussi fait de magnifiques quilts avec des mouchoirs français ! Et puis la tradition des carreaux tissés perdure aussi avec les Kelsch alsaciens, avec lesquels on retrouve le trio bleu-blanc-rouge préféré dans nos campagnes européennes.

Après le kilt vint un autre uniforme… que je porte encore : le blue jean !